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Auteur/autrice : Gérard Pella

7 semaines pour nous ouvrir au Saint-Esprit

Ce livre, écrit par Gérard Pella, nous invite à explorer les bases de la foi chrétienne et notamment l’importance du Saint-Esprit dans une relation vivante avec Dieu.

Par un parcours à vivre pas à pas, et durant sept semaines, cet ouvrage vous permettra d’animer des rencontres en groupe. Mais il peut aussi se savourer comme un livre de spiritualité à lire et à vivre à son rythme.

Pour nous encourager à nous ouvrir au Saint-Esprit, le Souffle de Dieu au cœur de nos vies, Gérard Pella nous offre un solide ancrage biblique et théologique.

Avec un langage simple et des images parlantes, il nous partage les fruits savoureux qu’il a récoltés durant 40 ans de ministère. Au cours de ce service, il a eu l’occasion d’éprouver les démarches proposées par ce livre dans de nombreuses églises.

Ce livre est en vente pour 10 CHF auprès de la Maison de la Bible (pour la Suisse) ou des éditions La Cause (pour la France).

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Dans cette prédication de Vendredi saint, Luc Badoux relit le récit de la Passion à partir des phrases des différents protagonistes qui résonnent encore aujourd’hui.

L’histoire humaine est comme une vallée dans laquelle résonnent toujours les mêmes cris. Les situations changent, mais les mêmes mots reviennent en écho à ceux prononcés à Jérusalem, en l’an 30 de notre ère. 

Le Grand-prêtre d’Israël a demandé :

Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? C’est clair, il mérite la mort.

Quelque part dans le monde, des mots semblables à ceux du Grand-prêtre sont repris aujourd’hui :

– Pourquoi chercher des témoins ? De toute façon, il ne mérite pas de vivre.

Les raisons de ceux qui veulent une justice expéditive sont nombreuses : envie de vengeance, envie de faire couler le sang pour apaiser la colère, pour rétablir l’ordre, pour asseoir son autorité, et parfois pour défendre l’honneur de Dieu. 

D’autres, pour se sortir sans dommage d’une situation délicate disent comme Simon Pierre :

Non, je ne connais pas cet homme. Je ne vois pas qui c’est. 

Ils ajoutent peut-être encore : D’ailleurs, je me suis toujours méfié de lui.  

Le monde, une longue vallée, et partout des hommes, des femmes qui renient, qui retournent leur veste. Et bien sûr aussi des hommes, des femmes qui sont reniés, trompés, abandonnés. Ils forment une longue chaîne dont parfois nous faisons partie. Une chaîne dont un des maillons a été renié trois fois par son compagnon le plus solide. « Non, je ne connais pas cet homme » a dit Pierre. Pierre qui un peu plus tôt prétendait suivre Jésus jusque dans la mort. 

Et lorsqu’un homme qui a trahi, ouvre les yeux sur lui-même et déclare comme Juda :

J’ai péché en livrant un sang innocent.

On lui répond comme à Juda : 

Que nous importe. C’est ton affaire.

Débrouille-toi ! Parce que les lâches, les têtes chaudes, les faibles, les traîtres, on les utilise, mais on ne les respecte pas. Ceux qui ne savent pas boire, on les utilise pour rire. Mais on ne les respecte pas. Ceux qui ne savent pas compter, on leur prête l’argent qu’ils veulent, quitte à les étrangler après. 

Ceux ou celles qui ne résistent pas à notre charme, on les séduit, on les conquiert pour satisfaire sa passion, mais ensuite on les laisse tomber. 

D’autres personnes se désolent en disant : J’ai foutu ma vie en l’air et celle de ma famille. Je me suis trompé. J’ai trahi la confiance qui m’avait été faite. On leur répond : – Que nous importe. C’est ton affaire. Il fallait réfléchir avant.

Partageons ses vêtements, tirons au sort. Il faut bien que qqn prenne ses habits. 

Il y a toujours quelqu’un pour se dire : Si ce n’est pas moi qui tire parti de cette situation, ce sera qqn d’autre. Pourquoi pas moi ?

Si ce n’est pas moi qui fais ça, quelqu’un d’autre le fera à ma place. Il faut savoir tirer les marrons du feu. 

Si ce n’est pas moi qui court le plus vite. Ce sera quelqu’un d’autre. Logique de notre monde monde où partager signifie souvent prendre sa part. Etre sûr de ne pas être perdant. 

Cette logique laisse des gens dépouillés, nus. Des gens dont la nudité fait écho à celle d’un homme nu sur une croix. Il est encore vivant, mais on se répartit déjà ses vêtements. 

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

En butte à la souffrance physique, à l’abandon de ses proches, à la solitude de celui qui meurt, Jésus se sent abandonné par Dieu. Il rejoint tous ceux qui partout et tout au long de l’histoire se sont sentis abandonnés par Dieu. Et il crie avec eux, il angoisse avec eux, et il meurt avec eux. 

Mon Dieu, mon Dieu, tu m’as abandonné. Ce n’est pas possible autrement. Une telle solitude, un tel poids, un ciel aussi bas, ça n’est pas possible autrement.  

L’histoire humaine est une vallée dans laquelle résonnent toujours les mêmes cris, qui conduisent à un même appel : 

– Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Vendredi Saint : Jésus se mêle à la masse de tous les condamnés du monde. 

Vendredi Saint : Jésus partage l’opprobre des méprisés

Vendredi Saint : Jésus se charge de la même lourdeur que tous les reniés du monde.

Vendredi Saint : Seule plage de lumière : le traître, lui, reconnaît sa faute.

Vendredi Saint : Juda reste seul avec sa faute, personne n’est là pour accueillir son repentir.

Vendredi Saint : Jésus, nu, dépossédé de tout, assiste au partage de son habit. Il est compagnon de ces pauvres à qui on prend le peu qu’ils ont. 

Vendredi Saint : d’où vient la tristesse et le sérieux que nous affichons ? 

Si notre tristesse a pour seule source la mort de Jésus, alors nous n’avons pas compris ce qui s’est passé ce jour-là. 

Si la mort de Jésus ne nous rend pas sensibles à ceux qui subissent l’injustice, à ceux que l’on trahit, c’est qu’on n’a pas compris ce qui s’est passé au Golgotha. 

C’est que nous sommes enfermés dans une logique religieuse : comme si la mort de Jésus n’était un malheur que parce qu’il était le fils de Dieu.  

La mort de Jésus est un malheur parce que chaque humain qui meurt dans la violence et la honte est un malheur. 

La passion et la mort de Jésus récapitulent toutes les injustices vécues et subies sur terre. 

Si la mort de Jésus ne nous fait pas nous révolter contre la souffrance et la mort, le viol et la déportation des gens d’aujourd’hui, alors nous sommes les descendants de Pilate qui s’est lavé les mains de la mort de celui qui était devant lui. 

Dans la longue vallée de l’histoire humaine, les mêmes drames se répètent inlassablement. Mais depuis Vendredi Saint, les reniés et les méprisés, les déportés et les dépouillés ne sont pas seuls dans leur malheur. Depuis ce jour-là le Fils de Dieu souffre, s’indigne et gémit avec eux. A leur révolte et à leurs larmes, viennent se joindre celles de Dieu, le Père. A celle de Dieu doivent venir s’ajouter notre révolte et nos larmes à nous, les frères et sœurs du Christ et de toutes celles et ceux qui souffrent aujourd’hui.                          

Textes bibliques lus avant cette prédication :

Mt 26.57-75 : Jésus devant Caïphe ; reniement de Pierre

Mt 27.1-31 : Suicide de Juda ; Jésus devant Caïphe

Mt 27.32-50 : crucifixion et mort de Jésus

Echos de la journée Nicée

Le 22 mars 2025, nous avons vécu une belle journée d’étude internationale, proposée par quatre mouvements confessants protestants : L’Ancre (Alsace), Les Attestants (France), Le R3 (Suisse) et Unio Reformata (Belgique). « Aujourd’hui, qui dis-tu que je suis ? » 1700 ans après Nicée.

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous pourrez accéder aux enregistrements vidéos des 3 exposés :

* Le témoignage du NT concernant Jésus, par François Rochat

** La christologie de Nicée, par Pierre-Sovann Chauny

*** Un témoignage fidèle pour notre temps, par Julien Coffinet
https://lesattestants.fr/retour-sur-la-journee-du-22-mars/?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTEAAR1hhtcc2LFzFL4Qqw4g5KT8jfa_9cF07aknzNAHDif1JrXUNPxDmYO7Zc8_aem__uQxZ6nPRY7d_ZRBpQo2zA

Dans les locaux de la HET-PRO, à St-Légier, le R3 a conclu la journée par une célébration, avec deux axes principaux :

* La célébration de Jésus, vraiment Dieu et vraiment homme. Des prières cueillies dans différentes Eglises à des siècles différents nous ont conduits dans la prière. Voir les textes ci.-dessous.

** La reconnaissance de la face sombre de Nicée : son anti-judaïsme. Voir l’article https://www.ler3.ch/wp-admin/post.php?post=1804&action=edit

Pour célébrer Jésus,

vraiment Dieu et vraiment homme

Confession de Thomas :

« Mon Seigneur et mon Dieu » (Jean 20.28).

Ephrem : Gloire à Toi ! (4ème siècle) 

Je tombe à tes genoux, Seigneur, pour t’adorer.

Je te rends grâces, Dieu de bonté, 

Je t’implore, ô Dieu de sainteté.

Devant Toi je fléchis les genoux.

Tu aimes les hommes, et je te glorifie, ô Christ, Fils unique et Seigneur de toutes choses, qui seul es sans péché.

Tu t’es livré pour moi, pécheur et indigne, à la mort, et à la mort de la croix. De la sorte, Tu as délivré les âmes des entraves du mal.

Que te rendrai-je, Seigneur, pour tant de bonté ?

Gloire à toi, ô ami des hommes !

Gloire à toi, ô miséricordieux !

Gloire à toi, qui absous les péchés !

Gloire à toi, qui es venu pour sauver nos âmes !

Gloire à toi, qui t’es fait chair dans le sein de la vierge !

Gloire à toi, qui fus ligoté !

Gloire à toi, qui fus flagellé !

Gloire à toi, qui fus bafoué !

Gloire à toi, qui fus cloué à la croix !

Gloire à toi, qui fus enseveli, et qui es ressuscité !

Gloire à toi, qui fus prêché aux hommes… !

Gloire à toi, qui es monté au ciel !

Gloire à toi, qui es assis à la droite du Père ;

tu reviendras avec la majesté du Père et les saints anges,

pour juger, en cette heure effroyable et terrible, toutes les âmes qui ont méprisé ta sainte passion.

Les puissances du ciel seront ébranlées, tous les anges, les archanges,

Chérubins et Séraphins apparaîtront avec crainte et tremblement devant ta gloire ;

les fondements de la terre chancelleront et tout ce qui respire frémira devant ta souveraine majesté.

Ephrem  (306-373) est l’auteur le plus important de l’Église syrienne. « Cette prière expose la profession de foi de Nicée (325) sous forme poétique. » Cité par Attila Jakab, 20 siècles de prières chrétiennes, Editions du Signe, 1999, p. 67.

Saint Augustin (5ème siècle) : « Je t’ai connu, ô Christ, et je te rends grâce »

Je T’ai connu, Dieu unique, 

mon Sauveur et mon Rédempteur.

Je crois que Tu es né du Père avant tous les siècles.

Je crois vraiment que Tu as créé toutes choses dès le commencement, afin que les hommes Te reconnaissent, 

Dieu unique, notre Seigneur Jésus-Christ, conçu de la Vierge Marie par la coopération du Saint-Esprit,

homme vraiment fait d’une âme raisonnable et d’une chair qui devait mourir.

Certes, Dieu unique, Tu étais vraiment impassible et immortel mais, par amour pour nous, Tu as revêtu notre humanité, Tu es devenu mortel.

Pour le salut du genre humain, Toi, l’unique Fils de Dieu,

Tu as daigné souffrir la passion, la mort, sur le bois de la croix, pour nous, pour nous sauver d’une mort irrémissible.

Jusque dans l’enfer où étaient nos parents, Tu es descendu ;

Et le troisième jour, Tu es sorti victorieux des Enfers,

Tu es ressuscité de la terre ;

Tu as repris ce corps que nos péchés avaient jeté dans le tombeau et, selon les Écritures, Tu as repris vie le troisième jour, ô Toi qui es aujourd’hui à la droite du Père.

Là, nous T’adorons, nous croyons en Toi, Dieu véritable, Jésus-Christ fait homme, Fils unique de Dieu.

C’est de là que Tu dois revenir un jour.

Nous T’attendons, ô Juge du monde, à la fin des siècles.

(…) Ô Christ, Tu es la vie même, 

Tu es notre Résurrection !

Nous attendons en Toi le Sauveur, ô Seigneur Jésus-Christ, qui viendras échanger notre corps de misère en un corps glorieux.

Ô Christ, nous T’adorons et nous croyons en Toi !

Soliloques et méditations, p.97 s. ; cité dans Prière des fils d’Abraham, Cerf, 1992, p. 147 s.

Grégoire de Narek : Mon Dieu et mon Roi  (10ème siècle) 

Jésus-Christ, Toi le Dieu de tous,

Saint qui reposes dans les âmes des saints,

Consolation des affligés et propitiation des pécheurs.

Toi qui connais toutes choses

avant qu’elles ne viennent à l’existence,

envoie la puissance protectrice de ta droite

et délivre-moi des affres de la nuit et du démon pervers.

Par le sceau du signe de ta Croix,

Tu nous as baptisés

en vue de la grâce de l’adoption

Et tu nous as façonnés

en nous formant à l’image de ta gloire.

Que par ces dons divins Satan soit confondu,

Détruites ses machinations,

Écartés les pièges,

Vaincus les ennemis,

Rejetées les armes effilées ;

Que soit levée la brume,

Dissipées les ténèbres,

Que s’évanouisse le brouillard !

Que ton bras nous protège sous son ombre

Et que ta droite nous appose son sceau !

Tu es, en effet, compatissant et miséricordieux,

Et ton Nom a été invoqué sur tes serviteurs.

A Toi avec le Père par ton Esprit-Saint,

Gloire et domination. 

Dans les siècles des siècles !

Amen.

Grégoire est le saint par excellence de l’Arménie. Il vécut à l’une des rares époques où le pays connaissait la paix et la prospérité. Mort en 1010. Texte tiré de ses Élégies. Attila Jakab, 20 siècles de prières chrétiennes, Éditions du Signe, 1999, p. 161.

Prière de Saint Patrick : Prière de protection (10ème siècle)

Que le Christ me protège aujourd’hui…

Le Christ avec moi.

Le Christ devant moi.

Le Christ derrière moi.

Le Christ en moi.

Le Christ au-dessous de moi.

Le Christ à ma droite.

Le Christ à ma gauche.

Le Christ en largeur.

Le Christ en longueur.

Le Christ en hauteur.

Le Christ dans le cœur de tout homme qui pense à moi.

Je me lève aujourd’hui

Par une force puissante, l’invocation à la Trinité

La confession de l’Unité

Du créateur du monde.

Au Seigneur est le salut.

Au Christ est le salut.

Que ton salut, Seigneur, soit toujours avec nous. Amen !

Attila Jakab, 20 siècles de prières chrétiennes, Éditions du Signe, 1999, p. 131.

Negro spiritual : « Jésus, mon ami » (19ème siècle) 

Ô Jésus, mon Sauveur,

Ô Jésus, je compte sur Toi.

Au milieu de mes soucis, de mon chagrin,

Au milieu de ma peur.

Dans la nuit d’esclavage

Je me tourne vers Toi.

J’ai des soucis, des soucis,

L’esprit plein de soucis.

Dans les jours de malheur,

C’est Jésus mon ami.

Dans les jours de danger,

C’est LUI, l’intime ami.

Il court à mon secours,

Il m’aide à tout souffrir.

Si Jésus ne m’aide pas,

Certes je vais mourir.

Attila Jakab, 20 siècles de prières chrétiennes, Éditions du Signe, 1999, p. 308.

Communauté (protestante) de Pomeyrol : Contemplation (20ème siècle)

Ô Jésus-Christ

Conçu du Saint-Esprit

Né de la Vierge Marie

Vrai Dieu et vrai homme

Tous : Gloire à Toi, Seigneur !

Ô Jésus-Christ

Attendu par Moïse

Annoncé par les prophètes

Révélé aux temps marqués

Tous : Gloire à Toi, Seigneur !

Ô Jésus-Christ

 Transfiguré sur la montagne

 Élevé en croix au Golgotha

 Ressuscité du tombeau scellé

Tous : Gloire à Toi, Seigneur !

Ô Jésus-Christ

Le glorifié au sein du Père

Le vivant aux siècles des siècles

 Le vainqueur de Satan, 

du péché et de la mort

Tous : Gloire à Toi, Seigneur !

Communauté de Pomeyrol, Petite liturgie quotidienne, Oberlin, 1996, p.194.

Steve Brown (évangélique)  : Centrés sur Jésus (21ème siècle) 

Jésus, 

Tu es ma vigne. Je suis un de tes sarments.

Je suis en Toi et Tu es en moi.

Merci de me donner accès aujourd’hui à tout ce que Tu es et à tout ce que Tu as.

Mon désir le plus profond est de cheminer chaque instant de cette journée avec Toi. Je ne veux pas avancer tout seul aujourd’hui, ni demain d’ailleurs.

J’aspire à voir ton œuvre accomplie en moi et par moi pour ta gloire.

Je reconnais que sans Toi, je ne peux rien faire qui soit valable et durable.

Remplis-moi, Saint-Esprit, de la plante de mes pieds jusqu’au sommet de ma tête. Que ta puissance me remplisse, me transforme, déborde pour inonder les autres, et produise du fruit qui te glorifie, pour ta seule gloire.

Tout cela, je le prie au nom de Jésus, celui dont le joug est facile et le fardeau léger.           Amen.

Steve Brown, Centrés sur Jésus, Éditions HET-PRO, 2022, p.42.


[1]

La face sombre de Nicée : son antijudaïsme

Nicée et l’antijudaïsme

« Il y a des éléments centraux de la foi chrétienne qui sont passés sous silence à Nicée et dans sa Confession de foi. L’évocation d’Israël passe à la trappe. Le récit des alliances, celui de la libération d’Égypte, les prophètes, tout cela est omis. Les textes de Nicée passent directement de la création à l’incarnation. C’est parfaitement délibéré parce que l’antijudaïsme est extrêmement fort au IVe siècle. » Christophe Chalamet, dans Réformés, mars 2025, p. 18.

« Nicée représente donc un moment décisif dans l’histoire de la substitution chrétienne, où l’Église chrétienne, en alliance avec l’empereur romain, a formellement renoncé à sa constitution bilatérale. De manière consciente et décisive, l’Église s’est détournée du peuple juif et s’est tournée vers l’empire romain. » Mark Kinzer, Scrutant son propre mystère, Parole et Silence, Paris, 2016, p. 281.

« Ce souci de séparation d’avec le judaïsme est également un facteur très important dans les disputes sur la date de Pâques et dans la résolution de cette question controversée à Nicée. Les débats à ce sujet sont complexes. En simplifiant, deux positions sont en présence : celle qui fixe la célébration annuelle de la résurrection du Christ le jour de la Pâque juive : le 14 Nisan. C’est la position « quartodécimaine » en vigueur dans les Églises d’Orient.

L’autre position, majoritaire, est celle qui veut que la fête de la résurrection soit toujours célébrée un dimanche. Les pères du concile de Nicée ont clairement opté pour ce point de vue. La règle obligatoire décidée à Nicée a été de fixer la fête le premier dimanche suivant la pleine lune, après l’équinoxe de printemps.

L’argument central pour justifier cette décision est que l’opinion minoritaire est à rejeter parce qu’elle se fonde sur la pratique juive de datation. Un virulent antijudaïsme s’exprime explicitement dans la Lettre du Concile de Nicée aux Égyptiens, trouvée parmi les écrits d’Athanase, et surtout dans la Lettre de Constantin aux Églises.

A Nicée, l’Église ne s’est pas seulement opposée aux juifs, mais les a aussi exclus et dénigrés. Bientôt, elle les persécutera, préparant ainsi l’antisémitisme séculier encore plus virulent qui culminera dans la Shoa. » Martin Hoegger, « Le concile de Nicée et le judaïsme », p. 9 et 1.

Tout l’article de Martin Hoegger mérite d’être lu : https://www.hoegger.org/article/nicee-judaisme/

Lors de la journée du 22 mars 2025 à la HET-PRO, nous avons demandé pardon à Dieu pour cet antijudaïsme qui a traversé les siècles:

Dieu, notre Père,

Tu as choisi de bénir toutes les nations par Abraham et sa descendance.

Tu as choisi le peuple d’Israël d’entre tous les peuples. (Deutéronome 10,15)

Tu as choisi Marie, jeune fille juive, pour donner naissance à Jésus dans une famille juive.

Nous venons te demander pardon d’avoir si souvent bafoué tes choix depuis le concile de Nicée.

Ô Seigneur, pardonne tout le mépris, toute la haine, toute la violence que les chrétiens ont manifestés envers le peuple juif au travers des âges.

Chant 61-19 : ô Seigneur pardonne !

 Nous reconnaissons, Père, que l’Église a souvent prêté sa voix aux puissances des ténèbres qui cherchent à anéantir Israël, ton peuple.

Chant 61-19 : ô Seigneur pardonne !

Avec Israël dans le livre de Daniel, nous te prions :

« Seigneur, Dieu grand et redoutable, toi qui gardes l’alliance et la fidélité envers ceux qui t’aiment et qui observent tes commandements.

Nous avons péché, nous avons commis des fautes, 

nous avons agi en méchants et en rebelles, 

nous nous sommes détournés de tes commandements et de tes règles.

Nous n’avons pas écouté tes serviteurs, les prophètes, qui ont parlé en ton nom. (…)

A toi, Seigneur, la justice, et à nous la honte. (…)

Au Seigneur, notre Dieu, la compassion et le pardon, 

Car nous avons été rebelles envers lui. » 
(Daniel 9, 4-9, NBS).

Chant 61-19 : ô Seigneur pardonne !

Avec l’apôtre Paul, nous confessons que Jésus, le Messie, a détruit le mur de séparation entre les Juifs et les non-juifs, entre les circoncis et les non-circoncis, entre Israël et l’Église :

« 13 Par l’union avec Jésus Christ, vous qui étiez loin, vous avez été rapprochés par le Christ qui a versé son sang. 14Oui, c’est lui qui est notre paix, lui qui a fait de ceux qui sont Juifs et de ceux qui ne le sont pas un seul peuple. En donnant son corps, il a abattu le mur qui les séparait et qui en faisait des ennemis. 

16Par sa mort sur la croix, le Christ les a tous réunis en un seul corps et il les a réconciliés avec Dieu ; par la croix, il a détruit la haine.  18C’est en effet par le Christ que nous tous, ceux qui sont Juifs et ceux qui ne le sont pas, nous avons libre accès auprès de Dieu, le Père, grâce au même Esprit saint. »

(extraits d’Ephésiens 2,13-18, NFC)

« Aujourd’hui, qui dis-tu que je suis ? » 1700 ans après Nicée, avec le R3 (Suisse), les Attestants (France), l’Ancre (Alsace-Lorraine) et Unio Reformata (Belgique).

Aujourd’hui, qui dis-tu que je suis? 1700 ans après Nicée. Bienvenue le 22 mars !

« Et vous, qui dites vous que je suis ? » (Matt.16,15) demandait Jésus à ses disciples, dans les Evangiles.

Répondre à la question « Qui est Jésus-Christ ? » est d’autant plus d’actualité qu’elle est centrale pour le christianisme. En elle se dessinent les contours d’une foi qui proclame le Christ seul médiateur entre Dieu et l’humanité. Cette question a été au cœur du concile de Nicée, en 325, où elle a trouvé sa réponse dans l’affirmation de la divinité du Christ. A Nicée est scellée une compréhension trinitaire de Dieu qui restera à travers les siècles le ferment essentiel de l’unité chrétienne, et qui fait définitivement du christianisme un monothéisme singulier.

Notre époque marquée par toutes sortes de quêtes identitaires pourrait-elle se passer de cette question ? Comment ne serait-elle pas concernée ? 1700 ans après, la confession de foi de Nicée n’a pas perdu son actualité. Parce que ses affirmations ont nourri toutes les Eglises, y compris celles de la Réforme, elles ont encore quelque chose à nous dire et méritent d’être formulées dans un langage plus contemporain. 

En proposant une journée de réflexion et d’échanges à cette occasion, les mouvements confessants des Eglises protestantes de France, de Belgique et de Suisse invitent à revisiter cette source à même d’irriguer et d’affermir encore la foi des chrétiens du 21ème siècle. Et ce, alors qu’il était normatif à l’époque de la Réforme, le Credo de Nicée est devenu facultatif dans plusieurs Églises réformées. 

Plusieurs lieux de rendez-vous le 22 mars. Elle se déroulera simultanément dans quatre lieux (France, Belgique, Suisse, Alsace).

Pour la Suisse :

  • ST-LÉGIERHaute Ecole de Théologie de Suisse romande, Route de Fenil 40, 1806
    S’inscrire : auprès de David Bouillon : david.bouillon@het-pro.ch +41 78 735 17 69

Cette journée s’articule autour de trois conférences de 45 minutes chacune, suivi d’un atelier sur le même thème :

  • Depuis la Suisse, Le Christ dans le Nouveau testament par François Rochat, Pasteur et docteur en théologie
  • Depuis la Belgique, Le Christ dans le symbole de Nicée par Pierre-Sovann Chauny, Professeur à la Faculté Jean Calvin (Aix en Provence) et contributeur du blog Par la foi.
  • Depuis la France, Un témoignage fidèle pour notre temps, comment dire aujourd’hui la foi exprimée par Nicée dans des concepts et un vocabulaire audible par nos contemporains) par Julien Coffinet (directeur de La Cause)

Le programme détaillé

Ouverture des portes à partir de 8h30. 9h.00 : Accueil 9h30-9h45 : Introduction
9h45-10h30 : Le témoignage concernant Jésus dans le NT
10h30-11h00 : Ateliers
11h00-11h15 : Pause
11h15-12h00 : Le Christ dans le symbole de Nicée
12h00-12h30 : Ateliers
12h30-14h00 : Pique-nique
14h00-14h45 : Un Témoignage fidèle pour notre temps
14h45-15h30 : Ateliers
15h45-17h00 : Célébration et conclusion

Lire aussi de Martin Hoegger : Le Rassemblement pour un Renouveau Réformé et le credo de Nicée-Constantinople

Pour Noël 2025

Cette magnifique histoire est parvenue à notre connaissance le 24 décembre. Trop tard pour vous l’offrir à Noël 2024. Elle viendra volontiers enrichir vos célébrations ou vos fêtes de famille l’an prochain !

Le visiteur de Noël

Au soir du 24 décembre 1698, dans une auberge des Cévennes, quatre soldats, quatre  « dragons », s’apprêtaient à quitter avec regret dans une salle chaude et joyeuse la grande cheminée où rôtissaient des chapelets d’oies dodues.

Par ordre du Roi Soleil, ils devaient réduire à merci les protestants de cette région qui n’avaient pas abjuré leur foi après la Révocation de l’Édit de Nantes et par conséquent déclarés « hors-la-loi ».

Un soir, l’intendant du Languedoc Bâville les avait chargés d’une mission : mettre la main sur un meneur, un certain Laurent Ravanel, inspiré et prédicant au Désert, peigneur de laine de profession, compagnon de Cavalier, et connu pour les assemblées clandestines qu’il tenait dans la région. Leur plan était de lui tomber dessus par surprise. Ils partirent à pied dans la montagne, déguisés en bergers.

Luttant contre les tourbillons de neige, ils parvinrent péniblement à une bergerie à l’entrée du hameau où habitait ce Ravanel.

Leur jeune capitaine, Gabriel de Vignancourt de Pétigny-Pervanchelles, avait décidé de garder pour lui la gloire de ce fait d’armes; il enjoignit à ses hommes de rester dans la bergerie, prêts à accourir au premier signal. 

Et le voilà parti, seul, vers la maison du rebelle ; il appuie sur le loquet et la porte s’ouvre.  La fille de Ravanel était là, devant lui, une enfant, âgée de sept ou huit ans tout au plus. Pâle et droite dans un grand châle noir, pétrifiée devant ce visiteur du soir à la dégaine peu rassurante qui débarquait chez elle.

A la vue de ce berger inconnu, couvert de neige, au visage fermé, elle eut peur, la fille du prédicant. Que faisait là cet étranger ? Mais son doux visage s’éclaira d’un sourire… et elle se jeta à son cou ! 

Le dragon surpris restait coi, ne sachant que dire, regardant autour de lui : sur la nappe blanche de la table, un bouquet de houx jaillissait d’un pichet, deux assiettes de faïence, un bougeoir d’étain, une chandelle allumée ; tout n’était que paix et sérénité.

– Entrez, je vous attendais, dit la petite.

– Où est ton père ?

– Parti dans la montagne pour l’office de Noël ; mais vous prendrez bien la soupe de castagnes, toute chaude et des beignets de sarrasin au miel, avec un bon vin chaud épicé à la girofle ?

– Tu m’attendais, dis-tu ?

– Bien sûr, c’est vous le visiteur de Noël.

– Le « visiteur de Noël » ? 

– Oui, celui que Mamée m’avait annoncé.  

Elle me disait souvent : « Si un visiteur frappe à ta porte un soir de Noël, ouvre-lui vite ; c’est peut-être un fugitif qui court dans la montagne pour échapper à ceux qui nous persécutent, et que le Seigneur nous envoie. Ou c’est peut-être un ange qui parcourt la terre pendant la sainte Nuit pour annoncer la Bonne Nouvelle de la naissance du Sauveur. Il doit toujours y avoir pour lui une assiette à remplir de soupe chaude et un bon feu pour qu’il y délasse ses pieds. Après, il te bénira toi et les tiens ».

