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Auteur/autrice : Gérard Pella

IQRI : Institut pour les Questions Relatives à l’Islam

L’Institut pour les questions relatives à l’Islam (IQRI) est un groupe de travail du Réseau évangélique suisse.
Il a pour but de mettre à disposition de quiconque s’intéresse à l’islam des ressources susceptibles de favoriser compréhension et respect mutuel entre musulmans et chrétiens, sans cacher leurs différences ou leurs divergences.

Islam et christianisme englobant tous les aspects de la réalité, les documents présentés sur ce site ne traitent pas seulement des convictions théologiques qui les rapprochent ou les distinguent mais aussi de l’impact que ces convictions ont sur la réalité culturelle, sociale, politique et économique.

Tout en reconnaissant que d’autres groupes étudient l’Islam et les questions qui en relèvent à partir de points de vue religieux ou philosophiques différents, l’IQRI fonde son approche sur une perspective chrétienne, protestante évangélique.

Les partisans du mariage civil pour tous auraient-ils leurs ayatollahs ?

Le peuple suisse a accepté la nouvelle loi sur « le mariage pour toutes et tous ». Les Eglises seront-elles obligées de se conformer à cette décision ? Les pasteurs et diacres seront-ils tenus de bénir le mariage des couples de même sexe ? La réflexion de Mme Suzette Sandoz, parue le 31 août 2021 sur son blog du journal Le temps, nous aide à y voir plus clair.

Ce n’est pas sans surprise que j’ai découvert aujourd’hui, grâce au Temps (p. 7 : « Un mariage pour tous… aussi à l’église ? ») que trois juristes affirmeraient que « si la loi sur le mariage pour tous était acceptée par le peuple, les Eglises historiques et leurs ministres qui refuseraient de célébrer de telles unions pourraient se voir sanctionnés pénalement ».

Il me paraît qu’il y a une petite confusion. Depuis 1874, « une cérémonie religieuse ne peut avoir lieu qu’après la célébration légale du mariage par le fonctionnaire civil et sur la présentation du certificat de mariage ». Cette mesure a pour raison d’être de consacrer l’indépendance totale du mariage civil, seul capable de sortir des effets juridiques officiels, par rapport au mariage religieux, afin de le libérer du mariage religieux et d’éviter donc toute confusion entre les deux célébrations. Pour assurer le respect de cette laïcisation du mariage, la loi de 1874 prévoyait même une sanction pénale si le nouvel ordre chronologique n’était pas respecté.

En 1907, le principe chronologique a été maintenu dans le code civil et une sanction pénale était prévue dans l’ordonnance sur l’état civil contre le religieux qui aurait célébré un mariage avant la délivrance du certificat d’état civil. A l’époque, un art. 118 du code civil précisait même : « Les dispositions de la loi civile ne concernent d’ailleurs pas le mariage religieux ». 

Depuis lors, rien n’a changé sur le fond.  L’art. 97 du code civil dit clairement : « le mariage religieux ne peut précéder le mariage civil ». Je n’ai toutefois trouvé nulle part l’indication que les milieux religieux étaient obligés de bénir tout mariage civil et l’art. 15 al. 4 de la constitution fédérale dispose même que « nul ne peut être contraint d’accomplir un acte religieux ». On ne saurait donc brandir une menace pénale si des Eglises refusent de bénir certains mariages civils ou maintiennent, par exemple, la liberté de conscience de leurs ministres qui refuseraient de célébrer un mariage religieux pour un couple marié de même sexe, voire pour un couple « classique », ce qui est déjà arrivé.

Les Eglises vont incontestablement faire face à des problèmes de conscience si le nouveau type de mariage civil est accepté. Celles qui, après avoir déclaré solennellement que le mariage était l’union d’un homme et d’une femme, avaient créé une célébration pour les partenaires enregistrés différente de la bénédiction de mariage et réservé, dans ce cas, la clause de conscience pour leurs ministres – c’est le cas de l’Eglise vaudoise (EERV) – n’ont jamais été accusées judiciairement de quelque discrimination que ce soit. Si la loi sur le nouveau mariage civil passe, ces Eglises pourraient fort bien décider de maintenir deux cérémonies différentes pour les deux catégories de couples mariés civilement et en outre de garder une clause de conscience, sans violer le moins du monde quelque loi laïque, donc civile, que ce soit, même pas l’art. 261 bis du code pénal contre l’homophobie également brandi par les ayatollahs. La différence de cérémonie religieuse n’est pas un appel à la haine des personnes, il s’agit de la reconnaissance ou de la non-reconnaissance théologique et religieuse d’une nouvelle institution civile. La volonté claire du législateur depuis 1874 étant de distinguer nettement le mariage civil du mariage religieux, on ne voit pas en quoi les Eglises pourraient être condamnées si elles procèdent de même. Certaines Eglises ne refusent-elles pas, et depuis longtemps, de bénir le remariage civil de personnes divorcées sans encourir pour autant des sanctions pénales ?

Il est inquiétant de constater que des ayatollahs du mariage pour tous cherchent à intimider les milieux religieux pour assurer la publicité de leurs propres croyances.

La bénédiction de partenaires de même sexe ?

La votation pour ou contre le « mariage pour toutes/tous » nous pousse à réaffirmer les bases bibliques et théologiques qui concernent l’homosexualité. Cette étude de Gérard Pella a été présentée à la Société Vaudoise de Théologie en novembre 2020.

Remarques préliminaires : 

1- Le positionnement que l’on adopte à l’égard de l’homosexualité dépend étroitement du positionnement – plus ou moins libéral ou littéral – que l’on adopte à l’égard de la Bible.
Et réciproquement : si on a un ami, une fille, un prof qui a une orientation homosexuelle, on sera plus ou moins libéral ou littéral dans son approche de la Bible sur ce sujet. 

Personnellement, je suis né dans une famille non pratiquante. J’ai été touché par l’amour de Dieu à l’âge de 16 ans, pendant un camp de ski organisé par les Groupes Bibliques des Ecoles. J’ai donc baigné dans une approche évangélique de la Bible depuis mes premiers pas dans la foi. 

Cette orientation a été renforcée par ma première année de théologie (1970-1971), à Tyndale Hall, (Bristol), un Theological College anglican de couleur évangélique, avec des professeurs comme Colin Brown, Alec Motyer et Jim Packer.
Lors de mes études de théologie à la Faculté de Lausanne (1972-1977), je me suis rendu compte que plusieurs options théologiques s’affrontaient et je me suis habitué aux divergences théologiques. Pendant 40 ans, j’ai participé au comité de rédaction de la revue théologique Hokhma, que nous avons créée en 1976 avec plusieurs étudiants en théologie de différentes facultés francophones. 

Je ne me suis jamais intéressé de manière particulière à l’homosexualité. J’ai prêché une seule fois à ce sujet, lorsque l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) a consulté les paroisses au sujet – entre autres – de l’accueil de ministres homosexuels (Prédication du 26 septembre 2004 : « Poser des repères sans jeter des pierres », publiée dans Hokhma No 87 (2005), pp. 120-125). Ce sujet m’a paru soudain capital parce qu’il ne s’agissait plus seulement de divergences d’interprétation entre théologiens. Pour la première fois de ma vie, je voyais le Synode de « mon » Eglise prendre officiellement une décision qui contredisait frontalement l’éthique biblique (janvier 2008). 

En novembre 2012, le Synode de l’EERV a décidé d’offrir un rite aux couples de même sexe qui sont au bénéfice d’un partenariat enregistré. Cette décision a choqué bon nombre de paroissiens et de ministres qui se sont rassemblés à Cugy, à l’invitation du Forum évangélique réformé (FER), fin novembre 2012. Ils y ont adopté la « Déclaration de Cugy » qui demandait au Synode d’accepter un moratoire sur cette décision et d’adopter pour ce dossier la méthode de décision par consensus telle qu’elle est pratiquée par le Conseil Oecuménique des Eglises. Cette déclaration/pétition a été signée par plus de 2’900 personnes et remise au président du Synode au printemps 2013. Le Synode n’a pas accédé à ces demandes et il a précisé la forme de l’acte liturgique qui sera offert aux partenaires enregistrés (Synode de novembre 2013). 

Les remous autour de ces décisions du Synode de l’EERV ont donné l’occasion à des personnes engagées dans le FER de rencontrer des personnes qui ne se reconnaissaient pas dans l’appellation « évangélique ». C’est ainsi qu’est née l’idée de créer un mouvement plus large que le FER : le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3). 

Les décisions synodales ont donc été le catalyseur qui a permis la création du R3 mais il serait erroné de penser que le R3 s’est constitué pour lutter contre l’homosexualité dans l’Eglise ou la société. Pour plusieurs raisons : 

  • les décisions du Synode étaient déjà entrées en vigueur quand le R3 s’est constitué ; 
  • le Manifeste de 2015 ne contient qu’une page sur 40 au sujet de l’homosexualité et cette page 32 est publiée dans le contexte d’une réflexion plus large sur le couple et le famille; tout le reste concerne le renouveau del’Eglise, qui est la visée essentielle du R3. 

2- En abordant cette question, on touche à une corde sensible pour beaucoup de personnes directement concernées. Il est donc impératif de commencer par rappeler une des déclarations essentielles du Manifeste bleu : « Nous sommes convaincus que chaque personne particulière doit être accueillie avec respect dans sa singularité et accompagnée pastoralement avec la plus grande sensibilité. » (p.32). Ou encore : « Nous accueillons l’aspiration de chacune de ces personnes à être aimée telle qu’elle est et à avoir sa place dans la communauté chrétienne » (p.32). 

Il faut bien entendre cet accueil de chacun-e dans sa singularité avant d’entendre la suite de notre positionnement :
« En même temps, nous ne pouvons pas offrir un rite ecclésial de bénédiction pour un couple de même sexe. Et cela, par respect pour les textes bibliques tels que nous les comprenons, qui mettent en cause les pratiques homosexuelles (Lévitique 18/22 ; 20/13; Romains 1/26-27 ; 1 Corinthiens 6/9-10 ; 1 Timothée 1/9-11) » (p.32). 

La position du R3 repose donc essentiellement sur un fondement biblique. C’est donc sur le plan exégétique et herméneutique que se joue l’essentiel du débat avec les positions plus « inclusives ». 

Voici – en bref – ce que j’ai compris de la Bible à ce sujet :
Dans la Genèse, la différenciation sexuelle apparaît comme une des composantes essentielles de l’image de Dieu dans l’être humain :
« Dieu créa l’homme à son image ; à l’image de Dieu il le créa ; masculin et féminin (littéralement : mâle et femelle) il les créa » (Gn 1,27).
La différence sexuelle n’est donc pas qu’une nécessité biologique ; elle a une dimension symbolique : elle est le signe par excellence de l’altérité, le fait que l’autre est vraiment, irréductiblement et mystérieusement autre. Et en même temps, elle permet une union entre ces deux personnes si différentes.
Elle reflète par là la richesse de relation que vit la Trinité, la communion entre le Père, le Fils et l’Esprit, dans le respect de l’altérité.
La différence sexuelle est également le reflet d’une altérité plus radicale encore : la différence entre Dieu et l’être humain. C’est cette altérité radicale que toutes les formes d’idolâtrie tendent à estomper. On comprend alors pourquoi l’apôtre Paul présente l’homosexualité comme un des symptômes de l’idolâtrie (Ro 1,25-27).
L’homosexualité refuse l’altérité des sexes ; elle se soustrait aux difficultés, aux bonheurs et à la fécondité que génère une relation fidèle entre un homme et une femme. Elle est stérile par définition. 

Face à cette compréhension « classique » des textes bibliques, on pose des arguments qui ne me semblent pas convaincants :

On nous dit :  » Il ne s’agit que de quelques textes de l’Ancien Testament  »  : Lv 18,22 ; Lv 20, 11-13 en particulier.
 » Si on prenait littéralement ces textes, on devrait donc aussi lapider un fils désobéissant !  » L’argument serait imparable s’il ne s’agissait que du Lévitique. Mais cette condamnation des rapports homosexuels est reprise par Paul, l’apôtre de la grâce : Rm 1, 23-27 ; 1 Co 6,9-11. Nous ne pouvons donc pas disqualifier si facilement ces textes. 

On nous dit : « Les relations homosexuelles à l’époque de Paul (dominant-dominé) n’ont rien à voir avec un couple homosexuel d’aujourd’hui»
Peut-être… Mais les auteurs bibliques ne se basent pas sur l’argument de la domination pour exclure les relations entre personnes de même sexe. Markus Zehnder, professeur d’Ancien Testament en Norvège, est catégorique : « Il est exclu qu’en déclarant les actes sexuels « contre nature », Paul ait eu à l’esprit le point de vue gréco-romain soucieux d’attribuer correctement les rôles actif et passif dans le rapport sexuel. En effet, d’une part il se réfère à l’ordre créationnel de Genèse 1 et, d’autre part, en 1 Corinthiens 7, il souligne clairement qu’homme et femme ont les mêmes droits réciproques sur le corps de l’autre.» (Revue théologique Hokhma, No 93/2008, p.98). Dans le livre d’Innocent Himbaza, Adrien Schenker et Jean-Baptiste Edart concernant l’homosexualité dans la Bible, les auteurs interprètent ainsi Romains 1: « Si la condamnation des actes homosexuels repose sur la théologie de la création, il ne peut être question de rapports imposés, qui seraient condamnables, ou choisis qui seraient acceptables… D’ailleurs… rien dans le texte ne permet de soutenir la thèse de la relation sexuelle imposée par force » (Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible, Paris, Le Cerf, 2007, p. 105). 

Trois observations viennent encore fragiliser l’hypothèse qui voudrait que Paul critique les relations homosexuelles uniquement parce qu’elles sont vécues, dans le monde gréco-romain, comme une domination de l’un par l’autre (et non parce qu’elles contrediraient le couple biblique : un homme et une femme) : 

– Paul condamne explicitement les relations « contre nature » des femmes entre elles ; on voit mal comment le schéma « dominant-dominé » peut s’appliquer ici. 

– Paul parle à ce sujet de relations para phusin et non para agapèn, comme on pourrait s’y attendre si Paul prône simplement « une culture de la réciprocité » qui peut s’exprimer autant par des relations homosexuelles qu’hétérosexuelles. 

– Yves Gerhard, professeur émérite de latin, de grec et de culture antique, relativise la conception « dominant-dominé » souvent invoquée pour interpréter Paul : « Durant mes études de lettres et mon enseignement, j’ai lu tous les jours des textes latins et grecs. Je puis vous dire que les pratiques homosexuelles n’étaient pas fondées sur la violence ou l’asservissement – on peut excepter quelques exemples d’utilisation d’esclaves pour assouvir ses passions (chez Pétrone). » (Lettre du 12 sept 2019 à Gottfried Locher ; cité avec l’autorisation de l’auteur). 

Remarquons la cohérence entre la position de Paul et l’éthique de l’AT. A ce sujet, je m’étonne qu’un bon théologien comme Simon Butticaz puisse interpréter la pensée de Paul sans faire référence à l’Ancien Testament, qui est la première source de la théologie de l’apôtre. 

Quand Jésus ou Paul se démarquent de l’interprétation juive de l’AT, ils ne se privent pas de le dire ! Sur ce sujet, ils partagent manifestement l’orientation hétérosexuelle de l’AT, qui considère une relation homosexuelle comme une « abomination » :
Lv 18,22 : Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination.  

Le mot est fort et mérite d’être interprété :
« Abomination » est la traduction de l’hébreu to-ebah, qui peut évoquer le tohu-bohu du début de la Genèse, c.à.d. le chaos qui a précédé l’action créatrice de Dieu, laquelle a consisté à séparer les ténèbres de la lumière, les eaux de la terre, etc. L’homosexualité est alors considérée comme un retour au tohu-bohu, un brouillage des différences ; elle est à la différence sexuelle ce qu’est l’inceste à la différence des générations. L’inceste est l’autre grand interdit de ce chapitre 18 du Lévitique. » (Cf. Xavier Lacroix, L’amour du semblable, Le Cerf, 1995, p. 150, cité par Andrea Ostertag et Jean-Jacques Meylan, L’amour mal aimé, Dossier Vivre, 2005, pp. 18-19).

On nous dit qu’il n’y a plus ni homme ni femme… 

Il est vrai que ce passage de Ga 3,28 célèbre l’avènement d’une humanité nouvelle en Christ, une communauté qui transcende les discriminations habituelles – au Ier comme au XXIème siècle – discriminations justifiées par l’origine ethnique (ni Juif, ni Grec), le statut social (ni esclave, ni libre), et le sexe (ni masculin, ni féminin). Nous sommes « tous un en Jésus-Christ ». 

Cette confession de foi brise les discriminations mais n’abolit pas les distinctions. Paul va continuer à donner des conseils différenciés aux esclaves et aux maîtres, aux hommes et aux femmes. Nous continuons à vivre dans les réalités avant-dernières. Galates 2 ne permet pas de justifier les relations homosexuelles puisque Paul les considère comme un des symptômes d’une société qui adore la créature plutôt que le Créateur (Rm 1, 24-27). 

Galates 2 permet cependant d’affirmer avec Ed Shaw : « Ce qui me définit le plus dans la vie, ce n’est pas ma sexualité mais mon statut d’enfant de Dieu en Christ » (Ed Shaw, L’Eglise et l’attirance homosexuelle : Mythes et Réalité, Editions Ourania, 2019, p.30). 

 On nous dit : « Il ne s’agit que de 4 ou 5 textes de la Bible… » 

Si l’on veut faire intervenir l’arithmétique comme critère théologique, il faudrait comptabiliser aussi tous les textes qui nourrissent la conception biblique du couple ! Et là, il devient clair que la Bible nous appelle très clairement à privilégier le couple hétérosexuel et monogame. Les déclarations de l’apôtre Paul sont particulièrement fortes à cet égard : « Pour éviter tout dérèglement, que chaque homme ait sa femme et chaque femme son mari » (1 Co 7,2). 

L’enseignement de Jésus est sans équivoque lui aussi : « N’avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, les fit mâle et femelle5et qu’il a dit : C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair. 6Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni!» Mt19,4-6 

C’est cet enseignement biblique fondamental qui fonde notre affirmation dans le Manifeste bleu : « A la différence d’un couple hétérosexuel, un couple homosexuel est, selon nous, incomplet car il exclut de la relation l’altérité et l’union entre un homme et une femme et il exclut de la relation sexuelle la possibilité même d’engendrer un enfant » (p.32). 

Le terme d’altérité désigne ici la différence fondamentale – irréductible et en même temps magnifiquement complémentaire – entre un homme et une femme. Par définition, un couple homosexuel exclut cette altérité (et par la même occasion la fécondité qui peut en découler). Et ce déficit d’altérité n’est pas un détail… comme le montre Jean-Baptiste Edart dans l’ouvrage collectif Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible : « Paul considère que la différence sexuelle est voulue par le Créateur, et qu’elle est une structure fondamentale de l’être humain, caractéristique niée dans l’acte homosexuel » (Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible, Paris, Le Cerf, 2007, p. 92). 

Toute la Bible, du début à la fin, témoigne de cette réalité : tout commence par un homme et une femme créés à l’image de Dieu (Gn1) et appelés à devenir une seule chair (Gn 2) et tout s’achève par le mariage du fiancé avec sa fiancée (Apocalypse 21-22).
Les prophètes, quant à eux, n’hésitent pas à se référer au couple humain pour nous faire comprendre l’intensité de l’amour de Dieu pour son peuple ou pour dénoncer notre infidélité (cf. Ez 16 ; Os 1-3). 

« Le mariage entre un homme et une femme, l’union complémentaire de deux sexes différents, est un point central de toute l’architecture du plan de Dieu pour cet univers, depuis son début et jusqu’à la fin des temps. Ainsi, si vous changez ses constituants (un homme et une femme), vous interférez avec la direction vers laquelle le Créateur dit vouloir guider le monde, à savoir l’unité dans la différence dans le mariage céleste du divin et de l’humain. 

C’est pour cela que le mariage a été défini par certains comme un sacrement (à l’instar du baptême et du repas du Seigneur), en tant que représentation terrestre d’une réalité spirituelle. C’est un tableau divinement peint qui montre une réalité plus grande et, par conséquent, ses éléments constituants ne sont pas interchangeables. (…) Le repas du Seigneur ne représenterait pas correctement tout ce qu’il signifie, si le vin était remplacé par du Coca et le pain par des frites. Nous ne pouvons donc pas appeler mariage quoi que ce soit d’autre que l’union sexuelle permanente entre un homme et une femme sans porter atteinte à sa signification centrale, celle d’illustration de la consommation passionnée de l’amour de Dieu pour son peuple.» (Ed Shaw, L’Eglise et l’attirance homosexuelle, éditions Ourania, tr.fr. de The Plausibility Problem : The Church and Same-Sex Attraction, Inter-Varsity Press, 2015, pp. 88-91). 

 On nous dit que l’homosexualité n’est pas un choix 

J’ai répondu à cet argument dans un article déjà publié sur le site du R3 : https://www.ler3.ch/ce-nest-pas-un-choix/

On nous dit que nous réintroduisons par là une « justice au mérite » 

C’est Simon Butticaz qui lance cet argument dans Le NT sans tabous, Genève, Labor et Fides, 2019, pp.110s. 

Je vois là un grave malentendu :
Quand le Manifeste bleu déclare que « nous ne pouvons pas offrir un rite ecclésial de bénédiction pour un couple de même sexe » il ne parle pas d’accès au salut mais de bénédiction d’un couple.
C’est l’apôtre Paul – et non le Manifeste bleu – qui liste un certain nombre de comportements qui ferment l’accès au Royaume :
« Ne savez-vous donc pas que les injustes n’hériteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni les débauchés, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les pédérastes, 10ni les voleurs, ni les accapareurs, ni les ivrognes, ni les calomniateurs, ni les filous n’hériteront du Royaume de Dieu » (1 Co 6, 9-11 TOB). 

Paul semble donc défendre bec et ongles la justification par la foi plutôt que par les oeuvres et – en même temps – mettre en garde contre un certain nombre de comportements qui empêchent d’entrer dans le Royaume. C’est particulièrement clair dans l’épitre aux Galates : Paul pose aussi bien le principe de la justification par la foi (2,16) que la mise en garde contre les oeuvres de la chair qui empêchent d’hériter du Royaume (5,19-21). 

N.B. Le mot « comportement » est probablement trop faible encore pour décrire ce qui ressemble à une façon de vivre qui colle à la peau, plus encore qu’un comportement plus ou moins occasionnel. En effet, Paul ne parle pas de débauche – par exemple – mais de débauchés. L’attitude profonde qui ferme les portes du Royaume est bien décrite par Jean : « Si nous confessons nos péchés, fidèle et juste comme il est, il nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité. Si nous disons : « Nous ne sommes pas pécheurs », nous faisons de lui un menteur et sa parole n’est pas en nous » » (I Jn 1, 9-10). 

Pour ne pas « bafouer la gratuité de l’Evangile », faudrait-il jeter à la poubelle toute « loi » biblique pour ne garder que l’amour inconditionnel que Dieu nous offre en Jésus-Christ ?
La théologie réformée classique a formulé de manière très éclairante le rôle de la loi biblique. Elle n’oppose pas de manière simpliste la loi et l’Evangile, comme si l’Evangile rendait totalement inutile la loi biblique. La loi garde 3 fonctions ou « usages » : 

A) Restreindre le mal dans la société (usus politicus) : « tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas… »
B) Conduire les gens au Christ (usus elenchticus) en révélant à la fois la volonté de Dieu dans toute son ampleur et la condition humaine dans toute sa noirceur. « La loi est spirituelle ; mais moi, je suis charnel, vendu comme esclave au péché (Rm 7,14). « L’Ecriture a tout soumis au péché dans une commune captivité afin que, par la foi en Jésus-Christ, la promesse soit accomplie pour les croyants » (Ga 3,22). La reconnaissance de notre aliénation nous conduit aux pieds du Christ, qui incarne le pardon de Dieu pour nous. 

C) Apprendre aux croyants comment aimer Dieu et leur prochain (usus didacticus). Les commandements bibliques éclairent ce que veut dire le verbe « aimer » comme Dieu le conçoit. 

En rappelant la « loi » biblique concernant la sexualité, nous n’excluons ni ne condamnons personne ; nous n’introduisons pas une nouvelle condition à remplir (être hétéro) pour mériter l’amour de Dieu. 

  1. Nous aidons notre société à poser des repères. En l’occurence, ceci est un mariage ; cela n’en est pas un. Nous ne sommes pas en train de poser un jugement moral sur des personnes mais nous recherchons une certaine cohérence éthique et théologique. Quand une assemblée d’Eglise comme la FEPS – désormais l’Eglise Evangélique Réformée Suisse – prend officiellement une position qui contredit les textes bibliques, elle sape ses fondements. « Cette Eglise, qui remet ainsi (implicitement ou explicitement) en cause l’anthropologie de la Parole qui la constitue, déconstruit, de fait, ses bases symboliques (…) En psychanalyse, comme en psychothérapie, on parle – lorsque ceci se produit – d’atteinte au cadre, voire de « déliaison pathologique du lien institutionnel » (Pierre Glardon, op.cit., p.219). 
  • Nous aidons nos contemporains à prendre conscience de notre condition humaine : tous, d’une façon ou d’une autre, nous transgressons la volonté de Dieu ; tous, hétéros comme homos, nous ratons la cible de mille et une façons, et tous nous ne pouvons compter que sur la grâce de Dieu, incarnée en Jésus-Christ, pour nous tenir en sa présence. C’est ici – et non dans notre comportement plus ou moins choisi et subi – que se trouve le seul choix fondamental : croire ou ne pas croire à l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ (Jn 3,36). 
  • Nous encourageons les chrétiens à ne pas se conformer au monde ambiant mais à se laisser transformer par le renouvellement de leur être profond pour discerner quelle est la volonté de Dieu pour eux, leur couple, leur famille, leur société (Rm 12,2) 

La grande difficulté est de parvenir à tenir ensemble l’accueil respectueux de chacun-e, quelle que soit son orientation sexuelle, et le refus d’un rite pour couples de même sexe
Ce refus sera presque toujours compris comme un jugement voire un rejet… Un détour par la polygamie permettra peut-être de comprendre comment on peut respecter une personne sans pour autant bénir sa forme de conjugalité. 

La polygamie est une « orientation sexuelle » couramment pratiquée, aujourd’hui comme hier, en Suisse comme en Afrique, même si elle prend des formes variables. L’homme semble avoir de la peine à se contenter de la relation sexuelle avec une seule femme. D’où un grand nombre de mises en garde bibliques contre la convoitise, l’adultère ou la prostitution. Remarquons à ce sujet qu’à l’aune de la Bible il ne suffit pas que les partenaires soient consentants pour que leur union soit acceptable… 

La polygamie est pratiquée dans la Bible elle-même et par des personnages aussi respectables et bénis qu’Abraham, Isaac, Jacob, David ou Salomon. Il n’y a cependant aucun rite pour partenaires polygames dans les Églises que je connais. Nous pouvons sincèrement respecter ces personnes sans pour autant approuver leur forme de conjugalité. Ce refus n’implique aucun jugement sur la personne d’Abraham ou David. Il exprime simplement le choix de valider et valoriser le couple monogame préconisé par le Nouveau Testament. C’est ce choix que le Rassemblement pour un renouveau réformé exprime dans son Manifeste bleu

Que se passe-t-il lorsqu’on légitime théologiquement les relations homosexuelles ?
– On crée un décalage, pour ne pas dire un choc frontal, entre les déclarations de la Bible et celles de la théologie. Un exemple :
« Bien qu’ils connaissent le verdict de Dieu déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles actions, ils ne se bornent pas à les accomplir, mais ils approuvent encore ceux qui les commettent » (Ro 1,32)
« L’homosexualité tout comme l’hétérosexualité font partie de la création bonne de Dieu et de sa diversité. »( Michael Wolter, Der Brief an die Römer, vol.1, p. 154 ; cité par Simon Butticaz, op.cit., p. 124). 

 – On creuse l’écart entre l’Eglise réformée et les Eglises qui gardent une éthique plus proche des textes bibliques. 

–  On balaie les convictions d’une minorité de pasteurs et de paroissiens qui ont une interprétation « classique » de la Bible pour répondre à la demande d’une minorité de paroissiens qui se déclarent homosexuels. Qui a vraiment besoin que l’Eglise réformée suisse propose une bénédiction de mariage pour couples de même sexe ? Une infime minorité !

Selon les statistiques officielles de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, il y a eu – pour tout le canton – une demande de bénédiction en 2013, deux en 2014, trois en 2015, une en 2016 et une en 2017. Plutôt que de mettre toute l’Eglise sous pression pour changer sa définition du mariage et ses rites, plutôt que de demander à l’Eglise tout entière d’entrer en choc frontal avec les textes bibliques, n’y a-t-il pas d’autres façons de répondre aux besoins des couples de même sexe ? 

– On brouille les repères pour les adolescents qui sont dans une période de recherche d’identité. L’homosexualité devient alors une option parmi d’autres, à tester sans retenue (selon le témoignage d’une maman de gymnasiens vaudois). 
« Comme d’autres, je ne suis pas convaincu par l’argument que l’on « naît » homo ou hétéro. La conscience sexuelle n’émerge qu’avec l’âge et va normalement de pair avec la double découverte de son propre corps et de l’altérité. A une époque où on ne cesse de dire que les rôles respectifs d’hommes ou de femmes sont des constructions culturelles bien plus que naturelles, il est pour le moins étonnant (ou révélateur d’une certaine volonté d’interpréter les données en fonction de ce qu’on veut démontrer) de constater une insistance forte pour considérer que l’homosexualité échappe à cette règle et soit considérée comme relevant de la nature intrinsèque de la personnalité, en dehors des cadres culturels formateurs » (Jean-Claude Thienpont, « Unio Reformata. Entre loyauté et résistance », Hokhma No 117/2020, p.75). 

Comme l’exprime si bien Jésus en parlant de ses disciples comme du sel de la terre et de la lumière du monde, l’Eglise est à la fois pleinement dans le monde et porteuse d’une saveur différente. Elle est appelée à poser des repères (lumière) pour que tous ceux qui l’entourent puissent orienter leur marche ou se démarquer en connaissance de cause. Poser des repères sans pour autant jeter des pierres me semble être une des missions capitales de l’Église. Je vois l’Église de demain comme une minorité qui donne de la saveur et ose se démarquer plutôt que comme un caméléon qui reflète les opinions de son entourage et contribue ainsi à la « grande confusion » dénoncée par l’apôtre Paul dans l’épître aux Romains (1, 24-32). Voir mon article https://www.reformes.ch/blog/gerard-pella/2019/09/la-future-eglise-suisse-sera-t-elle-un-cameleon

– On participe – volontairement ou non – à la déconstruction de l’éthique chrétienne du mariage.

–  On cautionne – volontairement ou non – l’agenda des minorités sexuelles, qui recherchent infiniment plus qu’une bénédiction de mariage : le droit d’adopter des enfants et l’accès à la procréation assistée, voire à la gestation pour autrui. On ouvre la porte de nos écoles ou de nos bibliothèques à des visions du couple qui sont aux antipodes de la conception biblique. 

Un exemple : la bibliothèque de Vevey propose des ateliers et des tables rondes autour des différentes pratiques sexuelles. C’est ainsi qu’elle invite une drag queen dont le programme est clair : « Je viens juste stimuler l’imagination, favoriser la fluidité des genres, casser les codes, sans vouloir choquer ou faire du prosélytisme » (24Heures du 25-26 janvier 2020, p. 9). 

Conclusion 

• « Nous ne pouvons pas offrir un rite ecclésial de bénédiction pour un couple de même sexe ». 

• « Nous voulons accueillir avec affection, amour et sensibilité, et accompagner selon l’Evangile… » Extraits du Manifeste bleu, p.32 

Gérard Pella, Attalens, novembre 2020. 

Le goût inimitable de la crêpe évangélique

Cette prédication d’Antoine Schluchter a été donnée pour le dimanche des Réfugiés. Elle se présente comme un menu avec une entrée, un plat principal et un dessert. L’Evangile nous retourne comme une crêpe, dit Antoine ! Alors ouvrons nos yeux, nos coeurs, nos mains…

Durant le confinement, de nombreux établissements ont proposé des plats à l’emporter allant du menu du boucher à la pizza, en passant par le hamburger de fin de semaine, et j’en passe. Pareil, ce matin, avec l’évangile qui nous propose un menu complet : en entrée, deux miracles ; en plat principal, un envoi en mission. Et en dessert, sobre et digestif, un verre d’eau.

Ce matin, l’évangile vient apaiser nos faims et nos soifs, mais pas comme un banquet sur invitation. Ou alors, une invitation à la sauce évangélique. En allant chercher les gens sur les places, les chemins de traverse, vu que les hôtes habituels ne semblent guère intéressés. C’est le risque de trop-plein qui nous guette, on prend juste deux chips, une toute petite portion et un café. Ou alors, on arrive le ventre, le cœur, l’esprit pleins de tellement de choses.

Ce peut être de de nos problèmes à nous, ainsi qu’à d’autres qui viennent occuper tout l’espace tandis que ceux qui stagnent sur les places ou errent dans les chemins de traverse ont le ventre creux, le cœur lourd et l’esprit aux abois. Il y en a même, on pense à eux aujourd’hui, qui boivent la tasse, qui se noient littéralement.

Ce matin, l’évangile nous retourne comme une crêpe. Car, en effet, ce ne sont pas les serviteurs du roi qui partent à la recherche des invités, mais les invités qui frappent à nos portes ; et cela trouve aussi un écho biblique fort : l’hôtellerie de Bethléem, l’image-choc des violents qui s’emparent du royaume ; le royaume est comme forcé, dit Jésus ; c’est exactement cela.

Aveugle et muet : le réfugié

Voilà pourquoi je vous ai invités à vivre le culte en communion avec les migrants, à écouter les textes bibliques en pensant à eux, en leur ouvrant la porte de nos cœurs. Voilà une façon de se désinfecter avant de passer à table, plutôt que de nous en laver les mains. Des tables, c’est riche symboliquement, à nouveau plus ouvertes depuis quelque temps qui ne sont plus limitées à un nombre restreint ; nous avons accueilli deux réfugiés afghans à Pentecôte, quelle fête !

En entrée donc, deux aveugles criant à Jésus, entendus et guéris ; on peut y associer le cri des migrants sur terre, sur mer, à nos frontières. Il y a aussi un muet, une histoire sans paroles comme il s’en déroule tant. Je pense à un migrant qui a traversé la Méditerranée, ils étaient dix, lui seul a survécu. Il n’a pu le dire que bien plus tard, déposer enfin le fardeau qui le rendait muet et moi, j’étais sans voix ; comme bien d’autres fois.

« Il est possédé par un démon », précise le texte, soit une entité néfaste et extérieure à lui-même prenant possession de son être et coupant ou biaisant la communication avec l’extérieur. Là aussi, on peut faire bien des parallèles avec des situations de migration. Dans un sens, on peut comparer les réfugiés à ces deux aveugles ; ils sont rarement seuls, ils essaient de trouver leur chemin, mais peinent à le voir, ils essaient de s’en sortir. La question est d’oser s’arrêter pour les écouter, comme Jésus. On peut aussi les comparer à  cet homme seul et muet sous le poids de ses épreuves. Pas besoin d’en dire plus.

Aveugle et muet : l’installé

Mais, comme souvent dans l’évangile, comme avec la crêpe, eh bien… n’est-ce pas aussi, n’est-ce pas plutôt moi, nous, l’aveugle, le muet ? On en retrouve un écho dans ces paroles d’un cantique contemporain : « Ouvre mes yeux, Seigneur, aux merveilles de ton amour. Je suis l’aveugle sur le chemin, guéris-moi, je veux te voir. » Qu’est-ce que je ne peux pas voir, qu’est-ce que je ne veux plus voir ? Qu’est-ce qui me bloque, qu’est-ce qui m’empêche, qu’est-ce qui me fait peur ? Quels sont mes a priori, les éléments enfermants de mon histoire, mes tissus nécrosés ?

Nous l’avons expérimenté en ayant un centre de migrants dans notre précédente paroisse.

Pour beaucoup de gens, le premier pas était très difficile, voire impossible : un pas de géant, un fossé infranchissable. Alors qu’offrir un verre d’eau… Pour moi, davantage que mon épouse, c’était dur la première fois : y aller, traverser des salles, saluer des gens, s’immiscer dans leur intimité misérable. Voilà donc pour l’entrée : nous sommes l’aveugle, le muet : l’installé autant que le réfugié. Et cela aussi, dans le fond, c’est une forme de communion, dans le manque.

Sur le socle de la compassion

Le plat principal est aussi un plat de résistance, dans les deux sens du terme : il nous permet de résister à l’usure, il est bien nourrissant. Mais on peut être tentés de résister à l’assimiler, il est un peu dur à avaler. Cette idée d’envoi à la suite de celui des disciples, les Douze dans ce passage. Un envoi qui s’appuie sur les gestes guérissants de Jésus. Des gestes qui se déploient dans son immense compassion pour les foules. Il me semble évident que les réfugiés correspondent dramatiquement à la description : « …fatigués et abattus comme des brebis qui n’ont pas de berger. » Avec, en lieu et place, des passeurs qui tiennent davantage du mercenaire que du bon berger.  

Et puis, comment ne pas être interpellés par ce Jésus bouleversé, ému au plus profond de lui-même, littéralement jusque dans ses entrailles ? C’est tripal. Il se laisse atteindre, sans masque, il se prend la misère postillonnante des foules de plein fouet. Et c’est comme débordé par le nombre… ah, le nombre – plus de 38.000 migrants engloutis dans la Mer jusqu’en 2019 ; bien moins depuis, mais cela n’a rien de rassurant. Il ne peut plus faire face tout seul, il délègue, il envoie, il nous envoie, il se déploie en nous. Avec une mission identique à la sienne : guérir et libérer tout homme de ses infirmités ; tout homme, tout humain sans exception ; tout l’homme, pourrait-on extrapoler. Et Jésus a conscience que son travail ne suffit pas, qu’il faut davantage d’ouvriers. Comme nous y avons été rendus sensibles ce printemps, avec les frontières fermées. Qui cueillera nos fruits et nos légumes ?

