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Auteur/autrice : admin

L’Ancien Testament est-il encore nécessaire à la foi chrétienne?

Voici une prédication de Luc Badoux

Textes bibliques : Exode 3.1-10 : Moïse et le buisson ardent; Hébreux 3.1-6

Imaginez que l’on fasse seulement avec le Nouveau Testament (NT).

Au plan pratique : on aurait une bible plus compacte qui tient dans la poche.

Mais surtout au plan du message : on aurait

  • Moins de textes de guerre ;
  • Plus les sacrifices d’animaux qui sont d’un autre temps ;
  • un message universel sans passer par un peuple élu. 

Alors, que faire de l’Ancient Testament (AT), on le garde ou pas ?

Ma question vous paraît peut-être incongrue voire idiote, parce qu’on est nombreux à recevoir depuis tout petit la Bible comme un tout. Mais sachez qu’au 2ème siècle, au temps de l’église primitive, la question s’est posée très sérieusement. Alors que la Bible n’existait encore pas comme un livre constitué, un certain Marcion a proposé de considérer la torah, l’AT comme le livre des juifs et le NT comme le livre des chrétiens. Dans sa compréhension, Marcion opposait le Dieu de justice de l’Ancien Testament au Dieu d’amour du Nouveau Testament. Se voulant très spirituel, il se désintéressait du Dieu créateur au profit du seul Dieu de miséricorde. Mais en l’an 144 à Rome, les anciens de l’Église à Rome ont déclaré que vouloir séparer le Dieu qui se manifeste dans l’AT et le NT était une erreur, une hérésie. Au travers de ces anciens, c’est Dieu par son Esprit-Saint qui veillait sur le message de l’Évangile.

Je vous fais faire maintenant un saut de l’an 144 jusqu’en 1944 dans l’Allemagne nazie. Pendant le nazisme, une partie de l’Eglise s’est perdue. Mais pas l’Église confessante et le pasteur Dietrich Bonhoeffer, emprisonné pour son opposition farouche à Hitler. Il a écrit :

« C’est seulement quand on connaît l’impossibilité de prononcer le nom de Dieu qu’on a le droit de prononcer finalement celui de Jésus-Christ. … Celui qui veut être et sentir trop rapidement selon le Nouveau Testament n’est pas chrétien à mon avis. »

Cette impossibilité de prononcer le nom de Dieu, c’est ce que les Juifs vivaient. Ils avaient développé pour Dieu un respect si profond, mêlé de crainte, qu’ils n’osaient pas prononcer son nom. Ils avaient saisi quelque chose de la sainteté de Dieu. Une sainteté qui risquait de les anéantir, de les consumer s’ils s’en approchaient trop, de façon légère. Ils avaient compris que l’on ne peut pas apprivoiser Dieu, le dompter ou le mettre dans sa poche. Il est Dieu, le Créateur de toutes choses, le Tout-puissant.

Selon Dietrich Bonhoeffer, il faut prendre conscience de tout cela pour prononcer valablement le nom de Jésus-Christ. Il s’agit de comprendre qu’en Jésus, c’est le Dieu saint qui s’approche de nous, lui dont Israël n’osait même pas prononcer le nom.

Ce Dieu saint s’est pourtant révélé petit à petit à Israël. Au fil de l’histoire du peuple, au fil de ses malheurs, de ses guerres, de ses famines, de ses rivalités internes, Dieu leur a parlé et il s’est fait connaître à eux. Tout cet AT nous permet de prendre la mesure de ce que représente la venue de Jésus sur terre : Le Dieu immense, saint et juste, choisit de s’approcher de nous et de devenir un homme.

Les non-croyants, les juifs et les musulmans qui ne veulent pas croire en Jésus-Christ voient souvent mieux que nous ce qu’il y a d’incroyable et d’extraordinaire dans la venue de Jésus.

Alors chers amis, faisons attention de toujours discerner en Jésus, le Dieu saint, celui que l’on ne peut pas apprivoiser, dompter ou amadouer.

Ceux qui aujourd’hui pensent connaître Jésus tout en faisant de lui un grand humaniste ou un sage ou un prophète ont besoin de l’AT.

Tout comme ceux qui pensent pouvoir ramener Dieu à l’état de copain ou de meilleur pote.

Un immense malentendu à propos de Jésus peut surgir si on ne lit du NT que certaines pages et que l’on évacue l’AT. On risque de ne donner à la vie et à la foi chrétienne qu’une dimension horizontale centrée sur les relations humaines. L’AT nous rappelle la transcendance, la présence de Dieu dans le monde, de Dieu qui existe indépendamment de nous.

Pour comprendre qui est Dieu qui se manifeste en Jésus-Christ, il faut prendre l’entier de la révélation, AT et NT.