Un peu gêné, l’homme détourna la conversation :

– Comment t’appelles-tu petite ?

– Droulette, pour vous servir.

– Eh bien, Droulette, j’ai faim et j’ai froid. Sers moi donc à dîner ; nous attendrons ton père ensemble.

– Mon papa aussi doit avoir faim et froid dehors par une nuit pareille, mais il faut bien qu’il aille porter la Parole de Dieu à tous ceux qui se cachent dans les grottes, poursuivis, traqués.

Par reflexe, le dragon demanda : 

– Dans quelles grottes, le sais-tu ? Mais aussitôt, il se mordit la lèvre.

Comme si elle n’avait pas entendu, la petite poursuivit :  

– C’est terrible quand ils se font prendre, si vous saviez ! Ils sont jetés en prison, envoyés aux galères et le plus souvent massacrés. Je tremble chaque fois que je vois partir mon papa, car je ne sais jamais s’il va revenir, comme beaucoup d’autres, mais je suis si heureuse que le Seigneur se serve de lui pour donner de l’espérance et de la lumière à tous ces pauvres gens.

En entendant ces mots, Gabriel de Vignancourt ne put porter sa cuillère à la bouche. Tout à coup, il ne pouvait plus rien avaler !  Il se rappelait une « assemblée » surprise en pleine nuit et transformée en carnage ; il entendait les cris de ceux qu’ils avaient transpercés, les supplications des femmes, épouses et mères, les hurlements des enfants et les dernières paroles du prédicant : 

– Vignancourt, Vignancourt, pourquoi nous persécutes-tu, toi qui te dis chrétien ?

Il n’avait plus faim, il avait hâte de partir. Mais Droulette, déçue, disait :

– Mon papa ne vous verra donc pas, mais… (elle hésitait, n’osait pas formuler sa requête…) mais pourriez-vous, avant de partir, me lire la belle histoire de Noël ?

Devant la mine ahurie de Gabriel, la petite fille ajouta :

– Je comprends le français, mais je ne le lis pas encore très bien. Papa rentre tard, fatigué, il n’aura pas le temps. Alors si vous ne voulez pas me lire la Bible, je n’aurai pas de Noël. S’il-vous-plait. 

Et en prière, elle joignit ses deux petites mains. Le brillant officier était incapable de prononcer une parole. 

Elle plaça alors devant lui un pauvre bouquin relié de parchemin usé, mal imprimé, corné. C’était le livre interdit, écrit en français ! 

Gabriel osait à peine le feuilleter, saisi d’une crainte et d’un respect étranges. Mais comment refuser à cette innocente ? Et malgré lui, il commença :

« Il y avait dans cette contrée des bergers qui couchaient aux champs, la nuit, pour garder leur troupeau. Un ange du Seigneur leur apparut… »

Lorsqu’il eut fini, il resta un long moment rêveur. Les paroles de Noël chantaient dans son cœur, éveillant de lointaines et étranges résonances. Il lui semblait qu’une enfance inconnue se glissait dans sa mémoire radieuse et pure.

– Je crois que… je crois que je ne pourrai pas être des vôtres ce soir, petite, si tu voulais m’excuser auprès de ton père…

Ne recevant pas de réponse, il leva les yeux. Droulette dormait, la joue posée sur ses bras repliés, une joue rose comme un pétale de fleur. Les cheveux bouclés se répandaient sur la table, pareils à une toison d’agneau. 

Gabriel sourit. 

– Dors ma Droulette, dors. N’aie pas peur, aie confiance ; je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ton père soit épargné. Je le jure sur cet Évangile qui nous est commun. 

Il chercha et trouva une plume et de l’encre et écrivit sur la page de garde du livre saint :

– Le visiteur de Noël priera pour toi et pour ton père.

Puis il ajouta en guise de post-scriptum : 

– Il faut vous cacher, d’autres visiteurs – moins bienveillants – pourraient venir.

S’inclinant alors devant la mignonne endormie, aussi profondément qu’il l’eût fait à Versailles, il quitta celle qui serait désormais dans son cœur, la petite sœur qu’il n’avait jamais eue.  Il ouvrit la porte et s’enfonça dans la nuit. 

Dans la bergerie, ses camarades se tenaient recroquevillés sous leurs manteaux.

– Holà ! cria Gabriel dans les ténèbres, allons-nous en, j’ai tout retourné dans cette maison, je n’ai trouvé personne. Ah, on les a prévenus de notre visite et ils ont dû s’enfuir. Rentrons en ville, nous trouverons peut-être quelques restes de ce réveillon qui nous est passé sous le nez. 

Et il les entraîna sans peine.  Le chemin lui parut moins dur qu’à l’aller, car il portait en lui  une force et une lumière nouvelles. 

Et à mesure que Gabriel avançait vers son destin, là-bas, de l’autre côté de la montagne, un homme descendait rapidement, un livre sous le bras, vers une pauvre maison où l’attendait une petite fille endormie et confiante.

L’aube de Noël se lèverait bientôt. La mille six cent nonante-huitième aube depuis la naissance d’un petit enfant pour qui les anges avaient proclamé :

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »

Extrait de  Protestants dans la Ville    

Lu sur le site les Avents de Nicole et Pierre

Adaptation : Bernard Locoge

Elle a tout donné !

Gérard Pella médite cette étonnante page de l’Evangile, où Jésus regarde les gens mettre de l’argent dans le tronc…

Vous imaginez ?

Jésus regarde ce que les gens mettent dans le tronc !

Il voit ceux qui mettent une jolie somme.

Il voit aussi une dame qui met deux petites pièces, toutes petites, quelques centimes.

Vous imaginez la situation aujourd’hui ?

Si Jésus regardait ce que nous donnons pendant l’offrande, ce serait gênant !

Surtout que Jésus constate non seulement ce que nous donnons mais ce que nous gardons pour nous :

« En vérité, je vous le déclare, cette veuve pauvre a mis plus que tous ceux qui mettent dans le tronc. Car tous ont mis en prenant sur leur superflu : mais elle, elle a pris sur sa misère pour mettre tout ce qu’elle possédait, ce qu’elle avait pour vivre » (v.43-44).

On peut se demander si cette veuve s’est sentie obligée de donner tout ce qui lui restait quand on lit, deux versets plus haut, que Jésus reproche aux scribes de « dévorer les biens des veuves » (v.40).

Il faut reconnaître que certaines obligations religieuses pèsent parfois très lourd.  Je pense à la dîme en l’occurrence.

C’est une pratique magnifique qui consiste à consacrer à Dieu le dixième de son revenu pour répondre non seulement aux besoins religieux mais aussi sociaux et communautaires, comme l’indique Deutéronome 14 :

v.22 : Tu prélèveras chaque année la dîme sur tout le produit que tu auras semé et qui aura poussé dans tes champs.

v.23 : Devant le Seigneur, ton Dieu, au lieu qu’il aura choisi pour y faire demeurer son nom, tu mangeras la dîme de ton blé, de ton vin nouveau et de ton huile, et les premiers-nés de ton gros et de ton petit bétail. (…)

v.27 : Quant au lévite qui est dans tes villes, lui qui n’a ni part ni patrimoine avec toi, tu ne le négligeras pas.

v.28 : Au bout de 3 ans, tu prélèveras toute la dîme de tes produits cette année-là, mais tu les déposeras dans ta ville ;

v.29 : alors viendront le lévite (…), l’émigré, l’orphelin et la veuve qui sont dans tes villes, et ils mangeront à satiété, pour que le Seigneur ton Dieu te bénisse dans toutes tes actions. »

C’est magnifique, vous ne trouvez pas ?

C’est magnifique si cela reste un appel, mais ça peut devenir écrasant si cela devient une obligation imposée sans discernement. Prenons un exemple :

Si on impose la dîme à tous, la personne qui a un revenu de 10’000 francs donnera une grosse somme… mais il lui restera 9’000 francs pour vivre, tandis que la personne qui a un revenu de 3’000 francs donnera une plus petite somme… mais cela prendra sur son nécessaire.

Voilà ce que Jésus fait remarquer à ses disciples :

  • Les riches prennent sur leur superflu
  • La veuve prend sur son minimum vital.

Il est donc injuste d’imposer à tous la même chose.

Notez bien ! Nous naviguons toujours entre les deux extrêmes, entre le rigorisme qui impose la dîme et le laxisme qui se contente de donner le minimum.

Vous me permettez de vous poser une question indiscrète ? Dans votre budget, il y a certainement une ligne pour la santé et notamment les assurances maladies qui augmentent si douloureusement. Est-ce qu’il y a aussi une ligne pour les dons ou est-ce que vous donnez simplement un peu de votre superflu e temps en temps ?

L’apôtre Paul encourage clairement ses lecteurs à donner, mais à donner sans contrainte :

2 Corinthiens 9 :

v.6 : « Qui sème chichement

chichement aussi moissonnera

et qui sème largement

largement aussi moissonnera !

v.7 : Que chacun donne selon la décision de son cœur, sans chagrin ni contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie. »

Si je reviens à notre page de l’Évangile de Marc, je constate qu’elle ne se contente pas de parler d’argent. Qu’est-ce que nous y découvrons ?

3 choses :

  1. D’abord que Jésus regarde et valorise les petites gens, comme cette veuve sans argent. Ces personnes que nous aurions tendance à négliger parce qu’elles n’ont rien à offrir, ou trois fois rien…
    Jésus, dans la même page de l’Évangile, met en garde ses disciples contre les scribes « qui tiennent à occuper les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les dîners ».
    Et, juste après, il met en valeur cette femme apparemment insignifiante.
    Aujourd’hui encore, nous avons tendance à donner plus d’importance à ceux qui occupent les premières places, dans le sport, les Jeux Olympiques ou Paralympiques ont mis en valeur celles et ceux qui ont réussi à prendre les premières places. 

Mais c’est le cas également dans l’économie, dans la politique ou dans l’Église : on s’intéresse à celles et ceux qui occupent les premières places plutôt qu’à celles et ceux qui sont relégués dans l’ombre. Ce n’est pas l’Évangile !

  • Jésus regarde et valorise les petits gestes.
    Cette dame donne les deux plus petites pièces de monnaie qui existent à l’époque.  Elle doit se dire : je suis désolée, je n’ai rien de plus à donner.
    Elle doit peut-être même se sentir inutile, minable, comme certaines personnes qui ont beaucoup donné d’elles-mêmes quand elles étaient actives et qui se retrouvent en EMS. Elles se sentent inutiles et se demandent « A quoi est-ce que je sers ? », « Qu’est-ce que je peux encore apporter aux autres ? ».

Jésus regarde et valorise les petites gens et les petits gestes.
Il valorise le peu que tu peux encore donner !

  • Jésus ne culpabilise pas, il motive !
    Effectivement, c’est étonnant : Jésus ne critique pas ceux qui donnent de leur superflu, mais il donne en exemple celle qui donne tout ce qu’elle a.
    L’Évangile est là : non pas avec les scribes qui savent mais avec celles et ceux qui se donnent.

Vous en connaissez ?

Ils incarnent l’Évangile !

Je pense à cette dame qui a accompagné son mari atteint d’Alzheimer de toutes ses forces, jusqu’à ce qu’elle soit hospitalisée pour des problèmes cardiaques. Il a fallu cela pour qu’elle puisse se résoudre à le confier à un EMS.

Je pense à ce couple qui accompagne depuis tant d’années leur fils autiste. Tout leur emploi du temps, toutes leurs vacances sont impactés par cette prise en charge.

Je pense à cette maman qui est au bout du rouleau à force d’espérer et de veiller sur son fils handicapé.

Je pense à ce couple qui a galéré pendant 7 ans avec leur fille anorexique. Quand, enfin, elle s’en est sortie, c’est le père qui a craqué et qui a eu besoin de soins.

Vous me direz peut-être : ce n’est pas raisonnable ; ils en font trop !
Comme cette veuve pauvre qui donne tout ce qui lui reste. Elle en fait trop !

Comme ces Églises qui connaissent la persécution parce qu’elles se donnent au lieu de se cacher. Ce n’est pas raisonnable !

Jésus les regarde et les valorise parce que c’est la façon de vivre qu’il a choisie, lui aussi. Ce n’est pas raisonnable :

« Lui qui est de condition divine

Il s’est dépouillé lui-même

Prenant la condition de serviteur » (Philippiens 2.6-7).

Il a tout donné pour des humains qui le bafouent…

« Mon corps, donné pour vous…

Mon sang, versé pour vous et pour la multitude, pour le pardon des péchés »

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »

Gérard Pella, pasteur.

Prédication du 20 octobre 2024 à Corsier. Marc 12 : 38-44 (TOB)

Jeûne Fédéral : pour quoi prions-nous ?

Ces dernières années, le R3 a prêté avec conviction sa voix aux diverses initiatives qui cherchent à mettre en valeur le Jeûne Fédéral. Cette année, nous étions nombreux à la Cathédrale de Lausanne dimanche 15 septembre pour célébrer le Seigneur. Le message apporté par Gilles Geiser, pasteur à Aigle, nous a interpellés.Il exprime très simplement et très profondément le sens de la metanoia/repentance et de l’intercession qui caractérisent cette journée solennelle.

Le monde dans lequel je vis est un monde qui cherche à gommer les différences. La culture dans laquelle je vis est une culture qui cherche à éluder les différences.

Parce qu’elles nous énervent. Ça m’énerve que ma femme soit si différente de moi ! … et elle pareil !
Elles nous énervent, nos différences, elles nous irritent, elles nous scandalisent parfois.

Parce qu’elles nous rappellent qu’on a été créés différents.
Alors on nivelle, on gomme, on fait du semblable. Entre les sexes, entre les genres, entre les différentes manières de penser.

C’est notre monde, c’est notre culture, et ça m’impacte plus que ce que je crois ; ça teinte nos réflexions, nos pensées, nos conceptions du monde de manière bien plus profonde que ce qu’on pense.

Sauf qu’elle est bonne, la différence. Elle est voulue de Dieu. J’ai aimé ma femme … parce qu’elle est différente de moi !
On est différents, les uns des autres. Même valeur, bien sûr … mais combien de différences !

Et elle est normale, cette différence, elle est riche, elle est belle, elle est voulue de Dieu, elle est fondatrice de l’amour.
En créant ce monde, Dieu a créé la différence ! et quelles multitudes de différence, de diversité de couleurs, de goûts, d’espèces, de paysages, de fleurs, de senteurs.

La différence n’est pas à craindre nous dit la Bible. Elle est à aimer. Parce qu’elle est voulue de Dieu. Elle est même fondatrice de l’amour.

Le danger, dans notre culture, c’est qu’à force de gommer les différences on va finir par gommer l’amour.

Mais je crois que ce désir de gommer les différences entre nous, il vient de plus loin. Il est le pâle reflet conscient d’une envie plus profonde et inconsciente… celle de gommer les différences en nous et Dieu.

Cette envie de croie qu’entre Dieu et nous, la différence n’est pas si grande. On nivelle…

Soit pour se faire nous, l’égal de Dieu … ça reste un des plus grands désirs de l’humanité … mais force est de constater qu’on n’y arrive pas.

Soit alors on essaye de faire de Dieu l’égal de nous.
Un Dieu pas si fidèle que ça « oui, il a promis des choses… mais bon, hein ? on en promet tous, non ? » 

Pas si juste que ça : « oui… Dieu est juste… mais il accepte un peu les pots-de-vin, quand même … on peut s’arranger, hein ? » Pas si saint que ça « oui, il a dit qu’il était saint… intolérant au mal … mais on va tous aller au paradis, non ? … »

Et on gomme les différences entre Dieu et nous, on le crée à notre image, on renverse la logique de la phrase et du sens de nos vies.

Sauf que … c’est Dieu !

« A qui me comparerez-vous ? De qui me rendrez-vous l’égal ? C’est moi qui suis Dieu, et il n’y en a pas d’autre. Oui, moi seul, je suis Dieu, et comparé à moi il n’y a que néant. » Esaïe 46, versets 5 et 9.

C’est Dieu ! Il est devenu homme, en Jésus-Christ. Oui. Pour nous sauver. Oui. Mais il n’a jamais cessé d’être Dieu !

Infinie, sa sagesse. Inatteignable, sa justice. Eternel son amour. Plus haut que les cieux sa gloire.
Plus profond que les mers sa compassion.
Absolue sa présence. Infini son savoir. Sans fond, sa compassion. Sans limite, sa puissance. Translucide, sa sainteté. C’est Dieu !

La repentance, elle a lieu dans un coeur humain quand il est mis en face de l’absolue pureté des qualités infinies de Dieu.

On ne se repent pas parce qu’on a pris conscience du mal qu’on a fait.
On se repent parce qu’on a pris conscience de l’infinie sainteté de ce Dieu qui nous aime et qui nous a créés.

Ensuite, on regarde à nous, et on prend bien conscience qu’il va falloir plus qu’un bricolage pour faire de nous des hommes capables de rencontrer Dieu.

On se repent quand on prend conscience que, face à son infinie justice, notre bricolage de trois « notre Père » et des prières avant les repas, ça ne suffira pas.
Pas plus que le fait de construire une église ou d’y aller.

Ou d’organiser un jour de jeûne pour notre pays.
Il va falloir qu’on reçoive une justice et un pardon qui vient d’ailleurs que de nous.
On se repent quand on prend conscience que, face à qui Il est, Lui, la seule manière de pouvoir entrer en relation avec Lui, c’est de recevoir une justice qu’on n’a pas confectionnée nous-mêmes. Sa justice qu’il a acquise, Lui, par sa vie.

C’est Dieu ! Justice infinie qui ne pourra jamais tolérer l’injustice, même infime, de nos coeurs.
Absolue fidélité, infinie droiture, qui ne peut tolérer ne serait-ce qu’un infime début de coeur tordu.

Et combien de coeurs tordus ? ici ?
Combien d’infidélité, de mensonges, de méchanceté, de violence, de rabaissement, de cruauté, de meurtres, d’occultisme, de marchandage d’êtres humains, d’impureté sensuelle ou virtuelle en Suisse, cette année ? … Il les a toutes vues !
Combien de meurtres dans le canton de Vaud ?
Combien d’insultes dans ma commune ?
Combien d’égoïsme dans ma vie ?

Une journée de jeûne, ça ne va pas suffire pour rattraper tout ça. Sauf qu’on n’organise pas une journée de jeûne pour rattraper quoi que ce soit.
On organise une journée de prière pour revenir à Dieu.

La repentance, ce n’est pas une baguette magique qui nous permet de rapiécer et blanchir un habit complètement sale et déchiré – en une prière !

La repentance, c’est la prise de conscience que, devant l’infinie justice d’un Dieu à qui rien n’échappe … la seule solution, c’est de recevoir de Lui ce qu’on ne peut mériter, un habit de justice, confectionné par sa vie d’obéissance absolue au Père, qu’on se sentira même indigne de porter … mais qu’il nous donne et qui nous recouvre.
Un habit spirituel qu’on n’aurait jamais pu fabriquer.
Cet habit de justice que Jésus, par sa vie sur terre, nous a acquis, et qu’il donne par son Esprit à tous ceux qui mettent leur foi en lui.

Et on peut le recevoir, par la foi ; parce qu’Il s’est donné, par amour.

Le but d’un jour de prière pour la Suisse, ce n’est pas que la Suisse revienne à ses valeurs, à ses principes, à son passé. Comme si la Suisse était elle-même une idole à protéger !
Le but d’un jour de prière pour la Suisse, c’est que la Suisse revienne à Dieu.

Et le seul chemin pour y parvenir, c’est celui de la Repentance.

Pas pour que Dieu nous bénisse… qu’il nous envoie la richesse, la paix et la prospérité … comme si on cherchait ces choses-là plus que lui-même ! Non !

On ne prie pas pour que Dieu bénisse la Suisse.
On prie pour que la Suisse revienne à Dieu. C’est différent. On prie pour que la Suisse revienne aux choix, aux décisions, aux voies que, de toutes façon, Dieu va bénir parce qu’il l’a promis.
À Sa droiture, Sa compassion, Sa générosité, Sa conception du soin de la veuve, de l’orphelin, de l’étranger et du pauvre.
Et ça nous remet tous en question. Moi le premier.

Le but d’un jour de prière pour la Suisse, ce n’est pas que la Suisse revienne à ses valeurs, à ses principes, à son passé.
Le but d’un jour de prière pour la Suisse, c’est que la Suisse revienne à Dieu. Même si ça nécessite qu’on perde certaines richesses, parce qu’elles étaient fondées sur l’injustice.

Oh, je sais … c’est tellement plus défiant que le fait de prier pour que Dieu bénisse notre pays … parce qu’on a tous envie de vivre dans un pays prospère et avec si possible moins de problèmes qu’en France !

Sauf que Dieu ne bénira pas un pays qui désobéit à ses voies. Ne nous méprenons pas ! Il ne l’a pas fait pour son peuple, son propre peuple, dans l’Ancien Testament, n’espérons pas qu’il le fasse pour la Suisse 2000 ans plus tard !

Dieu bénit les peuples, les pays, les cantons, les familles, les églises, les entreprises, les écoles, les clubs, les associations qui obéissent à ses voies.

Cela passe par la crainte de son nom ; cela passe par l’écoute de sa Parole. Cela passe par un retour à Dieu véritable et puissant de toute une communauté et de ses dirigeants.

Alors prions pour que nous, notre pays, nos autorités, nos familles, nos églises revenions à Dieu et à ses voies que, assurément, bénira.

« Si mon peuple, sur qui est invoqué mon nom, s’humilie, prie et me cherche. Je l’exaucerai des cieux, j’effacerai son péché, et son pays je guérirai. »

Gilles Geiser, septembre 2024.

La Trinité et toi !

Cette prédication d’Olivier Delachaux, pasteur à Vevey, nous permet d’aborder de façon toute simple le mystère de la Trinité.

Il y a quelques années, alors que je travaillais avec le comité international de la Croix-Rouge, j’ai eu le privilège d’habiter pendant toute une année avec un collègue de travail musulman nommé Abdou Latif – ce qui signifie serviteur de Dieu – dont je garde un très beau souvenir. Et si le temps ne m’était compté, j’aurais mille et une anecdotes à vous raconter. Mais je me contenterai de vous narrer son air navré le jour où, au cours d’une de nos nombreuses discussions, nous avons parlé de la Trinité. Je l’entends encore, après avoir développé la grandeur et la transcendance d’Allah, me dire dans un grand sourire en secouant la tête : « Dieu ? Avec un fils ? Et en plus une mère, nooon vraiment !». 

Si un Dieu trinitaire est inimaginable pour un musulman – de même que pour un juif – il est loin d’être évident pour tous les chrétiens. Et je me souviens d’un de mes professeurs en théologie qui nous expliquait que le concept de trinité datait des premiers conciles chrétiens. 

Mais, si l’on sonde attentivement les Ecritures, force est de constater que la Trinité est, me semble-t-il, à plusieurs reprises suggérée, et ceci dès le début des Ecritures.
C’est ce que dans un premier temps je vous suggère de voir en nous appuyant sur deux textes de l’A.T. et un du N.T. pour, dans un second, considérer les implications concrètes qu’un Dieu un en trois personnes peut avoir dans notre vie de tous les jours. Et nous le ferons en utilisant l’icône de la trinité de Roublev, que vous trouvez sur le feuillet de culte.

Dans Genèse 18, Abraham s’adresse à trois personnes, tantôt en employant le singulier, tantôt en employant le pluriel. Ecoutez plutôt : 

v. 1 : L’Eternel (singulier) apparut à Abraham.
v. 2 : Abraham leva les yeux et vit trois hommes (pluriel).
v.3 : Il dit : « si j’ai trouvé grâce à tes yeux accepte de t’arrêter chez moi… (singulier).
v. 4 : Alors Abraham dit : «Reposez-vous sous cet arbre» (pluriel). 

Avouez, c’est troublant non ?

Un autre passage de la Genèse – tout aussi troublant – et suggérant lui aussi un Dieu en trois personnes, se trouve au v. 26 du 1er chapitre. Je cite « Dieu dit : Faisons l’homme à notre image et notre ressemblance (pluriel). v. 27 : Et Dieu créa l’homme à son image. » (singulier). 

L’auteur du livre de la Genèse était-il un cancre en grammaire ou ces fautes de syntaxe sont-elles volontaires et porteuses de sens ? 

La réponse se trouve peut-être dans l’évangile selon Marc, lorsque Jésus apparaît pour la première fois dans l’espace public. A quelle occasion était-ce ? Oui c’était lors de son baptême. En effet à la première apparition du Fils dans l’espace public, le Père se fait immédiatement entendre, je cite des extraits de Marc 1/10-11 : «une voix survint des cieux et dit : celui-ci est mon Fils » et simultanément l’Esprit se fait voir en descendant sous la forme d’une colombe. Ici point de grands développements dogmatiques sur la Trinité, juste une évidence. Le Fils apparaît et le Père et l’Esprit apparaissent immédiatement à leur tour dans son sillage, le plus naturellement du monde. 

Et comme pour encore renforcer le tout, les dernières paroles de Jésus – et nous savons tous que les dernières paroles d’un homme ont un poids tout particulier – mentionnent la Trinité : « Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit» (Matthieu 28/19).

Oui la Trinité est bien au cœur des Ecritures. Une Trinité au coeur de laquelle la relation prime et de laquelle sortent 2 commandements relationnels résumant les 613 commandements de la loi judaïque. Ces deux commandements ? L’amour du prochain et l’amour de Dieu. 

Et c’est là que nous en arrivons à l’icône de la Trinité de Roublev. 

Je vous invite maintenant – pour ceux qui sont d’accord de se prêter à ce jeu – à placer votre doigt sur le pied le plus avancé de l’ange de droite. Etes vous sur le bon pied ? Si oui, je vous invite alors à faire glisser votre doigt le long du dos de l’ange de droite et de continuer le mouvement en passant par la tête de l’ange du milieu puis par celle de l’ange de gauche pour enfin redescendre le long de son dos et arriver au pied le plus avancé de ce même ange de gauche. 

Quelle est la figure géométrique que vous avez dessiné avec votre doigt ? Oui un cercle. Mais un cercle incomplet. Un cercle dans lequel il manque le morceau de circonférence entre le pied de l’ange de gauche et le pied de l’ange de droite. Entre ces deux pieds, il y a un espace que peut-être le peintre a laissé intentionnellement libre pour que le spectateur s’y glisse. Et en se glissant dans cet espace il accède alors à la coupe. Une coupe de laquelle déborde l’amour infini qui circule de façon circulaire entre les trois personnes de la Trinité. Un Dieu un en trois personnes dont l’essence est relation. Relation dans laquelle chacun dit à l’autre : toi. 

Le Père dit au Fils : toi ; le Fils dit à l’Eprit : toi ; l’Esprit dit au Père : toi. Et ainsi de suite dans un éternel mouvement, tel une perpétuelle valse à trois temps où chacun cède la place à l’autre en virevoltant et en disant toi toi toi, toi toi toi, toi toi toi. 

Alors contemplant cette danse trinitaire disant la communion d’amour qui brûle au coeur de la divinité, l’humain est invité à se placer au centre de l’icône de Roublev, à se délecter goulûment de la grâce qui déborde de la coupe et à apprendre à danser à son tour en disant à son semblable : toi, toi, toi; toi, toi, toi; toi, toi, toi. 

Amen

Pour une compréhension plus large et plus profonde du Saint-Esprit

Cet exposé du professeur Nicolas Thomas Wright nous offre une vision à la fois solidement biblique et surprenante du ministère du Saint-Esprit et – par conséquent – de celui des chrétiens. Accrochez-vous : il n’est pas tout simple mais vaut la peine !

Introduction

La Bible fournit une grande variété d’images pour nous aider à comprendre l’Esprit. Elle nous parle du vent, avec les termes ruach en hébreu et pneuma en grec, qui signifient à la fois « vent » et « esprit ». A Pentecôte, l’Esprit se manifeste comme des langues de feu, ce qui nous rappelle la colonne de feu dans le désert ou le feu qui descend du ciel quand Elie prie. Au baptême de Jésus la colombe nous rappelle la colombe que Noé a envoyée pour voir si la nouvelle création apparaissait après le méga-baptême du déluge. Sans oublier l’eau, les fleuves d’eau vive que Jésus promet à ceux qui croient en lui.

Dans leur façon de prendre en compte les données bibliques, les chrétiens disent parfois des choses justes mais en les articulant de manière fausse. Je pense à ce jeu qui consiste à reconstituer une image en suivant les numéros qui sont disposés sur une feuille. Si vous suivez les numéros consciencieusement, vous trouverez l’image adéquate. Mais il est aussi possible de relier les points d’une autre façon et d’aboutir à une image différente, que vous aviez peut-être à l’esprit au départ. Vous pourriez par exemple finir par dessiner une girafe à la place d’un lion. C’est ce que nous avons fait parfois en parlant de l’Esprit.

Le christianisme occidental a souvent vécu dans un monde radicalement divisé entre « naturel » et « surnaturel », où le but consiste à quitter la  » terre » pour aller au « ciel » ; dans l’intervalle, un Dieu plutôt distant intervient parfois, puis se retire à nouveau. Les gens parlent alors de l’Esprit comme s’il intervenait du dehors. Ce faisant, ils relient les points de manière erronée. Dans l’Écriture, on voit effectivement le Saint-Esprit qui nous surprend en agissant de manière souveraine (on-off) mais on le voit aussi à l’œuvre de manière plus profonde et plus stable, comme l’énergie qui fait advenir la nouvelle création.

Je propose donc de comprendre l’Esprit comme le souffle puissant de la nouvelle création. Quand la nouvelle création arrivera pleinement – les nouveaux cieux et la nouvelle terre qui nous sont promis – ce sera l’oeuvre de l’Esprit, lui dont la puissance a ressuscité Jésus, lui qui maintenant déjà produit la nouvelle création en nous (même si c’est pénible et coûteux) et par nous, par notre mission dans le monde. Pour bien comprendre cette mission, dynamisée par l’Esprit, je propose de la concevoir dans une perspective biblique beaucoup plus large, celle de la création et de la nouvelle création. Nous comprendrons mieux la théologie de la mission du Nouveau Testament si nous en visitons les racines dans l’Ancien Testament. Nous verrons comment la promesse biblique d’une nouvelle création et l’impulsion missionnelle suscitée par l’Esprit font partie du plan du créateur depuis le début et trouvent tout leur sens dans cette perspective.