C’est là qu’intervient la prière, en soutien à la prise de conscience et à l’envoi concret.

Et là encore, la crêpe évangélique, mes sœurs, mes frères : ces gens qui s’invitent à nos portes ne sont-ils pas, eux, des envoyés du Seigneur ? Pour nous guérir et nous libérer de ce qui nous entrave de vivre, de proclamer le règne : nos suffisances, nos acquis, nos aisances, nos scléroses ? Me revient la foi de ce migrant érythréen qui n’a jamais douté de la bonne main de Dieu. Tout au long d’un parcours qu’il a débuté adolescent et terminé adulte. 

Après l’entrée de la guérison et de la délivrance, après le plat de résistance de la compassion à déployer – et à y goûter, il est irrésistible, ce plat ; il a un sacré – je pèse mes mots – goût de reviens-y – voici donc le dessert, léger et aérien.

Un verre d’eau

Et là, on retourne directement la crêpe avec la succulente image du verre d’eau donné qui rejoint cette expérience que nous faisons tous de davantage recevoir que donner. Le caractère irremplaçable du geste, de l’attention, de l’humble offrande. Dans nos expériences avec ces frères et sœurs du monde, il y a toujours eu un verre d’eau… souvent chaude avec un sachet de thé, un mets local, un morceau de leur vie. Les repas organisés par le Groupe d’Accueil des Migrants chez nous en sont la démonstration : que de générosité !

Et puis, sur l’autre face de la crêpe, nous avons la possibilité d’offrir peu ; un verre d’eau. Mais ce qui vient du cœur, c’est toujours beaucoup. Et du coup, on ne se demande plus sur quel côté de la crêpe on est : on l’enroule, on la mange, on communie. On met ensemble la main dans plat, on renonce à la comparaison pour passer au partage.

Jésus a partagé sa mission avec ses disciples, et ses disciples, de génération en génération, avec nous. À nous de la partager avec ces enfants, ces femmes et ces hommes qui s’invitent chez nous. À nous de leur offrir ce verre d’eau qui guérit, ce regard qui libère, ce cœur élargi.

À nous d’accueillir leur espoir, leur simplicité, leur humanité. Certains par des gestes concrets, d’autres par la prière pour les envoyés. Toutes et tous, chacune et chacun dans le bouleversement d’un cœur compatissant qui entend le cri poussé par celui qui ne voit pas le chemin et perçoit le cri étouffé de celui que la peur paralyse. Ces brebis d’autres bergeries que Jésus veut rejoindre à travers nous. Un menu complet à emporter, à assimiler, un menu aux saveurs du Règne : le goût inimitable de la crêpe évangélique.

Cette prédication a été prononcée en 2020. Elle se base sur les textes bibliques suivants : Matthieu 9.27-10.1 + 10.40-42 et Luc 14.12-23

Trinité et pandémie. Des souhaits pour une sortie de crise.

La pandémie de coronavirus a fortement impacté notre monde, y compris la Suisse. Au moment où l’on commence à voir la sortie du tunnel, Antoine Schluchter, pasteur à La Vallée de Joux, se demande ce que nous pouvons [nous] souhaiter.

À l’issue du premier culte célébré après la pandémie, une petite demoiselle revient de l’école du dimanche, perdue dans ses pensées, quand soudain, elle aperçoit son cousin : des semaines qu’ils ne s’étaient pas revus. Son visage s’illumine, elle court vers lui, le soulève du sol et se met à danser : la joie des retrouvailles à l’état pur. On a envie de se dire plein de choses ; et de s’en souhaiter au moment de se quitter. Mais se souhaiter quoi ? – La santé, comme la plupart du temps ? Depuis la pandémie, il me semble qu’on formule d’autres vœux : en gros, qu’on en sorte. D’accord, mais s’en sortir pour entrer dans quoi ? Une reprise là où tout s’est arrêté ? – Pas sûr que ce soit possible, ni même souhaitable. Au Foyer Agapê durement touché par le COVID, ce n’est clairement pas possible. Les résidents qui y sont revenus ont été ravis mais ils ont vite déchanté parce que ce n’est plus comme avant, il y a beaucoup moins de liberté, de spontanéité. En y retournant faire des visites, je les ai sentis passablement déboussolés.

Dans le monde du travail, ce qu’on souhaite, c’est de se remettre à l’ouvrage. Permettre la subsistance des siens, la survie de l’entreprise. Dans les écoles, les enfants interviewés n’évoquent pas leur bonheur de refaire des maths, mais celui de la cour de récréation avec les copines, les copains. Pareil pour les jeunes dans les parcs, au bord du lac ou d’un terrain de foot. Quant aux grands-parents, il suffit de les voir couvrir de baisers leurs petits-enfants.

Besoin viscéral de renouer les liens ; et le sourire béat des petits.

Cela dit, cette crise, et c’est surprenant, voire choquant, a aussi fait des heureux tout en-haut et tout en-bas de l’échelle sociale : les milliardaires et les prisonniers. Certains ont vu leur fortune augmenter tandis que les autres ont recouvré la liberté. Une sorte de grâce imméritée, surtout pour ceux qui croupissaient derrière les barreaux. Et pour vous, et pour nous : quels souhaits de sortie de crise avoir, quels vœux échanger ? Le passage biblique phare de 2 Corinthiens 13, 13 y répond en un mot-clé : bénédiction !

La grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous.

Tel un caillou jeté dans l’eau, il provoque des cercles concentriques au nombre de trois. C’est une bénédiction divine, trinitaire et effective ; autrement dit, une bénédiction dynamique qui nous met en mouvement pour la transmettre plus loin plutôt que la garder jalousement.

1° Une bénédiction divine

Ce matin, nous méditons un verset qui inclut tous ces éléments de la bénédiction. Il est comme caramélisé de tout le suc de l’Histoire du Salut. Proposé non seulement comme parole initiale –c’est le cas dans la messe ou finale comme souvent au culte, mais en qualité de lecture biblique à part entière.   C’est le cœur battant de ce très spécifique dimanche dit de la Trinité.  Pendant 90 jours, nous avons navigué dans les temps du Carême et de Pâques. Au milieu desquels est plantée la Croix, avant de basculer vers le don de l’Esprit et, pour nouer la gerbe, nous accueillons la bénédiction du Dieu Père, Fils et Saint-Esprit.

Rétrospectivement, Dieu s’est révélé comme Créateur, comme Protecteur, comme Père ; Il s’est ensuite présenté comme Fils, être de chair, comme Sauveur dans les évangiles et enfin comme Présence, soutien, inspiration, habitation de l’Esprit en nous. Et avec lui, par lui, du Père et du Fils : « Moi et le Père, nous ferons notre demeure en lui. » On est au bout de la Révélation de Dieu et de son mode d’action dans le monde. Rien ne viendra s’y ajouter – ni message ni prophète – jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous. Comment ne pas se souhaiter la bénédiction divine ? – Sa bénédiction, sinon rien.

2° Une bénédiction trinitaire  

Ce qui est frappant dans ce verset, c’est qu’il s’agit d’une triple bénédiction trinitaire. Avec trois souhaits portés, manifestés, réalisés chacun par une Personne de la Trinité. C’est un peu le tiercé dans le désordre, on commence par le Fils. Mais c’est voulu : « Quiconque m‘a vu a vu le Père », dit Jésus ; il le met en lumière. Pour résumer l’apport du Fils, c’est le mot grâce qui est utilisé : le Fils nous apporte la grâce, la bienveillance, la faveur divine et manifeste ainsi, dans le concret, l’amour de Dieu le Père. La grâce manifestée dans l’œuvre et dans le don du Fils révèle le caractère profond du Père : son amour. « Dieu est amour », écrira saint Jean. On peut le formuler autrement : parce que Dieu est amour, Jésus nous fait don de la grâce. Enfin, comme l’huile dans les rouages ou les antennes dans les transmissions, l’Esprit est communion, relais ; et il n’émet que des ondes positives. Et comme un bon câble, il y a trois brins dont la mise à terre si je puis dire. Par l’incarnation de Jésus, sa mise en terre et son départ vers le Père avec le don de l’Esprit.

3° Une bénédiction effective 

Une bénédiction divine, une bénédiction trinitaire, une bénédiction effective. Avec ses trois dimensions qui sont en fait les plus fondamentales de toute existence. La grâce qui répond au besoin d’un regard favorable posé sur soi. C’est ce qui constitue l’enfant, le nourrisson et ce sans quoi il sera toujours inquiet. L’amour, ce mot qu’on galvaude peut-être mais dont on ne peut pas se passer. Aimer et être aimé nous donne notre place et donne sens à nos existences. Et comme on ne peut pas vivre tout cela en se regardant dans le miroir ni non plus à travers un écran, fût-il tactile, il nous faut de la communion, du lien. C’est ce qu’on appelle une bénédiction effective, porteuse d’effets concrets dans nos vies. 

On sent bien que ces trois souhaits sont complémentaires, inséparables, fusionnels. Imbriqués les uns dans les autres avec des frontières poreuses, des apports permanents. La grâce n’est pas pensable si elle n’est pas motivée par l’amour et l’amour sonne creux comme un estagnon vide s’il ne produit pas la grâce. Et toute cette dynamique relie, connecte, met en lien, fait la différence. Voir se poser sur soi un regard favorable plutôt que critique et destructeur. Se sentir aimé plutôt que méprisé ; ou pire, objet d’indifférence. Se retrouver associé, intégré, inclus plutôt que seul, mis de côté ou écrasé. Je crois vraiment que ces trois souhaits répondent à trois des plus grands besoins humains.

Et puis, il ne s’agit pas de vœux tributaires de nos variations d’humeur ou de relations, il s’agit de la grâce de Jésus-Christ, de l’amour de Dieu et de la communion du Saint-Esprit. Une grâce pas ‘’billig’’, à bon marché : Jésus a offert sa vie. Un amour sans retenue : Dieu a donné son Fils. Et une communion qui est le choix fait par Dieu de nous relier à lui par le Saint-Esprit.

En mouvement

Nous pourrions passer encore pas mal de temps à creuser ces trois souhaits, à approfondir la nature des trois personnes de la Trinité, leur échange incessant ; et ce ne serait pas du temps perdu. Mais pour conclure, j’aimerais simplement souligner l’idée de mouvement. Dieu révélé comme Père, Fils et Esprit n’est pas statique. Aristote, le philosophe, disait qu’au-dessus de tout il y a le moteur non mû, pas dépendant d’une source d’énergie extérieure. Un peu à la manière d’une pendule Atmos. C’est terriblement statique comme vision.

Tandis que la révélation biblique nous présente un Dieu en perpétuel mouvement ; ça bouge en permanence, il y a une Histoire du Salut, des relations de Dieu avec nous. La grâce de Jésus est offerte avec dynamisme aux humains que nous sommes. L’amour de Dieu vient jusqu’à nous et nous relève. Et la communion de l’Esprit nous associe à la vie du Dieu trois fois saint.

Eh bien, frères et sœurs, notre vie chrétienne aussi est – et doit être- mouvement. Mais pas en mouvement de soi à soi, c’est la limite de la pendule Atmos. Il s’agit toujours d’un mouvement vers l’extérieur, vers le monde. Vers autrui pour lui manifester cette grâce, cet amour et cette communion. 

Dans le fond, ce que Paul souhaite aux Corinthiens pour les bénir – et vous avez entendu dans la lecture que cela résonne comme une dernière parole de sa part – eh bien, nous sommes invités à le souhaiter et à le manifester au monde, à être bénédiction pour le monde à qui Jésus a manifesté la grâce : le monde que Dieu a tant aimé, le monde mis en lien par l’Esprit.

Que se souhaiter, que souhaiter au monde ? – Une bénédiction sinon rien, une bénédiction qui vient de Dieu et se déploie par le Fils, le Père et l’Esprit. Effective pour les humains en attente de grâce, d’amour et de communion.

Alors, que Dieu vous bénisse :

Le Père dont l’amour est sans limites.

Le Fils dont la grâce est surabondante.

Le Saint-Esprit dont la communion est parfaite, amen.

Repentance et Résistance

Le 23 mars 2021, le comité du R3 a proposé une rencontre virtuelle autour de ce magnifique binôme « Repentance et Résistance ». Comme le menu était copieux, nous avons estimé judicieux de mettre à votre disposition les contributions écrites de la plupart des intervenants.

Gérard Pella :

Le 9 décembre 2020, dans une rencontre du R3 par zoom, nous avons pris conscience de l’importance de la repentance et cherché à comprendre ce que cet appel signifiait et impliquait pour nous.

Cette soirée a introduit 10 jours de prière pour vivre de manière particulière ce mouvement de retour au Seigneur. Je dis « de manière particulière » parce que ce mouvement de retour vers notre Père est à renouveler constamment.

Nous avons commencé à comprendre que la repentance biblique n’est pas centrée sur nos péchés, nos tiédeurs, nos remords. Elle est centrée sur Dieu.

Elle est réponse à la Parole de Dieu. 

C’est ce que confirme le texte de 1 Pierre 5 qui nous guidera ce soir :

5Dieu résiste aux orgueilleux, Mais il donne sa grâce aux humbles.

6Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu’il vous élève en temps voulu. 

Nous humilier, ce n’est pas nous dévaloriser, nous aplatir.

C’est reconnaître notre juste place de créature, d’humain sous la puissante main de Dieu, qui n’est pas un tyran. Il se présente – dans ce même passage de 1 Pierre 5 –  comme le Dieu de toute grâce, qui prend soin de nous.

Dans notre chemin de repentance du mois de décembre a retenti très clairement l’appel à retourner à Dieu de manière désintéressée,

L’appel à revenir à Dieu pour qui Il est et non pour ce qu’Il fait ou devrait faire.

Je vous propose donc 10 minutes de silence pour nous tourner vers le Dieu de Jésus-Christ, pour LUI seul, par amour pour LUI, et non pour obtenir ses bénédictions ou ses inspirations.

Elles sont bien nécessaires, ses bénédictions, mais elles sont données « en plus » à ceux et celles qui recherchent en priorité son Royaume.

Je suis conscient que ce n’est pas évident de commencer cette soirée par 10 minutes de silence. J’ai longuement hésité à vous le proposer… mais je crois que cela va nous permettre de nous positionner de la juste manière :

centrés sur Dieu, en résistance à l’activisme et à l’autonomie qui caractérisent notre humanité rebelle.

S I L E N C E

Le comité du R3 a pris au sérieux un second appel, complémentaire : l’appel à la résistance !

Notez Bien : la repentance est déjà une forme de résistance à la pensée dominante. C’est une autre façon de voir, de penser, de se positionner…

Repentance et Résistance, deux mots qui résonnent bien ensemble…

Deux réalités qui se retrouvent dans le même chapitre 5 de la première épître de Pierre. Nous avons lu les versets 5 et 6 tout à l’heure. Reprenons maintenant de 5 à 11 :

5Dieu résiste aux orgueilleux, Mais il donne sa grâce aux humbles.

6Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu’il vous élève en temps voulu. 7Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, 

car il prend soin de vous.

8Soyez sobres. Veillez ! Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer ; 9résistez-lui, fermes en la foi, et sachant que les mêmes souffrances sont imposées à vos frères dans le monde.

10Le Dieu de toute grâce, qui, en Christ, vous a appelés à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous formera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. 11A lui la puissance aux siècles des siècles ! Amen !

Retenons juste 3 perles de ce magnifique collier :

  1. Nous sommes appelés, aujourd’hui comme au 1er siècle, à résister…

… non pas aux autorités (sanitaires ou romaines)

… non pas au virus…

… non pas aux réseaux sociaux ou aux faiseurs d’opinion,

mais au diable lui-même, qui peut se servir de toutes ces réalités pour dévorer… c’est-à-dire nous couper de Dieu.

2. La principale façon de résister, c’est de « demeurer fermes dans la foi ».

Comme l’exprimait Cathy Grobéty, membre elle aussi du comité du R3, résister, c’est avant tout « demeurer en Christ » et « revêtir Christ »

3. L’issue de la crise est certaine et pleine d’espérance :

Le Dieu de toute grâce, qui, en Christ, vous a appelés à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous formera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. 11A lui la puissance aux siècles des siècles ! Amen !

Avec le comité du R3, il nous semble discerner que Dieu appelle ses enfants à former des « poches de résistance ».

Cette image de « poches de résistance » nous fait penser à une dimension communautaire : des groupes, des paroisses, des réseaux qui résistent à l’esprit du temps, à ses dérives, à ses illusions comme à ses désespoirs.

Un bel exemple de poche de résistance me semble être la Haute Ecole de Théologie, qui cherche à penser et à vivre autrement qu’une théologie critique et anthropocentrique.

Nos groupes et nos paroisses ne sont pas que des lieux de célébration et de socialisation. Aujourd’hui comme hier mais peut-être encore plus qu’hier –

nous avons à former des poches de résistance à la mentalité dominante.

Nous avons demandé à plusieurs personnes dont nous reconnaissons la valeur de nous aider à clarifier cette notion de résistance à partir de leur point de vue et de leur expérience de vie. 

Voici leurs contributions :

Hetty Overeem :

Repentance et résistance … pour moi les deux vont de pair. Dans le sens que la repentance, c’est revenir à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, pour qui il EST  –  et la résistance, c’est résister à toute illusion sur Dieu qui nous empêche de revenir à Lui pour qui il est.

Donc, avoir ce seul but et vision en tête : Revenir à Jésus. Revenir à Jésus. Revenir à Jésus. Et résister à tout ce qui veut nous freiner, stopper.

Mais comment, concrètement ?

Concrètement : résister à l’illusion de la toute-puissance humaine, des revendications de l’humanisme, d’un Dieu-« bonus » qui viendrait après nos autres priorités, d’un dieu fait à notre image.

Résister à l’illusion que Dieu veut d’abord et surtout des actions, du faire, de l’efficacité, de la productivité et de la visibilité. 

Résister à l’illusion qu’on n’a pas besoin de chercher Dieu, car on aurait déjà tout trouvé sur lui ; il est acquis pour ainsi dire.

Résister à l’illusion qu’on n’a pas besoin d’aimer Dieu pour lui-même, il suffit d’aimer notre prochain et ainsi on aime automatiquement Dieu.

Résister à l’illusion qu’il n’y a pas de Vérité, ni sur Dieu ni sur nous et le monde, que chacun a sa vérité et que, donc, on ne peut pas vraiment parler de l’identité de Dieu, et que ça n’a pas de sens de le chercher.  

Résister à l’illusion que Dieu est flou, pas une réelle réalité.

Et enfin, résister à l’illusion que Jésus est un bon être humain, et que l’Evangile est de le suivre comme modèle, de l’imiter et de s’en laisser inspirer pour notre spiritualité.

Ainsi, la résistance à l’illusion est en elle-même repentance ! Ou bien, la repentance est en elle-même résistance ! Car en renversant les critères de l’illusion de l’adversaire, ça devient la Vérité selon Dieu. Et qu’est-ce que ça donne ?

1) Non, l’humain n’est pas tout-puissant. Il dépend de Dieu, alors il est appelé à vivre la dépendance totale de lui, pour vraiment devenir l’humain selon le désir de Dieu  –  par le Christ habitant en lui et le transformant, j’y reviens. Il EST, et alors veut être connu et reconnu comme Dieu BERGER.

2) Non, l’humanisme n’est pas une option. Il réduit le concept de « bon » à l’humain et ses critères, et cette bonté-là ne correspond pas à la volonté de Dieu. Dieu n’est pas le prolongement de l’être humain et ses critères, et c’est peut-être le moment d’arrêter des prédications qui vont dans ce sens : « Soyez bons, solidaires, empathiques… »  Un collègue m’a confié qu’il avait été dans 37 Églises, avait écouté 37 prédications, et que les messages pouvaient être résumés dans ceci : « Allow me to suggest that you be good. » (Permettez-vous de vous suggérer d’être bon). La théologie, elle aussi, pourrait vivre, si elle arrêtait de se soumettre aux critères humanistes. Dieu EST, et alors il veut être connu et reconnu comme SOUVERAIN.

3) Non, Dieu ne vient pas après quelque chose ou quelqu’un, il n’est pas un bonus sympa. Il est la toute première priorité. A aimer et alors aussi à obéir avant tout. (Attention juste au mot « obéir », qui doit sortir des associations de « il faut, il faudrait, il aurait fallu », et revenir à la libre obéissance de Jésus, par Amour pour son Père, justement parce qu’il le connaissait ! Dieu EST, et alors il veut être connu et reconnu comme LE SEUL, L’UNIQUE.

4) Non, Dieu n’est pas à notre image, il ne correspond pas à nos critères et ça peut faire très mal. Esaïe 55, 8 : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas les  miens. » Il agit selon son plan, dont, nous dit Jésus, on peut avoir confiance qu’il est bon. Il est celui qui prend l’initiative et nous demande d’entrer dans sa dynamique. Il EST, et alors il veut être connu et reconnu comme le DIEU TRES HAUT.

5) Non, Dieu ne veut pas d’abord notre faire, nos actions, notre efficacité, notre productivité et notre visibilité. C’est nous qui voulons ça ! Parce que là, au moins, il y a quelque chose à voir, donc cela nous justifie. Non, Dieu veut qu’on SOIT. Avec lui, ensemble, donc en vérité. Pour lui. Pour lui seul. En ne produisant dans un premier temps rien du tout. Et, dans une même logique, Dieu veut, je pense, qu’on arrête de lui demander dans un premier temps des CHOSES, aussi belles qu’elles soient, même s’il s’agit de très belles perles, pour utiliser cette image dans l’Evangile de Matthieu. Des perles comme la guérison, la libération, mais aussi comme le discernement, la sanctification, et même la foi. Parce que tout ça peut devenir des CHOSES, indépendantes, autonomes, existant et voulues pour elles-mêmes, plus que Dieu lui-même. A ce moment-là elles remplacent Dieu et deviennent des idoles. Dieu veut qu’on cherche LA Perle, la plus grande, la plus belle, qui fait pâlir toutes les autres, à savoir : Lui-Même, dans tout son être, et alors aussi ce qu’il fait, ce qu’il donne, ce qu’il dit. Dieu dans toute sa Réalité  –  le Royaume, donc ! Dieu EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme LA PERLE, pour laquelle on peut joyeusement laisser tomber toutes les autres.

6) Non, on n’a pas encore trouvé toutes les richesses de la Personnalité de Dieu !Il n’est pas acquis, comme si on n’avait plus besoin de le chercher. Non, c’est l’Esprit de Jésus qui, durant toute notre vie, va nous guider vers la pleine vérité (Jean 16, 13) sur ce Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, qui il est et ce qu’il veut. Et vers la pleine vérité sur nous, et le plan de Dieu pour ce monde, qu’il veut réaliser à travers nous, afin que son Règne vienne. Dieu EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme le DIEU QUI SE LAISSE CHERCHER … ET TROUVER ! (Esaïe 65, 1-2 p.ex.)

7) Non, il ne suffit pas d’aimer son prochain, et on n’aime pas automatiquement Dieu en aimant son prochain. Il y a bien DEUX commandements, le premier étant : « Aimez le SEIGNEUR ! », et là-dedans, comme fruit venant de cette vigne, il y aura aussi un amour nouveau pour notre prochain, et pour nous-mêmes. Dieu est, et alors il veut être connu, et reconnu, comme DIEU-AIMANT JALOUX, comme les prophètes, surtout Osée, l’ont décrit. 

8) Non, Jésus n’est pas l’homme bon, le modèle à imiter, qui inspirerait si bien nos expériences spirituelles. Il est le seul chemin, la seule vérité et la seule vie, le seul Sauveur, que Dieu a envoyé et veut envoyer maintenant même dans notre cœur. Pour nous habiter et nous transformer vers l’être nouveau que NOUS serons, avec lui, en lui : cette nouvelle « race » des humains selon l’ordre de Melchisédek (Genèse 17, Hébreux 7). Dieu EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme le DIEU QUI FAIT TOUTE CHOSE NOUVELLE. Jésus, le Fils de Dieu, est l’EPOUX et se réjouit de cette union, enfin, avec nous comme son EPOUSE (Apocalypse 21 et 22).

9) Non, c’est le mensonge qui dit qu’il n’y a pas de vérité, et qui exige, quand il dit ça, d’être justement… la Vérité ! Et non, on ne peut pas dire sur Dieu tout ce qu’on veut et le contraire. Oui, on le peut, bien sûr, mais alors on est dans l’illusion ! Et, non, ce désir bizarre de l’EERV de chercher à tout prix une fausse unité, qui ne rassemble pas autour du Christ tel qu’il est, mais autour de toutes les interprétations, les « couleurs », qui existent sur lui et qui, toutes, se valent. Comme si Dieu était le dénominateur commun de nos couleurs, de nos croyances. C’est l’abus de Dieu, ça !

(Dans ce sens j’ai révoqué et annulé cette partie de la promesse de consécration qui dit qu’il faut chercher ce qui rassemble plus que ce qui divise. Je comprends le but de cette formulation mais elle n’est pas biblique. Jésus n’a pas parlé ni agi dans ce sens. Avec lui, nous sommes appelés ensemble à chercher, et nous rapprocher de, la vérité sur Dieu, en l’implorant de se révéler lui-même, encore et encore. Dieu EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme le DIEU DE VERITE.

10) Non, Dieu n’est pas flou. C’est la soi-disant toute-puissance de l’humain qui le rend flou pour cet humain. (Et les gens que je rencontre au Flon et à la prison me montrent qu’il y a un réel changement : les gens perdent leurs repères, ils perdent leur sens de la réalité, tout devient un peu fictif, eux-mêmes inclus. C’est terrible…) Non, Dieu est LA Réalité absolue lui-même. Et justement, tout ce qui ne vient pas de lui est … illusion ! Vient de l’illusion, marche selon l’illusion et aboutit à l’illusion. Dieu est totalement, librement et joyeusement lui-même. Il EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme le DIEU SAINT.

Ainsi, pour résumer, je pense que des poches de résistance, si elles veulent vraiment résister, ont tout simplement la vocation de revenir, encore et encore, à Jésus-Christ, le seul à pouvoir nous dire par son Esprit, qui est ce Dieu. Le seul à pouvoir l’écrire lui-même dans notre cœur. Le seul à pouvoir et vouloir nous transformer, lentement mais sûrement, concrètement, vers lui-même.

Et, en ce qui me concerne, je pense qu’un moyen fantastique pour apprendre cette repentance/résistance, c’est le dialogue avec Dieu comme on le pratique dans Evangile En Chemin , en 4 parties : 

1)Prendre d’abord un temps pour accueillir Dieu dans le silence : « Sois le bienvenu, installe-toi en nous, prends ta place ! Nous sommes heureux et honorées de ta présence que tu nous as promise. Sois là, sois toi, sois tout-toi  –  à nos risques et périls ! »

2)Prendre ensuite un temps pour écouter Dieu dans le silence : « Seigneur, parle-nous de ce que toi, tu veux, le désir de ton cœur pour cette personne ou pour moi, pour ce projet, pour ce problème, pour cette vie et cette situation concrète ? Parle, Seigneur, tes serviteurs écoutent ! »

3)Partager : est-ce que Dieu a mis quelque chose sur le cœur de quelqu’un ? Osons parler de ce qu’on a peut-être reçu, osons sortir de ce que nous pensons de toute façon déjà, osons sortir du politiquement correct, et osons nous tromper ! C’est ok ! Ce n’est pas parce qu’on est dispo et de bonne volonté qu’on va entendre Dieu à 100 %. Il n’y avait que Jésus, je pense, pour qui c’était constamment le cas. Et même pour lui ce n’était pas facile : après 40 jours de jeûne et de prière, il était super disponible et qui c’est qui se pointe ? Satan avec ses illusions ! – Mais, par la grâce du Seigneur, avec l’aide de son Saint-Esprit, nous pouvons apprendre à écouter, peser, trier, discerner, laisser confirmer ou contredire par les autres. Comme un jeu de ballon, au fond !

4)Et enfin, prier. Prier avec ce qu’on a reçu, partagé, et dire aussi nos désirs, nos faims et soifs, pour l’autre comme pour nous-mêmes.

Donc : Accueillir Dieu « gratuitement », pour ainsi dire  –  l’écouter  –  partager entre nous  –  et prier. Résister à l’illusion qui se répand sur notre terre avec une rapidité effrayante. Se repentir en ne se faisant pas piéger par l’illusion et en revenant fermement, jour après jour, à Dieu tel qu’il s’est fait connaître.

N.B. : Hetty avait préparé le texte ci-dessus mais – pour diverses raisons – elle a improvisé une autre intervention, plus courte.

Shafique Keshavjee :

Shafique nous a parlé de l’importance de deux réalités souvent oubliées : le sabbat et la sainteté de Dieu, qui s’expriment de manière saisissante dans cet appel du Psaume 46 : « Arrêtez ! (Sabbat) et sachez que je suis Dieu ! (Sainteté) v. 11.

Guy Chautems :

Depuis la dernière rencontre du R3, en décembre 2020, notre Equipe de prière et de discernement s’est retrouvée six fois (en petit et en grand  groupe) pour rédiger la Version 1 d’un message. Il s’articule autour de la question suivante : « Devant les développements actuels, mis en évidence par la pandémie universelle qui se prolonge, quel est le message que les Églises sont invitées à transmettre aux chrétiens ? »

Nous avons élaboré nos réflexions autour de la question : « Comment entrer dans le temps nouveau « de la fin ? » Ce texte comporte trois points :

1.- Discerner les signes des temps 

Cette pandémie a mis en évidence nos fragilités : celle de notre condition humaine comme celle de la création (climat et biodiversité) ; celle de nos sociétés (conflits de toutes sortes) comme celle de nos économies.

2.- Rester proches des gens et du Christ

Les media nous ont reproché notre silence, nous nous devons de le rompre car Dieu nous a donné sa Parole et nous avons à la transmettre de manière claire. Cette Parole nous appelle à la repentance !  N’avons-nous pas trop parlé de la grâce en oubliant les exigences de Dieu ?

Nous voulons rester proches des gens et, dans le même temps, centrer toute notre attention sur le Christ « assis à la droite du Père. » La radicalité des enjeux actuels nous place à une croisée de chemin avec une question : « A quel Royaume et à quel Roi voulons-nous appartenir ? »  

A un Royaume qui a le vent en poupe, en termes de nombre d’adhérents, celui du Dragon agissant au travers de la Bête (Ap.13), ou au Royaume de ceux qui ont reçu le sceau de l’Agneau en refusant la marque de la Bête au péril de leur sécurité et de leur liberté. 

3.- Emprunter des chemins nouveaux

Nous appelons chacun à se tourner vers le Christ ressuscité, qui trace les chemins de la repentance et de la confiance sur les trois plans de nos décisions : personnelles, ecclésiales et sociétales.

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Après avoir présenté la version 1 de notre document à notre équipe, Tom Bloomer et Pierre Amey nous ont engagés à apporter un message plus solennel (un message choc !) et à ne pas négliger la prophétie donnée en 2019, lors du rassemblement  Discerner les temps, appelant chacun à se tourner vers Dieu ! Voici l’avertissement que Tom adressait alors aux Eglises :

Notre monde va au-devant d’un jugement, d’un ébranlement profond. Nous allons connaitre une crise économique importante dans les mois à venir. Et cette fois, la Suisse elle-même ne sera pas épargnée. Prions que Sa grâce nous garde et nous soutienne.

Une année plus tard, suite àla demande insistante des organisateurs du même séminaire, voici ce que Tom a ajouté avec humilité :  

Cette crise économique mondiale sera peut-être aussi grave que celle de 1929. Elle va provoquer des faillites, la criminalité va augmenter et des famines pourraient survenir. Cette crise pourrait durer 7 ans (vaches maigres. Cf. Joseph, Exode). Alors soyons sages et faisons des réserves ! Et il a ajouté :  Ce temps pourrait être raccourci par la repentance et l’intercession : 2 Chroniques 7.14 « Si mon peuple, celui qui porte mon nom, s’humilie, prie et me cherche et s’il renonce à ses mauvaises voies, je l’écouterai du haut du ciel, je lui pardonnerai son péché et je guérirai son pays. » 

Lors de notre rencontre du 19 mars 2021, nous avons interrogé Tom sur ces sept années de vaches maigres ! Voici sa réponse : « Cette conviction est venue progressivement. L’été 2020, j’ai fait une expérience similaire à celle décrite par Paul à Athènes, lorsqu’il parle de son irritation charnelle devant l’argumentation des Athéniens. De nombreuses personnes affirmant que tout s’arrangerait bien vite, sans un retour à Dieu, mon irritation a grandi et l’appel à la repentance du Seigneur est devenu de plus en plus clair. Par la suite, les analyses de nombreux spécialistes ont confirmé la justesse de mon écoute. »

Quant au message de Pierre, voici en résumé  ce qu’il a partagé: « Notre situation est semblable à celle du temps de Jérémie le prophète. L’Eternel en avait assez de la religiosité idolâtre. Alors Jérémie a parlé :  Votre monde va changer, je vais déporter la jeunesse à Babylone, mettre fin aux institutions civiles et religieuses corrompues. Je vais anéantir votre temple rempli d’idoles et détruire vos murailles sécuritaires. Ne pouvant croire cela, rois, prêtres, prophètes et peuple ont jeté Jérémie dans une citerne. Persuadés que Dieu ne leur ferait jamais ça, ils ne pouvaient recevoir des paroles encore plus insensées du prophète :  A Babylone, construisez, cultivez et enfantez (Jérémie 29.5,7). Pire encore ! Jérémie a versé de l’huile sur le feu de la révolte populaire en déclarant : Le tyran et envahisseur Nebucadnetsar est le serviteur de Dieu pour amener le peuple à la repentance (Jr 27.6). »

Pierre Amey a résumé son exhortation ainsi : Oui, la Covid déporte notre monde. Alors, peuple de Dieu, repens-toi et lève-toi. Construis, cultive, enfante, proclame et vis l’Évangile.

Note : Pour visionner les prédications données par Tom et Pierre au CET Tavannes, se rendre sur le site: https://www.cet.ch/messages-youtube/ 

  • la prédication de Tom se trouve sous le 27.09.2020
  • la prédication de Pierre sous le 25.10.2020.

Françoise Perrin :

Françoise nous a parlé de Prière pour la Suisse et – en particulier – de la Muraille de Prière : chaque jour, un canton prend le relais du canton précédent dans une chaîne de prière continuelle. Voir https://www.gebet.ch/fr/priere/muraille-de-prieres/

Philippe Rochat :

Etre une poche de résistance

Par rapport à cette notion de poche de résistance, j’ai à cœur de partager avec vous un témoignage de vie. C’est un témoignage sur une période de 30 ans, vécue en couple et en partie avec nos enfants avant qu’ils ne partent pour être des témoins là où ils se sont établis. L’histoire se déroule dans notre village d’Echichens, là où nous vivons, là où nous rencontrons jour après jour, par la force des choses et naturellement, d’autres personnes du village. Et je peux dire maintenant avec assurance là où Dieu nous veut. Ce témoignage est donc à Sa gloire.

Il y a maintenant plus de 30 ans qu’un couple du village, Philippe et Meya Corthay, ont mis en route quelque chose qui n’était pas clair pour moi à l’époque : nous rencontrer au domicile des uns et des autres pour louer Dieu, pour prier les uns pour les autres, pour prier pour le village, la région et les autorités, tant civiles qu’ecclésiales. Avec également des temps de repentance.  

Leur désir était – et il est toujours ! – d’apprendre à se mettre à l’écoute de Dieu avant de prier, ainsi que de nous encourager à devenir « des anciens aux portes de la ville ». 

Dans le cadre de ce groupe, nous avons aussi beaucoup investi pour approfondir des thèmes, tel que celui de l’argent par exemple. Apprendre à réaliser quelle est la puissance spirituelle qui nous empêche d’entrer dans la liberté par rapport à la dîme, par exemple, puissance qui nous dit et nous redit que nous allons manquer de ce dont nous avons besoin  et qui nous pousse à engranger. 

Durant ces rencontres et au fil des années, nous avons  réalisé combien l’Eglise Réformée,  pour rester populaire, a laissé pénétrer l’esprit du monde en son sein. Nous avons pu constater que peu à peu croissait la confusion entre le péché et le pécheur et, par-dessus tout, que l’Ecriture Sainte était transformée. Cela a amené bien des souffrances, des divisions. Cependant, ceci a aussi eu un côté positif, car cela nous a unis comme chrétiens du village. Et dans une certaine mesure cela nous a conduits à devenir une poche de résistance. Par la prière.

En parallèle de ce groupe de prière « général » (qui réunit des chrétiens de différentes communautés), un groupe d’hommes et un groupe de dames, toute appartenance communautaire confondue, se sont également mis en place. Plus de 30 ans déjà… Et cela continue. Que de moments de joie ! De libérations ! Mais aussi que de patience nécessaire pour voir se réaliser certains projets… ou pour continuer à espérer ! Là aussi, il y a une notion de résistance : contre le doute, le découragement, la division, ou – pire encore – la recherche de victoires pour son propre compte.

Il y a 4 ans environ, nous avons reçu, nous semble-t-il, une nouvelle mission : celle de créer un réseau avec TOUS les chrétiens de la  Commune. A l’image des clubs de foot de notre pays, qui parfois renoncent à leurs maillot local pour revêtir le maillot national, et ont à jouer ensemble, sous le même maillot, pour « marquer des buts » ensemble. Ce réseau, que nous appelons Echichens.Connexion, s’est donné la charte suivante :

ConneXion est un réseau multiconfessionnel de chrétiens souhaitant concrétiser leur amour pour le prochain en créant des opportunités de nouer des contacts avec les habitants du village par le biais d’aides diverses, d’ateliers thématiques et d’évènements conviviaux ; par leur exemple, ils rayonnent la vie chrétienne au quotidien et sont en mesure de proposer des moyens d’information et de formation. 

Ainsi, tout membre de Connexion, environ une cinquantaine de personnes, peut à tout moment au moyen d’un protocole de communication défini :

  • Informer les autres membres d’un événement villageois à faire connaître 
  • Exprimer un besoin pour lui-même ou un voisin
  • Présenter un projet pour le village et exprimer une demande de ressources nécessaires (spirituelles, pratiques, financières,…)

Les autorités communales ont été mises au courant de cette association Connexion et nous avons été encouragés.