L’AT va notamment nous permettre de comprendre que si Dieu s’approche de nous, s’il nous aime d’un amour total, il n’est pas pour autant le plus cool de nos copains mais notre Seigneur.

Pour cela je vous invite à reprendre l’histoire de l’Exode et à voir comment Dieu s’est approché de Moïse.

  1. Il se fait connaître par un buisson ardent qui ne se consume pas. Dieu ne se consume pas, il demeure. Ni le feu qui brûle, ni le temps qui nous vieillit, n’ont de prise sur lui. Dieu est Celui qui est, qui était et qui vient.
  2. « Moïse, Moïse !» Il appelle Moïse par son nom. Dieu connaît Moïse alors que Moïse ne sait rien de Dieu. Lorsque, juste après, Moïse lui demandera son nom, Dieu déclarera : Je suis qui je suis. Les Israélites comprendront alors qu’une part de Dieu nous reste inaccessible. On ne peut pas mettre la main sur Dieu.
  3. « Enlève tes sandales » Dieu fait découvrir à Moïse sa sainteté en lui ordonnant de ne pas s’approcher du buisson et d’enlever ses sandales. Dieu n’est pas notre pote à qui on vient taper sur l’épaule. Là où est Dieu, là où Dieu s’incarne, on touche au sacré. Voilà pourquoi, pour nous chrétiens, seul l’être humain, créé à la ressemblance de Dieu est sacré et intouchable.
  4. « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. » Dans sa rencontre avec Moïse, il se révèle comme le Dieu de ses ancêtres, le Dieu qui était avant lui, le Dieu qui nous précède en toutes choses.
  5. « J’ai vu comment on maltraite mon peuple. » Dieu voit. Il voit ce qui se passe sur terre. Il voit comment les hommes se traitent les uns les autres. Et en réponse aux cris qui montent à lui, il intervient. Le Dieu qui vient délivrer Israël de la main des Égyptiens et Jésus qui vient nous délivrer du péché ne sont qu’un. Le Fils ne fait que révéler qui est le Père depuis toujours. Le Dieu de miséricorde ne surgit pas de nulle part avec Jésus.
  6. « Je suis venu délivrer les Israélites du pouvoir des égyptiens et les conduire vers un pays beau et vaste. » En Jésus comme dans l’histoire d’Israël, il est le Dieu fort qui conduit hors de tous les esclavages jusqu’à la terre et la vie promise.
  7. « Je t’envoie maintenant vers le Pharaon » Dieu appelle Moïse à son service et il l’envoie pour faire sortir Israël de l’esclavage. Jésus qui vient à nous ne fait pas autre chose. Il nous appelle à son service et nous envoie dans le monde. La révélation de Dieu en Jésus-Christ ne tombe pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une longue chaîne d’interventions de Dieu qui exprime sa fidélité et qui nous fait comprendre que Dieu ne lâchera pas l’humanité. De Moïse jusqu’à Jésus, Dieu se révèle comme un berger tenace qui ne lâche pas son bâton de berger et qui n’abandonne pas les siens.

Chers amis, l’Ancien Testament, on peut aussi l’appeler le Premier Testament. Le Premier Testament, la première alliance est nécessaire pour recevoir la nouvelle alliance.

Amen

Luc Badoux

Corsier, dimanche 7 novembre 2021

Habaquq : les cinq malheurs de la Société

Voici une prédication de Philippe Decorvet

Textes bibliques : Habaquq 2. 1-4 ; 2.b-20 ; 3.18-19

Le prophète Habaquq n’est pas le prophète le plus connu de la Bible, du moins chez la plupart des fidèles. Certes il a joué un rôle décisif dans la vie de Luther, puisque c’est la phrase du chapitre 2 verset 4 – le juste vivra par la foi – citée par l’apôtre Paul dans l’épitre aux Romains qui sera à l’origine de la Réforme. Mais il y a aussi d’autres raisons pour lire ce prophète dont l’actualité est proprement bouleversante. Le début du chapitre 2 est en effet une description de notre société du 21e siècle étonnante. En lisant ces versets, on pourrait même croire qu’Habaquq, qui a vécu à la fin du 7e siècle avant Jésus-Christ, soit il y a environ 2500 ans, est quasiment notre contemporain ! Que dit-il en effet ?

Malheur à celui qui augmente le fardeau de ses dettes !

Tes créanciers ne se lèverontils pas soudain ?

N’est-ce pas actuel cela ? ça ne vous rappelle rien ?

Et Habaquq ne s’arrête pas là ! Dans ce seul chapitre 2, il va dénoncer à 5 reprises des pratiques semble-t-il courantes à l’époque, mais qui pourraient tout aussi bien décrire notre société actuelle ! Avec même une précision stupéfiante !