Création et tabernacle

La création originelle est présentée comme la construction d’un temple. Dans le monde ancien, quand on a construit un temple, on y place une image du dieu, pour que ce dieu puisse être présent et agissant dans le monde environnant et pour que le monde puisse voir et vénérer ce dieu. Dans la Genèse, le Dieu Créateur place l’être humain, homme et femme, pour être son image dans le monde. Il est placé à la jonction entre les cieux et la terre, pour exprimer les louanges de la terre devant le trône des cieux et pour être le moyen par lequel la sagesse aimante des cieux va irriguer la terre. Toute la mission du peuple de Dieu est l’application spécifique, dans des circonstances nouvelles, de cette vocation humaine originelle. La célébration et la mission sont la vocation bi-directionnelle de celui qui porte l’image de Dieu.

A ce sujet, les conceptions occidentales du christianisme ont dessiné une girafe au lieu d’un lion : une girafe qui symbolise la vision du monde platonicienne, qui étire son cou toujours plus haut, en s’éloignant du sol pour toucher le monde soi-disant « surnaturel ». L’AT ne voit pas les choses ainsi ; il présente la vocation humaine dans des passages à connotation royale, comme le Psaume 8, qui expriment la vocation humaine comme étant de dominer le monde, les animaux en particulier. Cette fonction, qui est réservée au roi dans le monde ancien, est maintenant démocratisée ; c’est tous les humains qui sont appelés à être des porteurs de l’image.

Les théologiens occidentaux, marqués par l’héritage platonicien, ont eu beaucoup de peine à comprendre cette mission. La mission de Dieu dans le monde ne signifie pas que Dieu fait tout et que nous nous contentons de regarder. Mais elle ne signifie pas non plus que c’est à nous de tout faire, par nos propres forces, avec Dieu comme simple spectateur. Le souffle puissant de l’Esprit signifie à la fois que Dieu est à l’œuvre et que nous agissons, précisément parce qu’il y a une connivence – puisque nous sommes les porteurs de son image – entre ce que Dieu veut faire pour et par nous et ce que nous voulons faire lorsque nous sommes en harmonie avec lui (in tune with God).

Évidemment, en disant « quand nous sommes en harmonie avec Dieu », nous voyons immédiatement le problème ! La Bible montre, page après page, que les humains ont tourné le dos à leur vocation, ont écouté la voix du serpent, ont été chassés du jardin… et que les rois et prêtres d’Israël, eux aussi, ont abandonné leur véritable vocation et ont été exilés à leur tour. Que répond la Bible face à ce problème ? La réponse n’est pas que nous pouvons nous échapper du monde et aller au ciel. La réponse, c’est que le royaume de Dieu a été mis en route, « sur la terre comme au ciel », et que – par le Messie et par l’Esprit – le Dieu créateur a renouvelé la vocation originelle de l’être humain : être porteur de son image.

La puissante Présence divine dans le tabernacle

Reprenons les grandes lignes du projet de Dieu : au travers d’Abraham et de sa famille, Dieu veut créer une grande famille, vaste comme le monde. Et, par ce pays particulier qu’il lui promet, Dieu revendique tout le monde créé. La famille et le pays d’Abraham sont donc des poteaux indicateurs qui manifestent l’intention du créateur d’inonder et de transformer la création tout entière par son amour puissant. 

Dieu, le Créateur, veut renouveler les cieux et la terre de fond en comble ; mais comme il a choisi dès le départ de faire un monde où les éléments centraux de son projet doivent advenir par l’intermédiaire des humains porteurs de son image, il a appelé un peuple à être le peuple du ciel et de la terre. Il le prépare donc pour le Tabernacle, dans lequel sa Présence demeurera avec eux, au milieu d’eux, pour les conduire vers le pays de la Promesse. Le Tabernacle est donc construit, malgré le péché du veau d’or. Le Tabernacle est un modèle réduit du cosmos (cf. Philon) que Dieu vient remplir de sa présence (Exode 40).

Le temple de Salomon est lui aussi un modèle réduit de la création. Ce n’est pas un lieu de repli hors du monde, c’est un poteau indicateur de ce que Dieu veut faire pour toute la création : la terre sera remplie de la connaissance de la gloire Dieu comme la mer que comblent les eaux (Habacuc 2,14). Pour les premiers chrétiens, cette promesse a été accomplie en Jésus et elle est en train de s’accomplir par le souffle puissant de l’Esprit.

Jean et Paul : l’Esprit et la nouvelle création

En Jésus, la présence divine est enfin revenue ; c’est là une conviction centrale des premiers chrétiens. « La Parole est devenue chair et elle a planté sa tente (tabernacle) au milieu de nous » (Jean 1,14). Ce langage fait référence au tabernacle/temple et indique que, dans la personne de Jésus, la nouvelle création a commencé.

Ce que Dieu accomplit de manière unique en Jésus, il le fait ensuite par Jésus, par son souffle puissant, pour ceux qui suivent Jésus. Dans l’Évangile de Jean en particulier, nous trouvons la promesse de l’Esprit, qui va susciter la nouvelle naissance, générant une forme renouvelée d’existence humaine et mandatant les disciples de Jésus pour la mission, qui est précisément la mission de la nouvelle création dans le monde. 

En Jean 7, les fleuves d’eau vive coulent de Jésus comme ils coulent du Temple dans la vision d’Ezéchiel. Et les disciples, une fois que la mort de Jésus les aura purifiés, verront à leur tour l’Esprit jaillir de leur cœur. 

Quand Jésus souffle sur eux, en Jean 20, il procède comme Dieu lorsqu’il soufflait dans les narines des premiers humains le souffle de vie. Mais il s’agit maintenant de la vie de la nouvelle création, la vie par laquelle le projet originel de la création, contrecarré par le péché et l’idolâtrie des humains, reprend son cours. 

Quand Jésus dit aux disciples : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20,21) et quand il les équipe de son Esprit pour qu’ils puissent assumer cette responsabilité, il exprime qu’ils doivent être pour le monde entier ce que lui, Jésus, a été pour Israël. Ils doivent être le peuple du nouveau Temple, le peuple du nouvel exode, un peuple dans lequel souffle l’Esprit de la nouvelle création. Voilà pourquoi leur tâche solennelle de pardonner ou de retenir les péchés est si important.

Dans l’épître aux Ephésiens, le Saint-Esprit est décrit comme le « gage de notre héritage » (1,14). Quel héritage ? Les chrétiens d’Occident ont souvent répondu : le ciel ! Mais, ce faisant, ils dessinaient plutôt une girafe qu’un lion, sous l’influence du platonisme, ou même du gnosticisme, opposant le ciel et la terre. Ephésiens dit au contraire que le projet de Dieu est de « tout réunir sous l’autorité du Messie, aussi bien ce qui est dans le ciel que ce qui est sur la terre. » (1,10). Le ciel et la terre ne doivent pas être dissociés ; ils doivent être réunis et l’Esprit est à la fois le signe et le moyen qui rend cet avenir déjà présent.

Si nous sommes appelés à être le peuple en qui le ciel et la terre se réunissent, cela devra se manifester par une façon de vivre qui reflète l’image de Dieu (ch.4) et par l’unité de l’Église, juifs et païens réunis en un seul corps (ch.2). Si vous vous engagez dans ce projet, préparez-vous au combat spirituel (ch. 6).

« Quand le souffle puissant de la nouvelle création rassemble les disciples de Jésus de toutes sortes en une seule famille, les autorités du monde, qu’elles soient spirituelles ou politiques, sont confrontées à une réalité qui les laisse sans voix. La nouvelle création parle d’elle-même. » (p.11).

Dans l’épître aux Romains (chapitre 8), le ministère de l’Esprit ne vise pas à produire simplement des expériences religieuses ; il ne se borne pas à ouvrir le cœur des gens dans le but que leur âme puisse aller au ciel quand leur corps sera mort. Son objectif final est le renouvellement du monde par le renouvellement des humains. Dieu a toujours eu pour but de gouverner le monde par l’intermédiaire de l’humanité, rendue conforme à l’image de son Fils (v.29). « Nous sommes appelés à être enfin ce sacerdoce royal, participant à la louange que la création rend à Dieu mais aussi au règne souverain de Dieu sur la création. Voilà la véritable vocation de l’Église, voilà sa mission dans le souffle de l’Esprit : non pas attraper les gens pour les faire sortir du monde et entrer dans un ciel platonicien, mais – grâce au souffle de l’Esprit – être des agents de renouveau pour les humains et pour toute la création, ici et maintenant. » (p.12).

Nous participons à cette mission de porteurs de l’image de Dieu, conduits par l’Esprit vers la nouvelle création, de deux manières : la souffrance et la prière. Nous sommes « héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui afin de prendre aussi part à sa gloire » (Romains 8,17 SG21). Cette souffrance n’est pas juste un mauvais moment à passer avant d’accomplir notre tâche réelle. Comme ce fut le cas pour Jésus, la souffrance est la façon dont la douleur, la honte et la peine du monde sont concentrées sur le « temple-en-personne » (Jésus) ou le « temple-peuple », la communauté remplie de l’Esprit, pour que le nouveau monde puisse naître.

Parce que notre vocation est d’être le sacerdoce royal, notre vocation sacerdotale consiste à porter les prières et les louanges de la création devant le trône de Dieu. Mais si la création est dans la peine et la lamentation, qu’est-ce que cela implique ? Cela signifie que l’Église sera aussi dans la peine et la lamentation au cœur de la souffrance du monde. Et parce que nous sommes le peuple du nouveau tabernacle, le peuple dans lequel la gloire divine est revenue sous la forme de l’Esprit, l’Esprit gémit en nous qui attendons notre adoption, la rédemption de nos corps et le renouvellement de toute la création. Le gémissement et la lamentation sont au centre de notre façon de vivre la vocation exprimée dans le Psaume 8. Ce n’est pas la seule chose que signifie une mission conduite par l’Esprit ; mais si cette mission n’est pas centrée ainsi, elle n’est pas fidèle à l’Évangile. Le cri de Jésus (mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?) est prolongé par l’Esprit dans l’Église : le gémissement de l’Esprit dans le cœur de l’Église, au cœur de la souffrance humaine. « Et celui qui scrute les cœurs sait quelle est l’intention de l’Esprit : c’est selon Dieu en effet que l’Esprit intercède pour les saints » (Romains 8,27).

En tant que peuple du Nouvel Exode, qui est conduit par l’Esprit vers la nouvelle création, nous sommes appelés à partager et à porter la souffrance du monde par une prière torturée et souvent sans paroles.

            Les gens parlent parfois de l’Esprit comme s’il nous était donné pour que nous nous sentions heureux et détendus. Cela peut effectivement arriver mais cette attente ressemble étrangement à une tentative d’utiliser l’Esprit pour répondre aux aspirations occidentales modernes. Dans le NT, l’Esprit a conduit Jésus au désert après son baptême et l’Esprit conduit l’Église dans des lieux de souffrance et de danger pour que la nouvelle création puisse se manifester précisément dans ces endroits où l’on en a le plus besoin. Nous ne devrions pas être surpris que l’Esprit nous conduise dans des remises en question, des gémissements et des douleurs d’accouchement. L’Église est appelée à se tenir là où le monde souffre, précisément pour que l’Esprit, la présence vivante du Dieu aimant, puisse être là, gémissant vers le Père depuis les profondeurs de la souffrance du monde, de notre propre souffrance, des perplexités et des douleurs de l’accouchement du monde nouveau. Voilà ce qui advient lorsque le Souffle puissant de la nouvelle création nous est donné par le Père de Jésus, le Messie crucifié et le Seigneur ressuscité.

            Nous sommes appelés à être le peuple du « déjà et pas encore » : pas le genre de charismatiques joyeux et superficiels qui peuvent revendiquer l’Esprit pour des solutions instantanées dans toutes les situations (pensez à Jésus qui refuse d’appeler les anges à la rescousse dans le jardin de Gethsémané), mais des charismatiques sages et mûrs qui se servent du parler en langues, de la prophétie et de tout ce qui vient du souffle de l’Esprit pour accomplir la mission plus large d’être un sacerdoce royal qui exprime sa prière de lamentation au cœur de la lamentation du monde. Le but de tout ceci n’est pas que nous puissions quitter ce monde pour nous envoler vers un endroit sûr quelque part ailleurs. Le but, c’est que le monde nouveau puisse venir au jour à partir des entrailles agonisantes du monde ancien.

Cet exposé du professeur Wright (“The Powerful Breath of the New Creation”) a été publié dans l’ouvrage collectif Veni, sancte Spiritus ! Contributions théologiques à la mission de l’Esprit, Münster, Aschebdorff Verlag, 2018, pages 1 à 15. Il est résumé ici en français par Gérard Pella.

Le fil à plomb, une critique d’Israël ?

Le fil à plomb. C’est une très belle image que le prophète Amos reçoit du Seigneur (Amos 7.7-17). Il voit un fil à plomb qui permet de mesurer si le mur que l’on construit monte droit. Luc Badoux nous permet d’approfondir cette métaphore et de l’appliquer à notre vie. Dans le contexte politique actuel, cette métaphore est explosive !

Amos est précisément chargé par le Seigneur de faire savoir à Israël que leur mur ne monte pas droit, que la société qu’ils bâtissent et les rapports humains qu’ils établissent ne s’élèvent pas de façon droite. 

On est en 760 av JC. Amos arrive de son village de Técoa, situé dans le Royaume de Juda où il est berger. Il monte dans le Royaume d’Israël plus prospère que Juda. Il monte dans le Nord comme en France on monte à Paris. Puisqu’à ce moment-là le grand voisin qu’est l’Assyrie a d’autres chats à fouetter que de menacer Israël, les gens de Samarie peuvent s’adonner au commerce. Certains font beaucoup d’argent. C’est un temps d’opportunités économiques. Amassia, prêtre du sanctuaire royal de Bethel participe à cette prospérité. L’important pour Amassia comme pour le roi, c’est que le mur qu’Israël élève monte haut.

Amos vient lui dire de la part du Seigneur que peu importe la hauteur du mur, il doit monter droit, en respectant les droits du plus faible.

Amos ne dit pas les choses aussi poliment que moi aujourd’hui. Ses propos sont incendiaires. Ce qu’il annonce à Amassia qui refuse de l’écouter fait froid dans le dos : « Ta femme sera réduite à se prostituer, tes fils et tes filles seront massacrés, toi-même tu mourras en pays païen et la population d’Israël sera déportée loin de sa patrie. » 

Il faut dire qu’Amassia de son côté méprise Amos et la parole qu’il porte. Ce petit berger venu d’une région pauvre du sud d’Israël ne récolte que son mépris. Amassia veut renvoyer Amos d’où il vient. Amassia incarne l’arrogance des puissants, de ceux qui savent, de ceux qui sont bien établis. Il ne voit pas ce que vient faire au temple ce berger sans instruction, cet empêcheur de commercer en rond. Que peut-il comprendre de Dieu, lui qui ne voit pas tout ce que fait Amassia pour que le sanctuaire de Bethel prospère ? 

Amassia a deux problèmes : c’est premièrement que Dieu ne s’intéresse pas d’abord à la prospérité du sanctuaire de Bethel et deuxièmement que le sanctuaire de Bethel n’impressionne pas Amos. Ce que Dieu donne de voir à Amos, c’est l’injustice sociale, c’est le riche qui vend comme esclave le pauvre qui lui doit de l’argent. Amos découvre un système juridique qui humilie les faibles. Il voit aussi les moeurs sexuelles débridées des pères et des fils qui couchent avec une même femme. Ce qui le frappe, c’est l’absence d’égards pour les plus petits, l’absence de compassion pour les gens en difficulté, l’absence de respect pour les commandements de Dieu. Amos arrive en Israël avec un regard neuf et extérieur, et au travers de lui, c’est le Seigneur qui regarde Israël. Le Seigneur ne se laisse pas impressionner par la prospérité de Samarie mais par le niveau d’injustice. Le Seigneur veut que la prospérité profite à tous. Ce qu’il veut c’est la compassion. Légalement, le pauvre qui doit de l’argent et ne peut pas le rembourser est en situation d’être vendu pour payer sa dette, c’est vrai. Mais un riche qui fait cela à son frère en Israël déshonore le Seigneur, même s’il est dans la légalité. L’important aux yeux du Seigneur n’est pas que le mur que construit Israël monte haut, c’est qu’il monte droit. 

Pour comprendre cela et ce que cela implique, il faut que tous – et les prêtres en premier – recherchent le regard du Seigneur et sa Parole. «Réveillez-vous, gens d’Israël, sachez que le Seigneur ne reste pas enfermé dans le sanctuaire, il en sort et regarde autour de lui. » Le Dieu dont Amos parle é Amassia va au marché et il observe comment les marchands se comportent. Il va dans les rues et voit les maisons des riches et les conditions dans lesquelles vivent les pauvres. Il observe les gens, leur fidélité, les comportements entre hommes et femmes, leur rapport à la sexualité. Il en conclut que les sacrifices que lui offrent les Israélites sont sans valeur. Ils ne correspondent pas à l’offrande d’un coeur bien disposé.

Israël a besoin du fil à plomb de la Parole de Dieu. Israël doit s’en saisir et se demander devant Dieu comment gérer la richesse et la prospérité. Mais Amassia, tout prêtre qu’il est, ne veut pas de ce fil à plomb. C’est pour cela qu’il disqualifie Amos en le traitant d’agitateur politique parce qu’il parle de compassion et de justice. « Si Amos veut jouer les prophètes, qu’il le fasse chez lui, à Juda. » « Qu’Amos retourne dans son village de Técoa, que Dieu reste au sanctuaire et les vaches seront bien gardées. » Voila ce que veut Amassia en bon gestionnaire du temple. Résultat : tout le monde pourra continuer à mener sa vie comme il l’entend.  

Mais, au travers d’Amos, c’est le Seigneur lui-même qui sort de ce sanctuaire où tous essaient de l’enfermer. C’est lui qui vient avec son fil à plomb juger de la droiture de ce que chacun construit et c’est lui qui annonce que sa colère sera dévastatrice pour beaucoup.  

Je pense qu’ici dans la paroisse, on boit du petit lait en entendant ça. Parce qu’on sait bien que Dieu ne nous donne pas rendez-vous seulement le dimanche au culte ou quand nous le prions. Et on se propose d’aller secouer nos politiciens et le Synode et le Conseil synodal et de leur apporter un fil à plomb.

C’est juste ! Nous avons la responsabilité d’exercer un rôle prophétique dans le monde et jusque dans l’Eglise, de porter le fil à plomb de la Parole de Dieu partout où des murs sont dressés haut sans monter droits. Dieu nous donne sa parole pour que nous interpelions le monde, les médias et l’Eglise. Et je pense que l’on a tous en tête des points précis sur lesquels nous voyons notre monde perdre le nord. Ce rôle prophétique demande du courage, de la pugnacité, de la clairvoyance pour s’engager dans les bons combats. Les lettres de Paul nous appellent à prier pour nos autorités mais Amos nous ouvre aussi le chemin pour les interpeler. C’est ce que fait le R3, le Rassemblement pour un renouveau réformé que préside Gérard Pella et dont plusieurs fidèles ici sont membres. 

Mais la 1ère étape sur ce chemin d’interpellation, c’est toujours de commencer par … soi-même, par appliquer le fil à plomb à sa propre vie. Nous courons en effet tous le risque de nous focaliser sur ce que le fil à plomb démontre quant aux compromissions des autres suivant l’histoire de la paille et de la poutre. 

Je pense qu’on a tous des domaines dans lesquels on veille à être droit, à exercer la droiture selon Dieu. Et d’autres domaines auxquels on est moins sensibles.

Pour appliquer le fil à plomb de la parole de Dieu à nos vies, c’est important qu’on ne disqualifie pas les interpellations d’autres chrétiens qui mettent des accents différents des nôtres. Sinon, on risque de faire exactement comme le riche et cultivé Amassia faisait avec Amos qui venait du Sud sous-développé. Attention à l’arrogance de ceux qui savent, des nantis, de ceux qui par une longue appartenance à l’Eglise ont domestiqué Dieu et sa Parole. Derrière celui qui nous interpelle, c’est peut-être le Seigneur qui nous parle. 

Moi qui suis pasteur, un homme cultivé, d’une famille bien établie dans un pays prospère, j’ai un profil un peu trop proche de celui d’Amassia pour ne pas prendre très au sérieux les paroles menaçantes d’Amos pour moi-même.

Ainsi, avant de penser à tout ce que les autres ont à changer, dans la société qui s’éloigne de Dieu ou dans l’EERV, je dois me saisir du fil à plomb de la Parole de Dieu pour ma propre vie. Qu’en est-il de mon rapport à l’argent et à la propriété. Qu’en est-il de mon rapport aux plus démunis qui habitent tout près de chez moi (à la rue Général Guisan) ? Qu’en est-il de la construction morale de ma vie ? des relations dans ma famille ? de la façon dont on y prend soin des aînés ? Que le fil à plomb de la Parole de Dieu me préserve – et vous avec moi – de fermer les yeux sur ce qui m’arrange et de faire du Seigneur quelqu’un que l’on écoute pour les autres mais pas pour soi-même. Qu’il nous préserve de domestiquer sa Parole et d’en faire une Parole inoffensive quand elle s’attaque à nous. 

Chers amis, y a-t-il un domaine de nos vies dans lequel le mur que nous construisons ne monte pas droit ? 

Et une fois qu’on a utilisé le fil à plomb de la Parole de Dieu pour nos propres vies, il nous faut oser porter courageusement la parole prophétique à ceux pour qui on la reçoit. Veillons à le faire à la manière de Jésus puisque ce n’est pas d’Amos dont nous sommes les disciples mais de Jésus qui annonce d’abord une bonne nouvelle en disant :   « Heureux ceux qui ont faim et soif de vivre comme Dieu le demande,
 car Dieu exaucera leur désir ! 7 Heureux ceux qui ont de la compassion pour autrui,
 car Dieu aura de la compassion pour eux ! » Matthieu 5 6

Il faut choisir !

Pour devenir pasteure j’étais obligée de passer par les études de théologie (j’ai aimé !) et par l’approche historico-critique. Quand celle-ci aide à mieux comprendre les textes bibliques dans leur contexte, elle renvoie à l’identité de Dieu : il va si loin dans son amour qu’il n’hésite pas à révéler Sa Réalité à travers des auteurs très humains, y compris leur culture environnante, leur personnalité, leurs préférences et leurs allergies.

Mais cette approche a dérapé dans une emprise sur Dieu : à force de se focaliser sur l’aspect humain dans les textes, on ne tient plus compte de la Réalité de Dieu, qui se voit soumis à la réalité humaine et adapté à ses critères. Cette lecture qui se prétend « scientifique » se pose en maîtresse absolue, dénigrant toute autre approche. Elle fait de gros dégâts dans ma vie et ma foi comme dans celles des Eglises réformées. Car elle mène non pas à une interrogation saine, mais à un climat d’orgueil, de doute et de méfiance envers Dieu. C’est un regard, ou mieux, un esprit d’incrédulité –  et j’ai besoin de m’en délier.

Car dans cet esprit les actions réelles de Dieu dans l’histoire deviennent des expériences subjectives. L’espérance dans le Dieu vivant, qui réalise son plan et ses promesses concrètement dans l’histoire humaine et donc aussi concrètement dans notre histoire, se réduit comme peau de chagrin à un vague espoir que « demain sera meilleur ». Le salut glisse du roc solide dans la mer agitée d’une spiritualité humaine confuse. SOS ! 

Il y a deux manières de voir qui s’opposent mais que nous faisons coexister dans une fausse notion de tolérance et d’amour. On peut réduire la Réalité de Dieu à notre réalité humaine : c’est l’illusion garantie. On peut voir la réalité humaine aimée, portée, enveloppée, prise au sérieux mais aussi limitée par la Réalité de Dieu. C’est ce regard que proposent les Ecritures.

Je choisis le deuxième, même si c’est un réel effort de remplacer chaque jour la perspective « naturelle » (la « chair ») par celle de l’Esprit de Vérité. Mais c’est vital, sinon nous serons les esclaves du même esprit d’incrédulité qui enferme le monde. C’est vital de sortir de cette prison, cet état de  victime, où nous nous laissons être coupés en deux par deux manières de voir qui s’excluent mutuellement. 

Nous ne pouvons pas glorifier Dieu en le laissant être lui-même – et le coincer dans une « spiritualité » qui n’est qu’un prolongement de nous, car c’est abuser de Dieu. Nous ne pouvons pas nous réjouir de la Vérité déjà révélée en Jésus-Christ, même si la plénitude est encore à découvrir  –  et maintenir la « vérité » comme quoi il y a seulement  « notre » vérité qui n’engage que nous. Nous ne pouvons pas grandir dans l’écoute et le discernement de la volonté de Dieu pour nous  –  et rester dans nos idées et habitudes. Nous ne pouvons pas chercher le Royaume de Dieu  –  et défendre d’abord notre avis à nous. Nous ne pouvons pas nous laisser souffler par l’Esprit où il veut  –  et nous laisser piéger par des objectifs à formuler, à atteindre, à contrôler selon des critères opposés à cet Esprit. Nous ne pouvons pas joyeusement dire au monde que Jésus-Christ est mort et ressuscité pour nous sauver –  et penser que cela pourrait tout aussi bien ne pas être vrai. Nous ne pouvons pas remplacer l’Evangile par des valeurs, ni remplacer l’Amour pour Dieu (le premier commandement!) par l’amour pour le prochain. Il faut choisir son regard.   –  Viens, Saint-Esprit ! Donne-nous le tien ! 

Hetty Overeem

Face à ce torrent de haine, une prière

Bouleversés par l’attaque barbare du Hamas contre Israël le 7 octobre, bouleversés aussi par la violence de la riposte israélienne, nous nous sentons impuissants face à ce torrent de haine et nous vous recommandons cette prière de Shafique Keshavjee pour ces deux peuples qui se détruisent mutuellement.

Toi l’Infini au-delà de tout,
dans nos quêtes hésitantes, veuille purifier nos prières.
Toi la Source proche de tous,
dans nos gémissements, nous te confions nos misères.
Tu es le Dieu de l’Univers que tous les peuples cherchent en tâtonnant.
Tu es le Dieu d’Israël et d’Ismaël qui, hélas, croient Te servir en se combattant.

À cause de Ta fidélité, Seigneur,
nous croyons que le peuple juif a une place légitime sur cette Terre d’Israël.
Par Ta générosité divine, elle lui avait été promise,
et par l’animosité humaine, elle est devenue compromise.
Nous croyons aussi que Ta promesse pour le peuple juif n’est pas contre le peuple palestinien.

Que l’un et l’autre trouvent, à travers ces abyssales crises, des espaces qui s’harmonisent.

À cause de Ta justice, Seigneur,
nous reconnaissons que les souffrances de nombreux Palestiniens sont inacceptables. Quand l’État d’Israël est coupable, ouvre ses yeux pour qu’il en prenne conscience et qu’il ait le courage de réparer le mal qu’il a causé.
Nous reconnaissons aussi que les souffrances de nombreux Juifs sont intolérables. Quand les autorités palestiniennes sont coupables, ouvre leurs yeux pour qu’elles en prennent conscience et qu’elles aient le courage de réparer le mal qu’elles ont provoqué.

À cause de Ton amour, Seigneur,
nous Te supplions de mettre fin à ce torrent de haine qui inonde cette région et le monde. Aide-nous à ne jamais choisir entre les victimes palestiniennes ou juives.
Nous confessons que Toi le Dieu des prophètes et de Jésus de Nazareth,
Tu es toujours du côté des personnes souffrantes et meurtries.
Ouvre nos cœurs à la compassion pour toutes et tous.

Nous t’en supplions, Dieu de l’Univers et de notre Terre, veuille manifester ta fidélité au cœur de nos infidélités, ta justice au cœur de nos injustices, ton amour au cœur de nos haines.

Écoute nos quêtes et nos gémissements pour tous les Juifs et Palestiniens, comme pour tous les peuples de la Planète.
Qu’au-delà des brutalités extrêmes qui embrasent notre monde,
nous puissions nous tourner, enfin et humblement, vers ta fidélité, ta justice et ton amour. Amen

Nombreux sont celles et ceux qui ont rejeté toute forme de révélation, tant celles-ci sont sources de violences et de haine. La Bible des juifs appelle à saisir les enfants de leurs ennemis et à les écraser contre le roc (Psaume 137/9). Le Nouveau Testament des chrétiens affirme que les juifs qui rejettent Jésus sont les ennemis de tous les hommes (1 Thessaloniciens 2/15). Le Coran des musulmans considère que les infidèles parmi les gens des Écritures (juifs et chrétiens) sont les êtres les plus abjects de l’humanité (Coran 98/6). Ces textes terribles, pris hors de leur contexte, n’ont cessé d’alimenter la haine et de justifier la violence qui explosent aujourd’hui encore à la face du monde. D’autres, au-delà des brutalités humaines, continuent à espérer en la fidélité, la justice et l’amour de Dieu, tels que proclamés par les prophètes et manifestés dans la vie de Jésus de Nazareth. Cette prière est inspirée par cette espérance.

Pour approfondir, voir le blog de Shafique : https://skblog.ch/

Nous portons aussi à votre connaissance cette prière des femmes pour la paix :

Un grand petit miracle s’est produit, presque totalement ignoré par les médias : des milliers de femmes hébraïques, musulmanes et chrétiennes ont marché ensemble en Israël pour la paix.
Dans la nouvelle vidéo officielle du mouvement Women Wage Peace, la chanteuse israélienne Yael Deckelbaum chante la chanson « Prayer of the Mothers » aux côtés de femmes et de mères de toutes religions, montrant ce que la musique peut changer. Un miracle entièrement féminin qui vaut mille mots.

