Skip to main content

La vie comme un hâte-toi lentement

Nous pouvons envisager notre vie chrétienne dans le monde comme une sorte de « Hâte-toi lentement » ou un parcours à découvrir en sept tableaux. 

Antoine Schluchter

Marc 8.14-21. Luc 9.1.9 ; 13.31-35

Premier tableau : « Le cochon d’Hérode »

« Mieux vaut être le cochon d’Hérode que son fils ! », selon un dicton de l’époque qui joue sur la consonnance entre les mots fils et cochon en grec. Mais que voulait-on dire par là ? Il s’avère qu’Hérode avait fait tuer certains de ses propres enfants, femme, beaux-frères et qu’il avait éliminé tous ses rivaux, dont les prêtres de la dynastie légitime. Il s’agit d’Hérode le Grand, qui gouvernait la Judée au moment de la naissance de Jésus. Pas étonnant, hélas, qu’il ait ordonné le massacre dit des saints innocents. Écho terrifiant avec la cruauté de Pharaon à laquelle Moïse échappe par la main de Dieu. Les chances de survie étaient donc plus élevées pour un cochon qu’un fils ; le cochon n’étant pas un intriguant de nature. Et même si Hérode meurt juste après la naissance de Jésus, son fils lui emboîte le pas. Jean-Baptiste en fera les frais ; les Hérode ne toléraient pas la moindre critique.

Deuxième tableau : Une dynastie tyrannique

Donc Hérode le Grand essaie d’éliminer l’enfant, la famille doit fuir en Egypte et les effets collatéraux sont atroces. Puis, un de ses fils, Hérode Antipas, fait couper la tête à Jean-Baptiste : maudite dynastie ! C’est la marque des tyrans vaniteux et totalement dépourvus de scrupules, motivés par un désir de domination, mais aussi une peur-panique d’être évincés. Ce type de personnage existe depuis que le monde est monde et à tous les niveaux.

On en trouve des versions supposées démocratiques tout aussi violentes et le petit roitelet qui sommeille en nous –prenons garde !—est prompt à tyranniser son entourage. Même chez l’apôtre Paul qui a dû accepter une pénible écharde pour rester humble. En église aussi, le danger et les méfaits de telles attitudes peut faire des ravages.

Troisième tableau : Inversion de températures

À plusieurs reprises ces jours-ci, on a eu droit à des inversions de températures. Il aurait dû faire plus froid en montagne qu’en plaine et c’est le contraire qui s’est produit. Eh bien, on a aussi droit à une inversion inattendue et bienvenue dans ce récit de l’épiphanie : les croyants locaux passent totalement à côté de la naissance du Messie et les religieux sont à la solde du tyran à qui ils doivent leur position. Du coup, ce sont des étrangers, des astrologues païens qui viennent adorer le Roi promis et qui doivent faire face à la ruse d’Hérode.

Quatrième tableau : Vraiment gonflé !

Voilà le monde dans lequel arrivent les Mages, voilà le monde dans lequel nous vivons. Il a certes d’autres facettes, mais avec cette constante indéniable de malfaisance. Un monde de calculs, un monde égocentrique, un monde vaniteux. Gonflé, pétri d’un mauvais levain dont il faut se méfier. Le levain des Pharisiens, précise Jésus, c’est l‘hypocrisie. Dans un autre évangile, il ajoute celui des Sadducéens ; personne n’y échappe et le levain d’Hérode, on perçoit que c’est l’intrigue et la fourberie. Qui, d’ennemis qu’ils étaient, fera de lui l’ami de Pilate sur fond d’exécution sommaire. Alliances improbables ayant pour seul but d’éliminer le gêneur. Elles restent monnaie courante, il suffit d’allumer son poste ou d’ouvrir un journal.

Cela n’empêche pas Hérode, par moments, d’être perplexe. : Jésus est-il le Baptiste ressuscité ? Perplexité de surface qui ne freine en rien les élans sanguinaires du tyran.

Cinquième tableau : Un renard 

 « Rusé comme un renard », dit-on volontiers. « Allez dire à ce renard », balance Jésus aux religieux à la botte d’Hérode. Ils se sont employés à le faire partir de Galilée, là où se trouvait la résidence d’Hérode. Sursaut de compassion ? – Hélas non, tentative d’intimidation. La réponse au renard est à la fois énigmatique et magnifique : « Je chasse des esprits mauvais et j’accomplis des guérisons aujourd’hui et demain. Et le troisième jour, j’achève mon œuvre. »

Jésus n’en a cure, il sait pourquoi il est là, il apporte libération et guérison jusqu’à cet accomplissement –pour ne pas dire ce couronnement– qui, du haut de la Croix, lui fera dire « Tout est achevé ». Il va de l’avant avec détermination ; dans l’épisode qui suit, il pleure déjà sur Jérusalem.

Faisons le point

Avant de changer de salle d’exposition pour les deux derniers tableaux, faisons le point. Nous avons vu les agissements de deux des membres de la dynastie des rois maudits. Le deuxième posera mille questions à Jésus lors de son arrestation ; en vain. Jésus reste silencieux, il n’entre pas dans ce jeu pervers, il ne se compromet pas. Il faut parfois savoir se taire. Le troisième, Hérode Agrippa 1er, mettra à mort Jacques, le frère de Jean et s’entêtera en constatant que cela plaît à la foule… triste ancêtre de l’audimat. Le quatrième et dernier, Hérode Agrippa 2, n’aura quasiment plus de pouvoir. Clap de fin sans gloire.

Ensuite, nous avons vu combien le mauvais levain peut faire des ravages. Levain de l’hypocrisie, du compromis, de la vanité, levain du monde ancien. L’apôtre Paul nous exhorte à être une pâte nouvelle sans levain, et il manie le mortier avec vigueur :

« Il n’y a pas de quoi être fiers ! Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ? Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain ; car le Christ, notre Pâque, a été sacrifié. Célébrons donc la fête, non pas avec du vieux levain, ni avec un levain de malfaisance et de méchanceté, mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité » (I Corinthiens 5.6-8).

Et enfin, nous avons vu la fourberie du renard qui manigance en permanence jusqu’à soumettre les dirigeants religieux pour mieux assouvir ses sombres desseins.

Sixième tableau : Le serpent et la colombe

La question qui se pose à nous semble étrange en-dehors du contexte, mais c’est la question-clé : comment être pâte nouvelle au milieu des renards ? Nous connaissons les appels à donner aussi sa tunique, à tendre l’autre joue. Nous connaissons ces béatitudes promises aux doux, aux artisans de paix, aux persécutés. Cet évangile de la non-violence dans le sens le plus fort et le plus noble qui soit. Nous connaissons le sort qui attendait Jésus et qui était pour lui un achèvement : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »

Pareil pour nous ? – De façon ultime oui, cela peut se présenter ; mais déjà comme devise, donner sa vie, s’ouvrir aux autres dans un esprit de service plutôt que de la garder pour soi. Cela dit, il y a des temps et des moments différents. Les disciples envoyés en mission ne doivent prendre ni bourse ni sac ni épée ; mais par la suite oui, quand le danger menace. Cet envoi en stage pratique semble suivi de paroles portant aussi sur l’avenir dans lesquelles Jésus décrit la dangerosité de la mission et donne ce conseil : « Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez donc rusés comme les serpents et candides comme les colombes. Prenez garde aux hommes ! »

,

Après le cochon et le renard, voici des brebis, des loups, des serpents et des colombes. La ménagerie s’élargit et l’imagerie aussi. Des brebis au milieu des loups, on perçoit tout de suite que c’est délicat. Le tandem serpent-colombe surprend encore davantage, tant il semble improbable. Surtout l’appel à ressembler à des serpents ; depuis la Genèse, un frisson nous parcourt l’échine. Ce dicton était en fait connu, le serpent était traditionnellement associé à la sagesse et la colombe à la candeur.

Septième et dernier tableau : Une sorte de Hâte-toi lentement

Vivre notre foi est une sorte de Hâte-toi lentement constamment en tension entre prudence et élan : être avisés, faire preuve de sagesse, de finesse, d’une certaine ruse même, mais en osant foncer sans se laisser dicter le ton par des mesures d’intimidation. Comme la peur de perdre un soutien de taille ou une aura selon nos choix d’église au risque de devenir les conseillers d’Hérode plutôt que de se laisser conseiller par Jésus ? Avoir cette sorte de détachement, de confiance non calculée, de simplicité. Les Mages, déjà, ont su faire preuve de candeur pour suivre l’étoile et se montrer particulièrement avisés pour repartir par un autre chemin : avisés d’en-haut !

C’est un splendide tissage, un cocktail audacieux, une puissante interpellation à entrer dans l’année nouvelle avec une sagesse à l’opposé de la ruse des fourbes et une simplicité à l’opposé des calculs intéressés menant le monde par le bout du nez. Car si l’épiphanie est  une manifestation de la royauté du Christ, doux et débonnaire, elle est aussi la manifestation des pires instincts qui ont cours dans ce monde. Alors, comme les Mages, laissons-nous mettre en route avec candeur jusque vers Jésus et soyons avisés en prenant d’autres chemins pour être ses témoins au cœur du monde. Autres que la fourberie, l’intérêt, le calcul, la crainte, la timidité : les chemins candidement audacieux de l’évangile.

Prédication pour la Réformation

C’est la 507ème fois qu’a lieu l’anniversaire de l’événement fondateur de la Réforme,

à savoir le placardage des 95 thèses de Luther : « Disputatio pro declaratione virtutis

indulgentiarum ».

Pasteur Gilles Boucomont

Saint Paul de Barbès, 31 octobre 2025

Jean 14,1-7

1 « Ne soyez pas troublés, leur dit Jésus. Vous avez confiance en Dieu, ayez aussi

confiance en moi. 2 Il y a beaucoup de lieux où demeurer dans la maison de mon

Père ; sinon vous aurais-je dit que j’allais vous préparer une place ? 3 Et si je vais

vous préparer une place, je reviendrai et je vous prendrai auprès de moi, afin que là

où je suis, vous soyez également. 4 Vous connaissez le chemin qui conduit où je vais.

» 5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment en

connaîtrions-nous le chemin ? » 6 Jésus lui répondit : « Moi, je suis le chemin, c’est-

à-dire la vérité et la vie. Personne ne vient au Père autrement que par moi. 7 Si vous

me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Et à partir de maintenant vous le

connaissez, vous l’avez vu. »

2 Corinthiens 3,17

16 Il est écrit : « Lorsqu’on se tourne vers le Seigneur, tout est dévoilé. » 17 Or le

Seigneur, ici, c’est l’Esprit ; et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté.

18 Nous tous, le visage dévoilé, nous contemplons en Christ, comme dans un miroir,

la gloire du Seigneur ; ainsi, nous sommes transformés pour être semblables au

Seigneur, et nous passons d’une gloire à une gloire plus grande encore. Voilà en effet

le Seigneur, qui est l’Esprit.

Prédication

C’est la 507ème fois et depuis la 500ème il est à craindre qu’il puisse

y avoir un certain caractère répétitif voire rébarbatif dans les propos du prédicateur.

Mais prenons le risque de nous poser la question fondamentale de chaque 31 octobre

dans les cénacles protestants : « Finalement, que s’est-il passé ce jour-là ? »

Faire mémoire d’un événement historique n’est pas célébrer une fête puisque Luther

lui-même aspirait à ce que l’on ne fête que des événements de la vie du Christ.

Pourtant vous pourrez convenir que le geste du placardage des thèses à Wittenberg

est une date dans l’histoire du peuple de Dieu telle qu’elle s’écrit, page après page,

depuis la clôture du canon des Écritures.

Je voudrais vous proposer de lire ces 95 thèses en partant du principe suivant : elles

constituent une réforme de l’accès au « droit au salut ».

Depuis que nous avons emménagé à l’est d’Eden, Dieu ne cesse de se préoccuper

d’administrer la rédemption, la justification, et le salut d’une humanité dont la

principale persévérance est celle de pécher assidûment. La Bible est donc à certains

égards un traité juridique présentant les modalités successives de l’administration

d’un « droit au salut », au travers des siècles ?

Il y eut la série des alliances générationnelles, avec Adam, Caïn, Noé, Abraham, Isaac

et les autres. Leur salut était contractuel : à chaque génération, prononcé et

reprononcé comme un bail emphytéotique qui se renouvelle explicitement avec

régularité.

Puis il eut l’alliance mosaïque avec la loi comme pierre angulaire, ne nécessitant plus

la reconduction explicite du contrat tous les 35 ans. La revivification de cette alliance

imposa le surgissement du ministère prophétique qui eut une fonction de « gardien

de la paix », qui vous rappelle la Loi.

Ce n’est plus une nouvelle alliance, mais la re-proclamation d’une alliance ancienne.

En Jésus-Christ vint l’alliance définitive, par son ministère messianique puis son

œuvre à la croix, par sa sortie du tombeau et le don de son Esprit. Tout était accompli.

Tout était accessible à chacun à tout moment.

Voici donc « l’économie du salut pour les nuls » que nous sommes.

Ce caractère définitif de l’alliance en Christ fut malheureusement maltraité par

l’évolution de l’Église, du fait de son étrange projet qui a consisté à inventer la

chrétienté.

« Christ annonçait le Royaume et c’est l’Église qui est venue ».

L’Église s’est mise à administrer l’économie de la rédemption, et le lien monétaire est

devenu, bon an mal an, le point de contact entre une Église prestataire et des fidèles

bénéficiaires. Mammon avait gagné malgré l’avertissement du Christ : « Nul ne peut

adorer Dieu et Mammon ».

Et Christ avait raison, car Dieu a failli quitter le devant de la cène.

La catholicité de l’Église fut avant tout impériale, bien plus que miséricordieuse, grâce

à Constantin et quelques autres acteurs voulant à tout prix offrir à l’Église un César.

L’alliance impériale avait fait monter la cote de Mammon, le Dieu de l’argent, ce qui

acheva le travail préparatoire à l’advenue de Luther. Il ne restait à ce dernier que

d’entrer en scène à une époque où la théologie du salut se résumait dans le fameux

précepte : « Hors de l’Église point de salut », là où l’apôtre Paul aurait été plus enclin

à dire « Hors du Christ, point de salut ».

C’est ce décalage qui fut insupportable au moine de Wittenberg.

Sa Dispute sur les indulgences est l’analyse d’une trahison économique.

En 1517 le salut en chrétienté fonctionnait comme un business de la grâce, administré

par l’Église, avec son système de placement sacramentel, les obligations et actions

des indulgences, etc. Rentabilité garantie d’une assurance-vie.

Luther, lui, rejeta cette logique transactionnelle : pour lui, le salut n’est pas un verdict

du droit pénal canonique (rendu par l’Église), mais un jugement direct de Dieu, fondé

sur la foi seule (sola fide) et la grâce seule (sola gratia).

Rien de nouveau puisque tout est déjà présent chez Paul ; mais disons que ce n’était

plus vécu.

Malgré la difficulté à honorer la cible synodale, il ne semble plus qu’il y ait quelque

trace d’un salut monnayable dans nos assemblées dominicales. Nous restons

vigilants sur le marketing parfois agressif de quelques conseils presbytéraux, et

observons de loin les réformes financières du Vatican ou les errements d’une

théologie de la prospérité dans les synagogues de Mammon, pour parler comme

l’Apocalypse. Tout cela est bien loin. Oui l’Église est à sa place quand elle n’est plus

le lieu où se négocie ou se vend le salut, mais qu’elle est bien l’assemblée de ceux

qui ont déjà bénéficié du salut.

Alors la Réforme est-elle terminée ?

Cela nous serait vexant car nous avons quand même beaucoup enseigné les

troisièmes années de catéchisme sur le Semper Reformanda.

La Réforme est achevée, mais elle est encore à faire

Disons qu’elle a changé de front. Et permettez-moi de vous livrer ici l’esquisse d’une

interprétation quant au lieu théologique de sa relocation.

Depuis quelques siècles, la Vérité unique administrée par le Seigneur via l’Eglise a été

contestée en son unicité. A surgi l’idée qu’il existerait plutôt des vérités qu’une seule.

Kant l’a pressenti en distinguant entre le noumène (la chose en soi, inaccessible) et le

phénomène (ce qui apparaît dans notre expérience). Mais c’est au XXème siècle que

deviendront vraiment distincts les concepts de Réel et de réalité, notamment avec

Lacan, pour qui le Réel est précisément ce qui échappe à la représentation et au

langage, ce qui résiste à la symbolisation (par opposition à la réalité). Les

phénoménologues déploieront le concept avec Husserl ou Heidegger.

Il n’y a plus de vérité singulière, il n’y a que des vérités plurielles.

Mais aujourd’hui, à l’ère de la post-vérité, ou des vérités alternatives décrétées depuis

le bureau oval, avec le potentiel de manipulation de l’information que donnent les

plateformes électroniques et les réseaux sociaux, avec l’intelligence artificielle qui

fascine autant qu’elle inquiète, nous sommes en quelques années allé beaucoup plus

loin. Jusque-là les révolutions du rapport au réel prenaient un ou deux siècles.

Maintenant elles prennent un ou deux ans voire… un ou deux mois.

Et voici que quelques prophètes contemporains nous annoncent bien plus que la

post-vérité : la post-réalité.

À l’heure où certains s’identifient à des licornes ou, ce soir, à des potirons, on sent

que le câble de la connexion au réel a lâché.

Sans prétendre à livrer ici une 96ème thèse, je crois que le lieu où l’Eglise a rendez-

vous pour sa propre réforme, mais surtout pour tenir la posture prophétique que le

Christ lui a donnée, c’est un renouveau de la pensée critique. Et ce lieu de la nouvelle

Réforme est non seulement à offrir à nos frères et sœurs des assemblées dominicales,

mais aussi à un monde sans pères ni repères qui ne comprend plus rien à ce qu’il vit.

Qu’en est-il de la pensée critique ?La première séquence de la Réforme, bénéficiant des vents favorables de la

Renaissance, a participé et élaboré du XVIème au XXème siècle à une version-test de

la pensée critique autour du concept qui habille les cinq solas de la Réforme : Penser

ce que l’on croit.

Penser ce que l’on croit ne veut pas dire élaborer des théologies, ou fonder une

apologétique. Penser ce que l’on croit, c’est avant tout se demander s’il est bon de

croire ce que l’on croit, s’il est juste de croire ce que l’on croit, s’il est souhaitable de

continuer à croire ce que l’on croit.

Je le disais, il s’agissait de prémices à une pensée critique aboutie, telle que nous

devons la chercher aujourd’hui. Comme Kant préparait Husserl, la Réforme, en

pensant ce qu’elle croyait, nous a préparés à faire face courageusement au désarroi

des 97% de la population actuelle (dont nous sommes tous ici), qui sont depuis la fin

de l’été 2025 incapables de faire la différence entre une image réelle, non retouchée,

et une totalement virtuelle produite par une intelligence artificielle.

Ce n’est pas si anecdotique qu’il y paraît. Car pour celui qui ne sait plus trancher si

une image est vraie ou fausse, vient s’étioler rapidement son sens de la vérité, au bout

de quelques dizaines d’expériences frustrantes.

Je ne sais plus ce qui est vrai ou faux.

Je ne suis plus capable de discerner le vrai du faux.

Il ne faudra pas plus d’un an pour que notre accro au smartphone, ne sachant plus

distinguer le vrai du faux, abandonne même le désir de distinguer le vrai du faux.

Et là, une faille civilisationnelle majeure, en moins d’un an, aura cassé vingt siècles de

maturation collective.

Chercher le vrai ne sert plus à rien.

Depuis cinq siècles de Réforme, nous cherchons au jour le jour à ajuster notre

discernement quant à ce qu’il est vrai, juste, bon, souhaitable de penser et croire. Et

en une poignée de mois, la majorité de nos congénères vont simplement abandonner

la bataille qui nous confiait le si beau rôle de « chercheurs de vérité ».

La phase 2 du plan « pensée critique » a commencé.

L’effort de 500 ans de Réforme nous a préparés pour ce moment ; sans que nous le

comprenions vraiment, et sans que nous en ayons suffisamment pris la mesure. Ou

en tout cas pas suffisamment vite. L’urgence est pour aujourd’hui, l’urgence est pour

demain, car dans quelques mois il sera trop tard.

Penser ce que l’on croit.

Penser ce que l’on voit.

Articuler la pensée en gardant l’ambition que le Réel ne soit jamais détruit par la

réalité, que le vrai ne soit jamais délégitimisé par les vérités, que la profusion des

images ne soit pas la seule vérité pour des cerveaux mal formés.

Il est urgent que nos Églises (mais c’est aussi vrai pour nos collèges, nos universités,

nos médias) ne manquent pas ce rendez-vous car c’est très précisément ce pour quoi

la Réforme a existé : contester le détournement des fins ultimes (le salut) par les

moyens intéressés (les indulgences), contester les délires de Mammon et des Césars pour se laisser mettre en chemin par Jésus le Christ, celui qui n’ « a » pas la vérité

mais qui est la Vérité.

Nous devons l’enseigner à nos enfants : ce qui se passe ce soir avec les citrouilles,

les toiles d’araignées et les balais n’est pas une blague ni un folklore, c’est une post-

vérité qui veut installer dans vos cerveaux le logiciel qui dit que la mort a vaincu les

vivants, qu’il n’y a pas d’enjeu, que le mort n’est pas un ennemi, alors que Jésus le

Seigneur nous dit l’inverse.

Nous devons aussi l’enseigner à nos adolescents : regarder une vidéo créée par l’IA,

où se dandine le président de la République, puis un ancien président en habit à

rayures blanches et noires, puis les chefs d’Etat des principales nations, comme dans

une boîte de nuit ridicule, n’est pas… « trop drôle, regarde Papa, la tête de Brigitte

Macron », il s’agit d’une décrédibilisation subtile mais très puissante de toutes les

formes d’autorités établies, et de ce qui structure au niveau symbolique une société.

Nous devons apprendre cela à nos paroissiens : telles ou telles théologies qui se

moquent des Écritures depuis le lieu de leur suffisance pseudo-intellectuelle ne sont

pas intéressantes, ni divertissantes ; elles contribuent juste à vous éloigner de l’Esprit

du Christ, qui était là dès le commencement du monde pour poser l’humanité sur une

fondation solide.

Alors, ce n’est pas seulement notre formation intellectuelle ou le brio de quelques

penseurs qui nous aidera à faire aboutir cette dernière phase de la Réforme. C’est le

seul Esprit de Dieu, l’Esprit du Père et du Fils, celui qu’on appelle Esprit-Saint ou

Saint-Esprit. Pourquoi, parce qu’il est la seule instance dynamique qui puisse

influencer nos corps, nos âmes et nos esprits pour pouvoir résister aux tentations et

séductions devenues omniprésentes et omnipotentes sur nos cœurs et nos cerveaux.

Le Saint-Esprit, Esprit du Christ, est le seul qui puisse nous donner l’ultime

discernement, la capacité à comprendre vraiment ce que nous vivons, à percer le

brouillard de la confusion qui est devenu tellement dense que nous ne savons plus

qui nous sommes. Et nous ne savons plus quoi penser ni quoi croire.

Refonder la nouvelle pensée critique avec l’Esprit-Saint pour moteur, voilà la Réforme

qui se présente à nous aujourd’hui.

Pas après-demain car il sera trop tard.

Aujourd’hui.

Ce n’est pas Martin Luther qui a enclenché la Réforme,

c’est Dieu par sa Parole et son Souffle Saint.

Qu’il nous soit en aide pour la présente bataille.

Amen

Communication avec les morts – Notre interpellation

Réaction sur le cycle de conférences pour la Toussaint 2025

Le Centre culturel des Terreaux, financé en partie par l’EERV, proposait pour la Toussaint 2025 un cycle de conférences qui encourageait la recherche de communication avec les défunts.

Il nous a semblé important de réagir à cette dérive, d’autant plus que cela se passait dans une ancienne Église libre.

Vous trouverez donc – ci-dessous – trois documents :

  1. Une lettre adressée à M. Jacques Besson, président du Conseil de fondation des Terreaux.
  2. Notre interpellation aux membres du Conseil synodal et du Synode.
  3. La réponse du Conseil synodal

Priez avec nous pour que cette démarche de protestation porte des fruits.

Le comité du R3


Le fil à plomb, une critique d’Israël ?

Le fil à plomb. C’est une très belle image que le prophète Amos reçoit du Seigneur (Amos 7.7-17). Il voit un fil à plomb qui permet de mesurer si le mur que l’on construit monte droit. Luc Badoux nous permet d’approfondir cette métaphore et de l’appliquer à notre vie. Dans le contexte politique actuel, cette métaphore est explosive !

Amos est précisément chargé par le Seigneur de faire savoir à Israël que leur mur ne monte pas droit, que la société qu’ils bâtissent et les rapports humains qu’ils établissent ne s’élèvent pas de façon droite. 

On est en 760 av JC. Amos arrive de son village de Técoa, situé dans le Royaume de Juda où il est berger. Il monte dans le Royaume d’Israël plus prospère que Juda. Il monte dans le Nord comme en France on monte à Paris. Puisqu’à ce moment-là le grand voisin qu’est l’Assyrie a d’autres chats à fouetter que de menacer Israël, les gens de Samarie peuvent s’adonner au commerce. Certains font beaucoup d’argent. C’est un temps d’opportunités économiques. Amassia, prêtre du sanctuaire royal de Bethel participe à cette prospérité. L’important pour Amassia comme pour le roi, c’est que le mur qu’Israël élève monte haut.

Amos vient lui dire de la part du Seigneur que peu importe la hauteur du mur, il doit monter droit, en respectant les droits du plus faible.

Amos ne dit pas les choses aussi poliment que moi aujourd’hui. Ses propos sont incendiaires. Ce qu’il annonce à Amassia qui refuse de l’écouter fait froid dans le dos : « Ta femme sera réduite à se prostituer, tes fils et tes filles seront massacrés, toi-même tu mourras en pays païen et la population d’Israël sera déportée loin de sa patrie. » 

Il faut dire qu’Amassia de son côté méprise Amos et la parole qu’il porte. Ce petit berger venu d’une région pauvre du sud d’Israël ne récolte que son mépris. Amassia veut renvoyer Amos d’où il vient. Amassia incarne l’arrogance des puissants, de ceux qui savent, de ceux qui sont bien établis. Il ne voit pas ce que vient faire au temple ce berger sans instruction, cet empêcheur de commercer en rond. Que peut-il comprendre de Dieu, lui qui ne voit pas tout ce que fait Amassia pour que le sanctuaire de Bethel prospère ? 