Certes, ces 5 « Malheurs » concernent essentiellement les Chaldéens contemporains du prophète, ennemis d’Israël et envahisseurs de leur territoire, Mais ils décrivent aussi prophétiquement et mettent en garde notre société occidentale actuelle ainsi que nos Eglises, si elles n’écoutent pas la Parole du Seigneur qui est aussi pour elles.

Le mot malheur qui est répété 5 fois dans ces quelques versets n’est peut-être pas la meilleure traduction, car il peut faire penser à une malédiction, ce qui n’est pas le cas du mot hébreu. Dans sa traduction de la Bible, André Chouraqui précise que ce mot hébreu – Hoïe – est en fait un cri de deuil. Il s’agit donc moins d’une malédiction que d’un cri de souffrance face à la mort. N’est-ce pas comme les larmes de Jésus, le jour des Rameaux, qui s’écrie en descendant le mont des Oliviers et voyant en face de lui la ville de Jérusalem : si toi au moins tu connaissais les choses qui appartiennent à ta paix…Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t’environneront de tranchées… ils te détruiront toi et tes enfants… (Luc 19.41-44). Et l’évangéliste Luc ajoute : Jésus pleura. Lui aussi a dû s’écrier Hoïe !

Le 1er Malheur, 1er cri de deuil est particulièrement actuel :

Malheur, Hoïe, à celui qui accumule ce qui n’est pas à lui !

Malheur à celui qui augmente le fardeau de ses dettes !

Tes créanciers ne se lèveront-ils pas soudain ? (v 6).

N’est-ce pas exactement ce qui se passe actuellement et qui est à l’origine de la crise actuelle qui frappe ou a frappé de nombreux pays – et non des moindres ? Tout y est : L’augmentation vertigineuse de la dette accompagnée de la réaction aussi violente que soudaine des créanciers à laquelle personne ne s’attendait.

Le premier « malheur », le premier cri de deuil concerne le pouvoir de l’argent. La Bible n’est pas contre la richesse. Beaucoup de grands hommes de Dieu étaient riches. C’était même pour eux signe de bénédiction (cf. Abraham, Jacob, Boaz, Job). Mais l’Ecriture met en garde contre le pouvoir séducteur et corrupteur de l’argent. Cf. Le jeune homme riche (Mc. 10 17-27). C’est le seul homme, avec Lazare et Jean, dont il est dit expressément que Jésus l’aima. Mais cette rencontre entre Jésus et le jeune homme riche révèle aussi la tentation de la richesse. L’apôtre Paul l’a bien compris quand il écrit à son disciple Timothée : l’amour de l’argent est une racine de tous les maux. (1 Tim.6.10). Jésus aussi a souligné la tentation de la richesse ; il a d’ailleurs parlé de l’argent plus que de n’importe quel autre sujet à part le Royaume de Dieu. Et la Bible parle 2084 fois de l’argent et de la richesse, mais seulement à 215 reprises de la foi et 208 du salut (d’après Earl Pitts de JEM).

De tout temps ce fut un problème pour l’Eglise. Voici ce que dit John Wesley dans un texte souvent cité :… Quel remède apporter pour que notre argent ne nous enfonce pas au plus profond de l’enfer ? Il y a un moyen, et pas d’autre sous le ciel. Si ceux qui gagnent tout ce qu’ils peuvent, et épargnent tout ce qu’ils peuvent, voulaient aussi donner tout ce qu’ils peuvent, alors plus ils gagneraient plus aussi ils croîtraient en grâce et plus ils accumuleraient des trésors dans les cieux. (cité par F. Lovsky : Wesley, p.121).

2e Malheur, 2e cri de deuil :

Malheur, Hoïe, à celui qui amasse pour sa maison des gains iniques.

Afin de placer son nid dans un lieu élevé (v.9)

C’est de nouveau une question d’argent. A quoi cela vous fait-il penser ? Les «  nids élevés » que l’on ne peut atteindre et où l’argent est soi-disant en sécurité, ne sont-ils pas les paradis fiscaux modernes ? Il y a là aussi une actualité extraordinaire.

Le second malheur concerne donc la cupidité, l’égoïsme et l’exploitation du prochain. C’est une conséquence de l’amour de l’argent. Le texte donne aussi des précisions très actuelles : En détruisant des peuples nombreux. On pourrait parler de la cupidité des conquistadores espagnols en Amérique du Sud, ou de la cupidité des trafiquants d’esclaves qui est encore pire. Je me suis laissé dire que la Suisse aussi a profité de ce trafic…

Mais Habaquq ne s’arrête pas là ! Après les deux premiers cris concernant l’amour de l’argent et la cupidité, il parle de violence :

3e Malheur, 3e cri de deuil :

Malheur, hoïe, à celui qui bâtit une ville avec le sang (v.9).