Au-devant des fugitifs

Le troisième dimanche de juin est, sur le plan international, le dimanche des réfugiés. Antoine Schluchter, pasteur à La Vallée-de-Joux, nous offre ici une prédication pour élargir l’espace de notre regard et de nos cœurs.

Chaque année, le dimanche des réfugiés est vraiment une bénédiction. C’est l’occasion d’élargir les piquets de nos tentes pour avoir un regard plus circulaire, d’élargir l’espace intérieur nos cœurs pour y faire place à celles et ceux qui ont dû fuir. En 2022, cela a concerné 281 millions de personnes, ce qui correspond au nombre d’habitants cumulés de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Italie. Il y a eu 23 millions de réfugiés de plus qu’en 2017, ce qui fait une augmentation annuelle de 4,6 millions sur les cinq dernières années. C’est-à-dire à chaque fois un peu plus de la moitié de notre population. Voilà une réalité abrupte qui nous décentre de notre horizon habituel. Une réalité dont témoigne la bible tant elle a affecté le peuple élu au cours des siècles. Ainsi, le Deutéronome dit de Jacob : « Notre père, cet araméen errant » (26.5). Car au fin fond, la bible dit le projet de Dieu dans le monde tumultueux des hommes. Elle nous invite à être matelots au cœur des tempêtes, à les affronter et non à les esquiver sur le frêle esquif de nos petites personnes. C’est ce que nous allons aborder à partir de notre série de lectures bibliques avec quatre adjectifs pour guides.

Proactifs 

La personne proactive va au-devant des situations, elle n’attend pas passivement. Le thème de cette année est :« Rapprocher les fugitifs et les bénévoles ». Ce terme de fugitif a eu l’effet d’un uppercut en plein estomac, il m’a coupé le souffle. J’ai ouvert une concordance au mot « fugitif », il a droit à quelques versets. Dont ce passage très interpelant du livre d’Esaïe :

« Vous qui habitez à Téma, allez à la rencontre de ceux qui meurent de soif, apportez-leur de l’eau ; allez au-devant des fugitifs, apportez-leur de quoi manger. Car ils ont fui devant l’épée, devant l’épée que rien ne retient, devant l’arc tendu contre eux, devant la pression du combat. »

Sur une dizaine de chapitres, Esaïe adresse des messages aux contrées avoisinantes qui se terminent par une annonce de la destruction de la terre, façon grand effondrement. Dans notre passage, il s’agit d’un message à l’Arabie, c’est-à-dire le pays de la steppe que traversent des fugitifs –comment ne pas penser au drame des migrants subsahariens ? Le message est on ne peut plus clair, je résume : « aidez-les en chemin ». Des bénévoles avant la lettre, dans le sens le plus profond du terme : des gens qui veulent le bien d’autrui (de benevolens, voulant le bien). Et ils sont proactifs : « allez à leur rencontre, allez au-devant des fugitifs ». Plutôt que d’attendre que ça se passe ou de dire qu’on ne peut rien y faire. Proactifs en aidant des migrants qui traversent les Alpes dans le froid ou des gens de chez nous, fugitifs de bien d’autres malheurs. Avant-hier encore, une petite dame fuyant le deuil et une vie compliquée m’a téléphoné comme régulièrement et on prend un moment, on va au cimetière, on boit un café. Et là, elle m’a demandé une bible : une autre soif apparaît, une faim d’autre chose.  Être proactifs plutôt que passifs envers les assoiffés qui traversent nos contrées.

Préparés 

Car il se pourrait bien qu’un jour, nous soyons des fugitifs à notre tour, passant de spectateurs à premiers concernés, et je ne pense pas que nous y sommes préparés. Victimes, par exemple, de persécution religieuse : « Fuyez dans une autre ville. » Ou de cette mystérieuse « abomination de la désolation » dans les derniers temps. Alors, il n’est tout simplement plus question de rester, tout notre univers bien échafaudé s’écroule d’un coup. Il n’est même plus question d’aller récupérer notre essentiel, juste de fuir et de prier pour que les conditions de la fuite ne soient pas trop dures. Femme enceinte, hiver rude, temps du repos : tout cela, les migrants l’expérimentent. Je repense à un jeune érythréen qui a juste eu le temps de sauter par la fenêtre. Deux ans de voyage atroce, et qu’est-ce qu’il a prié, qu’est-ce qu’il a gardé confiance ! Être proactifs pour aller vers les réfugiés, mais aussi pour être préparés à le devenir.

Rassurants 

Nous nous sommes arrêtés sur la conditions des fugitifs et l’appel à les aider lancé par Esaïe

Nous avons entendu, dans la bouche de Jésus, que nous pourrions le devenir à notre tour. Les passages lus dans les Nombres et le Deutéronome évoquent, eux, l’étape de l’arrivée. Pour ce dimanche des Réfugiés, c’est d’ailleurs le premier mot qui m’était venu : refuge. Avec ces exemples impressionnants de villes-refuge pour les meurtriers involontaires. J’y vois un écho aux conditions de sécurité tellement indispensables aux fugitifs. C’est touchant, cette mise en place de villes dédiées à leur accueil dans l’infrastructure. Il y en avait six parmi les quarante-huit réservées aux Lévites ; cela faisait donc partie du service de Dieu. Trouver, après avoir fui et tout enduré, un lieu sécure, de la chaleur, un espace de paix. Ce qui frappe le plus les Ukrainiens arrivant ici, c’est le calme, l’absence de sirènes. Comme des oasis dans le désert de l’existence. Et ces espaces qui permettent de rassurer sont nécessaires à beaucoup de catégories. D’ailleurs, que de fois nous lisons dans les Écritures : « Soyez sans crainte ». Être rassurants en offrant des communautés-refuge, de la sécurité aux déplacés. 

Bénissants

Nous avons cheminé avec les fugitifs assoiffés, traversant le désert en étant invités à être proactifs. Nous avons entendu que ce pourrait être un jour notre condition en étant invités à y être préparés. Nous avons été invités à leur ouvrir des espaces sécurisés pour les rassurer. Mais peut-on sans autre sauter de fugitif à refuge, réfugié ? Est-ce correct de faire ce type de lien ? – On comprend bien l’importance de trouver refuge pour un fugitif. Mais cela va encore plus loin : ces deux mots ont la même étymologie. Fugitif et refuge proviennent de la même racine. Le fugitif est celui qui fuit un danger, une menace ; le réfugié est celui qui, littéralement, fuit en rebroussant chemin, il quitte l’état de fuite. Il est un fugitif qui marche à reculons jusqu’à un abri sécure. Le refuge stable représente l’état inverse de la fuite éperdue.

Nous avons des refuges dans nos forêts et beaucoup ont servi pendant la Deuxième Guerre.

Il y a eu le temps du Refuge dans notre pays pour les protestants persécutés au 17èmesiècle. C’est bienfaisant comme les oasis au milieu du désert de l’existence. Mais ce n’est pas fait pour durer, s’établir ; ce n’est pas une vie. La vie, la vraie, c’est une existence sans menace permanente. C’est… des espaces ouverts, de la paix, de la lumière, de la plénitude. Quel plus beau signe de sécurité qu’une porte ouverte de maison, de ville même ? On le sait dans notre pays où, de nos jours encore, bien des maisons ne sont pas fermées à clé. En cinglant contraste avec les villes ou les résidences sécurisées en tant d’endroits du monde. Eh bien, en toute fin de bible, il est dit de la Cité de Dieu (quelle vision !):

« Les portes de la ville resteront ouvertes pendant toute la journée ; et même, elles ne seront jamais fermées, car là il n’y aura plus de nuit. »

Plus de nuit menaçante au cœur des déserts et des errances sans fin des fugitifs ni des témoins de l’évangile obligés de fuir et dont les rangs, eux aussi, ne cessent de grossir. Des espaces ouverts : plus de murs infranchissables, plus de barques repoussées. Même plus de villes-refuge, plus besoin d’oasis, il n’y aura plus ni nuit ni désert. Le fleuve de la vie sera dans la ville, la source d’eau vive jaillira pour l’éternité. Et on ne trouvera plus aucune trace des impies et des malfaisants.

Alors frères et sœurs, jusqu’à ce que se réalise cette promesse dans toute son envergure, soyons proactifs auprès des réfugiés de toute sorte, traversant les déserts de l’existence ; cela sous-entend d’aller auprès d’eux. Soyons préparés à tout perdre pour le témoignage comme tant d’autres autour de nous ; cela sous-entend de lâcher nos sécurités. Soyons rassurants pour celles et ceux qui ont besoin d’un refuge ; cela sous-entend de leur ouvrir nos bras, nos cœurs, nos espaces. Et soyons bénissants jusqu’à ce que toutes et tous, chacune et chacun, nous vivions dans la plénitude de la présence divine là où il n’y a plus ni nuit ni cri ni de porte fermée.

LECTURES BIBLIQUES

Dans l’ordre des quatre points de la prédication.

Proactifs : Esaïe 21.13-15 

Préparés : Matthieu 10.22-23 + 24.16-22

Rassurants : Nombres 35.6-8 + Deutéronome 4.41-43

Bénissants : Apocalypse 21.25-27

Dimanche 11 juin 2023 

Vous êtes la lumière du monde

Le Rassemblement pour un renouveau réformé est un mouvement suisse romand. Mais il faut reconnaître que la proportion de Vaudois est écrasante ! Nous sommes donc très reconnaissants de pouvoir faire entendre une voix neuchâteloise par cette prédication d’Ursula Tissot, prononcée dans la Collégiale de Neuchâtel.

Le lectionnaire nous propose pour aujourd’hui trois passages de l’Ecriture :

Es.58, 7-10  Partagez  et recherchez la justice  

Mt 5, 13-16  Soyez le sel, soyez la lumière  

1 Cor. 2, 1-5 Paul dit à la communauté de Corinthe qu’il ne veut rien savoir d’autre parmi eux que Jésus Christ et Jésus Christ crucifié.

Quel dénominateur commun entre ces 3 passages ?

Pour le partage et la justice qui plaît à Dieu, et pour l’injonction d’être le sel et la lumière, ce sont des conseils normaux pour que la vie sur terre soit possible et on voit beaucoup de belles personnes, généreuses, qui cherchent la justice et qui en paient le prix partout dans le monde, car l’amour est un ingrédient naturel de l’humanité. Chaque être humain est capable d’amour, s’il n’a pas été abimé ou blessé ou dressé à la dure. Chaque être humain a aussi un besoin vital d’amour. 

Pas besoin d’être religieux pour cela. 

Quant au 3ème texte, 1 Cor.2 1-5 c’est Paul lui-même qui dit qu’il s’est présenté à la communauté de Corinthe non pas avec des discours prestigieux et empreints de sagesse humaine. Il pensait sans doute à la philosophie ambiante, et il en aurait eu les capacités, mais il s’est présenté à eux faible, craintif et tout tremblant.

Pourquoi ? 

Parce qu’il voulait que la puissance de l’Esprit passe à travers lui, et que cette puissance soit une démonstration de la puissance de Dieu.

Et quel est l’objet de cette puissance ? LE CHRIST CRUCIFIE !

Pourquoi Paul dit qu’il est tout tremblant, plein de peur, en se présentant aux Corinthiens et en leur parlant de sa foi ? 

Parce que son message de la bonne nouvelle, c’est de la pure folie.

  • un Dieu qui s’est fait homme, Jésus 
  • qu’on attendait comme Messie, Christ 
  • et qu’on a crucifié ?

Humainement c’est de la pure folie, surtout quand on sait que la crucifixion, c’était un supplice horrible, dégradant, qui permettait de mettre au rebut les indésirables.

Y a-t-il des gens parmi vous qui disent avec fierté : je suis chrétien et le centre de ma foi, c’est Jésus crucifié ? 

Peut-être qu’ils le disent en tremblant, parce qu’aujourd’hui encore c’est de la folie. C’est risible. Ça fait 2000 ans qu’on prêche une folie. Il y a eu des milliers de crucifiés. Mais je ne connais pas un seul grand personnage qui aurait été crucifié et dont on parle encore aujourd’hui.

Aujourd’hui on peut encore parler de la lumière, de l’amour, de la paix, même du sel, mais d’une mort qui sauve ???

Et pourtant ça reste le cœur de la foi chrétienne, parce que c’est là que la relation avec Dieu a basculé.

Ce qui est encore plus compliqué à comprendre pour nous que pour les Corinthiens, c’est que la mort du Christ, du messie, s’est faite dans un contexte sacrificiel, et pour notre culture, on ne sait plus ce que c’est qu’un sacrifice RITUEL. 

  • Offrir un agneau pour solliciter un pardon, c’est d’un autre âge !
  • Sceller une alliance par le sang d’un sacrifice, ça se fait encore couramment parmi les peuples traditionnels, et même chez nos ados quand ils veulent marquer une amitié sensée durer pour toute la vie, mais quand on est adulte et responsable, c’est une idée qui ne nous effleure même pas.
  • Que la vie soit dans le sang, oui, mais la société de consommation nous dit tout autre chose et sur tous les tons ; la vie est dans le plaisir, dans l’argent, dans la réussite, dans la nouveauté… 

Achetez la voiture Alaxis, ça va vous changer la vie ! 

Mais la mort du Christ, est-ce que ça change ma vie ?

Ce n’est pas pour rien que le christianisme est en perte de vitesse. Ce n’est pas la seule raison. Mais pour le rationalisme, c’est un obstacle infranchissable qui éloigne beaucoup de gens de la foi chrétienne.

Quand donc Paul dit (et il le dit aussi à nous) : je ne veux savoir parmi vous qu’une chose, c’est Jésus le Messie et Jésus le Messie crucifié, on entend : oui, mais comment en vivre ?

Je le disais : La crucifixion a été le moment où tout a basculé : à l’époque, la relation du peuple de Dieu avec son Dieu s’était dégradée et là elle a été comme remise sur les rails.

Les sacrifices pour le pardon, à faire et refaire chaque année, devenaient obsolètes, car ils ont été remplacés par celui de Jésus, Fils de Dieu, capable d’effacer une fois pour toute le péché fondamental qui est de chercher à plaire à Dieu par l’observance stricte de la loi, gagner son salut et être juste devant Dieu, ce qui est un but inatteignable. 

Dorénavant plus besoin de se sacrifier ou d’offrir des sacrifices, c’est fait une fois pour toutes et l’accès à Dieu est gratuit, c’est la grâce. 

Du même coup, l’alliance de Dieu avec son peuple a été renouvelée dans le sang. Cette alliance que nous célébrons tous les dimanches dans la cène nous garantit la fidélité absolue de Dieu à notre égard.

Du même coup, la mort n’a plus le pouvoir de nous anéantir, puisque le Christ est ressuscité. Il est vivant, et ce qu’il a inauguré sur terre, c’est à nous de le poursuivre. 

 Il est remonté au ciel, en nous ouvrant l’accès au ciel, à Dieu, mais en même temps il vit en nous : je serai avec vous tous les jours, nous a-t-il dit. Il a fait de nous son temple, sa demeure. Et Paul l’affirme parce qu’il en fait l’expérience : ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. 

Mes frères et sœurs : c’est vrai aussi pour nous !

Une strophe d’un de nos cantiques de Pâques le dit très bien : depuis qu’il a vaincu la mort, tout est changé dans notre sort : et le plus faible devient fort (Psaumes et Cantiques 319).

L’irruption du royaume de Dieu, c’est ce basculement-là :  la sagesse du monde est folie pour Dieu, et ça devrait l’être pour nous aussi, 

  • le premier sera le dernier, 
  • soyez comme des enfants pour accueillir le royaume, 

et comme l’a encore expérimenté Paul : 

  • lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort.

Et on connaît le rayonnement de Paul. Cet homme qui a mis toute son énergie pour tuer dans l’œuf l’émergence de l’Eglise et qui a persécuté les premiers chrétiens a fini par évangéliser une grande partie du bassin méditerranéen. 

Paul parle de ce rayonnement en faisant allusion à cette parole : vous êtes la lumière du monde.  

Il l’explicite en disant : que la lumière brille dans l’obscurité (c’est à dire dans le monde) et c’est Dieu lui-même qui a brillé dans nos cœurs. Il a voulu nous éclairer en nous faisant connaître sa gloire, qui brille sur le visage du Christ. Mais ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile (c’est à dire que c’est fragile) Et ainsi on voit bien que cette puissance extraordinaire vient de Dieu et non de  nous. (2Cor, 4, 6-7)

Être des lumières dans le monde, ce n’est pas juste de la déco. C’est une autre qualité de lumière Nous le serons si nous-mêmes nous sommes éclairés par le Christ qui vit en nous. Et de ce fait, nous rayonnons d’une lumière qui n’est pas du monde, que Paul qualifie de puissance extraordinaire

Et ce n’est pas hors de notre portée, puisqu’on n’y est pour rien. C’est la grâce pure.

Sauf que nous avons à accepter et mettre en œuvre le bouleversement des valeurs qui s’est opéré à la croix.   

Voilà pourquoi Paul ne voulait savoir qu’une chose chez les Corinthiens, et cette chose était l’événement de la croix.

C’est facile, mais si ce n’est pas l’œuvre du Saint-Esprit en nous, ça restera, comme pour beaucoup de chrétiens, de l’ordre du savoir et non de l’expérience. 

C’est ce que je souhaite pour chacun et chacune d’entre vous : que le Christ vous habiteet qu’il puisse ainsi rayonner à travers vous sa lumière, son feu.

En étant porteurs de cette lumière, vous ferez voir cette puissance extraordinaire qui vient de Dieu. Ça ne veut pas dire que vous allez faire des éclairs, ou des éclats. Mais votre rayonnement va toucher profondément les gens. Pas forcément en mettant des mots dessus, mais en étant une valeur sûre, même si autour de vous le courant est coupé. 

  • Il y avait des gens comme ça dans les camps de concentration, 
  • il y a des gens comme ça dans les hôpitaux,
  • Il y a des gens comme ça dans des débâcles familiales…

Ces gens-là sont un trésor pour ceux qui les entourent et ils manifestent la gloire de Dieu. C’est bien pour cela que nous sommes sur la terre. Et j’espère que nous en faisons partie.

Perdre le Christ dans le christianisme 

Cet article de Greg Morse a été publié sur le site Desiring God. Nous l’avons trouvé tellement pertinent que nous avons sollicité (et obtenu !) la permission de le traduire et de le publier sur notre site.

La question semble étrange à première vue, mais j’en suis venu à me la poser à moi-même : Suis-je en danger de perdre le Christ dans ma façon de vivre le christianisme ? 

Parmi ceux d’entre nous qui connaissent vraiment Jésus, l’aiment et croient en lui pour la vie éternelle, sommes-nous de ceux qui ont perdu leur premier amour ? La plus grande lumière brille-t-elle maintenant comme la plus petite dans nos cœurs ? Jésus est-il passé sans qu’on s’en rende compte de sa place de grand Objet de notre désir à celle d’un adjectif modifiant d’autres activités ? Les livres sur la vie chrétienne se vendent bien mais les livres sur le Christ lui-même restent généralement en stock. 

Pouvons-nous encore dire en toute vérité : « Mon âme attend le Seigneur plus que les sentinelles n’attendent le matin, oui, plus que les sentinelles n’attendent le matin » (Psaume 130.6) ? La seule chose que nous demandons à notre Seigneur est-elle de contempler sa beauté et de converser avec lui (Psaume 27.4) ? S’il revenait aujourd’hui, cela nous semblerait-il une interruption, ou nous trouverait-il en train de nous demander les uns aux autres : « Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? » (Cantique 3.3) ? Ressentons-nous la douleur de son absence ? Nous manque-t-il ?

Ces derniers temps, j’ai moins regardé par-dessus les murs de ce monde, dans l’attente de sa venue. Au lieu de cela, je me suis occupé de choses bonnes et même de choses pieuses – celles qui sont de lui, à lui et par lui, mais qui ne sont pas lui. À ma grande surprise, je me suis rendu compte que je commençais à perdre le Christ de vue dans mon christianisme. Et le perdre de vue ici semble plus subtil, plus facile, qu’ailleurs. 

Je vais tenter de décrire comment nous pouvons le perdre de vue dans quelques endroits qui nous sont les plus précieux : l’Evangile, les Ecritures, la recherche de la sainteté et l’Eglise.

L’avons-nous perdu dans l’Évangile ? 

J’ai égaré Jésus dans l’Évangile lorsque l’Evangile devient sans visage, lorsqu’il fait partie d’une équation où l’Évangile plus la foi égalent le paradis. Michael Reeves aborde ce point lorsqu’il écrit que Charles Spurgeon « préférait parler de prêcher « le Christ » plutôt que de prêcher « l’Évangile », « la vérité » ou quoi que ce soit d’autre, à cause de la facilité avec laquelle nous réduisons « l’Évangile » ou « la vérité » à un système impersonnel. Le Christ lui-même est, en personne, le chemin, la vérité et la vie ; la gloire de Dieu ; la vie et les délices des saints ; l’époux que l’épouse est invitée à apprécier. » (Spurgeon on the Christian Life, p.71.) 

Si je ne prends pas garde, l’Évangile et la vérité peuvent être réduits à une connaissance exsangue, sans pulsations. Contrairement à ce message impersonnel, Paul décrit l’Évangile de Dieu comme ce que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes, dans les saintes Écritures, au sujet de son Fils, descendant de David selon la chair, et déclaré Fils de Dieu avec puissance, selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection d’entre les morts : Jésus-Christ notre Seigneur. (Romains 1.1-4) 

L’avons-nous perdu dans les Écritures ? 

« Vous sondez les Écritures parce que vous pensez avoir par elles la vie éternelle », a dit Jésus aux Pharisiens, « ce sont elles qui rendent témoignage à mon sujet, mais vous refusez de venir à moi pour avoir la vie » (Jean 5.39-40). Avons-nous pris de mauvaises habitudes de lecture de la Bible, à l’instar de ces pharisiens aveugles ? 

Demandez-vous : « Qu’ai-je vu dans la Bible ces derniers temps ? Vous répondrez peut-être que vous avez appris à vous contenter de ce que vous avez, à souffrir ou à mieux aimer votre femme. Vous avez peut-être exploré l’audace des disciples dans le livre des Actes ou admiré le cœur d’un pasteur dans les Épîtres pastorales. Vous avez peut-être fait preuve d’humilité en parcourant le livre des Philippiens, appris à prier dans les Psaumes ou contemplé votre « assurance du salut » dans 1 Jean. Autant de bonnes leçons. 

Ensuite, demandez-vous : « Qu’ai-je vu du Christ récemment ? Qu’est-ce qui, en lui, a embelli votre cœur et satisfait votre âme ? Laquelle de ses paroles a captivé votre attention ? Laquelle de ses qualités a harponné votre affection ? Qu’est-ce qui, de sa croix, vous a humilié, qu’est-ce qui, de sa résurrection, vous a soutenu, qu’est-ce qui, de son retour, fixe vos yeux sur les cieux, dans l’attente ? 

Je pense que pour la plupart d’entre nous, il sera beaucoup plus facile de répondre à la première question qu’à la seconde. Nous avons beaucoup réfléchi, mais qu’en est-il du Christ lui-même ? Nous parlons beaucoup de la foi, mais que savons-nous de la personne en qui nous croyons ? Les pharisiens se sont penchés sur de nombreux sujets sacrés, mais ils n’ont pas vu le Messie qui se trouvait juste en face d’eux.

Paul n’a pas consacré sa vie à une formule statique, mais Dieu l’a mis à part pour l’Évangile, l’Évangile « concernant son Fils ». Cet Évangile, la puissance de Dieu pour le salut, est la bonne nouvelle d’une personne – Jésus-Christ, le Fils de David annoncé depuis longtemps, crucifié pour le péché, ressuscité avec puissance, monté à la droite du Père, et bientôt de retour.

L’avons-nous perdu en poursuivant la sainteté ? 

Lorsque nous perdons de vue Jésus dans notre sanctification, la ressemblance avec le Christ en vient à signifier une vertu parfaite, et le péché une infraction à une loi impersonnelle. 

Au lieu de voir notre propre amour comme une imitation de l’amour du Christ (Jean 15.12), nous cherchons à posséder un amour générique dans toute son étendue, une patience générale débordante, une joie de base, une douceur et une maîtrise de soi au superlatif. La sainteté devient rapidement une mathématique éthique, où nous prenons un attribut positif et calculons combien il nous en manque encore.

Et lorsque nous pensons au péché, nous en venons à considérer qu’il s’agit simplement d’enfreindre une loi sans âme. Il y a péché lorsque le panneau indiquait que la vitesse était limitée à 80 km à l’heure et que le radar a relevé que nous roulions à 100 km à l’heure. Nous avons enfreint la loi. L’œil froid de la justice nous attrape – une contravention nous est envoyée par la poste.

Au contraire, notre sainteté regarde Jésus, ressemble à Jésus. En contemplant sa gloire, nous sommes transformés en la même image (2 Corinthiens 3.18). Le Père nous a prédestinés à être conformes à la ressemblance de son Fils (Romains 8.29). Nous n’atteignons pas des vertus brillantes pour elles-mêmes ; nous « revêtons le Seigneur Jésus-Christ » (Romains 13.14). Et nous n’obéissons pas à une loi abstraite, mais à sa loi : nous portons les fardeaux les uns des autres « et nous accomplissons ainsi la loi du Christ » (Galates 6.2). Au lieu de confesser le péché comme quelqu’un qui a enfreint la limitation de vitesse, nous confessons le péché contre notre Dieu trinitaire.

L’avons-nous perdu dans l’Église ? 

Notre société de plus en plus post-chrétienne préfère la règle d’or au souverain d’or. L’humanitarisme flatte notre conscience : l’amour du prochain demeure, même si beaucoup prétendent que Dieu est mort. 

Nous devons être connus par notre amour les uns pour les autres, c’est vrai, mais pas seulement par notre amour les uns pour les autres. Nous ne pouvons pas nous concentrer sur l’amour horizontal pour les autres chrétiens et oublier l’amour vertical pour le Christ ; nous ne devons pas prendre au sérieux le deuxième grand commandement de s’aimer les uns les autres comme nous-mêmes tout en ignorant le premier d’aimer Dieu de tout notre être. 

Cette tentation est la même que celle des voyages missionnaires à court terme : creuser le puits, mais oublier l’eau vive. Nous pouvons cuisiner pour le petit groupe, diriger la réunion de prière, rendre visite aux membres isolés, installer les chaises pour la rencontre, répéter pour le culte, organiser un  repas communautaire, envoyer une carte, assister à un enterrement – et perdre de vue Jésus. La communauté chrétienne, pour qu’elle le reste, doit être une communauté fondée sur l’œuvre du Christ, remplie de l’Esprit du Christ et existant pour la gloire du Christ. 

Notre vie communautaire est une vie dans son corps. Jésus « est la tête du corps, de l’Église. Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin de tenir en tout, lui, le premier rang » (Colossiens 1.18). Nous ne sommes pas la meilleure version des clubs sociaux du monde, la meilleure société humaniste avec des platitudes saupoudrées à propos de Jésus. Nous restons sa propriété, ses brebis, son épouse. Lorsque le Roi s’en va, nos chandeliers s’en vont aussi (Apocalypse 2.5).

Chercher l’introuvable 

« L’étude de Jésus-Christ est le sujet le plus noble auquel une âme se soit jamais consacrée », écrit John Flavel. « Ceux qui, comme des enfants, se creusent et se torturent le cerveau à d’autres études, se fatiguent à un jeu de bas étage ; l’aigle joue avec le soleil lui-même. Les anges étudient cette doctrine et s’abaissent pour regarder dans ce profond abîme ». Les anges ne se lassent pas de contempler le Roi dans sa beauté. Et nous ? 

Toi qui es chrétien, bien que tu ne l’aies pas vu, tu l’aimes. « Lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore, vous tressaillez d’une joie ineffable et glorieuse, en remportant, comme prix de la foi, le salut de vos âmes » (1 Pierre 1.8-9). Le connaître, c’est le paradis sur terre et le ciel des cieux. Le bonheur éternel des saints est de voir Dieu sur le visage du Christ et de devenir semblables à ce que nous voyons. Le ciel gravite autour de lui. Allons-nous nous contenter d’un christianisme mal nourri du Christ ? 

Passons notre vie à contempler ses multiples gloires. Puisons dans les richesses du Christ jusqu’à ce que nous vérifiions, nous aussi, qu’elles sont « insondables » (Éphésiens 3.8). Faisons de son amour – qui surpasse toute connaissance – notre sujet de prédilection. Demandons à nos ministres, comme les Grecs à Philippe : « Monsieur, nous désirons voir Jésus » (Jean 12.21). 

Nous avons tous besoin de le voir davantage.

Encore une citation de Flavel : « Il en va de l’étude du Christ comme de l’installation dans un nouveau pays qu’on vient de découvrir ; au début, les gens s’assoient au bord de la mer, sur les bords et les frontières de la terre, et ils y restent. Mais, par la suite, ils cherchent de plus en plus loin dans le cœur du pays. Ah, les meilleurs d’entre nous ne sont encore qu’aux frontières de ce vaste continent ! »

Alors, continuez à voyager, vous qui êtes chrétiens, pour mieux le connaître. Ne vous contentez pas de son éthique, de son conseil matrimonial, de sa vision du monde, sans lui. Vous explorerez ce vaste continent pour les âges à venir, pour l’éternité. Vous aurez ainsi  toujours plus de choses à ajouter (celles qui témoignent de la fidélité biblique) et de choses à rejeter (celles qui élèvent nos façons de faire au-dessus de l’Écriture).