Le dernier projet mis en route a été un encouragement exprimé aux résidents et aux collaborateurs du home pour personnes âgées d’Echichens. Ce sont plus de 170 petits cornets de « biscuits faits maison » qui ont été confectionnés à l’intention des pensionnaires du home, chacun accompagné d’un message d’espérance et une offre de contact. Et plus de 130 litres de jus de pomme en provenance d’une ferme locale ont été mis à disposition du personnel pour les temps de pause. Là aussi avec un message de remerciement et d’espérance.

Le défi est grand de nous unir entre chrétiens sans vouloir faire croire que nous souhaitons créer une nouvelle communauté. Il faut apprendre en même temps à réaliser que la moisson est grande en dehors de l’Eglise (puisque l’Eglise n’est pas un but en soi) et savoir toutefois rester engagé dans notre communauté afin d’être nourri, envoyé et béni (pour celles et ceux qui font partie d’une communauté où cela se passe). 

Nous vivons également depuis plus de 5 ans des rencontres mensuelles de témoignages et de louange dans le bâtiment de l’église d’Echichens, rencontres qui se terminent par une agape. 

Maintenant, nous pensons que nous pouvons entrer dans une nouvelle étape afin de rejoindre les personnes qui ne fréquentent aucune communauté chrétienne. Nous croyons que Dieu nous ouvre une porte au travers de liens créés avec le gérant du restaurant du village, ainsi qu’avec son épouse. Nous désirons bien sûr soutenir son entreprise (dès que possible, selon l’évolution des conditions sanitaires) et en même temps offrir un cadre neutre comme lieu de rencontre aux personnes que nous inviterons. Le projet a été bien accueilli par le gérant. Ce n’est donc plus qu’une question de temps pour mettre en route cette prochaine phase.

Nous constatons que la situation actuelle est aussi favorable pour nous approcher de notre prochain et créer de nouveaux contacts. Il y a comme une vulnérabilité apparente, souvent même prononcée par les personnes que nous rencontrons. Ceci nous encourage pour le projet « restaurant ». 

Dans mon quartier, nous avons aussi commencé un groupe d’étude de l’Evangile de Marc (avec le manuel Evangile à la Maison). Toujours dans le quartier, une personne a « tout à coup » demandé le baptême. Il s’agit d’une personne avec laquelle nous étions en relation « éloignée » depuis plusieurs années, mais qui soudain a décidé de rejoindre nos rencontres des dimanches soirs. 

Dernièrement encore, une personne de l’administration communale m’a téléphoné pour que nous apportions de l’aide à une personne dans l’embarras à cause du Covid. 

Ainsi, nous réalisons peu à peu que les prières commencées il y a plus de 30 ans ouvrent des portes, espérées, et souvent de manière inattendue. 

30 ans, pour un être humain, c’est long. Mais c’est une  affaire de patience qui est possible, parce que nous savons que la Victoire est déjà remportée.  Paul aux Romains dit ceci : que par Jésus Christ, nous sommes maintenant établis dans la grâce de Dieu, avec la perspective d’avoir part à la gloire de Dieu. Finalement, je crois que ce n’est pas seulement une affaire de patience. Il s’agit également demander la capacité à résister à toutes formes d’attaques, actives ou passives, évidentes ou sournoises, du monde visible ou invisible.

J’ai essayé de définir, pour moi, les caractéristiques principales du résistant :

  • Je dois résister à l’indépendance vis-à-vis du Père, indépendance qui se crée bien souvent subtilement au travers des événements de vie, ou encore au travers de ce que je considère comme des réussites.
  • Je dois résister au genre de dépendance au Père où je le vois uniquement pour ce qu’il peut m’apporter au lieu de L’aimer pour qui Il est, pour Lui-même.

La Victoire a été remportée. Encourageons-nous à en être les porteurs, surtout dans les courants contraires. Pour Sa gloire. Ainsi soit-il !

* * *

Les contributions spontanées des participants nous ont également beaucoup réjouis. Cette rencontre virtuelle a permis à des participants d’autres cantons et d’autres mouvements (Attestants, Ancre, Unio Reformata) de participer. Nous bénissons le Seigneur !

Mars 2021

Face à l’urgence climatique

 Déclaration pour une action chrétienne face à l’urgence climatique

Le climat se réchauffe à cause de l’activité humaine, et cela nous met en danger. Les chrétiens doivent agir. Steve Tanner, membre du R3, a initié la rédaction de la déclaration pour une action chrétienne face à l’urgence climatique, écrite pour les églises de Suisse et leurs membres, et lancée début 2021. Le comité du R3 encourage ses membres à prendre connaissance de cette déclaration, et s’engager dans un chemin de remise en question et de transformation de leurs habitudes vers un style de vie qui protège le climat et honore ainsi notre créateur, ses créatures et nos prochains. 

Présentation

La déclaration pour une action chrétienne face à l’urgence climatique  est une affirmation claire de l’urgence climatique dans laquelle l’humanité entière est entrée, et une affirmation de la responsabilité spirituelle, éthique, civique et environnementale que les églises et communautés chrétiennes et leurs membres ont d’agir face à cette menace. Le texte nous invite à prendre au sérieux non seulement la science, mais aussi la Bible, sur la nécessité d’agir avec détermination.
Lire la déclaration : www.declaration-urgence-climat.ch/declaration 
Signer la déclaration : www.declaration-urgence-climat.ch/signer 
Agir en mettant en pratique son dernier chapitre.
 

Pourquoi une telle déclaration ?

Récemment, la notion d’urgence climatique a fait son apparition pour souligner l’impérieuse nécessité d’agir face au réchauffement climatique d’origine humaine. L’urgence est reconnue par une part grandissante de la population et la quasi-totalité des spécialistes. Or, malgré cette prise de conscience globale, les changements nécessaires se font attendre. Une part de la population, dont des dirigeants politiques et économiques, relativise, minimise ou se déresponsabilise face à la gravité de cette urgence. Et même pour ceux au clair sur ses enjeux, il n’est pas toujours facile d’agir en cohérence. Les changements nécessaires peuvent aller à contresens de la société et de nos propres habitudes.

Dans nos églises, ce n’est pas si différent. On y trouve les mêmes avis divergents, les mêmes hésitations et les mêmes blocages. Or, la vision biblique et chrétienne du monde soutient dans ses fondements même un engagement pour la protection du climat. L’implication des églises et des chrétiens devrait donc aller de soi. Prendre au sérieux l’urgence climatique, c’est en effet, à la suite du Christ, mettre en pratique notre amour pour nos prochains et nos descendants ; c’est honorer notre Dieu Créateur et toutes ses créatures. 

La déclaration a donc pour but de permettre aux églises et chrétiens d’exprimer de manière claire leur engagement pour une action face à l’urgence climatique, en rappelant les fondements de cette action, reposant à la fois sur le monde naturel (bases scientifiques) et sur le monde spirituel (fondements théologiques), et en donnant une série d’actions très concrètes à vivre pour chacun. 

A qui s’adresse-t-elle ?

La déclaration a été écrite pour les chrétiens de Suisse et les églises, dans un esprit œcuménique et d’unité. Signer la déclaration, c’est donc d’abord affirmer devant Dieu et devant nos frères et sœurs dans la foi, que nous prenons au sérieux les connaissances scientifiques tout comme nous prenons au sérieux le message de la Bible, et par conséquent nous agissons pour stopper les causes humaines du réchauffement climatique. De plus, signer la déclaration, c’est aussi affirmer la solidarité des églises avec la société et l’humanité entière.

Qui l’a écrite ?

La déclaration a été écrite par des chrétiens engagés depuis plusieurs années dans la protection du climat. Steve Tanner, initiateur et rédacteur, a été durant 11 ans le directeur d’A Rocha Suisse, une ONG chrétienne de conservation de la nature. Il est aussi membre du R3. Marc Roethlisberger, second rédacteur, est l’initiateur d’une charte climatique dans son église. La rédaction s’est appuyée sur les dernières connaissances scientifiques disponibles, et pour la partie biblique sur des ouvrages de vulgarisation théologique. Elle a bénéficié des conseils et de la relecture de plusieurs scientifiques, de théologiens et de responsables de communautés des diverses confessions chrétiennes de suisse romande : protestants, catholiques, évangéliques, orthodoxes. Les premiers signataires de la déclaration sont des responsables d’églises ou œuvres chrétiennes, et sont également impliqués pour la plupart de longue date dans les questions environnementales et climatiques.

Adhérer à la déclaration

Les personnes désirant s’engager de manière individuelle peuvent signer la déclaration sur le site web : http://www.declaration-urgence-climat.ch. Le but n’est pas simplement de signer, mais de s’engager à agir. 

Soutiens des églises et ONGs partenaires

Les différentes fédérations d’églises (réformées, catholiques, évangéliques) ont été contactées pour soutenir la déclaration. Les ONGs suivantes, partenaires de la déclaration, s’engagent au quotidien dans l’action face à l’urgence climatique. 

Contact : declaration.urgence.climat@gmail.com

Coeur à coeur

Avec clarté et conviction, Hetty Overeem, pasteure d’Evangile en Chemin, démasque les racines qui nourrissent la maltraitance des enfants. Elle montre ensuite que les mêmes racines nous amènent à maltraiter Dieu lui-même. D’où l’appel à une metanoia radicale et urgente.

Dans la semaine de « cœur à cœur », en décembre 2020, j’ai eu le privilège de participer toute la nuit de mercredi à jeudi à l’émission radio soutenant cette initiative. 

On était quatre, une petite famille pour une nuit : les deux journalistes Yves-Alain Cornu et Jérôme Zimmermann, et nous, les deux invités : 

Niels Weber, président de la gamer-federation et psychologue/ psychothérapeute spécialisé dans l’accompagnement de personnes prises au piège par la dépendance des games. 

Et moi, pasteure-nomade, en chemin avec Dieu et les gens. 

C’était une chouette expérience, riche, comme le disait Niels, en découvertes et en mandarines (et biscômes!). 

On parlait de beaucoup de choses, mais aussi du fil rouge de cette semaine : la maltraitance, l’abus des enfants, et les formes et expressions multiples que cette maltraitance peut prendre, et contre lesquelles il s’agit de lutter de toutes nos forces. 

A un moment, Yves-Alain m’a posé la question : « Quand on voit tout ce qui se passe, il y a quand-même une faille dans le système, non?! » 

Je ne sais plus ce que j’ai répondu. Mais je sais que j’ai été maladroite, car je n’ai pas pu dire ce que je pense. A savoir que, oui, il y a effectivement une faille dans le « système humain » – et que, bonne nouvelle, on n’a pas besoin de continuer à la subir. 

Car c’est une dépendance, et il existe une thérapie et un accompagnement pour en sortir. Mais pour ça, il faut bien voir cette dépendance, la reconnaître et la confronter. Et ce n’est pas facile, car il s’agit de notre dépendance d’une illusion. 

Une illusion sur Dieu d’abord. Et ensuite, comme conséquence, des illusions sur nous-mêmes, et le monde. 

Pourquoi ne parle-t-on jamais de notre maltraitance de… Dieu? 

Et les formes et expressions multiples que cette maltraitance peut prendre, et contre lesquelles il s’agit de lutter de toutes nos forces. 

C’est en tout cas ce que Dieu nous demande. Puisque le Désir de Son coeur, c’est d’être AIMÉ par nous de toutes nos forces – 

(« Tu aimeras le SEIGNEUR, ton Dieu… » Deutéronome 6, 5, repris par Jésus en Marc 12, 29-31, où il ajoute Lévitique 19, 18, « et tu aimeras ton prochain comme toi-même »). 

– et puisqu’on ne peut pas aimer en maltraitant. 

Ce qui complique les choses, c’est qu’on ne maltraite pas nécessairement, ni Dieu ni notre prochain (ni soi-même d’ailleurs), par méchanceté pure et dure. Souvent c’est parce qu’on subit ET choisit une illusion. C’est d’autant plus dangereux que c’est caché. 

Il y a longtemps, je me suis formée au Danemark dans l’accompagnement spirituel de personnes abusées : physiquement, émotionnellement, sexuellement, spirituellement aussi. 

Ce qui me frappe toujours et me fait froid dans le dos – car justement, c’est caché – c’est la pensée, l’attitude DERRIÈRE l’abus. Sa source, dont découle sa dynamique, dont découle le résultat. C’est : 

la fausse image/perception/ représentation de l’autre. 

Il ou elle n’est pas perçu comme quelqu’un D’AUTRE, au fond. Avec son identité propre, son vécu propre, ses droits propres. Et surtout : dans la totalité de son être. 

Non, l’autre est perçu comme une sorte de prolongement de nous-mêmes et de nos désirs, dans une fausse continuité de notre être. Notre être, faussement perçu comme le centre du monde. 

Ce qui justifie tout et n’importe quoi. 

Dans cette fausse perspective, dans cette ILLUSION sur nous et sur l’autre, cet autre devient quelqu’un « pour-nous », à notre service. Un objet, pour satisfaire nos désirs, nos impulsions, nos soi-disant besoins. Sexuels, émotionnels, oui, et spirituels aussi. 

Dans cette dynamique, on « fait le tri » de l’autre : on ne VOIT, et alors, on ne PREND que ce qui nous convient, ce qui nous est utile. 

C’est une perception totalement tordue de la réalité – et c’est totalement horrible. D’autant plus qu’une illusion ne reste jamais seule, mais en produit toujours d’autres. 

Et, tant que l’abuseur n’a pas reconnu cette fausse image comme fausse, tant qu’il n’a pas compris d’où elle vient, et travaillé pourquoi elle a pu autant l’emprisonner et l’empoisonner … et ensuite, tant qu’il ne l’a pas confrontée, pour enfin y renoncer définitivement, il risque de reproduire ses actes encore et encore. 

Car ces actes sont le résultat, pas le problème à sa source ; les symptômes, et pas la maladie, qu’il faut traiter pour guérir. 

La maladie de l’illusion. 

Comme je l’ai déjà dit : l’illusion de l’abuseur sur l’autre – mais aussi sur lui-même. Tant qu’il n’a pas vu qu’il est aussi empêtré dans une fausse image de lui-même, il risque de rester sur cette voie destructrice, toute sa vie. 

Car – attention, je ne le dis absolument pas pour justifier ou relativiser quoi que ce soit!, c’est juste une réalité qu’il s’agit de comprendre – un abuseur est très, très souvent quelqu’un qui a été abusé lui-même dans son enfance. 

C’est dramatique, toutes ces fausses images, ces illusions, qui disent sur l’autre, sur nous-mêmes, des mensonges. Des mensonges qui SEMBLENT justes, puisque les émotions les soutiennent, leur donnent raison. 

Pour ne pas devenir trop long, je prends juste quelques exemples d’illusions sur soi-même : 

  • T’es nul, de toute façon.
  • Tu es tout-puissant (c’est étrange, mais les deux vont ensemble!) 
  • Tu ne vas jamais t’en sortir
  • Tu peux tout te permettre.
  • Tu n’es qu’une poubelle. 
  • Tu es grand, immense, génial. 
  • Pauvre con (ne). 

–  Tu es le centre de tout l’univers. 

–  Ta vie ne vaut rien. Donc la vie des autres non plus. 

–  Ta vie est la plus importante, toutes les autres vies y sont subordonnées. 

–  On t’a fait souffrir. Maintenant tu as le droit de faire souffrir les autres. 

–  Tu vas enfin t’occuper de toi et trouver le « bonheur », et tu vas écraser tout ce – et tous ceux – qui pourraient te freiner dans cet élan…  » 

Et ainsi de suite.
Quelle immense tristesse, quelle prison sordide… et quelle violence! 

Mais – bonne nouvelle! – on peut en sortir. On peut devenir libres! 

Pour ça il faut renoncer, définitivement, à l’illusion sur l’autre ET sur nous-mêmes. 

Faire pour ainsi dire demi-tour. Sortir de l’aveuglement. 

Pour entrer dans la bonne perception de l’autre et de nous : reconnaître, accepter, respecter, adhérer à sa réalité, à qui on est réellement. 

Apprendre à voir, au fond!
Comme Dieu nous voit, Lui, LA Réalité absolue, Lui qui nous a créés. 

Oui, Dieu, justement, il est où dans tout ça?! 

Pourquoi je dis qu’on le maltraite, Lui aussi? Et est-ce qu’il y a un lien entre les deux sortes d’abus ? 

J’ai constaté qu’on reproduit exactement le même comportement avec Lui, le TOUT AUTRE, qu’avec l’autre, notre prochain, car on projette sur Lui exactement les mêmes fausses images : 

Dieu n’est pas perçu comme quelqu’un d’autre, au fond. Il n’est pas considéré dans Sa Réalité propre, Son Identité propre. Et surtout : dans la totalité de son Être. 

Non, Il est perçu comme une sorte de prolongement de nous-mêmes et de nos désirs, dans une fausse continuité de notre être. 

Notre être, faussement perçu comme le centre du monde. 

Ce qui justifie tout, et n’importe quoi : pas d’abord dans nos actes, mais dans ce que nous pouvons penser et dire sur Lui. 

Les actes suivront tout seuls. 

Ainsi, nous »produisons » notre propre spiritualité, qui ne vient pas de Dieu, mais de nous. Une spiritualité qui tourne autour de nous ; qui a l’humain comme source, chemin et objectif final. Tout en gardant l’enveloppe d’une sorte de « spiritualité », qui SEMBLE parler de Dieu. Mais qui, au fond, veut Le faire tourner autour de nous, Le subordonne à nous et nos critères. 

Comme si la terre revendiquait d’être le centre, autour duquel tourne le soleil, ainsi l’humain vit dans l’illusion qu’il est le centre, autour duquel tourne Dieu. L’humain est devenu sa propre idole. 

Devenu? Disons, c’était le piège de l’humanité depuis le début! Mais aujourd’hui on est devenus particulièrement experts … en l’illusion. 

Et ça influence tout, tord tout, abime tout : d’abord la relation avec Dieu, ensuite celle avec les autres. 

Car la première entraîne la deuxième, comme une mauvaise copie, une caricature, de l’Original, qui vient de Dieu : 

Toi, humain, tu M’aimeras d’abord Moi, ton Dieu. Et ça t’aidera à aimer ton prochain et toi-même d’une manière nouvelle, que Moi-même Je veux t’apprendre! 

Dans l’illusion, tout ça se perd et devient une caricature. Dieu – nous – et l’autre. Et la caricature ne peut pas honorer. Car elle ne dit pas la réalité. 

Dieu devient, dans cette illusion, la caricature de quelqu’un « pour-nous ». Non pas à aimer, à chercher, à vouloir pour Lui-même, mais d’abord pour ce qu’Il pourrait nous apporter. Un objet, pour satisfaire nos désirs, nos impulsions, nos soi-disant besoins : 

« Donne-moi ceci, fais-moi cela..
Enlève-moi ceci, guéris ça, change ceci, améliore ça. » 

Pour arriver à cela on prend dans Sa Personnalité uniquement ce qui nous convient, ce qui nous est utile, ce qui confirme ce qu’on pense déjà. 

(D’où aussi les abus « au nom de dieu » …) 

Cette illusion sur Dieu nous emprisonne, nous empoisonne la vie, car elle emprisonne et empoisonne notre regard. Elle influence et tord tout. 

Et, tant qu’on n’a pas reconnu que cette image est fausse, tant qu’on n’a pas compris pourquoi elle est là, en quoi et comment elle a pu autant nous emprisonner et nous empoisonner … et ensuite, tant qu’on ne l’a pas confrontée et, enfin, tant qu’on n’y a pas renoncé définitivement, on va reproduire encore et encore notre humanité malsaine. Même en étant de bonne volonté. Et j’ajoute : même si on arrive parfois à la décorer avec plein de petites « perles », qui sont vraiment belles, comme cet élan de          « Cœur à cœur ». Car là où on a perdu la Grande Perle de la Réalité de Dieu, notre humanité va rester étrangement pâle, notre vie un peu vide de sens. 

Mais comment elle se manifeste, concrètement, cette illusion sur Dieu? On pense et on dit quoi, à ce moment-là ? 

J’essaye de répondre : 

« Toi, Dieu, tu n’existes pas réellement. Tu n’es pas réellement réel, alors on peut te subordonner à nos idées, nos désirs. 

On ne prend de toi QUE ce qui nous convient ( voilà, exactement ce qui se passe dans l’abus des enfants), QUE ce qui nous semble raisonnable, agréable, acceptable, compréhensible, productif 

(de notre bien-être, physique ou psychique ou spirituel ou, en général, les trois à la fois), efficace, amenant une bonne réputation, de bonnes actions
(selon NOS critères!),
de bons chiffres, de bonnes « prestations » … 

Ce dernier exemple, c’est un des pièges, je crois, de l’Eglise, qui s’est mise elle-même dans le moule d’une multitude de « on » : organisation, information, communication, planification, évaluation… mais qui laisse en rade la RelatiON, avec Dieu d’abord.
Comme si l’objectif suprême de l’Eglise était de se faire marcher elle-même. 

Bien sûr, il y a une réalité à accepter, des choses à organiser, planifier etc. Mais ces choses ont souvent pris le dessus sur la simple recherche de Dieu : 

« Seigneur, qui es-Tu?! Nous te connaissons déjà un tout petit peu, mais nous avons soif de Te connaître mieux, nous Te cherchons, de tout notre cœur, pour T’aimer, de tout notre cœur, nos forces, et notre intelligence aussi! Viens Te révéler, c’est essentiel, c’est urgent, car sans Toi nous ne pouvons pas vivre! Sans toi nous sommes et restons dans l’illusion, viens nous montrer la Vérité sur Toi, de plus en plus. Viens nous dire Toi-Même qui Tu es, et pardonne-nous d’avoir fait de Toi un dieu-à-notre-image. Viens nous arrêter, viens casser nos idoles, nos buts-en-soi, pour qu’il y ait de la place pour TOI! » 

Au lieu de cette recherche joyeuse, l’Eglise répand souvent (et elle est connue pour) un message de fausse tolérance, venant du tri que je mentionnais : tout ce qu’on dit sur Dieu se vaut. A chacun sa vérité, on se complète, nos différentes « couleurs » se complètent et forment ensemble la réalité de Dieu. 

Ce qui revient à dire qu’il n’y a pas de Réalité de Dieu, car pas de Vérité sur Lui. Ce qui rend Dieu … superflu.
Et l’Eglise aussi. Car elle a perdu sa spécificité.
Et Jésus-Christ, et son message aussi.

Lui qui ne disait jamais : « Oh, Dieu vous trouve sympas de toute façon, moi je ne suis qu’une couleur, on peut tout aussi bien dire le contraire. » 

Jésus a dit que lui seul était le chemin et la vérité, et que personne ne pouvait venir à Dieu sauf à travers lui (Jean 14). 

Ainsi on « maltraite » Dieu non seulement dans la société, mais aussi dans l’Eglise. 

Ce qui reste, ce sont des « valeurs », avec l’avantage que celles-ci sont en général bien tolérées… car elles sont celles d’un monde « un peu meilleur », qui se fabrique lui-même un peu meilleur… 

Ainsi tu nous sers, Dieu, tu sers encore à quelque chose, t’es encore utile et c’est très bien, merci beaucoup… » 

Ouf, je suis dure! Je me rends compte. Ce n’est pas du tout spirituellement correct. Ou bien, que si!, mais selon les critères de l’Evangile. 

Je le redis : 

Quelle illusion! Et … quelle horreur. Car chacune de ces tentatives de mettre Dieu à NOTRE image, aussi sympathique que le résultat puisse apparaître, est en réalité un abus de Dieu. Qui entraîne – et c’est un drame pas reconnu – l’abus des autres et de nous-mêmes. 

Car c’est l’illusion sur Dieu, qui est à la racine, sur laquelle se greffent toutes les autres (pardon, je suis un peu répétitive, je sais, mais je crois que c’est si important), 

celles sur l’autre et sur moi-même. Triple dépendance donc … 

Mais quelle est la réponse de Dieu alors?!
C’est simple … Trop simple pour beaucoup de gens, mais voilà, c’est la thérapie de Dieu : Revenez à Moi! 

Voyez-Moi juste, c’est-à-dire, comme Je SUIS, et comme Je Me suis fait connaître en Jésus-Christ, à travers la Bible. Par le Saint-Esprit, « eye-opener » par excellence, Je me révèle, Je me donne, pour que vous puissiez … 

… non, pas avoir la Vérité sur Moi dans votre poche, pour la distribuer avec condescendance à d’autres, ou même l’imposer! Non! 

Mais pour que vous la découvriez, de jour en jour, pour qu’elle vous rende LIBRES! (Jean 8, 30-36). 

Car Moi, Dieu, je vous ai créés libres, et ensuite, quand vous avez choisi vos prisons de l’illusion, J’ai envoyé Jésus, pour balayer ces illusions sur Moi et restaurer la Vérité sur Moi, pour l’écrire dans votre coeur! 

J’ai envoyé Jésus, cœur de mon Cœur, lui, la parfaite image de Ma Réalité, pour VIVRE Qui Je Suis. 

Et si vous êtes d’accord de M’écouter et de l’inviter dans votre coeur, votre vie, vos critères, pour qu’il y règne … Je vous promets qu’il va venir! Qu’il va habiter votre être, en vous « contaminant »( c’est le cas de le dire!) depuis l’intérieur, et ainsi Je serai Moi-même en vous : Mon Cœur dans le cœur de Jésus, son coeur dans le vôtre : LE grand coeur à coeur de la création ! 

Alors oui, moi Hetty, j’ai envie d’entrer dans cette invitation de Dieu, j’ai de plus en plus soif de revenir à Lui. 

Mais pour ça je dois d’abord m’arrêter. Arrêter l’abus, arrêter mes maltraitances, souvent inconscientes, de Lui. 

M’arrêter. Faire de la place. Pour apprendre à L’aimer. 

Sortir de mes illusions, me LAISSER sortir par Lui de mes nombreuses illusions-de-Hetty. Pour entrer dans Sa Réalité. 

En Christ. C’est ça ce que Jésus annonce comme le Royaume de Dieu. 

Et c’est ça aussi que j’ai envie de dire autour de moi. Je serai sûrement maladroite, comme à la radio. Peu sûre, parfois confuse, malheureusement encore trop dépendante du regard des autres. Pardon, mon Dieu. 

Et c’est ça que j’ai envie de dire à l’Eglise, à toute l’Eglise : 

Arrêtons-nous! Arrêtons, une semaine au moins, pour nous rendre compte de nos illusions, pour demander au « Professionnel de service », au Saint-Esprit, de nous les démasquer, pour que nous puissions les reconnaître, les confronter, et enfin, y renoncer. 

Arrêtons-nous, une semaine au moins : nos « on », nos organisations, planifications, communications, évaluations. Et même nos bonnes actions!, qui sont comme des petites perles, mais qui nous font croire que tout va bien, qui prennent ainsi la place de la Grande Perle qu’est Dieu Lui-même … et qui deviennent alors des idoles. 

Arrêtons un TOUT petit moment – et je vais choquer mais j’assume – même l’amour du prochain. Non pas parce qu’il ne serait pas important!
Mais parce qu’il risque toujours de remplacer le premier commandement, l’Amour pour Dieu. 

J’exagère? 

Au moment où j’écris ces lignes, je tombe sur un article du Migros-Magazine du 22 décembre 2020 consacré à Rita Famos, élue à la présidence de l’Eglise évangélique réformée de Suisse. Elle dit :  » … Le commandement qui est, selon Jésus, le plus important : tu aimeras ton prochain comme toi-même. 

Et (ah, quand-même, mais ça vient après seulement) tu aimeras Dieu. » 

Oui, mais quel Dieu?! Quel Jésus?! 

Car Jésus a répété que le premier commandement, le désir principal de Dieu, la toute première priorité, c’est d’aimer Dieu (Marc 12, 30). 

Puis, comme conséquence, il a enchaîné :  » Le deuxième, c’est d’aimer ton prochain comme toi-même. » ( Marc 12, 31) 

Mais tant qu’on fait ce raccourci malsain, en « sautant » la Priorité, notre amour du prochain gardera toujours un goût de déjà vu, déjà essayé… et pas si bien pu que ça. 

Il y a une faille dans le système… 

Arrêtons l’illusion qui nous fait croire qu’on aime Dieu assez si on aime son prochain, comme si les deux étaient les mêmes. Non, ils ne le sont pas, Dieu ne s’est pas trompé en parlant d’une Priorité absolue – et d’une conséquence : un amour nouveau. Une charge légère (Matthieu 11, 28-30), différente, car vécue dans un ENSEMBLE merveilleux et plus fort que tout. 

Un amour nouveau! A quel défi, quelle aventure, Dieu nous invite par ce premier commandement! 

Un amour sûrement tâtonnant. Probablement pas souvent extraordinaire. Peut-être pas dans l’événementiel. Peut-être pas relaté dans les journaux – et peut-être que si, mais peu importe. 

Car cet amour sera vrai, et durable, cette fois. Puisqu’il viendra de Dieu-dans-notre-coeur, en Jésus. 

Alors il aura le goût de ce que Jésus appelle le Royaume, cet ENSEMBLE : à chercher et à trouver de toute urgence! 

Car c’est lui, et lui seul, qui réparera « la faille dans le système ». 

L’être humain ne se guérit pas tout seul de sa dépendance de l’illusion, il a besoin que Quelqu’un l’en SAUVE. 

Un avant-dernier mot : 

Pourquoi on essaye toujours d’échapper à l’amour pour Dieu d’abord, la Relation de toutes relations ? 

Peut-être parce que c’est plus contrôlable, vérifiable, et, oui, plus confortable, parce qu’on peut toujours faire des choses, et ça, ça on sait faire. 

Tandis que, se concentrer sur la Réalité de Dieu? Lui demander de se révéler ? Sans voir tout de suite un beau résultat? 

C’est compliqué pour nous, surtout aujourd’hui. Pour au moins deux raisons. 

La première raison est que nous sommes devenus sédentaires. Et que nous avons adopté la logique, la dynamique, la mentalité sédentaires. 

( Oui, je sais, ça devient long! Mais je crois que c’est important pour comprendre le piège). Il y a la dynamique nomade – et la dynamique sédentaire. 

Le nomade vise le chemin et vit le chemin ; il EST en chemin, constamment. L’objectif même n’est pas une chose, mais justement d’être en chemin, et les rencontres qui s’y vivent, y sont données. 

Le sédentaire vise le résultat, vit pour le résultat. Un résultat vérifiable, contrôlable, chiffrable, rentable. Le résultat décide si le chemin est bon ou pas. 

Aujourd’hui nous sommes devenus totalement « sédentaires » : totalement orientés sur le résultat ; la société en général… et l’Eglise. 

Orientés sur le résultat : l’objectif et les moyens pour l’atteindre ; les chiffres pour le mesurer. Le but étant un but en soi : efficacité, rendement, succès… réputation, visibilité… 

Que des esclavages, des dépendances, des prisons intérieures … 

(Entre parenthèses : je suis si triste du nombre de personnes que je rencontre, beaucoup de jeunes aussi, qui souffrent de cette immense pression du résultat : 

Tu dois, tu devrais, tu aurais dû…
Tu dois réussir – et c’est nous qui te dicterons ce que ça implique. 

Tu dois être heureux – et les pubs vont te dire ce que c’est…) 

La vie devient une prestation … au lieu d’être un cadeau de Dieu. Au secours! 

Ce n’est pas anodin que Jésus, lui, ait été nomade. Son plus grand Objectif était la relation avec Dieu et le partage de cette relation. 

Puis ensuite venait tout ce que cette relation portait comme fruit : libérations, guérisons, restaurations… 

Je pense que, si nous osons revenir à Dieu, il y a quelque chose de cette liberté nomade que nous allons re-découvrir. Si nous sommes d’accord de faire de la place, de renoncer, de nous arrêter. 

Ce n’est d’ailleurs pas tout facile, et j’en sais quelque chose puisque c’est cette vie nomade que j’ai choisie, tout en étant préprogrammée par une société et une éducation sédentaires. 

Fallait et faut en sortir! Urgemment! 

Car les lois de ce sédentarisme-là, qui est presque spirituel, nous emprisonnent, nous empoisonnent, car elles abusent de nous et nous apprennent à abuser des autres et de la création. 

Heureusement que Dieu nous aime et alors, nous vise, nous. Pour qui nous sommes. Mais : qui nous sommes en réalité, comme Il nous a façonnés dans Son coeur! 

Donc aussi : comme nous allons devenir !, si nous le voulons. 

Dieu-comme-Il-EST
vise
nous- comme-nous-sommes.
Et Il va tout inventer pour nous rendre notre personnalité perdue. 

Quelle libération de pouvoir être en route, avec Lui vers Lui, en tâtonnant, en se trompant, pas grave! En Le connaissant toujours mieux comme Il est réellement : intimement, joyeusement, allant de découverte en découverte, toujours en chemin. Laissant derrière nous toujours plus ces illusions qui nous empoisonnent la vie – et celle des autres. 

Voilà une première tentative de réponse à la question, pourquoi on s’est fait, et on se fait, constamment piéger ? 

Et voici une deuxième, en très/trop résumé : 

Parce que Satan, l’adversaire de Dieu et de l’humain, qui veut notre destruction, l’expert en fausses images, en illusions, ne loupe aucune occasion pour glisser ces illusions dans notre coeur. 

Des fausses images sur Dieu, car lui, lui sait que c’est la source et la dynamique de tout mal. Et ensuite des fausses images sur nous-mêmes et sur notre prochain. 

Qu’est-ce qui me fait dire ça? C’est la Bible qui me fait dire ça. 

Cette « expertise » de l’adversaire, est décrite dans le langage (symbolique, selon moi) du début du livre de la Genèse : 

« Dieu a sûrement dit…?! »
Au début, l’être humain résiste encore : » Euh, non, il a dit autre chose… » 

Mais l’adversaire persiste :  » C’est qu’il ne veut pas de concurrence, Dieu! Il veut te garder petit et insignifiant. Mais … tu peux lui échapper ! Fais ce que moi, je te propose, et tu verras : tu seras grand et tout-puissant, ça sera toi le centre du monde, et alors tu feras ce que tu veux …  » ( ma libre reformulation des mots!) 

Et « Adam », l’humain, le croit.
Et nous, aujourd’hui, on le croit. C’est ça, le péché. 

Jésus, lui, a résisté. Matthieu 4 raconte comment il a refusé l’illusion, ou mieux, les trois illusions présentées pourtant si habilement : ça aurait pu être vrai … ! 

Mais Jésus connaît trop bien son Père pour tomber dans le piège. Et c’est ça qu’il nous faut apprendre aussi : connaître le Père, pour devenir libres! Apprendre, ré-apprendre la réalité, par le Christ habitant notre coeur. 

Jésus-Christ-en-nous, qui dit à Dieu : « Je T’aime! Sois Tout-Toi en tout-moi! 

Sois Tout-Toi, mon Dieu … 

Pas le bout convenable. Pas mon tri personnel. Pas le spirituellement correct, décidé par l’esprit du temps. 

Non. Toi, réellement. A mes risques et périls! Pour le meilleur et pour le pire! 

… en tout-moi. 

Pas le bout convenable. Pas le tri fait par qui que ce soit – et serait-ce par moi-même! Pas ce que me dictent la société ou mon éducation ou mes blessures ou les abus que j’ai vécus – et/ou commis. 

Non. Moi. A TES risques et périls, mon Dieu! Pour le meilleur et pour le pire! » 

Coeur à coeur…

Hetty Overeem, pasteure d’Evangile en Chemin, janvier 2021.

Les astrologues s’inclinent à Bethléem

Dans ce message incisif, entendu par beaucoup d’auditeurs des cultes radiodiffusés, le pasteur Pierre-Yves Paquier contraste la venue des mages à Bethléem et l’engouement de nos contemporains pour l’astrologie.

Curieuse époque! Lu dans un catalogue: garniture de lit nordique, très belle impression astrologique faite de planète et d’étoiles!  Dans le Matin: Thème astral de Christoph Blocher…! Un autre jour, dans la pub du mois de décembre, c’est une invitation en grosses lettres:

« Si vs êtes né sous le signe de la Balance, ou du Bélier… « 

« Si vs êtes né sous le signe du Sagittaire…  Venez chercher votre cadeau personnel à nos rayons! »   Naturellement, beaucoup profitent de ces offres et se ruent, sans voir l’astuce commerciale qui a l’art de noyer le poisson dans l’eau, laissant nos porte-monnaie à ½ vierges, tout en se taillant la part du lion!!

Joli coup de pub…, mais surtout habile façon de rappeler les signes du Zodiaque qui passionnent tant de gens.

Et j’ai pensé à Jésus-Christ. A sa naissance, essayant d’imaginer la tête de Marie et Joseph si on leur avait posé la question:

-Alors, votre petit, il est de quel signe ? –Ca vous dirait de savoir s’il sera un être rêveur ou un battant plein d’avenir?!   

Enfin… Chers amis, il n’y avait sûrement pas d’horoscope dans  la Gazette de Bethléem! Pas comme de nos jours, où l’on est si friand de cette rubrique, parce qu’on est inquiet, et aussi parce que c’est le seul endroit du journal où l’on parle de NOUS

Hélas, si pour les devins de pacotille c’est un jeu, il n’en va pas de même pour le grand public qui prend souvent ces prédictions pour … parole d’Evangile et y conforme sa vie!

A l’Evangile revenons-y justement!  Vous avez entendu…  Ne nous dit-on pas qu’il y a 2000 ans, des mages/astrologues, spécialistes des étoiles, se sont mis en route pour aller trouver un enfant Roi ?  Mais qu’est-ce que c’est pour une histoire ? L’Astrologie serait-elle donc à l’honneur avec ces personnages d’Orient déboulant à Bethléem ? 

On les a imaginés au nombre de 3 et au VIè s. la tradition latine leur a donné des noms, Melchior/ Gaspard/ Balthasar…   On a même vu en eux les types des 3 grandes races humaines, noire/jaune/blanche.  Mais au fond, qui sont ces mages ?