Amassia a deux problèmes : c’est premièrement que Dieu ne s’intéresse pas d’abord à la prospérité du sanctuaire de Bethel et deuxièmement que le sanctuaire de Bethel n’impressionne pas Amos. Ce que Dieu donne de voir à Amos, c’est l’injustice sociale, c’est le riche qui vend comme esclave le pauvre qui lui doit de l’argent. Amos découvre un système juridique qui humilie les faibles. Il voit aussi les moeurs sexuelles débridées des pères et des fils qui couchent avec une même femme. Ce qui le frappe, c’est l’absence d’égards pour les plus petits, l’absence de compassion pour les gens en difficulté, l’absence de respect pour les commandements de Dieu. Amos arrive en Israël avec un regard neuf et extérieur, et au travers de lui, c’est le Seigneur qui regarde Israël. Le Seigneur ne se laisse pas impressionner par la prospérité de Samarie mais par le niveau d’injustice. Le Seigneur veut que la prospérité profite à tous. Ce qu’il veut c’est la compassion. Légalement, le pauvre qui doit de l’argent et ne peut pas le rembourser est en situation d’être vendu pour payer sa dette, c’est vrai. Mais un riche qui fait cela à son frère en Israël déshonore le Seigneur, même s’il est dans la légalité. L’important aux yeux du Seigneur n’est pas que le mur que construit Israël monte haut, c’est qu’il monte droit. 

Pour comprendre cela et ce que cela implique, il faut que tous – et les prêtres en premier – recherchent le regard du Seigneur et sa Parole. «Réveillez-vous, gens d’Israël, sachez que le Seigneur ne reste pas enfermé dans le sanctuaire, il en sort et regarde autour de lui. » Le Dieu dont Amos parle é Amassia va au marché et il observe comment les marchands se comportent. Il va dans les rues et voit les maisons des riches et les conditions dans lesquelles vivent les pauvres. Il observe les gens, leur fidélité, les comportements entre hommes et femmes, leur rapport à la sexualité. Il en conclut que les sacrifices que lui offrent les Israélites sont sans valeur. Ils ne correspondent pas à l’offrande d’un coeur bien disposé.

Israël a besoin du fil à plomb de la Parole de Dieu. Israël doit s’en saisir et se demander devant Dieu comment gérer la richesse et la prospérité. Mais Amassia, tout prêtre qu’il est, ne veut pas de ce fil à plomb. C’est pour cela qu’il disqualifie Amos en le traitant d’agitateur politique parce qu’il parle de compassion et de justice. « Si Amos veut jouer les prophètes, qu’il le fasse chez lui, à Juda. » « Qu’Amos retourne dans son village de Técoa, que Dieu reste au sanctuaire et les vaches seront bien gardées. » Voila ce que veut Amassia en bon gestionnaire du temple. Résultat : tout le monde pourra continuer à mener sa vie comme il l’entend.  

Mais, au travers d’Amos, c’est le Seigneur lui-même qui sort de ce sanctuaire où tous essaient de l’enfermer. C’est lui qui vient avec son fil à plomb juger de la droiture de ce que chacun construit et c’est lui qui annonce que sa colère sera dévastatrice pour beaucoup.  

Je pense qu’ici dans la paroisse, on boit du petit lait en entendant ça. Parce qu’on sait bien que Dieu ne nous donne pas rendez-vous seulement le dimanche au culte ou quand nous le prions. Et on se propose d’aller secouer nos politiciens et le Synode et le Conseil synodal et de leur apporter un fil à plomb.

C’est juste ! Nous avons la responsabilité d’exercer un rôle prophétique dans le monde et jusque dans l’Eglise, de porter le fil à plomb de la Parole de Dieu partout où des murs sont dressés haut sans monter droits. Dieu nous donne sa parole pour que nous interpelions le monde, les médias et l’Eglise. Et je pense que l’on a tous en tête des points précis sur lesquels nous voyons notre monde perdre le nord. Ce rôle prophétique demande du courage, de la pugnacité, de la clairvoyance pour s’engager dans les bons combats. Les lettres de Paul nous appellent à prier pour nos autorités mais Amos nous ouvre aussi le chemin pour les interpeler. C’est ce que fait le R3, le Rassemblement pour un renouveau réformé que préside Gérard Pella et dont plusieurs fidèles ici sont membres. 

Mais la 1ère étape sur ce chemin d’interpellation, c’est toujours de commencer par … soi-même, par appliquer le fil à plomb à sa propre vie. Nous courons en effet tous le risque de nous focaliser sur ce que le fil à plomb démontre quant aux compromissions des autres suivant l’histoire de la paille et de la poutre. 

Je pense qu’on a tous des domaines dans lesquels on veille à être droit, à exercer la droiture selon Dieu. Et d’autres domaines auxquels on est moins sensibles.

Pour appliquer le fil à plomb de la parole de Dieu à nos vies, c’est important qu’on ne disqualifie pas les interpellations d’autres chrétiens qui mettent des accents différents des nôtres. Sinon, on risque de faire exactement comme le riche et cultivé Amassia faisait avec Amos qui venait du Sud sous-développé. Attention à l’arrogance de ceux qui savent, des nantis, de ceux qui par une longue appartenance à l’Eglise ont domestiqué Dieu et sa Parole. Derrière celui qui nous interpelle, c’est peut-être le Seigneur qui nous parle. 

Moi qui suis pasteur, un homme cultivé, d’une famille bien établie dans un pays prospère, j’ai un profil un peu trop proche de celui d’Amassia pour ne pas prendre très au sérieux les paroles menaçantes d’Amos pour moi-même.

Ainsi, avant de penser à tout ce que les autres ont à changer, dans la société qui s’éloigne de Dieu ou dans l’EERV, je dois me saisir du fil à plomb de la Parole de Dieu pour ma propre vie. Qu’en est-il de mon rapport à l’argent et à la propriété. Qu’en est-il de mon rapport aux plus démunis qui habitent tout près de chez moi (à la rue Général Guisan) ? Qu’en est-il de la construction morale de ma vie ? des relations dans ma famille ? de la façon dont on y prend soin des aînés ? Que le fil à plomb de la Parole de Dieu me préserve – et vous avec moi – de fermer les yeux sur ce qui m’arrange et de faire du Seigneur quelqu’un que l’on écoute pour les autres mais pas pour soi-même. Qu’il nous préserve de domestiquer sa Parole et d’en faire une Parole inoffensive quand elle s’attaque à nous. 

Chers amis, y a-t-il un domaine de nos vies dans lequel le mur que nous construisons ne monte pas droit ? 

Et une fois qu’on a utilisé le fil à plomb de la Parole de Dieu pour nos propres vies, il nous faut oser porter courageusement la parole prophétique à ceux pour qui on la reçoit. Veillons à le faire à la manière de Jésus puisque ce n’est pas d’Amos dont nous sommes les disciples mais de Jésus qui annonce d’abord une bonne nouvelle en disant :   « Heureux ceux qui ont faim et soif de vivre comme Dieu le demande,
 car Dieu exaucera leur désir ! 7 Heureux ceux qui ont de la compassion pour autrui,
 car Dieu aura de la compassion pour eux ! » Matthieu 5 6

Il faut choisir !

Pour devenir pasteure j’étais obligée de passer par les études de théologie (j’ai aimé !) et par l’approche historico-critique. Quand celle-ci aide à mieux comprendre les textes bibliques dans leur contexte, elle renvoie à l’identité de Dieu : il va si loin dans son amour qu’il n’hésite pas à révéler Sa Réalité à travers des auteurs très humains, y compris leur culture environnante, leur personnalité, leurs préférences et leurs allergies.

Mais cette approche a dérapé dans une emprise sur Dieu : à force de se focaliser sur l’aspect humain dans les textes, on ne tient plus compte de la Réalité de Dieu, qui se voit soumis à la réalité humaine et adapté à ses critères. Cette lecture qui se prétend « scientifique » se pose en maîtresse absolue, dénigrant toute autre approche. Elle fait de gros dégâts dans ma vie et ma foi comme dans celles des Eglises réformées. Car elle mène non pas à une interrogation saine, mais à un climat d’orgueil, de doute et de méfiance envers Dieu. C’est un regard, ou mieux, un esprit d’incrédulité –  et j’ai besoin de m’en délier.

Car dans cet esprit les actions réelles de Dieu dans l’histoire deviennent des expériences subjectives. L’espérance dans le Dieu vivant, qui réalise son plan et ses promesses concrètement dans l’histoire humaine et donc aussi concrètement dans notre histoire, se réduit comme peau de chagrin à un vague espoir que « demain sera meilleur ». Le salut glisse du roc solide dans la mer agitée d’une spiritualité humaine confuse. SOS ! 

Il y a deux manières de voir qui s’opposent mais que nous faisons coexister dans une fausse notion de tolérance et d’amour. On peut réduire la Réalité de Dieu à notre réalité humaine : c’est l’illusion garantie. On peut voir la réalité humaine aimée, portée, enveloppée, prise au sérieux mais aussi limitée par la Réalité de Dieu. C’est ce regard que proposent les Ecritures.

Je choisis le deuxième, même si c’est un réel effort de remplacer chaque jour la perspective « naturelle » (la « chair ») par celle de l’Esprit de Vérité. Mais c’est vital, sinon nous serons les esclaves du même esprit d’incrédulité qui enferme le monde. C’est vital de sortir de cette prison, cet état de  victime, où nous nous laissons être coupés en deux par deux manières de voir qui s’excluent mutuellement. 

Nous ne pouvons pas glorifier Dieu en le laissant être lui-même – et le coincer dans une « spiritualité » qui n’est qu’un prolongement de nous, car c’est abuser de Dieu. Nous ne pouvons pas nous réjouir de la Vérité déjà révélée en Jésus-Christ, même si la plénitude est encore à découvrir  –  et maintenir la « vérité » comme quoi il y a seulement  « notre » vérité qui n’engage que nous. Nous ne pouvons pas grandir dans l’écoute et le discernement de la volonté de Dieu pour nous  –  et rester dans nos idées et habitudes. Nous ne pouvons pas chercher le Royaume de Dieu  –  et défendre d’abord notre avis à nous. Nous ne pouvons pas nous laisser souffler par l’Esprit où il veut  –  et nous laisser piéger par des objectifs à formuler, à atteindre, à contrôler selon des critères opposés à cet Esprit. Nous ne pouvons pas joyeusement dire au monde que Jésus-Christ est mort et ressuscité pour nous sauver –  et penser que cela pourrait tout aussi bien ne pas être vrai. Nous ne pouvons pas remplacer l’Evangile par des valeurs, ni remplacer l’Amour pour Dieu (le premier commandement!) par l’amour pour le prochain. Il faut choisir son regard.   –  Viens, Saint-Esprit ! Donne-nous le tien ! 

Hetty Overeem

Revitaliser l’Eglise

L’association soeur du R3 en France – « Les Attestants » – a organisé un Forum en octobre 2023 sur le renouveau de l’Eglise. Voici un article intéressant sur le Réveil dans le Nouveau Testament, précédé par l’introduction de son président René Le Negro:

 » Au moment où l’Église protestante unie de France entre dans la phase finale de sa réflexion synodale sur l’Église et les Ministères, nous avons voulu centrer notre Forum 2023 sur les mêmes thèmes tout en y apportant un éclairage particulier.

Lire la suite

Face à ce torrent de haine, une prière

Bouleversés par l’attaque barbare du Hamas contre Israël le 7 octobre, bouleversés aussi par la violence de la riposte israélienne, nous nous sentons impuissants face à ce torrent de haine et nous vous recommandons cette prière de Shafique Keshavjee pour ces deux peuples qui se détruisent mutuellement.

Toi l’Infini au-delà de tout,
dans nos quêtes hésitantes, veuille purifier nos prières.
Toi la Source proche de tous,
dans nos gémissements, nous te confions nos misères.
Tu es le Dieu de l’Univers que tous les peuples cherchent en tâtonnant.
Tu es le Dieu d’Israël et d’Ismaël qui, hélas, croient Te servir en se combattant.

À cause de Ta fidélité, Seigneur,
nous croyons que le peuple juif a une place légitime sur cette Terre d’Israël.
Par Ta générosité divine, elle lui avait été promise,
et par l’animosité humaine, elle est devenue compromise.
Nous croyons aussi que Ta promesse pour le peuple juif n’est pas contre le peuple palestinien.

Que l’un et l’autre trouvent, à travers ces abyssales crises, des espaces qui s’harmonisent.

À cause de Ta justice, Seigneur,
nous reconnaissons que les souffrances de nombreux Palestiniens sont inacceptables. Quand l’État d’Israël est coupable, ouvre ses yeux pour qu’il en prenne conscience et qu’il ait le courage de réparer le mal qu’il a causé.
Nous reconnaissons aussi que les souffrances de nombreux Juifs sont intolérables. Quand les autorités palestiniennes sont coupables, ouvre leurs yeux pour qu’elles en prennent conscience et qu’elles aient le courage de réparer le mal qu’elles ont provoqué.

À cause de Ton amour, Seigneur,
nous Te supplions de mettre fin à ce torrent de haine qui inonde cette région et le monde. Aide-nous à ne jamais choisir entre les victimes palestiniennes ou juives.
Nous confessons que Toi le Dieu des prophètes et de Jésus de Nazareth,
Tu es toujours du côté des personnes souffrantes et meurtries.
Ouvre nos cœurs à la compassion pour toutes et tous.

Nous t’en supplions, Dieu de l’Univers et de notre Terre, veuille manifester ta fidélité au cœur de nos infidélités, ta justice au cœur de nos injustices, ton amour au cœur de nos haines.

Écoute nos quêtes et nos gémissements pour tous les Juifs et Palestiniens, comme pour tous les peuples de la Planète.
Qu’au-delà des brutalités extrêmes qui embrasent notre monde,
nous puissions nous tourner, enfin et humblement, vers ta fidélité, ta justice et ton amour. Amen

Nombreux sont celles et ceux qui ont rejeté toute forme de révélation, tant celles-ci sont sources de violences et de haine. La Bible des juifs appelle à saisir les enfants de leurs ennemis et à les écraser contre le roc (Psaume 137/9). Le Nouveau Testament des chrétiens affirme que les juifs qui rejettent Jésus sont les ennemis de tous les hommes (1 Thessaloniciens 2/15). Le Coran des musulmans considère que les infidèles parmi les gens des Écritures (juifs et chrétiens) sont les êtres les plus abjects de l’humanité (Coran 98/6). Ces textes terribles, pris hors de leur contexte, n’ont cessé d’alimenter la haine et de justifier la violence qui explosent aujourd’hui encore à la face du monde. D’autres, au-delà des brutalités humaines, continuent à espérer en la fidélité, la justice et l’amour de Dieu, tels que proclamés par les prophètes et manifestés dans la vie de Jésus de Nazareth. Cette prière est inspirée par cette espérance.

Pour approfondir, voir le blog de Shafique : https://skblog.ch/

Nous portons aussi à votre connaissance cette prière des femmes pour la paix :

Un grand petit miracle s’est produit, presque totalement ignoré par les médias : des milliers de femmes hébraïques, musulmanes et chrétiennes ont marché ensemble en Israël pour la paix.
Dans la nouvelle vidéo officielle du mouvement Women Wage Peace, la chanteuse israélienne Yael Deckelbaum chante la chanson « Prayer of the Mothers » aux côtés de femmes et de mères de toutes religions, montrant ce que la musique peut changer. Un miracle entièrement féminin qui vaut mille mots.

L’Ancien Testament est-il encore nécessaire à la foi chrétienne?

Voici une prédication de Luc Badoux

Textes bibliques : Exode 3.1-10 : Moïse et le buisson ardent; Hébreux 3.1-6

Imaginez que l’on fasse seulement avec le Nouveau Testament (NT).

Au plan pratique : on aurait une bible plus compacte qui tient dans la poche.

Mais surtout au plan du message : on aurait

  • Moins de textes de guerre ;
  • Plus les sacrifices d’animaux qui sont d’un autre temps ;
  • un message universel sans passer par un peuple élu. 

Alors, que faire de l’Ancient Testament (AT), on le garde ou pas ?

Ma question vous paraît peut-être incongrue voire idiote, parce qu’on est nombreux à recevoir depuis tout petit la Bible comme un tout. Mais sachez qu’au 2ème siècle, au temps de l’église primitive, la question s’est posée très sérieusement. Alors que la Bible n’existait encore pas comme un livre constitué, un certain Marcion a proposé de considérer la torah, l’AT comme le livre des juifs et le NT comme le livre des chrétiens. Dans sa compréhension, Marcion opposait le Dieu de justice de l’Ancien Testament au Dieu d’amour du Nouveau Testament. Se voulant très spirituel, il se désintéressait du Dieu créateur au profit du seul Dieu de miséricorde. Mais en l’an 144 à Rome, les anciens de l’Église à Rome ont déclaré que vouloir séparer le Dieu qui se manifeste dans l’AT et le NT était une erreur, une hérésie. Au travers de ces anciens, c’est Dieu par son Esprit-Saint qui veillait sur le message de l’Évangile.

Je vous fais faire maintenant un saut de l’an 144 jusqu’en 1944 dans l’Allemagne nazie. Pendant le nazisme, une partie de l’Eglise s’est perdue. Mais pas l’Église confessante et le pasteur Dietrich Bonhoeffer, emprisonné pour son opposition farouche à Hitler. Il a écrit :

« C’est seulement quand on connaît l’impossibilité de prononcer le nom de Dieu qu’on a le droit de prononcer finalement celui de Jésus-Christ. … Celui qui veut être et sentir trop rapidement selon le Nouveau Testament n’est pas chrétien à mon avis. »

Cette impossibilité de prononcer le nom de Dieu, c’est ce que les Juifs vivaient. Ils avaient développé pour Dieu un respect si profond, mêlé de crainte, qu’ils n’osaient pas prononcer son nom. Ils avaient saisi quelque chose de la sainteté de Dieu. Une sainteté qui risquait de les anéantir, de les consumer s’ils s’en approchaient trop, de façon légère. Ils avaient compris que l’on ne peut pas apprivoiser Dieu, le dompter ou le mettre dans sa poche. Il est Dieu, le Créateur de toutes choses, le Tout-puissant.

Selon Dietrich Bonhoeffer, il faut prendre conscience de tout cela pour prononcer valablement le nom de Jésus-Christ. Il s’agit de comprendre qu’en Jésus, c’est le Dieu saint qui s’approche de nous, lui dont Israël n’osait même pas prononcer le nom.

Ce Dieu saint s’est pourtant révélé petit à petit à Israël. Au fil de l’histoire du peuple, au fil de ses malheurs, de ses guerres, de ses famines, de ses rivalités internes, Dieu leur a parlé et il s’est fait connaître à eux. Tout cet AT nous permet de prendre la mesure de ce que représente la venue de Jésus sur terre : Le Dieu immense, saint et juste, choisit de s’approcher de nous et de devenir un homme.

Les non-croyants, les juifs et les musulmans qui ne veulent pas croire en Jésus-Christ voient souvent mieux que nous ce qu’il y a d’incroyable et d’extraordinaire dans la venue de Jésus.

Alors chers amis, faisons attention de toujours discerner en Jésus, le Dieu saint, celui que l’on ne peut pas apprivoiser, dompter ou amadouer.

Ceux qui aujourd’hui pensent connaître Jésus tout en faisant de lui un grand humaniste ou un sage ou un prophète ont besoin de l’AT.

Tout comme ceux qui pensent pouvoir ramener Dieu à l’état de copain ou de meilleur pote.

Un immense malentendu à propos de Jésus peut surgir si on ne lit du NT que certaines pages et que l’on évacue l’AT. On risque de ne donner à la vie et à la foi chrétienne qu’une dimension horizontale centrée sur les relations humaines. L’AT nous rappelle la transcendance, la présence de Dieu dans le monde, de Dieu qui existe indépendamment de nous.

Pour comprendre qui est Dieu qui se manifeste en Jésus-Christ, il faut prendre l’entier de la révélation, AT et NT.

L’AT va notamment nous permettre de comprendre que si Dieu s’approche de nous, s’il nous aime d’un amour total, il n’est pas pour autant le plus cool de nos copains mais notre Seigneur.

Pour cela je vous invite à reprendre l’histoire de l’Exode et à voir comment Dieu s’est approché de Moïse.

  1. Il se fait connaître par un buisson ardent qui ne se consume pas. Dieu ne se consume pas, il demeure. Ni le feu qui brûle, ni le temps qui nous vieillit, n’ont de prise sur lui. Dieu est Celui qui est, qui était et qui vient.
  2. « Moïse, Moïse !» Il appelle Moïse par son nom. Dieu connaît Moïse alors que Moïse ne sait rien de Dieu. Lorsque, juste après, Moïse lui demandera son nom, Dieu déclarera : Je suis qui je suis. Les Israélites comprendront alors qu’une part de Dieu nous reste inaccessible. On ne peut pas mettre la main sur Dieu.
  3. « Enlève tes sandales » Dieu fait découvrir à Moïse sa sainteté en lui ordonnant de ne pas s’approcher du buisson et d’enlever ses sandales. Dieu n’est pas notre pote à qui on vient taper sur l’épaule. Là où est Dieu, là où Dieu s’incarne, on touche au sacré. Voilà pourquoi, pour nous chrétiens, seul l’être humain, créé à la ressemblance de Dieu est sacré et intouchable.
  4. « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. » Dans sa rencontre avec Moïse, il se révèle comme le Dieu de ses ancêtres, le Dieu qui était avant lui, le Dieu qui nous précède en toutes choses.
  5. « J’ai vu comment on maltraite mon peuple. » Dieu voit. Il voit ce qui se passe sur terre. Il voit comment les hommes se traitent les uns les autres. Et en réponse aux cris qui montent à lui, il intervient. Le Dieu qui vient délivrer Israël de la main des Égyptiens et Jésus qui vient nous délivrer du péché ne sont qu’un. Le Fils ne fait que révéler qui est le Père depuis toujours. Le Dieu de miséricorde ne surgit pas de nulle part avec Jésus.
  6. « Je suis venu délivrer les Israélites du pouvoir des égyptiens et les conduire vers un pays beau et vaste. » En Jésus comme dans l’histoire d’Israël, il est le Dieu fort qui conduit hors de tous les esclavages jusqu’à la terre et la vie promise.
  7. « Je t’envoie maintenant vers le Pharaon » Dieu appelle Moïse à son service et il l’envoie pour faire sortir Israël de l’esclavage. Jésus qui vient à nous ne fait pas autre chose. Il nous appelle à son service et nous envoie dans le monde. La révélation de Dieu en Jésus-Christ ne tombe pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une longue chaîne d’interventions de Dieu qui exprime sa fidélité et qui nous fait comprendre que Dieu ne lâchera pas l’humanité. De Moïse jusqu’à Jésus, Dieu se révèle comme un berger tenace qui ne lâche pas son bâton de berger et qui n’abandonne pas les siens.

Chers amis, l’Ancien Testament, on peut aussi l’appeler le Premier Testament. Le Premier Testament, la première alliance est nécessaire pour recevoir la nouvelle alliance.

Amen

Luc Badoux

Corsier, dimanche 7 novembre 2021

Reconfiguration de l’oecuménisme

Par Martin Hoegger

« Une proximité au plan éthique apparemment plus forte entre catholiques et évangéliques pourrait-elle les rapprocher de manière significative » ? se demande Philippe Girardet.[1] C’était au lendemain d’un « clash » entre le Conseil national des Évangéliques de France (CNEF) et la Fédération protestante de France (FPF) à l’occasion d’un rassemblement protestant lors du 500e anniversaire de la Réformation, où un culte « inclusif » avait été prévu sans que le CNEF ait été mis au courant.[2]

Le sociologue Sébastien Fath constate que « moralement plus conservateurs que les réformés et les luthériens, les évangéliques apparaissent plus proches des positions défendues par le pape et les évêques sur des questions comme l’avortement, la famille, l’homosexualité ».[3]

Selon ce dernier le fait que le message des uns et des autres se soit recentré sur le kérygme chrétien, à savoir l’Évangile du salut en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, crucifié et ressuscité, a permis cette recomposition œcuménique. Ce que S. Fath dit des évangéliques s’applique d’ailleurs aussi au courant confessant à l’intérieur des Églises protestantes. Sur les points centraux de la foi et sur les questions éthiques, ce dernier se découvre bien plus proche du catholicisme et de l’orthodoxie que du courant protestant libéral.[4]

C’est ce que confirme Pierre Jova, journaliste (catholique) à l’hebdomadaire La Vie, lors d’une rencontre sur la communion ecclésiale organisée par le mouvement des « Attestants ».[5] Ce mouvement – comme la Fraternité de l’Ancre en Alsace Lorraine et le Rassemblement pour un renouveau réformé en Suisse romande – a voulu garder l’unité de l’Église dans la délicate question de la bénédiction des couple homosexuels. Alors que cette question a provoqué des schismes dans les Églises réformée, anglicane et méthodiste unie aux USA.[6] Cela a été une leçon pour le catholicisme français. Également une chance pour l’Église protestante unie de France qui a ainsi été gardée de devenir « un club libéral ».

« L’unité nous est déjà donnée entre chrétiens confessants, affirme-t-il. Ce qui est central est la confession du Christ. La solidité doctrinale est un ferment de communion. Les Attestants sont la preuve que la communion se vit déjà. L’Église est appelée à être inclusive mais jamais au détriment de la vérité chrétienne ».[7]

A noter aussi que la réponse de l’Église catholique au document du Conseil œcuménique des Églises – L’Église, vers une vision commune – constate que l’œcuménisme est en difficulté en raison de ces différences dans le domaine moral.[8]

Jetons un coup d’œil du côté de l’Église orthodoxe ! Lors d’un comité central du Conseil œcuménique des Églises (février 2008), le représentant de l’Église orthodoxe russe, l’archevêque Hilarion Alfeyev, a lancé un « coup de gueule » contre ce qu’il appelle le « christianisme libéral ».[9] Après sa prise de parole, je l’ai interviewé tout comme un autre orthodoxe, plus modéré dans ses affirmations : Léonid Kishkovsky.[10]

H. Alfeyev souligne les dangers d’un christianisme « politiquement correct », qui non seulement capitule devant les normes morales séculières, mais promeut aussi des systèmes de valeurs étrangères à la tradition chrétienne. Y a-t-il une limite à cette accommodation de la longue tradition chrétienne, demande-t-il ?

Les « partenaires stratégiques » de l’orthodoxie sont d’abord les catholiques, mais aussi les protestants qui défendent les valeurs traditionnelles et qui se trouvent surtout dans les Églises du Sud.[11] H. Alfeyev voit aussi d’un bon œil les travaux du Forum chrétien mondial qui élargit l’œcuménisme aux Églises évangéliques et pentecôtistes.

Lors de l’assemblée mondiale du COE à Busan en 2013, H. Alfeyev, devenu métropolite de Volokolamsk et président du Département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, a prononcé un discours intitulé La voix de l’Église doit être prophétique. Il a mis sur table la question qui, à bien des égards, a dominé toute l’Assemblée : les valeurs morales du christianisme et la manière dont les Églises membres du COE s’y réfèrent et les reconfigurations œcuméniques auxquelles elles conduisent. Cette question a également été indirectement abordée par d’autres intervenants de l’Assemblée[12].