La santé à la dimension du coeur de Dieu

Nous saluons la parution du livre de Raymond Bossy, médecin spécialisé en médecine physique et réadaptation (MPR) à Lausanne : La santé à la dimension du coeur de Dieu, paru en 2022 aux éditions Ourania. Voici, en quelques lignes, la perspective de ce livre :

Vouloir rechercher la guérison selon le projet de Dieu ne consiste pas à ajouter une dimension spirituelle aux soins prodigués par notre système de santé, mais nécessite de comprendre ce qu’est la santé selon Dieu. En approfondissant cette recherche dans la Bible, l’on découvre une santé ayant pour références non pas l’être humain et la durée de sa vie terrestre, mais l’univers entier et l’éternité; une santé ne se définissant pas par un état (de bien-être) de l’être humain, mais par la dynamique de ses relations. 

Cette santé dépasse largement le domaine « médical » et des maladies, du moment qu’elle touche à tous les domaines de notre existence et de notre société.

C’est ce parcours au travers des notions de santé, maladie et guérison selon le cœur de Dieu que se propose d’aborder ce livre, en dégageant des implications concrètes pour aujourd’hui.

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Offre pour les couples

Depuis le mois de septembre 2022, une offre dédiée aux couples a vu le jour dans le Nord-vaudois. Initiée par le pasteur Olivier Bader, de l’Eglise Evangélique Réformée Vaudoise, celle-ci a pour ambition d’offrir des formations, des activités ponctuelles et du soutien personnel, pour aider les personnes – les jeunes en particulier – à construire leur couple et à l’inscrire dans la durée.

Cette activité pourrait se résumer ainsi : Ressources pour les couples forme, soutien et accompagne des couples et des personnes du Nord vaudois dans une éthique chrétienne. Motivé par la conviction que l’amour s’apprend et se consolide au fil du temps, ce service équipe les couples dans leur projet de vie commune.

LES FORMATIONS :
Former un couple est une expérience excitante, car pleine d’émotions et de promesses. Elle est aussi inquiétante, car elle comporte des risques, des doutes et des déceptions. Se posent alors des questions par rapport à soi et à l’autre, espéré ou aimé.
Ressources pour les couples dans le Nord-vaudois propose 3 modules de formation différents, à vivre seul ou en couple.

DES ACTIVITES PONCTUELLES :
Ressources pour les couples organise ponctuellement des événements : soirées thématiques avec témoignages, petit-déjeuner avec garderie, soirée Saint-Valentin, week-end pour couples, … Les thèmes traités sont en rapport avec le célibat, le couple, le mariage ou plus spécifiques, en rapport avec le dialogue, les conflits, la sexualité, la parentalité, la complémentarité au sein du couple.

UN ACCOMPAGNEMENT PERSONNEL :
Ressources pour les couples offre des entretiens individuels ou en couple sur rendez-vous. Ces entretiens sont un espace de dialogue personnel et confidentiel pour :

  • Exposer un souci, une question, une situation compliquée dans la relation à soi, à l’autre, à Dieu
  • Aborder un événement du passé qui reste douloureux
  • Traiter un problème de couple précis ou une situation de crise
  • Faire un « check up » de la relation de coupleLes personnes intéressées seront reçues dans le respect de leurs convictions et de demandes. Si elles le souhaitent, un « accompagnement spirituel » est proposé, une démarche qui intègre leur foi. Selon les besoins et demandes spécifiques, une orientation vers des services spécialisés sera proposée.

Pertinence du projet pour la société :

  • Beaucoup de conseillers conjugaux et thérapeutes pour couples constatent que les couples consultent trop tardivement, quand la crise est déjà profonde. Leur rôle se réduit alors souvent à accompagner les personnes vers le divorce. Même dans les situations les plus favorables, le divorce représente un séisme important tant pour les conjoints, que pour les enfants, avec un coût social préoccupant.
  • Olivier Bader veut offrir des lieux de formation et de sensibilisation avec cette conviction élémentaire : on peut apprendre à former un couple et il existe des outils pour réussir ce qui restera toujours une aventure périlleuse !
  • Il s’adresse en particulier aux jeunes qui veulent poser des fondements solides à leur relation, entre autres en valorisant l’étape de l’« engagement » ; notion à contre-courant d’une compréhension contemporaine de la liberté et de l’épanouissement individuel.
  • On reproche parfois aux communautés religieuses de vivre « hors sol ». Cette offre est connectée à de vrais besoins humains, relationnels et sociaux qui impactent bon nombre de personnes, de familles et au-delà.

 

EERV – Ressources pour les couples

Site : https://www.eerv.ch/region/nord-vaudois/activites/activites-formation/ressources-pour-couples

Contact : Olivier Bader 079 785 90 42.  olivier.bader@eerv.ch

Droit à la mort ?

Une réflexion d’Olivier Bader

Introduction

Je suis régulièrement interpelé par la question du « droit à la mort », lors de mes accompagnements de personnes en fin de vie. 

Les deux extrémités de la vie, la naissance et la mort cristallisent beaucoup de questions d’ordre philosophique, religieux, éthique et scientifique… Peut-être parce que ce sont les deux étapes de la vie que l’être humain maîtrise le moins. Entre deux, l’homme a une certaine influence sur la qualité de sa vie. Mais il ne peut contrôler ni la naissance, ni la mort. Et cela est difficile à accepter.

Aujourd’hui, on ne se contente plus de dire qu’un tel est mort accidentellement ou de mort naturelle. Dans tous les cas, on cherchera à connaître la cause, et souvent, on cherchera à désigner un responsable, voire un coupable. Cela dit beaucoup du regard que l’homme moderne porte sur la mort, qu’il considère comme quelque chose « d’anormal », une fatalité…

J’aimerais ici faire résonner quelques textes bibliques en réponse à cette revendication au contrôle de sa mort.

Psaumes 16 (TOB)

1 Dieu, garde-moi, car j’ai fait de toi mon refuge.

2 Je dis au SEIGNEUR : « C’est toi le Seigneur !
Je n’ai pas de plus grand bonheur que toi ! »

3 Les divinités de cette terre, ces puissances qui me plaisaient tant,

4 augmentent leurs ravages ; on se rue à leur suite.
Mais je ne leur offrirai plus de libations de sang, et mes lèvres ne prononceront plus leurs noms.

5 SEIGNEUR, mon héritage et ma part à la coupe, tu tiens mon destin.

6 Le sort qui m’échoit est délicieux, la part que j’ai reçue est la plus belle.

7 Je bénis le SEIGNEUR qui me conseille, même la nuit, ma conscience m’avertit.

8 Je garde sans cesse le SEIGNEUR devant moi ; comme il est à ma droite, je suis inébranlable.

9 Aussi mon cœur se réjouit, mon âme exulte et ma chair demeure en sûreté,

10 car tu ne m’abandonnes pas aux enfers, tu ne laisses pas ton fidèle voir la fosse.

11 Tu me fais connaître la route de la vie ; la joie abonde près de ta face,
à ta droite, les délices éternelles.

Philippiens 1,23-26

23 Je suis tiraillé entre deux désirs : j’aimerais quitter cette vie pour être avec le Christ, ce qui serait bien préférable ; 

24 mais il est bien plus nécessaire, à cause de vous, que je continue à vivre. 

25 Comme je suis certain de cela, je sais que je resterai, que je demeurerai avec vous tous pour vous aider à progresser et à être joyeux dans la foi. 

26 Ainsi, par ma présence, vous aurez grâce à moi encore plus de raisons d’être fiers dans votre union avec Jésus Christ.

Luc 22, 39-42

39 Jésus sortit et se rendit, selon son habitude, au mont des Oliviers. Ses disciples le suivirent. 

40 Quand il fut arrivé à cet endroit, il leur dit : « Priez afin de ne pas entrer en tentation. » 

41 Puis il s’éloigna d’eux à la distance d’un jet de pierre environ, se mit à genoux et pria 

42 en disant : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe de douleur. Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »

Le droit à la mort ? 

Nous entendons volontiers que mourir dignement est une liberté et un droit. Cela apparaît clairement dans la présentation de l’Association Exit :

« … l’association Exit Suisse romande défend donc :

  • Le droit pour chacun de choisir sa manière de vivre les dernières étapes de sa vie.
  • Le droit du malade d’être maître des dernières étapes de sa maladie.
  • Le droit à une mort digne et humaine. »

Le vocabulaire est clairement revendicatif. Il s’appuie sur un droit qui s’impose comme une évidence…

Mais osons nous poser cette question : Quel droit ai-je sur ma propre mort ou celle d’autrui ? Ai-je le droit de vouloir maîtriser ma mort ? Et cette autre question : Qu’est-ce qu’une « mort digne et humaine » ? Celui qui meurt dans la souffrance ou accidentellement aurait-il une mort moins digne ou moins humaine ? 

C’est une question éthique d’envergure. Je renonce ici à deux tentations :

  • Faire le tour du sujet. Des ouvrages de qualité abordent ce thème de manière complète.
  • Donner les fondements bibliques qui précisent le statut de l’homme et de Dieu face à la vie et à la mort. Autrement dit, les droits de Dieu et les droits de l’homme dans la maîtrise de la vie et de la mort.

Plus simplement, je vais aborder quelques témoignages de personnages bibliques confrontés à la mort. Et vous allez sentir comment, d’un point de vue biblique, l’enjeu n’est pas sur le terrain du droit et de la liberté individuelle, mais de la foi et de l’espérance. Des catégories beaucoup plus puissantes et opérationnelles que nous pouvons l’imaginer au premier abord !

Droit à être vrai devant Dieu

Le thème de la mort est très présent dans les textes bibliques et le thème du suicide n’est pas tabou. Quelques héros bibliques aspirent à la mort. Ecoutez ces citations et demandez-vous : Qu’est-ce que vous entendez dans ces plaintes ? Ont-elles un point commun ?

Nombres 11, Moïse quand le peuple réclame de la viande

14 « Je ne puis plus, à moi seul, porter tout ce peuple ; il est trop lourd pour moi. 

15 Si c’est ainsi que tu me traites, fais-moi plutôt mourir – si du moins j’ai trouvé grâce à tes yeux ! Que je n’aie plus à subir mon triste sort ! » 

1 Rois 19, Elie déprimé

4 Elie s’en alla au désert, à une journée de marche. Y étant parvenu, il s’assit sous un genêt isolé. Il demanda la mort et dit : « Je n’en peux plus ! Maintenant, SEIGNEUR, prends ma vie, car je ne vaux pas mieux que mes pères. » 

Jérémie 20, Jérémie maudit le jour de sa naissance

17 Si seulement Dieu m’avait fait mourir dans le ventre de ma mère !

Elle aurait été ma tombe. Elle m’aurait gardé en elle pour toujours.

18 Pourquoi suis-je sorti du ventre maternel, si c’est pour être spectateur de la peine et de la souffrance et finir ma vie dans l’humiliation ?

Philippiens 1, Paul est en tension avec son envie de mourir et de voir ses souffrances abrégées : 

23 « Je suis tiraillé entre deux désirs : j’aimerais quitter cette vie pour être avec le Christ, ce qui serait bien préférable ; 24 mais il est bien plus nécessaire, à cause de vous, que je continue à vivre. »

On pourrait multiplier les exemples, Jonas, Job, …

Qu’entendons-nous dans ces plaintes ?

  • Un gros ras-le-bol de vivre, un grand découragement, une désillusion de la vie et des hommes, un regret d’être né (Jérémie)
  • De la culpabilité (Elie)
  • Des reproches adressés à Dieu
  • Une aspiration à mourir
  • Un désir d’aller vers Dieu (Paul)

Cependant, nous n’y lisons pas de revendication à mourir dignement sans souffrance… Pas de demande du type : « Mon Dieu, j’ai achevé mon œuvre sur cette terre, maintenant, j’ai le droit de mourir, je ne veux pas souffrir… »

Non, nous avons une autre attitude : celle d’hommes qui souffrent, qui sont profondément déprimés et crient leur désespoir à Dieu en réclamant son intervention.

Fondamentalement, ils utilisent leur doit à être vrais devant Dieu. Ils reconnaissent Dieu comme leur créateur et le maître de la vie. Leur revendication s’inscrit dans un dialogue avec Dieu, aussi cru et direct soit-il !

Toute la différence est là : il y a souffrance, il y a revendication à mourir, mais celles-ci sont adressées à Dieu.

D’un point de vue chrétien, le problème du suicide assisté est qu’il se fonde sur un droit à décider soi-même de sa propre mort par des moyens humains. Il exclut Dieu de fait…

Le Psaumes 16, prière d’abandon

Pour parler de ce dialogue de l’être humain face à la mort, quoi de plus fort que les Psaumes ?! Psaumes 23, 71, 88, 139… Des prières de détresse qui évoquent la solitude et la souffrance qui précèdent la mort.

J’ai choisi le Psaumes 16, car sa structure est parlante :

C’est un psaume qui présente quelques difficultés de traduction. L’auteur est certainement un homme mourant. Cet homme doit d’abord faire face à une tentation, celle des divinités et des idoles :

3 Les divinités de cette terre, ces puissances qui me plaisaient tant,

4 augmentent leurs ravages ; on se rue à leur suite.
Mais je ne leur offrirai plus de libations de sang, et mes lèvres ne prononceront plus leurs noms.

Ici, la tentation est de faire appel à des puissances séduisantes, à la mode et accessibles. Ces idoles sont par définitions des ressources humaines. Elles représentent, dans ce contexte, l’effort de l’homme de se sauver par lui-même.

Le psalmiste dénonce cette tentation et prend position pour Dieu. Littéralement, il se place entre les mains de Dieu son refuge, son bonheur, son espoir, son maître…

Il s’abandonne… S’abandonner à Dieu, c’est arrêter de vouloir maîtriser sa vie et sa mort ! C’est reconnaître Celui qui en est réellement le maître !

1 Dieu, garde-moi, car j’ai fait de toi mon refuge.

2 Je dis au SEIGNEUR : « C’est toi le Seigneur !
Je n’ai pas de plus grand bonheur que toi ! »

5 SEIGNEUR, mon héritage et ma part à la coupe, tu tiens mon destin.

6 Le sort qui m’échoit est délicieux, la part que j’ai reçue est la plus belle.

Quels sont les bénéfices de cet abandon ?
La sagesse :

7 Je bénis le SEIGNEUR qui me conseille, même la nuit, ma conscience (mes reins) m’avertit.

La nuit, le moment où l’angoisse tourmente le malade, le mourant… Dieu donne les pensées qui préviennent, qui fortifient, …

La sécurité :

8 Je garde sans cesse le SEIGNEUR devant moi ; comme il est à ma droite, je suis inébranlable.

9 Aussi mon cœur se réjouit, mon âme (mes entrailles) exulte et ma chair demeure en sûreté,

Dans ces propos, on sent la présence de Dieu et le sentiment de sécurité qu’elle suscite chez cet homme.

L’espérance :

10 car tu ne m’abandonnes pas aux enfers, tu ne laisses pas ton fidèle voir la fosse.

11 Tu me fais connaître la route de la vie ; la joie abonde près de ta face,
à ta droite, les délices éternelles.

Même face à la mort, le psalmiste ne se sent pas abandonné. Il découvre un chemin de vie qui semble se prolonger au-delà de la mort.

Une présence « physique » de Dieu

Cet abandon n’est pas un exercice mystique, une manière de faire abstraction de la souffrance et de se voiler la face. Le vocabulaire utilisé ici est très physique :

  • ma conscience (mes reins) m’avertit.
  • il est à ma droite, je suis inébranlable.
  • mon cœur se réjouit, 
  • mon âme (mes entrailles) exulte 
  • et ma chair demeure en sûreté,

Abandon exprimé par le Christ (à Gesthsémané, Luc 22,42) :

« Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe de douleur. Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »

Abandon exprimé par Paul (2 Corinthiens 5,8-9) :

« Nous sommes pleins de courage, et nous préférerions quitter ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur. Mais nous désirons avant tout lui plaire, que nous demeurions dans ce corps ou que nous le quittions. »

Conclusion :

Il faudrait aussi dire un mot de l’acharnement thérapeutique ou des moyens étonnants pour prolonger l’existence qui sont aussi des tentatives de maîtriser la mort en la repoussant…

Il faudrait encore dire quelque chose de la souffrance des proches des personnes qui demandent le suicide assisté. Même s’il y a dialogue et concertation dans le meilleur des cas, les proches restent souvent avec des sentiments mélangés, pas toujours faciles à digérer.

Je voudrais simplement faire apparaître ici ce basculement de l’enjeu éthique.

Pour le croyant, la question ou le problème n’est pas :

  • Vais-je revendiquer le droit de mettre un terme à ma vie pour ne pas souffrir, ne pas subir et faire subir un état de santé douloureux ?

Mais plutôt :

  • Vais-je revendiquer le droit à être vrai devant Dieu, à solliciter le secours de Dieu pour vivre pleinement ma fin de vie avec Lui?

La mort vécue comme un abandon à Dieu permet de vivre les réalités qui précèdent la mort avec Dieu : la dégradation du corps, les souffrances, le sentiment d’inutilité, le ras-le-bol de vivre, … 

Tout cela peut être vécu dans une vraie présence, avec un vrai vis-à-vis, celui qui est notre maître et créateur et dans un vrai dialogue, celui qui peut apporter réellement le soulagement, la sagesse, la sécurité et l’espérance…

Comme nous l’avons vu avec le Psaumes 16, cette présence de Dieu se manifeste réellement, physiquement et spirituellement. C’est une espérance à vivre au cœur de la vieillesse et de la maladie… Mais, pas seulement ! Tous les jours !
Amen.

Droit à la vie ?

Après avoir abordé la question du droit à la mort, notamment la question de la mort assistée., Olivier Bader nous invite à nous interroger sur une autre revendication contemporaine : le droit à la vie.

J’aimerais introduire ce thème en évoquant deux situations vécues au cours de mon ministère, concernant des parents dans l’attente d’un enfant.

Témoignages de Jérôme et Lucie (prénoms d’emprunt)

J+L sont mariés depuis 1 ans, quand L tombe enceinte. La grossesse se passe normalement jusqu’au moment de l’accouchement. L’accouchement est très long et compliqué. L’enfant meurt pendant les contractions et les médecins doivent intervenir en urgence pour sauver la maman. 

Pour Jérôme, la peur de perdre son épouse le conduit à crier au secours à Dieu, alors qu’il n’est pas croyant. Ce sera pour lui le début d’un chemin de foi qui a abouti au baptême. Elle, croyante convaincue va vivre plusieurs mois de dépression, durant lesquels, elle ne peut pas prier. La foi naissance de son mari l’aidera à émerger.

Témoignage de Marc et Fabienne

M+F ont déjà deux enfants, ils en espèrent 4. Il se réjouissent de la 3ème grossesse jusqu’au moment où ils apprennent la forte probabilité que leur enfant soit trisomique. Une foule de questions se bousculent dans leur tête. Ils nourrissent des hypothèses et des peurs. Leurs convictions chrétiennes par rapport au respect de la vie dès sa conception sont ébranlées. La question de l’avortement est posée par l’entourage. Aussi, ils doivent choisir de faire ou de ne pas faire certains examens. Ils décident de garder l’enfant quoi qu’il arrive.

Vous pourriez certainement ajouter d’autres exemples de couples désireux d’enfants qui doivent renoncer à la parentalité après un long chemin d’espoir et de déception. D’autres couples qui réalisent leur projet au mépris des lois. Enfin, certains qui refusent d’avoir des enfants pour des motifs écologiques ou philosophiques…

Ces exemples posent une question existentielle : 

Donner la vie, est-ce un acquis, un droit, un besoin, un devoir, une obligation, une option… ?

Problématique contemporaine

Autrefois, donner la vie était à la fois un devoir et une contrainte qui allaient de soi. Le mariage imposait la naissance d’enfants tant pour des raisons socioreligieuses, que pour des motifs économiques. Il fallait assurer la descendance et les moyens de vivre. 

D’autre part, la naissance et la vie des enfants étaient accompagnées par beaucoup d’incertitude. Cela a changé.

Si autrefois la maladie et la mort étaient « normales », en particulier chez les enfants, aujourd’hui, elles sont perçues comme anormales. Ainsi, la mort d’un enfant à la naissance ou l’accueil d’un enfant handicapé sont perçus aujourd’hui comme un accident au caractère dramatique… L’impact traumatique chez les couples est donc plus fort.

Si autrefois l’accouchement était un événement à risques (mort de l’enfant ou de la maman, handicap), aujourd’hui, la naissance d’un enfant est un événement très contrôlé ; les risques sont repérés et limités. 

Ainsi, on remarque une revendication à la vie et à la santé plus pressante. 

  • Comment cultiver un regard qui reconnait et intègre pleinement les limites de l’être humain, sa finitude, sa mortalité ? Ceci pour mieux appréhender les risques de la vie et les traumatismes qu’elle peut engendrer.

Je crois que la foi chrétienne peut aider l’homme d’aujourd’hui :

  1. à un regard plus juste et plus humble sur lui-même
  2. et surtout, à faire appel à la Grâce et à en vivre > abandon à Dieu.

Je vous propose quelques textes bibliques pour ancrer notre réflexion :

Job 42 (FC)

Il s’agit des dernières paroles de Job, au terme d’un long dialogue avec Dieu et ses amis. Job reconnait son ignorance quant à la souffrance et la justice de Dieu. Il s’en remet totalement à Dieu.

1 Alors Job répondit au Seigneur :

2 Je sais bien que tout est possible pour toi et que, pour toi, aucun projet n’est irréalisable.

3 Tu as dit : « Qui ose rendre mes projets obscurs en parlant sans rien y connaître ? »

Oui, j’ai parlé de ce que je ne comprends pas, de ce qui me dépasse et que je ne connais pas.

4 « Écoute, disais-tu, c’est à mon tour de parler ; je t’interrogerai et tu me répondras. »

5 Je ne savais de toi que ce qu’on m’avait dit, mais maintenant, je t’ai vu de mes yeux !

6 C’est pourquoi je retire ce que j’ai dit, je suis consolé alors que je suis sur la poussière et sur la cendre.

1 Corinthiens 1 (FC)

Dans ce passage, Paul rend les Corinthiens attentifs à leur condition modeste et au fait que Dieu en fait un sujet de force et de fierté.

 26 Considérez, frères et sœurs, qui vous êtes, vous que Dieu a appelés : il y a parmi vous, du point de vue humain, peu de sages, peu de puissants, peu de personnes de noble origine. 

27 Au contraire, Dieu a choisi ce qui est folie aux yeux du monde pour couvrir de honte les sages ; il a choisi ce qui est faiblesse aux yeux du monde pour couvrir de honte les forts ; 

28 il a choisi ce qui est bas, méprisable ou qui ne vaut rien aux yeux du monde pour détruire ce que celui-ci estime important. 

29 Ainsi, aucun être humain ne peut faire le fier devant Dieu. 

30 Mais Dieu vous a unis à Jésus Christ et il a fait du Christ notre sagesse : c’est le Christ qui nous rend justes devant Dieu, qui nous permet de vivre pour Dieu et qui nous délivre du péché. 

31 Par conséquent, comme le déclare l’Écriture : « Si quelqu’un veut faire le fier, qu’il mette sa fierté dans ce que le Seigneur a fait. »

  1. Un regard juste et humble

L’attitude de Job est exemplaire en ce sens. Ce récit raconte l’histoire d’un homme qui est l’objet d’une sorte de pari entre Satan et Dieu. Il peut être lu à différents niveaux.

Sur le plan théologique, il nous parle de la puissance du mal, de la souffrance, de la justice humaine et divine, du rapport entre actes et malheur et finalement de la grâce de Dieu…

Sur le plan psychologique ou « thérapeutique », ce long dialogue/monologue de Job peut aider celui qui passe par la souffrance à exprimer sa révolte ou son sentiment d’injustice. Durant 40 chapitres, Job se lamente et crie son innocence à Dieu et à ses amis qui cherchent à l’aider. Job et ses amis sont prisonniers d’une théologie de la rétribution, courante dans le Judaïsme de l’époque, comme aujourd’hui encore pour beaucoup.

Cette théologie est très simple, elle établit un lien entre nos actes et la grâce de Dieu. Dieu me bénira si je suis juste et fidèle ; Dieu me punira si je ne pratique pas le bien. Cette pensée est très présente dans l’AT. Entre deux, il y a une théologie un peu plus subtile que j’appelle « pédagogique ». Dieu permet la souffrance et des malheurs pour mon bien, par là il veut me sanctifier, me rendre meilleur…

Personnellement, j’ai résolu de distinguer clairement l’origine du mal et Dieu. Ce sont deux mondes ontologiquement distincts. Je ne peux concevoir que Dieu soit dit amour et qu’il nous envoie le malheur, même pour notre bien.

Je crois à deux vérités toutes aussi mystérieuses et inexplicables l’une que l’autre :

  1. Le mal, la souffrance et la mort appartiennent à notre condition humaine depuis toujours.
  2. Dieu, dans sa qualité de Père, de Fils et d’Esprit, vient à notre secours selon une intervention que je ne peux ni contrôler, ni expliquer.

Mais revenons à Job…

Au terme de ce long dialogue, Job reconnait son humanité et son incapacité à comprendre Dieu :

« Oui, j’ai parlé de ce que je ne comprends pas, de ce qui me dépasse et que je ne connais pas. »

Dans cet aveu, Job fait un premier constat :

Je suis un simple être humain et ne suis pas autoriser à disputer avec Dieu et à lui faire un procès. C’est une attitude d’humilité qui débouche sur la confession du péché.

« 6 C’est pourquoi je retire ce que j’ai dit, je suis consolé alors que je suis sur la poussière et sur la cendre. »

Paul Lui aussi parle de cette humilité. Il invite les Corinthiens à se considérer avec réalisme :

« Considérez, frères et sœurs, qui vous êtes, vous que Dieu a appelés : il y a parmi vous, du point de vue humain, peu de sages, peu de puissants, peu de personnes de noble origine. »

Puis il appelle à l’humilité :

« Ainsi, aucun être humain ne peut faire le fier devant Dieu. »

Mais selon Paul, Dieu fait quelque chose de positif de ce constat :

27 Au contraire, Dieu a choisi ce qui est folie aux yeux du monde pour couvrir de honte les sages ; il a choisi ce qui est faiblesse aux yeux du monde pour couvrir de honte les forts ; 

28 il a choisi ce qui est bas, méprisable ou qui ne vaut rien aux yeux du monde pour détruire ce que celui-ci estime important. 

Jésus, dans les Béatitudes et avec le vocabulaire de la bénédiction dit la même chose : Heureux les pauvres, les doux, les simples, les purs, ceux qui souffrent, …

2) Un regard d’espérance

En disant : « Oui, j’ai parlé de ce que je ne comprends pas, de ce qui me dépasse et que je ne connais pas. » Job fait un second constat.

Dieu est au-delà de ma réalité. En Lui s’ouvre un champ de possibilités que je ne peux pas imaginer. C’est une attitude d’espérance qui débouche sur la confession de foi.

« 2 Je sais bien que tout est possible pour toi et que, pour toi, aucun projet n’est irréalisable. »

« 5 Je ne savais de toi que ce qu’on m’avait dit, mais maintenant, je t’ai vu de mes yeux ! »

On sent que Job, au fil de sa souffrance, a fait l’expérience d’un avant et d’un après. Il a vécu une rencontre avec Dieu : « je t’ai vu de mes yeux ! »

Et une vérité qui semblait très théorique (« 2 Je sais bien que tout est possible pour toi et que, pour toi, aucun projet n’est irréalisable. ») devient une expérience vécue, mais vécue au cœur du malheur !

On retrouve le mouvement de l’abandon à Dieu dont je parlais dans mon article concernant le « droit à la mort ». De la naissance à la fin de la vie, l’être humain est appelé à une humilité face à Dieu, 

  • une humilité qui nous aide à tomber dans les bras de ce Dieu-Père,
  • une humilité qui nous libère de nos revendications, de nos colères envers la vie, les autres, Dieu…,
  • une humilité qui nous oblige à nous attendre à Dieu,
  • une humilité enfin qui nous fait « expérimenter Dieu » : « je t’ai vu de mes yeux ! »

Conclusion :

En introduction, je demandais :

Donner la vie ; est-ce un acquis, un droit, un besoin, un devoir, une obligation, une option… ? Je crois que cela devrait rester de l’ordre d’une aspiration ou d’une espérance.

Le couple peut désirer l’enfant et l’enfant en bonne santé, c’est une aspiration fondamentale que Dieu a placée en l’être humain pour susciter la vie et la transmettre. 

Mais le couple ne peut exiger l’enfant, ni sa santé, pas plus que son développement harmonieux. Il peut l’espérer, prier pour cela et puis s’engager à donner le meilleur de lui-même.

Mais il aura toujours et encore besoin de la grâce de Dieu ! Et c’est bien ainsi. Quelle chance de pouvoir crier, même au cœur des situations difficiles : 

« Mais maintenant, je t’ai vu de mes yeux ! »

Amen !

Jésus vient rompre l’équilibre du « chacun chez soi »

Christophe Desplanque, pasteur de l’Eglise Protestante Unie à Alès, commente pour nous l’ évangile de Luc au ch 9, versets 51-62 :

51Or, comme arrivait le temps où il allait être enlevé du monde, Jésus prit résolument la route de Jérusalem. 

52Il envoya des messagers devant lui. Ceux-ci s’étant mis en route entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. 

53Mais on ne l’accueillit pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem. 

54Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu tombe du ciel et les consume ? » 

55Mais lui, se retournant, les réprimanda. 

56Et ils firent route vers un autre village.

57Comme ils étaient en route, quelqu’un dit à Jésus en chemin : « Je te suivrai partout où tu iras. » 

58Jésus lui dit : « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où poser la tête. »

59Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-ci répondit : « Permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » 

60Mais Jésus lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi, va annoncer le Règne de Dieu. »

61Un autre encore lui dit : « Je vais te suivre, Seigneur ; mais d’abord permets-moi de faire mes adieux à ceux de ma maison. » 

62Jésus lui dit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. »

Ces  paroles de Jésus sont prononcées sur le chemin, en route. Nous aussi, en tant que peuple de Dieu, nous sommes en route. Pas encore arrivés.  Tout est donné en Jésus-Christ, mais rien n’est achevé. Tout est accompli une fois pour toutes par Jésus, mais tout reste à faire. Tout est écrit, tout est décidé par Dieu, dans son plan éternel, et pourtant tout est entre nos mains. C’est le côté contradictoire, paradoxal de la vie chrétienne, mais c’est cette contradiction apparente qui nous fait avancer sur le chemin que Dieu veut pour nous.