Ce qu’on peut dire, c’est que ce sont des observateurs du ciel venant de la région qu’on appelle l’IRAK aujourd’hui. A une époque où l’astronomie et l’astrologie se confondent encore passablement.  Et il devait y avoir chez eux à la fois quelque chose du scientifique, du penseur, et du religieux. Et puis, dans ces contrées babyloniennes où Israël fut en exil, il devait traîner encore un vague souvenir de l’attente d’un Libérateur…

– «Nous avons vu son étoile apparaître, et sommes venus!». En fait, ce qu’ils ont vu n’est sûrement pas une étoile au sens premier du mot, mais une sorte de comète ou de météore, dont l’évidence fulgurante les a mis en route. 

Leur mérite est là : s’être laissés déranger et s’être mis en route… Alors que tant de gens blasés, sceptiques, ne font pas un pas en direction de Celui qui vient sauver le monde! Et c’est le grand paradoxe qui traverse tout l’Evangile : ce sont ceux qui viennent ou reviennent de loin, les outsiders, qui sont les plus empressés à rencontrer Christ: eux comprennent qu’il est Celui qui rachète, qui réhabilite, et redonne vie. Tandis que les proches et les bien placés n’en sentent souvent pas le besoin.

Ainsi donc ces mages, le nez dans les étoiles, vont arriver au bon endroit, et ils vont trouver l’enfant-Messie.  Ce qui prouve, me soutenait un ami, que l’astrologie est compatible avec l’Evangile!

  Eh! bien NON, pas d’accord! La déduction est fausse.

Reprenez le récit de Matthieu : pouvez-vous me dire , à quel endroit, les soi-disant «conjonctions astrales» auraient conduit ces Messieurs de l’0rient ?  Non pas à Bethléem, mais à… Jérusalem! A supposer que ce soit des calculs astrologiques qui aient alerté et guidé les mages, vous voyez où ils aboutissent ? A Jérusalem, et tout droit chez HERODE, le tyran, l’ennemi du Christ.  

Hé oui, on fait fausse route en plaçant sa confiance dans les astres et les cartes du ciel: on arrive chez Hérode, le semeur de mort. Il faut le dire, Mes amis, c’est Satan qui est derrière tous ces arts divinatoires, pour nous détourner du vrai Dieu! Son plan est d’abuser les hommes pour qu’ils aillent au mauvais endroit. Mais si c’est la vie que l’on cherche, si l’on a soif d’espoir vrai et d’amour, ce n’est pas au Zodiaque et à sa poudre d’étoile qu’il faut s’arrêter, mais à la Bible!  En voulez-vous la preuve ?

Arrivés dans la capitale, que font les mages ? Ils mettent les pieds dans le plat en demandant à son pire ennemi «où doit naître le Roi des Juifs»…  Dès cet instant, ce sont les prophéties bibliques (Michée 5) qui donnent la direction à suivre. Un peu comme si la Parole de Dieu prenait le relais de l’étoile, vous voyez…

-Cet enfant-Roi ? Vous le trouverez à BETHLEEM, petite cité sans importance! Ce ne sont pas les astres qui disent cela: eux vous conduisent au tyran Hérode et à la dépendance; mais c’est la Bible, qui mène au Libérateur! Et sachez-le bien: votre avenir ne dépend pas de votre ascendant, ni de Vénus ni de Saturne, mais de votre choix de vie et de celui à qui vous la confierez.

Nous sommes des êtres libres qui pouvons choisir. Tenez, les Maîtres de la Loi savent les choses intellectuellement et ne bougent pas. Les mages, eux, quittent Jérusalem sur le champ, parce que leur cœur est ouvert, sincère, en recherche. 

J’aime tout particulièrement la suite du récit.  Ecoutez: « Alors les sages se mettent en route… » Si l’on veut rencontrer le Christ, il faut se lancer… comme eux! Que ceux qui hésitent encore – ici et là où vous êtes- sachent que la joie de Noël est à ce prix!  Dieu vient mais on a un pas à faire. 

« Et ils aperçoivent l’étoile qu’ils ont vue à l’est …» Cette étoile qui revient, c’est comme un clin d’œil de Dieu: pour leur dire qu’ils sont sur le bon chemin, pour les encourager.

« Alors ils sont remplis d’une très grande joie en la voyant! » Mes amis, cette joie c’est assurément celle que donne la foi, la joie qu’allume en nous la certitude de ne pas marcher seul dans la nuit. Quel bien ça fait de se savoir éclairé, accompagné! Paul Tournier disait : -On peut tout affronter, quand on se sent aimé ! 

« Et c’est comme si l’étoile avançait devant eux » Délicieuse façon de raconter! Quand on cherche le Sauveur de tout son cœur, Dieu nous fait des signes. Et vous comprenez bien que je ne parle pas ici des signes du Zodiaque qui nous mettent sous la dépendance des planètes, mais plutôt des signes de l’amour de Dieu…  Un peu comme les bras d’un père qui se tendent pour que l’enfant s’avance… là où il est attendu.

Et voici enfin l’arrivée à Bethléem. Ce qui se passe là est extra-ordinaire bien que sobrement décrit : « les mages entrent dans la maison ». Ils voient l’enfant, se mettent à genoux et adorent.

Mes amis, représentez-vous la scène… C’est un peu comme si, à cette minute-là de l’Histoire, l’astrologie se mettait à genoux devant l’Enfant qui doit sauver le monde! Ni Marie ni Joseph – encore moins Jésus- ne s’inclinent devant ces grands personnages. Ce sont au contraire les mages, représentant les chercheurs, les intellectuels et les gourous de tous les temps, qui abandonnent toutes prétentions devant le Sauveur.

Les prophéties de l’A.T. disent vrai: un jour, science et sagesse humaines devront s’incliner devant le Fils de Dieu. Jésus est la lumière des nations, l’Etoile brillante du matin: ceux qui étudient les planètes comme ceux qui les font parler ne peuvent que s’incliner. Enfin, comment des astres froids, incapables d’amour, pourraient-ils faire le poids face à Jésus venu partager notre sort? 

Sans grand discours, les mages en tout cas semblent émus par ce face-à-face, et ne quittent pas Bethléem sans bourse délier… Ils ouvrent leurs bagages et font des cadeaux à l’enfant. Tablette, Lego, et Harry Potter!!   Non pardon, je me trompe d’époque: c’est plutôt de l’or, de l’encens, de la myrrhe.

Là encore, quelle différence entre ce que voyants et astrologues réclament à leurs adeptes et ce que Jésus attend de nous!  Les uns se font chèrement payer pour «désorienter» l’humanité, tandis que le Christ s’offre gratuitement pour sauver le monde! 

Les uns réclament votre crédulité, Jésus, votre confiance. Dire que nos contemporains préfèrent dépenser des millions avec ce marché de l’avenir qui les tient dans la superstition, plutôt que de goûter à la liberté des enfants de Dieu: c’est fou !

Mais les mages ont quand même donné de l’or, direz-vous! Allons, Mes amis, vous pensez bien que l’or qui plaît au Sauveur n’est autre que la décision solide et franche qu’on lui offre, de se mettre à l’aimer et à le suivre.

L’encens et la myrrhe ? Et si c’était tout bonnement la prière, ce dialogue au parfum d’éternité que Dieu attend de nous. La prière, qui monte vers un Dieu vivant et qui ne reste pas sans effet.

Enfin,   « ils regagnent leur pays par un autre chemin »… Sans doute ont-ils compris qu’il vaut la peine de confier son destin à cet enfant venu pour tous, plutôt qu’à Jupiter ou aux lois du hasard.  Quittant Bethléem l’amour de Jésus au coeur, ces Messieurs d’Orient nous crient:  Lâchez la superstition… Remballez vos horoscopes… «car il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes par lequel nous devions être sauvé» (Ac 4,12). Non, Dieu ne sauve personne par les étoiles, mais bien par son Fils unique!

Quelqu’un, ici ou au bout des ondes, voudrait-il prendre un autre chemin, un nouveau cap?   Qu’il vienne au Sauveur, s’incline, et lui confie toute sa vie…  Alors, vous aurez de l’avenir!

Amen

Lectures : -Esaïe 60 v.1-6 -Matthieu 2 v.1-12

Pierre-Yves Paquier, pasteur

La généalogie de Jésus et le Midrash

A l’approche de Noël, Alain Décoppet nous permet de mieux comprendre la généalogie de Jésus au début de l’évangile de Matthieu. Cette étude a été écrite pour les Amitiés judéo-chrétiennes de Suisse romande.

Les Chrétiens qui n’ont pas renoué avec leurs racines juives sont très souvent complètement inconscients de la manière dont les auteurs du Nouveau Testament étaient pétris de la Tradition orale d’Israël. Par exemple, la généalogie de Jésus qu’on trouve dans les 17 premiers versets de l’Évangile selon Matthieu (donc le texte qui ouvre le Nouveau Testament) est souvent sautée, car considérée comme ennuyeuse. Pour ceux qui la lisent malgré tout, elle est tout au plus une information leur indiquant que Jésus était un descendant de David et d’Abraham. Il ne se rendent pas compte que pour les auteurs bibliques, donner la généalogie d’un personnage qu’on présente, c’est comme en donner la carte d’identité.

Mais il y a plus : dans le Midrash Rabba, j’ai trouvé un texte qui offre des similitudes étonnantes avec le chapitre premier de Matthieu, et lui donne un éclairage intéressant. Le Midrash Rabba est un commentaire systématique des cinq livres de la Torah et des cinq Rouleaux (Ruth, Cantique, Qohéleth, Lamentations et Esther) ; pour cela il rassemble les différentes explications rabbiniques remontant aux premiers siècles de l’ère commune – peut-être même avant. Le chapitre 15 de Chemot (Exode) Rabba a recueilli diverses interprétations d’Exode 12.2 : 

« Cette lunaison est pour vous, tête des lunaisons » (Traduction Chouraqui) ; au §26, on trouve le commentaire suivant :

« Autre interprétation. « Ce mois (= cette lunaison) sera pour vous… » : Voici ce qui est écrit : « En ses jours justice fleurira et grande paix jusqu’à la fin des lunes » (Ps 72.7). Avant même la sortie d’Égypte, le Saint béni soit-il fit savoir à Israël par allusion que la royauté ne durerait pas plus de trente générations, comme il est dit : « Ce mois sera pour vous en tête des autres mois » (12. 2). Un mois compte trente jours et votre royaume ne durera pas plus de trente générations. Le premier jour de Nissan, la lune commence à briller et sa lueur ne cesse de croître jusqu’au quinze du mois, puis elle devient pleine. Mais du quinze au trente, sa lumière diminue et le trentième jour, la lune devient invisible. De même, il y a quinze générations d’Abraham à Salomon. »

Ensuite l’auteur énumère quatorze générations pendant lesquelles la lune croît, représentées par les noms des descendants d’Abraham jusqu’à David. Le lecteur attentif remarquera que cette liste est rigoureusement identique à celle qu’on trouve dans Matthieu 1.1-6. Salomon forme la quinzième génération ; l’auteur note à son propos :

« C’est à l’avènement de Salomon que la lune fut pleine, comme il est dit : « Salomon s’assit sur le trône de Yahvé pour régner » (1Ch 29.23). »

Et le commentateur d’expliquer les similitudes entre YHWH et Salomon en citant des textes bibliques qui utilisent des termes semblables pour décrire leurs deux trônes. Et il continue : « Par la suite, les rois se mirent à décliner ». Pour le démontrer, il énumère les descendants de Salomon, Jusqu’à Sédécias, au moment de l’exil à Babylone, à propos duquel il précise :

« À l’avènement de Sédécias, dont il est dit : « Puis il creva les yeux de Sédécias (Jr 39,7) la lumière de la lune vint à cesser. Pendant toutes ces années, Israël avait beau pécher, les Patriarches priaient pour eux et maintenaient la paix entre Israël et Dieu (ha-maqom), comme il est dit : « Écoutez, montagnes, le procès de Yahvé » (Mi 6.2). Jusqu’à quand les Patriarches prièrent-ils pour Israël ?

Jusqu’à ce que Sédécias perdît ses yeux et que le Temple fût détruit, comme il est dit : « Et une grande paix jusqu’à l’extinction de la lune » (Ps 72,7). Autrement dit, pendant les trente générations qui s’écoulèrent depuis l’instauration de la royauté. »

Exode Rabba arrête ici la généalogie ; il conclut simplement :

« Par la suite, qui assura la paix à Israël ? Dieu lui-même, comme il est dit : « Que Yahvé te découvre sa face et t’apporte la paix ! » (Nb 6,26). »

Les rabbins du Chemot Rabba expriment ici leur confiance en la fidélité de YHWH qui continue à regarder Israël avec amour et à lui donner sa paix.

La généalogie de Jésus, dans l’Évangile de Matthieu reprend la même lunaison d’Abraham à l’Exil, mais au lieu de compter quinze générations, elle en note quatorze, sans doute à cause de David dont la valeur numérique est de 14 (ד D, 4 + ו W 6, + ד D 4 = 14). Pour Matthieu en effet, c’est David et non Salomon qui est le point culminant de la lunaison. Autres différences : la descendance de Salomon est en gros semblable dans les deux textes, même si, pour avoir le nombre voulu, certains maillons sont sautés chez Matthieu. On remarquera aussi qu’à l’Exil, ce n’est pas Sédécias qui est nommé, mais Yekoniah et ses frères. Pour Matthieu, il est le point de départ de quatorze nouvelles générations, qui, en passant par Zorobabel, aboutiront à Jésus présenté comme Messie. En recommençant une lunaison, Matthieu veut nous dire que Jésus est au point culminant d’une nouvelle lunaison. Comme Salomon dans le Midrash Rabba il est fils de David et s’est assis dans le trône de YHWH.

Alain Décoppet

Pour une synapse précise entre le texte de Matthieu 1 et celui du midrash, veuillez cliquer sur ce lien :

https://www.ler3.ch/wp-content/uploads/2020/12/Matthieu-1.1-17-et-ExR-15.26-synopse-2.pdf

Pour ou contre la bénédiction…? Peut-on sortir du piège ?

Dans le débat autour de la bénédiction de partenaires de même sexe, Gérard Pella cherche à dépasser le clivage entre les POUR et les CONTRE. Il apporte ici un éclairage différent, en prenant un peu de recul ou de hauteur grâce à l’Evangile et à un livre très intéressant d’Ed Shaw.

Dans l’Evangile de Jean, au chapitre 8, les scribes et les Pharisiens cherchent à piéger Jésus. Ils lui amènent une femme surprise en flagrant délit d’adultère et ils lui rappellent que Moïse a prescrit de lapider ces femmes-là. « Et toi, qu’en dis-tu ? » demandent-ils (v. 5).

Jésus est mal pris : s’il conteste Moïse, il transgresse ses propres convictions: « Je ne suis pas venu abolir la Tora mais l’accomplir ».

S’il confirme Moïse, il contredit son message de miséricorde… 

Alors, il prend le temps avant de répondre. Il trace des traits sur le sol, puis il pose cette parole libératrice : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » (v.7). C’est cette parole inspirée qui a permis de débloquer la situation… 

Dans notre débat, je perçois que toute l’Eglise est piégée par la question d’une bénédiction pour partenaires de même sexe.

* Contrairement à ce qu’a fait Jésus, certains répondent : « Effectivement, Moïse a dit… mais cela n’a plus de pertinence pour notre époque !  L’homosexualité d’aujourd’hui n’a rien à voir avec ce que Moïse connaissait. » Ou « On doit prendre la Bible au sérieux mais on ne peut pas la prendre à la lettre »(Sabine Braendlin). « La Bible doit être interprétée » (Principes constitutifs de l’eerv). « Pourvu qu’ils s’aiment, tout est permis » (St Augustin revisité !)  Ce message vient relativiser la révélation biblique aux yeux de nos paroissiens et du grand public.

* Et, tout aussi contrairement à ce qu’a fait Jésus, d’autres répondent : « Effectivement, il est écrit que l’homosexualité est un péché. On ne peut donc imaginer bénir une telle union ». Et ce message vient durcir la révélation biblique aux yeux de nos paroissiens et du grand public. Plutôt qu’une Bonne Nouvelle qui libère, on proclame une éthique qui classifie et exclut.

Jésus n’est pas tombé dans le piège qu’on lui tendait. Il a refusé aussi bien la relativisation de Moïse que  l’application littérale de la Loi. Il a choisi de garder le silence… en attendant la parole de sagesse qui allait replacer chacun face à Dieu : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. »

Notre appel au silence n’a pas été entendu… ni en 2012, ni en 2019. Notez bien que nous ne demandions pas de condamner l’homosexualité mais de renoncer à se prononcer en faveur d’un rite ecclésial, comme l’exprimait la « lettre ouverte » d’octobre 2019 aux délégués de la FEPS, qui a recueilli 6200 signatures : « nous vous demandons – humblement et solennellement – de renoncer à vous prononcer en faveur d’une célébration d’un mariage religieux pour un couple de même sexe ».


La défunte FEPS, comme l’EERV ou l’EPG, ont choisi de relativiser Moïse et de se prononcer POUR une bénédiction des couples de même sexe. Le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) est probablement tombé lui aussi dans le piège puisqu’il s’est prononcé CONTRE. Pouvait-il rester silencieux ? Toujours est-il qu’il est maintenant perçu comme un mouvement réactionnaire plutôt qu’un mouvement de renouveau…

Y aurait-il une parole de sagesse qui permette d’échapper à ce piège qui discrédite, polarise et divise l’Eglise tout entière ?

Je crois l’avoir entendue…dans le livre d’Ed Shaw, pasteur anglican. Pour lui, le débat véritable ne se situe pas au niveau exégétique ou théologique : « Ce n’est pas parce qu’on aurait soudain réévalué le contexte culturel du Lévitique, le sens du terme « contre nature » dans Romains 1, la nature des pratiques homosexuelles à Corinthe ou la traduction de la version grecque de la première épître à Timothée, mais parce que ce que ces textes exigent semble ne plus être crédible. Ce sont les gens qui semblent être le moteur du rejet de l’éthique traditionnelle chrétienne, et non la théologie. (…) J’entends régulièrement parler de chrétiens attirés par des personnes de même sexe qui pensent que ce que la Bible nous demande n’est tout simplement pas faisable dans le monde d’aujourd’hui et qui, une fois parvenus à cette conclusion, trouvent sans peine des livres, des sermons et des théologiens qui justifient leur rejet de l’enseignement biblique.(…) C’est dans le domaine de ce qui est réellement concevable que les choses ont changé dans ces dernières années, non dans celui de l’exégèse biblique.» (pp. 16s).

Le positionnement d’Ed Shaw est particulièrement intéressant : il est lui-même attiré par les personnes de même sexe mais il refuse de pratiquer l’homosexualité pour des raisons bibliques.

Il voit bien que cette position est aujourd’hui intenable… à moins de désamorcer un certain nombre de mythes qui conditionnent la pensée et le comportement de nos contemporains. Du coup, son ouvrage interpelle tous les chrétiens et pas seulement les personnes qui ressentent une attirance pour les personnes de même sexe. Voilà pourquoi il me semble offrir une parole de sagesse qui nous permet de sortir du piège des POUR et des CONTRE et qui replace chacun.e face à sa responsabilité devant Dieu.

Parcourons rapidement quelques-uns de ces mythes fallacieux :

Mythe no 1 : « Notre sexualité définit notre identité » 

Ed Shaw reconnaît qu’il est attiré depuis le début de la puberté par des personnes de même sexe mais il refuse de se dire « gay », pour deux raisons:

  • « Si je dis que je suis gay, les gens pensent que j’ai embrassé l’identité et le mode de vie gay, ce qui n’est pas le cas » (p. 29).
  • « Ce qui me définit le plus dans la vie, ce n’est pas ma sexualité mais mon statut d’enfant de Dieu » (p.30). C’est notre union avec le Christ qui ancre notre identité nouvelle : nous sommes « en Christ » (Eph 1).

Mythe no 2 : « Une famille, c’est papa, maman et 2,4 enfants »

« J’ai envie, j’ai besoin d’avoir une famille heureuse, tout comme beaucoup d’autres personnes qui sont célibataires pour tout un tas de raisons différentes. Mais en fait, j’ai une famille ! Les membres de mon Eglise (…)

Jésus appelle ceux qui le suivent sa famille, sans tenir compte des liens effectifs de parenté (Mt 12, 46-50) (…) cela montre que parler de l’Eglise comme d’une famille n’est pas juste du marketing, c’est une réalité. » (p. 40).

Ed Shaw interpelle alors tous les chrétiens pour que cette réalité spirituelle se concrétise dans la vie de nos paroisses, que les familles ne restent pas centrées sur elles-mêmes mais s’ouvrent aux personnes seules; et que l’Eglise (locale, paroissiale) devienne effectivement une famille.

Mythe no 3 : « Si l’on naît homosexuel, cela ne peut pas être mal »

Est-on homosexuel de naissance ? La question reste ouverte. Ed Shaw pense que les raisons de l’attirance pour le même sexe peuvent varier d’une personne à l’autre. Il ne croit pas qu’il puisse changer d’orientation sexuelle ni que son orientation sexuelle résulte de ses frustrations ou de son éducation, qui aurait pu être plus ou moins défaillante voire traumatisante. L’hypothèse qu’il est né ainsi – qu’un gène « gay » existe ou non – est la plus vraisemblable en ce qui le concerne.

Cela ne justifie pas pour autant la pratique de l’homosexualité. « L’une des gloires de l’être humain, créé à l’image de Dieu, est d’être traité par son Créateur comme responsable de ce qu’il pense, dit et fait. (…) Dans le Psaume 51, David aurait pu prétendre : « Ce n’est pas vraiment de ma faute, je suis né avec ces penchants sexuels, et vous ne pouvez pas me reprocher des choses commises à cause des instincts naturels avec lesquels je suis né. » Mais ce n’est pas ce qu’il dit. (…) Il assume pleinement la responsabilité de ce qu’il a fait (v. 5-6 et 9-11). » (p. 53).

Nous sommes tous nés imparfaits dans un monde imparfait, et pourtant nous pouvons et devons être tenus pour responsables de nos imperfections (p.55).

« Aussi avons-nous besoin de dire à l’Eglise de Christ que nous devrions être les personnes les plus accueillantes de la planète envers ceux qui sont nés gays (si tel est vraiment le cas), tout en continuant de penser qu’il n’est pas bon de manifester sexuellement cette tendance. Ne pas formuler cela clairement a été une énorme erreur.

Nous devons arrêter d’avoir peur de l’expérience vécue par beaucoup de personnes attirées par le même sexe, par le fait qu’elles ont toujours ressenti cette attirance. Nous ne les avons pas aidées en refusant d’avoir accepté ce fait dans le passé… » (p. 57).

Mythe no 4 : « Si quelque chose vous rend heureux, c’est une bonne chose »

Ed Shaw reconnaît qu’il traverse parfois des moments de souffrance aigüe parce qu’il ne peut pas avoir de partenaire, de relations sexuelles ni d’enfants. Il a l’impression de devoir aller non seulement à l’encontre de puissants désirs qui l’habitent mais à contre-courant du monde entier qui l’entoure, parce que l’autorité suprême dans le monde d’aujourd’hui est notre bonheur personnel. « Nous voulons juste être heureux, et toutes nos décisions sont orientées vers ce qui nous donnera le plus de bonheur le plus vite possible et, si possible, au meilleur prix. » (p. 60). De ce fait, les chrétiens d’aujourd’hui vivent de la même manière que tous leurs contemporains, que ce soit en matière de divorce ou de prospérité économique. Nous avons fabriqué un dieu qui veut que nous soyons heureux de la façon dont nous avons envie d’être heureux.

Trois réalités aident Ed Shaw a traverser ces moments de tristesse et à tenir bon dans sa résolution :

  • d’abord, il n’est pas convaincu que faire ce qu’il désire le rendrait heureux à long terme ;
  • au contraire, il est convaincu que les règles établies par Dieu nous montrent ce qui est bon. Notre Créateur est le mieux placé pour savoir ce qui est meilleur pour nous, alors que le monde qui nous entoure change sans arrêt de mentalité et de langage au sujet de ce qui est censé nous apporter le bonheur.
  • il est réconforté par le choix d’autres chrétiens qui, eux aussi, sacrifient le bonheur à court terme par obéissance à la Parole de Dieu, par exemple en partant en mission, ou en quittant un job bien rémunéré pour travailler dans l’Eglise.

« Arrêtez de voir votre bonheur personnel comme l’ultime autorité de votre vie, puis faites de la Parole de Dieu votre nouvelle autorité ! » (p. 68).

Mythe no 5 : « C’est dans le sexe qu’on trouve la véritable intimité »

« Nous vivons dans une société où le seul chemin vers la véritable intimité est la joie du sexe. » (p. 72).

Pour sa part, l’Eglise a tendance à promouvoir l’intimité uniquement sous la forme des relations sexuelles dans le cadre du mariage chrétien. Dès qu’une relation amicale devient intime, elle devient suspecte. Cette « idolâtrie chrétienne du mariage » (p. 74) laisse très peu de place à l’amitié profonde.

Mythe no 6 : « Hommes et femmes sont égaux et interchangeables »

OUI, hommes et femmes sont égaux.

NON, ils ne sont pas interchangeables… parce qu’ils sont fondamentalement différents, biologiquement et psychologiquement.

Et cette différence n’a pas seulement pour but de permettre la procréation (que penser des couples stériles ?) ni de combler la solitude (on peut se sentir très seul.e tout en étant marié.e). 

Cette altérité est à l’image de l’altérité entre Dieu et son peuple ; et le mariage humain est à l’image de l’alliance entre le Christ et l’Eglise.

Les prophètes de l’AT décrivent comme un adultère l’infidélité d’Israël à l’égard du Seigneur ; et le Cantique des Cantiques peut être interprété comme un dialogue amoureux entre Dieu et son peuple.

« Tout au long de l’AT, Dieu ne semble pas hésiter à décrire son amour pour son peuple en des termes sexuels. En fait, il semble employer délibérément un tel langage, car il sait que c’est le plus efficace pour communiquer la pleine puissance de son amour envers les êtres sexués que nous sommes » (p. 89).

L’Apocalypse amène à son apogée cette théologie biblique en présentant les noces de l’Agneau avec le peuple de Dieu.

Mythe no 7 : « Piété rime avec hétérosexualité »

Pendant longtemps, Ed Shaw a cru qu’il devait devenir hétérosexuel pour pouvoir avancer dans la vie spirituelle, comme si piété rimait avec hétérosexualité. Alors que « la ressemblance à Jésus, voilà la vraie définition biblique de la piété » (p. 99). « Dieu veut surtout que je devienne davantage semblable à Christ, pas que j’épouse forcément une femme. » (p. 100).

« Dieu ne promet pas la restauration de toutes choses dans ce monde mais dans le monde à venir.(…) J’ai entendu suffisamment d’histoires convaincantes pour savoir que la sexualité peut se transformer (jusqu’à un certain point)  chez certains et ne jamais bouger d’un millimètre pour d’autres. J’encourage donc tous les chrétiens attirés par les personnes de même sexe (ainsi que leur famille-Eglise) à ne pas mesurer leurs progrès dans la ressemblance à Christ à l’aune de leur progrès ou recul en matière de transformation de leur identité sexuelle. » (p. 104).

Ed Shaw nous encourage aussi à « mettre un terme à l’hypocrisie autour de la sexualité : nous devons reconnaître que des relations homosexuelles hors mariage sont souvent perçues dans nos Eglises comme un péché bien plus grand que des relations hétérosexuelles hors mariage. Pourquoi ? La Bible condamne les deux de la même manière (Lévitique 20. 10 et 13). Il s’agit du même péché. La même chose s’applique aux fantasmes sexuels : que leur objet soit quelqu’un du même sexe ou du sexe opposé, les deux relèvent de l’adultère aux yeux de Jésus (Matthieu 5. 27-28). » (p. 105).

« Si je dois vous confesser mes péchés sexuels, n’ayez pas peur de me confesser également les vôtres. Ainsi, nous pourrons nous épauler mutuellement pour imiter Christ, pour aimer et agir de la bonne manière dans nos victoires et dans nos défaites. » (p. 106).

Mythe no 8 : « Il n’est pas bon d’être célibataire »

« Le célibat est bel et bien un mode de vie réaliste. Nous devons nous repentir d’avoir dissimulé cette vérité. Et nous avons besoin d’exemples vécus de plus en plus nombreux pour démontrer que c’est un mode de vie envisageable de façon crédible aujourd’hui, non seulement pour le bien des chrétiens attirés par les personnes de même sexe comme moi, mais aussi pour le bien de toute l’Eglise. » (p. 117).

Mythe no 9 : « La souffrance est à éviter »

« Suivre un Messie souffrant rend la souffrance inévitable. Il est allé à la croix, et ses disciples vont devoir suivre le chemin de la croix également. (…) Nos vies chrétiennes sont surtout centrées sur notre satisfaction personnelle, semblant renier l’existence même des paroles de jésus. Elles ne connaissent presque aucun changement, à part un petit vernis chrétien : être plus gentils envers un peu plus de gens. » (pp. 120s.).

« Dans ma propre Eglise, les personnes auxquelles je veux le plus ressembler sont celles qui ressemblent le plus à Jésus, et elles lui ressemblent parce qu’elles ont traversé de grandes difficultés.

Conclusion

* Il nous faut redécouvrir la radicalité de l’Evangile : « Beaucoup d’Eglises évangéliques aujourd’hui sont faites pour la classe moyenne respectable plutôt que pour une vie radicalement consacrée à Jésus. » (p. 137)

* Il nous faut accepter la controverse actuelle autour de la sexualité. Elle devrait déboucher, comme d’autres controverses du passé, à une plus grande précision théologique (p. 137).

Le lagon paradisiaque

Cette prédication d’Antoine Schluchter nous fera explorer un lagon inspiré par l’Evangile. Elle équivaudra à tailler la noix de coco tombée au sol avant d’en boire le précieux nectar lors de la cène. Elle se réfère à Matthieu 11.25-30, Zacharie 9.9-10, le Psaume 145.1-2, 8-14 et Philippiens 2.3-4 lus en cours de liturgie.

Nous avons entendu l’évangile de Jésus-Christ mis en mots par Matthieu avec ses trois articulations de l’action de grâce, de l’affirmation et de l’appel. Nous voici prêts à embarquer pour le lagon paradisiaque, dans une aventure aussi étonnante que passionnante qui ne peut que se narrer.

Cela faisait d’interminables jours sans soleil et nuits sans lunes que nous naviguions. La carte reçue nous disait proches du but, mais nous désespérions ; quand soudain… une île. Comme tant d’autres, mais avec un point de lumière aveuglant. Sous un arbre aux branches à fleur d’eau, un frêle esquif frappé des armoiries dorées du Roi de toute humilité : notre embarcation pour pénétrer dans l’espace sacré. Il fallut se faire tout petits pour glisser sous l’épaisse frondaison. Nous retenions notre souffle devant tant de mystère et de beauté insoupçonnée. Serpentant lascivement au son régulier des rames, le cours d’eau claire nous mena jusque vers la lagune du Dieu plein de tendresse, et nous nous mîmes à psalmodier, rêveurs. Mais la découverte n’était pas terminée, il fallait remonter dans la barque. Bien plus loin, bien plus tard, un messager nous exhorta à l’indispensable dépouillement jusqu’à considérer, comme allant de soi, l’autre supérieur à nous-mêmes, nécessité absolue pour atteindre enfin le lagon promis. Le temps de débarquer, les yeux écarquillés, il était là : le Roi de toute humilité. Dans un silence recueilli, avec le sentiment de toucher à l’indicible, nous nous sommes assis en cercle autour de lui. Il a posé sur nous un regard bienveillant, puis ses yeux ont embrassé le ciel et sa voix a retenti dans la cathédrale à ciel ouvert : 

« Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. »

Nombreux étaient donc ceux qui, du haut de leur savoir et de leur position, avaient manqué l’entrée du lagon, parcourant depuis l’étendue liquide en vain, naufragés en désespérance. Sans le moindre doute, nous étions de ces tout-petits des Béatitudes : ces pauvres en esprit, ces affligés, ces assoiffés, ces doux, ces cœurs purifiés. Des fruits de la grâce, nullement de quoi se vanter, juste nous associer à l’action de grâce du Roi de toute humilité dans un élan d’adoration accompagnant la suite de ses paroles :

« Oui, Père, c’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance. »

Touchés au plus profond du cœur, nous méditions en silence notre privilège immense ; il se tourna alors vers nous dans une attitude empreinte de douceur et de solennité :

« Tout m’a été remis par mon Père. Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. »

Nous l’avions pressenti, nous l’avions compris, de génération en génération, la chaîne ininterrompue de ses témoins nous l’avait transmis. Et en cet instant, la sublime vérité se déployait devant nous. Il est bien le Fils, l’unique à nul autre pareil, celui à qui le Père a tout remis. C’est bien à travers lui qu’il se dévoile à nos yeux ébahis, nous laissant sans voix. Échange admirable du Père au Fils et du Fils au Père, communion de plénitude.

Nous étions envahis d’une torpeur étrange comme les trois à la transfiguration, à la fois pesante et allégée de tout ce qui pouvait nous entraver, inondés de tant de grandeur et paisiblement conscients de notre petitesse. Subjugués, nous gardions une distance mêlée de stupeur et d’admiration. C’est alors qu’il nous fit franchir le fossé pour nous affranchir de toute peine :

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. »

Comme de vieux lambeaux, nous sentions glisser à nos pieds chacun de nos fardeaux ; nos craintes, nos échecs, nos tensions n’étaient plus qu’un mirage finissant. Chacun de nous se saisit comme d’un trésor inestimable du joug proposé. Joug, perle de grand prix, trésor caché, semence du Royaume tout à la fois. Aucune appréhension de nous placer sous cette pièce de bois aux côtés du Roi. Plus tard, bien plus tard, les humains parleraient de connexion illimitée ; pour nous, jaillissaient en sources fraîches les mots d’harmonie et de communion.

Loin du temps, loin de tout tracas, nous respirions la plénitude du lagon paradisiaque. C’est alors que nous réalisâmes qu’en toute humilité, le Roi nous avait quittés. À l’emplacement où il se trouvait, un évangile ouvert aux paroles qu’il venait de prononcer. C’était donc vrai, nous n’avions pas rêvé. L’un de nous, le berger, le prit dans ses mains, caressa le vieux parchemin ; il suivait du doigt les mots de l’action de grâce, de l’affirmation et de l’appel. Puis, se saisissant du précieux ouvrage, il remonta dans la barque et nous avec. Le retour fut silencieux : qu’aurait-on pu ajouter ?

Une fois la frondaison passée, voici que nous nous retrouvâmes au temple du Sentier, assis à plus ou moins bonne distance les uns des autres, à l’heure où l’on vient célébrer. Le berger n’avait pas quitté l’évangile du lagon : « C’est extraordinaire ce mouvement, c‘est vraiment extraordinaire ! L’action de grâce du Fils qui monte vers le Père et se mue en révélation à nous, les tout-petits : quelle immense bienveillance ! Il nous appelle, fatigués et chargés, à accueillir sa douceur et son humilité et à le laisser marcher à nos côtés. C’est extraordinaire, ce mouvement mû par le seul amour de Dieu. »

Il reprit de plus belle : « Et ce n’est pas tout : cette action de grâce, cette affirmation et cet appel, Jésus les prononce peu après avoir été confronté à des villes entières refusant de croire, dont les habitants n’avaient pas changé après les miracles qu’il avait effectués. Et moi, est-ce que j’ai changé, est-ce que je me suis laissé transformer ? Et notre communauté, cette petite ville de croyantes et de croyants rassemblés ? » 

À nouveau, il s’enflammait : « Et ce n’est pas tout : Jésus est ensuite confronté à la dureté des croyants à propos du sabbat, au mauvais joug du légalisme et des obligations empilées sur les épaules des hommes ; tellement différent de son joug à lui, doux et léger. Vous vous rendez compte ? L’action de grâce, l’affirmation et l’appel de Jésus, le lagon paradisiaque se trouve là, entre un océan d’incroyants et un autre de mal croyants, entre ceux qui refusent son action et ceux qui contraignent les humains. Je crains d’y céder parfois, pris dans cet entre-deux, loin de l’air du lagon. »

Il n’est pas pensable de finir sur cette note sombre si l’on revient au passage. Détail lumineux, il commence par : « En ce temps-là, Jésus… » Un temps tout à fait exceptionnel mais pas unique ; ce temps-là continue à se déployer dans l’aujourd’hui de la grâce. Car oui, nous le savons, nous en vivons : « C’est aujourd’hui, le temps du salut ! »  Nous voici donc invités, sœurs et frères, à venir à Jésus pour recevoir son joug, car c’est aux tout-petits que nous sommes qu’il révèle le Père que Lui seul connaît.

Nous pouvons ainsi quitter le lagon paradisiaque sans craindre l’océan agité du monde. Mais avant cela, maintenant que la noix de coco du lagon est débarrassée de sa gangue, il est temps de se désaltérer au repas de la grâce, en recevant l’invitation du Roi de toute humilité : « venez, car tout est prêt. »

Libéré de l’amertume et de la résignation

Dans cette prédication narrative, Olivier Bader nous emmène au bord de la piscine de Bethesda, dans la peau du paralytique libéré par Jésus.

Je m’appelle Benjamin, mais on m’appelle communément « le paralytique de la piscine de Bethesda ». 

Dans l’Evangile de Jean, on raconte mon histoire, mais de manière un peu sommaire. Je veux vous la raconter de l’intérieur, comment moi je l’ai vécue…

J’ai 38 ans, je suis né paralysé du bas du corps. 

Depuis tout petit, j’ai vécu quasiment à hauteur du sol. Au début, cela me semblait normal, les enfants de mon âge n’étaient pas beaucoup plus hauts. Mais en grandissant, mes camarades prenaient de la hauteur. Forcément, une distance s’est créée entre nous. Ils sont entrés dans la vie avec frénésie, en mouvement constant, leur horizon  n’a cessé de s’élargir.
Ils revenaient vers moi de temps en temps, mais il fallait toujours qu’ils repartent, comme poussés par des affaires très importantes. C’est comme ça, quand on a deux jambes… Ainsi, c’est au travers de leurs récits que je me suis fait une perception des lieux, de Jérusalem, des villages de Judée. Immobilisé, c’est avec l’imagination que j’ai voyagé et visualisé le monde…

Je suis resté de longues années dans la maison familiale ou sur le seuil. Puis un jour, mes parents ont eu l’idée de me conduire à la piscine. La piscine aux cinq portiques. Vous savez, cette piscine dont les eaux bouillonnent de temps en temps. Les gens disent que c’est une eau vertueuse, qui guérit, qui apaise les tourments du corps et de l’âme.