L’autre regard, plus modéré, est celui de Léonid Kishkovsky, théologien orthodoxe américain, d’origine russe, ancien président de Christian Churches Together (CCT), la branche du Forum chrétien mondial aux États-Unis. Sa longue expérience du dialogue œcuménique lui fait constater que si tous les chrétiens sont motivés par l’Évangile, son application conduit à des conclusions très différentes : « J’ai de bons amis qui se disent libéraux. Avec eux il y a des points de convergences, mais d’autres points où l’entente n’est pas possible ».

Il pense que la distinction entre d’un côté le christianisme traditionnel avec l’orthodoxie et le catholicisme et de l’autre le christianisme progressiste représenté par le protestantisme, doit être nuancée. D’une part, on rencontre dans le catholicisme certaines positions encore plus libérales que dans le protestantisme ; d’autre part il y a un débat intense à l’intérieur des Églises protestantes sur les questions de foi et d’éthique.[13]

Le Forum chrétien mondial témoigne de cette reconfiguration de l’œcuménisme. Participant actif, Kishkovsky y a découvert les nombreux points communs dans les enseignements dogmatiques et éthiques fondamentaux entre la théologie évangélique/pentecôtiste et l’orthodoxie. « Même si le pentecôtisme pose beaucoup de questions ecclésiologiques et missiologiques à l’Église catholique en Amérique latine et à l’orthodoxie dans les pays de l’Est, ce fut une expérience rafraîchissante pour tous. Nous avons acquis une nouvelle capacité d’écoute et reconnu que nous avions des stéréotypes les uns à l’égard des autres ».

Selon lui, ce qui fait problème aujourd’hui ne sont pas tant les positions théologiques, mais les idéologies. Et l’idéologie conservatrice est aussi problématique que l’idéologie libérale. « Il y a dans l’idéologie du libéralisme quelque chose de destructeur de la vie de l’Église, pourtant je ne peux juger les personnes, car parfois – je dois l’avouer – je rencontre des libéraux qui sont, à mon sens, des chrétiens vivant une sainte vie ».

Les personnes sont autre chose que l’idéologie. Certes il y a une part de vérité dans chacun des différents courants qui défendent la famille, l’institution, etc, mais l’idéologie conservatrice est aussi mortelle. Sa conclusion est qu’il nous faut être beaucoup plus à l’écoute de l’Écriture et de la prière et essayer de surmonter les clivages idéologiques.

Une conclusion que je partage pleinement ! Sans cesse l’Église est en effet tentée par les idéologies – qu’elles soient marxiste, « LGBTetc.. », « Woke », « Cancel culture », conservatrice, « monde russe »[14], etc… En revanche le chemin que nous propose l’Évangile est concret. Il s’agit de suivre Jésus dans son style de vie, en dialogue constant avec la Parole de Dieu. Il n’est pas entré dans le jeu des idéologies de son temps : Pharisiens contre Sadducéens, Esséniens contre Zélotes. Cheminer selon le style de Jésus signifie marcher dans l’Esprit saint, qui est l’âme de l’œcuménisme et donne « d’examiner toutes choses et retenir ce qui est bon » (1 Thess 5,19)


[1] Un protestantisme fortement divisé. Quelle influence sur la relation œcuménique catholique-protestante ? En : Institut supérieur d’études œcuméniques, Nouveaux territoires de l’œcuménisme. Cerf, Paris, 2019, p. 159

[2] Clément Diedrichs, directeur du CNEF a alors dit : « Nous sommes d’accord pour partir de ce qui nous unit, et notamment de la Bible, mais si ce socle commun n’est plus assuré, nous ne pouvons pas ne pas le dire car nous nous trouvons plus sur le même fondement théologique. Or, sur la question de l’homosexualité, la Bible est très claire ». Ibid. p. 158.

[3] Sébastien Fath, « Vers un œcuménisme de la piété kérygmatique ? Recompositions évangéliques/catholiques. En Ibid, p. 76

[4] Ibid, p. 69-73

[5] « La communion, un défi », 7 février 2021. https://www.ler3.ch/la-communion-un-defi-rencontre-annuelle-des-attestants/

[6] Le premier jour de l’année 2022, la plus vieille Église réformée des USA, la Reformed Church in America, s’est divisée à la suite des décisions prises sur l’ordination et le mariage homosexuel. 43 congrégations ont quitté cette dénomination pour former l’Alliance of reformed Churches. 123 autres sont en pourparlers pour rejoindre cette alliance. cf. Kathryn Post, Reformed Church in America Splits as Conservatives Form New Denomination. Christianity To-day, 7 janvier 2022. https://www.christianitytoday.com/news/2022/january/reformed-church-in-america-rca-alliance-of-reformed-churche.html 

[7] Cf https://www.ler3.ch/la-communion-un-defi-rencontre-annuelle-des-attestants/

[8] Churches Respond to The Church: Towards a Common Vision, Volume 2, Edited by Rev. Dr Ellen Wondra, Rev. Dr Stephanie Dietrich, Dr Ani Ghazaryan Drissi, Geneva, 2021, WCC Publications, pp. 202-204, 211

[9] A lire dans Europaica No. 139, http://orthodoxeurope.org/page/14/139.aspx

[10] Cf. Martin Hoegger, « Deux regards orthodoxes sur le christianisme libéral ». Chrétiens en Marche. No 99, Juillet-Septembre 2008, p. 3.   

[11] cf. Europaica No. 93, 14 avril 2006, http://orthodoxeurope.org/page/14/93.aspx

[12] Son article en Ecumenical Review 65:4 (2013), p. 489-496 aborde cette question.

[13] Le Manifeste bleu du R3 atteste de ce débat !

[14] A ce sujet, voir la déclaration des théologiens orthodoxes (inspirée de la Déclaration de Barmen) contre l’idéologie du « monde russe » défendu par le patriarche Kyril de l’Église orthodoxe russe, lequel a légitimé l’agression de la Russie contre l’Ukraine en février 2022.    https://publicorthodoxy.org/wp-content/uploads/2022/03/Declaration-sur-le-Monde-russe-et-lUkraine.pdf

L’Église réformée peut-elle être à nouveau confessante ?

Par Martin Hoegger

Dans un autre article, j’ai présenté le « Manifeste bleu », comme une des couleurs de l’Église réformée en Suisse romande. Et j’ai proposé de désigner les membres de notre Église qui se retrouvent dans ce texte comme des « réformés confessants ». D’autre part, récemment, dans la même ligne que la mienne, le pasteur zurichois Willy Honegger a plaidé pour « l’urgence d’une communauté confessante ».

Dès le milieu du 19e siècle, les Églises réformées de Suisse ont abandonné la récitation du Symbole des apôtres lors de la célébration du baptême et ont renoncé à demander aux pasteurs de souscrire à une confession de foi au moment de leur consécration. Même si des confessions de foi sont incluses dans des liturgies, leur récitation communautaire est dès lors à la libre disposition des célébrants. Il devint licite d’utiliser d’autres confessions que le symbole des apôtres, mais aussi de renoncer à tout usage d’une quelconque confession de foi.[1]

Malgré cette évolution, un courant confessant s’est maintenu, avec plus ou moins de vigueur dans nos Églises réformées.

Une expérience œcuménique forte que j’ai vécue durant les dix ans où j’étais délégué de la Fédération des Églises protestantes de Suisse à l’assemblée de la Communauté de travail des Églises chrétiennes en Suisse (CTECH) était à l’occasion du dialogue sur la Reconnaissance mutuelle du baptême signée en 2014 entre plusieurs Églises membres de la CTECH.[2]

Je me souviens de la stupeur des délégués des autres Églises lorsqu’ils ont découvert que les Églises réformées en Suisse avaient renoncé à toute confession de foi au moment du baptême. Cela a créé une crise entre les délégués qui ont été contraints à tenir compte de la particularité protestante.[3]

Dès le début du mouvement œcuménique moderne, lors de la Conférence de Foi et Constitution à Lausanne, en 1927, des voix réformées libérales se sont élevées pour protester contre l’inclusion des deux Confessions de foi de l’Église ancienne (Les symboles des Apôtres et de Nicée-Constantinople) comme base théologique du mouvement œcuménique.

Que diraient-elles aujourd’hui alors que le COE a introduit le symbole de Nicée-Constantinople dans sa Constitution lors de l’assemblée mondiale de Porto Alegre en 2006, comme critère déterminant si une Église peut en devenir membre ? L’acceptation de ce symbole de foi, dans sa forme originale, est maintenant devenue obligatoire pour toutes les Églises membres du COE. Ce symbole est devenu la base commune de tout dialogue multilatéral sous l’égide de COE.[4] Les Églises réformées en sont-elles conscientes ?

Elles le sont, en tout cas, dans le dialogue avec l’Église orthodoxe. En effet, pour donner suite à la proposition de Thomas F. Torrance, représentant l’Alliance réformée mondiale, ce même symbole a été accepté comme base de ce dialogue, ce qui a permis des convergences en matière de théologie trinitaire et de christologie.[5]

Plus proche de nous, le « Manifeste bleu » commence par citer les deux symboles de la foi : « En réponse à ce « Venez à moi » de Jésus-Christ, nous réaffirmons notre adhésion aux deux confessions de foi dans lesquelles des générations de chrétiens ont reconnu l’identité de Dieu, son Être et son Agir : le Symbole des Apôtres et le Symbole de Nicée-Constantinople ».[6]

Pour Oscar Cullmann la reconnaissance des confessions de foi de l’Église ancienne par les Réformateurs apporte un correctif au biblicisme.[7] Les maintenir a aujourd’hui une grande signification œcuménique, selon W. Pannenberg.[8] Les réciter régulièrement durant le culte enracine la foi dans les consciences et la structure. Pour J.J. Von Allmen, il est « impossible à l’Église de se rassembler sans faire l’aveu de ce qu’elle est, de ce qu’elle fait et de ce qu’elle croit :…elle est celle qui trouve sa raison d’être à confesser le Père le Fils et le Saint Esprit » ».[9]

Pluralisme ou pluralité?

Pour se renouveler, l’Église réformée ne sera – pour utiliser des termes allemands – ni « Konfessionslos », sans confession de foi, ni « Konfessionsfrei », c’est-à-dire libre de choisir la confession de foi qui nous convient ou qui correspond à nos convictions. La première option est celle du libéralisme théologique. Dans un texte polémique intitulé « Réciter le “credo”? – je préfère me taire » sur le site d’Évangile et Liberté, Bernard Reymond appelle à « respecter la liberté doctrinale qui caractérise nos Églises réformées actuellement ».[10]

La deuxième option est la voie choisie par la Fédération des Églises protestantes de Suisse  (devenue en 2019 l’Église évangélique réformé de Suisse) dans un « livre outil » qui propose une diversité de confessions de foi dont aucune n’est obligatoire et qui essayent de ménager la chèvre et le chou avec des textes dont les christologies sont contradictoires.[11] C’est aussi le projet d’un rapport sur le pluralisme de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud.[12]

Cependant, si de nouvelles confessions voient le jour – pratique fréquente dans le protestantisme – Von Allmen note qu’une des conditions est qu’elles ne « donnent pas l’impression de tricher » en escamotant certaines affirmations des Crédos traditionnels, comme l’incarnation et la résurrection du Christ, sa divinité ou son retour en gloire.[13]

Les réformés confessants affirment qu’il n’est pas légitime de tenir ensemble des confessions de foi qui incluent des affirmations contradictoires, comme le veut le pluralisme théologique.

En revanche une légitime pluralité théologique qui inclut des affirmations complémentaires doit être soutenue. En bref : le pluralisme inclut des énoncés contradictoires alors que la pluralité inclut des énoncés complémentaires.

Le dialogue entre la Fédération luthérienne mondiale et la Communion mondiale des Églises réformées invite justement à mettre en valeur la pluralité légitime qui s’exprime dans les Confessions de foi de l’Église ancienne, comme dans les textes confessionnaux de la Réforme :

« Luthériens et réformés partagent un héritage commun d’écrits confessionnels existant dans une diversité dogmatiquement réconciliée, donc légitime. Ils partagent une compréhension de l’Écriture qui est contextuelle par nature. Ils sont donc unis, et non divisés, par cette diversité légitime des écrits confessionnels. Unis dans un héritage commun d’actes et d’écrits confessionnels, luthériens et réformés sont unis dans la confession de l’Évangile de Jésus-Christ ».[14]

En affirmant qu’il est « confessant », le Manifeste bleu du Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) se situe dans cet héritage que luthériens et réformés partagent pour l’essentiel. Il se joint à d’autres mouvements protestants en Europe, comme les Attestants et la Fraternité de l’Ancre en France, Unio Reformata en Belgique, le Landeskirchen Forum et Bibel und Bekenntnis en Suisse, ou encore l’Evangelisch Werkverband aux Pays Bas.[15]

Lors de la publication du Manifeste bleu, nous – des membres du R3 –  avons visité plusieurs évêques et responsables catholiques et orthodoxes de Suisse romande pour le leur présenter. Dans l’ensemble ils ont accueilli avec reconnaissance ce document, expression d’un protestantisme confessant avec lequel, pour l’essentiel, ils se reconnaissent en communion de foi.

Martin Hoegger

martin.hoegger@gmail.com


[1] Voir la page de l’Église réformée Berne-Jura-Soleure à ce sujet : http://www.refbejuso.ch/fr/fondements/les-confessions-de-foi

[2] Sur la Déclaration de Riva San Vitale, voir https://agck.ch/fr/la-reconnaissance-reciproque-du-bapteme/

[3] Voir mon texte où je pose quelques questions aux réformés à partir du dialogue de la CTECH sur cette question : https://www.academia.edu/11365877/Un_%C3%A9largissement_de_la_reconnaissance_mutuelle_du_bapt%C3%AAme

[4] Comme en témoigne le travail de la commission Foi et Constitution Confesser la foi commune. Explication œcuménique de la foi apostolique telle qu’elle est confessée dans le Symbole de Nicée. Paris, Cerf, 1993.

[5] Cf. Lukas Visher, éd. Agreed Statements from the Orthodox-Reformed Dialogue. Word Alliance of Reformed Churches, Geneva, 1998, p. 12. Sur l’historique de ce dialogue, lire: Joseph D. Small, “Orthodox and Reformed in Dialogue: the agreed statement on the Holy Trinity”, In: The Witness of Bartholomew I, Ecumenical Patriarch, William G. Rusch, ed. Grand Rapids: Eerdmans Publishing, 2013.

[6] Manifeste bleu, p. 11s

[7] L’unité par la diversité, Cerf, Paris, 1986, p. 35

[8] « Die Bedeutung des Bekenntnisses von Nicae-Konstantinopel für den oekumenischen Dialog heute », Oekumenische Rundschau, 1982, p. 129ss.

[9] Célébrer le salut. Labor et Fides – Cerf, Genève, Paris, 1984, p. 205-206

[10] https://www.evangile-et-liberte.net/elements/archives/151.html

[11] Voir : Confessions de foi réformées. Un livre-outil. OPEC, 2009

[12] L’EERV s’interroge sur son identité. Réformés 4 déc. 2018

[13] Op. Cit. p. 219. Il donne comme exemple trois confession de l’Église réformée de France) parues en 1963. On pourrait aujourd’hui en rajouter des dizaines !

[14] Communion. On being the Church. Report of the Lutheran–Reformed Joint Commission between the Lutheran World Federation (LWF) and the World Communion of Reformed Churches (WCRC), 2006–2012. §153-154. https://www.lutheranworld.org/sites/default/files/DTPW%20Reformed-Lutherans%202014_0.pdf

[15] La Revue Hokhma consacre son numéro 117/2020 à ces mouvements confessants. Sur le R3, en particulier, voir l’article de Gérard Pella sur « Le rassemblement pour un Renouveau réformé » et le mien « Du Forum évangélique réformé au R3 ».

L’urgence d’une communauté confessante

Willy Honegger est pasteur de l’Église réformée du canton de Zurich. Il est membre du réseau « Bible et confession de foi ». Avec son accord, nous publions ici un extrait d’une longue lettre qu’il a adressé à 180 pasteurs de Suisse, également publiée sur le site du réseau. Il y appelle à des communautés confessantes.

Depuis mon enfance et mon adolescence, dans les années 70 et au début des années 80, le renouveau de l’Église était « le » sujet entre protestants. On recherchait ce renouveau dans une liturgie moderne (nouveaux chants, nouvelles formes de culte, langage plus compréhensible, souvent aussi avec des emprunts aux variétés, etc.)

En tant qu’Église, on voulait rencontrer les personnes d’égales à égales. Le pasteur est alors la plus attentionnée de toutes les personnes, on se focalise sur le « thérapeutique » dans la cure d’âme et le conseil et on évite des déclarations théologiques dites « abruptes », etc. On a essayé de positionner l’Église à la pointe de l’actualité. Les mots clés sont « connexion », « pertinence », « adaptation », « orientation vers le groupe cible » ; ils sont devenus des principes qui guident l’action. Inutile de dire que ces principes se sont transformés en dogmes qui dirigent l’herméneutique.

La fin d’une période

Je pense que nous sommes arrivés à la fin de cette période d’un peu plus de 50 ans. Les moyens de « renouveler » l’Église de cette manière sont épuisés. D’innombrables initiatives ont été prises avec des implications personnelles, des expériences authentiques, davantage de participations, des émotions, plus de concrétisations, beaucoup de professionnalisme, plus d’affinités avec le milieu, etc.

De bonnes idées en sont ressorties. Quelques-unes ont amélioré les relations entre les participants. Les services religieux ont été organisés de manière plus originale, les locaux d’église ont été aménagés de manière plus pratique.

Mais, pendant ce temps, qu’est-il arrivé à la substance de la proclamation de la Parole de Dieu ? Qu’en est-il du contenu de notre témoignage à Jésus-Christ ? Pensions-nous qu’une présentation plus moderne en tant qu’institution entraînerait un renouveau spirituel ? Pensions-nous vraiment qu’une meilleure performance regagnerait une génération sécularisée pour Dieu ?

Une crise massive des fondements de la théologie paralyse la prédication qui doit éveiller la foi. Cette crise existe depuis plus de 150 ans – depuis si longtemps que de nombreux théologiens l’ont même intériorisée. Les attentes envers la vie spirituelle ont déjà subi un « downgrading » (un déclassement) et la pauvreté spirituelle n’est que difficilement reconnue comme telle.

L’abandon de la confession de foi

Dans la deuxième moitié du 19ᵉ siècle, la controverse sur le Symbole des Apôtres a ébranlé une grande partie des Églises nationales réformées en Suisse. En conséquence, la confession de foi apostolique a disparu des services religieux. Ce faisant, on n’abandonnait pas seulement un élément liturgique, mais aussi la perspective biblique sur l’histoire du salut. Depuis l’époque de la Réforme du 16e siècle, le Symbole des Apôtres (ainsi que les autres confessions de foi de l’Église ancienne) est une clé herméneutique importante pour la prédication et l’enseignement dans les Églises protestantes. Ce sacrifice a permis d' »acheter » la reconnaissance des Églises nationales. Dès lors, le protestantisme a évité de nommer cette perte de substance, et encore moins de s’en repentir,

Les directions d’Églises de notre pays ressentent ce manque de substance théologique. Dans leur détresse, elles tentent de donner à l’Église une « dogmatique de substitution » non officielle. Selon mes observations, la triade « climat, genre et anti-discrimination » s’y prête actuellement (d’autres courants de pensée postmoderne peuvent être subsumés dans ces trois domaines).

Depuis bientôt 30 ans, je suis engagé en première ligne dans la politique ecclésiale, comme membre du synode de l’Église réformée de Zurich et, depuis bientôt 10 ans, également comme délégué au synode de l’Église évangélique réformée de Suisse.

J’ai remarqué que la plupart du temps, les directions d’Églises ne sont pas des activistes sur les sujets susmentionnés. Elles nourrissent seulement le vague espoir que l’Église puisse encore marquer quelques points au moyen de ceux-ci. Ou alors, elles se sentent menacées par un sécularisme agressif et exigeant. En tout cas, on n’observe pas chez elles des visages rayonnant de joie. Il n’y a pas non plus de chants sur ces thèmes, ni le sentiment exaltant d’un nouveau départ de l’Église.

Ceux qui se savent tenus à une proclamation fondée sur la Bible se sentent de plus en plus à l’étroit. Jusqu’à présent, il était encore possible de se tourner vers les domaines de la diaconie, de l’assistance spirituelle, du conseil ou de la promotion de la pratique de la piété au sein de l’Église, afin d’échapper aux thèmes controversés de l’esprit du temps. Aujourd’hui, cette « dogmatique postmoderne » s’immisce également dans ces derniers biotopes.

Le « post-évangélisme »

Certains ont cherché une solution dans ce qu’on appelle le « post-évangélisme » : il promettait de faire la paix avec les courants de pensée actuels en combinant l’Évangile et la culture. Les thèmes de la « triade » susmentionnée sont alors considérés comme des thèmes secondaires de la foi. Seul le « coeur de la foi » doit être préservé, en ce sens que le Christ reste toujours au centre. Ce qui demeure du centre de la foi après cette cure de jouvence post-moderne reste cependant nébuleux, Quel « Christ » est en effet encore compatible avec celui-ci ?

D’autres restent méfiants face à cette fausse solution lisse du « post-évangélisme ». Ils ne veulent pas simplement désamorcer le message encombrant de l’Écriture Sainte pour échapper à la colère des dieux postmodernes. Mais, comment le prédicateur peut-il tenir bon s’il est tout seul face à cette marée du courant dominant et accapareur ? Nous devons tous redécouvrir la vieille expression « consolatio fratrum » (la parole réconfortante entre frères et sœurs).

C’est donc avec plaisir que j’attire votre attention sur le réseau « Bible et Confession » www.bibelundbekenntnis.ch. Nous décrivons nos objectifs comme suit : « unir – renforcer – encourager ». Certes, notre mentalité helvétique nous incite à suivre notre propre voie de manière aussi individuelle que possible. A cela s’ajoute l’héritage piétiste qui dit : « Travaille fidèlement en petit comité, sois un modèle en silence, cherche partout la paix ».

Il y a là une sagesse spirituelle. Mais, est-ce que tout est dit sur le combat pour la cause de Jésus dans une société post-chrétienne ? Avons-nous déjà vu des militants progressistes dire : « Chacun d’entre nous doit être un exemple dans son lieu et agir en silence » ?

Pour une communauté confessante

Je pense qu’il est urgent que tous ceux qui ont à cœur une Église réformée adhérant à la vérité de l’ensemble des Écritures s’unissent. Bien sûr, toute union est toujours un compromis. Pour nous, théologiens, c’est un défi que de consentir à une communauté qui n’a pas été conçue dans les moindres détails par nos soins.

Réfléchissez donc dans la prière à la question de savoir si ce n’est pas un impératif de l’heure d’entrer dans une « communauté confessante », en tant que paroisse ! Nous nous trouvons dans une profonde détresse spirituelle dans l’Église et la théologie, à cause de la perte de la Bible, donc aussi de la perte du Christ biblique, et finalement de la perte du Dieu vivant tel que l’Écriture Sainte nous le révèle.

Aborder cela de manière directe nous conduit à une situation de combat spirituel. Ainsi des controverses qui auraient dû avoir lieu depuis longtemps éclatent. Pour y faire face, nous devons faire preuve d’un grand courage. Nous devons être prêts à quitter la « zone de confort » de l’Église !

Bien sûr, nous n’avons peut-être pas le temps de le faire, car le travail quotidien dans le ministère réclame beaucoup de nos forces. Mais, l’effondrement rapide de nos Églises nous conduit à fixer les bonnes priorités. Notre génération pourrait être le témoin oculaire de l’évaporation totale de la substance spirituelle dans notre pays !

Willy Honegger

Sur ce même thème, lire l’article de Martin Hoegger : « L’Eglise réformée peut-elle à nouveau être confessante ».

La prochaine réunion du réseau « Bible et confession de foi » aura lieu le samedi 30 septembre 2023, 9h00 – 17h00, au Theologisch Diakonisches Seminar, à Aarau. Inscription nécessaire au préalable sous : www.bibelundbekenntnis.ch/tagung . Le thème de la conférence sera : « Parlez et ne vous taisez pas« .

Les réunions du réseau « Bible et confession de foi » ne s’adressent pas uniquement aux ministres, mais à toutes les personnes engagées les Églises réformées et libres.

Sur le site www.bibelundbekenntnis.ch, vous pouvez vous inscrire à sa lettre de nouvelles, vous pouvez vous inscrire à sa lettre de nouvelles  

Habaquq : les cinq malheurs de la Société

Voici une prédication de Philippe Decorvet

Textes bibliques : Habaquq 2. 1-4 ; 2.b-20 ; 3.18-19

Le prophète Habaquq n’est pas le prophète le plus connu de la Bible, du moins chez la plupart des fidèles. Certes il a joué un rôle décisif dans la vie de Luther, puisque c’est la phrase du chapitre 2 verset 4 – le juste vivra par la foi – citée par l’apôtre Paul dans l’épitre aux Romains qui sera à l’origine de la Réforme. Mais il y a aussi d’autres raisons pour lire ce prophète dont l’actualité est proprement bouleversante. Le début du chapitre 2 est en effet une description de notre société du 21e siècle étonnante. En lisant ces versets, on pourrait même croire qu’Habaquq, qui a vécu à la fin du 7e siècle avant Jésus-Christ, soit il y a environ 2500 ans, est quasiment notre contemporain ! Que dit-il en effet ?

Malheur à celui qui augmente le fardeau de ses dettes !

Tes créanciers ne se lèverontils pas soudain ?

N’est-ce pas actuel cela ? ça ne vous rappelle rien ?

Et Habaquq ne s’arrête pas là ! Dans ce seul chapitre 2, il va dénoncer à 5 reprises des pratiques semble-t-il courantes à l’époque, mais qui pourraient tout aussi bien décrire notre société actuelle ! Avec même une précision stupéfiante !

Certes, ces 5 « Malheurs » concernent essentiellement les Chaldéens contemporains du prophète, ennemis d’Israël et envahisseurs de leur territoire, Mais ils décrivent aussi prophétiquement et mettent en garde notre société occidentale actuelle ainsi que nos Eglises, si elles n’écoutent pas la Parole du Seigneur qui est aussi pour elles.

Le mot malheur qui est répété 5 fois dans ces quelques versets n’est peut-être pas la meilleure traduction, car il peut faire penser à une malédiction, ce qui n’est pas le cas du mot hébreu. Dans sa traduction de la Bible, André Chouraqui précise que ce mot hébreu – Hoïe – est en fait un cri de deuil. Il s’agit donc moins d’une malédiction que d’un cri de souffrance face à la mort. N’est-ce pas comme les larmes de Jésus, le jour des Rameaux, qui s’écrie en descendant le mont des Oliviers et voyant en face de lui la ville de Jérusalem : si toi au moins tu connaissais les choses qui appartiennent à ta paix…Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t’environneront de tranchées… ils te détruiront toi et tes enfants… (Luc 19.41-44). Et l’évangéliste Luc ajoute : Jésus pleura. Lui aussi a dû s’écrier Hoïe !