Et ce chemin n’est pas toujours jonché de pétales de roses ! Ce jour-là, Jésus se heurte à un mauvais accueil, et même à un refus d’hospitalité. Il n’est pas le bienvenu en Samarie pour des raisons ethniques  et religieuses. Juifs et samaritains sont ennemis de longue date, et ils ne se fréquentent pas. Le communautarisme ne date pas d’hier. Notre monde vit dans un climat d’affrontements qui provoquent depuis toujours des millions de morts, de persécutés, de réfugiés. Aujourd’hui plus que jamais des familles idéologiques, des cultures, des volontés opposées entrent en conflit, en débat frontal. La dureté et la violence des attaques est frappante, qu’il s’agisse de violence verbale, ou physique, y compris dans notre pays démocratique. Les temps de crise sont propices au rejet, au repli sur soi, qu’il s’exprime par les armes ou par un vote… Tout change, tous les équilibres sont bouleversés, tout est remis en question, l’économie, l’emploi, le climat, la famille, la notion même d’être humain, l’avenir…, alors chacun cherche un refuge pour préserver ce à quoi il tient, et l’étranger, celui qui pense différemment, qui vit différemment, qui vient d’ailleurs, représente une menace qui fait peur. Cette peur alimente l’hostilité, et même l’agressivité  envers tout ce qui semble menacer le dernier pré-carré de nos équilibres, de nos sécurités, de nos conforts. Et l’Evangile que les disciples de Jésus apportent dérange, ce qui nous pousse parfois à nous taire alors qu’il est urgent de l’annoncer.

Jésus traverse la Samarie, il vient rompre l’équilibre du « chacun chez soi et tout le monde sera en paix ». Ce n’est pas la seule rupture dont parle ce récit de l’Evangile de Luc. Il y est question d’autres affrontements, de conflits entre des volontés opposées, non seulement celles de Jésus et des samaritains, mais aussi entre la volonté de Jésus et celle de ceux qui voudraient le suivre.

Le ministère en Galilée est terminé, Jésus décide fermement de se rendre à Jérusalem, où il sait que l’attendent l’arrestation, un jugement inique, les souffrances et finalement la mort sur la croix. Et sur ce chemin-là, l’hostilité des samaritains qui ne le reçoivent pas sonne comme un signe précurseur. Elle annonce le rejet de Jésus par les hommes. Mais sa volonté d’aller à Jérusalem est inébranlable. Pour exprimer cet état d’esprit, Luc écrit que Jésus « durcit son visage », selon l’expression que retient l’évangéliste,  en l’empruntant à un des chants du serviteur souffrant, dans le livre d’Esaïe.

Jésus est fermement décidé à aller au bout de sa mission et à affronter la mort. Notre Seigneur n’est pas un mou, un tiède, un indécis. Si on ne le reçoit pas dans un village, il ira dans un autre.  Rien ne l’arrêtera.  Une bonne nouvelle se trouve  ici : notre Seigneur va jusqu’au bout de son combat pour nous.

La mission que le Père lui a confiée passe avant tout. Et cette urgence, cette priorité, il la fait comprendre à tous ceux qui veulent le suivre et qui n’ont pas mesuré le prix à payer : par exemple, à celui qui s’engage un peu à la légère à le suivre partout, Jésus rappelle ses conditions d’existence errante, nomade, lui qui vit quasiment comme un SDF. Jésus n’a pas un petit nid douillet où se poser entre deux missions. A celui qui souhaite rendre les derniers devoirs à son père défunt, il enjoint de donner la priorité à l’annonce du Règne du Dieu vivant. Quant à celui qui voudrait, avant de le suivre, se séparer convenablement de son entourage, et donc garder des liens avec sa famille, ses amis, son cadre familier, il le déclare inapte au service du Royaume de Dieu, entièrement tourné vers l’avenir.

Reconnaissons-le, cette exigence jusqu’au-boutiste nous choque, nous met mal à l’aise, nous découragerait même. Cela ressemble, osons le mot, à de la « radicalisation » ! La volonté sans concession de Jésus, cette exigence de dévouement absolu à la cause de l’Evangile serait-elle réservée à quelques fanatiques ? En tout cas elle se heurte aux exigences et aux conditions posées par ceux qui envisagent de suivre le maître : je veux bien te suivre, Seigneur, mais…  j’ai d’autres priorités, tu sais. Nous ne savons pas ce que ces trois candidats disciples ont décidé finalement. Luc ne nous le dit pas. Comme pour poser la question aux lecteurs que nous sommes : toi, que feras-tu ? Que décideras-tu, maintenant que tu sais ce que cela veut dire, suivre Jésus ?

Mais à la différence d’un djihadiste, Jésus ne veut pas user de la force ou de la violence, et il rabroue deux de ses disciples, Jacques et Jean qui en étaient tentés. Jésus est un jusqu’au-boutiste, certes, mais un jusqu’au-boutiste de l’amour. La seule violence dont il fait preuve, c’est celle de sa tendresse infinie pour chaque être humain qu’il rencontre et qu’il vient libérer et sauver d’une vie sans horizon, sans signification, sans profondeur. Car ce qu’il dit, au fond, à ces trois candidats disciples, ce n’est pas : « tu n’es pas digne », « tu ne seras pas à la hauteur », « tu n’es qu’un tiède, un mou » mais c’est plutôt : « n’aie pas peur ». Suis-moi vraiment, c’est-à-dire fais-moi vraiment confiance. Tu sais, le Royaume de Dieu, c’est une aventure qui vaut la peine d’être vécue à fond, jusqu’au bout. Ne laisse rien, surtout pas ton souci de sécurité, t’empêcher de me suivre sur ce chemin-là. Que rien ne te retienne ni ne te retarde.

Si vous avez déjà pris l’avion, vous avez certainement eu l’occasion d’écouter les consignes données avant le décollage. Il est notamment précisé aux passagers ce qu’il faut faire en cas d’évacuation de l’appareil après qu’il aura dû se poser en urgence : gagnez tout de suite les issues de secours, sautez dans le toboggan sans rien emporter avec vous, laissez tout sur place. Parce qu’à vouloir récupérer votre valise ou vos papiers ou autres objets précieux, vous allez perdre ou faire perdre aux autres les quelques secondes nécessaires pour avoir le temps d’échapper à la mort. Ces consignes n’ont qu’un seul but : augmenter les chances que les passagers survivent à un accident aérien.

Serait-il donc aussi vital, serait-il urgent à ce point d’annoncer et vivre l’Evangile au prix, s’il le faut, d’une rupture avec tous les liens, y compris les liens familiaux les plus sacrés ? Oui sans doute, car le monde meurt littéralement de ne pas connaître Dieu, d’être privé de ce seul chemin de Salut, et pour se faire connaître, le Seigneur a décidé de ne pas agir sans nous.

Pour vivre et annoncer l’Evangile du Royaume, il faut en connaître la charte. Quelle est la charte du Royaume de Dieu ? Sa constitution, son principe ? Le voici en une phrase  : Ce que tu donnes, tu le gagnes ; ce que tu veux garder, tu le perds. C’est ce qui est lâché, abandonné, perdu qui prend de la valeur, pas ce qui est conservé, protégé ou défendu. La vie donnée par Jésus sur la croix, parce qu’elle a été donnée, abandonnée pour nous, a une valeur inestimable. L’amour, c’est pareil. Plus vous donnez de votre amour, plus il grandit, plus il augmente. L’Esprit Saint qui anime ceux et celles qui ont mis leur confiance en Jésus-Christ est un Esprit généreux, un Esprit prodigue ! Certains manuscrits anciens reproduisent  cette parole de Jésus après qu’il a réprimandé Jacques et Jean pour leur accès de colère : « vous ne savez pas de quel esprit vous êtes, car le Fils de l’Homme n’est pas venu pour perdre les vies, mais pour les sauver ».

Sommes-nous sur ce chemin-là, ce chemin de confiance et d’obéissance que Jésus nous presse urgemment d’emprunter ? Sommes-nous prêts à y entrer ? Et surtout à y rester ?  AMEN.              

Que faire de notre indignation ?

Comment vivre et témoigner de notre foi sereinement dans ce monde ‘’poil-à-gratter’’ ? Comment dépasser le stade légitime de l’irritation jusqu’à interpeller, sans les dégoûter, nos contemporains dont la vie n’est pas un long fleuve tranquille ? Le passage de Paul à Athènes, capitale de la philosophie et haut-lieu de l’idolâtrie, nous ouvre des pistes.

Prédication d’Antoine Schluchter à partir d’Actes 17, 26-34 : Irritation-Élévation-Proclamation

Il est parfois – souvent ? – irritant de se promener dans le monde des écrans sur la toile, les infos, les réseaux sociaux : que d’éléments légers, superficiels, érigés quasi en normes de référence. On se sent déconnectés, tout change très vite et on n’a pas du tout envie de remettre le Wifi,  il y a quelques années, on aurait dit ‘’remettre la prise’’. C’est en gros ce qui est arrivé à Paul lorsqu’il déambulait dans les rues d’Athènes, avant le Wifi et l’électricité du reste. On ne peut pas dire qu’il se soit extasié devant les statues et autres colonnades au point de rédiger un guide touristique, bien au contraire. Alors c’est vrai, il s’agissait de monuments antiques, pas du Salon du Geek. Mais c’était un autre monde, non sans correspondance d’ailleurs, avec l’actuel. Cette place où on écoutait les dernières nouvelles, une sorte de réseau social, de blog présentiel où tout le monde pouvait y aller de sa proposition sans autorité de surveillance. Avec un fatras de Fake News en lieu et place de la Good News, la Bonne Nouvelle.

J’ai eu, nous avons eu un sentiment assez similaire en passant à Las Vegas. Déversement de touristes, obligation de traverser des casinos, personnes agglutinées devant les tables de jeu et les machines à sou, surabondance de lumières plus criardes les unes que les autres et de sons débiles accompagnés de cris qui l’étaient tout autant et tarifs exorbitants de la moindre assiette pour une famille de cinq. Du coup, en bons grands-parents, nous avons pris le chemin du retour à l’hôtel avec le petit-fils, soulagés de nous retrouver enfin dans la chambre.

Êtes-vous aussi comme cela dans certaines situations, comme nous, comme Paul ? Comment réagissez-vous dans ce monde urticant ? Le cadre ne vous convient décidément pas, tout est tellement aux antipodes de notre foi. Eh bien, Paul est un excellent guide et modèle d’adaptation sans perte du fond car ce n’est pas tout d’avoir une foi claire et solide. Je pense à un ami théologien qui avait eu, enfant, des problèmes de surdité – cela affecte le caractère et influe sur les réactions. Cet ami participait à une conférence dont bien des ténors étaient férocement libéraux.  Il ne disait rien mais ses collègues le sentaient bouillir et à un certain moment cela n’a pas manqué, le couvercle a sauté et il s’est emporté, faisant ainsi perdre toute crédibilité au message qu’il voulait faire passer. L’apôtre Paul, dans ce passage, nous invite à un cheminement en trois stades : celui de l’irritation, celui de l’élévation et celui de la proclamation.

L’irritation, nous l’avons entendu, c’était à la vue de toutes ces idoles et cela se comprend.

Pareil pour les idoles de la consommation, il y en a toujours certaines qui nous irritent au plus haut point. Mais qu’est-ce que Paul en a fait : il a quitté la ville ? Il s’est enfermé dans sa chambre d’hôtel comme nous ? Il a explosé comme notre ami ?

« Athéniens, je vois que vous êtes religieux à tous égards. »

Mensonge ? Dissimulation ? Hypocrisie ? Édulcoration ? – Que ne, ! Paul est passé du stade de l’irritation à celui de l’élévation. Pas seulement parce qu’il est monté à l’Aréopage mais parce qu’il a su piocher chez des penseurs grecs sans s’arrêter à la vision consternante des idoles. Paul n’est pas resté à la surface pour adresser une critique en règle. Il a su trouver des perles, même si ce n’était pas celle de grand prix, chez ces penseurs ;  il les connaissait, pouvait les citer lorsqu’ils parlaient de cette religiosité dans le sens de ce qui relie l’humain à plus haut et plus grand que lui : « En lui, nous avons la vie, le mouvement et l’être. »

C’est splendide et… incontestable. D’une part, l’apôtre ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, il ne noircit pas le tableau parce qui si on s’y prend comme cela, on pensera toujours avoir raison, on se croira courageux mais on ne sera pas invités une seconde fois. Ce sera bien pire que « Nous t’entendrons là-dessus une autre fois. » Et d’autre part, Paul déniche le travail de Dieu chez ces écrivains, dans leur culture – Mon prédécesseur à Villars le faisait avec un art consommé. Il peut s’appuyer sur eux ; l’apôtre se fond dans le moule local. C’est d’ailleurs un autre Grec célèbre, Archimède, qui a dit : « Donnez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde ». Paul soulève l’attention de tout ce monde et poursuit : « Nous sommes de sa race ». Voici qu’ils ne font plus qu’un, eux et lui, le prédicateur de nouveautés.

Toute irritation s’est dissipée pour faire place à l’élévation, la mise en valeur, l’inclusion. C’est tout bonnement magistral. Tout différent de ce missionnaire qui était entré dans la cour d’un temple bouddhiste en Thaïlande et avait crié « Jésus est Seigneur ! » dans sa langue, puis avait continué sa route. Pareil pour ce prédicateur monté au-dessus de Château-d’Oex et qui avait crié : « Repentez-vous ! » Leurs appels n’avaient été suivis d’aucun effet probant.

Vient alors le moment le plus délicat, celui de la proclamation, qui constitue le point critique de basculement. Et là, Paul ne sort pas le petit traité des « Quatre lois spirituelles » et ne cite pas non davantage le mantra évangélique de Jean 3.16 ou la parabole du fils prodigue. Non, il part du Dieu créateur qui ne saurait être enfermé dans une habitation humaine. Il ne saurait avoir besoin de nous et de nos coups de ciseaux dans le bois ou de burin dans la pierre. Il nous a créés à partir d’un seul homme, Il a organisé et maintenu le monde par sa Providence, Il n’est « pas loin de chacun de nous » et bien des humains le cherchent « en tâtonnant ». Du coup, quoi qu’il se soit dit, écrit ou pensé, le temps est venu du grand retournement pour l’accueillir tel qu’il se révèle. Par la metanoia, par un esprit qui change de registre –meta, terme très actuel. Pour se tourner vers Dieu –un langage très accessible aux Grecs pour qui il y avait la physique et, à côté, la métaphysique. En plus, top du top, Dieu a désigné un homme pour cela et l’a marqué du sceau de son approbation de façon irréfutable « en le ressuscitant des morts ! » Là c’est plus dur à avaler, c’est radical, l’échange s’interrompt mais il a eu lieu. Paul a enfoncé un coin dans la porte de la capitale du paganisme et de la philosophie, il a abouti à une vraie proclamation et a ferré quelques disciples dont un certain « Denys l’Aréopagite », certainement une figure de proue de ce haut-lieu d’échange.

Donc, pour nous qui ne sommes ni apôtres ni d’impénitents grands voyageurs, comme grain à moudre dans nos situations courantes, locales, gardons ces trois stades pour guider nos pensées et nos actes : le stade de l’irritation qui est légitime et même souhaitable ; sinon, ne serait-on pas devenus insensibles aux contre-évangiles actuels ? – Mais il ne faut pas s’y complaire ou renoncer à notre mission. Passer au stade de l’élévation, apprendre à connaître le monde de l’autre, l’honorer, faire preuve d’égard, de respect, de perspicacité. Et en arriver au stade final de la proclamation de l’évangile centrée sur la personne de Jésus et non notre- ‘’exceptionnel’’ témoignage… Irritation, élévation, proclamation.

Mais soyons attentifs comme l’a été Paul.  Tout d’abord, la proclamation peut, doit même, être envisagée avec créativité – il n’avait jamais annoncé l’évangile de cette manière auparavant. Ni dilution, ni crispation ou rigidité ; créativité ! Et ensuite, cela peut se passer dans cet ordre mais par forcément. ; en une fois mais pas nécessairement, surtout par chez nous. Mais dans tous les cas de figure, jamais en forçant la porte. Paul a été invité à parler dans un cadre précis dont il a respecté les règles. Cela m’est arrivé quelques fois, dont au Rotary, toujours passionnant. Non comme ayant raison mais en témoignant de ce que le Christ nous apporte. Un autre apôtre, Pierre, nous encourage toutes et tous à adopter cet état d’esprit, cette qualité d’attention : « Soyez toujours prêts à rendre compte de votre espérance devant quiconque vous le demande, mais avec douceur. »


L’urgence de la metanoia : « Arrêtez et reconnaissez que je suis Dieu ! »

Par Gérard Pella : L’évangile de Luc nous raconte une des apparitions de Jésus Ressuscité à ses disciples.  Il leur ouvre l’intelligence pour qu’ils comprennent la Bible et sachent ce qu’ils allaient pouvoir/devoir communiquer au monde en son Nom. 

Je prie qu’il nous ouvre aussi l’intelligence.

45Alors il leur ouvrit l’intelligence pour qu’ils comprennent les Écritures, 

46et il leur dit : « Voici ce qui est écrit : le Christ souffrira, et ressuscitera d’entre les morts le troisième jour, 

47et l’on proclamera son nom devant toutes les populations, en commençant par Jérusalem ; on appellera chacun à changer de vie (metanoia) et à recevoir le pardon des péchés. 

48Vous êtes témoins de tout cela. 

49Et j’enverrai moi-même sur vous ce que mon Père a promis. Et vous, restez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez remplis de la puissance d’en haut. »

Luc 24, 45-49 NFC

Leur message essentiel aura 4 piliers comme une table solide a 4 pieds :

La mort et la résurrection de Jésus

La metanoia et le pardon des péchés

Je vous propose de mettre aujourd’hui le projecteur sur la metanoia.

Pourquoi est-ce que je me mets à utiliser un mot grec au lieu de parler français ?

Parce que c’est un mot très délicat à traduire :

  • Certaines traductions comme la Bible Segond parlent ici de repentance. C’est juste… mais la repentance est souvent comprise de façon moralisatrice : on a très mal agi, alors on doit se repentir. Du coup, ce mot prend de sombres connotations.
  • D’autres traductions comme la Bible en Français Courant parlent de « changer de comportement ». C’est juste… mais c’est un peu superficiel. On peut se comporter différemment sans que notre attitude profonde ait changé. Comme le révèle Jésus, on peut être très respectable au niveau du comportement mais adultère au niveau du regard.
  • D’autres traductions encore, comme la TOB, parlent ici de conversion. C’est juste… mais on risque de penser que la conversion, c’est pour les autres, pour ceux qui ne sont pas encore chrétiens ; et que c’est réglé une fois pour toutes, la conversion.
  •  

Voilà pourquoi je préfère parler aujourd’hui – comme l’évangile – de metanoia :

Meta = une particule qui indique le changement :

On la retrouve dans « métamorphose » (changement de forme) ; « métastase » (changement de position) : ou « métavers » (changement d’univers).

Et noia indique ce qui est changé : ce mot vient du grec « noûs », qui a plusieurs sens :

l’intelligence (c’est le mot que Luc utilise au v. 45 : il leur ouvrit l’intelligence) mais aussi l’état d’esprit, la mentalité, l’attitude profonde.

Metanoia signifie donc « changement de façon de penser, changement de mentalité ou changement d’attitude profonde qui conduit à un changement de comportement ».

L’importance de la metanoia

Je découvre dans ce passage de l’évangile de Luc l’importance de la metanoia ; elle est au cœur du message chrétien. C’est la metanoia qui donne accès au pardon. 

Plusieurs traductions ont gommé le fait que c’est la metanoia qui conduit au pardon. La TOB, par exemple, traduit : « on prêchera en son nom la conversion (metanoia) et le pardon », alors que Luc parle explicitement de « metanoia en vue (eis) du pardon des péchés ».

Comme beaucoup de pasteurs ou d’évangélistes, j’ai surtout appelé les gens à la foi ; je leur ai surtout parlé de l’amour de Dieu, tel qu’il s’est manifesté en Christ, pour les inviter à mettre leur confiance en lui. Le salut par la foi seule, c’est non seulement protestant, c’est biblique !

Mais, avec le recul, je me rends compte que la foi sans metanoia, c’est insuffisant.

Prenons un exemple : quelqu’un est attiré – plus ou moins consciemment – par la puissance. Quand il se met à croire en Jésus, sans metanoia, il va continuer à vénérer la puissance : il va rechercher la puissance spirituelle, ou le pouvoir (et même le pouvoir dans l’Eglise !). Et s’il n’y parvient pas, il se consolera avec une voiture puissante !

Autre exemple : quelqu’un recherche avant tout la sécurité. Quand il se met à croire en Jésus, sans metanoia, il va se servir de Jésus pour se sécuriser mais il restera aux commandes et refusera tout ce qui, dans la Bible ou dans la vie, bousculera sa sécurité. Il empêchera le Seigneur de le faire sortir de sa zone de confort !

Le mécanisme est le même avec l’amour de l’argent, le besoin de séduire ou la peur du changement. Sans metanoia, ce sont ces réalités qui vont orienter nos choix, nos pensées ou nos soucis. L’Évangile nous appelle au changement de nos attitudes profondes :

la metanoia, ce n’est pas seulement me repentir pour ce que j’ai fait de mal ; c’est aussi me distancer de ce que j’ai cru ou pensé de faux ; c’est encore me démarquer de toutes mes idoles plus ou moins conscientes.

J’en déduis deux conséquences :

1° L’Église est pleine de chrétiens qui ont besoin de metanoia !

Dans son livre, L’évangélisation des profondeurs, Simone Pacot montre bien que nous sommes souvent évangélisés en surface seulement. Il y a tout un chemin de metanoia et de guérison pour laisser l’Esprit Saint nous changer en profondeur.

2° C’est un processus qui dure toute notre vie et réclame une vigilance constante. D’où les derniers mots de la première épitre de Jean :

« Gardez-vous des idoles ! »

Cet appel à la metanoia fait donc partie du cœur du message que Jésus confie à ses disciples. De tout temps !

Mais il revêt une urgence particulière aujourd’hui.

L’urgence de la metanoia

Le monde est gravement malade en ce moment : la pandémie de covid-19, la guerre en Ukraine, le dérèglement climatique, la crise énergétique… Nous commençons tous à en ressentir certains effets, même dans un pays aussi privilégié que la Suisse.

Lorsque quelqu’un est atteint d’une maladie grave, on se contente rarement d’un seul médicament, ni même d’une seule thérapie. On agit de plusieurs manières, à plusieurs niveaux. Par exemple, on combine chirurgie, chimiothérapie, régime alimentaire, rythme de vie.

Or, en Occident, on cherche avant tout à résoudre ces crises au niveau matériel : médical, économique, technique, militaire. On semble croire par exemple qu’il suffira de panneaux solaires, de voitures électriques et de pompes à chaleur pour que tout soit résolu ! C’est bien, mais il faut compléter ces thérapies « matérielles » : il faut que le changement soit plus profond, plus profond même qu’un changement de comportement ou de consommation. 

Ces crises, ou cette crise en plusieurs vagues, appellent un changement spirituel, une metanoia, un retour vers le Seigneur.

Comme les prophètes

Vous avez peut-être entendu l’appel prophétique de Tom Bloomer et de l’Equipe de Prière et Discernement (EPED) ou celui de Werner Woivode. Ils sont convaincus que Dieu nous appelle de façon insistante à la metanoia. Ils rejoignent ainsi les prophètes de l’Ancien Testament, qui interprètent les événements politiques ou climatiques comme des appels à revenir au Seigneur. C’est comme si toute la création criait de sa part : « Arrêtez et reconnaissez que je suis Dieu ! » (Ps 46, 11).

Lisez par exemple les deux premiers chapitres de Jérémie ou de Joël. Pour ces prophètes, c’est l’infidélité du peuple qui provoque la sécheresse, la famine ou les invasions ennemies. D’où l’appel à la metanoia. 

Écoutons l’interpellation du prophète Joël :

12La vigne est desséchée, les figuiers sont flétris. Grenadiers, dattiers ou pommiers, tous les arbres fruitiers sont rabougris. Toute joie s’est éteinte parmi les humains.

13Prenez vos habits de deuil et pleurez, vous les prêtres ! Lamentez-vous, vous qui êtes chargés du service de l’autel ! Venez, passez la nuit dans la tristesse, vous, les serviteurs de notre Dieu, car on n’apporte plus à la maison de Dieu ni offrandes de blé, ni offrandes de vin. 

14Ordonnez un temps de jeûne, convoquez une assemblée solennelle ; réunissez les anciens et toute la population dans la maison du Seigneur, notre Dieu, adressez-lui vos supplications.                        Joël 1, 12-14 (NFC)

J’ai été longtemps réticent à croire que les crises d’aujourd’hui pourraient être des appels que Dieu nous adresse : « Revenez à Moi ! » Jésus nous révèle un Dieu tellement bon et prêt à pardonner. C’est vrai… mais c’est une lecture partielle du Nouveau Testament. La bonté de Dieu n’efface pas sa sainteté.

Comme Jésus

Jésus lui-même partage la conviction des prophètes de l’Ancien Testament. Comme Jérémie, Jésus pleure sur son peuple parce qu’il voit venir le malheur qu’il a attiré sur lui par sa fermeture spirituelle :

41Quand Jésus fut près de la ville et qu’il la vit, il pleura sur elle, 

42en disant : « Si seulement tu comprenais toi aussi, en ce jour, comment trouver la paix ! Mais maintenant, cela est resté caché à tes yeux ! 

43Car des jours viendront pour toi où tes ennemis t’entoureront d’ouvrages fortifiés, t’assiégeront et te presseront de tous côtés. 

44Ils te détruiront complètement, toi et ta population ; ils ne te laisseront pas une seule pierre posée sur une autre, parce que tu n’as pas reconnu le temps où Dieu est venu te secourir ! »                                                    Luc 19, 41-44 (NFC) 

Comme Paul

L’apôtre de la grâce, de la justification par la foi seule, ne gomme pas non plus la sainteté de Dieu qui nous appelle à la metanoia :

21Car, si Dieu n’a pas épargné les Juifs, les branches naturelles, prends garde, de peur qu’il ne t’épargne pas non plus. 

22Remarque comment Dieu montre à la fois sa bonté et sa sévérité…

Romains 11, 21-22 (NFC) 

Comme l’Apocalypse

Toute l’Apocalypse proclame en même temps le salut offert par la grâce de Dieu et le jugement motivé pas sa justice :

4Le troisième ange versa sa coupe dans les fleuves et les sources des eaux, qui se changèrent en sang. 

5J’entendis alors l’ange qui a autorité sur les eaux dire : « Toi le saint, qui es et qui étais, tu es juste car tu as exercé ces jugements. 

6Les gens ont en effet répandu le sang de ceux qui t’appartiennent et celui des prophètes, et maintenant tu leur as donné du sang à boire. Ils ont ce qu’ils méritent ! » 

7Puis j’entendis une voix qui venait de l’autel et disait : « Oui, Seigneur Dieu souverain, tes jugements sont vrais et justes ! »

8Le quatrième ange versa sa coupe sur le soleil ; on lui donna alors de brûler les êtres humains par son feu. 

9Et les êtres humains furent brûlés par une chaleur terrible ; ils insultèrent le nom du Dieu qui détient de tels fléaux en son pouvoir, mais ils refusèrent de changer de vie pour lui rendre gloire.                          Apocalypse 16, 4-9 (NFC) 

Ils refusèrent la metanoia ! 

Dans sa révolte, l’humanité blessée refuse la metanoia. 

Et nous ? 

Nous avons le privilège de vivre dans un pays qui a officiellement choisi de mettre à part un jour spécialement consacré à la reconnaissance envers Dieu, à la metanoia et à la prière ; c’est le Jeûne fédéral, qui se dit en allemand : Dank- Buss- und Bet-tag. Plusieurs responsables chrétiens ont la conviction que nous pouvons et devons prendre très au sérieux ce jour-là, tout spécialement en 2022, pour y exprimer notre metanoia. 

Pouvez-vous envisager de mettre ce jour à part pour Dieu ?

En particulier la période entre 15h et 16h où, dans toute la Suisse, des chrétiens se tourneront humblement vers le Seigneur Vivant.

De quoi devons-nous « nous repentir » ?

La fiche que vous trouverez à la fin de ce message évoquera plusieurs domaines où la metanoia peut s’avérer nécessaire. A vous de voir là où le Seigneur vous appelle à changer et à revenir à Lui. C’est un chemin de discernement à parcourir – avec l’aide de la Bible et du Saint-Esprit – en vue du Jeûne fédéral.

Il se peut que vous soyez aussi fidèles et intègres que Daniel et que vous ne voyiez pas pour quoi vous devriez implorer le pardon de Dieu. Vous pourriez alors suivre l’exemple de Daniel. Il se sent pleinement solidaire de son peuple infidèle et demande pardon pour lui dans le livre de Daniel au chapitre 9 :

« Nous n’avons pas imploré l’Eternel, notre Dieu.

Nous ne nous sommes pas détournés de nos fautes, 

nous n’avons pas discerné ta vérité. (v. 13).

Seigneur, écoute !

Seigneur, pardonne !

Seigneur, sois attentif !

Agis et ne tarde pas, par amour pour toi, ô mon Dieu !

Car ton Nom est invoqué sur ta ville et sur ton peuple » (v.19). 

(Daniel 9, Traduction Colombe)

Attention ! Risques de malentendus

On pourrait tordre le message de Tom Bloomer en pensant que la metanoia va atténuer les effets de la crise. On se livrerait alors à une metanoia utilitaire !