Mes parents espéraient que j’y trouverai un peu de paix et pourquoi pas, une guérison miraculeuse…

Mais voilà, dans cette piscine, il faut pouvoir y arriver. Il y a déjà ces 18 hautes marches qu’il faut descendre. Imaginez, pour moi, chacune d’elle est comme le Mont Sinaï ! 

Et puis, il y a la foule. Il faut se frayer un passage dans la jungle des jambes, des béquilles, de ces corps difformes qui se pressent tous dans la même direction… La foule, vous savez, elle est sans scrupule ni pitié pour ceux qui, comme moi, n’ont que les mains pour avancer et qui traînent leur corps comme une masse inerte.

Dans un premier temps, j’ai observé, j’ai développé des stratégies… J’ai bien essayé de les mettre en œuvre l’une après l’autre, mais sans succès. Il y avait toujours un truc qui ne fonctionnait pas. 

J’ai bien sûr aussi demandé de l’aide. Un  jour un gars bien solide a eu pitié de moi. Il m’a soulevé et porté. Mais à peine arrivé au bord du bassin, l’eau s’est calmée. Il m’a regardé en me disant : il est trop tard. Et il m’a ramené en haut des escaliers. Dans mon abattement, je n’ai pas eu la présence d’esprit de lui demander au moins de me plonger dans cette eau que j’observais depuis des mois, sans l’avoir touché, même une seule fois. Comme j’aurais aimé la sentir couler sur ma peau et alléger un instant le poids de mon être.

Depuis ce jour-là, l’amertume et la résignation se sont solidement installées dans mon cœur et dans mes pensées, comme deux sœurs jumelles qui se répondent l’une à l’autre. L’amertume me soufflait : la vie est bien injuste. Le mouvement et même le mouvement de l’eau ne sont pas pour toi, mais pour les autres. La résignation, pour essayer d’apaiser la morsure de ces pensées, me susurrait : C’est ton destin. Il te faut l’accepter. C’est la meilleure manière de survivre. Parfois, je me disais même : « Dieu l’a voulu ainsi. »

Alors, j’ai fait grandir en moi l’optimisme. J’ai même été complimenté pour ma persévérance et mon abnégation… Alors j’étais fier de moi. Mais, entre nous, je peux vous dire que mon optimisme était une façade pour cacher mon amertume et ma résignation…

Ainsi, je passais mon temps à observer tout ce monde qui se pressait vers ces fameuses eaux. Certains en sortaient rayonnants, mais j’ai vu beaucoup, beaucoup de visages déçus ; j’ai deviné des cris inaudibles, des pourquoi sans réponses. Oui, Bethesda était bien le lieu d’une lutte sans merci entre l’espérance et la désillusion. 

Moi, je ne souffrais plus. Je me tenais à l’écart de cette lutte. La résignation m’offrait ce minimum de confort, de protection qui me permettait bravement de vivre au jour le jour…

Mais mes blessures se sont réveillées d’un coup, lors qu’une rumeur a soufflé à Jérusalem, la rumeur « Jésus »… Pendant des mois, j’ai entendu les récits plus ou moins divergents, plus ou moins amplifiés, des miracles de ce Jésus : l’eau changée en vin à Cana. Franchement, j’ai pensé que c’était une grosse blague. Ensuite, il y a eu la guérison à distance du fils du fonctionnaire d’Hérode… Et d’autres récits encore.

Et curieusement, plus on parlait de ce Jésus, plus la piscine de Bethesda se vidait. Quelle concurrence !

Mais ce Jésus, comme les autres, il était toujours en mouvement ! Une fois à Jérusalem, une autre en Galilée ou même en Samarie ! Comme j’aurais aimé le rencontrer. Juste le voir. Mais la résignation m’a vite convaincu de ne pas trop espérer : j’allais encore souffrir inutilement. Ce Jésus n’était pas venu pour moi et n’avait aucune bonne raison de venir à Bethesda.

Et bien je me trompais. Il y est venu. Plus étonnant encore, il est venu vers moi, il m’a regardé, il s’est baissé et m’a questionné. J’en suis resté bouche bée, comme paralysé de la langue et du cerveau ! On m’a alors secoué : Oh Benjamin ! Le maître te demande si tu veux guérir ?

C’est comme si je n’avais pas entendu la question, ou peut-être que je n’avais pas pu l’entendre…  Et là, ce que j’ai répondu était vraiment misérable, une réponse qui me hante encore :

« Seigneur, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l’eau commence à s’agiter ; et, le temps d’y aller, un autre descend avant moi. » 

Il me pose une question et je n’y réponds pas, ni par oui, ni par non. 

Je lui explique ce qu’il pouvait très bien imaginer. D’ailleurs ce n’était pas une explication, c’était une justification…

Pire, ce Jésus qui a fait tant de bien à d’autres, que j’espérais ardemment voir, il est là devant moi et je lui dis que je n’ai personne !

Il me parle de guérison, une réalité extraordinaire, et moi je ne pouvais me détacher de cette piscine et de ces eaux auxquelles je ne croyais plus depuis longtemps…

Bon ! à ma décharge, il faut dire que sa question était provocante, voire même indécente : Veux-tu guérir ? Franchement, 38 ans de paralysie ! 

La guérison, j’ai eu le temps d’y penser, d’espérer au moins un peu plus de mouvement, une condition plus légère, plus digne… 38 ans ! Le temps j’en ai eu, … mais aussi, du temps pour enfouir l’espérance sous un tas de bonnes résolutions. Je m’étais construit une raison qui était devenue prison.

Ce jour-là, Jésus a donné un sacré coup de pied dans ce tas !

Il ne s’est pas arrêté à mes justifications. Il a fait appel à ma volonté, à ma capacité à faire un nouveau choix aujourd’hui, maintenant, et ainsi, il a réveillé ma dignité. Avant même qu’il ne me redresse, je me suis senti un homme debout, aimé, fils du Dieu très haut, moi Benjamin le paralytique !

A moi, l’insignifiant, Jésus m’a demandé ce que je voulais, plus encore ce que j’espérais !

Plus tard, j’ai compris le vrai miracle :

Jésus a été capable de guérir la paralysie de mon esprit et de mon âme.

Il a su faire taire définitivement les sœurs jumelles, vous savez, amertume et résignation. C’est elles qui avaient inspiré ma réponse à Bethesda, c’est à elles que j’avais soumis ma volonté et donné la clé de ma liberté.

Il m’a fait entendre une autre voix,  une voix d’en haut. Il m’a fait percevoir un horizon que je n’espérais plus, un espace de mouvement et de liberté. 

Oui, il ne m’a pas seulement guéri, il m’a libéré. Alléluia. Gloire à Dieu !

Evangile de Jean (5, 1-9) commenté par Olivier Bader, pasteur à Yverdon-les-Bains.

La clé de voûte, c’est Jésus !

Dans cette deuxième méditation, David Bouillon a été inspiré par le verset peint sur la voûte entre la nef et le chœur du temple de Corsier-sur-Vevey : 

Crois au Seigneur Jésus-(Christ) et tu seras sauvé toi et toute ta famille » (Actes 16.31)

Ce verset des Actes est peint sur l’ogive qui sépare la nef du chœur. Remarquons que ce qui est peint n’est pas tout à fait ce qui figure dans nos Bibles actuelles : le mot « Christ » a été ajouté (car il figure dans certains manuscrits grecs). Observons aussi que dans une ogive, une pierre en particulier joue un rôle essentiel : il s’agit de la clé de voûte. Une définition précise : « une clé de voûte est un élément unique qui permet de maintenir la cohésion des multiples éléments l’entourant et ce, par sa seule présence, ses seules caractéristiques intrinsèques ». Et que voyons-nous sur l’ogive de notre église ? C’est le nom de Jésus qui est peint au niveau même de la clé de voûte ! Ce constat suffirait pour que j’arrête ici ma médiation car cette affirmation devrait nous suffire : C’est Jésus qui, par sa seule présence, maintient la cohésion.

Malheureusement la clé de voûte de notre société, et même la clé de voûte de notre Eglise, ce n’est pas Jésus. Pour être plus juste, je devrais dire : ce n’est PLUS Jésus, ou ce n’est PAS SEULEMENT Jésus ! Il me faut donc vous le démontrer.

Je partirai du premier mot de notre verset : « Crois ». Toutes nos existences sont fondées sur un certain nombre de croyances. Pour certains, la croyance principale c’est le travail. Pour d’autres c’est l’anarchie. Pour les scientifiques ce peut être le progrès, pour une entreprise le profit, pour des politiques la croissance. Pour certains théologiens protestants, c’est la démarche critique appliquée à la Bible et à la foi qui constitue l’axiome décisif de leur démarche. Pour notre protestantisme réformé, ce sera encore l’affirmation du pluralisme, considéré comme seule manière de rendre possible la cohabitation de nos spiritualités si diverses. Le danger, c’est que chacun de ces « croire » va tôt ou tard s’ériger en clé de voûte de nos manières de voir le monde ou de résoudre certains problèmes.

Si nous revenons à notre texte du livre des Actes, nous voyons aussi certaines de ces « croyances » diriger la vie de celles et ceux qui s’en réclament. Dans la ville de Philippe, des personnes ont entière confiance dans le don de divination de leur servante ; ils croient que le don de cette femme est pour eux la poule aux œufs d’or. Les habitants de la même ville ont aussi foi en leurs coutumes, et c’est pour cela qu’ils rejettent les Juifs Paul et Silas (l’antisémitisme qui se développe fortement aujourd’hui est donc bien plus qu’une opinion ; c’est une croyance meurtrière). Le geôlier aussi a son système de croyances : il doit répondre sur sa vie des évasions de prisonniers et notre texte montre que cette croyance est suffisamment forte pour le pousser à passer à l’acte !

Mais de même que la prison s’effondre suite au tremblement de terre, nos voûtes dont la clé est constituée de nos croyances ou de nos idéologies, ne peuvent tenir bon face aux grands bouleversements qui traversent tôt ou tard nos vies.

Supposons maintenant que, conformément à ce que je viens de développer, vous choisissiez de placer Jésus comme clé de voûte de votre projet de vie, est-ce que cela suffit à nous prémunir de la ruine ? La réponse est sous vos yeux. En effet, bien que le nom de Jésus soit accompagné d’une grande puissance (voyez que c’est par ce nom que la servante exerçant la voyance a été délivrée v. 17), il convient de préciser les choses. Ce Jésus que Paul annonce au gardien de la prison il le qualifie de « Seigneur » et de « Christ » (si nous acceptons la version peinte dans cette église). Ces deux qualificatifs ont toute leur importance. Dans le langage de la théologie, le débat sera qualifié de christologique. Ce débat n’a pas concerné que les premiers siècles chrétiens et les premiers conciles. Ce débat est d’une grande actualité. N’avez-vous pas parfois entendu Jésus désigné par l’expression « l’homme de Nazareth » ? Derrière cette expression, très juste en elle-même, se cache souvent le malaise de nombreux chrétiens actuels à confesser pleinement la divinité de Jésus. En raison de l’esprit critique qui se veut un rempart contre l’obscurantisme et le fondamentalisme, on privilégie une christologie « basse », c’est-à-dire acceptable car dépouillée de toute vision mythique de Jésus. Le Jésus-Seigneur (en grec : kurios) n’a pas la cote car il serait trop lié à la notion de toute-puissance divine et que c’est ce qui pose problème dans une époque où Dieu semble avoir oublié d’intervenir pour empêcher les pires génocides de l’histoire.

Jésus est aussi confessé devant vous sur cette ogive par le titre de « Christ » (= Messie). Pour le judaïsme, le messie n’a rien d’un personnage de fiction. Au contraire, il est celui qui est attendu dans la trame des jours et de l’histoire pour renverser tout ce que la méchanceté humaine a instauré comme injustice. Pour le geôlier tout acquis à la cause de Rome, empire dont la puissance ne pouvait être contestée par personne, accepter Jésus comme Messie, c’est découvrir au travers des Ecritures que cet empire n’est qu’une illusion et que la crainte qu’il inspire (voyez dans ce chapitre comment tout est dirigé à coups de triques) va laisser place à la joie, cadeau de Dieu, le vrai maître de l’histoire. Ainsi, nous découvrons que Jésus n’est pas seulement le Seigneur, au sens d’un absolu, d’un principe philosophique, il est aussi celui qui bouleverse l’histoire et la conduit à son terme. C’est d’ailleurs pour cela que toutes les idéologies ont toujours cherché à supplanter Jésus et à s’ériger en clé de voûte à sa place.

Ainsi, le salut manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur a pour visée le projet de Dieu de manière globale. Trop souvent nous limitons le salut de Dieu à l’horizon de notre préoccupation immédiate : « tu seras sauvé, toi, ta femme et tes enfants », ou « tu seras sauvé, toi et tes voisins de quartier », ou (pour parler à la manière suisse) « tu seras sauvé, toi et ton canton ! », ou « toi et ta nation ».

En agissant ainsi, ces idéologies s’arrogeaient ce qui est pourtant le privilège de Dieu et de son Fils : le salut. Mais le salut que Paul proclame ne consiste pas à se prémunir de telle ou telle réalité qui nous menacerait. Ce qui doit être sauvé c’est TOI ! Car le problème c’est d’abord TOI et d’abord en TOI ! Dans cette perspective, le geôlier est au même plan que la servante exerçant la voyance. Et il en va de même pour chacun d’entre nous. Confesser Jésus, le reconnaître comme Seigneur et l’accueillir comme Messie, c’est la seule manière de vivre réellement libéré. Comme le soulignait le pasteur Chautems dimanche dernier en commentant la parabole de la brebis perdue : ce qui est au centre de l’annonce de l’Evangile et ce qui mobilise toute l’énergie de Dieu, c’est de retrouver ceux qui sont perdus et qui donc sont privés du salut.

Mais pour conclure il me reste encore à commenter la fin de notre verset : « et toute ta famille ». A un premier niveau qui est celui de notre texte, cela signifie que le salut attaché à l’Evangile n’a rien à voir avec ces démarches individualistes d’épanouissement personnel dont notre société est friande. Le salut que Dieu manifeste en Jésus vise toujours une communauté. Mais ici aussi une remarque sur le texte biblique s’impose : le terme grec traduit par « famille » signifie littéralement « la maison ». Pour vous et moi, cela ne fait pas grande différence, mais dans le langage de la Bible, il en va un peu différemment. La « maison » est d’abord l’affaire de Dieu : « Si le Seigneur ne bâtit la maison… » (Ps 127.1) C’est aussi ce que Nathan annonce à David de la part de Dieu : « C’est le Seigneur qui fera une maison pour toi ! » (2 Samuel 7.11). C’est aussi avec ce terme que Pierre s’adresse à la foule juive le jour de la Pentecôte : « Que toute la maison d’Israël le sache donc bien : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous avez crucifié ! » (Actes 2.36).

Placer Jésus comme clé de voûte de notre projet d’Eglise (locale ou nationale) ; inviter nos contemporains à se détourner de leurs croyances illusoires pour mettre leur foi en Jésus ; confesser droitement qu’il est Seigneur et Messie ; cela est très nécessaire. Mais nous ne verrons des fruits durables que si l’horizon de notre culte et de notre engagement est aussi large que le regard de Dieu : toutes les familles de la terre ! Sans cela, nous ne chercherons souvent qu’à faire perdurer nos paroisses, à maintenir à flots nos dénominations, à perpétuer nos traditions aussi nobles et spirituelles soient-elles.

Puisse cette parole peinte sous nos yeux depuis tant d’années renouveler la vocation de notre communauté et ouvrir notre cœur et notre espérance aux dimensions incommensurables des promesses du Seigneur. Car – comme le disait Jésus à Marthe devant le tombeau de Lazare, et comme il nous le dit face à notre christianisme européen moribond – « Je te dis que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu » ! (Jean 11.40)

Un foi dépassée ?

Dans cette méditation, David Bouillon a été inspiré par le chœur médiéval de l’église de Corsier-sur-Vevey. Il est orné d’anges peints sur les murs et éclairé par un vitrail où est représenté l’agneau immolé triomphant du dragon, vitrail surmonté d’un Christ siégeant en gloire.


En entrant pour la première fois dans ce temple de Corsier en septembre 2017, j’ai immédiatement ressenti la force de ce lieu. Encore aujourd’hui je suis souvent ému aux larmes en raison d’un fort sentiment de la présence de Dieu. Comme je suis professeur de théologie pratique, le réflexe est de m’interroger sur les raisons de cet état de fait. Est-ce le style du culte qui en serait la cause ? Est-ce la place donnée à la louange, à la spontanéité, à la participation… Je crois qu’une des explications qui doit être donnée tient au lieu même où nous rendons un culte au Seigneur.

En effet, l’architecture de ce temple n’a rien de très protestant. C’est normal, cette église fut construite bien avant la Réforme et – en dehors de la sono et du beamer (vidéo-projecteur) – n’a rien de vraiment moderne. N’être ni protestant, ni moderne, c’est plutôt frustrant pour une Eglise Réformée qui se veut toujours à l’avant-garde de la foi. Certes nous cultivons aussi une forme de nostalgie du passé qui, bien qu’il ait pu être glorieux, n’en est pas moins passé. Ainsi, ici à Corsier, nous rendons un culte dans un lieu qui n’est ni franchement protestant ni résolument moderne ! Et nous le faisons aussi d’une manière qui n’est pas rigoureusement calviniste. Et pourtant, nous y ressentons la présence agissante du Seigneur !

Essayons d’imaginer à quoi ressemblerait une église – un temple – qui satisferait aux critères d’une foi protestante d’avant-garde. D’abord, en vertu du principe du « sacerdoce universel des croyants », il n’y aurait plus ce chœur. Car, pour le christianisme d’avant la Réforme, le chœur était l’équivalent du lieu très saint dans le temple : un espace interdit au commun des fidèles et réservé au seul clergé. Mais supposons que malgré tout nous décidions de garder le chœur – ce que les protestants de Corsier ont décidé – il faudrait alors apporter un certain nombre de mises en garde. La première porterait sur la vision du monde qu’il représente : les anges, le Christ en gloire, le triomphe de l’Agneau, l’unité des 4 Evangiles… Tout cela, pour le protestant qui se veut de son temps serait à grandement expliciter. Certains utiliseraient même le mot savant de « démythologisation ». En effet, comment peut-on croire en notre époque héritière des Lumières, qu’il existerait cette sorte de monde invisible dont les représentations de ce chœur sont le signe ? La science se limite à l’étude rationnelle des phénomènes ; les anges, Agneau, dragon ne franchiront donc jamais le seuil de nos laboratoires ni ne se plieront à la mise en éprouvette. Le protestant éclairé et qui ne veut pas basculer dans l’agnosticisme dira donc que tout cela n’est que symbole. Et comme le grand philosophe protestant Paul Ricoeur l’a écrit : « le symbole donne à penser ». Mais donne-t-il à croire ? Le résultat est que si nous devions construire un temple à Corsier selon cette logique moderne, nous risquerions de bâtir un lieu sans y inclure un chœur tel que vous l’avez devant vous. On garderait peut-être quelques photos à titre de souvenir d’une époque révolue, ou alors par souci du patrimoine on maintiendrait les lieux en l’état mais comme une sorte de musée des croyances révolues. Les plus iconoclastes (ce qui est assez protestant) raseraient cet espace en le justifiant de nombreux arguments théologico-philosophiques.

Conclusion : le protestant éclairé n’a pas besoin d’espace sacré, n’a pas besoin d’une vision mythique de l’univers, n’a pas besoin d’un Dieu trônant dans le ciel et jugeant la création (même si le juge est aussi doux qu’un agneau); il refuse de réduire l’abyssale question du mal à l’image naïve d’un dragon piétiné par l’Eglise !

Malheureusement le protestant éclairé risque aussi de ne pas prendre la parole de Dieu au sérieux, ce qui pour un adepte du « sola scriptura » est pour le moins étonnant. Au travers de nos trois lectures, je voudrais dire pourquoi le chœur de Corsier est un témoignage puissant en faveur d’une vision des choses qui, si elle n’est pas moderne, n’en demeure pas moins profondément biblique et fidèle à la Bonne Nouvelle.

Le temple (que ce soit celui de la Bible ou celui où nous sommes) est un lieu de victoire. Dire cela c’est aussi en même temps souligner que pour les croyants de tous les temps, la fidélité au Seigneur suppose un combat et une résistance. Il y a des adversaires et il y a surtout UN adversaire, le malin. Ce dragon représenté vaincu sur le vitrail du chœur.

Le lieu du temple, l’édifice en lui-même n’a rien de sacré. Cela évidemment plait au protestant que je suis. Pour la Bible, Dieu ne sacralise pas les pierres et peu importe que le temple d’Esdras soit moins splendide que celui de Salomon. Jésus aussi ne se laissera pas impressionner par le « bling bling » du temple d’Hérode. Ce qui importe, c’est la rencontre avec le Seigneur, c’est d’être édifié sur la « pierre de fondation » qu’est Jésus. Le chœur du temple, même si en français on l’écrit avec un H, nous rappelle que le Seigneur ne veut pas que nous restions sur le seuil, ni même assis dans les bancs de la nef, mais que nous le rencontrions dans le cœur à cœur du chœur ! Et quel message puissant que la table de la Cène soit placée au cœur du chœur.

Ce cœur à cœur n’a rien d’une religion sentimentale. Ce qui est représenté dans ce chœur (anges, évangélistes, Agneau vainqueur) n’est pas uniquement symbolique même si ce ne sont encore que des images. Paul nous proposerait de voir tout cela comme un reflet des réalités éternelles. Mais – nous le savons – un reflet n’est pas une fiction sinon nous renoncerions à nous faire beau devant le miroir. Ce que ce chœur rappelle à notre génération désenchantée, incrédule, soumise au mal et à la mort, c’est qu’il existe un royaume de Dieu, c’est que Dieu est Seigneur, que Jésus est vainqueur, que l’Esprit est le Consolateur. Ceux qui ont construit cette église et décoré ce chœur croyaient réellement à cela. Cette foi enracinée en Dieu et dans sa Parole n’est pas une foi révolue, celle du Moyen Age que la Réforme et la Modernité seraient venues corriger. Au contraire, c’est plutôt notre relativisme protestant, notre agnosticisme intellectuel se prétendant rationnel qu’il s’agit de questionner.

Petite conclusion très pratique : nous allons prendre un chant de louange (JEM 519 A l’Agneau de Dieu soit la gloire). Je vous invite à deux choses…

  1. Pendant le chant, venez déambuler dans le chœur. Approchez de ces réalités éternelles auxquelles nous serons bientôt associés quand le Royaume de Dieu viendra dans toute sa plénitude.
  2. Et si vous restez à votre place, levez les mains en chantant. Ce geste n’est pas réservé à ceux que l’on qualifie de charismatique, mais exprime qu’au-dessus de nous mais aussi tout autour de nous, Dieu est présent et règne. Lever les mains est aussi un geste lourd de sens dans notre monde et dans nos églises qui ne croient plus au ciel.

Pasteur David BOUILLON (UNEPREF), professeur de théologie pratique à la HET-PRO (St-Légier)

Prédication apportée le dimanche 4 mars 2018

Se réincarner ou ressusciter avec Christ ?

Pierre-Yves Paquier se positionne ici très clairement par rapport à la réincarnation à la lumière de l’Evangile. Voyez plutôt !

– Il était mort, il est ressuscité !

Etes-vous conscients, chers paroissiens et auditeurs, qu’une personne sur quatre préfèrerait sans doute m’entendre dire:

– Il était mort, il s’est réincarné !

3 exemples:

Un ami me confiait l’autre jour: – « J’ai de la peine à admettre la résurrection; l’idée de réincarnation me paraît plus abordable ! » 

Des jeunes renchérissaient: – « Au rancart ces vieilles conceptions bibliques, on a certainement plusieurs vies pour s’en sortir !! »

Enfin, un reportage récent affirmait que de plus en plus de gens se font soigner par des thérapies basées sur la réincarnation et sur les vies antérieures. Cela s’appelle la régression.

L’actrice Shirley Mac Laine par exemple prétend qu’elle a vécu 140 fois !

C’est vrai qu’ils sont très nombreux aujourd’hui à être séduits par cette théorie orientale. Beaucoup ont tant de mal à penser que leur vie prendra fin et qu’ils devront mourir un jour, qu’ils préfèrent envisager des «prolongations»…  C’est peut-être un leurre, mais ils ont l’impression que ça leur permet de mieux supporter maladies, drames et injustices de cette terre. 

Ce décor moderniste posé, que faut-il croire, chers amis ? 

Doit-on entrer là-dedans puisque c’est à la mode ? Serait-ce compatible avec l’Evangile, bien que la confession de foi de tout à l’heure parle d’une vie éternelle et non d’un cycle de vies ?  

Pour nous faire une idée, c’est avant tout sur la personne de Jésus-Christ que je voudrais fixer votre attention.

Rejoignons-le en un lieu précis; c’est un endroit où la mort a toujours raison!  Jésus est avec une femme, Marthe, et celle-ci lui fait des reproches à propos d’un certain Lazare. 

– Maître, Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort !

Imaginons maintenant ce qui aurait pu suivre…

Oui, imaginons le Christ posant sa main sur Marthe et disant:

– Allons, calme-toi, tout n’est pas fini, l’âme de ton frère trouvera un autre corps pour une autre vie: tout va continuer ! 

Marthe aurait dû se contenter de cela, et Jésus aurait pris congé.

Ah! et puis j’y pense : il y a cet épisode sur une colline.

2 terroristes d’il y a 2000 ans hèlent ce crucifié épinglé par les Romains. Ca sent la peur, ça sent la fin. Soudain, l’un d’eux, taraudé par ce qui l’attend de l’autre côté, interpelle Jésus. 

Dans le silence du Calvaire, imaginons alors cette réponse:

– Ne t’en fais pas, mon vieux, tu as encore 5 ou 6 existences pour te racheter: ce n’est qu’un mauvais moment à passer !!

Eh! bien le brigand serait mort, désabusé, bien loin du nirvana.

Mes amis, est-ce à cela que près d’un Européen sur 4 veut croire ? Est-ce là votre espérance ?  Est-ce là ce qui a pu transformer les disciples, sidérés qu’un tombeau fût trouvé vide à Jérusalem: un vague sentiment que tout recommence indéfiniment…?  Non.

Ce qui les a changés, c’est d’avoir revu un Vivant !

« Tout le monde se réincarne parce que tout le monde est frustré » ai-je lu. Or cette frustration, seul Jésus-Christ peut la transformer.

Il y a une vie après cette vie, mais ce n’est pas le cycle infernal imaginé par les mystiques orientaux ! 

Vous savez, l’âme survivrait – soi-disant – pour expier les fautes d’une vie précédente: elle pourrait se loger successivement dans une plante, un animal puis dans une catégorie d’être humain…  

Tout cela, pour garder l’illusion qu’on ne disparaît pas et qu’on peut se sauver par paliers, sans jamais savoir ce qui nous attend. 

La foi chrétienne dit tout autre chose :  que le Christ est venu nous rejoindre pour ne pas nous laisser seuls ; qu’il a tout donné et triomphé de la mort, pour que la perspective de ressusciter un jour nous tire en avant et nous fasse aimer la vie !   

Voilà la bonne nouvelle de Pâques, la certitude venue jusqu’à Marthe, au brigand, jusqu’à ce monde triste, jusqu’à nous !

Et Christ a joint les actes à la parole:

– « Marthe, ton frère va se relever de la mort ! » Et il le ressuscite.

Au brigand condamné: – « Tu peux me croire, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ! »  Pensez-vous que le Fils de Dieu aurait dit des balivernes juste avant de mourir ?

Contrairement à Bouddha, notre Seigneur est ressuscité corporellement à son tour. Il s’est fait voir pendant 40 jours…  

C’est quelque chose de fou, de grand, d’authentique. 

Une certitude à côté de laquelle la réincarnation fait pâle figure. Par la résurrection, la porte de la présence divine nous est définitivement ouverte: quelle joie !

Dans un vieux cimetière allemand se trouvait une tombe assez bizarre: c’était celle d’une comtesse qui se vantait qu’il n’y avait plus rien après la mort. Pourtant, dans ses dernières volontés, elle avait demandé qu’on couvre son tombeau d’une épaisse dalle de granit, maintenue à une bordure par des crampons de fer. On y lisait : DEFENSE D’OUVRIR CETTE TOMBE !

Mais voici qu’une graine de printemps, emportée par le vent, vint se loger entre la bordure et la dalle. Personne ne vit rien, personne n’arracha la pousse qui devint arbre. A tel point qu’en grandissant, il fit céder les crampons et brisa la pierre tombale…

Chers amis, que la résurrection heurte ou non votre raison, le fait est qu’une graine peut suffire pour ouvrir le tombeau d’une comtesse. Une parole de Dieu suffira aussi un jour pour tirer de la poussière son être qui ressuscitera. Et le vôtre aussi. 

Tout est là : quelle superbe perspective la résurrection donne au croyant; mais quelle raison de trembler pour l’incroyant ! 

Oui, Jésus rend la vie, mais l’as-tu reçu dans ton jardin secret ?

Un problème bien réel demeure : pour nos contemporains cette résurrection n’est pas évidente à concevoir, elle défie l’entendement : peut-être est-ce votre cas aussi au bout des ondes…

Il y a 19 siècles, à Athènes, cela divisait déjà les esprits. Ecoutez:

«A ces mots de résurrection des morts, les uns se moquèrent, les autres déclarèrent : – Nous t’entendrons là-dessus une autre fois. Certains pourtant crurent…» (Actes 17/32+34).

«Les uns se moquaient de Paul».  Ben voyons ! Comment prendre au sérieux un scoop aussi ahurissant. Logiquement (et les Grecs s’y connaissaient en logique), c’est impensable.

«Pour d’autres,  on verra ça une autre fois». Là, ce n’est pas à proprement parler un refus, mais une façon d’éluder la question. Il faudrait en reparler, mais on a le temps:  – « laissez-nous vivre et nous éclater avant de penser à cela ! »

«Certains pourtant devinrent croyants». J’aime ce pourtant. Il est respectueux des autres positions.  Il signifie que des hommes et des femmes d’il y a 2000 ans ont été convaincus que le Christ était bel et bien revenu à la vie, et que ça les touchait.

Ce matin, je vous demande : Où vous situez-vous ?

Parmi les moqueurs ?  Vous pouvez en rire, ça ne change rien à l’affaire: ce ressuscité nous jugera un jour.

Ou êtes-vous de ceux qui remettent ça à plus tard ? Tu sens bien que ta vie ne peut se limiter à quelques dizaines d’années. Tu réalises qu’une conception purement matérielle de l’existence ne suffit pas. Mais pour l’heure tu as d’autres choses en tête, tu n’as pas envie de parler de ça. Dommage !  

Parce que, tu sais, l’espérance de la résurrection ne se résume pas à une espérance d’accueil après la mort; mais c’est d’abord la joie de savoir Quelqu’un avec toi tous les jours…

Le cadeau de te sentir aimé, rejoint, compris, là où tu en es. Alors, n’attends pas trop longtemps! 

Enfin, 3ème possibilité : tu y crois, toi aussi… Comme à Athènes, Denys, Damaris et d’autres, tu as saisi la vie et l’immense espérance qui viennent du Ressuscité.  

Alors, heureux es-tu, si tu n’as pas besoin de tout savoir sur la vie et sur la mort, de tout comprendre, pour faire confiance à Celui qui s’offre pour être ton chemin, ta vérité et ta vie !   L’important n’est pas de connaître le pays où l’on va, mais d’avoir le bon guide

Mes chers amis, Lazare était mort et enterré: ; Christ lui a rendu la vie. Mais il y a plus : non seulement Dieu ressuscite les morts, mais il peut changer la destinée des vivants, de ceux et celles qui, un jour, l’appellent et lui font confiance !

Ce n’est pas d’un meilleur karma que vous avez besoin, qui que vous soyez, mais d’un Sauveur vivant à vos côtés; car le salut ne s’obtient pas en sautant d’une existence à l’autre, mais en se liant d’amitié ici-bas avec celui qui a dit:

« Quiconque croit en moi vivra, même s’il doit mourir un jour« !

Telle est la Parole de Dieu, bien différente des idées à la mode.

Voilà, ce message n’est sans doute pas plus populaire qu’il y a 2000 ans à Athènes, mais c’est la vérité. Une vérité que l’ancien athée André Frossard faisait miroiter ainsi à Bernard Pivot : 

 » Par hygiène, je pratique le golf (18 trous), 

et par passion, la foi chrétienne qui, elle, 

se joue sur 1 seul trou… 

Avec Jésus-Christ passé par là, je suis sûr de mon affaire ! »

                       Amen

Lectures bibliques :

Luc 23 v39-43

Jean 11 v17-27

Actes 17 v27b-34

Pierre-Yves Paquier, pasteur

Etonnez-vous !

Face au Ressuscité, nous dit Luc Badoux, nous courons deux risques : ne pas croire… ou ne pas nous étonner. A la suite de l’évangile de Luc et de G.F. Handel, il nous invite à redécouvrir l’inouï de la résurrection !

A l’adolescence, j’ai appris une phrase qui m’est restée. Ma maman avait eu la bonne idée de la coller sur une porte, la porte que j’ouvrais le plus souvent : la porte du frigo ! Cette phrase est de St Exupéry : « Tout est dur quand on perd le goût de Dieu. » Oui, j’ai gardé cette phrase. A tous les parents qui cherchent à faire passer un message à leurs adolescents, je ne peux que dire : « Essayez le frigo ! ». 

A force donc d’ouvrir le frigo, je suis devenu pasteur, convaincu que le goût de Dieu, c’est précieux. Ce goût de Dieu, comment le trouver? Comment ne pas le perdre ? Comment ne pas le perdre quand on souffre ou au contraire quand le confort et la facilité nous endorment ? A chacun pour soi-même de répondre à cette question. Mais en ce dimanche après Pâques je vous propose de le faire à la lumière du texte de l’évangile de Luc que nous venons d’entendre : Luc 24.36-48.

Jésus se présente au milieu de ses disciples qui deux jours plus tôt l’ont vu mourir. Il leur dit « La paix soit avec vous. » Mais sa présence produit l’effet inverse. Plutôt que de se retrouver apaisés, ils sont paniqués, saisis de crainte et même de terreur, nous dit Luc. Pour la paix, ça paraît raté. Sauf, sauf, si c’est le point de départ de tout un cheminement. 

On constate en effet, dans nos vies, qu’à l’origine de la foi en Dieu ou d’un approfondissement de notre foi, il y a souvent un moment où on a eu peur, une situation difficile, un manque.
Les situations de manque ou d’épreuve nous rendent réceptifs à Dieu. Elles lui permettent de manifester qui il est. Elles permettent au Christ de nous apporter la paix, la consolation ou une nouvelle manière d’envisager notre vie. C’est précisément ce qui se passe pour les disciples saisis de frayeur et de doutes. 

Mais, pour être gagnés par la paix, il faut qu’ils participent. C’est pourquoi Jésus les interpelle: « Regardez mes mains et mes pieds. Plutôt que de rester dans la peur et dans les doutes, approchez-vous, touchez-moi, éprouvez la réalité de ce que je vous dis. Ne restez pas à distance à ne pas savoir si je suis un fantôme. » 

Jésus a besoin que nous prenions sa résurrection au sérieux et, si nécessaire, que nous vérifiions si ça nous paraît vrai. 

A ses disciples, Jésus propose même de manger quelque chose devant eux. Ils lui donnent alors un morceau de poisson grillé. Il le mange. C’est à ce moment que la frayeur des disciples tourne en joie et en étonnement. Ils n’ont pas encore passé à la foi, mais déjà de la peur à la joie et du doute à l’étonnement. 

C’est un moment décisif. Les moments où l’on peut s’étonner de ce que Dieu a fait sont des moments privilégiés. J’espère que vous en avez connus ou que vous allez en connaître. 

Ça me rappelle une de ces merveilleuses histoires juives qui rapporte qu’au moment où Dieu créa le monde, quatre anges s’approchèrent de lui.
Le premier demanda : « Comment t’y prends-tu ? »
Le deuxième continua en lui disant : « Pourquoi fais-tu cela ? » 

Le troisième enchaîna : « A quoi ça va servir ? »
Le premier était un scientifique, le deuxième un philosophe, le troisième un agent immobilier.
Le quatrième ange observait la scène de la création du monde avec étonnement ; il se mit, lui, à applaudir. 

Devant la résurrection de Jésus, nous sommes souvent comme les trois premiers anges. Il y a en nous un peu de ces différentes questions qui se bousculent. Beaucoup sont comme le scientifique : pour croire au ressuscité, ils veulent savoir comment Dieu s’y est pris. Ils aimeraient qu’on leur démontre que c’est possible. D’autres tiennent davantage du philosophe : pourquoi Dieu aurait-il fait cela ? Est-ce bien raisonnable ? Et puis il y a l’agent immobilier : à quoi ça va servir ? On va les mettre où tous ces ressuscités ? 

J’ai une prière pour nous tous ce matin, pour tous ceux qui veulent avoir en eux le goût de Dieu. Ma prière, c’est qu’il y ait en nous quelque chose du quatrième ange ; cet ange qui s’étonne avant tout, cet ange qui s’émerveille et applaudit devant la résurrection.
Que ce matin soit un temps pour s’étonner devant le Ressuscité. Pour la plupart d’entre nous, nous avons baigné dans une culture chrétienne, nous avons entendu dès l’enfance qu’après sa mort Jésus était ressuscité. Si bien qu’à l’annonce de la résurrection, nous courons deux risques : celui de ne pas croire, mais aussi celui de ne pas nous étonner. Quelle tristesse si la résurrection n’éveille en nous ni étonnement, ni applaudissement. L’Evangile risque alors fort de ne provoquer en nous ni espérance, ni changement de regard sur la vie. 