Le 1er Malheur, 1er cri de deuil est particulièrement actuel :

Malheur, Hoïe, à celui qui accumule ce qui n’est pas à lui !

Malheur à celui qui augmente le fardeau de ses dettes !

Tes créanciers ne se lèveront-ils pas soudain ? (v 6).

N’est-ce pas exactement ce qui se passe actuellement et qui est à l’origine de la crise actuelle qui frappe ou a frappé de nombreux pays – et non des moindres ? Tout y est : L’augmentation vertigineuse de la dette accompagnée de la réaction aussi violente que soudaine des créanciers à laquelle personne ne s’attendait.

Le premier « malheur », le premier cri de deuil concerne le pouvoir de l’argent. La Bible n’est pas contre la richesse. Beaucoup de grands hommes de Dieu étaient riches. C’était même pour eux signe de bénédiction (cf. Abraham, Jacob, Boaz, Job). Mais l’Ecriture met en garde contre le pouvoir séducteur et corrupteur de l’argent. Cf. Le jeune homme riche (Mc. 10 17-27). C’est le seul homme, avec Lazare et Jean, dont il est dit expressément que Jésus l’aima. Mais cette rencontre entre Jésus et le jeune homme riche révèle aussi la tentation de la richesse. L’apôtre Paul l’a bien compris quand il écrit à son disciple Timothée : l’amour de l’argent est une racine de tous les maux. (1 Tim.6.10). Jésus aussi a souligné la tentation de la richesse ; il a d’ailleurs parlé de l’argent plus que de n’importe quel autre sujet à part le Royaume de Dieu. Et la Bible parle 2084 fois de l’argent et de la richesse, mais seulement à 215 reprises de la foi et 208 du salut (d’après Earl Pitts de JEM).

De tout temps ce fut un problème pour l’Eglise. Voici ce que dit John Wesley dans un texte souvent cité :… Quel remède apporter pour que notre argent ne nous enfonce pas au plus profond de l’enfer ? Il y a un moyen, et pas d’autre sous le ciel. Si ceux qui gagnent tout ce qu’ils peuvent, et épargnent tout ce qu’ils peuvent, voulaient aussi donner tout ce qu’ils peuvent, alors plus ils gagneraient plus aussi ils croîtraient en grâce et plus ils accumuleraient des trésors dans les cieux. (cité par F. Lovsky : Wesley, p.121).

2e Malheur, 2e cri de deuil :

Malheur, Hoïe, à celui qui amasse pour sa maison des gains iniques.

Afin de placer son nid dans un lieu élevé (v.9)

C’est de nouveau une question d’argent. A quoi cela vous fait-il penser ? Les «  nids élevés » que l’on ne peut atteindre et où l’argent est soi-disant en sécurité, ne sont-ils pas les paradis fiscaux modernes ? Il y a là aussi une actualité extraordinaire.

Le second malheur concerne donc la cupidité, l’égoïsme et l’exploitation du prochain. C’est une conséquence de l’amour de l’argent. Le texte donne aussi des précisions très actuelles : En détruisant des peuples nombreux. On pourrait parler de la cupidité des conquistadores espagnols en Amérique du Sud, ou de la cupidité des trafiquants d’esclaves qui est encore pire. Je me suis laissé dire que la Suisse aussi a profité de ce trafic…

Mais Habaquq ne s’arrête pas là ! Après les deux premiers cris concernant l’amour de l’argent et la cupidité, il parle de violence :

3e Malheur, 3e cri de deuil :

Malheur, hoïe, à celui qui bâtit une ville avec le sang (v.9).

Qui fonde une ville avec l’iniquité.

Le 3e malheur concerne la violence et la malhonnêteté

Là encore, ce 3e malheur concerne d’abord, bien sûr, les Babyloniens qui sont les envahisseurs cruels, mais « à travers eux tous ceux qui en tout temps se comportent de la même manière » (Nouveau commentaire biblique, page 806). Si nous étudions l’histoire de nos sociétés, de nos pays, qu’est-ce qui les caractérise ? Comment nos pays se sont-ils construits ? Et si nous regardons les nouvelles, que constatons-nous, sinon la violence ? Pas seulement en Ukraine, en Syrie ou en Afghanistan, mais dans nos quartiers dits sensibles, dans la violence faite aux femmes (viols, etc). Quant à la malhonnêteté, la tromperie etc. !

N’y a-t-il pas là aussi un portrait de nos sociétés actuelles ?

4e Malheur, 4e cri de deuil :

Malheur, hoïe, à qui fait boire son prochain

A toi qui verses ton outre et qui l’enivres,

Afin de voir sa nudité.

Il s’agit encore de violence et de cruauté (v.17) qu’Habaquq compare à des scènes où des soudards se livrent à toute espèce d’ivrognerie ou de sexualité sans aucune limite. Mais les images choisies sont plus que des images. C’est le déferlement de toutes les passions : alcool, sexe, drogue, c’est le déferlement de l’immoralité sous toutes ses formes.

Le 4e malheur concerne l’immoralité.

Je suis frappé de constater à quel point notre société a perdu le sens de la morale. Ce terme est même devenu obscène ! Plus que l’immoralité, c’est l’amoralisme qui est omniprésent aujourd’hui, ce qui est probablement pire.

5e Malheur, 5e cri de deuil :

Malheur, hoïe, à qui dit au bois : Lève-toi

A une pierre muette : Réveille-toi.

Les prophètes ont constamment attaqué l’idolâtrie. Ils ont même souvent manifesté une ironie féroce à l’encontre de ceux qui fabriquent des idoles, de bois ou de pierre (cf. Es. 44.12-18 ou le Psaume 115).

Il brûle au feu la moitié de son bois,

Avec cette moitié il cuit de la viande…

Et avec le reste il fait un dieu, son idole…(Es.44)

Le 5e malheur concerne l’occultisme

Bien sûr, notre société ne se prosterne pas devant des idoles de bois ! Mais la superstition et l’ésotérisme n’ont pas disparu pour autant ! Ils ont simplement pris d’autres formes. Il n’y a qu’à lire les horoscopes dans la plupart de nos journaux. Et que dire des diseuses de bonne aventure, des voyants, des marabouts, des guérisseurs et des charlatans de toutes sortes ! Sans parler d’un occultisme beaucoup plus fort ou des idéologies inquiétantes et violentes qui radicalisent une certaine jeunesse en mal de vivre et à la recherche d’un sens à son existence ? Certes, là encore, la description d’Habaquq concerne d’abord les Chaldéens et la société de son temps, mais n’est-ce pas aussi la description de notre société contemporaine ?

Face à ce constat assez sombre et triste que va faire Habaquq ?

Il va entreprendre essentiellement deux choses :

1.D’abord il n’a pas peur, ni honte de dire son incompréhension et même sa révolte : il adresse à Dieu toute une série de pourquoi, et lui fait part de ses plaintes et de ses doléances :

Jusques à quand ô Eternel ?… J’ai crié et tu n’écoutes pas.

J’ai crié vers toi à la violence, et tu ne secours pas !

Pourquoi me fais-tu voir l’iniquité

Et contempler l’injustice ?…

Aussi la loi n’a pas de vie (ch.1.2-3).

Là encore Habaquq est très actuel. Ces questions, ces pourquoi, ces doléances ne sont-elles pas aussi celles que de nombreuses personnes adressent au Seigneur. L’immensité de la souffrance est un problème que l’on entend souvent : « Si Dieu existait, il n’y aurait pas toute cette violence, toutes ces injustices et tout ce mal ! »

Il n’est pas interdit de se poser toutes ces questions. Habaquq, tout prophète qu’il était, se les est aussi posées. Il vaut beaucoup mieux les exprimer – et les exprimer à Dieu – que de ruminer intérieurement sa colère, son incompréhension, sa frustration et ses doutes !

2.Mais le prophète ne s’arrête pas là. Il ne reste pas passif, il veille, comme il dit : il se met en situation d’écoute et il attend que Dieu lui réponde :

J’étais à mon poste, et je me tenais sur la tour

Je veillais pour voir ce que l’Eternel me dirait.

L’Eternel m’adressa la parole, et il dit : Ecris la prophétie ;

Grave-la sur des tables afin qu’on la lise couramment

Car c’est une prophétie dont le temps est déjà fixé,

Elle marche vers son terme, et elle ne mentira pas :

Si elle tarde attends-la,

Car elle s’accomplira certainement.

Voici, son âme s’est enflée, elle n’est pas droite en lui

Mais le juste vivra par sa foi. (Hab.2.1-4)

Et Dieu a répondu, une réponse extraordinaire, elle projette Habacuc directement en plein Nouveau Testament.

Cette dernière phrase le juste vivra par la foi est en effet citée 3 fois dans le N.T. (Ro.1.17 ; Gal 3.11 ; Heb.10.38) et chaque fois dans un contexte très important qui parle du salut. C’est par la citation de cette phrase que s’ouvre l’épitre aux Romains dont elle est la clé pour comprendre cet écrit fondamental (Ro.1.17). C’est ce texte qui a transformé Martin Luther et a fait de lui le Réformateur qui a transformé l’Europe…

Habaquq, bien sûr, n’a pas vu la totale réalisation de la prophétie que Dieu lui révèle et qui ne se réalisera que 6 siècles plus tard à Bethlehem et à Golgotha, mais il a compris deux choses fondamentales : D’abord que Dieu a la solution à ce qui le tourmente et le révolte. Il n’est pas pris au dépourvu, il connait la situation et il a une solution. Il a un plan de salut qui s’accomplira sûrement. Habaquq peut même déjà le mettre par écrit, Dieu reste souverain.

Ensuite il comprend une deuxième vérité : non seulement Dieu a un plan, mais il interviendra Lui-même. C’est pourquoi dans le 3e et dernier chapitre Habaquq, apaisé, chante et loue son Sauveur :

Mais moi j’exulterai en l’Eternel

Je veux trouver l’allégresse dans le Dieu de mon salut (3,18).

Quelle différence avec les premiers versets de sa prophétie où il clame sa révolte et ses pourquoi ! Quel cheminement Habaquq n’a-t-il pas fait au cours de ces trois brefs chapitres ! Il n’a peut-être pas reçu de réponse rationnelle à ses questions, mais il sait qu’il a un sauveur et que ce sauveur viendra au moment fixé par Dieu car sa promesse est certaine.

Effectivement cette prophétie s’est accomplie à la lettre : Dieu est venu en Jésus-Christ : lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils. (Gal.4.4)Dieu avait bien dit que la prophétie ne s’accomplirait pas tout de suite, mais qu’elle s’accomplirait certainement. Elle s’est accomplie. Jésus est venu. Le Sauveur est là ! « O Jésus ma joie » chantera plus tard J-S Bach.

Habaquq a eu confiance dans les promesses de Dieu. Il a cru sa Parole. Il a cru que Dieu restait souverain même si beaucoup de choses le dépassaient. Il a cru à sa présence et à son amour inconditionnel.

Ce chemin d’Habaquq est aussi le nôtre :

Dire à Dieu ce qu’il y a au fond de nos cœurs.

Recevoir ses promesses, accueillir et croire sa Parole.

Cultiver une vraie relation personnelle avec le Sauveur.

Découvrir le Père.

N’est-ce pas ce dont nos contemporains ont le plus besoin : Retrouver le Père dans un monde orphelin et sans repères.

C’est pour cela que Dieu a envoyé Jésus. Il est le chemin. N’est-ce pas le moment plus que jamais d’écouter le prophète Esaïe qui a souvent été appelé le cinquième évangéliste : Voici le chemin, dit-il au chapitre 30 verset 21 : marchez-y !

Amen

40 jours avec Jésus sur la montagne

Échanger avec d’autres autour de la Bible : oui mais comment ? Voici une proposition née de l’action des « Attestants », l’association soeur du R3 en France.

Le parcours « 40 jours avec Jésus sur la montagne » est résolument biblique, interactif et convivial.

Il invite durant 6 semaines néophytes et lecteurs expérimentés de la Bible à cheminer de manière communautaire et personnelle, à travers le discours « décapant » de Jésus sur la montagne, dans l’évangile selon Matthieu.

Ce parcours est articulé en trois expériences complémentaires à vivre :
– en petit groupe, en 6 rencontres clé en mains : le livret de l’animateur,
– seul, avec 40 lectures bibliques personnelles : le livret du participant,
– en Église tout entière, grâce aux pistes de prédications.

https://www.editionsbiblio.fr/parcours-bibliques/40-jours-avec-jesus/40-jours-avec-jesus-livret-animateurs

Au-devant des fugitifs

Le troisième dimanche de juin est, sur le plan international, le dimanche des réfugiés. Antoine Schluchter, pasteur à La Vallée-de-Joux, nous offre ici une prédication pour élargir l’espace de notre regard et de nos cœurs.

Chaque année, le dimanche des réfugiés est vraiment une bénédiction. C’est l’occasion d’élargir les piquets de nos tentes pour avoir un regard plus circulaire, d’élargir l’espace intérieur nos cœurs pour y faire place à celles et ceux qui ont dû fuir. En 2022, cela a concerné 281 millions de personnes, ce qui correspond au nombre d’habitants cumulés de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Italie. Il y a eu 23 millions de réfugiés de plus qu’en 2017, ce qui fait une augmentation annuelle de 4,6 millions sur les cinq dernières années. C’est-à-dire à chaque fois un peu plus de la moitié de notre population. Voilà une réalité abrupte qui nous décentre de notre horizon habituel. Une réalité dont témoigne la bible tant elle a affecté le peuple élu au cours des siècles. Ainsi, le Deutéronome dit de Jacob : « Notre père, cet araméen errant » (26.5). Car au fin fond, la bible dit le projet de Dieu dans le monde tumultueux des hommes. Elle nous invite à être matelots au cœur des tempêtes, à les affronter et non à les esquiver sur le frêle esquif de nos petites personnes. C’est ce que nous allons aborder à partir de notre série de lectures bibliques avec quatre adjectifs pour guides.

Proactifs 

La personne proactive va au-devant des situations, elle n’attend pas passivement. Le thème de cette année est :« Rapprocher les fugitifs et les bénévoles ». Ce terme de fugitif a eu l’effet d’un uppercut en plein estomac, il m’a coupé le souffle. J’ai ouvert une concordance au mot « fugitif », il a droit à quelques versets. Dont ce passage très interpelant du livre d’Esaïe :

« Vous qui habitez à Téma, allez à la rencontre de ceux qui meurent de soif, apportez-leur de l’eau ; allez au-devant des fugitifs, apportez-leur de quoi manger. Car ils ont fui devant l’épée, devant l’épée que rien ne retient, devant l’arc tendu contre eux, devant la pression du combat. »

Sur une dizaine de chapitres, Esaïe adresse des messages aux contrées avoisinantes qui se terminent par une annonce de la destruction de la terre, façon grand effondrement. Dans notre passage, il s’agit d’un message à l’Arabie, c’est-à-dire le pays de la steppe que traversent des fugitifs –comment ne pas penser au drame des migrants subsahariens ? Le message est on ne peut plus clair, je résume : « aidez-les en chemin ». Des bénévoles avant la lettre, dans le sens le plus profond du terme : des gens qui veulent le bien d’autrui (de benevolens, voulant le bien). Et ils sont proactifs : « allez à leur rencontre, allez au-devant des fugitifs ». Plutôt que d’attendre que ça se passe ou de dire qu’on ne peut rien y faire. Proactifs en aidant des migrants qui traversent les Alpes dans le froid ou des gens de chez nous, fugitifs de bien d’autres malheurs. Avant-hier encore, une petite dame fuyant le deuil et une vie compliquée m’a téléphoné comme régulièrement et on prend un moment, on va au cimetière, on boit un café. Et là, elle m’a demandé une bible : une autre soif apparaît, une faim d’autre chose.  Être proactifs plutôt que passifs envers les assoiffés qui traversent nos contrées.

Préparés 

Car il se pourrait bien qu’un jour, nous soyons des fugitifs à notre tour, passant de spectateurs à premiers concernés, et je ne pense pas que nous y sommes préparés. Victimes, par exemple, de persécution religieuse : « Fuyez dans une autre ville. » Ou de cette mystérieuse « abomination de la désolation » dans les derniers temps. Alors, il n’est tout simplement plus question de rester, tout notre univers bien échafaudé s’écroule d’un coup. Il n’est même plus question d’aller récupérer notre essentiel, juste de fuir et de prier pour que les conditions de la fuite ne soient pas trop dures. Femme enceinte, hiver rude, temps du repos : tout cela, les migrants l’expérimentent. Je repense à un jeune érythréen qui a juste eu le temps de sauter par la fenêtre. Deux ans de voyage atroce, et qu’est-ce qu’il a prié, qu’est-ce qu’il a gardé confiance ! Être proactifs pour aller vers les réfugiés, mais aussi pour être préparés à le devenir.

Rassurants 

Nous nous sommes arrêtés sur la conditions des fugitifs et l’appel à les aider lancé par Esaïe

Nous avons entendu, dans la bouche de Jésus, que nous pourrions le devenir à notre tour. Les passages lus dans les Nombres et le Deutéronome évoquent, eux, l’étape de l’arrivée. Pour ce dimanche des Réfugiés, c’est d’ailleurs le premier mot qui m’était venu : refuge. Avec ces exemples impressionnants de villes-refuge pour les meurtriers involontaires. J’y vois un écho aux conditions de sécurité tellement indispensables aux fugitifs. C’est touchant, cette mise en place de villes dédiées à leur accueil dans l’infrastructure. Il y en avait six parmi les quarante-huit réservées aux Lévites ; cela faisait donc partie du service de Dieu. Trouver, après avoir fui et tout enduré, un lieu sécure, de la chaleur, un espace de paix. Ce qui frappe le plus les Ukrainiens arrivant ici, c’est le calme, l’absence de sirènes. Comme des oasis dans le désert de l’existence. Et ces espaces qui permettent de rassurer sont nécessaires à beaucoup de catégories. D’ailleurs, que de fois nous lisons dans les Écritures : « Soyez sans crainte ». Être rassurants en offrant des communautés-refuge, de la sécurité aux déplacés. 

Bénissants

Nous avons cheminé avec les fugitifs assoiffés, traversant le désert en étant invités à être proactifs. Nous avons entendu que ce pourrait être un jour notre condition en étant invités à y être préparés. Nous avons été invités à leur ouvrir des espaces sécurisés pour les rassurer. Mais peut-on sans autre sauter de fugitif à refuge, réfugié ? Est-ce correct de faire ce type de lien ? – On comprend bien l’importance de trouver refuge pour un fugitif. Mais cela va encore plus loin : ces deux mots ont la même étymologie. Fugitif et refuge proviennent de la même racine. Le fugitif est celui qui fuit un danger, une menace ; le réfugié est celui qui, littéralement, fuit en rebroussant chemin, il quitte l’état de fuite. Il est un fugitif qui marche à reculons jusqu’à un abri sécure. Le refuge stable représente l’état inverse de la fuite éperdue.

Nous avons des refuges dans nos forêts et beaucoup ont servi pendant la Deuxième Guerre.

Il y a eu le temps du Refuge dans notre pays pour les protestants persécutés au 17èmesiècle. C’est bienfaisant comme les oasis au milieu du désert de l’existence. Mais ce n’est pas fait pour durer, s’établir ; ce n’est pas une vie. La vie, la vraie, c’est une existence sans menace permanente. C’est… des espaces ouverts, de la paix, de la lumière, de la plénitude. Quel plus beau signe de sécurité qu’une porte ouverte de maison, de ville même ? On le sait dans notre pays où, de nos jours encore, bien des maisons ne sont pas fermées à clé. En cinglant contraste avec les villes ou les résidences sécurisées en tant d’endroits du monde. Eh bien, en toute fin de bible, il est dit de la Cité de Dieu (quelle vision !):

« Les portes de la ville resteront ouvertes pendant toute la journée ; et même, elles ne seront jamais fermées, car là il n’y aura plus de nuit. »

Plus de nuit menaçante au cœur des déserts et des errances sans fin des fugitifs ni des témoins de l’évangile obligés de fuir et dont les rangs, eux aussi, ne cessent de grossir. Des espaces ouverts : plus de murs infranchissables, plus de barques repoussées. Même plus de villes-refuge, plus besoin d’oasis, il n’y aura plus ni nuit ni désert. Le fleuve de la vie sera dans la ville, la source d’eau vive jaillira pour l’éternité. Et on ne trouvera plus aucune trace des impies et des malfaisants.

Alors frères et sœurs, jusqu’à ce que se réalise cette promesse dans toute son envergure, soyons proactifs auprès des réfugiés de toute sorte, traversant les déserts de l’existence ; cela sous-entend d’aller auprès d’eux. Soyons préparés à tout perdre pour le témoignage comme tant d’autres autour de nous ; cela sous-entend de lâcher nos sécurités. Soyons rassurants pour celles et ceux qui ont besoin d’un refuge ; cela sous-entend de leur ouvrir nos bras, nos cœurs, nos espaces. Et soyons bénissants jusqu’à ce que toutes et tous, chacune et chacun, nous vivions dans la plénitude de la présence divine là où il n’y a plus ni nuit ni cri ni de porte fermée.

LECTURES BIBLIQUES

Dans l’ordre des quatre points de la prédication.

Proactifs : Esaïe 21.13-15 

Préparés : Matthieu 10.22-23 + 24.16-22

Rassurants : Nombres 35.6-8 + Deutéronome 4.41-43

Bénissants : Apocalypse 21.25-27

Dimanche 11 juin 2023 

Vous êtes la lumière du monde

Le Rassemblement pour un renouveau réformé est un mouvement suisse romand. Mais il faut reconnaître que la proportion de Vaudois est écrasante ! Nous sommes donc très reconnaissants de pouvoir faire entendre une voix neuchâteloise par cette prédication d’Ursula Tissot, prononcée dans la Collégiale de Neuchâtel.

Le lectionnaire nous propose pour aujourd’hui trois passages de l’Ecriture :

Es.58, 7-10  Partagez  et recherchez la justice  

Mt 5, 13-16  Soyez le sel, soyez la lumière  

1 Cor. 2, 1-5 Paul dit à la communauté de Corinthe qu’il ne veut rien savoir d’autre parmi eux que Jésus Christ et Jésus Christ crucifié.

Quel dénominateur commun entre ces 3 passages ?

Pour le partage et la justice qui plaît à Dieu, et pour l’injonction d’être le sel et la lumière, ce sont des conseils normaux pour que la vie sur terre soit possible et on voit beaucoup de belles personnes, généreuses, qui cherchent la justice et qui en paient le prix partout dans le monde, car l’amour est un ingrédient naturel de l’humanité. Chaque être humain est capable d’amour, s’il n’a pas été abimé ou blessé ou dressé à la dure. Chaque être humain a aussi un besoin vital d’amour. 

Pas besoin d’être religieux pour cela. 

Quant au 3ème texte, 1 Cor.2 1-5 c’est Paul lui-même qui dit qu’il s’est présenté à la communauté de Corinthe non pas avec des discours prestigieux et empreints de sagesse humaine. Il pensait sans doute à la philosophie ambiante, et il en aurait eu les capacités, mais il s’est présenté à eux faible, craintif et tout tremblant.

Pourquoi ? 

Parce qu’il voulait que la puissance de l’Esprit passe à travers lui, et que cette puissance soit une démonstration de la puissance de Dieu.

Et quel est l’objet de cette puissance ? LE CHRIST CRUCIFIE !

Pourquoi Paul dit qu’il est tout tremblant, plein de peur, en se présentant aux Corinthiens et en leur parlant de sa foi ? 

Parce que son message de la bonne nouvelle, c’est de la pure folie.

  • un Dieu qui s’est fait homme, Jésus 
  • qu’on attendait comme Messie, Christ 
  • et qu’on a crucifié ?

Humainement c’est de la pure folie, surtout quand on sait que la crucifixion, c’était un supplice horrible, dégradant, qui permettait de mettre au rebut les indésirables.

Y a-t-il des gens parmi vous qui disent avec fierté : je suis chrétien et le centre de ma foi, c’est Jésus crucifié ? 

Peut-être qu’ils le disent en tremblant, parce qu’aujourd’hui encore c’est de la folie. C’est risible. Ça fait 2000 ans qu’on prêche une folie. Il y a eu des milliers de crucifiés. Mais je ne connais pas un seul grand personnage qui aurait été crucifié et dont on parle encore aujourd’hui.

Aujourd’hui on peut encore parler de la lumière, de l’amour, de la paix, même du sel, mais d’une mort qui sauve ???

Et pourtant ça reste le cœur de la foi chrétienne, parce que c’est là que la relation avec Dieu a basculé.

Ce qui est encore plus compliqué à comprendre pour nous que pour les Corinthiens, c’est que la mort du Christ, du messie, s’est faite dans un contexte sacrificiel, et pour notre culture, on ne sait plus ce que c’est qu’un sacrifice RITUEL. 

  • Offrir un agneau pour solliciter un pardon, c’est d’un autre âge !
  • Sceller une alliance par le sang d’un sacrifice, ça se fait encore couramment parmi les peuples traditionnels, et même chez nos ados quand ils veulent marquer une amitié sensée durer pour toute la vie, mais quand on est adulte et responsable, c’est une idée qui ne nous effleure même pas.
  • Que la vie soit dans le sang, oui, mais la société de consommation nous dit tout autre chose et sur tous les tons ; la vie est dans le plaisir, dans l’argent, dans la réussite, dans la nouveauté… 

Achetez la voiture Alaxis, ça va vous changer la vie ! 

Mais la mort du Christ, est-ce que ça change ma vie ?

Ce n’est pas pour rien que le christianisme est en perte de vitesse. Ce n’est pas la seule raison. Mais pour le rationalisme, c’est un obstacle infranchissable qui éloigne beaucoup de gens de la foi chrétienne.

Quand donc Paul dit (et il le dit aussi à nous) : je ne veux savoir parmi vous qu’une chose, c’est Jésus le Messie et Jésus le Messie crucifié, on entend : oui, mais comment en vivre ?

Je le disais : La crucifixion a été le moment où tout a basculé : à l’époque, la relation du peuple de Dieu avec son Dieu s’était dégradée et là elle a été comme remise sur les rails.

Les sacrifices pour le pardon, à faire et refaire chaque année, devenaient obsolètes, car ils ont été remplacés par celui de Jésus, Fils de Dieu, capable d’effacer une fois pour toute le péché fondamental qui est de chercher à plaire à Dieu par l’observance stricte de la loi, gagner son salut et être juste devant Dieu, ce qui est un but inatteignable. 

Dorénavant plus besoin de se sacrifier ou d’offrir des sacrifices, c’est fait une fois pour toutes et l’accès à Dieu est gratuit, c’est la grâce. 

Du même coup, l’alliance de Dieu avec son peuple a été renouvelée dans le sang. Cette alliance que nous célébrons tous les dimanches dans la cène nous garantit la fidélité absolue de Dieu à notre égard.