On pourrait également tordre le message de Werner Woivode en pensant que la metanoia est un moyen de provoquer le réveil de l’Eglise. Ce serait alors une façon d’obtenir quelque chose de Dieu.

Rappelons donc avec l’Ancien Testament que la metanoia est essentiellement un mouvement de retour au Seigneur. Non pas utilitaire mais relationnel.

Jérémie le formule très clairement :

20Comme une femme infidèle à son mari, vous avez été infidèles envers moi, gens d’Israël. C’est moi le Seigneur, qui le déclare. 

21On entend des voix sur les hauteurs dénudées : ce sont les gens d’Israël. 

Ils pleurent et ils supplient, car ils ont fait fausse route. Ils ont oublié le Seigneur, leur Dieu.

22Revenez à moi, enfants infidèles, je vous guérirai de votre trahison ! 

Jérémie 3, 20-22a (NFC)

L’essentiel de la metanoia consiste à se détourner de toutes nos idoles pour nous tourner résolument vers le Seigneur, l’accueillir pour qui il EST et non pour ce qu’il FAIT ou devrait faire.

La seule raison d’aimer le Seigneur, c’est le Seigneur lui-même !

********

 45Alors Jésus leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les Écritures. 

46Et il leur dit : Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour 

47et que la repentance (metanoia) en vue du pardon des péchés serait prêchée en son nom à toutes les nations à commencer par Jérusalem.   

Luc 24 (Traduction Colombe)

Dans quels domaines de ma vie la metanoia est-elle nécessaire ?

  • Ma relation avec Dieu :

Si souvent, nous nous servons de lui pour nous rassurer, nous consoler ou nous justifier. Il nous appelle à l’accueillir pour qui IL EST (plutôt que pour ce qu’il FAIT ou devrait faire)

  • Ma réponse à la Parole de Dieu :

« Vous m’appelez : “Seigneur ! Seigneur ! ”, mais vous ne faites pas ce que je dis. Pourquoi donc ?     Luc 6,46 (Parole de Vie)

2 exemples :

1.Jésus nous appelle à aller et faire des disciples dans toutes les nations (Mt 28, 18-20). Mais « nous nous sommes enfermés dans les ghettos de nos églises » (J-P Besse).  « Nous sommes surchargés par d’innombrables événements organisés par l’Église, alors que la véritable mission de l’Église, qui est d’évangéliser le monde est presque entièrement négligée. » (Oswald J. Smith)

2.Jésus nous appelle à aimer notre prochain comme nous-mêmes mais nous fermons souvent les yeux sur la misère et l’injustice qui nous entourent. Voir Mt 25, 41-46.

« Comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l’Église ait donné naissance à une société, à une civilisation, à une culture en tout inverses de ce que nous lisons dans la Bible ? »  (J. Ellul, La subversion du christianisme, p. 9).

  • Ma relation avec les autres humains : 

Si souvent elle est polluée par ce que Paul appelle « les œuvres de la chair » :

19On sait bien à quoi conduisent les penchants humains :

la débauche, l’impureté et les actions honteuses, 

20le culte des idoles et la magie, l’hostilité, les querelles, les jalousies, les colères, les rivalités, les discordes, les divisions, 

21l’envie, les beuveries, les orgies et bien d’autres choses semblables. Je vous avertis maintenant comme je l’ai déjà fait : 

les personnes qui agissent ainsi n’auront pas de place dans le règne de Dieu.                                             Galates 5, 19-21 (N F C )

  • Mon rapport à l’argent, au pouvoir, à la performance, au bien-être… est souvent idolâtre : c’est l’une ou l’autre de ces réalités qui détermine mes choix, mes soucis, mes projets.

« Gardez-vous des idoles ! » (1 Jean 5, 21)

  • Mon rapport à la nature, création de Dieu

Au lieu d’être un bon jardinier pour la création, l’être humain s’est révélé être un prédateur. La crise climatique et environnementale sont les fruits de cette attitude destructrice. Là aussi, un changement d’attitude en profondeur conduisant à des changements de comportement (= une traduction de metanoia !) s’avère indispensable.          

Gérard Pella, été 2022


9
 Le Seigneur ne retarde pas (l’accomplissement de) sa promesse, comme quelques-uns le pensent. Il use de patience envers vous, il ne veut pas qu’aucun périsse, mais (il veut) que tous arrivent à la repentance/metanoia. 

2 Pierre 3 (Traduction Colombe) 

Et si la bible questionnait notre rapport à la nourriture ?

Ce sujet de la nourriture touche chacun. On mange tous trois fois par jour sans parler des snacks. Notre société très axée sur la santé nous enjoint de manger moins, plus équilibré, moins de sucre, moins gras, plus de légumes sans oublier les fibres … tout cela décliné en autant de régimes que vous voulez.  En plus il faudrait que notre nourriture soit locale et produite de façon durable. Il y a là bien plus que 10 commandements !

Et la bible, elle dit quoi de tout ça ?

Cette prédication de Luc Badoux va nous permettre d’y voir plus clair.

Dans le Lévitique et le Deutéronome, Dieu adresse des interdits alimentaires à son peuple. Dieu ordonne cette discipline de vie pour créer un peuple saint, un peuple à part qui lui soit consacré. Israël va ainsi se distinguer des peuples alentour. La nourriture casher devient un signe distinctif qu’Israël appartient à Dieu, à un Dieu jaloux qui demande la fidélité à son peuple. Manger casher pour les Juifs, c’est une manière d’inviter Dieu à table, de lui faire une place dans cet acte qu’on répète plusieurs fois par jour.  

Dans les interdits alimentaires d’Israël il y a aussi une manière d’humaniser notre rapport à la nourriture. On ne mange pas comme des bêtes. On ne se jette pas sur la nourriture comme des fauves. Dans l’interdiction de cuire le chevreau dans le lait de sa mère, l’idée est de séparer le lait porteur de vie, de la viande qui est liée à la mort d’un animal. 

Mais tous ces interdits ont des implications sociales. Ainsi l’apôtre Pierre, comme tout Juif de son époque, ne peut pas partager la table avec des étrangers. Il ne peut ni entrer chez eux ni manger avec eux, pas même avec ceux qui craignent le Dieu d’Israël, qui le prient et qui lisent la Torah. Les prescriptions alimentaires que Pierre doit respecter l’obligent à se tenir à l’écart des Romains ou des Grecs qui sont devenus croyants. Respecter ces prescriptions, c’est séparer les chrétiens et les humains en général entre les purs et les impurs. 

Par la vision qu’il accorde à Pierre ( Actes 11.1-18), Dieu renverse la table. Il balaie de très anciennes habitudes. Pierre peut dès lors entrer chez Corneille et partager la table avec lui. 

D’un peuple qu’il avait mis à part et qui devait rester séparé, Dieu fait un peuple mis à part pour renouveler toute l’humanité. Il en ressort une leçon essentielle : Pour être le sel de la terre, les croyants doivent se mêler aux autres, se mêler à leurs fêtes et manger avec eux, manger avec les païens. Le bouleversement est majeur.

Qu’en est-il au 21ème siècle ? Une bonne moitié des habitants de notre terre continue de regarder les autres manger en les considérant comme impurs. Les Juifs mangent casher, les musulmans halal et certains boudhistes et hindous sont véganes. Dans ces grandes religions, la nourriture reste un marqueur très important qui permet de distinguer entre les purs et les impurs. 

Ne pas manger de porc, ne pas boire d’alcool, respecter le ramadan, manger végane, c’est contraignant, mais ça constitue des marqueurs très puissants pour dire une appartenance communautaire. Cela donne de la cohésion à une communauté religieuse mais ça exclut de façon forte ceux qui mangent différemment. 

Qu’en est-il pour nous chrétiens ? Y a-t-il des aliments interdits ou obligatoires ? Des nourritures permises ou encouragées ? 

Je vous propose d’y réfléchir à partir de la révélation que reçoit Pierre.

« Tu peux manger de tout. Il n’y a plus pour toi de nourriture impure. Se mettre à table doit devenir pour toi une occasion de rencontrer les autres et pas une barrière entre eux et toi. » Voila le message que Dieu adresse à Pierre. Ce message, Paul l’exprimera en disant : Il n’y a plus ni Juif, ni Grec mais seulement des humains invités les uns et les autres aux noces de l’agneau. 

Cela a des conséquences majeures sur notre manière de nous nourrir : 

  1. Chers frères et sœurs, on peut manger de tout. Sans tabou. On peut partir à la rencontre d’autres cultures et se mettre à table avec eux en toute liberté. Dieu vient décompliquer notre rapport à la nourriture. Notre fidélité à lui ne se joue pas dans le fait de prendre tel ou tel aliment. 
  2. La nourriture était un lieu de séparation entre Juifs et païens. Dieu enlève cette séparation en écartant la notion de pur et d’impur qui était attachée à la nourriture. Notre manière de manger ne doit pas être un lieu de démarcation religieuse avec les autres. Ce ne doit pas être un lieu d’exclusion des autres ou de soi-même. 

Je propose même d’aller un peu plus loin. Je me souviens qu’à 4 ans, un de nos enfants était rentré en pleurs de l’anniversaire d’une copine. Pourquoi ? Il y avait de la pizza. Et elle n’était pas casher. C’est-à-dire qu’elle n’était pas comme maman la faisait. Elle n’était pas comme d’habitude. C’était désécurisant. S’en sont suivies 10 ans de batailles homériques pour sortir de ce rapport compliqué à la nourriture.  Je ne sais pas ce qui se trouve derrière les peurs et les dégoûts que nous pouvons éprouver en relation avec de la nourriture. Moi, j’ai connu ça avec le gras dans la viande chez mes grands-parents paysans. Et je ne serai pas très à l’aise tout à l’heure au repas communautaire si vous me mettez une tête de mouton dans l’assiette ! C’est légitime d’avoir des préférences ou de ne pas aimer les choux de Bruxelles. L’enjeu n’est pas d’aimer le gras ou le céleri. Chacun ses goûts. Mais pour les parents que nous avons été, il était important que notre fils puisse aller à un anniversaire sans craindre ce qu’il aurait à manger. C’était important qu’à l’idée d’un repas, la joie de la rencontre soit plus forte que la peur de la nourriture. Nous ne voulions pas que, pour nos enfants, la nourriture soit une barrière mais qu’elle soit un trait d’union. Et il me semble là qu’on rejoint la vision que l’apôtre Pierre a reçue de Dieu qui est venu enlever des tabous et décompliquer le rapport à la nourriture. Tant qu’à se distinguer des autres, que ce soit pour les choses essentielles. 

Comme à l’époque des premiers chrétiens, beaucoup de choses se jouent aujourd’hui autour de la nourriture. Je l’ai dit : 

  • on veut une nourriture saine
  • on veut une nourriture qui respecte l’environnement
  • on se questionne sur notre rapport au monde animal  

Il est bon de se questionner sur ces différents aspects de notre alimentation. La production industrielle de nourriture échappe à nos regards. Souvent on ne connaît ni la composition de ce que l’on mange, ni l’origine des ingrédients, ni le traitement qui est réservé aux animaux. Cela soulève des vraies questions pour qui veut respecter la création de Dieu. Mais dans tout cela, rappelons-nous le message de Paul à propos de la viande sacrifiée aux idoles : ce n’est pas un aliment qui nous rapprochera de Dieu. Et il ajoute : nous ne perdrons rien si nous n’en mangeons pas, et nous ne gagnerons rien non plus si nous en mangeons. 

Chers amis, veillons à ne pas imposer aux autres notre régime comme le seul légitime. Si devant Dieu il n’y a plus ni Juifs ni Grecs, il n’y a certainement pas non plus de carnivores, de végétariens et de véganes. 

Soyons attentifs à cela à l’heure où la manière de se nourrir prend pour certains les aspects d’une religion, avec l’idée que certains en mangeant font le bien et d’autres le mal ; ça peut vite conduire dans nos têtes à une séparation entre purs et impurs. 

Soyons attentifs aussi à ne pas tomber dans le jugement en regardant les autres manger différemment de nous. Ceux qui font attention de manger sainement risquent de se sentir supérieurs à ceux qui mangent du fast food. Et les bons vivants risquent de juger ceux qui font des régimes. Et ceux qui font des régimes risquent de juger ceux qui ont des kilos en trop. 

Jésus, lui, nous dit : « Il n’y a rien de ce qui est extérieur à une personne qui puisse la rendre impure en entrant en elle. Mais ce qui sort d’une personne, les paroles et les jugements qui naissent dans son cœur, voilà ce qui la rend impure. »

La sainteté ne se joue pas dans notre assiette ou au bout de notre fourchette, mais dans nos coeurs.

Chers amis, que l’on soit végane ou carnivore, puissions-nous en prendre de la graine ou en faire notre beurre ! Et demandons à Jésus, notre Seigneur, un regard sur les autres et leur manière de manger qui soit libre de jugement et de sentiment de supériorité. Que notre rapport à la nourriture ne mette pas de barrière entre les autres et nous mais qu’elle soit un trait d’union. 

                                                                                                  Amen

Textes bibliques de référence pour cette prédication :

Lév 11.1-8

Marc 7.14-19

Actes 11.1-18

Romains 14.1-4

« Le Seigneur travaille avec eux »

Cette prédication de Guy Chautems pour la période de l’Ascension et Pentecôte nous invite – nous réformés en particulier – à entrer résolument dans une transmission de l’Evangile de qualité A+++ en prenant au sérieux les 3 verbes qui devraient orienter toute la vie de l’Eglise : Aller, Annoncer, Aimer.

Marc 16.9-20 : « Allez dans le monde entier, annoncez la Bonne Nouvelle à tous. »

12 hommes pour accomplir cette  tâche ! Quelle folie ?

Et qui plus est, 12 hommes durs à la comprenette ! Jésus ne vient-il pas de le leur dire : « Vous ne croyez pas et vous ne voulez rien comprendre ! Vous n’avez pas cru ceux qui m’ont vu vivant ! »

Comment réussiront-ils ?  Oui, comment réussiront-ils ?

Marc nous le dit en quelques mots : Assis à la droite de Dieu,  le Seigneur travaille avec eux et il leur donne le pouvoir de faire des choses étonnantes. 

Il faut l’Ascension, il faut que Jésus prenne sa place auprès du Père, il faut qu’il nous donne l’Esprit Saint pour  que les disciples réussissent leur mission : amener la vie là où il y a la mort (Ez. 37) . Il faut l’Ascension de Jésus pour que le Règne de Dieu s’étende sur les cinq continents… pas à pas.

Il est monté au ciel, il s’est assis à la droite de Dieu le Père !

Ils réussiront ! OUI !  Marc résume le secret de cette réussite en ces mots :

« Le Seigneur travaille avec eux et il leur donne le pouvoir de faire des choses étonnantes. »

Mais cette réussite est soumise à une triple obéissance :

Aller – Annoncer – Aimer

Avec ces trois verbes je résume l’ordre de mission tel que nous le rapporte Marc : « Allez dans le monde entier, annoncez la Bonne Nouvelle à tous… » voilà pour les deux premiers  A. Et voici pour le dernier, aimer : « en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais, ils parleront des langues nouvelles….Ils poseront les mains sur la tête des malades, et les malades seront guéris. »

Les agences de notation du ciel ne donneront un triple A  qu’à ceux et celles qui prendront au sérieux ces trois impératifs. Et il y aura des A+++ ! Je vous propose d’examiner  ces trois ordres en sachant ceci : le Seigneur, élevé à la droite du Père, travaille avec nous seulement lorsque nous les prenons vraiment  au sérieux, alors il nous donne le pouvoir de faire des choses étonnantes !

Allons

S’il y en a un qui a pris au sérieux cet ordre, c’est bien l’apôtre Paul . On estime qu’il a  parcouru 8000 km. à pied et 10’000 km. en bateau. Et dans quelles conditions ! Sur terre comme sur mer les voyages étaient autrement plus difficiles qu’aujourd’hui (2 Cor.11) . A partir du jour où Paul  a reconnu le Christ comme son Sauveur et Seigneur, il a pris au pied de la lettre l’ordre de Jésus : « Allez dans le monde entier, annoncez la bonne Nouvelle à tous ! » 

Mais cet ordre concerne-t-il vraiment chaque chrétien ?  

Première réponse  qui en soulagera plusieurs ! Le Seigneur n’appelle pas n’importe qui à parcourir le monde ! Ecoutons Paul écrire aux Ephésiens : « C’est le Seigneur qui fait don de certains comme apôtres, ….d’autres comme évangélistes. » (Eph. 4.11) Il y a des ministères, ils sont donnés à l’Eglise. N’importe qui n’est pas appelé  à courir le monde pour annoncer l’Evangile.

Deuxième réponse qui remet la pression ! Au début du livre des Actes Luc nous raconte la violente persécution qui se déchaina contre l’Eglise de Jérusalem et la fuite de nombreux chrétiens dans les territoires voisins et il écrit : « Les croyants qui s’étaient dispersés parcouraient le pays en proclamant le message de la Bonne Nouvelle. » (Actes 8.4)

Je suis persuadé que tous les chrétiens souhaitent prendre au sérieux cet impératif  « allez dans le monde entier ».  Car il est évident que le Seigneur ne travaille et ne travaillera qu’avec les communautés qui obéiront  à cet ordre. Alors comment être sérieux avec cet ordre du Seigneur ?

Frères et Sœurs, tout commence par la prière : « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le propriétaire de la moisson d’envoyer davantage d’ouvriers dans sa moisson. » (Matth.9.37-38).

Commençons donc par prier, non pas du bout des lèvres mais en sachant les exigences attachées à notre prière ! Car nous vivons un temps où les Eglises réformées doivent enterrer définitivement  leurs peurs face – par exemple – aux ministères des évangélistes ! Demander au Seigneur  un ou des évangélistes qui iront à la rencontre de ces couches de la population que nous n’atteignons plus, c’est être prêt à leur donner une place dans nos priorité et peut-être un salaire.

Nous vivons un temps où chaque réformé doit oser cette prière :  » Seigneur, la moisson risque de se perdre, envoie davantage d’ouvriers dans ta moisson ! » Mais celui qui prie doit savoir le risque qu’il court ! Lequel me direz-vous ? Le risque que le Seigneur m’envoie moi, l’intercesseur,  à la rencontre de mes voisins, de mes collègues de travail. Mais soyons sans crainte ! « Ouvre ta bouche, aie de l’audace, dit le Seigneur, si je t’envoie alors tu verras s’ouvrir le cœur de ceux et celles auxquels tu t’adresseras. »

Note : Il nous faut noter les transformations profondes de notre société qui ont modifié de manière profonde la carte de nos champs de mission. D’abord  les flux migratoires ont amené des personnes de toutes les nations à quelques kilomètres de chez nous. Ensuite le développement fulgurant d’internet donne à tout un chacun de pouvoir atteindre les extrémités du monde en un clic de souris. 

Annonçons

En 1975, si je ne me trompe pas,  j’ai été pour de longues années le dernier président de la commission d’Evangélisation de notre Eglise réformée Vaudoise. Nous avons démissionné en bloc ! Le conseil Synodal d’alors ne faisait plus confiance à notre travail ! Nous voulions répandre la bonne Nouvelle de la Croix et de la Résurrection, appeler à la conversion ! Malheur à nous car nous étions classés, étiquetés ! Au nom du pluralisme nous étions de plus en plus mis de côté !

Presque 40 ans plus tard, après trois livres consacrés à la désertification de nos paroisses[1], vous vous souvenez des 40 années de désert, le synode de notre Eglise réformée vaudoise, va proposer à nos paroisses une année de « jachère » ! Les Conseils de paroisse vont être appelés à mettre la pédale douce  sur tout ce qui est secondaire afin de faire apparaître ce qui est prioritaire ! [2] Une année de « jachère » ! Il faudra avoir le courage d’abandonner certaines activités ! Ce ne sera pas facile! Mais je me réjouis de l’objectif proposé à toutes les paroisses : prendre au moins une année de prière, de réflexion pour « entrer en évangélisation ».

Au final, nos paroisses risquent fort d’opérer ce tournant de 180° à partir de 2014 – 2015, 40 ans après la disparition du dernier poste d’aumônier d’évangélisation de notre Eglise en la personne d’Alain Burnand. La peur du prosélytisme nous a fait perdre 40 ans !  Puissent tous les ministres et les conseillers de paroisse qui ont eu peur de faire – comme ils disaient – du prosélytisme, avoir pris leur retraite, ce qui facilitera bien les choses pour entrer dans une annonce respectueuse mais franche de l’Evangile. Vous remarquerez que cette prédication date de 2012… et que, 10 ans plus tard, nous ne constatons pas d’engagement significatif de l’Eglise réformée pour l’évangélisation…

Pourquoi avoir peur de mettre nos compatriotes au courant d’une bonne nouvelle ? Pourquoi avoir peur de les inviter à une conversion ? Jésus est mort sur une Croix  à notre place ! Car devant Dieu nos révoltes, nos doutes, nos abandons, notre autosuffisance, notre mépris de sa parole, notre orgueil ne méritent que  le jugement le plus sévère, à savoir la mort ! Mais il  a été jugé, condamné, mis sur une Croix, lui le Fils de Dieu pour chacun de nous.  Si tu lui fais confiance, si tu t’attaches à lui non seulement tu bénéficieras d’un pardon pour toujours, d’une grâce pour toujours, mais ce pardon, cette grâce travailleront à tel point ton cœur que pas à pas tu vivras des transformations étonnantes ! Attache-toi à celui qui t’aime et qui est mort à ta place, écoute sa parole, prie-le ! Il a commencé une œuvre en toi, une œuvre extraordinaire et il l’achèvera. Ce qu’il a commencé, il l’achève toujours.

Voilà la bonne nouvelle, voilà le message qu’il faut annoncer.

Et si toute une Eglise, si de nombreuses paroisses doivent prendre du temps pour changer de cap, toi, moi, nous pouvons vivre ce virage aujourd’hui. 

Aimons

Prosélytisme, quel vilain mot, ne trouvez-vous pas ! Voici comment le dictionnaire Larousse le définit : « Zèle ardent pour recruter des adeptes, pour tenter d’imposer ses idées. » 

Chers amis, vous ne risquerez jamais de « faire du prosélytisme » si vous mettez en pratique le 3ème A de l’ordre missionnaire de Jésus : « Ils chasseront les esprits mauvais, ils parleront des langues nouvelles… Ils poseront les mains sur la tête des malades, et les malades seront guéris. »

Chassons les mauvais esprits et amenons la lumière là où règnent les ténèbres, l’amour là où il y a la discorde, la joie là où il y a la tristesse, la paix là où il y a la guerre.

Parlons des langues nouvelles, apprenons  la langue de notre interlocuteur, laissons le Saint Esprit  nous introduire dans le monde, dans les problèmes, dans les joies aussi de ceux que nous allons rencontrer. Ecoutons avant de parler, efforçons-nous de comprendre avant de partager nos idées.

N’imposons ni nos idées, ni nos gestes, mais apprenons à poser des actes d’amour… si le Seigneur réclame nos mains pour une œuvre de guérison, offrons-lui nos mains.

Conclusion

Une promesse  magnifique nous est donnée à la fin de l’Evangile de Marc !

« Le Seigneur travaille avec eux et il leur donne le pouvoir de faire des choses étonnantes… ».  Obéissons et  laissons le Seigneur nous étonner !  Rien n’est plus beau que de voir le Seigneur à l’œuvre dans les vies de ceux  pour lesquels nous prions. 

Mais pour terminer il est important de souligner encore un point !

Pour déborder il faut être plein !

Pour proclamer la Bonne Nouvelle il faut qu’elle remplisse notre cœur.

Pour travailler avec nous, pour faire des choses étonnantes, le Seigneur s’attend à ce que nous soyons rempli de l’Esprit Saint ! 

Dans ce temps de l’Ascension soyons donc ouverts, les cœurs grands ouverts à la venue de l’Esprit.

 Questions pour les groupes de partage

L’ordre de mission donné par Jésus aux siens tel que Marc nous le transmet peut se résumer dans ces trois impératifs : 

Allons – Annonçons – Aimons

1.- En quoi le premier impératif me concerne-t-il ? 

D’abord au niveau de la prière lorsque je prends au sérieux la demande de Jésus : « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le propriétaire de la moisson d’envoyer davantage d’ouvriers dans sa moisson. » (Matth.9-37-38)

Ensuite au niveau de l’envoi ! Autrefois ceux qui partaient en mission se rendaient dans des pays lointains. Aujourd’hui toutes les nations  sont venues à nous au travers des flux migratoires. Serais-je appelé à témoigner de ma foi à tel ou tel étranger habitant près de chez moi ?

2.- Le second impératif doit me conduire à affirmer, avec respect, mais aussi avec audace que le Christ est le seul chemin qui  conduit au salut éternel ! Quelles sont les difficultés que j’éprouve à dire clairement cette Bonne Nouvelle ! Demandons à Dieu de les surmonter !

3.- Aimer : c’est amener la lumière là où règnent les ténèbres, l’amour là où il y a la discorde, la joie là où il y a la tristesse, la paix là où il y a la guerre ! Je vous invite, dans la prière, à intercéder pour telle ou telle personne qui se trouve  en difficulté. Vous demanderez au Seigneur de vous inspirer afin de lui venir en aide.

Guy Chautems 


[1] « L’avenir des réformés » de Jörg Stolz et Edmée Baillif – Labor et Fides – (éd.originale  all. 2010) ;

Turbulences  – les Réformés en crise – Editions Ouverture – Le Mont-sur-Lausanne –  2012 ;

Le temps presse –  de Virgile  Rochat – Labor et Fides – 2012.

[2] Je pense que nous avons tous vu ces jachères de nos campagnes parfois étonnantes, tellement elles sont fleuries. Elles sont indispensables pour maintenir dans notre pays  la diversité de la vie.

Le Jeûne fédéral, un appel à la reconnaissance, la repentance et l’intercession

Introduction

Depuis le milieu du XXe siècle, l’Occident se déchristianise à grande vitesse. Des changements sans précédent se sont opérés dans la société, changements qui impliquent notamment une dégradation de la famille, avec ses conséquences tragiques. Jamais, depuis le début de notre ère, nous n’avons connu autant de divorces, et la notion du mariage entre un homme et une femme est remise en question. L’avortement est devenu un droit plutôt qu’une exception. L’individualisme et l’égocentrisme sont devenus pour beaucoup de nos contemporains un style de vie.

Cette évolution touche naturellement la Suisse. Elle interpelle le groupe CH-CH, « Chrétiens pour la Suisse », formé de personnes issues des quatre régions linguistiques du pays, groupe convaincu qu’il faut revenir à Dieu en tant que peuple et, pour ce faire, se réapproprier une journée particulière : le Jeûne fédéral, dont nous rappelons l’histoire dans les lignes qui suivent.

Historique

C’est en 1832 que la Diète fédérale[1] a décrété le Jeûne fédéral comme une « journée d’actions de grâces, de pénitence et de prière » pour tout le pays.

Il s’agissait d’un jour de jeûne national observé, depuis lors, le 3e dimanche de septembre. Cette journée mise à part invite le peuple suisse à se présenter devant Dieu dans la reconnaissance, la confession et la repentance, ainsi que dans l’intercession en faveur du pays, de son peuple et de ses autorités.

Le Jeûne fédéral nous invite solennellement à nous arrêter et à nous consacrer à l’écoute de Dieu, seul, en couple, en famille ou en communauté, dans le lieu où nous sommes appelés à le vivre, devenant ainsi un multiplicateur de l’évènement. 

La célébration de ce Jeûne est construite autour des trois thèmes de la liturgie, comme l’évoque son identification en allemand : « Dank-,Buss- und Bettag ».

En français, ces trois thèmes sont : 

  • la reconnaissance envers Dieu pour les nombreux bienfaits qu’il nous accorde,
  • la confession et la repentance, à l’image de l’engagement du prophète Daniel ou de Néhémie, pour les dérives et les mauvais choix de leur peuple,
  • l’intercession, en faveur du peuple suisse, du pays et de toutes les autorités en place.

Dieu nous promet une réponse ! Il promet d’écouter, de pardonner les iniquités confessées, et de relever le pays en le guérissant de ses maladies et de ses blessures, comme il le stipule dans 2 Chroniques 7.13-14 :  » Quand je fermerai le ciel et qu’il n’y aura point de pluie, quand j’ordonnerai aux sauterelles de consumer le pays, quand j’enverrai la peste parmi mon peuple, si mon peuple sur qui est invoqué mon nom s’humilie, prie et cherche ma face, et s’il se détourne de ses mauvaises voies, je l’exaucerai des cieux, je lui pardonnerai son péché, et je guérirai son pays.

Mes yeux seront ouverts désormais, et mes oreilles seront attentives à la prière faite en ce lieu « .

A noter que cette sainte convocation faite au peuple suisse d’observer un jeûne, pour exprimer sa reconnaissance à Dieu après une victoire, ou sa contrition dans le malheur, avait déjà existé, de manière ponctuelle, au cours des siècles précédents. En cela, l’histoire suisse ne diffère probablement pas de celle de bien d’autres pays. Par contre, la décision de l’inscrire au calendrier et de reconduire cette convocation chaque année est, elle, tout à fait originale. A notre connaissance, seul un pays connaît institution semblable : Israël. En effet, la fête du Yom Kippour – le jour du Grand Pardon – fixée elle aussi au tout début de l’automne, est une convocation solennelle, amenant tout le pays à se souvenir du Seigneur. Dans les faits, aujourd’hui encore, tout le pays s’arrête et le jeûne est observé par une grande partie de la population juive.

Que l’on comprenne bien mon propos : je ne compare pas la Suisse à Israël et je ne présente pas non plus le peuple suisse comme étant une nation exceptionnelle. Mais je fais le constat que la Suisse actuelle est l’héritière d’ancêtres qui ont reconnu que « Si l’Eternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain » (Psaume 127.1), des hommes qui se sont approchés de Dieu, en toute simplicité et humilité, lui demandant conseil et protection. 