Les disciples, après avoir été effrayés et incrédules, après avoir été un peu le scientifique, le philosophe et l’agent immobilier, se sont laissés gagner par la joie et l’étonnement. Ils ont été lents à croire, mais ils se sont étonnés.
Attention, s’étonner n’est pas tout. Pour les conduire à la foi et les amener à annoncer sa résurrection au monde, Jésus leur fait franchir encore une étape. Il leur rappelle tout ce qu’il leur a annoncé. Luc nous dit qu’il leur ouvre l’intelligence. Cela nous est décrit comme étant tout un travail. Cela passe par un plongeon dans les Ecritures. Jésus leur explique que ce qui lui arrivé est annoncé dans les livres des prophètes, Esaïe, Jérémie, Zacharie et dans les psaumes. Il explique que sa passion et sa résurrection, c’est l’aboutissement de l’œuvre de Dieu, c’est comme un fruit qui a longtemps mûri, comme une fleur qui éclôt après des mois de préparation. La résurrection n’est pas un événement isolé mais l’aboutissement de l’action de Dieu qui a toujours voulu que la vie triomphe de la mort et que le bien triomphe du mal. C’est par cette immersion dans les textes bibliques que les disciples passent de l’étonnement à une foi construite et solide. Il a fallu que leur foi soit solide pour se laisser envoyer par Jésus comme témoin de sa résurrection devant toutes les nations. Eux qui se cachaient, qui ont conçu non seulement de la peur mais une véritable frayeur devant le Ressuscité, ils vont aller au devant des nations pour témoigner de sa résurrection. 

Il y a trois semaines j’étais à Dehli en Inde avec des collègues pasteurs. On y a notamment rencontré l’évêque de l’Eglise Mar Thomas. Il fait remonter les débuts de leur communauté à l’an 52 après Jésus et au témoignage de l’apôtre Thomas. Vous savez, Thomas, celui des douze qui ne voulait pas croire en la résurrection de Jésus tant qu’il n’aurait pas vu la marque des clous dans ses mains. Apparemment, lorsque Jésus est venu à sa rencontre, l’étonnement et le bouleversement de Thomas ont été assez profonds et sa foi assez solide pour qu’il aille ensuite jusqu’en Inde annoncer qu’en Jésus la vie était plus forte que la mort. Et cela fait 1960 ans que des Indiens, génération après génération, et de plus en plus aujourd’hui, s’étonnent et applaudissent le Ressuscité avant de s’en faire les témoins. 

J’ai aussi découvert récemment la vie de Haendel, le compositeur de musique classique. Haendel avait un caractère prompt. C’est dit poliment. En français courant, il était insupportable, il s’emportait contre les chanteurs qui ne respectaient pas ses consignes. Il mangeait, buvait beaucoup trop. Il avait sûrement des qualités, mais à Londres où il a vécu la deuxième partie de sa vie, on l’appelait le « gros ours ». Et je ne crois pas que c’était un compliment. 

A l’été 1741, Haendel se sent déprimé, fini. Il s’est relevé d’une attaque cérébrale qui l’avait frappé quatre ans plus tôt, mais il ne parvient plus à composer. Il a perdu sa créativité. En revenant de promenade un soir, il découvre le livret qu’un poète lui a laissé, lui proposant d’en faire un oratorio. Un oratorio, c’est une histoire tirée de la Bible et racontée par un choeur. C’est un opéra sans costumes ni décors. Le livret en question cite le prophète Esaïe qui annonce la naissance, la passion puis le relèvement du Messie. 

La lecture de ces textes opère une œuvre profonde en Haendel. L’abattement qui était le sien fait place à l’étonnement puis à l’émerveillement quand il saisit que ce qu’Esaïe annonce 700 ans à l’avance, c’est ce que Dieu a fait en Jésus. Cet état d’émerveillement dure trois bonnes semaines. Haendel ne mange et ne dort quasiment plus. Il compose. Cela fait quatre ans qu’il ne crée plus rien et là, en 25 jours, porté par les paroles d’Esaïe, il compose le Messie avec ses airs devenus immensément célèbres : « For unto us a child is born » = « Un enfant nous est né » ; autre air connu et toujours en anglais : « He shall feed his flock »  = « Il fera paître son troupeau ». 

L’auditeur est ainsi conduit dans la vie de Jésus jusqu’à sa passion puis à l’exultation du célèbre Alléluia. C’est l’étonnement à son comble. « He shall reign for ever and ever. King of kings and Lord of lords » = « Il règnera pour toujours. Roi des rois, Seigneur des seigneurs ». Cet Alléluia, c’est la manière de Haendel d’applaudir à la résurrection. Ensuite Haendel nous fait redescendre de cet Alléluia sonore avec un air très doux qui porte cette confession de foi : « Je sais que mon Rédempteur est vivant ». Haendel s’est d’abord trouvé étonné, surpris à la lecture des textes bibliques. Puis il a été comme emporté par le message de l’Evangile et de la résurrection. Il a applaudi à sa manière, en composant la musique. Il a cru et il s’est fait le témoin du Christ ressuscité. 

À la première représentation du Messie, à Londres, le roi George II, lointain ancêtre d’un petit George fils de William et Kate, s’est levé pendant le chant de l’Alléluia. Personne n’a su pourquoi il le faisait, mais tout le monde a suivi son exemple. La tradition veut aujourd’hui encore que l’auditoire se lève pour cet Alléluia. Ce peut être vécu comme une manière de saluer ou d’applaudir l’œuvre de Dieu dans la résurrection. 

Déjà de son vivant, Haendel s’est trouvé mondialement connu pour cette œuvre. Mais pour en parler, il a dit « Dieu m’a rendu visite ». Et il lui a paru naturel que les profits considérables de son œuvre soient distribués aux prisonniers, aux orphelins et aux malades. Pour parler de la découverte qu’il avait faite, il a dit : « J’ai été moi-même très malade et je suis maintenant guéri. J’étais prisonnier et j’ai été délivré. » 

Dieu lui a rendu visite. Comme Jésus a rendu visite à Thomas qui, dans sa stupéfaction, s’est exclamé « Mon Seigneur et mon Dieu ». Comme il veut nous rendre visite à nous qui ne sommes sûrement pas plus incrédules que Thomas, nous qui n’avons pas pire caractère que Haendel. 

« Engagez-vous ! » disaient les Romains aux recrues potentielles. 

« Indignez-vous ! » dit le philosophe Stéphane Hessel en regardant le monde. 

Et moi, au nom de l’Evangile, je vous dis : « Etonnez-vous ! L’incroyable s’est produit. Que vous ayez de la facilité ou de la difficulté à croire, étonnez-vous. » C’est l’entrée du chemin de la foi, du chemin de la louange et de l’espérance. C’est souvent en s’étonnant devant la beauté de la création, devant l’œuvre du Dieu Créateur que vient le goût de Dieu. Pour Haendel, c’est en s’étonnant devant le Dieu Sauveur et la résurrection de Jésus que le goût de Dieu est revenu. C’est à partir de son étonnement qu’a grandi en lui l’envie de témoigner du Ressuscité, de la vie plus forte que la mort. C’est ainsi que lui est venue l’envie d’applaudir à la résurrection. 

Chers amis, je vous invite à vous étonner devant la résurrection et à applaudir le Ressuscité. Amen 

Prédication prononcée par Luc Badoux à La Vallée de Joux, dimanche 1er mai 2011.

Les trois lectures bibliques étaient :

Esaïe 52.13 – 53.3 + 53.8-10 ; I Pierre 1.3-5 + 10-11 ; Luc 24.36-48.

Il vit et il crut !

PREDICATION DE PAQUES par Bertrand Amaudruz :

« Il vit et il crut » Jean 20/1-8 

Une foule crie : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » 

Puis la même foule, manipulée : « Crucifie! A mort! »
Des bruits de troupe, bardée de métal, des enfants qui crient, trahison et fuite.

Jésus arrêté, torturé, crucifié. 

Quelques femmes et Jean restent et pleurent. Ils entendent un grand cri : « Pourquoi? » 

Ténèbres, la terre tremble, des morts ramenés à la vie et le silence. 

Le reste des disciples, volatilisés et comme terrés; ils sont paumés ; ils ne comprennent plus ni le sens des paroles de leur Maître ni la fin violente pourtant annoncée. Qui avons- nous suivi? 

Pourquoi lui et pas un autre? 

Avant ces événements, il y en avait eu un autre, essentiel : la réanimation de Lazare, ami de Jésus. Ses soeurs étaient venues en hâte le chercher après le décès de leur frère. Arrivés au tombeau, Jésus avait crié fortement : « Lazare, sors! » 

Lazare arrive à l’entrée du tombeau; Jésus ordonne : « Déliez-le ! ».
A titre d’information les Juifs n’embaumaient pas leurs défunts comme le faisaient les Egyptiens pour leurs célébrités; les Juifs faisaient la toilette du corps. 

Les produits amenés par Joseph d’Arimathée soulignent sa déférence envers le Seigneur: le corps était enveloppé d’un linceul et les linges funéraires étaient enroulés autour de la tête et autour du thorax, avec les bras sur celui-ci ou le long du corps, enfin le dernier sur les chevilles. 

« Il vit et il crut. »
Marie de Magdala arrivant au tombeau est choquée de l’absence du corps de son Seigneur. Des anges lui demandent : « Pourquoi pleures-tu? » Elle voit un homme, un jardinier pense-t-elle, et lui demande : « On a enlevé mon Seigneur, sais-tu où on l’a mis? » « Marie! » lui dit l’homme d’un ton particulier qu’elle devait connaître; sans être remise de ses émotions elle court vers les disciples pour leur annoncer « J’ai vu le Seigneur! »
Les disciples de la première visite du Seigneur dans la maison cadenassée voient une personne se matérialiser devant eux; ils ont un premier mouvement de recul mais Jésus les rassure, leur montre les traces de ses plaies. 

A la seconde visite de leur Maître, toujours dans la maison fermée, il leur donne des signes de sa double réalité et devant la difficulté de Thomas, Jésus lui dit: « Tu veux voir, tu veux toucher? » Humilié et ébloui, celui-ci tombe à genoux. 

Pour les pèlerins d’Emmaüs, il fait route avec eux et lorsqu’il rompt le pain, ils le reconnaissent.
Puis il apparaît à Pierre, à Jacques, à 500 disciples à la fois, à Saul de Tarse de manière foudroyante et à tant de personnes dans toute l’histoire de l’Eglise de toujours. 

Revenons à Pierre et Jean:
Informés par Marie de Magdala, ils accourent au tombeau. Pierre regarde dedans et ne semble rien dire, Jean s’avance ; « il vit…et il crut ». 

Qu’a-t-il donc vu? Et qu’a-t-il donc cru?
Et depuis quand la foi s’éveille-t-elle à ce que l’on voit ?
Si les linges funéraires avaient été bien rangés sur la tablette, qu’aurait-il pu croire?
Et si les linges avaient été jetés à terre, qu’aurait-il pu croire?
Lors de l’épisode de la réanimation de Lazare, Jean était là en témoin direct et il a soigneusement observé comment cela s’est passé:
une fois le tombeau ouvert et Lazare sorti, Jésus a dit : « Déliez-le !». 

Alors quelque temps plus tard, devant le tombeau du Christ, qu’a donc vu Jean?
Il a vu les linges funéraires et le linceul à la place exacte où ils avaient été appliqués au corps de Jésus, donc non défaits ni rangés (comme je l’ai entendu prêcher quelques fois). 

Il est vrai que ce passage est difficile à traduire. Je me réfère sur ce point à une étude très fouillée du professeur André Feuillet dans la revue théologique Hokhma (No 7). Jean a vu des linges et linceuls simplement affaissés, vides. 

Cet homme, très proche du Christ et fidèle lors de la crucifixion, d’une intuition plus sensible, put croire que Jésus était entré dans un autre registre de vie.
Le ressuscité, dès lors, jouera de ce double mode d’être avec ses disciples jusqu’à l’Ascension et au-delà selon son mode d’être toujours très proche. 

Ainsi, l’intention de Jésus a été de faire constater à ses disciples un certain nombre de faits et l’apôtre Jean en parle d’une manière très touchante dans sa première épitre (ch. 1, v. 1-6)
« Ce qui était dès le commencement,
ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du verbe de vie ;

et la vie s’est manifestée et nous avons vu et nous rendons témoignage et nous annonçons la vie éternelle qui était tournée vers le Père
et s’est manifestée à nous ».


Ce qui soutient notre foi est le témoignage de ces témoins de première main. C’est aussi que le Seigneur s’est plié à leurs limites et les a poussés à constater les faits pour passer de la peur à la joie afin de proclamer la Bonne Nouvelle.
Il est de bon ton aujourd’hui de dire, en Suisse romande, que les disciples ont « vu Jésus par la foi » ; j’ajoute : foi qu’ils n’avaient pas! Or les textes sont clairs et disent tout autre chose, à savoir que ces hommes et ces femmes ont été amenés à constater… ( « Touchez-moi, donnez-moi à manger ! » ). 

Et finalement, c’est en faisant coïncider les prophéties de l’Ecriture au sujet de ce qui est arrivé au Christ qu’ils ont reçu la foi pascale.
Quant à nous, qui avons pris au sérieux ces témoignages de première main; nous, témoins de seconde main, sommes illuminés par le même Saint-Esprit. Quel que soit le point où nous en sommes, Il nous rejoint au moment favorable. Cette amitié avec Jésus n’est pas une suite d’efforts mais de désir, de courage et de consentement. 

Belles Pâques et bonne route ! 

Pèlerins avec Christ

Méditation de Martin Hoegger

Le pèlerinage, ça marche de nouveau aujourd’hui !

Depuis une trentaine d’années on s’est remis à marcher sur les vieux chemins de pèlerinage en Europe.

Votre serviteur est un de ces pèlerins. Il y a quelques années j’ai traversé la Suisse et l’Espagne en compagnie de deux amis prêtres, sur les traces du chemin de Saint Jacques de Compostelle.

Actuellement avec ma femme Chantal, nous faisons chaque année quelques étapes sur la Via Francigena, en direction de Rome. (Voir ici le petit reportage à notre sujet )

Vous pouvez écouter cette méditation en cliquant ici !

Mais le peuple de Dieu marche depuis toujours. Pour les fêtes du Seigneur, les tribus d’Israël montaient à Jérusalem. Le peuple juif le fait toujours aujourd’hui.

Qu’est-ce qui attire tant dans le pèlerinage ? C’est qu’il allie la vertu de la marche à la découverte de la beauté du monde ; l’effort physique à la démarche spirituelle ; la convivialité humaine à la communion divine.

Le pèlerinage forme une ellipse, avec quatre étapes : le départ, comme séparation du monde ; la marche, comme chemin intérieur ; le but, comme rencontre avec Dieu; le retour à la maison, après avoir vécu une transformation.

Un symbole de la vie chrétienne

En fait le pèlerinage est un symbole de la vie.

Et de la vie en Christ en particulier.

C’est ce qu’a compris l’auteur de la lettre aux Hébreux.

« Pour l’auteur d’Hébreux la vie chrétienne est un pèlerinage jusque dans la présence de Dieu. Toute l’épître tourne autour de l’idée de s’approcher et d’accéder à Dieu », écrit un spécialiste de cette lettre.[1]

Au chapitre onze, l’auteur a parlé des témoins de la foi de l’Ancienne Alliance avec les images du pèlerinage. Abraham et les autres témoins, étaient « étrangers et voyageurs sur cette terre…aspirant à une patrie meilleure, à une patrie céleste » (11,13-16).

Comme pèlerin, Abraham a quitté sa patrie pour une aller vers « une patrie meilleure », (11,15s). Le pèlerinage implique d’abord une séparation d’avec nos habitudes. Puis une destination.

Mais cette patrie meilleure n’est jamais atteinte ici-bas. C’est la « cité construite par Dieu » (11,10), c’est à dire la Jérusalem céleste que la cité de David ne faisait que préfigurer.

De plus sur ce chemin, les fidèles de l’Ancien Testament ont rencontré d’énormes difficultés physiques et spirituelles en chemin: le péché, la possibilité du martyre et la tentation d’abandonner (11,32-40).

Ainsi en ira-t-il de nous qui sommes leurs héritiers spirituels.

Nous avons également à nous détacher, à marcher vers une destination et à affronter les épreuves du pèlerinage.

Leur exemple de foi et de persévérance nous encourage.

Ils sont avec nous, spirituellement, alors que nous aussi avançons dans notre pèlerinage : « Nous avons autour de nous une telle nuée de témoins ». (12,1)

Le combat du pèlerin

On a souvent compris le début du chapitre 12 comme la course de l’athlète dans un stade, mais on peut aussi y voir l’image du pèlerin qui persévère sur son chemin en regardant au Christ, comme exemple de persévérance dans la souffrance. D’où la traduction : « Livrons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée » (12,1).[2]

Comment donc avancer dans cette épreuve du pèlerinage ?

L’auteur de l’épître propose quatre étapes sur ce chemin :

  • Simplifier notre vie
  • Persévérer et nous encourager les uns les autres
  • Se laisser éduquer et transformer
  • Regarder à Jésus

Arrêtons-nous un moment à chacune d’elles !

  • Simplifier notre vie

Un pèlerin ne s’alourdit pas de beaucoup de bagages.

Dans le film « Saint Jacques la Mecque », on voit une scène hilarante où un des pèlerins, au début, porte un immense sac, beaucoup trop lourd. Il est obligé de s’alléger.

Un sage vivait avec seulement quelques objets. Un de ses disciples venu de loin pour le consulter s’en étonne. Le sage lui dit : « pourquoi n’avez vous pas pris vos meubles avec vous ? ». – « Parce que je suis en voyage », lui répond-il ! « Eh bien moi aussi », dit le sage.

Il s’agit donc de simplifier sa vie, de rejeter tout ce qui alourdit notre marche : « Rejetez tout fardeau », dit le texte. Mais il ajoute « et le péché qui sait si bien nous entourer ».

C’est avant tout à un pèlerinage de sainteté auquel nous sommes appelés.

  • Persévérer

Devant l’épreuve le pèlerin est tenté d’abandonner en chemin.

C’est pourquoi l’auteur de la lettre nous appelle à « livrer avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée » (12,1)

Ailleurs il dit : « c’est de persévérance dont nous avons besoin » (Hébr 10,36).

Il y a quelques années nous avons reçu chez nous Thomas, un jeune qui parcourait la Via Francigena en vélo. Il était parti de Cantorbéry pour se rendre à Rome. Nous l’avions invité à rencontrer des jeunes chrétiens et à participer à une célébration œcuménique dans la cathédrale de Lausanne.

Plus tard il nous a écrit combien cela l’avait encouragé, car il était arrivé démoralisé chez nous et avait l’intention de retourner chez lui en Angleterre. D’ailleurs à Rome une grande surprise l’attendait : une rencontre avec le Seigneur !

« Encourageons-nous mutuellement, et cela d’autant plus que vous voyez le jour s’approcher » (Hébr 10,25)

  • Se laisser éduquer et transformer

Un pèlerinage nous éduque et nous transforme. C’est ce que dit notre texte : « C’est en fils que Dieu vous traite. Quel est en effet le fils que son père ne corrige pas » ? (12,7)

Le pèlerinage est une grande école de vie. Celui qui retourne chez lui n’est plus comme avant. Il a compris le sens de la vie et essaye désormais d’en vivre.

Ainsi en va-t-il dans la vie chrétienne : nous avançons dans la mesure où nous nous transformons.

Je me souviens du choc que j’ai perçu en arrivant à l’aéroport de Genève en revenant de Saint Jacques de Compostelle. J’étais frappé par l’agitation de ce lieu et par l’énervement des touristes. Alors que j’éprouvais en moi une grande paix !

Cette paix, je n’en doute pas, venait de la communion avec le Christ que j’avais vécue si fortement durant ce pèlerinage. Le fruit d’un pèlerinage est la paix et la justice (12,10-11). Il nous transforme pour ressembler de plus en plus à Jésus, le prince de la paix.

Ceci me conduit à la quatrième étape, la plus importante :

  • Regarder à Jésus

L’auteur nous invite à avancer dans notre pèlerinage « les regards fixés sur celui qui est l’initiateur de notre foi et qui la mène à son accomplissement, Jésus…Oui pensez à celui qui a enduré de la part des pécheurs une si grand opposition contre lui, afin de ne pas vous laisser accabler par le découragement » (12,2-3).

Jésus-Christ, selon lui, est en effet le pèlerin en chef, le premier qui a fait le voyage et donné un sens et une importance à celui-ci en tant que pèlerinage. 

Il est le précurseur qui prépare la voie, le pionnier ou le premier de cordée ouvrant une voie que d’autres peuvent suivre. Et il est aussi le perfectionneur qui termine ce qu’il a commencé en traversant les épreuves dans la confiance et l’amour.

Ressuscité il est avec nous tous les jours et prie sans cesse pour nous !

En lui, nous sommes fils dans le Fils. Or « le Fils et les fils marchent ensemble, associés et solidaires dans la même entreprise. Nous avons part au Christ » (3,14), comme un pasteur et son troupeau (13,20: « le grand berger des moutons »); ils forment un même et unique groupe de marche…Il trace la route, il l’a parcourue le premier, il l’inaugure et la consacre (10:19-20); les croyants n’ont qu’à le suivre pour pénétrer à leur tour dans le ciel », écrit C. Spicq dans son grand commentaire.[3]

ENVOI

Lors de la célébration au Centre œcuménique de Genève, le 21 juin dernier, le pape François a commenté l’injonction répétée deux fois de l’apôtre Paul à « marcher selon l’Esprit » (Gal 5,16,25). Et il a médité sur le sens du pèlerinage qui est le grand thème du Conseil œcuménique des Eglises (« Un pèlerinage de justice et de paix »)

« Marcher demande le souci des compagnons de voyage, car ce n’est qu’ensemble qu’on marche bien. Marcher exige une conversion de soi continue, sortir de soi et sa quiétude…Marcher ensemble, prier ensemble, travailler ensemble : voilà notre route principale. Il est déjà possible de marcher dès maintenant selon l’Esprit », a-t-il dit. (lire son commentaire ici)

Alors avançons ensemble en simplifiant notre vie, en persévérant et en nous encourageant mutuellement, en nous laissant transformer et, surtout, en regardant à Jésus qui nous a précédés sur ce chemin et qui nous accompagne en priant sans cesse pour nous !

Une prière

Nous sommes en marche vers toi, Seigneur,

Dans un pèlerinage de sainteté, de justice et de paix,

Et tu nous appelles à nous entraider,

A nous attendre et à témoigner de ta tendresse pour tous.

Sur ce long chemin, tu nous prépares un festin,

Une table dressée avec le pain et le vin.

En te donnant à nous, tu renouvelles nos forces

Pour vivre ta justice et ta paix avec tous.

Béni sois-tu, car déjà maintenant nous avons part

A la richesse et à la plénitude de ton Royaume.

Nous sommes en communion avec toi,

Le Père, le Fils et l’Esprit saint

Et avec toutes les forces du ciel.

C’est pourquoi, avant de nous approcher

Pour recevoir le pain et le vin du pèlerin

Nous avons besoin d’être simplifiés et libérés

dépoussiérés et pardonnés.

Nous avons besoin de ton pardon et de ta libération.

Oui, Seigneur, en ce moment de silence,

Viens toi-même nous visiter et nous renouveler !

Dossier sur le pèlerinage

[1] Voir C. Sims, You have come to Mount Zion : Pilgrimage in the Presence of God in the Epistle of Hebrews, Queen’s University, Belfast, 2008, p. 343. Cité en Gordon Cambell, Le pèlerin en chef et les pèlerins : la solidarité entre le Christ et ceux qui marchent à sa suite dans l’épître aux Hébreux. Revue Réformée, juillet 2018, No. 287, p. 44

[2] G. Campbell, art cit, p. 49-50

[3] L’Epître aux Hébreux, Paris, Gabalda, 1942, Vol I, p. 30

L’Eglise sourde et aveugle

Cette prédication du pasteur Willi Honegger offre un diagnostic bouleversant de l’Eglise d’Europe occidentale mais il ouvre aussi, dans la foulée du message d’Esaïe, une perspective pleine d’espérance.

Le « néanmoins » de la promesse de Dieu sur l’Eglise pitoyable et misérable 

La deuxième partie du livre d’Esaïe (chapitres 40 à 55) a été un réconfort pour moi au cours des trois dernières années, de façon toute particulière.

 La condition de la population y est décrite de manière impressionnante. Mais la promesse de Dieu, plus grande et plus puissante que n’importe quel effort humain, se trouve au-dessus de ce peuple de Dieu chancelant et près de mourir.

Nous allons regarder un passage d’Esaïe 42 ce matin, avec la confiance que nous y découvrirons l’état de l’Eglise et plus encore, que nous y expérimenterons la puissance de Dieu, qui rend les morts vivants.

Esaïe 42: 18-25 :

18Sourds, écoutez ! Aveugles, regardez et voyez !

19Qui est aveugle, sinon mon serviteur ? Qui est sourd comme le messager que j’envoie ? Qui est aveugle comme celui qui a trouvé la paix, aveugle comme le serviteur du SEIGNEUR ?

20Tu as vu beaucoup de choses, mais tu n’y as pas pris garde ; on a ouvert les oreilles, mais on n’a pas entendu.

21Le SEIGNEUR a pris plaisir, à cause de sa justice, à rendre la loi grande et magnifique.

22Et voilà un peuple pillé et dépouillé ! On les a tous pris au piège dans des fosses, cachés dans des maisons de détention ; ils ont été pillés, et il n’y a personne pour les délivrer ! ils sont dépouillés, et il n’y a personne pour dire : Restitue !

23Qui parmi vous prêtera l’oreille à cela ? Qui prêtera attention, pour écouter à l’avenir ?

24Qui a livré Jacob à ceux qui le dépouillent, et Israël aux pillards ? N’est-ce pas le SEIGNEUR, contre qui nous avons péché ? Ils n’ont pas voulu suivre ses voies et ils n’ont pas écouté sa loi.

25Aussi a-t-il versé sur Israël l’ardeur de sa colère et la violence de la guerre ; celle-ci l’a embrasé de toutes parts, et il n’a rien compris ; elle l’a dévoré, et il n’a pas réfléchi. ©Nouvelle Bible Segond

Face à de tels passages de l’Ancien Testament, le théologien se met habituellement à couvert: on parle ici d’une manière beaucoup trop tranchée, ce qui menacerait l’existence d’un employé de l’Eglise.

On peut entendre de telles analyses –  implacables – de l’état de l’Eglise tout au plus dans la bouche de pasteurs retraités, dont l’existence économique est assurée. Cependant, le deuxième Esaïe parle de cette façon au peuple de l’ancienne alliance, à son Israël!

Je veux explorer ces quatre thèmes :

1. L’Eglise sourde et aveugle

2. L’Eglise exploitée et pillée

3. L’aube commence

4. L’Eglise sous la Parole de Dieu

1) L’Eglise sourde et aveugle

Nous voulons maintenant prendre l’altitude la plus élevée possible (sinon ce qui est dit conduit aux plus grands malentendus): ce n’est pas l’Eglise paroissiale A, B ou C qui est au pilori, pas même telle ou telle Eglise d’Etat ; pas non plus la FEPS ni l’EKD.

Non, nous parlons de tout le protestantisme de l’Europe occidentale et de son histoire de dégradation, qui dure depuis 200 ans; de son infirmité due à la malnutrition; de son manque de circulation sanguine et d’approvisionnement en oxygène par la perte du grand héritage biblique.De sa négligence et de sa misère parce qu’il a laissé tomber la Bible, de sa douloureuse déception parce qu’il a soumis la Bible de son propre chef au rationalisme et au relativisme dégradants. Il a fait cela dans l’espoir désespéré que cela lui vaudrait l’affection de l’esprit de ce monde…Et maintenant, il s’asseoit pitoyablement au bord du chemin de l’histoire et s’étonne que ce Zeitgeist, par lequel il était encore autrefois courtisé, lui montre une épaule froide et le laisse tomber!

Oui, je veux parler de cet état général ce matin. Esaïe a quelque chose à nous dire ; son puissant message trouve parmi nous ses destinataires.

Cette péricope commence de manière frappante:

« Qui est aveugle, sinon mon serviteur ? Qui est sourd comme le messager que j’envoie ? Qui est aveugle comme celui qui a trouvé la paix, aveugle comme le serviteur du SEIGNEUR ?

Tu as vu beaucoup de choses, mais tu n’y as pas pris garde ; on a ouvert les oreilles, mais on n’a pas entendu. » (vv. 19-20)

Le «second Esaïe» a, je crois, deux façons d’utiliser le terme « Serviteur / Serviteur du Seigneur »: l’une est celle des chants dits du « Serviteur de Dieu » dont le Nouveau Testament témoigne à l’unanimité que Jésus-Christ est pré-photographié en eux. L’autre est le peuple d’Israël au moment du « second Esaïe ». Ici, c’est clairement le second usage.

Sourd est le peuple de Dieu : ce n’est pas une description flatteuse, que le prophète Esaïe choisit pour  introduction!

Oui, je sais: les experts en communication nous conseillent vivement de nous adresser aux gens uniquement  avec des messages positifs. Mais de grandes parties de la Bible ne s’y conforment pas: elles comptent sur le travail du Saint-Esprit,qui renouvelle  le cœur et transforme merveilleusement les sentiments – même si cela doit parfois être précédé de chocs.

Je me permets donc de nous livrer à tous la parole des Saintes Ecritures sans aucune restriction; sans me demander si notre estomac va l’apprécier mais en faisant confiance que Dieu suscite une vie nouvelle par son Esprit.

Non, il n’est vraiment pas nécessaire de faire passer la Bible par tous les processus de filtrage herméneutique possibles pour la rendre acceptable.

Sourd est le peuple de Dieu – sourd à la parole de Dieu! Je ne peux pas refuser ce diagnostic. Cela s’applique largement à l’état intérieur du protestantisme occidental: une grave déficience auditive à l’égard de la Bible est le moins qu’on puisse dire.

Non, ce n’est pas le monde éloigné de Dieu qui est à la racine de ce problème. L’Eglise elle-même a provoqué cette surdité:

il y a des pasteurs et des théologiens qui « enterrent » la Bible au profit de soi-disant messages positifs, que l’auditeur aime entendre. La Sainte Écriture devient alors un trésor qui offre des illustrations avec lequel la sagesse humaine est présentée.

Les paroissiens exigent avec ferveur des expériences spirituelles ainsi que des thèmes pertinents pour la vie. Ils ne se rendent pas compte que – ce faisant – ils veulent entendre plus de choses sur eux-mêmes et ne rien entendre de Dieu. Et leurs bergers découragés ne réagissent pas.

 Quand on lit au culte les textes bibliques sur l’I-Phone ou les tablettes, c’est cool ! Mais sait-on encore que chaque texte de l’Ancien Testament se trouve dans le même livre que le message de Jésus-Christ? Vous pouvez voir cela quand vous avez  toute la Bible dans vos mains!

(mais cet engouement pour  la numérisation n’est pas la cause, c’est un symptôme du problème – même si le symptôme est très visible !)

«Qui est aveugle sinon mon serviteur ?», voilà comment le Prophète confronte sa communauté.

Le nouveau protestantisme est presque complètement aveugle à la grande histoire de Dieu avec son humanité. Je parle de l’histoire biblique du salut,

le grand cadre dans lequel tout est intégré. Tout a commencé avec la création, la création du cosmos. Et tout conduit à la rédemption et à la perfection – à la venue de Jésus Christ en puissance et gloire, au nouveau ciel et à la nouvelle terre.

Si le prédicateur ne vit pas de cette image d’ensemble, sa prédication devient impuissante et mesquine: elle dégénère en une collection de sujets.

Elle se termine par des appels moraux et des commentaires contemporains ennuyeux. Et le même prédicateur ne devrait pas être surpris si sa communauté n’a plus qu’une image fatiguée et déiste de Dieu.

Il s’agit encore une fois du même mécanisme: la surdité comme l’aveuglement de l’Eglise a son origine dans son noyau le plus profond.

La surdité et l’aveuglement de la théologie se transfèrent à la communauté et au monde.

2) L’Eglise exploitée et pillée

Le choix des paroles du prophète devient encore plus percutant. Dramatique est l’image avec laquelle il compare le peuple de Dieu: « … voilà un peuple pillé et ravagé ; on les a tous séquestrés dans des fosses… cachés dans des cachots … voués au pillage… et il n’y a personne qui les sauve… Voués au ravage et personne ne dit: Restitue! »[cf. verset 22].

Le prophète compare le peuple de Dieu avec une caravane, qui est attaquée sur le chemin par les bédouins: tout est pillé, les gens sont bâillonnés et emprisonnés dans des terriers. Cependant, aucun membre de la famille ne s’en soucie, aucune action de secours n’est en marche, personne ne négocie avec les voleurs pour offrir une rançon.

« Telle est ta condition », dit le prophète à son peuple,

« Et pourtant, vous prétendez que tout va bien.

Vous refusez la vérité sur votre véritable situation ! »

Est-ce l’état de la chrétienté occidentale?

Oui, je suis prêt à souscrire à cette description, bien que – et je dois l’avouer ouvertement – ce soit incroyablement difficile pour moi d’accepter cela.

Pourquoi est-ce si difficile d’accepter cette description?

Mentionnons quelques raisons à cela :

a) On s’est habitué à cette condition depuis trop longtemps. Quatre à cinq générations se sont écoulées depuis que nos Eglises ont effectivement abandonné la christologie classique; depuis que l’on adopte, à la place de l’histoire du salut biblique,  la moralité de l’homme de bien et ses nobles actions.

Bien sûr, il y a toujours eu des parties confessantes, par exemple le Piétisme.

Mais, même là, on a souvent – sans  s’en rendre compte – contribué à cette évolution. Les chrétiens piétistes croyant à la Bible sont perdus quand il s’agit de répondre aux défis de la modernité. Pour se protéger, certains disent – à propos de l’agenda du « genre » par exemple :

« Seule ma relation avec Dieu est importante,  je ne veux pas me prononcer sur d’autres choses! »

«… piégés dans des cavernes … … cachés dans des cachots …»

      Esaïe n’aurait pas pu mieux décrire cette retraite impuissante à l’intérieur. L’individu chrétien ne peut pas être accusé puisqu’il entend rarement autre chose que ce sanctuaire de pieuse intériorité.

b) Il est trop douloureux d’admettre cette condition. Se pourrait-il que ce soit notre Eglise? 

« Non, cela ne doit pas être, nous devons voir cela comme positif! » C’est ainsi que s’expriment beaucoup de gens d’Eglise en utilisant le médicament du déni de la réalité. Quelque chose de grave se passe ici: la résignation devient partie intégrante de la culture de l’Eglise et par là un motif qui influence l’action.

c) Il me semble qu’Esaïe va encore plus loin avec son analyse pointue. Il devient encore plus radical: la cécité à la Parole de Dieu fait qu’on devient même aveugle quant à notre propre condition!

Comment se fait-il qu’on ne puisse plus voir à quel point l’état de l’Eglise est pathétique?

C’est simple: Parce qu’on a perdu la mesure de ce que l’Eglise pourrait être.

Quand on ne le sait plus, on devient aveugle. Par exemple, un pasteur de ma région m’a dit à quel point la fusion de deux paroisses était un grand succès,

parce qu’un seul culte a lieu  maintenant et que les paroissiens doivent faire moins d’effort.

Esaïe parle de pillage et de proie ici.

Oui, c’est comme ça – si vous voulez et pouvez le voir :

les voleurs sont actuellement euphoriques au travail!

Le sujet qui nous concerne tous aujourd’hui (le mariage pour tous) fournit le meilleur matériau d’illustration pour ceci:

le mariage entre mari et femme a toujours été par définition un concept théologique, religieux. Quand l’Etat a introduit le mariage civil au 19ème siècle, il n’a même pas songé à réinventer le mariage ; il a repris ce que la vision biblique-chrétienne de l’être humain considérait comme un mariage. Et cela non seulement pour le mariage, mais pour l’image de l’homme en général: l’être humain créé comme homme et femme, la naissance et la mort, la filiation, la parentalité, la parenté, etc.

Nous assistons maintenant à un changement de paradigme complet! D’autres esprits, des traditions de pensée laïques et païennes s’emparent de ces zones:ils réclament l’autorité de redéfinir tout cela! Les voleurs et les pillards sont euphoriques au travail!

Mais ça ne suffit pas. A l’Eglise – qui devrait présenter sa propre image de l’homme – une interdiction stricte de parole est accordée. Beaucoup de membres de notre Eglise, qui ont un esprit libéral, disent:

« Ce n’est pas si grave ! Nous pouvons encore faire beaucoup de bien dans notre monde.Nous sommes autorisés à modérer ce processus d’auto-dissolution. Si nous sommes à la pointe de la lutte contre les tabous, on nous accorde même des privilèges et une attention particulière ».

Beaucoup résisteraient avec véhémence à cette présentation, bien qu’ils se soient longtemps soumis à ce diktat. D’autres voient cela, mais ils manquent de force et d’autorité pour proclamer ici la Parole du Dieu vivant. Oui, la puissante proclamation de l’Evangile a l’effet d’un exorcisme en temps de confusion. 

Nous sommes tous témoins, de nos jours, de bouleversements de dimensions inimaginables: cela ressemble beaucoup à ce qui s’est passé dans les régimes totalitaires, lorsqu’on voyait et exploitait avec une « précision » démoniaque la faiblesse de l’Eglise.

Seule la clarté de la Parole de Dieu peut ici nous aider, une Parole prêchée par des serviteurs fidèles, une Parole qui exorcise en appelant dans la bonne direction une Eglise aveuglée et confuse!

3) L’aube se lève

Nous sommes profondément secoués lorsque cette parole d’Esaïe pénètre vraiment en nous. Mais la consolation qui y est cachée est encore plus profonde.La promesse qui se lève précisément au-dessus de l’Eglise humiliée et pillée est puissante, quand elle se regarde dans le miroir de la Parole de Dieu. 

« Qui a livré Jacob au ravage et Israël aux pillards?

N’est-ce pas l’Éternel, lui envers qui nous avons péché … lui dont on n’a pas voulu suivre les chemins? » [verset 24]

En tant que membres d’Eglise, nous nous sommes habitués à interpréter le déclin de l’Eglise par des moyens laïques:Nous avons utilisé la sociologie pour cela (individualisation croissante de la société). 