Du même coup, la mort n’a plus le pouvoir de nous anéantir, puisque le Christ est ressuscité. Il est vivant, et ce qu’il a inauguré sur terre, c’est à nous de le poursuivre. 

 Il est remonté au ciel, en nous ouvrant l’accès au ciel, à Dieu, mais en même temps il vit en nous : je serai avec vous tous les jours, nous a-t-il dit. Il a fait de nous son temple, sa demeure. Et Paul l’affirme parce qu’il en fait l’expérience : ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. 

Mes frères et sœurs : c’est vrai aussi pour nous !

Une strophe d’un de nos cantiques de Pâques le dit très bien : depuis qu’il a vaincu la mort, tout est changé dans notre sort : et le plus faible devient fort (Psaumes et Cantiques 319).

L’irruption du royaume de Dieu, c’est ce basculement-là :  la sagesse du monde est folie pour Dieu, et ça devrait l’être pour nous aussi, 

  • le premier sera le dernier, 
  • soyez comme des enfants pour accueillir le royaume, 

et comme l’a encore expérimenté Paul : 

  • lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort.

Et on connaît le rayonnement de Paul. Cet homme qui a mis toute son énergie pour tuer dans l’œuf l’émergence de l’Eglise et qui a persécuté les premiers chrétiens a fini par évangéliser une grande partie du bassin méditerranéen. 

Paul parle de ce rayonnement en faisant allusion à cette parole : vous êtes la lumière du monde.  

Il l’explicite en disant : que la lumière brille dans l’obscurité (c’est à dire dans le monde) et c’est Dieu lui-même qui a brillé dans nos cœurs. Il a voulu nous éclairer en nous faisant connaître sa gloire, qui brille sur le visage du Christ. Mais ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile (c’est à dire que c’est fragile) Et ainsi on voit bien que cette puissance extraordinaire vient de Dieu et non de  nous. (2Cor, 4, 6-7)

Être des lumières dans le monde, ce n’est pas juste de la déco. C’est une autre qualité de lumière Nous le serons si nous-mêmes nous sommes éclairés par le Christ qui vit en nous. Et de ce fait, nous rayonnons d’une lumière qui n’est pas du monde, que Paul qualifie de puissance extraordinaire

Et ce n’est pas hors de notre portée, puisqu’on n’y est pour rien. C’est la grâce pure.

Sauf que nous avons à accepter et mettre en œuvre le bouleversement des valeurs qui s’est opéré à la croix.   

Voilà pourquoi Paul ne voulait savoir qu’une chose chez les Corinthiens, et cette chose était l’événement de la croix.

C’est facile, mais si ce n’est pas l’œuvre du Saint-Esprit en nous, ça restera, comme pour beaucoup de chrétiens, de l’ordre du savoir et non de l’expérience. 

C’est ce que je souhaite pour chacun et chacune d’entre vous : que le Christ vous habiteet qu’il puisse ainsi rayonner à travers vous sa lumière, son feu.

En étant porteurs de cette lumière, vous ferez voir cette puissance extraordinaire qui vient de Dieu. Ça ne veut pas dire que vous allez faire des éclairs, ou des éclats. Mais votre rayonnement va toucher profondément les gens. Pas forcément en mettant des mots dessus, mais en étant une valeur sûre, même si autour de vous le courant est coupé. 

  • Il y avait des gens comme ça dans les camps de concentration, 
  • il y a des gens comme ça dans les hôpitaux,
  • Il y a des gens comme ça dans des débâcles familiales…

Ces gens-là sont un trésor pour ceux qui les entourent et ils manifestent la gloire de Dieu. C’est bien pour cela que nous sommes sur la terre. Et j’espère que nous en faisons partie.

Perdre le Christ dans le christianisme 

Cet article de Greg Morse a été publié sur le site Desiring God. Nous l’avons trouvé tellement pertinent que nous avons sollicité (et obtenu !) la permission de le traduire et de le publier sur notre site.

La question semble étrange à première vue, mais j’en suis venu à me la poser à moi-même : Suis-je en danger de perdre le Christ dans ma façon de vivre le christianisme ? 

Parmi ceux d’entre nous qui connaissent vraiment Jésus, l’aiment et croient en lui pour la vie éternelle, sommes-nous de ceux qui ont perdu leur premier amour ? La plus grande lumière brille-t-elle maintenant comme la plus petite dans nos cœurs ? Jésus est-il passé sans qu’on s’en rende compte de sa place de grand Objet de notre désir à celle d’un adjectif modifiant d’autres activités ? Les livres sur la vie chrétienne se vendent bien mais les livres sur le Christ lui-même restent généralement en stock. 

Pouvons-nous encore dire en toute vérité : « Mon âme attend le Seigneur plus que les sentinelles n’attendent le matin, oui, plus que les sentinelles n’attendent le matin » (Psaume 130.6) ? La seule chose que nous demandons à notre Seigneur est-elle de contempler sa beauté et de converser avec lui (Psaume 27.4) ? S’il revenait aujourd’hui, cela nous semblerait-il une interruption, ou nous trouverait-il en train de nous demander les uns aux autres : « Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? » (Cantique 3.3) ? Ressentons-nous la douleur de son absence ? Nous manque-t-il ?

Ces derniers temps, j’ai moins regardé par-dessus les murs de ce monde, dans l’attente de sa venue. Au lieu de cela, je me suis occupé de choses bonnes et même de choses pieuses – celles qui sont de lui, à lui et par lui, mais qui ne sont pas lui. À ma grande surprise, je me suis rendu compte que je commençais à perdre le Christ de vue dans mon christianisme. Et le perdre de vue ici semble plus subtil, plus facile, qu’ailleurs. 

Je vais tenter de décrire comment nous pouvons le perdre de vue dans quelques endroits qui nous sont les plus précieux : l’Evangile, les Ecritures, la recherche de la sainteté et l’Eglise.

L’avons-nous perdu dans l’Évangile ? 

J’ai égaré Jésus dans l’Évangile lorsque l’Evangile devient sans visage, lorsqu’il fait partie d’une équation où l’Évangile plus la foi égalent le paradis. Michael Reeves aborde ce point lorsqu’il écrit que Charles Spurgeon « préférait parler de prêcher « le Christ » plutôt que de prêcher « l’Évangile », « la vérité » ou quoi que ce soit d’autre, à cause de la facilité avec laquelle nous réduisons « l’Évangile » ou « la vérité » à un système impersonnel. Le Christ lui-même est, en personne, le chemin, la vérité et la vie ; la gloire de Dieu ; la vie et les délices des saints ; l’époux que l’épouse est invitée à apprécier. » (Spurgeon on the Christian Life, p.71.) 

Si je ne prends pas garde, l’Évangile et la vérité peuvent être réduits à une connaissance exsangue, sans pulsations. Contrairement à ce message impersonnel, Paul décrit l’Évangile de Dieu comme ce que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes, dans les saintes Écritures, au sujet de son Fils, descendant de David selon la chair, et déclaré Fils de Dieu avec puissance, selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection d’entre les morts : Jésus-Christ notre Seigneur. (Romains 1.1-4) 

L’avons-nous perdu dans les Écritures ? 

« Vous sondez les Écritures parce que vous pensez avoir par elles la vie éternelle », a dit Jésus aux Pharisiens, « ce sont elles qui rendent témoignage à mon sujet, mais vous refusez de venir à moi pour avoir la vie » (Jean 5.39-40). Avons-nous pris de mauvaises habitudes de lecture de la Bible, à l’instar de ces pharisiens aveugles ? 

Demandez-vous : « Qu’ai-je vu dans la Bible ces derniers temps ? Vous répondrez peut-être que vous avez appris à vous contenter de ce que vous avez, à souffrir ou à mieux aimer votre femme. Vous avez peut-être exploré l’audace des disciples dans le livre des Actes ou admiré le cœur d’un pasteur dans les Épîtres pastorales. Vous avez peut-être fait preuve d’humilité en parcourant le livre des Philippiens, appris à prier dans les Psaumes ou contemplé votre « assurance du salut » dans 1 Jean. Autant de bonnes leçons. 

Ensuite, demandez-vous : « Qu’ai-je vu du Christ récemment ? Qu’est-ce qui, en lui, a embelli votre cœur et satisfait votre âme ? Laquelle de ses paroles a captivé votre attention ? Laquelle de ses qualités a harponné votre affection ? Qu’est-ce qui, de sa croix, vous a humilié, qu’est-ce qui, de sa résurrection, vous a soutenu, qu’est-ce qui, de son retour, fixe vos yeux sur les cieux, dans l’attente ? 

Je pense que pour la plupart d’entre nous, il sera beaucoup plus facile de répondre à la première question qu’à la seconde. Nous avons beaucoup réfléchi, mais qu’en est-il du Christ lui-même ? Nous parlons beaucoup de la foi, mais que savons-nous de la personne en qui nous croyons ? Les pharisiens se sont penchés sur de nombreux sujets sacrés, mais ils n’ont pas vu le Messie qui se trouvait juste en face d’eux.

Paul n’a pas consacré sa vie à une formule statique, mais Dieu l’a mis à part pour l’Évangile, l’Évangile « concernant son Fils ». Cet Évangile, la puissance de Dieu pour le salut, est la bonne nouvelle d’une personne – Jésus-Christ, le Fils de David annoncé depuis longtemps, crucifié pour le péché, ressuscité avec puissance, monté à la droite du Père, et bientôt de retour.

L’avons-nous perdu en poursuivant la sainteté ? 

Lorsque nous perdons de vue Jésus dans notre sanctification, la ressemblance avec le Christ en vient à signifier une vertu parfaite, et le péché une infraction à une loi impersonnelle. 

Au lieu de voir notre propre amour comme une imitation de l’amour du Christ (Jean 15.12), nous cherchons à posséder un amour générique dans toute son étendue, une patience générale débordante, une joie de base, une douceur et une maîtrise de soi au superlatif. La sainteté devient rapidement une mathématique éthique, où nous prenons un attribut positif et calculons combien il nous en manque encore.

Et lorsque nous pensons au péché, nous en venons à considérer qu’il s’agit simplement d’enfreindre une loi sans âme. Il y a péché lorsque le panneau indiquait que la vitesse était limitée à 80 km à l’heure et que le radar a relevé que nous roulions à 100 km à l’heure. Nous avons enfreint la loi. L’œil froid de la justice nous attrape – une contravention nous est envoyée par la poste.

Au contraire, notre sainteté regarde Jésus, ressemble à Jésus. En contemplant sa gloire, nous sommes transformés en la même image (2 Corinthiens 3.18). Le Père nous a prédestinés à être conformes à la ressemblance de son Fils (Romains 8.29). Nous n’atteignons pas des vertus brillantes pour elles-mêmes ; nous « revêtons le Seigneur Jésus-Christ » (Romains 13.14). Et nous n’obéissons pas à une loi abstraite, mais à sa loi : nous portons les fardeaux les uns des autres « et nous accomplissons ainsi la loi du Christ » (Galates 6.2). Au lieu de confesser le péché comme quelqu’un qui a enfreint la limitation de vitesse, nous confessons le péché contre notre Dieu trinitaire.

L’avons-nous perdu dans l’Église ? 

Notre société de plus en plus post-chrétienne préfère la règle d’or au souverain d’or. L’humanitarisme flatte notre conscience : l’amour du prochain demeure, même si beaucoup prétendent que Dieu est mort. 

Nous devons être connus par notre amour les uns pour les autres, c’est vrai, mais pas seulement par notre amour les uns pour les autres. Nous ne pouvons pas nous concentrer sur l’amour horizontal pour les autres chrétiens et oublier l’amour vertical pour le Christ ; nous ne devons pas prendre au sérieux le deuxième grand commandement de s’aimer les uns les autres comme nous-mêmes tout en ignorant le premier d’aimer Dieu de tout notre être. 

Cette tentation est la même que celle des voyages missionnaires à court terme : creuser le puits, mais oublier l’eau vive. Nous pouvons cuisiner pour le petit groupe, diriger la réunion de prière, rendre visite aux membres isolés, installer les chaises pour la rencontre, répéter pour le culte, organiser un  repas communautaire, envoyer une carte, assister à un enterrement – et perdre de vue Jésus. La communauté chrétienne, pour qu’elle le reste, doit être une communauté fondée sur l’œuvre du Christ, remplie de l’Esprit du Christ et existant pour la gloire du Christ. 

Notre vie communautaire est une vie dans son corps. Jésus « est la tête du corps, de l’Église. Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin de tenir en tout, lui, le premier rang » (Colossiens 1.18). Nous ne sommes pas la meilleure version des clubs sociaux du monde, la meilleure société humaniste avec des platitudes saupoudrées à propos de Jésus. Nous restons sa propriété, ses brebis, son épouse. Lorsque le Roi s’en va, nos chandeliers s’en vont aussi (Apocalypse 2.5).

Chercher l’introuvable 

« L’étude de Jésus-Christ est le sujet le plus noble auquel une âme se soit jamais consacrée », écrit John Flavel. « Ceux qui, comme des enfants, se creusent et se torturent le cerveau à d’autres études, se fatiguent à un jeu de bas étage ; l’aigle joue avec le soleil lui-même. Les anges étudient cette doctrine et s’abaissent pour regarder dans ce profond abîme ». Les anges ne se lassent pas de contempler le Roi dans sa beauté. Et nous ? 

Toi qui es chrétien, bien que tu ne l’aies pas vu, tu l’aimes. « Lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore, vous tressaillez d’une joie ineffable et glorieuse, en remportant, comme prix de la foi, le salut de vos âmes » (1 Pierre 1.8-9). Le connaître, c’est le paradis sur terre et le ciel des cieux. Le bonheur éternel des saints est de voir Dieu sur le visage du Christ et de devenir semblables à ce que nous voyons. Le ciel gravite autour de lui. Allons-nous nous contenter d’un christianisme mal nourri du Christ ? 

Passons notre vie à contempler ses multiples gloires. Puisons dans les richesses du Christ jusqu’à ce que nous vérifiions, nous aussi, qu’elles sont « insondables » (Éphésiens 3.8). Faisons de son amour – qui surpasse toute connaissance – notre sujet de prédilection. Demandons à nos ministres, comme les Grecs à Philippe : « Monsieur, nous désirons voir Jésus » (Jean 12.21). 

Nous avons tous besoin de le voir davantage.

Encore une citation de Flavel : « Il en va de l’étude du Christ comme de l’installation dans un nouveau pays qu’on vient de découvrir ; au début, les gens s’assoient au bord de la mer, sur les bords et les frontières de la terre, et ils y restent. Mais, par la suite, ils cherchent de plus en plus loin dans le cœur du pays. Ah, les meilleurs d’entre nous ne sont encore qu’aux frontières de ce vaste continent ! »

Alors, continuez à voyager, vous qui êtes chrétiens, pour mieux le connaître. Ne vous contentez pas de son éthique, de son conseil matrimonial, de sa vision du monde, sans lui. Vous explorerez ce vaste continent pour les âges à venir, pour l’éternité. Vous aurez ainsi  toujours plus de choses à ajouter (celles qui témoignent de la fidélité biblique) et de choses à rejeter (celles qui élèvent nos façons de faire au-dessus de l’Écriture).

La santé à la dimension du coeur de Dieu

Nous saluons la parution du livre de Raymond Bossy, médecin spécialisé en médecine physique et réadaptation (MPR) à Lausanne : La santé à la dimension du coeur de Dieu, paru en 2022 aux éditions Ourania. Voici, en quelques lignes, la perspective de ce livre :

Vouloir rechercher la guérison selon le projet de Dieu ne consiste pas à ajouter une dimension spirituelle aux soins prodigués par notre système de santé, mais nécessite de comprendre ce qu’est la santé selon Dieu. En approfondissant cette recherche dans la Bible, l’on découvre une santé ayant pour références non pas l’être humain et la durée de sa vie terrestre, mais l’univers entier et l’éternité; une santé ne se définissant pas par un état (de bien-être) de l’être humain, mais par la dynamique de ses relations. 

Cette santé dépasse largement le domaine « médical » et des maladies, du moment qu’elle touche à tous les domaines de notre existence et de notre société.

C’est ce parcours au travers des notions de santé, maladie et guérison selon le cœur de Dieu que se propose d’aborder ce livre, en dégageant des implications concrètes pour aujourd’hui.

https://www.ler3.ch/wp-content/uploads/2023/02/31-scaled.jpeg

Offre pour les couples

Depuis le mois de septembre 2022, une offre dédiée aux couples a vu le jour dans le Nord-vaudois. Initiée par le pasteur Olivier Bader, de l’Eglise Evangélique Réformée Vaudoise, celle-ci a pour ambition d’offrir des formations, des activités ponctuelles et du soutien personnel, pour aider les personnes – les jeunes en particulier – à construire leur couple et à l’inscrire dans la durée.

Cette activité pourrait se résumer ainsi : Ressources pour les couples forme, soutien et accompagne des couples et des personnes du Nord vaudois dans une éthique chrétienne. Motivé par la conviction que l’amour s’apprend et se consolide au fil du temps, ce service équipe les couples dans leur projet de vie commune.

LES FORMATIONS :
Former un couple est une expérience excitante, car pleine d’émotions et de promesses. Elle est aussi inquiétante, car elle comporte des risques, des doutes et des déceptions. Se posent alors des questions par rapport à soi et à l’autre, espéré ou aimé.
Ressources pour les couples dans le Nord-vaudois propose 3 modules de formation différents, à vivre seul ou en couple.

DES ACTIVITES PONCTUELLES :
Ressources pour les couples organise ponctuellement des événements : soirées thématiques avec témoignages, petit-déjeuner avec garderie, soirée Saint-Valentin, week-end pour couples, … Les thèmes traités sont en rapport avec le célibat, le couple, le mariage ou plus spécifiques, en rapport avec le dialogue, les conflits, la sexualité, la parentalité, la complémentarité au sein du couple.

UN ACCOMPAGNEMENT PERSONNEL :
Ressources pour les couples offre des entretiens individuels ou en couple sur rendez-vous. Ces entretiens sont un espace de dialogue personnel et confidentiel pour :

  • Exposer un souci, une question, une situation compliquée dans la relation à soi, à l’autre, à Dieu
  • Aborder un événement du passé qui reste douloureux
  • Traiter un problème de couple précis ou une situation de crise
  • Faire un « check up » de la relation de coupleLes personnes intéressées seront reçues dans le respect de leurs convictions et de demandes. Si elles le souhaitent, un « accompagnement spirituel » est proposé, une démarche qui intègre leur foi. Selon les besoins et demandes spécifiques, une orientation vers des services spécialisés sera proposée.

Pertinence du projet pour la société :

  • Beaucoup de conseillers conjugaux et thérapeutes pour couples constatent que les couples consultent trop tardivement, quand la crise est déjà profonde. Leur rôle se réduit alors souvent à accompagner les personnes vers le divorce. Même dans les situations les plus favorables, le divorce représente un séisme important tant pour les conjoints, que pour les enfants, avec un coût social préoccupant.
  • Olivier Bader veut offrir des lieux de formation et de sensibilisation avec cette conviction élémentaire : on peut apprendre à former un couple et il existe des outils pour réussir ce qui restera toujours une aventure périlleuse !
  • Il s’adresse en particulier aux jeunes qui veulent poser des fondements solides à leur relation, entre autres en valorisant l’étape de l’« engagement » ; notion à contre-courant d’une compréhension contemporaine de la liberté et de l’épanouissement individuel.
  • On reproche parfois aux communautés religieuses de vivre « hors sol ». Cette offre est connectée à de vrais besoins humains, relationnels et sociaux qui impactent bon nombre de personnes, de familles et au-delà.

 

EERV – Ressources pour les couples

Site : https://www.eerv.ch/region/nord-vaudois/activites/activites-formation/ressources-pour-couples

Contact : Olivier Bader 079 785 90 42.  olivier.bader@eerv.ch

Bourgeonnements

Lors de l’assemblée du Rassemblement pour un renouveau réformé, Martin Hoegger apporté une méditation sur l’appel du prophète Esaïe à voir le bourgeonnement de l’œuvre de Dieu. Le thème du bourgeonnement de nouvelles réalités dans l’Église habite la réflexion actuelle du R3

« Je vais faire du nouveau ; on le voit déjà paraître comme un bourgeon, vous saurez bien le reconnaître ». (Esaïe 43.18)

Cette image du bourgeon apparaissant durant l’hiver est un grand appel à l’espérance et à la confiance.

Dans le froid de l’hiver, il semble que la vie ait disparu, mais c’est durant cette saison que la sève descend dans les racines. Puis elle remonte et produit des bourgeons.

Tout cela est invisible au début, mais à moment donné les bourgeons sont assez gros pour qu’ils soient visibles. Nous ne pouvons qu’assister à l’éclosion du bourgeon. Il ne sert à rien de le tirer pour le faire grandir.

Ainsi en est-il de l’œuvre de Dieu : c’est lui qui agit et non pas d’abord nous.

L’image du bourgeon est donc une invitation à la confiance que Dieu est à l’œuvre quoi qu’il arrive ! Il est à l’œuvre dans les hivers de nos Églises quand il nous semble que la vie de l’Esprit est en veilleuse. L’apparition des bourgeons est donc un appel à la persévérance et à l’attention.

Dans l’Évangile une parabole dit la même chose, celle de la semence qui grandit toute seule :

« Jésus disait encore : « Voici à quoi ressemble le règne de Dieu : quelqu’un jette de la semence dans son champ.

Nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, les graines germent et poussent sans qu’il sache comment.

La terre fait pousser d’elle-même d’abord la tige des plantes, puis l’épi, et enfin plein de blé dans l’épi.

Dès que le blé est mûr, on se met au travail avec la faucille, car le moment de la moisson est arrivé. » (Marc 4,26-29)

Cette parabole nous dit que le croyant peut dormir tranquille. Tout ne dépend pas de lui. La grâce de Dieu est à l’œuvre et il faut lui faire confiance. La grâce de Dieu est première, la réponse humaine seconde. La vie du disciple de Jésus est avant tout une grâce, puis une responsabilité.

Comme les semences sont enfouies dans la terre, les œuvres de Dieu commencent toujours de manière discrète, souvent avec des remises en question et parfois des persécutions. Mais il suffit de deux ou trois personnes unies dans la foi au nom du Christ pour porter des fruits, car le Ressuscité promet sa présence (Mat 18,20)

Ne pas opposer la grâce de Dieu à notre responsabilité

Cette parabole ne se trouve que dans l’évangile de Marc. A la fin de son évangile, Marc met une parabole antithétique, celle du maître qui s’absente, où le croyant est appelé à veiller, prier, travailler et ne pas dormir en attendant le retour du maître (Marc 13,33-37).

Cette autre parabole met donc l’accent sur notre responsabilité, alors que la parabole de la semence qui grandit d’elle-même insiste sur la grâce de Dieu.

Il ne faut pas opposer ces deux paraboles. La graine grandit d’autant mieux si le terreau dans lequel elle est semée est bien préparé ; si elle est bien arrosée et soignée.

En tant que Rassemblement pour un renouveau réformé, nous voulons nous confier en la grâce de Dieu et être attentif aux bourgeons de renouveau et aux pousses d’espérance.

Nous croyons que le Christ continue à aimer et à conduire l’Église réformée en Suisse romande. Comme le dit avec force le « Manifeste bleu » du R3, « nous réaffirmons notre confiance fondamentale dans le Dieu vivant Père Fils et saint Esprit qui continue à prendre soin de son Église ». Je vous invite à lire ou relire ce magnifique chapitre plein d’espérance intitulé « une confiance fondamentale ».

Dieu nous donne en effet des signes réjouissants de renouveau et de vie. Un de ces signes est la Haute École de théologie où nous nous réunissons. Un autre signe est le Forum chrétien romand. Il est un signe réjouissant de communion entre les Églises. Il va d’ailleurs prochainement se réunir dans ces lieux.

Nous croyons aussi que Dieu nous appelle à nous encourager les uns les autres en faisant grandir la semence de la grâce en nous et parmi nous.

Nous croyons qu’il nous appelle à la vigilance en vivant ces deux autres « R » que sont la « Repentance » et la « Résistance », dont parle le rapport du comité du R3.

Le Christ ressuscité au cœur de tout

Comment ? Avant tout en croyant que le Christ est vraiment ressuscité et que sans lui nous ne pouvons rien faire. Mettre en doute la réalité de sa résurrection, comme le font certains théologiens protestants, précipite l’Église dans le néant. Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi et l’Église s’effondre.

Nous avons besoin d’un renouveau dans la foi dans le Christ ressuscité. Sa résurrection n’est pas un simple chapitre parmi d’autres de la théologie systématique, mais le cœur de la foi, de la spiritualité et du culte de l’Église.

Notre foi dans le Christ ressuscité a deux conséquences :

  • De nous ouvrir à son amour agissant, surprenant et déroutant en lui donnant une confiance absolue, quelles que soient les circonstances, les oppositions, les épreuves ou les lenteurs.
  • De répondre à son amour en nous aimant les uns les autres, comme il nous a aimés.

C’est cela « semer ce qui plaît à l’Esprit saint », non « selon ses propres penchants », afin de récolter la vie éternelle. (Galates 6,7-10). Mais en attendant cette récolte, prenons soin des bourgeons ! Le temps dans lequel nous sommes n’est pas celui de la récolte, mais du bourgeonnement.

Martin Hoegger, président de l’assemblée du R3

Prière

A travers nos crises,

donne-nous la confiance

que ton Royaume grandit,

comme un bourgeon sur un arbre,

comme une semence jetée en terre

Ils poussent jour et nuit

sans qu’on s’en aperçoive.

.

Renouvelle-nous dans la foi

que tu es à l’œuvre et

que tu prépares une récolte.

Nous venons à toi et te disons :

« Transforme-nous et envoie-nous

comme des ouvriers de paix et de justice

dans ta moisson » !

Droit à la mort ?

Une réflexion d’Olivier Bader

Introduction

Je suis régulièrement interpelé par la question du « droit à la mort », lors de mes accompagnements de personnes en fin de vie. 

Les deux extrémités de la vie, la naissance et la mort cristallisent beaucoup de questions d’ordre philosophique, religieux, éthique et scientifique… Peut-être parce que ce sont les deux étapes de la vie que l’être humain maîtrise le moins. Entre deux, l’homme a une certaine influence sur la qualité de sa vie. Mais il ne peut contrôler ni la naissance, ni la mort. Et cela est difficile à accepter.

Aujourd’hui, on ne se contente plus de dire qu’un tel est mort accidentellement ou de mort naturelle. Dans tous les cas, on cherchera à connaître la cause, et souvent, on cherchera à désigner un responsable, voire un coupable. Cela dit beaucoup du regard que l’homme moderne porte sur la mort, qu’il considère comme quelque chose « d’anormal », une fatalité…

J’aimerais ici faire résonner quelques textes bibliques en réponse à cette revendication au contrôle de sa mort.