Ainsi, je suis convaincu que mes amis lecteurs d’autres pays francophones liront avec profit ce qui suit, pour autant qu’ils le relient avec des éléments de leur propre histoire, y retrouvant l’empreinte de Dieu et discernant de quelle manière l’Eglise pourrait également y faire (re)vivre un temps de jeûne, d’action de grâces, de repentance et d’intercession.

Dieu a fait alliance avec la Suisse

La Suisse, dans toute sa diversité, a été fondée sur un Pacte d’alliance qui a été scellé en 1291 « au nom du Dieu Tout-Puissant ». Les décisions prises par nos pères, dans l’intérêt commun et au profit de tous, l’ont été en comptant sur l’implication de Dieu pour en assurer la pérennité, autant qu’il le jugera bon.

Mentionnons ici quelques signes visibles de cette alliance :

  • Le Pacte de 1291 perdure aujourd’hui par la grâce de Dieu. Ce texte fondateur exprime l’engagement pris par chaque communauté impliquée de s’entre-aider dans l’épreuve ou l’agression, d’exercer la justice en son sein, de refuser toute interférence de juges étrangers, et de faire appliquer les décisions prises concernant les conflits.
  • La formation de ce pays, comprenant quatre langues nationales, et qui n’a connu que peu de guerres de conquête, tient du miracle. Car malgré les séparations dues à un relief tourmenté, à des langues différentes, à des cultures qui s’opposent parfois et à vingt-six entités cantonales relativement indépendantes les unes des autres, la Confédération helvétique s’est efforcée, au cours des siècles, de demeurer unie en cherchant à reconnaître et respecter son étonnante diversité. Ne pouvons-nous pas y discerner la main de Dieu ?
  • La Constitution, révisée en 1999, reprend l’esprit du Pacte et place l’organisation politique de l’Etat et des institutions, sous l’autorité du nom du Dieu Tout-Puissant. Il me paraît utile d’en citer ici le préambule : « Au nom de Dieu Tout-Puissant ! Le peuple et les cantons suisses, conscients de leur responsabilité envers la Création, résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix, dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde, déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité, conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures, sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres, arrêtent la Constitution que voici… »
  • Un drapeau unique, de par sa forme carrée, et de par sa croix qui rappelle l’unité des Confédérés et la valeur identique que chaque membre – issu des quatre régions linguistiques de la Confédération – possède, mais qui rappelle aussi bien l’instrument sur lequel Jésus-Christ a payé le prix ultime qui permet à celui ou celle qui le demande d’être réconcilié(e) avec Dieu et de recevoir sa véritable identité.
  • Une devise, qui exprime la solidarité («Un pour tous, tous pour un»), nous rappelle que la « force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ». J’aime y ajouter, en me référant au Pacte et au préambule de la Constitution: « Tous en Un ». Ainsi, pour nous, cette devise pourrait être : « Un pour tous, tous pour un, tous en UN ».
  • Une vérité quotidienne : « Dominus providebit ». Cette devise est gravée sur la tranche de notre pièce de 5 CHF. Nous proclamons souvent, sans le savoir, cette parole de vérité chaque fois que nous l’utilisons : « Dieu pourvoira » ! C’est aussi un appel à faire confiance à Dieu en tout temps et en toutes choses, et à demeurer généreux.
  • Une Fête de réconciliation nationale, le 1er août : peu de gens le savent, mais cette Fête nationale a eu comme objectif, au départ, de réunir les Suisses divisés par la guerre du Sonderbund, conflit majeur qui avait opposé les cantons catholiques ayant fait sécession au reste de la Confédération. La tradition des feux, témoin aujourd’hui du rassemblement de la population dans chaque commune, remonte au Moyen Age, où ils étaient utilisés comme moyen de communication et d’alarme. En 1891, pour la première fête nationale officielle, les autorités ont demandé à tous les cantons de « respecter un programme commun », où il est notamment demandé « de sonner les cloches des églises à 19 heures et d’organiser des feux de joie sur les hauteurs. »
  • Un hymne national – un cantique à la gloire de Dieu – dont voici, à titre d’exemple, la troisième strophe : « Lorsque dans la sombre nuit, la foudre éclate avec bruit, notre cœur pressent encore le Dieu fort. Dans l’orage et la détresse, il est notre forteresse. Offrons-lui des cœurs pieux…, Dieu nous bénira des cieux… »[2].
  • Des hommes de Dieu d’exception, parmi lesquels nous pouvons citer Frère Nicolas de Flue (qui a vécu au 15e siècle, homme pieux, animé d’un profond amour de sa patrie et qui, par ses conseils de modération a permis à la jeune Confédération d’éviter une guerre civile), le Général Guillaume-Henri Dufour (celui par qui a été neutralisée la révolte du Sonderbund, au milieu du 19e siècle, et dont le principal souci a été de limiter les pertes humaines), Henry Dunant (fondateur de la Croix-Rouge), et enfin le Général Henry Guisan (commandant de l’armée suisse durant la guerre 39-45). 

Une alliance négligée

Force m’est cependant de constater que ce bel héritage est aujourd’hui largement méconnu, voire renié, quand ce n’est pas raillé et méprisé. Depuis bientôt 190 ans toutefois, l’appel de nos autorités perdure. Il invite la population, et en particulier le peuple de Dieu, à mettre à part le troisième dimanche de septembre pour vivre une halte, un jeûne à l’écoute de Dieu, dans tout le pays.

  • À l’heure de l’abondance et de la consommation, que reste-t-il du Jeûne fédéral?

En 1919 déjà, la presse s’étonne qu’il ne reste rien des traditions d’hier. Ainsi peut-on lire dans « Le Conteur vaudois », journal d’archives, que le jour du Jeûne fédéral, en 1843, pour avoir une place assise au temple « il fallait y pénétrer longtemps avant la sonnerie ». A Morges (sur la Côte vaudoise), par exemple, la cérémonie du dimanche commençait dès huit heures avec la lecture de la Bible, suivie du sermon du pasteur (« assez… long » souligne le chroniqueur). Ensuite on chantait des psaumes, puis venaient les discours des magistrats de la ville… jusqu’à la fin des solennités à seize heures sonnées[3] ».

Aujourd’hui, la presse ne s’étonne plus de rien. Le Jeûne fédéral n’intéresse, dans certains cantons, que par le fait que le lundi du Jeûne est férié, ce qui gratifie la population d’un long week-end, propice à la détente et aux voyages ! Mais, malgré le constat d’indifférence et de mépris du plus grand nombre à ce sujet, je crois que Dieu a à cœur que nous vivions à nouveau, dans toute la Suisse, cette journée particulière afin qu’il puisse concrétiser et libérer sur nous ses promesses !

En effet, comme au temps du roi Salomon, nous subissons les aléas climatiques, la maladie ou la pandémie qui touche notre corps, notre âme et nos biens, la pression des maladies et des ravageurs sur nos cultures, etc.

L’Eglise et l’Etat étant maintenant séparés, c’est la responsabilité de l’Ecclésia[4] de Jésus-Christ de faire connaître et d’organiser ce jour solennel, en invitant le plus grand nombre à s’impliquer dans des actions concrètes. Celles-ci peuvent avoir lieu dans les chefs-lieux cantonaux, de districts, de commune, afin d’exprimer toute la diversité et la complémentarité suscitées par le Saint-Esprit.

Voyons quelques domaines dans lesquels nous pouvons exprimer notre reconnaissance, notre repentance et notre intercession :

  1. La famille : couple, enfants, vie (de la conception à la mort), la jeunesse avec ses problèmes d’identité, d’orientation professionnelle…
  2. L’enseignement : par l’école, l’apprentissage, les HES, les universités, la recherche…
  3. Le domaine de la santé, l’influence des entreprises pharmaceutiques…
  4. La sécurité : la police, la protection de la population, l’armée…
  5. L’économie : les entreprises, les métiers de la terre, les industries, les finances…
  6. Les médias: les journaux, TV, spectacles, expositions…, le domaine des arts, celui du sport… 
  7. La politique et ses orientations, le système judiciaire…
  8. L’Ecclésia, soit l’église, qui est représentée dans chacun de ces sept domaines.

Motifs de repentance particuliers, propres à la Suisse[5]

Ces divers motifs de repentance ont été mis en évidence lors d’une rencontre avec le pasteur Baudraz, des Geneveys-sur-Coffrane, qui nous a interpellés sur le caractère unique du Jeûne fédéral et sur le défi que représentait sa réactualisation sur tout le territoire suisse. Lui-même les portait sur son cœur et les confessait régulièrement. Je me devais de les rappeler ici :

  • Le mépris des pères.
  • Le mépris des alliances élaborées par Dieu : en effet, notre société rejette les valeurs qui ont contribué à donner à la Suisse sa stabilité et sa prospérité dans tous les domaines de son développement. Cette attitude se traduit par le mépris et le rejet des valeurs spirituelles et économiques de la société, développées par nos pères durant des décennies, voire des siècles.
  • Un égoïsme et un individualisme, qui produisent le repli sur soi.
  • La puissance de Mammon, qui manipule nos choix.
  • Une compréhension souvent inadéquate de la neutralité, qui nous empêche de nous impliquer, par peur, ou qui nous pousse, comme chrétiens, à nous désintéresser de la sphère politique, où pourtant tout se décide.

Saisir l’occasion de revenir à Dieu

C’est en 1986, sous l’impulsion de Heinz Suter (de Jeunesse en mission), que j’ai eu l’occasion de rencontrer le pasteur Baudraz, mentionné ci-dessus. Celui-ci nous a rappelé, lors de divers entretiens, qu’il était prioritairement du devoir de la communauté de Jésus que de convoquer et de célébrer ce Jeûne, prophétisant qu’un tel retour à Dieu allait lui permettre de réaliser ses promesses en faveur du pays. Et de rappeler notamment cette promesse de guérison du pays, énoncée dans 2 Chroniques 7.13-14, et citée plus haut.

Depuis lors, cet appel habite mon cœur de manière permanente et profonde, et il a motivé plusieurs actions menées avec des personnes partageant la même vision. La plus spectaculaire de celles-ci a été le rassemblement organisé par le groupe CH-CH, «Chrétiens pour la Suisse» qui, sous la présidence de Kurt Bühlmann, directeur du Forum des Hommes, a rassemblé sur la prairie du Grütli[6] plus de 700 personnes, lors du Jeûne fédéral de 1998.

Cet évènement nous a permis de marquer les 150 ans de la Constitution. En ce lieu historique, cher au cœur de tous les patriotes suisses, nous avons lu toute la Bible dans les quatre langues nationales, célébré le Jeûne fédéral par la louange et la reconnaissance, la confession et la repentance, et intercédé en faveur du pays et de ses autorités durant 24 heures.

  • Quelle conscience avons-nous des enjeux liés au Jeûne fédéral ?

Je suis convaincu de l’importance de cette sainte convocation, rappelée par notre calendrier et soutenue par nos autorités. Dans les temps troublés que nous vivons, temps de grande confusion dans lesquels les pouvoirs politiques et économiques cherchent à imposer leur vision du monde, vers qui d’autre que Dieu pouvons-nous nous tourner ?

Cependant Dieu pose ses conditions : celles de nous arrêter, de nous rassembler afin d’invoquer son Nom ensemble, dans l’unité, en nous humiliant et en nous détournant de nos mauvaises voies. Quelles promesses, mais aussi quelles responsabilités pour nous, si nous croyons à l’actualité de cette Parole !

Nous constatons que l’Ecclésia – l’Eglise de Jésus-Christ – est souvent divisée, paralysée et silencieuse face aux grands problèmes que génère une société qui s’éloigne toujours plus des valeurs qui ont inspiré, depuis 730 ans, le développement et la stabilité de la Confédération.
L’Ecclésia n’a-t-elle pas besoin, de toute urgence, d’une révélation inspirée d’En-Haut pour revisiter ses paradigmes, ses fondamentaux, et oser vivre les valeurs du Royaume des cieux car, faut-il le rappeler, «…la Création attend avec un ardent désir, la révélation des fils de Dieu » (Romains 8.20).

Comme lors de la signature du pacte de 1291, les temps que nous vivons sont difficiles. Hier comme aujourd’hui, où que nous nous tournions, nous sommes confrontés à des questions qui touchent au plus profond de notre existence humaine. 

Discuter des réponses adéquates au terrorisme, de la place de la Suisse face à l’Union européenne, de la fragilité de notre approvisionnement en nourriture, du bon usage de nos ressources énergétiques ou encore de la nouvelle définition de la famille, c’est toujours revenir à la question fondamentale de notre influence potentielle sur la communauté du pays.

  • Quel impact ai-je sur la société à travers mes choix ? 
  • Quel impact avons-nous en tant que communauté chrétienne ? 
  • Quel message pouvons-nous apporter concrètement dans ce monde en perte de repères ? 

Le Jeûne fédéral, pour nous disciples de Jésus-Christ, offre à tous les citoyens suisses l’exceptionnelle occasion de s’arrêter, afin d’examiner notre vie personnelle et notre vie communautaire devant Dieu.

C’est la responsabilité du chrétien que je suis – et de tous les chrétiens vivant dans notre pays – d’apporter notre reconnaissance à Dieu pour tous ses bienfaits, de nous repentir de nos péchés et iniquités et d’intercéder dans l’unité et la diversité pour nos autorités, nos concitoyens et notre pays.

  • Comment allons-nous répondre à l’appel lancé par ces lignes ?
  • Qu’allons-nous entreprendre de concret cette année ?
  • Allons-nous arriver à nous arrêter de manière spontanée, seul ou en communauté, pour célébrer ensemble le Jeûne fédéral dans toute la Suisse ?

Conclusion

Je crois que le Jeûne fédéral est appelé à occuper à nouveau une place de choix dans notre cœur, afin que l’esprit qu’il évoque nous habite toute l’année et nous motive à nous impliquer pour ce magnifique pays que Dieu nous a confié et qu’il a protégé et gardé au cours des siècles, malgré nos infidélités.

En regardant une carte de l’Europe, avec cet îlot en son centre, je suis convaincu qu’il est porteur d’une destinée particulière que nous avons ensemble à découvrir jour après jour, afin de la dynamiser.

Avec mes frères et sœur de l’équipe « CH-CH : Paul-Henri Chevalley, Meya Corthay, mon épouse, Marc Früh, Maxime Jaquillard, Milco Margaroli, Christian Meier, Etienne Rochat, Norbert Valley», je vous invite par ces quelques mots à reconsidérer l’importance de ce jour unique, afin d’en porter la vision et de contribuer à le mettre à part, pour le célébrer année après année.

Nous désirons voir les « feux des veilleurs, que nous sommes appelés à être, s’allumer », comme lors du 1eraoût, et pouvoir assister à des actes concrets, visibles, de reconnaissance, de repentance et d’intercession dans nos communes, nos districts et nos cantons.

Philippe Corthay

Echichens


1 Assemblée des députés des cantons suisses (jusqu’en 1848).

[2] Au cours des dernières décennies, les paroles de l’hymne national ont soulevé de plus en plus de critiques, non seulement au sein de la classe politique, mais également dans la population. On leur reproche leur caractère trop engagé, trop « chrétien », en décalage avec une société qui ne partage plus ces convictions. Un concours a été lancé en vue d’en renouveler le texte ; il a débouché sur de nouvelles paroles, pleines de bons sentiments, mais qui ne satisfont à peu près personne. A tel point que l’ancien texte est encore chanté aujourd’hui dans de nombreuses communes.

[3] FUTUR/CH, Plaidoyer pour la restauration du Jeûne fédéral, Ph. Corthay.

[4] Ecclésia était le mot grec que les premiers disciples de Jésus utilisaient pour parler de l’église. Pour eux, l’Ecclésia n’était ni un bâtiment, ni un moment durant la semaine. L’Ecclésia, c’est le rassemblement de ceux qui ont répondu à l’appel de Jésus et qui ont tout quitté pour transformer le monde avec lui.

[5] Certains de ces motifs de repentance seront néanmoins tout à fait pertinents pour des lecteurs « non suisses » !

[6] La Prairie du Grütli se situe en Suisse centrale, au bord du Lac des Quatre-Cantons. C’est sur cette prairie que les premiers confédérés se seraient réunis, à la fin du XIIIe siècle, pour sceller l’alliance qui deviendra la Confédération helvétique.

Menu 3 étoiles pour temps de l’Avent

Antoine Schluchter, pasteur à La Vallée de Joux, commente ici de manière originale Luc 3.10-18, en reprenant des éléments forts du dernier livre de Marek Halter : « Un monde sans prophètes ».

Jeudi 9 décembre 2021 dans la Feuille de La Vallée, on trouvait un courrier des lecteurs intitulé :« Mais où sont passées les étoiles ? » Il ne s’agissait pas d’un cri d’alarme du responsable de l’Observatoire de La Capitaine, mais de l’observation d’un jeune homme concernant les décorations de Noël ; nos nouvelles suspensions lumineuses ne comportent en effet plus d’étoiles et cela lui donne l’impression que La Vallée perd un peu plus son âme. Les étoiles : à la fois des lumières et des points de repère dans la nuit. Des points de repère, on en a besoin, surtout en cette saison sous notre hémisphère mais aussi dans la saison que traverse actuellement notre monde. Une des paroles du texte du prophète Esaïe garde son acuité glaçante : 

« On regarde la terre, et l’on ne voit que détresse, obscurité, sombre oppression, nuit d’égarement. » (Esaïe 8.23)

Ce verset précède la prophétie annonçant cet « enfant qui nous est né » et il faut bien noter qu’ils associent l’obscurité à la détresse et à l’oppression. Le prophète n’évoque pas là une forme de déprime liée au manque de luminosité. C’est d’ailleurs pour cette raison que les Maîtres juifs ont ajouté au calendrier des fêtes instaurées dans la bible celle de Hannoucca, la fête de la lumière au cœur de l’hiver. On ne peut qu’y être sensibles, vu que le Christ est la lumière du monde et qu’à le suivre, on ne marche pas dans l’obscurité. Alors, quelle lumière l’évangile de ce matin projette-t-il sur notre terre ? Quelles étoiles fait-il briller pour nous repérer sous le ciel obscur ? Le projectionniste, comme dimanche passé, c’est Jean-Baptiste et en effet, il éclaire, il dévoile, il avertit, il clarifie. Luc résume son arrivée sur la scène publique en une phrase :

« C’est en leur adressant beaucoup d’autres appels encore que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple. » 

Donc Jean annonce la bonne nouvelle, littéralement en grec il évangélise mais comment ? En   adressant au peuple des appels ou des exhortations ou des encouragements ; le terme a toutes ces nuances. C’est un discours non pas lisse, dans l’air du temps mais rugueux, confrontant pour le temps et pour les gens du temps ; Jean-Baptiste est vraiment un prophète. Le dernier a-t-on beaucoup dit vu que Jésus est venu dans la foulée. Mais alors, y a-t-il encore des voix prophétiques de nos jours ? Que remarque-t-on quand on « regarde la terre », quand on observe ce qui s’y passe ? Il n’y a pas meilleurs observateurs que nos frères juifs dont le penseur Marek Halter. Il observe le cours du monde, il le confronte aux Ecritures et il a une parole percutante. En particulier dans son dernier livre intitulé « Un monde sans prophètes », publié aux éditions Alerte, ça ne s’invente pas. Selon lui, c’est parce qu’on ne se réfère plus à plus grand que soi : Dieu ou un idéal. Les dirigeants n’ont plus vraiment de figures d’opposition fortes (ni même de majorité). Tant que ça va à peu près, on suit sans broncher ce qui est véhiculé par les coutumes, les médias, les réseaux sociaux et personne pour secouer les consciences : un monde sans prophètes !

Nous allons donc nous appuyer sur Jean, le prophète de l’Avent, mais aussi nous référer à Marek Halter qui établit des passerelles avec notre époque pour discerner quelles étoiles-points de repère ils font briller. 

L’étoile du grand retour

La première, c’est l’étoile du grand retour. Jean a proclamé un baptême de repentance, il a engendré un mouvement de repentance dans le sens d’un changement de direction, d’un retournement, d’un retour vers Dieu. Son message est clair, il ne dévie pas, on sait où le trouver… et on vient en foule le trouver dans un état d’esprit à l’inverse de l’orgueil ou de la suffisance. Marek Halter dit que le bon dirigeant n’est pas celui qui ne se trompe pas mais celui qui reconnaît ses erreurs en écoutant le prophète et en corrigeant le tir.

À propos de passerelles, dans quel désert se poster pour avoir un tel impact ? Après la chute de Ceausescu en Roumanie, j’ai rencontré un vieux moine qui vivait dans une cabane perdue. Eh bien, les nouveaux dirigeants venaient le consulter parce qu’il avait résisté au despote et qu’il avait une parole claire, une parole de prophète. Dans la bible, le désert représente un espace de solitude qui permet la rencontre. La solitude du dépouillement, de nos jours c’est une sacrée passerelle.  Comment faire pour que nos communautés offrent une forme de déconnexion à tout ce qui circule en vue d’une reconnexion à l’essentiel ? Avoir un message clair dans un lieu précis pour faire office d’étoile du grand retour : dans nos célébrations, nos groupes de maisons, nos vies individuelles et familiales.

L’étoile du cœur de la cible

La deuxième étoile-point de repère, à propos de message clair, consiste à avoir une parole ciblée. Jean a une parole générale pour les foules et une parole pour des catégories particulières. Les foules, c’est la masse, certains parlaient jadis de masses laborieuses. Plutôt des petites gens mais avec, en fait, un gros pouvoir d’achat. Représentant donc un important marché pour faire tourner la machine. Jean a une parole ciblée. Aux foules dans leur diversité, il parle de partage de la nourriture et du vêtement, soit des besoins de base. Aux collecteurs d’impôts d’équité et aux soldats de respect.

Dans le fond, et là que de passerelles, c’est un message de partage et de refus des abus. Que ce soit en gardant tout pour soi ou en abusant de son pouvoir. C’est assez impressionnant que Jean invite à manifester ainsi la repentance. On a peut-être trop tendance à la réduire à la dimension spirituelle. Mais là, le retour vers Dieu se traduit par une attitude nouvelle envers le prochain. Marek Halter indique qu’être prophète n’était pas de tout repos. La plupart ont été tués ou ont dû s’exiler. Mais, ajoute-t-il, les rois qui les avaient rejetés ne leur ont pas survécu. 

Il me semble que les exhortations de Jean lorgnent vers des thèmes très actuels. Les communautés de partage, le recyclage, les ressources mises en commun, un exercice sans faille de la justice, la dénonciation des abus, le respect de chacun. Cette étoile est l’étoile-point de repère du cœur de la cible : il s’agit de viser juste et d’oser appeler au changement. En nous engageant résolument sur ce chemin aux passerelles multiples.

L’étoile messianique

La troisième étoile est l’étoile messianique qui n’est pas en sucre glacé. C’est un messie qui vient faire le tri et brûler la paille dans un feu qui ne s’éteint point. On représente volontiers Jésus comme semeur, on l’imagine engranger le bon grain mais moins avec une fourche ou une pelle à vanner. Pourtant ne dira-t-il pas qu’il est venu « allumer un feu sur la terre » ? L’étoile messianique est rugueuse, interpellante. Ce qui est intéressant, c’est que Jean donne d’abord des instructions pratiques et qu’ensuite seulement, il parle du Messie. Avec, il faut le reconnaître, un accent très fort sur le jugement. Il ne pouvait pas en aller autrement car pour lui, le Messie allait inaugurer les temps nouveaux en mettant un terme à l’histoire humaine par le jugement. Il fallait donc tout mettre d’aplomb dans sa vie pour l’accueillir.

Comparativement, Jésus ajoutera une bonne dose de miséricorde et surtout de temps en inaugurant le temps de la grâce qui a déjà duré deux millénaires depuis lesquels le message du salut retentit sur toute la face de la terre. C’est véritablement une divine surprise.

Menu 3 étoiles

Notre Menu 3 étoiles nous offre de bons points de repère dans la nuit du monde. 

L’étoile du grand retour nous invite à accueillir le Seigneur de façon renouvelée et à nous poster à la marge des modes et des pensées dominantes pour offrir aux humains en quête un espace de déconnexion du superficiel –ou tout simplement du passager– en vue d’une connexion à l’essentiel, qui est éternel.

L’étoile du cœur de la cible nous invite à accueillir les appels prophétiques jusqu’au cœur de nos existences pour les laisser se déployer dans ce qu’il nous est donné de vivre et de partager. En osant une parole ciblée et des engagements concrets.

L’étoile messianique est celle qui doit briller au firmament et constituer le repère fondamental à ne jamais perdre de vue – pour nous – et à ne jamais occulter – pour autrui.

Nos frères et sœurs juifs l’attendent encore comme bien des humains dans ce monde qui a grandement besoin de la lumière, de l’éclairage des prophètes. L’interview de Marek Halter à laquelle je me réfère a été faite dans le cadre de l’émission juive « À l’origine » (France 2) qui avait pour titre ce dimanche-là « Hannouca, la lumière des prophètes ». Laissons-nous éclairer !

Relevez la tête !

Prédication du premier dimanche de l’Avent, prononcée à Romainmôtier par le Pasteur Antoine Schluchter.

Nous sommes rassemblés à l’invitation du même Seigneur pour nous mettre à l’écoute d’une même parole d’évangile que le reste du monde. Même Seigneur, même parole divine, même monde : l’œcuménisme dans ce qu’il a de meilleur. Ce matin, nous sommes confrontés, chahutés par la force des mots rudes de Jésus. Incontournable étape pour que la Bonne Nouvelle nous atteigne et nous convertisse. Cette prédication tentera de faire écho à la substance du passage d’évangile en particulier : Luc 21.25-38

Au rythme d’une de ses paroles-phare :

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

En cette fin d’année où la nuit étend son emprise et le froid ses morsures.

En cette pandémie où d’innombrables questions lacèrent nos certitudes.

Comme le peuple élu a jadis traversé la solitude de siècles sans parole divine.

Comme tant de peuples promis au bonheur ploient sous le joug de leurs oppresseurs.

Comme tant de femmes depuis la nuit des temps subissent sans mot dire.

Comme trop d’enfants brimés d’insouciance et grevés d’affection dépérissent.

Comme tant d’humains errent sans le moindre repère.

Jusqu’à nos églises en souffrance, en perte de sens, en manque de reconnaissance.

Nos nuques se raidissent, nos dos se voûtent.

Sous les courbatures du doute.

Les crispations de la désespérance.

Le souffle court, le cœur lourd, nous avançons tête basse.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Quand la danse des astres devient folle et angoissante.

Et les signes de dérèglement clignotent au tableau de bord du monde.

Et le grand astre nous darde de ses rayons brûlants.

Et des tonnes d’engins tournoient au-dessus de nos têtes.

Quand la mer s’agite en d’insupportables fracas.

Et les tempêtes se multiplient, grossissent, déferlent.

Et les eaux se réchauffent et les fleuves s’assèchent.

Et les feux et nos activités déstabilisent ce qui a toujours été.

Et se réveillent de leur engourdissement originel des organismes menaçants.

Quand les puissances des cieux et les fondements de la terre seront ébranlés.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Déjà paraît le signe du figuier aux bourgeons prégnants.

Déjà sortent de terre des semences gorgées d’évangile.

Déjà la nuit se dilue.

Déjà l’horreur compte ses heures.

Déjà l’adversaire recule et prend la fuite.

Déjà s’inversent les forces en jeu.

Déjà point l’espérance du fruit mûr.

Déjà retentit le chant des moissonneurs.

Déjà se lève la génération des promesses réalisées.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Encore pourtant subsistent les illusions éphémères.

Encore les appels aux excès dévoreurs de foi et porteurs d’irrespect.

Encore les déséquilibres répétés entre puissants infatués et petits méprisés.

Encore ces nourritures qui nous laissent sur notre faim.

Encore ces ivresses qui donnent à nos cœurs la gueule de bois.

Encore ces lourdeurs qui entravent notre délestage.

Tentant vainement de voiler la proximité du règne.

Et l’imperturbable pérennité des paroles du Maître.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Le grand dénouement aux images implacables.

Les couleurs aux contrastes virulents, les traits forcés à souhait.

Du jour qui prend à l’improviste.

Jetant son filet sur le monde en son entier.

Qui pourrait y échapper ?

Avec quelle dignité ?

De sa bouche sort l’épée de feu.

Dans sa main la pelle à vanner.

Il vient dans son règne.

Qui pourrait lui résister et devant lui subsister ?

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Il vient, le temps des certitudes.

Il prend corps, le temps des promesses égrenées au long du texte.

« Alors on verra le fils de l’homme venant sur une nuée 

dans toute sa puissance et sa gloire. »

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche. »

« Sachez que le règne de Dieu est proche. »

Il est venu le temps de se lever, ceinture aux reins et bâton à la main.

« Tenez-vous sur vos gardes de peur que vos cœurs ne s’alourdissent. »

« Restez éveillés dans une prière de tous les instants. »

Les promesses divines fendent les brumes et traversent les tempêtes.

Elles nous piquent de leur souffle glacial et gonflent nos voiles.

Nous mettant en état de vigilance, d’éveil, de prière.

Invitation à faire grandir entre nous et rayonner autour de nous l’amour du Christ.

Jour après jour dans l’attente de son jour.

Et la nuit tombée, à le rejoindre priant au mont des Oliviers.

Pour mieux, le jour venu, dès l’aube naissante, rejoindre le peuple des humains.

L’accueillir en nos synagogues.

Car c’est tout à fait certain, nous sommes cette génération qui…

« …ne passera pas que ces choses n’arrivent. »

Comme celles qui nous ont précédés et –qui sait ? —celles qui suivront.

Génération de sauvés en espérance et –qui sait ? —en plénitude.

Génération proche de la délivrance.

Génération de prière et de vigilance.

Les enjeux sont fixés.

Les épreuves annoncées.

Le chemin tracé, balisé du tout premier Avent au tout dernier.

Marchons-y ensemble accompagnés, attentifs, rassérénés.

Le regard vers le but fixé.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Romainmôtier, célébration œcuménique régionale, dimanche 21 novembre 2021

Pasteur Antoine Schluchter