Nous avons recherché la consolation dans l’histoire culturelle (changement de valeurs, augmentation de la prospérité, mobilité).

L’histoire intellectuelle et la psychologie nous ont aussi fourni des raisons (le moi moderne se suffit à lui-même, la communauté est contraignante, etc.)

Oui, personne ne devrait se fermer à ces connaissances.Mais est-ce que cela suffit à tout expliquer et interpréter?

La disparition de l’Eglise de multitude peut être en partie expliquée de cette manière. Mais est-ce que cela suffit à expliquer l’émiettement des communautés de pratiquants et la disparition rapide de la connaissance de la Bible?

Seule la Parole de Dieu ouvre nos yeux sur l’ensemble du tableau concernant l’évolution de l’Eglise. Le prophète Esaïe ne propose pas ces explications laïques. Il dit seulement une chose ahurissante:

 « N’est-ce pas le SEIGNEUR contre lequel nous avons péché? »

Il porte notre regard sous la couverture de la misère spirituelle. Nous voyons là les abysses de l’état du peuple de Dieu: les racines de la pauvreté de l’Eglise, ce ne sont pas les aléas de l’histoire culturelle et intellectuelle. C’est l’Eglise elle-même qui récolte ce qu’elle a semé.

L’Eglise de notre temps refuse de se poser cette question. C’est compréhensible, car elle ne voudrait pas entendre la réponse. Pourtant la Bible, la Parole de Dieu, nous pose ces questions. Voilà pourquoi l’Eglise se réveille seulement lorsque la Bible est reçue dans son intégralité. Elle ne retrouve la vie que lorsqu’elle puise à nouveau l’eau des sources profondes, leur histoire et leur expérience d’au moins 3000 ans.

Oui, cela nous amène à l’aube: le discernement de notre véritable état. Regarder dans les yeux la vérité concernant notre situation nous conduit à la repentance et au retour vers le Seigneur et chef de l’Eglise. Oser croire que c’est uniquement grâce à LUI que SON église est reconstruite. Ce chemin dans les profondeurs est une grâce. Si cela est donné à l’Église, elle y expérimente la plénitude de la miséricorde divine.

4) L’Eglise sous la Parole de Dieu

Une phrase s’illumine au milieu de ce texte ; c’est le pivot de ce message sévère:

 «Le SEIGNEUR a pris plaisir, à cause de sa justice, à rendre la loi grande et magnifique.»[Verset 21]

Qu’est-ce que Dieu rend grande et magnifique? SON instruction. C’est le mot hébreu « Torah »qui est utilisé ici :

 les commandements de la Bible, les ordres de Dieu; ce que nous ne savons pas de nous-mêmes, ce que Dieu a révélé dans SA parole.

Il découle donc de la foi de l’Ancien Testament – et par conséquent aussi du Nouveau Testament – une toute nouvelle approche du monde et du travail quotidien: on peut garder ou enfreindre les commandements de Dieu; et les deux comportements ont des conséquences : bénédiction ou malédiction.

Même notre vie moderne est basée sur cette conviction de la foi chrétienne (quoique sous une forme laïque): nos actions ont des conséquences et l’irresponsabilité mène à la misère.

Maintenant, cette vision du monde moderne est en crise: nous voyons toujours que nos actions humaines ont des conséquences directes. Mais la foi en ce seul Dieu, qui tient toute chose dans SON ordre, a été perdue. Avec arrogance notre génération prétend inventer elle-même ses valeurs. Cependant, cette « grandiose » conscience de soi ne voit pas que c’est par là que toute la structure se brise.

Fait intéressant, les gens postmodernes pensent que derrière la nature il y a une loi éternelle à l’œuvre; que tu ne peux pas aller contre la nature tout le temps, sinon, elle ripostera brutalement un jour. Cette prise de conscience mène de nos jours à l’écologie: on discerne que, derrière la matière (ici la nature), il y a une loi invisible.

Par contre, en ce qui concerne les humains, l’existence d’une loi naturelle est souvent niée. Il y a pourtant aussi une écologie des humains. L’homme a aussi une nature qu’il doit respecter et qu’il ne doit pas manipuler. [Je dois le terme «écologie humaine» à Benoît XVI, qui l’a utilisé dans un contexte légèrement différent].

Comment se fait-il que les idéologies de genre se propagent si rapidement, aussi et surtout parmi des gens très engagés pour le droit de la nature et du monde animal? Pourtant, personne ne dirait: « Cet étalon est maintenant une jument, et ce taureau est maintenant une vache! » C’est une contradiction que beaucoup ne voient pas: on reconnaît un ordre éternel pour la nature, mais pour les humains chacun bricole ses valeurs.

Si les commandements de Dieu sont remplacés par des valeurs humaines, nous perdons notre sécurité et notre dignité. Ensuite, tout dépend de quelles valeurs et normes sont actuellement en vogue – les hauts et les bas peuvent arriver rapidement! Nous perdons donc également la confiance les uns dans les autres; parce que je ne sais plus quelles normes et valeurs mon prochain m’appliquera …!

La foi chrétienne nous enseigne l’unité de la réalité:

le même Dieu qui a donné à la nature ses lois nous donne aussi, à nous humains, des commandements et des valeurs. Le même Esprit qui a conçu et créé le monde est présent dans chaque culte rendu à Jésus-Christ.

L’invisible (Dieu) était là en premier, tout en est découlé. C’est pourquoi nous, les humains, ne fabriquons pas nos propres valeurs, nos commandements et nos normes. Nous les recevons d’en haut, de nulle part ailleurs :

«Le SEIGNEUR a pris plaisir… à rendre la loi grande et magnifique.»[V. 21]

La crise de l’Eglise est une crise de la confiance en Dieu:

le Dieu qui prêché  depuis les chaires protestantes n’est en grande partie plus le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, qui s’est révélé en Jésus-Christ.

Plus précisément: la crise de l’Eglise est le découragement de ses prédicateurs. Ce découragement recule devant l’étude vraiment approfondie de la Bible, parce que le prédicateur remarque très bien intuitivement:

« Si je me plonge dans son message pénétrant, je vais devoir prêcher ce qui dérange mon Eglise, ce qui me fait peur et ce qui prive également mes auditeurs de sommeil. »

C’est ici – au cœur de la théologie et de la prédication – que doivent prendre place notre conversion et notre repentance: 

« Je me démarque de mes propres dieux et des représentations de Dieu qui ne contiennent que quelques oligo-éléments chrétiens et je me tourne vers le seul et vrai Dieu, que les chérubins, dans la vision du temple d’Ésaïe (ch 6), proclament constamment « saint, saint, saint! » »

Je sais que bon nombre de ceux qui assistent fidèlement à nos cultes nous disent:

«Surtout, je veux avoir une relation cool avec Jésus,

 c’est la chose la plus importante, ça me rend heureux ! »

Mais maintenant, les choses cool sont hors de propos. Nous faisons face à des temps orageux où on ne nous demande pas si cela nous rend heureux. On nous demande d’être témoins de la vérité. Un prédicateur, un théologien doit dire la vérité : la vérité sur Dieu, la vérité sur Jésus-Christ, la vérité sur les commandements de la Bible, la vérité sur notre espérance; et la vérité sur ce que signifie la bénédiction et ce qui peut devenir une malédiction!

Oui, c’est vrai: en faisant cela, vous vous mettez en danger. Cela vous met en porte-à-faux avec les faiseurs d’opinion; et, après cela, ils rendront votre vie inconfortable.

Vous voulez cela ? En tant qu’Eglise, voulons-nous cela?

Celui qui suit Jésus le veut – il doit le vouloir – parce que la loyauté envers Jésus est plus importante pour lui que toute autre chose: parce que Jésus l’a fait, nous n’avons pas à avoir peur.

Ce passage choquant d’Esaïe 42 est loin d’être sans réconfort et sans espoir;

il est intégré entre ce que Dieu dit avant et après:

 «Je ferai marcher les aveugles sur un chemin inconnu d’eux…

 Je transformerai devant eux les ténèbres en lumière. »

(Ésaïe 42,16)

« … Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi! » (Esaïe 43,1)

Il est difficile de trouver une plus grande consolation dans la Bible. Un formidable message d’espoir est exprimé ici.

Si l’Eglise contemporaine n’avait à se plaindre que de petits bobos par ci par là, le salut dont nous aurions besoin serait également modeste. Mais maintenant nous sommes devant les ruines d’une maison détruite

 et devant les éclats de tableaux de valeurs cassés.

 Le Dieu Tout-Puissant nous appelle ici: « Tu es à moi! »

 Oui, ce qui nous est promis ici n’est rien de moins que la résurrection des morts. Ce qui est arrivé au Christ arrive aussi à SON Église : de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière.

 Que Dieu ait pitié de nous et qu’il nous donne une grande capacité de repentance !

AMEN

(lundi 21 octobre 2019, église Zurich-Hirzenbach)

 par le pasteur Willi Honegger, Bauma


“Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur du Christ.”

Cette prédication de Pierre Bader nous permet de prendre conscience que nous rapetissons souvent Jésus à notre mesure. En explorant la notion de « crainte de Dieu », il nous permet d’entrevoir sa grandeur et sa sainteté.

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Quand on parle de la crainte de Dieu, cela peut réveiller de mauvais souvenirs. Son usage dans certaines spiritualités ou Eglises a défiguré le visage de Dieu et a un peu traumatisé certains d’entre nous.

Et pourtant l’absence de crainte de Dieu est une erreur toute aussi fondamentale. A plusieurs reprises, la Bible dit 

La crainte de l’Eternel est le commencement de la sagesse.”  Psaume 111.10 ou Proverbes 9.10

 Commençons par savoir de quoi nous parlons

Nous opposons facilement “la crainte de Dieu” style très Ancien Testament (foudre, tonnerre, guerres et morts, etc..) à l’amour de Jésus dans le Nouveau Testament (« comme il est mignon le petit Jésus dans sa crèche! »).

Mais nous faisons une erreur théologique et historique: le “petit Jésus” trône au ciel aujourd’hui.

Dans l’Apocalypse, Jean décrit sa rencontre avec Jésus: il entend “une puissante voix telle une trompette” puis “une voix comme la voix des océans”. Il voit quelqu’un qui ressemble à un homme mais dont les yeux sont comme une flamme ardente, dont le visage resplendit comme le soleil avec une épée qui sort de sa bouche.

La vue du “petit Jésus” fait tomber Jean dans la sidération, une des réactions psychologiques et physiologiques à un danger mortel! (Apocalypse 1.9-20)

Il est vrai que le Nouveau Testament fait un usage restreint de l’expression « crainte de Dieu ». Cependant, c’est ce sentiment qui habite les disciples lorsque Jésus démontre par un miracle la présence et l’action de Dieu.

Dans cette relation avec Dieu, la crainte est équilibrée par la confiance. À maintes reprises, quand Dieu se manifeste à un individu, il l’invite à ne pas avoir peur. Il y a là une tension: quand Dieu se manifeste, une crainte apparaît; cependant l’appel à ne pas avoir peur est une invitation à s’approcher et plutôt qu’à fuir cette Présence. 

On entre à genoux dans le lieu très saint

Les sacrificateurs savaient que le grand sacrificateur mourrait instantanément s’il se trouvait sans protection en présence de la gloire de Dieu.

Une tradition nous rapporte que, lorsqu’il allait derrière le voile du lieu très saint, il fallait qu’il y ait assez de fumée pour tout cacher: ne pas voir le Seigneur et ne pas être vu de lui était une sécurité supplémentaire.

Quand Pierre expérimente la pêche miraculeuse, au lieu de se réjouir, il n’en mène pas large : « Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus et dit : «Seigneur, éloigne-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur.» En effet, lui et tous ceux qui étaient avec lui étaient remplis de frayeur à cause de la pêche qu’ils avaient faite.  Il en allait de même pour Jacques et Jean, les fils de Zébédée, les associés de Simon.” Luc 5, 8-10

Jésus ne va pas le rassurer pour le débarrasser de sa crainte de Dieu mais pour lui permettre d’entrer dans sa destinée:  Jésus dit à Simon : «N’aie pas peur, désormais tu seras pêcheur d’hommes.»  Alors ils ramenèrent les barques à terre, laissèrent tout et le suivirent.” Luc 5, 10-11

Nous ne pouvons entrer dans la présence de Dieu que grâce à la croix

Jésus est celui qui nous ouvre la chemin vers le Père; son sacrifice seul nous permet de nous tenir dans la présence de Dieu. 

En ce sens, la croix n’est pas l’antidote à la crainte de Dieu, comme si la grâce venait contrecarrer cette crainte. 

Non, la croix permet de se présenter devant notre Seigneur: elle n’est pas la fin de cette révérence de sa Majesté.

Au jour du jugement, nous serons tellement heureux de porter le vêtement de sa grâce qui couvrira ce que nous n’oserons pas montrer devant la gloire de Dieu.

Dans l’Ancien Testament, la notion de “gloire  » correspond à un mot hébreu qui désigne une réalité qui a du poids. Quand le Seigneur apparait, le poids extraordinaire de sa Présence est expérimenté par les humains et c’est bien ainsi!

Pourquoi la crainte de Dieu est-elle si nécessaire aujourd’hui? 

Si il fut une époque où la crainte de Dieu servait surtout à tenir les gens sous la coupe de l’Eglise ou du roi, aujourd’hui, tout a bien changé. Personnellement, la crainte des autorités se rappelle à moi surtout quand je vois un flash sur l’autoroute!

 Pourtant j’aimerais vous dire pourquoi la crainte de Dieu est tellement nécessaire aujourd’hui.

1. La crainte de Dieu parce que Dieu est Dieu

Vous vous rappelez l’image du buisson ardent. Le feu de cet arbuste est évidemment l’image de Dieu lui-même. Dieu est un feu dévorant (cf. Hébreux 12.29) et on ne joue pas avec le feu!

Mais quelle sorte de feu ? Un feu de colère, de punition, de destruction, de vengeance ? 

Non, la colère de Dieu a été “solutionnée” par le sacrifice de Jésus. Il n’y a plus de colère de Dieu pour ceux qui sont en Christ. Dans le feu du buisson ardent, c’est la passion de son Amour qui brûle. Ce qui nous pousse à la crainte de Dieu, ce n’est pas sa colère mais sa bonté et son pardon.

Mais le pardon se trouve auprès de toi afin qu’on te craigne” Psaume 130.4

2. La crainte de Dieu parce qu’elle est l’antidote à la crainte des hommes

Paul écrit aux Galates, qu’il est en train de confronter avec courage:  Car, maintenant, est-ce que je cherche la faveur des hommes ou celle de Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ?” Galates 1.10

C’est une des question constantes dans ma vie: pourquoi est-ce que je choisis cette solution plutôt que celle-là? pourquoi ce choix théologique plutôt que celui-ci? 

Je crois aussi qu’il y a une question d’ambiance spirituelle. Excusez ce vocabulaire, j’essaye de définir ainsi une réalité culturelle en même temps que spirituelle qui affecte nos valeurs et nos comportements. Je devrais d’abord dire “mes valeurs et mes comportements » !

Je me souviens de cette amie qui voyage dans la monde entier. Elle me disait “j’annonce Jésus sans honte et sans peur dans le monde. Quand je reviens en Suisse, il y a une crainte des hommes en moi! Et pourtant je reste la même.”

Je crois que l’Eglise réformée a les défauts de ses qualités: si elle sait être très attentive aux humains, à la culture et à la société, le revers de cette médaille est la crainte des hommes qui l’habite tellement. Ce souci incapacitant d’être accepté influence énormément nos choix notamment éthiques. J’ai souvent l’impression que cette peur des humains est la source de beaucoup de nos décisions, bien plus qu’une lecture attentive de la Bible.

Dans l’Apocalypse, il y a 2 grandes menaces sur le peuple de Dieu: la persécution et la séduction 

Si les chrétiens de nombreux pays subissent la persécution, dans notre société occidentale, c’est bien plutôt la séduction qui est à l’œuvre : notre accès constant aux médias nous rend particulièrement influencés par les courants de pensée actuels. Difficile à partir de là de se démarquer et d’oser une pensée chrétienne différente.

Face à ce choix entre l’approbation des hommes ou celle de Dieu, Paul est radical:

Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur du Christ. 

C’est exclusif et cela nécessite donc de notre part un choix clair.

La radicalité de l’Évangile

L’Évangile ne se laisse pas maîtriser ou dompter. On ne peut pas récupérer Jésus dans nos systèmes. Nous avons tous “choisi” une théologie: pourquoi celle-là plus qu’une autre ? En fait seul Jésus est la “bonne théologie”. L’appel de Jésus est dérangeant; lorsqu’il ne l’est plus, il y a fort à parier qu’il ne s’agit alors plus tellement de l’Évangile mais beaucoup de nos théologies  !

Cette radicalité ne peut cependant jamais être une excuse pour notre manque d’amour ou de sagesse. 

3. La crainte de Dieu pour nous défier d’aller jusqu’au bout.

Nous connaissons tous ces obéissances partielles et ces compromis dont nous nous accommodons.Cela ne signifie pas que notre obéissance sera parfaite, sinon nous n’aurions plus besoin de Jésus; mais il s’agit d’aller jusqu’au bout de nos obéissances.

Il y a ces traits de caractère que nous tolérons en nous et dont nous savons pourtant qu’ils n’honorent pas Dieu et ne servent pas à aimer les humains.

Paul dira ailleurs : Ayant donc de telles promesses, bien-aimés, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, en achevant notre sanctification dans la crainte de Dieu”. 2 Corinthiens 7.1

La crainte de Dieu nous aide à être conséquents.

Nous pouvons renverser ces ambiances et ces forteresses spirituelles en répondant clairement à la question que Paul pose :

“Est-ce que je cherche la faveur des hommes ou celle de Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ?

Parce que la conséquence est radicale: 

Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur du Christ.

Prédication faite à Corsier-sur-Vevey en novembre 2019 par Pierre Bader. D’autres prédications sont disponibles sur le site de la paroisse de Corseaux-Corsier : https://corsiercorseaux.eerv.ch

Après la décision de la FEPS

– Nous déplorons la décision de l’Assemblée des délégués de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS ): « approuver l’ouverture du mariage aux couples de même sexe au plan civil ». (Lire ici)

Elle bouleverse toute la compréhension chrétienne du mariage : un homme et une femme unis par Dieu (Mt 19,4).

– Nous constatons avec reconnaissance que plus de 6’200 paroissien-ne-s des Eglises réformées de toute la Suisse ont accepté de signer notre « lettre ouverte à l’assemblée des délégués de la FEPS» et appelé les délégués à « renoncer à se prononcer en faveur d’une célébration d’un mariage religieux pour un couple de même sexe ». 

– Nous sommes heureux d’avoir pu collaborer par-dessus les frontières linguistiques de notre pays, tant pour la « lettre ouverte » que pour la « déclaration sur le mariage pour tous dans l’Eglise ». Cette dernière a recueilli la signature de plus de 200 pasteur-e-s et théologien-ne-s. Cette collaboration nous semble prometteuse pour l’avenir.

-Nous sommes préoccupés par les conséquences spirituelles de cette décision de la FEPS. Elle met à mal l’unité interne de notre Église et les relations avec la grande majorité des autres Églises. Elle risque aussi d’accélérer encore l’effritement de notre Eglise et de saper son autorité spirituelle : « Si j’en étais encore à vouloir plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur du Christ » (Galates 1,10).

– Comme les débats vont se poursuivre (au Parlement pour ce qui concerne le « mariage civil » et dans les Synodes cantonaux pour la cérémonie religieuse), nous vous remercions d’avance pour votre soutien fraternel et spirituel et pour tout ce que vous pourrez entreprendre pour rappeler le vrai sens du mariage.

Pour le R3 :  Cathy Grobéty Martin Hoegger Gérard Pella Philippe Rochat

Déclaration sur le «mariage pour tous» dans l’Eglise

Le 21 octobre 2019, à Zurich, une soixantaine de pasteur-e-s et de théologiens ont signé une déclaration concernant le « mariage pour tous » dans l’Eglise. Deux semaines plus tard, ils étaient plus de 200. A la différence de la « lettre ouverte » qui peut être signée par tous les paroissiens réformés, cette déclaration veut montrer que bon nombre de théologiens et de pasteur-e-s sont consternés par les prises de position des instances dirigeantes de la FEPS (Fédération des Eglises protestantes de Suisse).

Pour signer cette déclaration, cliquez ici
Pour la version en allemand (original) et en français, vous pouvez cliquez sur ce lien :Mt194
Pour une présentation (en allemand) du débat autour de la bénédiction du mariage pour tous, cliquez ici

Pour le revue de presse sur cette déclaration (en français et en allemand), cliquez ici

Voici la version française de cette déclaration :

« N‘avez-vous pas lu…? » ( Mt 19, 4)

Déclaration sur le «mariage pour tous» dans l’Eglise

L’Évangile nous est fondamentalement attesté par la parole des apôtres et des prophètes dans les saintes Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testaments.        Concorde de Leuenberg, 1973
C’est à l’écoute de la Parole de Dieu de l’Ancien et du Nouveau Testament, dans la connais- sance de nos limites et en étant prêts à nous laisser corriger par le témoignage de l’Ecriture Sainte de l’Ancien et du Nouveau Testament et par des motifs de la raison, que nous signons cette déclaration, parce que nous n’acceptons pas la démarche et les déclarations des instances dirigeantes de nos Eglises dans le cadre de la discussion ecclésiale sur le « mariage pour tous ».
1. Rupture radicale. La proposition du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) et des Conseils de différentes Eglises cantonales d’introduire un mariage religieux aussi pour des couples de même sexe est en rupture radicale avec la tradition judéo-chrétienne et avec les confessions chrétiennes en tous temps et en tous lieux.
2. L’Eglise se place au-dessus de l’Ecriture. Lorsque la base d’une telle décision n’est pas l’Ecriture sainte, on quitte le fondement de la théologie chrétienne. Il faut que l’Eglise reste en-dessous de l’Ecriture et non au-dessus. Elle perd sa légitimité lorsqu’elle ne base pas ses décisions sur l’Ecriture.
3. L’opinion publique n’est pas remise en question. Lorsque l’Eglise n’est plus à l’écoute obéissante de la Parole de Dieu, ce sont les changements de l’opinion publique ainsi que les décisions et les définitions de l’Etat qui déterminent les décisions ecclésiastiques sans aucune remise en question. Or, la volonté créatrice de Dieu ne peut en aucun cas être déduite de l’opinion publique. Un courant social dominant ne peut pas servir de cadre d’interprétation des Ecritures.
3. Plus aucune discussion théologique. Au lieu d’une véritable discussion théologique sur différents avis, on voit apparaître un comportement de plus en plus absolu chez ceux qui aimeraient établir un « mariage pour tous » ecclésial.
Dans l’obéissance à Jésus-Christ et en accord avec nos engagements de consécration, lesquels nous réfèrent aux bases de l’Ecriture Sainte de l’Ancien et du Nouveau Testament dans notre responsabilité théologique et éthique, nous faisons observer :
1.  Les décisions doivent avoir des fondements bibliques et théologiques. Les instances dirigeantes de la FEPS et des Eglises cantonales ont le devoir de prendre leurs décisions sur des fondements bibliques et théologiques. Lorsqu’elles suivent l’opinion publique sans tenir compte de ces fondements, nous ne pouvons accepter leurs décisions.
2. La compréhension chrétienne du mariage. Voici ce qui est déterminant – à nos yeux – pour une compréhension chrétienne du mariage, laquelle ne doit pas forcément être conforme à la compréhension mondaine du mariage :
– L’homme et la femme se complètent l’un l‘autre dans l’altérité sexuelle. Cette base formulée dans Genèse 1 et 2 est confirmée par Jésus-Christ lui-même comme alliance du mariage (Mt 19, 4-6; Mc 10, 6-9): « N’avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, fit l’homme et la femme et qu’il dit : ‹ C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair › ? » Ce n’est que dans le cadre de cette complémentarité que la transmission de la vie est possible. La bénédiction de la création (Ge 1,28), sur laquelle est basée la bénédiction du mariage, contient l’aspect de la réception de la vie et de la transmission de la vie comme don de Dieu. La sainteté de la vie humaine est donc une base essentielle qui fonde la protection et la bénédiction particulières du mariage entre un homme et une femme.
– L’état de chute de la création entière (Ro 5, 12–21; 8, 18–25). En ce qui concerne leurs relations avec Dieu, avec leur prochain et avec eux-mêmes (y compris leur propre sexualité), tous les humains sont dans un rapport brisé quant à la volonté créatrice de Dieu. Cet état nous empêche d’identifier immédiatement la volonté originelle de Dieu avec ce que nous constatons dans la nature. Cet état de chute fait partie de notre monde et ne peut pas être complètement vaincu ou guéri dans cette vie. A cause de cela, la vie chrétienne est toujours en tension entre notre propre brisement et l’écoute de la Parole de Dieu ; la vie ne comprend donc pas seulement épanouissement et bonheur, mais aussi tentation et renoncement.
– L’analogie du mariage entre un homme et une femme et de l’union entre Christ et son Eglise – c.à.d. l’attente que l’état de chute de la création soit surmonté (Eph 5, 31 et ss.; Ap 21, 9–14). Le mariage entre un homme et une femme illustre de façon particulière le rapport entre Christ et son Eglise. Dans cette relation aussi, la transmission de la vie est centrale, car Christ est la source de la vie (Jn 4,14 ; Ap 21,6). L’analogie du mariage et de l’union entre Christ et son Eglise débouche dans le Nouveau Testament sur l’espérance en une nouvelle création, dans laquelle l’état de chute de la création sera surmonté.
3. Bénir sans l’ordre de Dieu, c’est abuser de son nom. Un acte de bénédiction ne peut pas être autre chose que l’affirmation de l’engagement de Dieu. Il est donc lié, en ce qui concerne son occasion et sa situation, au commandement divin. Par conséquent, l’Eglise ne peut disposer de la bénédiction de Dieu comme bon lui semble. Bien plus, une bénédiction sans l’ordre de Dieu n’est pas une bénédiction, mais un abus du nom de Dieu, ce dont l’Ecriture nous avertit : « Tu ne prendras pas le nom du Seigneur, ton Dieu, en vain ; car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui prendra son nom en vain » (Ex. 20,7).
4. L’Eglise a un rôle prophétique de veilleur. L‘Eglise est exhortée à rechercher la paix avec tous (voir Ro 12, 18-21). Les évolutions de l’Etat et de la société ne sont pas à refuser systématiquement, mais peuvent être intégrées si elles ne s’opposent pas aux commandements de Dieu (voir Ro 13, 1-6). Toutefois l’Eglise a le devoir d’examiner les évolutions de manière critique à la lumière de l’Ecriture et d’assumer son rôle prophétique de veilleur dans l’Etat et la société.
Conclusion : Nous demandons une discussion ouverte dans l’Eglise, en recherchant l’unité. Nous revendiquons la liberté de conscience pour toutes les personnes actives dans l’Eglise. Ces questions ne doivent pas devenir un critère d’admission pour le ministère pastoral dans les Eglises réformées. Même si, par les déclarations de la FEPS et des Eglises cantonales sur le « mariage pour tous », la pression à agir contre notre conscience et nos convictions théologiques augmentait, en toute humilité et par obéissance à Jésus-Christ, nous ne serons pas disponibles pour des actes ecclésiastiques qui ne sont pas clairement fondés sur l’Ecriture et nous témoignerons résolument par l’annonce de la Parole biblique.
Octobre 2019

Lettre ouverte à l’Assemblée des délégués de la Fédération des Eglises protestantes suisses

Plus de 6 000 réformés ont adressé une lettre ouverte aux membres de la Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS) contre le mariage à l’église de couples du même sexe. 218 pasteurs se sont également déclarés contre le changement de pratique de l’Eglise.

La «lettre ouverte » a été remise au président de l’Assemblée des délégués de la FEPS, Pierre de Salis, le 4 novembre. Cette lettre a été lancée par le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) en Romandie et diffusée en trois langues début octobre de manière informelle.

La lettre a reçu une réponse positive: 6230 personnes des paroisses réformées (plus de 4 300 de Suisse alémanique) l’ont signée. Il y a également 2200 signataires d’autres Eglises, totalisant environ 8 500 personnes.

En voici le contenu :

Mesdames et Messieurs les délégué-e-s,

Vous serez amenés à prendre position sur le « mariage pour tous » lors de votre Assemblée des 4 et 5 novembre 2019. Permettez-nous de vous exprimer nos convictions à ce sujet !

Nous croyons que Jésus-Christ nous appelle à accueillir chaque personne – quelle que soit son orientation sexuelle. Nous croyons aussi qu’il nous appelle à renoncer à tout jugement à l’égard des personnes. Beaucoup de personnes qui ont une orientation LGBT ont été blessées par le jugement de certains chrétiens et nous le regrettons profondément.

Par contre, nous ne pouvons cautionner le mariage entre deux partenaires de même sexe. Il nous semble en désaccord profond avec la révélation biblique.

A la suite du livre de la Genèse, Jésus réaffirme cette vérité fondamentale : le couple humain est constitué d’un homme et d’une femme : « N‘avez-vous pas lu ce que déclare l’Écriture : Au commencement, le Créateur les fit homme et femme » ? (Mt 19,4)

Pour l’apôtre Paul, l’union entre un homme et une femme symbolise même « le grand mystère » de l’union entre le Christ et l’Église (Éphésiens 5,32).

De plus, pour qu’un enfant grandisse dans de bonnes conditions, nous croyons qu’il a besoin d’un père et d’une mère. Ce besoin essentiel doit être respecté.

Au moment où se forme l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), nous rappelons le souci pour l’unité de nos pères et mères de la Réforme : « Nous n‘approuvons que ce qui contribue à établir la concorde et est propre à l‘entretenir ». (Confessio Gallicana, 1559, Article 33). Que votre décision ne blesse pas une partie importante du Corps du Christ !

En conséquence, nous vous demandons – humblement et solennellement – de renoncer à vous prononcer en fa- veur d’une célébration d’un mariage religieux pour un couple de même sexe.

Nous espérons que vous comprendrez que nous ne sommes pas opposés aux personnes qui ont une orientation homosexuelle mais, dans la fidélité à Jésus-Christ, nous ne pouvons légitimer leur mariage. Une Église qui se prononce ouvertement contre l’enseignement du Christ perd son autorité spirituelle et précipite son effritement. Elle se distancie en outre des autres Eglises chrétiennes.

Veuillez agréer, Mesdames, Messieurs, nos respectueuses salutations

Franziska Bader, Cathy Grobéty, Monika Lehmann, Annette Walder, Olivier Bader, Luc Badoux, Martin Hoegger, Hansruedi Lehmann, Gérard Pella, Philippe Rochat, Cleto Rosetti, Peter Schmid, Paul Schorer, Hansurs Walder

Vous pouvez télécharger cette lettre et ajouter – jusqu’au 31 octobre – votre signature et celle de vos proches (ce sera très précieux!) en cliquant sur ce lien : Lettre-Ouverte

La future Eglise suisse sera-t-elle un rouleau compresseur ?

Il suffit de mettre côte à côte le blog de Jean-Marc Tétaz et le mien (sur le site réformés.ch) pour se rendre compte qu’il y a des avis profondément différents sur la délicate question du « mariage pour tous » (Société) et de la bénédiction de ces unions (Eglise). Jean-Marc et moi ne sommes pas des exceptions : cette tension traverse toute l’Eglise réformée (sans parler de l’Eglise anglicane, mennonite ou méthodiste). Elle est clairement reconnue par le Conseil de la Fédération des Eglises protestantes suisses (FEPS) dans le document qui prépare l’Assemblée des délégués des 4-5 novembre 2019 : « Le Conseil est conscient que la pluralité des opinions sur l’homosexualité et des approches des textes bibliques fait partie de l’Église réformée » (p.3).

En « pressant » l’Assemblée de prendre position sur ces questions, le Conseil propose une démarche démocratique : la majorité décidera1.
Le problème, c’est qu’il n’est pas question ici de budget, d’organisation ou de planification mais de convictions théologiques. Par le moyen d’un vote démocratique, certaines convictions vont donc s’imposer au détriment d’autres convictions, en procédant comme un rouleau compresseur : écraser pour aplanir les différences ! Cette regrettable situation suscite en moi plusieurs questions.

Y a-t-il une réelle urgence ?

Qu’est-ce qui motive le Conseil de la FEPS à avancer si rapidement ? Qui a vraiment besoin que toute l’Eglise réformée suisse propose une bénédiction de mariage pour couples de même sexe ? Une infime minorité !
Selon les statistiques officielles de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, il y a eu – pour tout le canton – une demande de bénédiction en 2013, deux en 2014, trois en 2015, une en 2016 et une en 2017. Plutôt que de mettre toute l’Eglise sous pression pour changer sa définition du mariage et ses rites, plutôt que de demander à l’Eglise tout entière d’entrer en choc frontal avec les textes bibliques, n’y a-t-il pas d’autres façons de répondre aux besoins des couples de même sexe ?

Par ailleurs, n’y a-t-il pas une autre façon de prendre des décisions ?

Fort d’une longue expérience de dialogue entre Eglises très différentes, le Conseil oecuménique des Eglises (COE) a adopté le modèle de décision par consensus : « Majoritaires parmi les membres fondateurs du COE, les Eglises protestantes avaient introduit leur manière de prendre des décisions, marquée par l’influence du parlementarisme politique. Dans l’esprit des gens, un synode protestant est en effet assimilé à un parlement, où les décisions sont prises par un vote majoritaire. Ainsi en allait-il également dans les diverses assemblées du COE.

Mais avec l’élargissement du COE aux différentes Eglises orthodoxes dans les années 60 et aux Eglises du Sud, de plus en plus de voix s’élevèrent à l’encontre de cette procédure, qui est étrangère à la manière de faire de beaucoup d’Eglises. En effet, il est difficile de demander à des orthodoxes de voter sur des questions théologiques et éthiques, et les nouvelles Eglises du Sud ont une culture plus proche du consensus que de la méthode parlementaire.

L’introduction de cette méthode est un fruit du travail de la commission spéciale réunissant les orthodoxes et les autres Eglises du COE. Commission qui a été mise en place pour répondre à la crise de la participation orthodoxe, qui menaçait de quitter le COE lors de la dernière assemblée du COE à Harare en 1998. « Elle est la réussite la plus importante de la Commission spéciale », a dit le président du COE à Porto

Alegre. » (Martin Hoegger, « Le modèle du consensus : un changement institutionnel significatif » , www.ler3.ch).
La prise de décision par consensus ne signifie pas que tout le monde doit penser la même chose mais elle permet une lente maturation à l’écoute des autres et à la recherche de la volonté de Dieu.

Pour éviter de se muer en rouleau compresseur qui écrase toute autre conviction, l’Assemblée des délégués de la FEPS a une magnifique occasion de résister à la pression de son Conseil !

Gérard Pella

1 Voir l’interview de Sabine Braendlin sur le site réformés.ch, le 20 août 2019 : « Notre Eglise est prête à prendre une décision »; voir aussi, sur le même site, l’article d’Anne-Sylvie Sprenger,
« Coup de pression pour les délégués de l’Église réformée » du 8 octobre 2019.

Bible et homosexualité : comment interpréter ?

Sur la question de l’homosexualité, force est de constater qu’il y a des lectures de la Bible divergentes dans les Églises réformées. Les prises de position du président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) en faveur du « mariage pour tous », ainsi que celles du Conseil de la FEPS, au mois d’août 2019, ont relancé le débat.

Cela pose la question de l’interprétation des Ecritures : « Qu’est-il écrit ? Comment lis-tu ? », demandait Jésus au légiste. (Luc 10,26). Au sujet du mariage, Jésus a posé cette autre question: « N’avez-vous pas lu qu’au commencement le Créateur les fit homme et femme » (Mat 19,4). La « Déclaration sur le mariage pour tous en Eglise » qui a protesté contre les positions de la FEPS a repris cette question, ainsi que la « Lettre ouverte à l’assemblée des délégués de la FEPS« , sur le même sujet.

Ces questions restent très pertinentes  et ce dossier de Martin Hoegger nous aidera à y voir plus clair.

Que disent donc les Ecritures sur cette question ? Une interprétation des textes bibliques controversés est nécessaire. C’est ce que cet article propose de faire.

Voici quelques points exégétiques et de théologie biblique qui doivent, à mon sens, être approfondis :

– La différence sexuelle voulue par le Créateur, affirmée par la Genèse et reprise par Jésus est-elle une structure radicale de l’être humain ? L’affirmation de Paul que cette caractéristique fondamentale est niée dans l’acte homosexuel est-elle encore pertinente (Rom1) ?

– L’interdit de l’acte homosexuel dans le Lévitique (18,22) garde-t-il une valeur permanente ?

– Quel poids accorder aux lois morales de l’Ancien Testament ? Quelle distinction opérer avec les autres lois cultuelles et de pureté abolies par le Christ ? Quelle relation entre l’Ancien et le Nouveau Testament dans le domaine moral ?

– Quel est le sens de l’éthique du Royaume promulguée par Jésus ? Comment comprendre l’articulation entre la loi et la grâce ?

– Comment comprendre le fait que Jésus n’ait jamais abordé le thème de l’homosexualité ? Est-ce que cela implique qu’il l’approuve ? Aurait-il eu un autre avis sur ce thème que les rabbins de son époque, alors qu’il réaffirme l’interdit de l’adultère (en le radicalisant et en l’intériorisant), tout en manifestant une immense miséricorde envers les adultérins ?

 Lire l’étude ici

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION
1. Préambule : les Ecritures et les autres sources d’autorité
1.1 Questions de méthode.

2. Dans l’Ancien Testament.
2.1 Dans les récits
2.1.1 Genèse 19 et Juges 19
2.1.2 Jonathan et David : I Sam 18,1-5
2.2 Dans les textes législatifs : le Lévitique (18,22 ; 20,13)

3. Dans le Nouveau Testament
3.1 Les évangiles
3.1.1 « Le disciple bien-aimé ».
3.1.2 « Dès l’origine de la création ».
3.1.3 La question de l’altérité
3.1.4 La loi et la miséricorde
3.1.5 Accueillir au nom du Christ…

3.2 Les textes pauliniens
3.2.1 1 Corinthiens 6.9
3.2.2 1 Timothée 1.10
3.2.3 Romains 1,18-32
3.2.4 Une théologie de la création
3.2.5 Soleil d’un monde nouveau
3.3 Qu’est-ce que l’homosexualité pour Paul ?
3.4 La symbolique conjugale

CONCLUSION : QUE DIT LA BIBLE SUR L’HOMOSEXUALITÉ ?