Psaumes 16 (TOB)

1 Dieu, garde-moi, car j’ai fait de toi mon refuge.

2 Je dis au SEIGNEUR : « C’est toi le Seigneur !
Je n’ai pas de plus grand bonheur que toi ! »

3 Les divinités de cette terre, ces puissances qui me plaisaient tant,

4 augmentent leurs ravages ; on se rue à leur suite.
Mais je ne leur offrirai plus de libations de sang, et mes lèvres ne prononceront plus leurs noms.

5 SEIGNEUR, mon héritage et ma part à la coupe, tu tiens mon destin.

6 Le sort qui m’échoit est délicieux, la part que j’ai reçue est la plus belle.

7 Je bénis le SEIGNEUR qui me conseille, même la nuit, ma conscience m’avertit.

8 Je garde sans cesse le SEIGNEUR devant moi ; comme il est à ma droite, je suis inébranlable.

9 Aussi mon cœur se réjouit, mon âme exulte et ma chair demeure en sûreté,

10 car tu ne m’abandonnes pas aux enfers, tu ne laisses pas ton fidèle voir la fosse.

11 Tu me fais connaître la route de la vie ; la joie abonde près de ta face,
à ta droite, les délices éternelles.

Philippiens 1,23-26

23 Je suis tiraillé entre deux désirs : j’aimerais quitter cette vie pour être avec le Christ, ce qui serait bien préférable ; 

24 mais il est bien plus nécessaire, à cause de vous, que je continue à vivre. 

25 Comme je suis certain de cela, je sais que je resterai, que je demeurerai avec vous tous pour vous aider à progresser et à être joyeux dans la foi. 

26 Ainsi, par ma présence, vous aurez grâce à moi encore plus de raisons d’être fiers dans votre union avec Jésus Christ.

Luc 22, 39-42

39 Jésus sortit et se rendit, selon son habitude, au mont des Oliviers. Ses disciples le suivirent. 

40 Quand il fut arrivé à cet endroit, il leur dit : « Priez afin de ne pas entrer en tentation. » 

41 Puis il s’éloigna d’eux à la distance d’un jet de pierre environ, se mit à genoux et pria 

42 en disant : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe de douleur. Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »

Le droit à la mort ? 

Nous entendons volontiers que mourir dignement est une liberté et un droit. Cela apparaît clairement dans la présentation de l’Association Exit :

« … l’association Exit Suisse romande défend donc :

  • Le droit pour chacun de choisir sa manière de vivre les dernières étapes de sa vie.
  • Le droit du malade d’être maître des dernières étapes de sa maladie.
  • Le droit à une mort digne et humaine. »

Le vocabulaire est clairement revendicatif. Il s’appuie sur un droit qui s’impose comme une évidence…

Mais osons nous poser cette question : Quel droit ai-je sur ma propre mort ou celle d’autrui ? Ai-je le droit de vouloir maîtriser ma mort ? Et cette autre question : Qu’est-ce qu’une « mort digne et humaine » ? Celui qui meurt dans la souffrance ou accidentellement aurait-il une mort moins digne ou moins humaine ? 

C’est une question éthique d’envergure. Je renonce ici à deux tentations :

  • Faire le tour du sujet. Des ouvrages de qualité abordent ce thème de manière complète.
  • Donner les fondements bibliques qui précisent le statut de l’homme et de Dieu face à la vie et à la mort. Autrement dit, les droits de Dieu et les droits de l’homme dans la maîtrise de la vie et de la mort.

Plus simplement, je vais aborder quelques témoignages de personnages bibliques confrontés à la mort. Et vous allez sentir comment, d’un point de vue biblique, l’enjeu n’est pas sur le terrain du droit et de la liberté individuelle, mais de la foi et de l’espérance. Des catégories beaucoup plus puissantes et opérationnelles que nous pouvons l’imaginer au premier abord !

Droit à être vrai devant Dieu

Le thème de la mort est très présent dans les textes bibliques et le thème du suicide n’est pas tabou. Quelques héros bibliques aspirent à la mort. Ecoutez ces citations et demandez-vous : Qu’est-ce que vous entendez dans ces plaintes ? Ont-elles un point commun ?

Nombres 11, Moïse quand le peuple réclame de la viande

14 « Je ne puis plus, à moi seul, porter tout ce peuple ; il est trop lourd pour moi. 

15 Si c’est ainsi que tu me traites, fais-moi plutôt mourir – si du moins j’ai trouvé grâce à tes yeux ! Que je n’aie plus à subir mon triste sort ! » 

1 Rois 19, Elie déprimé

4 Elie s’en alla au désert, à une journée de marche. Y étant parvenu, il s’assit sous un genêt isolé. Il demanda la mort et dit : « Je n’en peux plus ! Maintenant, SEIGNEUR, prends ma vie, car je ne vaux pas mieux que mes pères. » 

Jérémie 20, Jérémie maudit le jour de sa naissance

17 Si seulement Dieu m’avait fait mourir dans le ventre de ma mère !

Elle aurait été ma tombe. Elle m’aurait gardé en elle pour toujours.

18 Pourquoi suis-je sorti du ventre maternel, si c’est pour être spectateur de la peine et de la souffrance et finir ma vie dans l’humiliation ?

Philippiens 1, Paul est en tension avec son envie de mourir et de voir ses souffrances abrégées : 

23 « Je suis tiraillé entre deux désirs : j’aimerais quitter cette vie pour être avec le Christ, ce qui serait bien préférable ; 24 mais il est bien plus nécessaire, à cause de vous, que je continue à vivre. »

On pourrait multiplier les exemples, Jonas, Job, …

Qu’entendons-nous dans ces plaintes ?

  • Un gros ras-le-bol de vivre, un grand découragement, une désillusion de la vie et des hommes, un regret d’être né (Jérémie)
  • De la culpabilité (Elie)
  • Des reproches adressés à Dieu
  • Une aspiration à mourir
  • Un désir d’aller vers Dieu (Paul)

Cependant, nous n’y lisons pas de revendication à mourir dignement sans souffrance… Pas de demande du type : « Mon Dieu, j’ai achevé mon œuvre sur cette terre, maintenant, j’ai le droit de mourir, je ne veux pas souffrir… »

Non, nous avons une autre attitude : celle d’hommes qui souffrent, qui sont profondément déprimés et crient leur désespoir à Dieu en réclamant son intervention.

Fondamentalement, ils utilisent leur doit à être vrais devant Dieu. Ils reconnaissent Dieu comme leur créateur et le maître de la vie. Leur revendication s’inscrit dans un dialogue avec Dieu, aussi cru et direct soit-il !

Toute la différence est là : il y a souffrance, il y a revendication à mourir, mais celles-ci sont adressées à Dieu.

D’un point de vue chrétien, le problème du suicide assisté est qu’il se fonde sur un droit à décider soi-même de sa propre mort par des moyens humains. Il exclut Dieu de fait…

Le Psaumes 16, prière d’abandon

Pour parler de ce dialogue de l’être humain face à la mort, quoi de plus fort que les Psaumes ?! Psaumes 23, 71, 88, 139… Des prières de détresse qui évoquent la solitude et la souffrance qui précèdent la mort.

J’ai choisi le Psaumes 16, car sa structure est parlante :

C’est un psaume qui présente quelques difficultés de traduction. L’auteur est certainement un homme mourant. Cet homme doit d’abord faire face à une tentation, celle des divinités et des idoles :

3 Les divinités de cette terre, ces puissances qui me plaisaient tant,

4 augmentent leurs ravages ; on se rue à leur suite.
Mais je ne leur offrirai plus de libations de sang, et mes lèvres ne prononceront plus leurs noms.

Ici, la tentation est de faire appel à des puissances séduisantes, à la mode et accessibles. Ces idoles sont par définitions des ressources humaines. Elles représentent, dans ce contexte, l’effort de l’homme de se sauver par lui-même.

Le psalmiste dénonce cette tentation et prend position pour Dieu. Littéralement, il se place entre les mains de Dieu son refuge, son bonheur, son espoir, son maître…

Il s’abandonne… S’abandonner à Dieu, c’est arrêter de vouloir maîtriser sa vie et sa mort ! C’est reconnaître Celui qui en est réellement le maître !

1 Dieu, garde-moi, car j’ai fait de toi mon refuge.

2 Je dis au SEIGNEUR : « C’est toi le Seigneur !
Je n’ai pas de plus grand bonheur que toi ! »

5 SEIGNEUR, mon héritage et ma part à la coupe, tu tiens mon destin.

6 Le sort qui m’échoit est délicieux, la part que j’ai reçue est la plus belle.

Quels sont les bénéfices de cet abandon ?
La sagesse :

7 Je bénis le SEIGNEUR qui me conseille, même la nuit, ma conscience (mes reins) m’avertit.

La nuit, le moment où l’angoisse tourmente le malade, le mourant… Dieu donne les pensées qui préviennent, qui fortifient, …

La sécurité :

8 Je garde sans cesse le SEIGNEUR devant moi ; comme il est à ma droite, je suis inébranlable.

9 Aussi mon cœur se réjouit, mon âme (mes entrailles) exulte et ma chair demeure en sûreté,

Dans ces propos, on sent la présence de Dieu et le sentiment de sécurité qu’elle suscite chez cet homme.

L’espérance :

10 car tu ne m’abandonnes pas aux enfers, tu ne laisses pas ton fidèle voir la fosse.

11 Tu me fais connaître la route de la vie ; la joie abonde près de ta face,
à ta droite, les délices éternelles.

Même face à la mort, le psalmiste ne se sent pas abandonné. Il découvre un chemin de vie qui semble se prolonger au-delà de la mort.

Une présence « physique » de Dieu

Cet abandon n’est pas un exercice mystique, une manière de faire abstraction de la souffrance et de se voiler la face. Le vocabulaire utilisé ici est très physique :

  • ma conscience (mes reins) m’avertit.
  • il est à ma droite, je suis inébranlable.
  • mon cœur se réjouit, 
  • mon âme (mes entrailles) exulte 
  • et ma chair demeure en sûreté,

Abandon exprimé par le Christ (à Gesthsémané, Luc 22,42) :

« Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe de douleur. Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »

Abandon exprimé par Paul (2 Corinthiens 5,8-9) :

« Nous sommes pleins de courage, et nous préférerions quitter ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur. Mais nous désirons avant tout lui plaire, que nous demeurions dans ce corps ou que nous le quittions. »

Conclusion :

Il faudrait aussi dire un mot de l’acharnement thérapeutique ou des moyens étonnants pour prolonger l’existence qui sont aussi des tentatives de maîtriser la mort en la repoussant…

Il faudrait encore dire quelque chose de la souffrance des proches des personnes qui demandent le suicide assisté. Même s’il y a dialogue et concertation dans le meilleur des cas, les proches restent souvent avec des sentiments mélangés, pas toujours faciles à digérer.

Je voudrais simplement faire apparaître ici ce basculement de l’enjeu éthique.

Pour le croyant, la question ou le problème n’est pas :

  • Vais-je revendiquer le droit de mettre un terme à ma vie pour ne pas souffrir, ne pas subir et faire subir un état de santé douloureux ?

Mais plutôt :

  • Vais-je revendiquer le droit à être vrai devant Dieu, à solliciter le secours de Dieu pour vivre pleinement ma fin de vie avec Lui?

La mort vécue comme un abandon à Dieu permet de vivre les réalités qui précèdent la mort avec Dieu : la dégradation du corps, les souffrances, le sentiment d’inutilité, le ras-le-bol de vivre, … 

Tout cela peut être vécu dans une vraie présence, avec un vrai vis-à-vis, celui qui est notre maître et créateur et dans un vrai dialogue, celui qui peut apporter réellement le soulagement, la sagesse, la sécurité et l’espérance…

Comme nous l’avons vu avec le Psaumes 16, cette présence de Dieu se manifeste réellement, physiquement et spirituellement. C’est une espérance à vivre au cœur de la vieillesse et de la maladie… Mais, pas seulement ! Tous les jours !
Amen.

Droit à la vie ?

Après avoir abordé la question du droit à la mort, notamment la question de la mort assistée., Olivier Bader nous invite à nous interroger sur une autre revendication contemporaine : le droit à la vie.

J’aimerais introduire ce thème en évoquant deux situations vécues au cours de mon ministère, concernant des parents dans l’attente d’un enfant.

Témoignages de Jérôme et Lucie (prénoms d’emprunt)

J+L sont mariés depuis 1 ans, quand L tombe enceinte. La grossesse se passe normalement jusqu’au moment de l’accouchement. L’accouchement est très long et compliqué. L’enfant meurt pendant les contractions et les médecins doivent intervenir en urgence pour sauver la maman. 

Pour Jérôme, la peur de perdre son épouse le conduit à crier au secours à Dieu, alors qu’il n’est pas croyant. Ce sera pour lui le début d’un chemin de foi qui a abouti au baptême. Elle, croyante convaincue va vivre plusieurs mois de dépression, durant lesquels, elle ne peut pas prier. La foi naissance de son mari l’aidera à émerger.

Témoignage de Marc et Fabienne

M+F ont déjà deux enfants, ils en espèrent 4. Il se réjouissent de la 3ème grossesse jusqu’au moment où ils apprennent la forte probabilité que leur enfant soit trisomique. Une foule de questions se bousculent dans leur tête. Ils nourrissent des hypothèses et des peurs. Leurs convictions chrétiennes par rapport au respect de la vie dès sa conception sont ébranlées. La question de l’avortement est posée par l’entourage. Aussi, ils doivent choisir de faire ou de ne pas faire certains examens. Ils décident de garder l’enfant quoi qu’il arrive.

Vous pourriez certainement ajouter d’autres exemples de couples désireux d’enfants qui doivent renoncer à la parentalité après un long chemin d’espoir et de déception. D’autres couples qui réalisent leur projet au mépris des lois. Enfin, certains qui refusent d’avoir des enfants pour des motifs écologiques ou philosophiques…

Ces exemples posent une question existentielle : 

Donner la vie, est-ce un acquis, un droit, un besoin, un devoir, une obligation, une option… ?

Problématique contemporaine

Autrefois, donner la vie était à la fois un devoir et une contrainte qui allaient de soi. Le mariage imposait la naissance d’enfants tant pour des raisons socioreligieuses, que pour des motifs économiques. Il fallait assurer la descendance et les moyens de vivre. 

D’autre part, la naissance et la vie des enfants étaient accompagnées par beaucoup d’incertitude. Cela a changé.

Si autrefois la maladie et la mort étaient « normales », en particulier chez les enfants, aujourd’hui, elles sont perçues comme anormales. Ainsi, la mort d’un enfant à la naissance ou l’accueil d’un enfant handicapé sont perçus aujourd’hui comme un accident au caractère dramatique… L’impact traumatique chez les couples est donc plus fort.

Si autrefois l’accouchement était un événement à risques (mort de l’enfant ou de la maman, handicap), aujourd’hui, la naissance d’un enfant est un événement très contrôlé ; les risques sont repérés et limités. 

Ainsi, on remarque une revendication à la vie et à la santé plus pressante. 

  • Comment cultiver un regard qui reconnait et intègre pleinement les limites de l’être humain, sa finitude, sa mortalité ? Ceci pour mieux appréhender les risques de la vie et les traumatismes qu’elle peut engendrer.

Je crois que la foi chrétienne peut aider l’homme d’aujourd’hui :

  1. à un regard plus juste et plus humble sur lui-même
  2. et surtout, à faire appel à la Grâce et à en vivre > abandon à Dieu.

Je vous propose quelques textes bibliques pour ancrer notre réflexion :

Job 42 (FC)

Il s’agit des dernières paroles de Job, au terme d’un long dialogue avec Dieu et ses amis. Job reconnait son ignorance quant à la souffrance et la justice de Dieu. Il s’en remet totalement à Dieu.

1 Alors Job répondit au Seigneur :

2 Je sais bien que tout est possible pour toi et que, pour toi, aucun projet n’est irréalisable.

3 Tu as dit : « Qui ose rendre mes projets obscurs en parlant sans rien y connaître ? »

Oui, j’ai parlé de ce que je ne comprends pas, de ce qui me dépasse et que je ne connais pas.

4 « Écoute, disais-tu, c’est à mon tour de parler ; je t’interrogerai et tu me répondras. »

5 Je ne savais de toi que ce qu’on m’avait dit, mais maintenant, je t’ai vu de mes yeux !

6 C’est pourquoi je retire ce que j’ai dit, je suis consolé alors que je suis sur la poussière et sur la cendre.

1 Corinthiens 1 (FC)

Dans ce passage, Paul rend les Corinthiens attentifs à leur condition modeste et au fait que Dieu en fait un sujet de force et de fierté.

 26 Considérez, frères et sœurs, qui vous êtes, vous que Dieu a appelés : il y a parmi vous, du point de vue humain, peu de sages, peu de puissants, peu de personnes de noble origine. 

27 Au contraire, Dieu a choisi ce qui est folie aux yeux du monde pour couvrir de honte les sages ; il a choisi ce qui est faiblesse aux yeux du monde pour couvrir de honte les forts ; 

28 il a choisi ce qui est bas, méprisable ou qui ne vaut rien aux yeux du monde pour détruire ce que celui-ci estime important. 

29 Ainsi, aucun être humain ne peut faire le fier devant Dieu. 

30 Mais Dieu vous a unis à Jésus Christ et il a fait du Christ notre sagesse : c’est le Christ qui nous rend justes devant Dieu, qui nous permet de vivre pour Dieu et qui nous délivre du péché. 

31 Par conséquent, comme le déclare l’Écriture : « Si quelqu’un veut faire le fier, qu’il mette sa fierté dans ce que le Seigneur a fait. »

  1. Un regard juste et humble

L’attitude de Job est exemplaire en ce sens. Ce récit raconte l’histoire d’un homme qui est l’objet d’une sorte de pari entre Satan et Dieu. Il peut être lu à différents niveaux.

Sur le plan théologique, il nous parle de la puissance du mal, de la souffrance, de la justice humaine et divine, du rapport entre actes et malheur et finalement de la grâce de Dieu…

Sur le plan psychologique ou « thérapeutique », ce long dialogue/monologue de Job peut aider celui qui passe par la souffrance à exprimer sa révolte ou son sentiment d’injustice. Durant 40 chapitres, Job se lamente et crie son innocence à Dieu et à ses amis qui cherchent à l’aider. Job et ses amis sont prisonniers d’une théologie de la rétribution, courante dans le Judaïsme de l’époque, comme aujourd’hui encore pour beaucoup.

Cette théologie est très simple, elle établit un lien entre nos actes et la grâce de Dieu. Dieu me bénira si je suis juste et fidèle ; Dieu me punira si je ne pratique pas le bien. Cette pensée est très présente dans l’AT. Entre deux, il y a une théologie un peu plus subtile que j’appelle « pédagogique ». Dieu permet la souffrance et des malheurs pour mon bien, par là il veut me sanctifier, me rendre meilleur…

Personnellement, j’ai résolu de distinguer clairement l’origine du mal et Dieu. Ce sont deux mondes ontologiquement distincts. Je ne peux concevoir que Dieu soit dit amour et qu’il nous envoie le malheur, même pour notre bien.

Je crois à deux vérités toutes aussi mystérieuses et inexplicables l’une que l’autre :

  1. Le mal, la souffrance et la mort appartiennent à notre condition humaine depuis toujours.
  2. Dieu, dans sa qualité de Père, de Fils et d’Esprit, vient à notre secours selon une intervention que je ne peux ni contrôler, ni expliquer.

Mais revenons à Job…

Au terme de ce long dialogue, Job reconnait son humanité et son incapacité à comprendre Dieu :

« Oui, j’ai parlé de ce que je ne comprends pas, de ce qui me dépasse et que je ne connais pas. »

Dans cet aveu, Job fait un premier constat :

Je suis un simple être humain et ne suis pas autoriser à disputer avec Dieu et à lui faire un procès. C’est une attitude d’humilité qui débouche sur la confession du péché.

« 6 C’est pourquoi je retire ce que j’ai dit, je suis consolé alors que je suis sur la poussière et sur la cendre. »

Paul Lui aussi parle de cette humilité. Il invite les Corinthiens à se considérer avec réalisme :

« Considérez, frères et sœurs, qui vous êtes, vous que Dieu a appelés : il y a parmi vous, du point de vue humain, peu de sages, peu de puissants, peu de personnes de noble origine. »

Puis il appelle à l’humilité :

« Ainsi, aucun être humain ne peut faire le fier devant Dieu. »

Mais selon Paul, Dieu fait quelque chose de positif de ce constat :

27 Au contraire, Dieu a choisi ce qui est folie aux yeux du monde pour couvrir de honte les sages ; il a choisi ce qui est faiblesse aux yeux du monde pour couvrir de honte les forts ; 

28 il a choisi ce qui est bas, méprisable ou qui ne vaut rien aux yeux du monde pour détruire ce que celui-ci estime important. 

Jésus, dans les Béatitudes et avec le vocabulaire de la bénédiction dit la même chose : Heureux les pauvres, les doux, les simples, les purs, ceux qui souffrent, …

2) Un regard d’espérance

En disant : « Oui, j’ai parlé de ce que je ne comprends pas, de ce qui me dépasse et que je ne connais pas. » Job fait un second constat.

Dieu est au-delà de ma réalité. En Lui s’ouvre un champ de possibilités que je ne peux pas imaginer. C’est une attitude d’espérance qui débouche sur la confession de foi.

« 2 Je sais bien que tout est possible pour toi et que, pour toi, aucun projet n’est irréalisable. »

« 5 Je ne savais de toi que ce qu’on m’avait dit, mais maintenant, je t’ai vu de mes yeux ! »

On sent que Job, au fil de sa souffrance, a fait l’expérience d’un avant et d’un après. Il a vécu une rencontre avec Dieu : « je t’ai vu de mes yeux ! »

Et une vérité qui semblait très théorique (« 2 Je sais bien que tout est possible pour toi et que, pour toi, aucun projet n’est irréalisable. ») devient une expérience vécue, mais vécue au cœur du malheur !

On retrouve le mouvement de l’abandon à Dieu dont je parlais dans mon article concernant le « droit à la mort ». De la naissance à la fin de la vie, l’être humain est appelé à une humilité face à Dieu, 

  • une humilité qui nous aide à tomber dans les bras de ce Dieu-Père,
  • une humilité qui nous libère de nos revendications, de nos colères envers la vie, les autres, Dieu…,
  • une humilité qui nous oblige à nous attendre à Dieu,
  • une humilité enfin qui nous fait « expérimenter Dieu » : « je t’ai vu de mes yeux ! »

Conclusion :

En introduction, je demandais :

Donner la vie ; est-ce un acquis, un droit, un besoin, un devoir, une obligation, une option… ? Je crois que cela devrait rester de l’ordre d’une aspiration ou d’une espérance.

Le couple peut désirer l’enfant et l’enfant en bonne santé, c’est une aspiration fondamentale que Dieu a placée en l’être humain pour susciter la vie et la transmettre. 

Mais le couple ne peut exiger l’enfant, ni sa santé, pas plus que son développement harmonieux. Il peut l’espérer, prier pour cela et puis s’engager à donner le meilleur de lui-même.

Mais il aura toujours et encore besoin de la grâce de Dieu ! Et c’est bien ainsi. Quelle chance de pouvoir crier, même au cœur des situations difficiles : 

« Mais maintenant, je t’ai vu de mes yeux ! »

Amen !

Amour, unité et pèlerinage. Trois mots-clés de Karlsruhe

Qu’est-ce que je retiens de la onzième Assemblée générale du Conseil œcuménique des Églises (COE), qui a rassemblé plus de 4000 chrétiens venant de plus de 250 Églises, au palais des congrès de Karlsruhe, du 31 août au 8 septembre ?

Trois mots me viennent à l’esprit : amour, unité, et pèlerinage.


« Un œcuménisme du cœur »

Certainement le thème « l’amour du Christ mène le monde à la réconciliation et à l’unité » est original, quand on le place dans l’histoire de ces assemblées. « L’amour du Christ », si central dans la foi chrétienne n’avait en fait jamais été thématisé dans le COE.  Après les thèmes centrés sur Dieu des trois dernières assemblées – influence de l’ouverture au dialogue interreligieux – il se focalise sur le cœur de la foi : le Christ ressuscité qui nous aime et nous appelle à être artisans de réconciliation et d’unité. [1] Le temps est maintenant venu de « rendre compte de l’espérance qui est en nous » (1 Pierre 3,15) : si nous voulons rencontrer tous sans exclusion, c’est parce que le Christ est mort et ressuscité pour tous

Ce thème a inspiré à Agnès Abouom, (protestante du Kenya), la présidente du COE, l’expression « œcuménisme du cœur », qui était le fil rouge de cette assemblée. L’évêque Mary Ann Swenson, de l’Eglise méthodiste des USA, vice-présidente du COE, lui fait écho : « J’espère que cette assemblée nous permettra d’être plus parfaits dans l’amour. Que les gens puissent dire comme des premiers chrétiens « regardez comme ils s’aiment » ! » Le COE a voulu affirmer que la recherche de l’unité chrétienne s’enracine dans l’amour du Christ, à recevoir et à vivre entre nous. Il me semble que cela a été un peu vécu durant cette semaine bénie avec des frères et sœurs venus de toutes les Églises et des cinq continents !

L’amour est au centre du beau message final adopté par l’assemblée, dont voici les dernières lignes : « Son amour qui est ouvert à tout le monde, y compris celles et ceux qui font partie des « derniers », des « plus petits » et des « égarés » (en anglais : « the last, the least, and the lost ») … peut nous mener vers un pèlerinage de justice, de réconciliation et d’unité et nous donner des moyens d’agir à travers lui ».

Une unité à consolider et à élargir

Unité » est le deuxième mot que je voudrais évoquer. Unité d’abord avec Dieu ! L’union avec Dieu est en effet la source de l’unité entre nous. Toute l’assemblée était ancrée dans les études bibliques quotidiennes, les prières du matin et du soir où les participants ont prié à la fois ensemble et selon les différentes traditions liturgiques occidentales et orientales. Le coeur de la foi doit être le coeur de l’œcuménisme. Dans ce sens, l’archevêque anglican Justin Welby appelle à « être fort en ce qui concerne le coeur de notre foi, mais détendu en ce qui concerne ses limites ».

Au centre de « l’oasis de paix », la tente des célébrations au nom évocateur, se dressait une icône de la rencontre entre Jésus et la femme Samaritaine, symbole du désir du Christ de rencontrer chaque personne, de la transformer et de la mettre en route.

Les relations sont essentielles pour approfondir la communauté́ fraternelle des Églises membres du COE. L’orthodoxe roumain Ioan Sauca, son secrétaire général en est convaincu. Il souligne en particulier l’importance du Forum chrétien mondial, une plateforme entre le COE, l’Église catholique, l’Alliance évangélique mondiale et les Églises pentecôtistes, permettant d’élargir l’expérience de l’unité chrétienne. Il encourage le COE à continuer à lui apporter son soutien.

Un pèlerinage à travers les vallées obscures

Le thème du « pèlerinage » a été pris comme un paradigme du travail du COE, à la suite de sa 10e Assemblée à Busan (Corée) en 2013. Dès lors, le « Pèlerinage de justice et de paix » a visité de nombreux lieux de souffrances et d’injustices. L’image du pèlerinage renvoie à notre identité. Les premiers chrétiens étaient en effet appelés « les gens du chemin » (Actes 9,2).

Avant l’assemblée, des délégations du COE ont visité certaines plaies sanguinolentes dans le monde d’aujourd’hui, notamment l’Ukraine et le Moyen-Orient. Le pèlerinage de justice et de paix a traversé les « vallées obscures » de l’humanité où le Christ nous attend et nous appelle à vivre son amour, comme les questions climatiques, les injustices économiques, la violence exercée contre les femmes, la marginalisation des personnes vivant avec un handicap, les dégâts de la colonisation et l’exclusion des populations autochtones, et bien d’autres encore.

Avec plusieurs « mea culpa », un sentiment d’humilité a imprégné la vie de prière de l’assemblée. Les chrétiens venus des pays en guerre, ceux qui souffrent de la famine, de l’injustice, des catastrophes climatiques ont pu exprimer leur souffrance et leurs appels ont été entendus !

Les questions doctrinales et morales doivent aussi être discutées dans cet esprit du pèlerinage. Les pèlerins ont le temps : leur temporalité n’est pas celle de la société où il faut donner des réponses immédiates. Par exemple sur le thème de la sexualité, un document invite à une « Conversation sur le chemin de pèlerinage : cheminer ensemble sur les questions de sexualité humaine ».

William Wilson, président de la Pentecostal World Fellowship qui rassemble quelques 650 millions de chrétiens (davantage que les Églises membres du COE) pense que l’unité doit d’abord se vivre dans nos relations les uns avec les autres, puis dans notre mission de témoigner de la réconciliation en Christ. Il appelle à un pèlerinage de réconciliation vers l’année 2033. « En cette année-là nous célébrerons les 2000 ans de la Résurrection du Christ. Pourrons-nous partager ensemble l’amour du Christ ? Faisons des dix prochaines années une décennie de la réconciliation » ! Comme je collaborais aussi au stand tenu par l’initiative JC2033, qui invite à une préparation œcuménique de l’année 2033, nous avons eu un afflux de visiteurs après l’allocution de W. Wilson !

C’est ainsi que le pape François conçoit notamment l’œcuménisme. A chaque assemblée, le « Groupe mixte de travail » entre l’Église catholique romaine et le COE publie son rapport. Il est toujours attendu avec intérêt par les « œcuménistes ». Or cette année, il s’intitule justement : « Marcher, prier et travailler ensemble : Un pèlerinage œcuménique ». Ce titre reprend la méditation donnée par le pape François lors de sa visite au COE, à Genève en juin 2018.

Ce dernier l’a souvent affirmé : « L’œcuménisme se fait en chemin… L’unité ne viendra pas comme un miracle à la fin : l’unité vient dans le cheminement, c’est l’Esprit Saint qui la fait dans le cheminement ». Qu’il inspire à nos Églises les prochains pas de ce pèlerinage !

Les documents de l’Assemblée se trouvent sur https://www.oikoumene.org/fr

Martin Hoegger – www.hoegger.org

[1] Les thèmes des assemblées précédentes étaient :  Harare 1998 : « Tournons-nous vers Dieu, dans la joie de l’espérance ». Porto Alegre 2006 : « Dieu, dans ta grâce, transforme le monde ». Busan – Corée 2013 : « Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix. »

Autres articles de Martin Hoegger sur cette assemblée

Assemblée mondiale du Conseil oecuménique des Eglises : quelles attentes ?

Conseil œcuménique des Églises : Climat, écologie et théologie : tout est relié !

Deux jeunes théologiens romands à Karlsruhe

Un œcuménisme du cœur

Une unité à consolider et à élargir

Un pèlerinage à travers les vallées obscures

JC2033 à l’Assemblée mondiale du Conseil œcuménique. Quelques expériences et leçons.

Jésus vient rompre l’équilibre du « chacun chez soi »

Christophe Desplanque, pasteur de l’Eglise Protestante Unie à Alès, commente pour nous l’ évangile de Luc au ch 9, versets 51-62 :

51Or, comme arrivait le temps où il allait être enlevé du monde, Jésus prit résolument la route de Jérusalem. 

52Il envoya des messagers devant lui. Ceux-ci s’étant mis en route entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. 

53Mais on ne l’accueillit pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem. 

54Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu tombe du ciel et les consume ? » 

55Mais lui, se retournant, les réprimanda. 

56Et ils firent route vers un autre village.

57Comme ils étaient en route, quelqu’un dit à Jésus en chemin : « Je te suivrai partout où tu iras. » 

58Jésus lui dit : « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où poser la tête. »

59Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-ci répondit : « Permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » 

60Mais Jésus lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi, va annoncer le Règne de Dieu. »

61Un autre encore lui dit : « Je vais te suivre, Seigneur ; mais d’abord permets-moi de faire mes adieux à ceux de ma maison. » 

62Jésus lui dit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. »

Ces  paroles de Jésus sont prononcées sur le chemin, en route. Nous aussi, en tant que peuple de Dieu, nous sommes en route. Pas encore arrivés.  Tout est donné en Jésus-Christ, mais rien n’est achevé. Tout est accompli une fois pour toutes par Jésus, mais tout reste à faire. Tout est écrit, tout est décidé par Dieu, dans son plan éternel, et pourtant tout est entre nos mains. C’est le côté contradictoire, paradoxal de la vie chrétienne, mais c’est cette contradiction apparente qui nous fait avancer sur le chemin que Dieu veut pour nous.

Et ce chemin n’est pas toujours jonché de pétales de roses ! Ce jour-là, Jésus se heurte à un mauvais accueil, et même à un refus d’hospitalité. Il n’est pas le bienvenu en Samarie pour des raisons ethniques  et religieuses. Juifs et samaritains sont ennemis de longue date, et ils ne se fréquentent pas. Le communautarisme ne date pas d’hier. Notre monde vit dans un climat d’affrontements qui provoquent depuis toujours des millions de morts, de persécutés, de réfugiés. Aujourd’hui plus que jamais des familles idéologiques, des cultures, des volontés opposées entrent en conflit, en débat frontal. La dureté et la violence des attaques est frappante, qu’il s’agisse de violence verbale, ou physique, y compris dans notre pays démocratique. Les temps de crise sont propices au rejet, au repli sur soi, qu’il s’exprime par les armes ou par un vote… Tout change, tous les équilibres sont bouleversés, tout est remis en question, l’économie, l’emploi, le climat, la famille, la notion même d’être humain, l’avenir…, alors chacun cherche un refuge pour préserver ce à quoi il tient, et l’étranger, celui qui pense différemment, qui vit différemment, qui vient d’ailleurs, représente une menace qui fait peur. Cette peur alimente l’hostilité, et même l’agressivité  envers tout ce qui semble menacer le dernier pré-carré de nos équilibres, de nos sécurités, de nos conforts. Et l’Evangile que les disciples de Jésus apportent dérange, ce qui nous pousse parfois à nous taire alors qu’il est urgent de l’annoncer.

Jésus traverse la Samarie, il vient rompre l’équilibre du « chacun chez soi et tout le monde sera en paix ». Ce n’est pas la seule rupture dont parle ce récit de l’Evangile de Luc. Il y est question d’autres affrontements, de conflits entre des volontés opposées, non seulement celles de Jésus et des samaritains, mais aussi entre la volonté de Jésus et celle de ceux qui voudraient le suivre.

Le ministère en Galilée est terminé, Jésus décide fermement de se rendre à Jérusalem, où il sait que l’attendent l’arrestation, un jugement inique, les souffrances et finalement la mort sur la croix. Et sur ce chemin-là, l’hostilité des samaritains qui ne le reçoivent pas sonne comme un signe précurseur. Elle annonce le rejet de Jésus par les hommes. Mais sa volonté d’aller à Jérusalem est inébranlable. Pour exprimer cet état d’esprit, Luc écrit que Jésus « durcit son visage », selon l’expression que retient l’évangéliste,  en l’empruntant à un des chants du serviteur souffrant, dans le livre d’Esaïe.

Jésus est fermement décidé à aller au bout de sa mission et à affronter la mort. Notre Seigneur n’est pas un mou, un tiède, un indécis. Si on ne le reçoit pas dans un village, il ira dans un autre.  Rien ne l’arrêtera.  Une bonne nouvelle se trouve  ici : notre Seigneur va jusqu’au bout de son combat pour nous.

La mission que le Père lui a confiée passe avant tout. Et cette urgence, cette priorité, il la fait comprendre à tous ceux qui veulent le suivre et qui n’ont pas mesuré le prix à payer : par exemple, à celui qui s’engage un peu à la légère à le suivre partout, Jésus rappelle ses conditions d’existence errante, nomade, lui qui vit quasiment comme un SDF. Jésus n’a pas un petit nid douillet où se poser entre deux missions. A celui qui souhaite rendre les derniers devoirs à son père défunt, il enjoint de donner la priorité à l’annonce du Règne du Dieu vivant. Quant à celui qui voudrait, avant de le suivre, se séparer convenablement de son entourage, et donc garder des liens avec sa famille, ses amis, son cadre familier, il le déclare inapte au service du Royaume de Dieu, entièrement tourné vers l’avenir.

Reconnaissons-le, cette exigence jusqu’au-boutiste nous choque, nous met mal à l’aise, nous découragerait même. Cela ressemble, osons le mot, à de la « radicalisation » ! La volonté sans concession de Jésus, cette exigence de dévouement absolu à la cause de l’Evangile serait-elle réservée à quelques fanatiques ? En tout cas elle se heurte aux exigences et aux conditions posées par ceux qui envisagent de suivre le maître : je veux bien te suivre, Seigneur, mais…  j’ai d’autres priorités, tu sais. Nous ne savons pas ce que ces trois candidats disciples ont décidé finalement. Luc ne nous le dit pas. Comme pour poser la question aux lecteurs que nous sommes : toi, que feras-tu ? Que décideras-tu, maintenant que tu sais ce que cela veut dire, suivre Jésus ?

Mais à la différence d’un djihadiste, Jésus ne veut pas user de la force ou de la violence, et il rabroue deux de ses disciples, Jacques et Jean qui en étaient tentés. Jésus est un jusqu’au-boutiste, certes, mais un jusqu’au-boutiste de l’amour. La seule violence dont il fait preuve, c’est celle de sa tendresse infinie pour chaque être humain qu’il rencontre et qu’il vient libérer et sauver d’une vie sans horizon, sans signification, sans profondeur. Car ce qu’il dit, au fond, à ces trois candidats disciples, ce n’est pas : « tu n’es pas digne », « tu ne seras pas à la hauteur », « tu n’es qu’un tiède, un mou » mais c’est plutôt : « n’aie pas peur ». Suis-moi vraiment, c’est-à-dire fais-moi vraiment confiance. Tu sais, le Royaume de Dieu, c’est une aventure qui vaut la peine d’être vécue à fond, jusqu’au bout. Ne laisse rien, surtout pas ton souci de sécurité, t’empêcher de me suivre sur ce chemin-là. Que rien ne te retienne ni ne te retarde.

Si vous avez déjà pris l’avion, vous avez certainement eu l’occasion d’écouter les consignes données avant le décollage. Il est notamment précisé aux passagers ce qu’il faut faire en cas d’évacuation de l’appareil après qu’il aura dû se poser en urgence : gagnez tout de suite les issues de secours, sautez dans le toboggan sans rien emporter avec vous, laissez tout sur place. Parce qu’à vouloir récupérer votre valise ou vos papiers ou autres objets précieux, vous allez perdre ou faire perdre aux autres les quelques secondes nécessaires pour avoir le temps d’échapper à la mort. Ces consignes n’ont qu’un seul but : augmenter les chances que les passagers survivent à un accident aérien.

Serait-il donc aussi vital, serait-il urgent à ce point d’annoncer et vivre l’Evangile au prix, s’il le faut, d’une rupture avec tous les liens, y compris les liens familiaux les plus sacrés ? Oui sans doute, car le monde meurt littéralement de ne pas connaître Dieu, d’être privé de ce seul chemin de Salut, et pour se faire connaître, le Seigneur a décidé de ne pas agir sans nous.

Pour vivre et annoncer l’Evangile du Royaume, il faut en connaître la charte. Quelle est la charte du Royaume de Dieu ? Sa constitution, son principe ? Le voici en une phrase  : Ce que tu donnes, tu le gagnes ; ce que tu veux garder, tu le perds. C’est ce qui est lâché, abandonné, perdu qui prend de la valeur, pas ce qui est conservé, protégé ou défendu. La vie donnée par Jésus sur la croix, parce qu’elle a été donnée, abandonnée pour nous, a une valeur inestimable. L’amour, c’est pareil. Plus vous donnez de votre amour, plus il grandit, plus il augmente. L’Esprit Saint qui anime ceux et celles qui ont mis leur confiance en Jésus-Christ est un Esprit généreux, un Esprit prodigue ! Certains manuscrits anciens reproduisent  cette parole de Jésus après qu’il a réprimandé Jacques et Jean pour leur accès de colère : « vous ne savez pas de quel esprit vous êtes, car le Fils de l’Homme n’est pas venu pour perdre les vies, mais pour les sauver ».

Sommes-nous sur ce chemin-là, ce chemin de confiance et d’obéissance que Jésus nous presse urgemment d’emprunter ? Sommes-nous prêts à y entrer ? Et surtout à y rester ?  AMEN.              

Que faire de notre indignation ?

Comment vivre et témoigner de notre foi sereinement dans ce monde ‘’poil-à-gratter’’ ? Comment dépasser le stade légitime de l’irritation jusqu’à interpeller, sans les dégoûter, nos contemporains dont la vie n’est pas un long fleuve tranquille ? Le passage de Paul à Athènes, capitale de la philosophie et haut-lieu de l’idolâtrie, nous ouvre des pistes.

Prédication d’Antoine Schluchter à partir d’Actes 17, 26-34 : Irritation-Élévation-Proclamation

Il est parfois – souvent ? – irritant de se promener dans le monde des écrans sur la toile, les infos, les réseaux sociaux : que d’éléments légers, superficiels, érigés quasi en normes de référence. On se sent déconnectés, tout change très vite et on n’a pas du tout envie de remettre le Wifi,  il y a quelques années, on aurait dit ‘’remettre la prise’’. C’est en gros ce qui est arrivé à Paul lorsqu’il déambulait dans les rues d’Athènes, avant le Wifi et l’électricité du reste. On ne peut pas dire qu’il se soit extasié devant les statues et autres colonnades au point de rédiger un guide touristique, bien au contraire. Alors c’est vrai, il s’agissait de monuments antiques, pas du Salon du Geek. Mais c’était un autre monde, non sans correspondance d’ailleurs, avec l’actuel. Cette place où on écoutait les dernières nouvelles, une sorte de réseau social, de blog présentiel où tout le monde pouvait y aller de sa proposition sans autorité de surveillance. Avec un fatras de Fake News en lieu et place de la Good News, la Bonne Nouvelle.

J’ai eu, nous avons eu un sentiment assez similaire en passant à Las Vegas. Déversement de touristes, obligation de traverser des casinos, personnes agglutinées devant les tables de jeu et les machines à sou, surabondance de lumières plus criardes les unes que les autres et de sons débiles accompagnés de cris qui l’étaient tout autant et tarifs exorbitants de la moindre assiette pour une famille de cinq. Du coup, en bons grands-parents, nous avons pris le chemin du retour à l’hôtel avec le petit-fils, soulagés de nous retrouver enfin dans la chambre.

Êtes-vous aussi comme cela dans certaines situations, comme nous, comme Paul ? Comment réagissez-vous dans ce monde urticant ? Le cadre ne vous convient décidément pas, tout est tellement aux antipodes de notre foi. Eh bien, Paul est un excellent guide et modèle d’adaptation sans perte du fond car ce n’est pas tout d’avoir une foi claire et solide. Je pense à un ami théologien qui avait eu, enfant, des problèmes de surdité – cela affecte le caractère et influe sur les réactions. Cet ami participait à une conférence dont bien des ténors étaient férocement libéraux.  Il ne disait rien mais ses collègues le sentaient bouillir et à un certain moment cela n’a pas manqué, le couvercle a sauté et il s’est emporté, faisant ainsi perdre toute crédibilité au message qu’il voulait faire passer. L’apôtre Paul, dans ce passage, nous invite à un cheminement en trois stades : celui de l’irritation, celui de l’élévation et celui de la proclamation.

L’irritation, nous l’avons entendu, c’était à la vue de toutes ces idoles et cela se comprend.

Pareil pour les idoles de la consommation, il y en a toujours certaines qui nous irritent au plus haut point. Mais qu’est-ce que Paul en a fait : il a quitté la ville ? Il s’est enfermé dans sa chambre d’hôtel comme nous ? Il a explosé comme notre ami ?

« Athéniens, je vois que vous êtes religieux à tous égards. »

Mensonge ? Dissimulation ? Hypocrisie ? Édulcoration ? – Que ne, ! Paul est passé du stade de l’irritation à celui de l’élévation. Pas seulement parce qu’il est monté à l’Aréopage mais parce qu’il a su piocher chez des penseurs grecs sans s’arrêter à la vision consternante des idoles. Paul n’est pas resté à la surface pour adresser une critique en règle. Il a su trouver des perles, même si ce n’était pas celle de grand prix, chez ces penseurs ;  il les connaissait, pouvait les citer lorsqu’ils parlaient de cette religiosité dans le sens de ce qui relie l’humain à plus haut et plus grand que lui : « En lui, nous avons la vie, le mouvement et l’être. »

C’est splendide et… incontestable. D’une part, l’apôtre ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, il ne noircit pas le tableau parce qui si on s’y prend comme cela, on pensera toujours avoir raison, on se croira courageux mais on ne sera pas invités une seconde fois. Ce sera bien pire que « Nous t’entendrons là-dessus une autre fois. » Et d’autre part, Paul déniche le travail de Dieu chez ces écrivains, dans leur culture – Mon prédécesseur à Villars le faisait avec un art consommé. Il peut s’appuyer sur eux ; l’apôtre se fond dans le moule local. C’est d’ailleurs un autre Grec célèbre, Archimède, qui a dit : « Donnez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde ». Paul soulève l’attention de tout ce monde et poursuit : « Nous sommes de sa race ». Voici qu’ils ne font plus qu’un, eux et lui, le prédicateur de nouveautés.

Toute irritation s’est dissipée pour faire place à l’élévation, la mise en valeur, l’inclusion. C’est tout bonnement magistral. Tout différent de ce missionnaire qui était entré dans la cour d’un temple bouddhiste en Thaïlande et avait crié « Jésus est Seigneur ! » dans sa langue, puis avait continué sa route. Pareil pour ce prédicateur monté au-dessus de Château-d’Oex et qui avait crié : « Repentez-vous ! » Leurs appels n’avaient été suivis d’aucun effet probant.

Vient alors le moment le plus délicat, celui de la proclamation, qui constitue le point critique de basculement. Et là, Paul ne sort pas le petit traité des « Quatre lois spirituelles » et ne cite pas non davantage le mantra évangélique de Jean 3.16 ou la parabole du fils prodigue. Non, il part du Dieu créateur qui ne saurait être enfermé dans une habitation humaine. Il ne saurait avoir besoin de nous et de nos coups de ciseaux dans le bois ou de burin dans la pierre. Il nous a créés à partir d’un seul homme, Il a organisé et maintenu le monde par sa Providence, Il n’est « pas loin de chacun de nous » et bien des humains le cherchent « en tâtonnant ». Du coup, quoi qu’il se soit dit, écrit ou pensé, le temps est venu du grand retournement pour l’accueillir tel qu’il se révèle. Par la metanoia, par un esprit qui change de registre –meta, terme très actuel. Pour se tourner vers Dieu –un langage très accessible aux Grecs pour qui il y avait la physique et, à côté, la métaphysique. En plus, top du top, Dieu a désigné un homme pour cela et l’a marqué du sceau de son approbation de façon irréfutable « en le ressuscitant des morts ! » Là c’est plus dur à avaler, c’est radical, l’échange s’interrompt mais il a eu lieu. Paul a enfoncé un coin dans la porte de la capitale du paganisme et de la philosophie, il a abouti à une vraie proclamation et a ferré quelques disciples dont un certain « Denys l’Aréopagite », certainement une figure de proue de ce haut-lieu d’échange.

Donc, pour nous qui ne sommes ni apôtres ni d’impénitents grands voyageurs, comme grain à moudre dans nos situations courantes, locales, gardons ces trois stades pour guider nos pensées et nos actes : le stade de l’irritation qui est légitime et même souhaitable ; sinon, ne serait-on pas devenus insensibles aux contre-évangiles actuels ? – Mais il ne faut pas s’y complaire ou renoncer à notre mission. Passer au stade de l’élévation, apprendre à connaître le monde de l’autre, l’honorer, faire preuve d’égard, de respect, de perspicacité. Et en arriver au stade final de la proclamation de l’évangile centrée sur la personne de Jésus et non notre- ‘’exceptionnel’’ témoignage… Irritation, élévation, proclamation.

Mais soyons attentifs comme l’a été Paul.  Tout d’abord, la proclamation peut, doit même, être envisagée avec créativité – il n’avait jamais annoncé l’évangile de cette manière auparavant. Ni dilution, ni crispation ou rigidité ; créativité ! Et ensuite, cela peut se passer dans cet ordre mais par forcément. ; en une fois mais pas nécessairement, surtout par chez nous. Mais dans tous les cas de figure, jamais en forçant la porte. Paul a été invité à parler dans un cadre précis dont il a respecté les règles. Cela m’est arrivé quelques fois, dont au Rotary, toujours passionnant. Non comme ayant raison mais en témoignant de ce que le Christ nous apporte. Un autre apôtre, Pierre, nous encourage toutes et tous à adopter cet état d’esprit, cette qualité d’attention : « Soyez toujours prêts à rendre compte de votre espérance devant quiconque vous le demande, mais avec douceur. »


La «cérémonie nuptiale unique» fait réagir le R3

Suite à l’adoption par l’EERV d’un rite de bénédiction unique pour les couples mariés, le R3 exprime son mécontentement.

« Nous avons été bafoués, méprisés, car nous avions proposé quelque chose qui était tout à fait compatible avec le respect des couples de même sexe: différencier les cérémonies en gardant le terme “mariage” pour les couples hétérosexuels.» Selon Gérard Pella, pasteur réformé retraité membre du Rassemblement pour un renouveau réformé (R3), cette position «médiane» au sein de l’Eglise réformée aurait respecté les valeurs du mouvement, mais aussi de bon nombre d’autres croyants. Par ailleurs, le synode de l’Eglise évangélique réformée de Suisse (EERS) avait défini le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme en 2013.

Lire la suite sur le site du CHRISTIANISME AUJOURD’HUI.

Ecouter et lire aussi l’interview de Martin Hoegger par RADIO R

Conseil Œcuménique des Eglises : Climat, écologie et théologie : tout est lié !

Par Martin Hoegger

Karlsruhe, 2 septembre 2022. La deuxième journée de l’Assemblée du Conseil œcuménique a célébré l’amour de Dieu pour toute sa création. En 1998, l’Église orthodoxe, suivie de plusieurs Églises, a mis à part le 1er septembre comme  journée consacrée à la création. Des théologiens orthodoxes ont introduit les quelques 4’000 participants à la profonde spiritualité de leur Église sur ce thème si actuel.

Avec le symbole de l’eau, sans laquelle il n’y aurait ni vie physique ni vie spirituelle (cf le baptême) sur terre, la prière matinale a introduit l’assemblée de manière vivante et priante à ce thème. Au cœur de l’action liturgique, on a réuni des récipients d’eau provenant de chaque continent, un « rassemblement des eaux » reflétant l’acte de la création dans le premier chapitre de la Genèse (v. 9)

Alors que les eaux s’entremêlaient, l’assemblée a affirmé à la fois notre dépendance à l’égard de la création et notre union au Christ ressuscité par le baptême. Par lui en qui habite toute plénitude, Dieu a tout réconcilié sur terre et dans les cieux, comme le dit la lecture biblique du jour tirée de la lettre au Colossiens (1,9)

« Le patriarche vert »

Dans son allocution, le « patriarche vert » de Constantinople Bartholomée – « vert » à cause de son engagement écologique – souligne que la résurrection du Christ nous conduit à changer de regard sur le monde : « Le coeur de l’univers est le Christ, pas nous-mêmes. Quand nous sommes transformés par la lumière de sa résurrection, nous devenons capables de découvrir le but pour lequel Dieu a créé chaque personne et chaque chose ».

Il appelle à un changement radical, en refusant de réduire notre vie spirituelle à nos intérêts personnels et en questionnant nos habitudes de consommation par rapport aux ressources de la création.

L’unité chrétienne appelle à une action écologique commune.

Dans la ligne de Bartholomée, le métropolite Emmanuel de Chalcédoine (également du patriarcat de Constantinople) est convaincu que la recherche de l’unité chrétienne doit aussi conduire à une conversion vis à vis de la création. Nous sommes les intendants non seulement de l’Église mais aussi de la création.

L’année dernière, avec le pape François et l’archevêque de Cantorbéry Justin Welby, Bartholomée a signé une déclaration commune appelant les Églises à se réconcilier et à s’engager ensemble à être de bons intendants de la création. « Si nous ne devenons pas maintenant davantage sobres, nous devrons payer des conséquences terribles. La situation actuelle appelle à l’action commune. L’écologie est une conséquence de notre foi en Christ », affirme Mgr Emanuel.

Dans son rapport, le théologien orthodoxe Ioan Sauca, secrétaire général par intérim du Conseil œcuménique a aussi partagé sa conviction que les questions climatiques et écologiques sont une question théologique. Par son incarnation, le Christ a en effet tout assumé. Le dessein de Dieu en Christ englobe également la réconciliation et la guérison de la création. « Je ne mâcherai pas mes mots : notre planète sera inhabitable dans 50 ans si nous ne modifions pas notre comportement ».

La voix des jeunes

L’assemblée a donné la parole à des jeunes, du nord au sud, de l’est à l’ouest. Julia Rensberg, déléguée de l’Église de Suède, vient du peuple Sami au nord de la Scandinavie. Les autochtones de l’Arctique voient le réchauffement climatique bien plus qu’ailleurs. La justice climatique et le respect des peuples autochtones sont intimement liés. Pour elle, la réconciliation commence par dire la vérité. Il faut que la vérité soit dite sur la colonisation des peuples autochtones. Le Christ aime toute la création et veut la guérir à travers notre pratique de la vérité.

Bjorn Warde, délégué de l’Église presbytérienne de Trinité-et-Tobago, aime les Caraïbes, un endroit magnifique dont il veut prendre soin mais qui subit une forte dégradation environnementale. Elle le résultat de nos actions irréfléchies. « Nous savons que nous n’avons pas été de bons intendants de la création. La coopération entre Églises est essentielle et la voix des jeunes n’est pas suffisamment entendue ».