* Pasteur de L’Église réformée du Canton de Vaud, Martin Hoegger est co-président de l’assemblée du R3. Il exerce son ministère dans la communauté de Saint Loup et collabore au projet « Jésus Célébration 2033 ». Il voue aussi une partie de son temps à l’accompagnement spirituel d’artistes.

Son site internet:http://www.hoegger.org

Nous aspirons à la paix, mais…

Prédication d’Olivier Bader.

Nous aspirons à la paix, mais… Nous aspirons tous à vivre en paix avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu.

Il y a des exceptions pathologiques : des personnes qui sont psychologiquement construites de sorte qu’elles recherchent le conflit et qu’elles vivent du conflit…

Ce matin, en traitant du dialogue, c’est surtout de la relation aux autres que j’aimerais parler. 

Mais on pourrait parler de notre relation à nous-mêmes ou à Dieu… Les choses sont liées. Si je ne suis pas en paix avec moi-même, irritable, blessé, sous tension… je serai plus exposé au conflit. Soit, parce que je suis plus vulnérable, soit parce que je deviens déclencheur de conflits…

Et si je suis en froid avec Dieu, comment recevoir cette paix intérieure qui donne des forces, qui permet le pardon ?

Nous aspirons tous à la paix, mais nous peinons à vivre harmonieusement avec les autres. C’est une donnée élémentaire de notre humanité.

Paul : « 19 En effet, le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le fais. 20 Si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est pas moi qui agis, mais c’est le péché qui habite en moi.» Rm 7,19-20

Dans mon ministère, je suis attristé de voir comment les conflits se développent si facilement dans nos relations familiales, professionnelles, et aussi en Eglise !

Ce matin, je ne ferai pas un cours sur les conflits, leurs causes, leurs mécanismes, et moyens de résolution… Je veux simplement parler brièvement de l’origine des conflits et de nos réactions spontanées.

Mais je développerai surtout les appels au dialogue lancés par Jésus et par l’apôtre Paul.

La naissance des conflits

Nous venons de poser ce constat : les conflits ou les situations tendues font partie de la vie quotidienne. 

Ils sont ordinaires, car ils sont liés à nos personnes, à notre manière de communiquer, à notre capacité d’écouter et de comprendre ; ils sont aussi tout simplement liés aux circonstances…

Au départ, il s’agit souvent d’un quiproquo, d’une mésentente, d’intérêts divergents, d’un incident…

Malheureusement, nous avons l’art de transformer des situations insignifiantes en conflits qui peuvent être destructeurs et pleins d’injustice… 

 Pourquoi cette escalade ? Pourquoi une simple « peccadille » devient un « péché » ? Parce que c’est la même racine, même racine latine, et même racine humaine…

La peccadille vient effectivement de peccare, la racine du mot péché. Un peccadillo en espagnol c’est un petit péché…

De même, un petit problème, une mésentente, peut susciter un gros conflit, une crise… 

 

Comment cela se fait-il ?
L’apôtre Paul nous donne une piste de compréhension. Quand Paul dénonce l’usage des tribunaux par les chrétiens, il dit ceci :

« 7 En tout cas, pour vous, c’est déjà un échec d’avoir des procès entre vous ! Pourquoi est-ce que vous ne préférez pas supporter l’injustice ? Pourquoi est-ce que vous ne laissez pas plutôt les autres vous voler/dépouiller? 8 Au contraire, c’est vous qui êtes injustes, c’est vous qui volez/dépouillez les autres ! Et ces autres sont vos frères et sœurs chrétiens ! » 1Co 6 

– Nous ne supportons pas l’injustice…

– Nous ne supportons pas d’être dépouillés.

– Nous tenons à faire valoir nos droits.

– Nous sommes prompt-e-s à défendre nos biens, notre propriété et nos intérêts… 

Ce sont des réflexes de défense, de survie des plus humains, primaires.

C’est une attitude habillée du vêtement bien noble de la justice… « J’ai droit à…, je suis chez moi…, je suis dans mon bon droit »

Cette attitude défensive est perverse :

  • Elle nous aveugle, elle nous centre sur nous-mêmes et ne nous permet pas de considérer l’autre dans son besoin, ses intérêts, voire sa souffrance… On devient très vite intolérant quand on est concerné.
  • Cette attitude nous pousse à nous donner les moyens de défendre nos droits et nous entraîne à nous référer à la loi, au détriment du dialogue. Si mon vis-à-vis est lui aussi convaincu d’être dans son bon droit, cela peut nous conduire devant les tribunaux…

La loi n’est pas mauvaise en soi. Mais elle est aussi dure et froide qu’une pierre tombale.

Nous, êtres humains, sommes sensibles, avec un cœur et ses émotions…

L’apôtre Paul parle précisément d’une émotion que l’on éprouve dans un conflit :

1)Ephésiens 4,25-26 : A l’écoute de soi

25 Alors ne mentez plus. Chacun doit dire la vérité à son prochain, parce que tous ensemble, nous faisons partie d’un même corps. 26 Quand vous vous mettez en colère, ne commettez pas de péché. Votre colère doit cesser avant le coucher du soleil. 

  • Dire la vérité, car nous formons un corps (l’Eglise, mais l’humanité est aussi un corps). Dire la vérité, c’est vivre dans des rapports transparents, c’est prévenir les conflits.
  • La colère est l’expression d’un mal être, d’une frustration, d’une injustice, d’une blessure… La colère n’est pas dénoncée comme un mal. C’est un sentiment légitime et même sain, comme un signal d’alarme… 
  • Cependant, la colère peut donner naissance à la violence, donc au péché…  D’où cet appel solennel à la maîtrise de soi !
  • Il y a même une limite temporelle. Gérer les conflits sans délai ! Ne les laissons pas dégénérer ou s’éterniser. On se sent tellement mieux, quand les choses sont dites et réglées…

La résolution des conflits commence par une écoute de soi, des sentiments qui révèlent un mal être, donc un problème. Je sens de la colère, de la tristesse, de la peur,… attention, c’est un signal d’alarme !

La question n’est vraiment pas de savoir si je suis la victime ou l’auteur, et quelle est ma part de responsabilité : 100%, 50%, 10%, peu importe ! Ce n’est pas la question ! Il y a un problème qui menace la relation entre toi et moi. C’est cela qui compte ! 

Il faut y être attentif et ne pas laisser les sentiments nous aveugler au point de passer à la violence ou d’aller en justice…

2) Matthieu 5,23-24 : Faire le premier pas

Le second texte nous lance un autre appel, complémentaire.

23 « Supposons ceci : tu viens présenter ton offrande à Dieu sur l’autel. À ce moment-là, tu te souviens que ton frère ou ta sœur a quelque chose contre toi. 24 Alors, laisse ton offrande à cet endroit, devant l’autel. Et va d’abord faire la paix avec ton frère ou ta sœur. Ensuite, reviens et présente ton offrande à Dieu. 

  • Jésus s’adresse à un croyant dans l’exercice de sa foi, qui va rendre un culte. Le lien est clairement posé : un conflit avec un frère est un obstacle à la communion avec Dieu… Il rend le geste de foi hypocrite.
  • Ici, il est question de quelqu’un qui nous en veut. Parfois, nous sentons qu’une relation avec quelqu’un est altérée et nous ne savons pas pourquoi… Nous sommes alors appelés à faire le premier pas du dialogue : Que se passe-t-il ?   Ai-je fait quelque chose qui t’a blessé ?…
  • A nouveau, l’enjeu n’est pas de savoir qui a tort ou a raison. Mais l’enjeu est de prendre l’initiative pour rétablir la relation. Relation à l’autre, mais aussi relation à Dieu ! Faire le premier pas !
  • Rien n’est gagné d’avance. La réconciliation est l’affaire des deux, trois personnes ou groupes concernés:

Paul le dit « S’il est possible, et dans la mesure où cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. … » Rm 12,18

Notre responsabilité est donc de faire le premier pas sans délai : « Tu te souviens… laisse ton offrande… va faire la paix… »

3) Matthieu 5,25-26 : Le dialogue sur le chemin du tribunal

Le 3ème texte biblique nous place dans un autre contexte. Le conflit a eu le temps de dégénérer, il est sur la voie de la justice et il n’est plus question de frère dans la foi, mais d’adversaire.

25 « Quand tu es encore sur la route du tribunal avec ton adversaire, mets-toi vite d’accord avec lui. Sinon, il va te livrer au juge, le juge va te livrer à la police, et on va te jeter en prison. 26 Je te le dis, c’est la vérité :  tu ne sortiras pas de là si tu ne paies pas tout l’argent que tu dois ! »

  • Ici, il y a vraisemblablement un tort reconnu. 
  • Mais l’appel est le même : prendre l’initiative du dialogue sans délai ! Trouve un accord, avant que la justice ne tranche avec des conséquences qui peuvent être lourdes…
  • Remarquons aujourd’hui que la justice elle-même offre une voie médiane qui tend à être toujours plus reconnue et pratiquée : la médiation. Les parties en conflits sont placées dans un face à face, selon des règles précises et avec un arbitrage… C’est une pratique qui a des fondements évangéliques, car elle favorise le dialogue, la recherche d’une solution concertée, où chaque partie en conflit se voit responsabilisée pour reconnaître ses torts et trouver une réparation. Enfin, la médiation permet souvent une désescalade, parce qu’au cours du dialogue, la colère peut laisser place à la compréhension…

Conclusion :

Voilà trois textes, trois appels à intervenir à temps, ou à différents moments : 

  • Etre à l’écoute de soi :  que se passe-t-il en moi,   pourquoi suis-je en colère, triste, inquiet… ?
  • Faire le premier pas quand je me rends compte qu’il y a quelque chose qui coince dans ma relation à l’autre. 
  • Il n’est pas trop tard, même quand la justice est sollicitée : sur la route du tribunal, je peux encore prendre l’initiative du dialogue !

                           *.               *.            *.            *.          *.        *.          *.        *        *

 Le rôle de la prière dans les conflits 

L’exemple d’Anne, mère de Samuel

 1 Samuel 1, 1-20

1 A Rama, dans la région montagneuse d’Éfraïm, vivait un Éfraïmite, du district de Souf, appelé Elcana ; il était fils de Yeroam, lui-même fils d’Élihou, petit-fils de Tohou et arrière-petit-fils de Souf. 2 Il avait épousé deux femmes, Anne et Peninna ; Peninna avait des enfants, mais Anne n’en avait pas. 

3 Chaque année, Elcana se rendait de Rama au sanctuaire de Silo pour y adorer le Seigneur, le Dieu de l’univers, et lui offrir un sacrifice. Les deux fils d’Héli, Hofni et Pinhas, étaient prêtres du Seigneur à Silo. 4 Elcana avait l’habitude de donner à Peninna et à chacun de ses enfants un morceau de l’animal sacrifié  5 mais à Anne, il donnait une part de choix, car il l’aimait beaucoup, bien que le Seigneur ne lui ait pas accordé d’enfants. 

6 Quant à Peninna, l’autre femme, elle cherchait sans cesse à vexer Anne pour l’humilier de n’avoir pas d’enfant. 7 Et chaque année, lorsqu’Anne se rendait au sanctuaire du Seigneur, la même scène se répétait. 

Une année, comme Anne se mettait à pleurer et ne voulait rien manger,  son mari lui demanda : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ne veux-tu rien manger ? Pourquoi es-tu si triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? » 

9 Après que l’on eut mangé et bu aux abords du sanctuaire de Silo, Anne se leva. Le prêtre Héli était assis près du montant de la porte. 10 Anne était très affligée. Tout en pleurs, elle pria le Seigneur en prononçant cette promesse : 

« Seigneur, Dieu de l’univers, vois combien je suis malheureuse ! Ne m’oublie pas, aie pitié de moi ! Donne-moi un fils, je m’engage à le consacrer pour toujours à ton service ; ses cheveux ne seront jamais coupés. »

12 Anne pria longuement. Héli l’observait,  il voyait ses lèvres remuer, mais n’entendait aucun son, car elle priait intérieurement. Héli pensa qu’elle était ivre et lui dit : « Resteras-tu encore longtemps dans cet état ? Va faire passer ton ivresse ailleurs ! » — 15 « Non, je ne suis pas ivre, répondit Anne. Je suis une femme malheureuse, mais je n’ai pas bu. Je suis ici pour confier ma peine au Seigneur. Ne me considère pas comme une femme de rien. Si j’ai prié aussi longtemps, c’est parce que mon cœur débordait de chagrin et d’humiliation. » 

17    Alors Héli déclara : « Va en paix. Et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. » — 18 « Et toi, répondit-elle, garde-moi ta bienveillance. » 

Anne s’en alla et accepta de manger. La tristesse avait disparu de son visage. 

19 Tôt le lendemain matin, Elcana et sa famille allèrent se prosterner devant le Seigneur, puis ils retournèrent chez eux, à Rama. Elcana s’unit à sa femme Anne, et le Seigneur exauça la prière de celle-ci. 

20 Anne devint enceinte, puis mit au monde un fils. Alors elle déclara : « Puisque je l’ai demandé au Seigneur, je lui donne le nom de Samuel. »

Prédication

J’ai choisi ce récit, car je le trouve particulièrement beau, très détaillé, c’est une présentation sensible du vécu d’une femme…

a) Les multiples conflits d’Anne

Il présente une femme prisonnière d’un conflit aux multiples facettes, il y a plusieurs personnes ou réalités concernées dans ce récit. C’est souvent le cas dans les situations conflictuelles que nous vivons. Les choses sont rarement simples…

En conflit avec la vie

Dimanche passé, je vous invitais à penser à un conflit que vous vivez actuellement… L’un d’entre vous à la sortie du culte m’a dit : « Moi, je ne suis en conflit avec personne, mais avec la vie… »

Anne est aussi en conflit avec la vie, la nature qui lui refuse un enfant, l’attente la plus forte pour une femme mariée… Anne semble être stérile.

En conflit avec Dieu ?

Anne était-elle aussi en conflit avec Dieu ? Dieu est créateur, auteur de la vie, tout-puissant… Le texte dit bien : « Dieu l’ayant rendue stérile / ayant fermé sa matrice. » Nous pouvons supposer une part de révolte, de colère, au minimum de doute envers Dieu, en particulier dans ce cri : « Ne m’oublie pas ! »

En conflit avec son mari

Anne a la chance d’avoir un mari attentif et aimant : «il lui donnait une part de choix de la viande des sacrifices, car il l’aimait beaucoup, bien que le Seigneur ne lui ait pas accordé d’enfants. »

Il lui donne une part de choix, il l’aime malgré sa stérilité… Mais ce brave Elcana ne comprend pas sa femme, il n’arrive pas à se mettre à sa place et à comprendre son manque, cette déchirure profonde… Sa tentative pour consoler sa femme est symptomatique : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ne veux-tu rien manger ? Pourquoi es-tu si triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? »

Anne n’est pas en conflit direct avec son mari, mais elle se sent ni comprise, ni soutenue par lui…

En conflit avec son entourage

Par contre, sa rivale Peninna est en conflit ouvert avec elle. Peninna ne se gêne pas de lui faire sentir son infirmité. Elle n’est pas une femme… Est-ce une manière de se venger, car Elcana a une préférence pour Anne et qu’elle occupe la seconde place ?

En conflit avec la religion

Comme si la situation d’Anne n’était pas assez lourde, elle vit au sanctuaire de Silo une expérience douloureuse. Le prêtre Héli la croit ivre et lui demande de quitter les lieux.

Même lui, le prêtre, l’homme de Dieu, qui devrait la comprendre et la soutenir, même lui vient jeter de l’huile sur le feu… Du moins dans un premier temps.

Dans sa détresse, Anne a le sentiment d’être une femme :

  • Amputée par la nature, elle est en conflit avec la vie ;
  • Oubliée de Dieu, elle est en crise avec Dieu ;
  • Incomprise par son mari, elle est en tension avec lui ;
  • Méprisée par Pennina, elle est en conflit avec son entourage féminin ;
  • Jugée par Heli, elle se sent rejetée par la religion.

On peut vraiment parler d’un conflit d’identité profond et complexe. Anne est mal dans sa peau, en tension avec Dieu et avec son entourage…

b) Le combat d’Anne

Mais quelle ténacité ! J’aimerais vous inviter à observer son attitude…

Anne aurait pu se laisser sombrer dans la résignation et la dépression. Elle reste active, persévérante dans son combat. Et surtout, elle s’adresse à la bonne personne : Dieu !

Elle aurait pu s’en prendre à la vie, faire des reproches à son mari, s’attaquer à Peninna, agresser le prêtre…

Elle s’adresse à Dieu !

Le texte dit littéralement :

« Anne, le cœur amer, prie et pleure, pleure » v.10

Elle dit à Dieu son humiliation, elle demande à Dieu de la considérer et elle fait une promesse à Dieu : si tu me donnes un fils, je le consacrerai à ton service…

Plus loin le texte est encore très précis au sujet de l’état d’âme d’Anne. Elle dit à Héli :

« Je m’épanche devant le SEIGNEUR. … car c’est l’excès de mes soucis et de mon chagrin qui m’a fait parler jusqu’ici. »

C’est l’excès, le trop plein de souffrance, de chagrin et d’irritation qui conduit Anne dans la prière.

Littéralement Anne dit : «  Je répands mon âme devant le Seigneur… » C’est beau ! On comprend qu’Anne se livre totalement, corps et âme dans la prière…
L’expression commune « vider son sac » prend ici tout son sens !

c) L’apaisement d’Anne

Comment tout cela se termine ? A votre avis, à quel moment le conflit est-il résolu ?

Il est important de noter qu’Anne retrouve la paix en quittant le sanctuaire avec la bénédiction du prêtre Héli.

« Va en paix. Et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. »

Il est dit qu’ « Anne s’en alla et accepta de manger. La tristesse avait disparu de son visage. »

Littéralement : « Elle perdit sa face de tristesse »

C’est la promesse de Dieu qui lui apporte la paix et qui marque l’issue de son combat. Ce n’est pas la naissance d’un fils neuf mois plus tard… Ce n’est pas l’exaucement, la résolution du problème ou du conflit… Cela s’est bien passé en elle, parce qu’Anne a vécu devant Dieu une réconciliation profonde et complète !

d) La réconciliation… 

« Réconciliation »… Nous revenons à ce vocabulaire qui nous relie au Christ.

« Oui, c’est Dieu qui a réconcilié le monde avec lui, par le Christ, sans tenir compte de nos fautes d’êtres humains. » (2 Co 5,19)

J’aimerais résumer le mouvement auquel nous sommes appelés dans des situations de crise ou de conflit. Comment la prière permet une résolution des crises et des conflits en nous, devant Dieu… 

Quand je suis en conflit, je porte un gros sac, bien lourd et plein…

…plein d’émotions : amertume, tristesse, colère, peur, jalousie, mépris de soi, indifférence…

…plein de pensées qui peuvent donner naissance à des intentions. Anne devait certainement se dire :

  • « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ! Si c’est ça ce Dieu d’amour, ben zut alors… »
  • « Je ne vaux rien, je ne suis pas digne d’être femme, j’ai certainement mérité ma condition. La vie ne vaut pas la peine d’être vécue… »
  • « Cette Peninna, quelle garce ! Si j’en ai l’occasion, je lui en collerai une bonne ! »
  • « Mon pauvre mari ! Il n’y comprend rien, il se croit suffisant, il ne voit que lui… »
  • « Héli, si lui aussi me juge et me rejette… Alors là c’est le bouquet. Faut plus qu’il espère me voir au sanctuaire ! »

Que faire avec ce gros sac ?
Certaines personnes se promènent avec ce gros sac, elles s’y accrochent. De temps en temps, sans qu’elles le veuillent, sans s’en rendre compte, il y a quelque chose qui en sort et qui fait mal à un innocent qui passait par là… Un coup de griffe, une parole dure, un jugement,… C’est normal. Ce sac est tellement plein, à l’excès, il déborde.

Il y a des personnes qui vont voir spécialiste après spécialiste et qui déballent leur sac devant chacun … mais qui, aussitôt après, le remballent et le reprennent avec elles, accusant les spécialistes d’impuissance…

A force de porter ce sac, beaucoup s’épuisent, désespèrent et se replient sur eux-mêmes ; d’autres se révoltent et deviennent agressifs, d’autres encore deviennent très durs et cyniques…

Et toi ?

Est-ce que tu entends cet appel de Jésus:
« Viens à moi toi qui es fatigué et chargé et je te donnerai du repos.» Matthieu 11,28

Ou cet appel de l’apôtre Paul :

« Nous vous en supplions, au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »                       2 Corinthiens 5,20

Voilà ce qui se passe quand nous allons au Christ avec notre gros sac :

Lumière : 

Jésus dit « Je suis la lumière du monde qui éclaire tout homme… »

A la lumière du Christ, dans le secret de la prière, nous commençons à voir clair, à comprendre ce qu’il y a dans ce gros sac. Nous pouvons alors commencer le tri, « les-à-fonds ».

Poubelle : 

Il y a des pensées et des intentions qu’il faut rejeter en pleine conscience.

« Seigneur, par ta grâce, je jette cette pensée qui est mauvaise et qui n’est pas de toi. Je renonce à ce projet de vengeance. Je refuse d’entretenir cette idée que je ne vaux rien. Je décide d’arrêter de me plaindre… »

Avec les émotions, c’est différent. Il est bon d’en faire quelque chose. Il faut chercher à les décoder, car elles révèlent des blessures, des fragilités. L’amertume, la tristesse, la colère, la peur, la jalousie, le mépris de soi, l’indifférence… sont souvent des révélateurs de blessures. 

L’amertume et la tristesse d’Anne sont la pointe de l’iceberg. Au fond, il y a un cœur en souffrance, le cœur d’une femme qui vit un manque identitaire : l’incapacité à donner la vie, donc à être pleinement femme.

Quand on comprend l’origine de nos émotions, quand on peut « aller au cœur du problème », souvent, on éprouve un premier soulagement.

Parfois, il  arrive que nous ne sachions pas décoder nos émotions. On peut demander à Dieu de nous y aider: « Seigneur, qu’est-ce qui se passe en moi ? D’où vient ma tristesse, ma peur, … ? » A la lumière du Saint-Esprit, Dieu nous éclairera. Il révèle les points sensibles, les nœuds.

Le Saint-Esprit agit un peu comme les mains de l’ostéopathe : elles parcourent les parties douloureuses de notre corps et soudain, elles s’arrêtent et touchent le point sensible, le lieu où les nerfs sont coincés…

Ce processus de réconciliation devant Dieu, à la lumière du Christ, peut prendre du temps. Nos âmes sont parfois tellement embrouillées, en bataille, que cela peut prendre du temps… Et nous pouvons avoir besoin d’une aide extérieure.

Le manteau de paix :

Mais quand les blessures sont révélées, Dieu peut les soigner… Nous pouvons en être certains. Dieu sait prendre soin de nos personnes toutes entières.

Dieu est fidèle et bon, il nous revêtira du manteau de paix, qui est le signe d’un conflit apaisé, intérieurement résolu.

e) La résolution des conflits

 J’ai beaucoup parlé de la réconciliation intérieure, personnelle, du croyant qui se retrouve face à Dieu.

Qu’en est-il de la résolution « extérieure » ou effective d’un conflit qui implique des tierces personnes ?

Je veux souligner 3 choses :

  1. La résolution d’un conflit est incertaine car elle ne dépend pas uniquement de moi. Pour vivre une réconciliation, il faut deux bonnes volontés. 
  2. Mais la bonne nouvelle, c’est que je peux retrouver la paix, même si l’autre ne cherche pas la résolution. Je peux pardonner à quelqu’un et retrouver la paix, même si cette personne refuse  de reconnaître ses torts. Si je suis fautif et que l’autre refuse de me pardonner, je peux recevoir le pardon de Dieu. Enfin, je peux être victime d’une injustice qui demeure non reconnue par la justice et être en paix. En définitive, le pardon, la paix viennent de Dieu et non des hommes.
  3. Enfin, la semaine passée, j’ai valorisé le dialogue avec mon prochain, comme un chemin évangélique pour résoudre les conflits. 

Suite à une discussion avec l’un d’entre vous, j’aimerais bien préciser que Dieu peut utiliser toutes sortes de chemins pour résoudre des conflits. Le dialogue ou la médiation ne sont pas toujours possibles. Parfois, il est bon de  s’en remettre aux tribunaux. Parfois, il est bon de renoncer à la voie judiciaire quitte à perdre, à être « dépouillé » (cf. 1Co 6,7)…
Dans la prière, Dieu nous suggère la voie qui est la sienne.

O. Bader, pasteur, paroisse Yverdon-Temple

L’importance de la Croix

Prédication de Philippe Decorvet.

Que vous alliez à Sydney, Johannesburg, Séoul, Rio de Janeiro, Kinshasa ou…Lausanne, chaque fois que vous voyez une croix sur un bâtiment vous pouvez être sûrs que c’est un lieu de culte chrétien. Ce bâtiment peut être une magnifique cathédrale gothique, un monastère byzantin ou une simple salle dans un faubourg populaire, mais vous savez que des chrétiens se réunissent là. Ces fidèles peuvent être catholiques, réformés, orthodoxes, baptistes, coptes ou pentecôtistes, ils peuvent parler allemand, coréen, lingala, suédois ou russe, mais la croix est ce qui les identifie et les rassemble. Oui, malgré leurs différences, leurs particularités, leurs divisions et – hélas ! – leurs conflits, toutes les Eglises reconnaissent la croix comme le signe caractéristique du christianisme.

Pourtant, à première vue, cette constatation est étonnante et même choquante. La croix était un instrument de torture et un signe de honte et d’infamie au 1er siècle de notre ère. Les Romains ne pouvaient oublier ce qui s’était passé en l’an 71 avant Jésus-Christ lors de la révolte de Spartacus qui avait  fait trembler Rome et où l’on avait crucifié 6000 esclaves. Quant aux Juifs et aux premiers chrétiens ils avaient encore en mémoire  les horreurs de la prise de Jérusalem en l’an 70 où le futur empereur Titus  avait fait crucifier tellement de gens que l’historien Flavius Josèphe a pu écrire : à peine pouvait-on suffire à faire des croix et trouver de la place pour les planter. Pourquoi donc choisir la croix comme emblème pour l’Evangile qui est un message de paix, d’amour, de pardon et d’unité ? Ce n’est pas pour rien que l’apôtre Paul dit aux Corinthiens que la croix est une folie pour les païens et un scandale pour les Juifs (1 Cor.1.23). Et on peut le comprendre : Que diriez-vous, Mesdames, d’arborer autour du cou un bijou en or, représentant une guillotine ou une potence ? Or la Croix était l’équivalent de cela au premier siècle. Et même bien pire encore !

Mais l’Eglise a très vite compris que dans ce drame de la Croix – car la Croix est réellement un drame –  réside le cœur et le centre de l’Evangile. Et que ce drame est aussi une Bonne Nouvelle et une victoire car c’est là que nous pouvons comprendre qui est Dieu en vérité,  pourquoi Jésus est venu sur la terre et pourquoi nous avons besoin de lui. C’est là aussi que nous pouvons comprendre qui nous sommes en réalité.

La Croix nous révèle d’abord que Dieu est amour et que nous sommes vraiment aimés de lui.  Même, comme dit l’apôtre Paul aux Ephésiens, aimés d’un amour qui surpasse toute connaissance (Eph.3.19). Comme Jésus lui-même l’a dit à ses disciples : Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jean 15.13). Cet amour a bouleversé l’apôtre et a changé sa vie. Il sait que ce n’est pas un amour théorique et vague, mais un amour personnel et précis. Il le dit aux Galates : Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi (Gal.2.20).

Le Fils de Dieu m’a aimé. Paul sait qu’il a été un homme violent, qu’il a persécuté les premiers chrétiens et qu’il a du sang sur les mains. Il sait aussi qu’il a un caractère bien trempé et qu’il lui arrive de se disputer même avec ses meilleurs amis comme Barnabas. Il est même tellement convaincu d’être un homme pécheur qu’il s’estime être le premier d’entre eux ! (1 Tim.1.13). Et voici qu’il découvre que le Fils de Dieu, qu’il a blasphémé et contre lequel il a combattu de toutes ses forces, l’aime lui, tel qu’il est !

Cette première découverte bouleversante est suivie d’une seconde qui l’est encore davantage : le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même. Il a accepté la pire des humiliations et la plus grande des malédictions. Il ne s’est pas contenté de quitter la gloire du ciel pour s’incarner dans une chair semblable à la nôtre – ce qui déjà était une incroyable preuve d’amour –  mais il a été jusqu’à accepter la mort. Librement. Il le dit : personne ne m’ôte la vie, je la donne de moi-même (Jean 10.18). Et quelle mort ! La plus infamante de toutes : celle de la croix.

Enfin l’émerveillement de l’apôtre est à son comble quand il réalise qu’il est, lui, l’objet de cet amour : Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi.  Paul comprend que même s’il avait été seul au monde ou seul pécheur au milieu d’une humanité innocente, Jésus serait venu pour lui et la croix aurait été dressée pour son salut, car Dieu veut  qu’aucune brebis ne se perde. 

Mais ce n’est pas seulement pour l’apôtre Paul que cette parole est vraie, elle l’est pour chacun de nous. Comme le dit l’épître aux Romains : Dieu prouve son amour envers nous : lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous (Rom.5.8). Pour chacun de nous. Qui que nous soyons. Quoi que nous ayons fait. Quel que soit notre passé. Y a-t-il une catégorie d’hommes ou de femmes dont Dieu dise :  « Pour eux ça ne vaut pas la peine d’envoyer mon Fils » ? Y a-t-il des personnes à qui Jésus dirait :     « Je ne suis pas monté  sur la croix pour vous » ? Non, bien au contraire, et nous le savons bien, Jésus appelle chacun : Venez à moi, vous tous…

Quand nous comprenons cela, nous comprenons aussi quelle est notre valeur aux yeux de Dieu. Vous voulez savoir quelle est votre valeur aux yeux de Dieu ? Ecoutez l’apôtre Pierre : Vous avez été rachetés, non par de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ (1 Pi.2.19). C’est ce que l’histoire des deux billets racontés tout à l’heure voulait faire comprendre : Même si nous avons l’impression d’être comme un vieux billet, tout froissé, tout fripé ou tout sale, nous avons une valeur inestimable aux yeux de Dieu. Une valeur telle qu’il n’a pas hésité à envoyer son Fils bien-aimé mourir, pour nous. Quel amour, mon Dieu quel amour ! Y en a-t-il jamais eu de plus grand ?

Mais la croix nous fait également comprendre, et tout aussi fortement, que Dieu est un Dieu saint. Et même trois fois saint comme dit l’Ecriture. Le péché et le mal lui sont insupportables, ils ne peuvent trouver place en sa présence : ses yeux sont trop purs pour voir le mal, dit le prophète Habaquq (1.13). La bonté de Dieu ne fait pas de lui un être indulgent et bonasse comme ces parents faibles qui laissent tout faire à leurs enfants sans jamais les reprendre. Pauvres parents que ceux-là. Et pauvres enfants aussi car c’est le plus sûr moyen d’en faire des enfants frustrés, malheureux et parfois délinquants. Non, Dieu n’est pas ce « bon dieu », indifférent au mal et qu’on peut manipuler à sa guise. Il n’est pas ce dieu dont Voltaire disait : « Il pardonne, c’est son métier ». Oui, il pardonne, mais le mal, mais le péché doit être expié, car Dieu est saint. Et c’est cela aussi que révèle la croix. On parle beaucoup de l’amour de Dieu aujourd’hui, mais parle-t-on encore de sa sainteté ? Parler de l’amour de Dieu sans parler aussi de sa sainteté, ce n’est pas parler du Dieu de la Bible. L’Ecriture mentionne sa sainteté quasiment aussi souvent que son amour. Et c’est, je pense, une des raisons de la faiblesse de nos Eglises en Occident que de parler de l’amour de Dieu sans parler de sa sainteté.

Dans la Bible, l’amour de Dieu est toujours indissolublement lié à sa sainteté. Saint, saint, saint est le Seigneur, disent les séraphins qui se tiennent au-dessus du trône de Dieu. Devant cette révélation, le prophète Esaïe ne peut que s’écrier : Malheur à moi, je suis perdu car je suis un homme dont les lèvres sont impures (Esaïe 6.5).  Esaïe se rend compte que devant cette sainteté il ne peut subsister tel qu’il est. Malgré toute sa bonne volonté, malgré tous ses efforts pour s’améliorer, il reste un pécheur. Tout prophète qu’il est, il a besoin d’un Sauveur. Et c’est ce qu’il entrevoit et même ce qu’il prophétise dans le fameux chapitre 53 que nous avons lu tout à l’heure et qui est une annonce de l’œuvre de Jésus à la croix. : Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur Lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris, que nous sommes sauvés (Esaïe 53.5).

Oui, quelle admirable prophétie de la croix, d’autant plus admirable qu’elle a été donnée plusieurs centaines d’années avant la venue de Jésus. Car  que s’est-il passé à  Golgotha ? L’apôtre Pierre le dit : Christ a porté nos péchés en son corps sur le bois (1 Pi.2.24). Encore une fois Dieu est saint. Ses yeux sont trop purs pour voir le mal. Son Royaume n’est pas un moulin dans lequel on entre n’importe comment. Dans une de ses paraboles dites précisément du Royaume, Jésus précise bien que nul  ne peut entrer dans la salle des noces avec un habit souillé (Mat.22.11). Or, comme le dit encore Esaïe : toute notre justice est comme un vêtement souillé (Es.64.5). Comment avoir un vêtement propre, un vêtement lavé, un vêtement neuf qui nous permette d’entrer dans la salle des noces ? Oui, comment être lavé de nos souillures, pardonné de notre péché ? Qui sera assez juste pour satisfaire la justice et la sainteté de Dieu ? Il n’y a pas de juste, pas même un seul rappelle l’apôtre Paul en citant les Psaumes 14 et 53. Comme le dit un théologien anglais : « Le pardon est pour l’homme le plus impérieux des devoirs et pour Dieu le plus crucial des problèmes ». Et Dieu résout ce problème en prenant sur lui, en Jésus-Christ, le seul juste, le poids et la conséquence de nos fautes.

 « La croix est le seul endroit où le Dieu d’amour, de miséricorde et de compassion se révèle de telle manière que sa sainteté et son amour nous apparaissent tous deux comme également infinis » souligne John Stott.

A la croix il y a eu un échange : Jésus, le seul juste, prend sur lui notre vêtement souillé et il nous donne Sa justice. C’est ce que les théologiens appellent la mort substitutive de Jésus. Il prend notre place et nous donne la sienne. Martin Luther l’a bien compris quand il dit cette parole souvent citée : « Jésus, tu es ma justice et je suis ton péché ». 

C’est le cœur du message de la Réforme. Ma justice ne vient pas de moi-même, de mes efforts, de mes œuvres, car tout cela n’est qu’un vêtement souillé. Elle vient de Jésus, le seul juste, qui sur la croix a pris mon péché et m’a donné Sa justice. Comme le dit le refrain de ce merveilleux cantique  « Torrents d’amour et de grâce » : Couvert par ta justice, j’entrerai dans le saint lieu.

Au chapitre 7 de l’Apocalypse l’apôtre Jean raconte la vision qu’il a eu du Royaume de Dieu : Il voit une grande foule de toute nation revêtus de robes blanches.  Et il entend une voix  qui lui dit : ce sont ceux qui ont lavé leurs robes et les ont lavées dans le sang de l’Agneau. C’est, bien sûr, un rappel de Golgotha. Un peu plus loin, au chapitre 22 – et c’est la conclusion du livre, et même de toute la Bible – il nous est dit : Heureux ceux qui lavent leurs robes afin d’avoir part à l’arbre de Vie (Ap. 22. 14). C’est la dernière béatitude de la Bible. Il y en a beaucoup de béatitudes dans la Bible, tant dans l’A.T. que dans le N.T., et celle-là en est l’apogée et les résume toutes. Oui, grâce à la croix de Jésus où il prend mes fautes et me donne son pardon et sa justice j’ai accès à la salle des noces du Royaume de Dieu. C’est cela la Croix, elle transforme le drame en Victoire.

Quand Saul de Tarse a compris cette vérité, ça a tellement changé sa vie que désormais ce fut le cœur de son message partout où il est allé : Quand je suis allé chez vous, dit-il aux Corinthiens, je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié (1 Cor. 2.2). Et il conclut son épître aux Galates par cette déclaration : loin de moi la pensée de me glorifier d’autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ (Gal.6.14).

N’est-ce pas ce message-là que nous avons encore à annoncer aujourd’hui ? Tant de gens se sentent mal dans leur peau, tant de gens souffrent de problèmes d’identité et se sentent seuls, incompris, inutiles, semblables à un billet tout froissé, comme on le disait tout-à-l’heure. La croix vient leur dire : Mais non ! Tu as de la valeur. Tellement de valeur que Jésus est venu pour toi aussi. A la croix cet échange est aussi pour toi. Il prend ta misère, tes complexes, tes fautes et il te donne sa justice. Accueille-le.

Alors, toi aussi tu peux dire : couvert par ta justice j’entrerai dans le saint lieu.

Amen

Textes bibliques :  Esaïe 53. 1-7 ; 1 Cor. 2.1-5 ; 1 Pi.2. 22-25.

 

Les évangéliques dans l’eerv

Les relations entre les différents courants théologiques qui traversent l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) sont un sujet de préoccupation depuis longtemps ; les évangéliques sont souvent mal perçus ou mal compris.

Un groupe de travail constitué de Pierre Bader, Françoise Grand, Christophe Guignard,  Vincent Guyaz, Martin Hoegger, Alain Wirth et Benoît Zimmermann a réfléchi à ce sujet en 2007. Leur conclusion garde toute sa pertinence aujourd’hui !

Pour découvrir leur important travail, cliquez sur le lien ci-dessous :

Evangéliques dans EERV