« Il est très important pour moi de sensibiliser au changement climatique », a déclaré Subin Tamang, un Népalais de 25 ans. « Je vois les effets dans mon pays où les paysans ne peuvent pas récolter le blé et le riz à cause de la sécheresse ».

Avec 25 autres jeunes de moins de 30 ans il a participé au « Groupe Climat » durant l’Assemblée des jeunes qui a précédé l’Assemblée générale. « Ce qui m’a le plus marqué, c’est d’entendre des gens de Fidji, des Philippines et de la région du Pacifique. Les niveaux élevés de l’océan les ont déjà affectés et cela préfigure ce qui nous arrivera. Je crains que les îles des Caraïbes ne disparaissent », a déclaré Tia Phillip, ajoutant : « Dans 50 ans, c’est à l’échelle de ma vie, et de celle de mes neveux et nièces ».

Au Népal, Tamang anime un groupe de jeunes de l’Église baptiste sur le changement climatique. Il s’engage pour que les Églises aient un rôle à jouer pour aider les communautés à s’adapter aux changements climatiques.

Les « conversations Carbone »

Au grand stand de l’Église évangélique réformée de Suisse, un « Brunnen » (nom des ateliers durant l’assemblée) présente les « Conversations carbone », un travail de sensibilisation pour réduire l’empreinte de carbone, soutenu par l’Entraide protestante suisse et l’Action de Carême, du côté catholique. https://voir-et-agir.ch/pour-les-paroisses/conversations-carbone/ La méthode vient d’Angleterre et s’est popularisée dans les Églises comme dans les organisations laïques.

Elle part du constat que la connaissance des faits ne suffit pas pour changer ses habitudes dans la nourriture, la consommation ou la mobilité. Il faut se rencontrer pour en parler. Des groupes de 8 à 10 personnes se réunissent à quatre reprises pendant deux heures avec deux facilitateurs.

Cette méthode permet de discuter sans tomber dans le conflit ou la culpabilisation. Dans une analyse, l’université de Berne a constaté que les gens qui y ont participé ont réduit leur empreinte de manière significative

Les monastères, modèles d’une écologie intégrale.

Une assemblée permet de rencontrer d’innombrables personnes, connues ou inconnues, proches ou lointaines. J’ai eu la joie de rencontrer une amie de longue date, sœur Anne-Emmanuelle, prieure de la communauté protestante de Grandchamp. Elle me partage ce qui s’y vit en termes d’écologie. Inspirée par les travaux de la théologienne catholique Elena Lasida, elle pense, avec ses sœurs, que les monastères, dans leur manière de vivre, peuvent être un modèle d’écologie intégrale, une source d’inspiration pour tous.    

Pour elle le lien entre l’écologie et la vie monastique ne se situe pas d’abord au niveau des pratiques « bio » ; il se situe au niveau des quatre relations : à Dieu, à soi, aux autres, à la nature.

S. Emmanuelle se réfère aussi à l’enseignement du pape François dans « Laudato si » qu’elle résume ainsi : tout est lié, tout est don, tout est fragile. La vie monastique, dans son intention profonde, est facteur d’unification de la personne et des personnes entre elles, alors que dans le monde actuel tout est éclaté. En ce sens, un monastère est un lieu paradigmatique de l’écologie intégrale, un lieu où elle peut s’incarner pleinement. Les monastères sont de véritables écosystèmes.

Un arbre, une marche et une prière

A la fin de la plénière sur l’amour de Dieu dans la création, un cèdre est offert par Agnes Abuom, la présidente du Conseil œcuménique, à Frank Mentrup, le maire de Karlsruhe. Il sera planté dans le « Jardin des religions », créé il y a quelques années pour marquer les 300 ans de la ville. Un autre cèdre aussi vieux que la ville s’y trouve déjà. Cet arbre a ce message : « vous ne pouvez pas vivre sans moi » !

Après la plénière, le groupe des jeunes sur le climat a organisé une marche symbolique le long de la zone des tentes d’exposition, avec un appel à la solidarité et l’action sur notre style de vie: « Notre création n’est pas à vendre. C’est le temps de parler moins et d’agir davantage », a conclu une oratrice indienne.

A la fin de cette riche journée, les participants aux vêpres orthodoxes pour la journée de la création ont dit cette prière, avec laquelle je conclus ce deuxième article :

« Protège l’environnement, toi qui nous aimes, car c’est grâce à lui que nous vivons, qui nous sommes animés et que nous existons, nous qui habitons la terre selon ton conseil, afin que nous soyons préservés de la destruction et de l’anéantissement !

Entoure, Christ Sauveur, toute la création de la puissance de ton amour pour les hommes et sauve la terre que nous habitons de la destruction imminente, car c’est en toi que nous, tes serviteurs, avons placé notre espérance » !

Image : la séance plénière sur la création (COE, Hillert)

Assemblée mondiale du Conseil œcuménique des Églises : quelles attentes ?

Quelles sont les attentes du Conseil œcuménique des Églises, ainsi que des autorités locales pour l’Assemblée générale à Karlsruhe qui s’ouvre aujourd’hui, 31 août jusqu’au 8 septembre ? Voici les réponses de quelques personnalités, lors de la première conférence de presse. Trois mots me semble les résumer : rencontre, dialogue et réconciliation.

L’attente d’Agnès Abuom, modératrice du Comité central du COE est que la rencontre de Karlsruhe permette la « célébration du Créateur et de la Vie ». Que les personnes s’accueillent en s’écoutant les unes les autres et que ce qui se vivra ici puisse l’aider à mieux vivre dans son Église et son pays ! Elle souligne l’importance de bien écouter les personnes de peuples indigènes. Elle a été en effet marquée par l’assemblée préparatoire qui leur a été consacrée.

L’évêque Mary Ann Swenson, de l’Eglise luthérienne des USA, vice modératrice du même Comité, espère que cette assemblée nous permettra d’être plus parfaits dans l’amour et de grandir dans le discipulat. « Nous voulons y vivre un oecuménisme du cœur. Que les gens puissent dire comme des premiers chrétiens « regardez comme ils s’aiment », car il y a tant de violences dans le monde ».

Pour le Métropolite roumain orthodoxe Nifon, autre vice-modérateur, une assemblée est l’occasion de partager les joies et les tristesses de la foi chrétienne. Le progrès de l’unité chrétienne visible est son attente principale, mais il ne faut pas négliger les souffrances de ce monde. « Pour les alléger il nous faut être unis. Des éléments humains peuvent diviser les Églises, mais il faut que les Églises travaillent à exprimer la foi qui les unit, pas seulement ce qui les distingue les unes des autres ».

Le théologien orthodoxe Ioan Sauca, secrétaire général par intérim du COE, est convaincu que la rencontre entre chrétiens est indispensable. « Nous ne devons pas attendre d’être d’accord sur tous les points de doctrine pour agir ensemble sur les questions brûlantes actuelles et dans la nouvelle réalité géopolitique. Les Églises font partie de ce monde divisé. Elles ont à apporter un témoignage de réconciliation et d’unité. Lorsque le monde nous regarde, il ne regarde pas à notre théologie, mais à ce que nous pouvons faire ensemble afin qu’il puisse croire ».

A une question portant sur la relation du COE avec l’Église orthodoxe russe qui a soutenu la guerre en Ukraine, il rappelle que le COE est une plateforme pour le dialogue. C’est pourquoi son Comité central, dans sa rencontre de juin dernier, a décidé de ne pas la suspendre. Il a été réjoui par le fait que des jeunes ukrainiens et russes qui ont participé à l’assemblée des jeunes mangent ensemble, malgré les divisions politiques et sociales.

A une autre question concernant l’impossibilité de prendre ensemble la cène (ou l’eucharistie), Il souligne l’importance d’avoir une foi christologique et trinitaire commune – comme l’indique la base théologique du COE – et il critique le relativisme théologique.

L’évêque Petra Bosse-Huber, de l’Église protestante d’Allemagne (EKD) et présidente du comité d’accueil local, espère que le message de l’assemblée sera « Dieu aime la vie, donc il a besoin de nous ». Elle se rappelle que les Églises allemandes ont été invitées à participer à la première assemblée du COE en 1948, au lendemain de la guerre provoquée par son pays. Aujourd’hui, qu’en sera-t-il de l’Église orthodoxe russe ?

Quant à l’évêque Heike Springhart, de l’Église protestante de Baden, elle appelle au dialogue sur les thèmes actuels, pas seulement sur l’estrade, mais aussi dans la rue. « Que nous puissions partager des histoires de réconciliation comme nos parents l’ont fait au lendemain de la deuxième guerre mondiale ».

L’archevêque catholique de la région Stefan Burger espère que cette assemblée permettra des relations de confiance, qui sont le présupposé de bonnes relations œcuméniques.

Enfin, pour le maire de Karlsruhe Frank Mentrup, c’est un grand honneur de recevoir cette assemblée. « Qu’elle soit une fête de la foi chrétienne dans la diversité mondiale ! Que le dialogue qui sera vécu dans cette assemblée soit un exemple pour les autres religions et la société entière et que cette rencontre nous aide à développer une compréhension spirituelle de la nécessité du dialogue », dit-il.

Cette première riche journée a vu la visite du président du gouvernement fédéral allemand, ainsi que les remarquables conférences de la présidente Abuom et du secrétaire général Sauca, ainsi que des interventions de représentants des communautés juive et musulmane. Elle s’est terminée par une joyeuse célébration œcuménique. J’y reviendrai dans le prochain article.

Martin Hoegger – martin.hoegger@gmail.com

L’urgence de la metanoia : « Arrêtez et reconnaissez que je suis Dieu ! »

Par Gérard Pella : L’évangile de Luc nous raconte une des apparitions de Jésus Ressuscité à ses disciples.  Il leur ouvre l’intelligence pour qu’ils comprennent la Bible et sachent ce qu’ils allaient pouvoir/devoir communiquer au monde en son Nom. 

Je prie qu’il nous ouvre aussi l’intelligence.

45Alors il leur ouvrit l’intelligence pour qu’ils comprennent les Écritures, 

46et il leur dit : « Voici ce qui est écrit : le Christ souffrira, et ressuscitera d’entre les morts le troisième jour, 

47et l’on proclamera son nom devant toutes les populations, en commençant par Jérusalem ; on appellera chacun à changer de vie (metanoia) et à recevoir le pardon des péchés. 

48Vous êtes témoins de tout cela. 

49Et j’enverrai moi-même sur vous ce que mon Père a promis. Et vous, restez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez remplis de la puissance d’en haut. »

Luc 24, 45-49 NFC

Leur message essentiel aura 4 piliers comme une table solide a 4 pieds :

La mort et la résurrection de Jésus

La metanoia et le pardon des péchés

Je vous propose de mettre aujourd’hui le projecteur sur la metanoia.

Pourquoi est-ce que je me mets à utiliser un mot grec au lieu de parler français ?

Parce que c’est un mot très délicat à traduire :

  • Certaines traductions comme la Bible Segond parlent ici de repentance. C’est juste… mais la repentance est souvent comprise de façon moralisatrice : on a très mal agi, alors on doit se repentir. Du coup, ce mot prend de sombres connotations.
  • D’autres traductions comme la Bible en Français Courant parlent de « changer de comportement ». C’est juste… mais c’est un peu superficiel. On peut se comporter différemment sans que notre attitude profonde ait changé. Comme le révèle Jésus, on peut être très respectable au niveau du comportement mais adultère au niveau du regard.
  • D’autres traductions encore, comme la TOB, parlent ici de conversion. C’est juste… mais on risque de penser que la conversion, c’est pour les autres, pour ceux qui ne sont pas encore chrétiens ; et que c’est réglé une fois pour toutes, la conversion.
  •  

Voilà pourquoi je préfère parler aujourd’hui – comme l’évangile – de metanoia :

Meta = une particule qui indique le changement :

On la retrouve dans « métamorphose » (changement de forme) ; « métastase » (changement de position) : ou « métavers » (changement d’univers).

Et noia indique ce qui est changé : ce mot vient du grec « noûs », qui a plusieurs sens :

l’intelligence (c’est le mot que Luc utilise au v. 45 : il leur ouvrit l’intelligence) mais aussi l’état d’esprit, la mentalité, l’attitude profonde.

Metanoia signifie donc « changement de façon de penser, changement de mentalité ou changement d’attitude profonde qui conduit à un changement de comportement ».

L’importance de la metanoia

Je découvre dans ce passage de l’évangile de Luc l’importance de la metanoia ; elle est au cœur du message chrétien. C’est la metanoia qui donne accès au pardon. 

Plusieurs traductions ont gommé le fait que c’est la metanoia qui conduit au pardon. La TOB, par exemple, traduit : « on prêchera en son nom la conversion (metanoia) et le pardon », alors que Luc parle explicitement de « metanoia en vue (eis) du pardon des péchés ».

Comme beaucoup de pasteurs ou d’évangélistes, j’ai surtout appelé les gens à la foi ; je leur ai surtout parlé de l’amour de Dieu, tel qu’il s’est manifesté en Christ, pour les inviter à mettre leur confiance en lui. Le salut par la foi seule, c’est non seulement protestant, c’est biblique !

Mais, avec le recul, je me rends compte que la foi sans metanoia, c’est insuffisant.

Prenons un exemple : quelqu’un est attiré – plus ou moins consciemment – par la puissance. Quand il se met à croire en Jésus, sans metanoia, il va continuer à vénérer la puissance : il va rechercher la puissance spirituelle, ou le pouvoir (et même le pouvoir dans l’Eglise !). Et s’il n’y parvient pas, il se consolera avec une voiture puissante !

Autre exemple : quelqu’un recherche avant tout la sécurité. Quand il se met à croire en Jésus, sans metanoia, il va se servir de Jésus pour se sécuriser mais il restera aux commandes et refusera tout ce qui, dans la Bible ou dans la vie, bousculera sa sécurité. Il empêchera le Seigneur de le faire sortir de sa zone de confort !

Le mécanisme est le même avec l’amour de l’argent, le besoin de séduire ou la peur du changement. Sans metanoia, ce sont ces réalités qui vont orienter nos choix, nos pensées ou nos soucis. L’Évangile nous appelle au changement de nos attitudes profondes :

la metanoia, ce n’est pas seulement me repentir pour ce que j’ai fait de mal ; c’est aussi me distancer de ce que j’ai cru ou pensé de faux ; c’est encore me démarquer de toutes mes idoles plus ou moins conscientes.

J’en déduis deux conséquences :

1° L’Église est pleine de chrétiens qui ont besoin de metanoia !

Dans son livre, L’évangélisation des profondeurs, Simone Pacot montre bien que nous sommes souvent évangélisés en surface seulement. Il y a tout un chemin de metanoia et de guérison pour laisser l’Esprit Saint nous changer en profondeur.

2° C’est un processus qui dure toute notre vie et réclame une vigilance constante. D’où les derniers mots de la première épitre de Jean :

« Gardez-vous des idoles ! »

Cet appel à la metanoia fait donc partie du cœur du message que Jésus confie à ses disciples. De tout temps !

Mais il revêt une urgence particulière aujourd’hui.

L’urgence de la metanoia

Le monde est gravement malade en ce moment : la pandémie de covid-19, la guerre en Ukraine, le dérèglement climatique, la crise énergétique… Nous commençons tous à en ressentir certains effets, même dans un pays aussi privilégié que la Suisse.

Lorsque quelqu’un est atteint d’une maladie grave, on se contente rarement d’un seul médicament, ni même d’une seule thérapie. On agit de plusieurs manières, à plusieurs niveaux. Par exemple, on combine chirurgie, chimiothérapie, régime alimentaire, rythme de vie.

Or, en Occident, on cherche avant tout à résoudre ces crises au niveau matériel : médical, économique, technique, militaire. On semble croire par exemple qu’il suffira de panneaux solaires, de voitures électriques et de pompes à chaleur pour que tout soit résolu ! C’est bien, mais il faut compléter ces thérapies « matérielles » : il faut que le changement soit plus profond, plus profond même qu’un changement de comportement ou de consommation. 

Ces crises, ou cette crise en plusieurs vagues, appellent un changement spirituel, une metanoia, un retour vers le Seigneur.

Comme les prophètes

Vous avez peut-être entendu l’appel prophétique de Tom Bloomer et de l’Equipe de Prière et Discernement (EPED) ou celui de Werner Woivode. Ils sont convaincus que Dieu nous appelle de façon insistante à la metanoia. Ils rejoignent ainsi les prophètes de l’Ancien Testament, qui interprètent les événements politiques ou climatiques comme des appels à revenir au Seigneur. C’est comme si toute la création criait de sa part : « Arrêtez et reconnaissez que je suis Dieu ! » (Ps 46, 11).

Lisez par exemple les deux premiers chapitres de Jérémie ou de Joël. Pour ces prophètes, c’est l’infidélité du peuple qui provoque la sécheresse, la famine ou les invasions ennemies. D’où l’appel à la metanoia. 

Écoutons l’interpellation du prophète Joël :

12La vigne est desséchée, les figuiers sont flétris. Grenadiers, dattiers ou pommiers, tous les arbres fruitiers sont rabougris. Toute joie s’est éteinte parmi les humains.

13Prenez vos habits de deuil et pleurez, vous les prêtres ! Lamentez-vous, vous qui êtes chargés du service de l’autel ! Venez, passez la nuit dans la tristesse, vous, les serviteurs de notre Dieu, car on n’apporte plus à la maison de Dieu ni offrandes de blé, ni offrandes de vin. 

14Ordonnez un temps de jeûne, convoquez une assemblée solennelle ; réunissez les anciens et toute la population dans la maison du Seigneur, notre Dieu, adressez-lui vos supplications.                        Joël 1, 12-14 (NFC)

J’ai été longtemps réticent à croire que les crises d’aujourd’hui pourraient être des appels que Dieu nous adresse : « Revenez à Moi ! » Jésus nous révèle un Dieu tellement bon et prêt à pardonner. C’est vrai… mais c’est une lecture partielle du Nouveau Testament. La bonté de Dieu n’efface pas sa sainteté.

Comme Jésus

Jésus lui-même partage la conviction des prophètes de l’Ancien Testament. Comme Jérémie, Jésus pleure sur son peuple parce qu’il voit venir le malheur qu’il a attiré sur lui par sa fermeture spirituelle :

41Quand Jésus fut près de la ville et qu’il la vit, il pleura sur elle, 

42en disant : « Si seulement tu comprenais toi aussi, en ce jour, comment trouver la paix ! Mais maintenant, cela est resté caché à tes yeux ! 

43Car des jours viendront pour toi où tes ennemis t’entoureront d’ouvrages fortifiés, t’assiégeront et te presseront de tous côtés. 

44Ils te détruiront complètement, toi et ta population ; ils ne te laisseront pas une seule pierre posée sur une autre, parce que tu n’as pas reconnu le temps où Dieu est venu te secourir ! »                                                    Luc 19, 41-44 (NFC) 

Comme Paul

L’apôtre de la grâce, de la justification par la foi seule, ne gomme pas non plus la sainteté de Dieu qui nous appelle à la metanoia :

21Car, si Dieu n’a pas épargné les Juifs, les branches naturelles, prends garde, de peur qu’il ne t’épargne pas non plus. 

22Remarque comment Dieu montre à la fois sa bonté et sa sévérité…

Romains 11, 21-22 (NFC) 

Comme l’Apocalypse

Toute l’Apocalypse proclame en même temps le salut offert par la grâce de Dieu et le jugement motivé pas sa justice :

4Le troisième ange versa sa coupe dans les fleuves et les sources des eaux, qui se changèrent en sang. 

5J’entendis alors l’ange qui a autorité sur les eaux dire : « Toi le saint, qui es et qui étais, tu es juste car tu as exercé ces jugements. 

6Les gens ont en effet répandu le sang de ceux qui t’appartiennent et celui des prophètes, et maintenant tu leur as donné du sang à boire. Ils ont ce qu’ils méritent ! » 

7Puis j’entendis une voix qui venait de l’autel et disait : « Oui, Seigneur Dieu souverain, tes jugements sont vrais et justes ! »

8Le quatrième ange versa sa coupe sur le soleil ; on lui donna alors de brûler les êtres humains par son feu. 

9Et les êtres humains furent brûlés par une chaleur terrible ; ils insultèrent le nom du Dieu qui détient de tels fléaux en son pouvoir, mais ils refusèrent de changer de vie pour lui rendre gloire.                          Apocalypse 16, 4-9 (NFC) 

Ils refusèrent la metanoia ! 

Dans sa révolte, l’humanité blessée refuse la metanoia. 

Et nous ? 

Nous avons le privilège de vivre dans un pays qui a officiellement choisi de mettre à part un jour spécialement consacré à la reconnaissance envers Dieu, à la metanoia et à la prière ; c’est le Jeûne fédéral, qui se dit en allemand : Dank- Buss- und Bet-tag. Plusieurs responsables chrétiens ont la conviction que nous pouvons et devons prendre très au sérieux ce jour-là, tout spécialement en 2022, pour y exprimer notre metanoia. 

Pouvez-vous envisager de mettre ce jour à part pour Dieu ?

En particulier la période entre 15h et 16h où, dans toute la Suisse, des chrétiens se tourneront humblement vers le Seigneur Vivant.

De quoi devons-nous « nous repentir » ?

La fiche que vous trouverez à la fin de ce message évoquera plusieurs domaines où la metanoia peut s’avérer nécessaire. A vous de voir là où le Seigneur vous appelle à changer et à revenir à Lui. C’est un chemin de discernement à parcourir – avec l’aide de la Bible et du Saint-Esprit – en vue du Jeûne fédéral.

Il se peut que vous soyez aussi fidèles et intègres que Daniel et que vous ne voyiez pas pour quoi vous devriez implorer le pardon de Dieu. Vous pourriez alors suivre l’exemple de Daniel. Il se sent pleinement solidaire de son peuple infidèle et demande pardon pour lui dans le livre de Daniel au chapitre 9 :

« Nous n’avons pas imploré l’Eternel, notre Dieu.

Nous ne nous sommes pas détournés de nos fautes, 

nous n’avons pas discerné ta vérité. (v. 13).

Seigneur, écoute !

Seigneur, pardonne !

Seigneur, sois attentif !

Agis et ne tarde pas, par amour pour toi, ô mon Dieu !

Car ton Nom est invoqué sur ta ville et sur ton peuple » (v.19). 

(Daniel 9, Traduction Colombe)

Attention ! Risques de malentendus

On pourrait tordre le message de Tom Bloomer en pensant que la metanoia va atténuer les effets de la crise. On se livrerait alors à une metanoia utilitaire !

On pourrait également tordre le message de Werner Woivode en pensant que la metanoia est un moyen de provoquer le réveil de l’Eglise. Ce serait alors une façon d’obtenir quelque chose de Dieu.

Rappelons donc avec l’Ancien Testament que la metanoia est essentiellement un mouvement de retour au Seigneur. Non pas utilitaire mais relationnel.

Jérémie le formule très clairement :

20Comme une femme infidèle à son mari, vous avez été infidèles envers moi, gens d’Israël. C’est moi le Seigneur, qui le déclare. 

21On entend des voix sur les hauteurs dénudées : ce sont les gens d’Israël. 

Ils pleurent et ils supplient, car ils ont fait fausse route. Ils ont oublié le Seigneur, leur Dieu.

22Revenez à moi, enfants infidèles, je vous guérirai de votre trahison ! 

Jérémie 3, 20-22a (NFC)

L’essentiel de la metanoia consiste à se détourner de toutes nos idoles pour nous tourner résolument vers le Seigneur, l’accueillir pour qui il EST et non pour ce qu’il FAIT ou devrait faire.

La seule raison d’aimer le Seigneur, c’est le Seigneur lui-même !

********

 45Alors Jésus leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les Écritures. 

46Et il leur dit : Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour 

47et que la repentance (metanoia) en vue du pardon des péchés serait prêchée en son nom à toutes les nations à commencer par Jérusalem.   

Luc 24 (Traduction Colombe)

Dans quels domaines de ma vie la metanoia est-elle nécessaire ?

  • Ma relation avec Dieu :

Si souvent, nous nous servons de lui pour nous rassurer, nous consoler ou nous justifier. Il nous appelle à l’accueillir pour qui IL EST (plutôt que pour ce qu’il FAIT ou devrait faire)

  • Ma réponse à la Parole de Dieu :

« Vous m’appelez : “Seigneur ! Seigneur ! ”, mais vous ne faites pas ce que je dis. Pourquoi donc ?     Luc 6,46 (Parole de Vie)

2 exemples :

1.Jésus nous appelle à aller et faire des disciples dans toutes les nations (Mt 28, 18-20). Mais « nous nous sommes enfermés dans les ghettos de nos églises » (J-P Besse).  « Nous sommes surchargés par d’innombrables événements organisés par l’Église, alors que la véritable mission de l’Église, qui est d’évangéliser le monde est presque entièrement négligée. » (Oswald J. Smith)

2.Jésus nous appelle à aimer notre prochain comme nous-mêmes mais nous fermons souvent les yeux sur la misère et l’injustice qui nous entourent. Voir Mt 25, 41-46.

« Comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l’Église ait donné naissance à une société, à une civilisation, à une culture en tout inverses de ce que nous lisons dans la Bible ? »  (J. Ellul, La subversion du christianisme, p. 9).

  • Ma relation avec les autres humains : 

Si souvent elle est polluée par ce que Paul appelle « les œuvres de la chair » :

19On sait bien à quoi conduisent les penchants humains :

la débauche, l’impureté et les actions honteuses, 

20le culte des idoles et la magie, l’hostilité, les querelles, les jalousies, les colères, les rivalités, les discordes, les divisions, 

21l’envie, les beuveries, les orgies et bien d’autres choses semblables. Je vous avertis maintenant comme je l’ai déjà fait : 

les personnes qui agissent ainsi n’auront pas de place dans le règne de Dieu.                                             Galates 5, 19-21 (N F C )

  • Mon rapport à l’argent, au pouvoir, à la performance, au bien-être… est souvent idolâtre : c’est l’une ou l’autre de ces réalités qui détermine mes choix, mes soucis, mes projets.

« Gardez-vous des idoles ! » (1 Jean 5, 21)

  • Mon rapport à la nature, création de Dieu

Au lieu d’être un bon jardinier pour la création, l’être humain s’est révélé être un prédateur. La crise climatique et environnementale sont les fruits de cette attitude destructrice. Là aussi, un changement d’attitude en profondeur conduisant à des changements de comportement (= une traduction de metanoia !) s’avère indispensable.          

Gérard Pella, été 2022


9
 Le Seigneur ne retarde pas (l’accomplissement de) sa promesse, comme quelques-uns le pensent. Il use de patience envers vous, il ne veut pas qu’aucun périsse, mais (il veut) que tous arrivent à la repentance/metanoia. 

2 Pierre 3 (Traduction Colombe)