Qui fonde une ville avec l’iniquité.

Le 3e malheur concerne la violence et la malhonnêteté

Là encore, ce 3e malheur concerne d’abord, bien sûr, les Babyloniens qui sont les envahisseurs cruels, mais « à travers eux tous ceux qui en tout temps se comportent de la même manière » (Nouveau commentaire biblique, page 806). Si nous étudions l’histoire de nos sociétés, de nos pays, qu’est-ce qui les caractérise ? Comment nos pays se sont-ils construits ? Et si nous regardons les nouvelles, que constatons-nous, sinon la violence ? Pas seulement en Ukraine, en Syrie ou en Afghanistan, mais dans nos quartiers dits sensibles, dans la violence faite aux femmes (viols, etc). Quant à la malhonnêteté, la tromperie etc. !

N’y a-t-il pas là aussi un portrait de nos sociétés actuelles ?

4e Malheur, 4e cri de deuil :

Malheur, hoïe, à qui fait boire son prochain

A toi qui verses ton outre et qui l’enivres,

Afin de voir sa nudité.

Il s’agit encore de violence et de cruauté (v.17) qu’Habaquq compare à des scènes où des soudards se livrent à toute espèce d’ivrognerie ou de sexualité sans aucune limite. Mais les images choisies sont plus que des images. C’est le déferlement de toutes les passions : alcool, sexe, drogue, c’est le déferlement de l’immoralité sous toutes ses formes.

Le 4e malheur concerne l’immoralité.

Je suis frappé de constater à quel point notre société a perdu le sens de la morale. Ce terme est même devenu obscène ! Plus que l’immoralité, c’est l’amoralisme qui est omniprésent aujourd’hui, ce qui est probablement pire.

5e Malheur, 5e cri de deuil :

Malheur, hoïe, à qui dit au bois : Lève-toi

A une pierre muette : Réveille-toi.

Les prophètes ont constamment attaqué l’idolâtrie. Ils ont même souvent manifesté une ironie féroce à l’encontre de ceux qui fabriquent des idoles, de bois ou de pierre (cf. Es. 44.12-18 ou le Psaume 115).

Il brûle au feu la moitié de son bois,

Avec cette moitié il cuit de la viande…

Et avec le reste il fait un dieu, son idole…(Es.44)

Le 5e malheur concerne l’occultisme

Bien sûr, notre société ne se prosterne pas devant des idoles de bois ! Mais la superstition et l’ésotérisme n’ont pas disparu pour autant ! Ils ont simplement pris d’autres formes. Il n’y a qu’à lire les horoscopes dans la plupart de nos journaux. Et que dire des diseuses de bonne aventure, des voyants, des marabouts, des guérisseurs et des charlatans de toutes sortes ! Sans parler d’un occultisme beaucoup plus fort ou des idéologies inquiétantes et violentes qui radicalisent une certaine jeunesse en mal de vivre et à la recherche d’un sens à son existence ? Certes, là encore, la description d’Habaquq concerne d’abord les Chaldéens et la société de son temps, mais n’est-ce pas aussi la description de notre société contemporaine ?

Face à ce constat assez sombre et triste que va faire Habaquq ?

Il va entreprendre essentiellement deux choses :

1.D’abord il n’a pas peur, ni honte de dire son incompréhension et même sa révolte : il adresse à Dieu toute une série de pourquoi, et lui fait part de ses plaintes et de ses doléances :

Jusques à quand ô Eternel ?… J’ai crié et tu n’écoutes pas.

J’ai crié vers toi à la violence, et tu ne secours pas !

Pourquoi me fais-tu voir l’iniquité

Et contempler l’injustice ?…

Aussi la loi n’a pas de vie (ch.1.2-3).

Là encore Habaquq est très actuel. Ces questions, ces pourquoi, ces doléances ne sont-elles pas aussi celles que de nombreuses personnes adressent au Seigneur. L’immensité de la souffrance est un problème que l’on entend souvent : « Si Dieu existait, il n’y aurait pas toute cette violence, toutes ces injustices et tout ce mal ! »

Il n’est pas interdit de se poser toutes ces questions. Habaquq, tout prophète qu’il était, se les est aussi posées. Il vaut beaucoup mieux les exprimer – et les exprimer à Dieu – que de ruminer intérieurement sa colère, son incompréhension, sa frustration et ses doutes !

2.Mais le prophète ne s’arrête pas là. Il ne reste pas passif, il veille, comme il dit : il se met en situation d’écoute et il attend que Dieu lui réponde :

J’étais à mon poste, et je me tenais sur la tour

Je veillais pour voir ce que l’Eternel me dirait.

L’Eternel m’adressa la parole, et il dit : Ecris la prophétie ;

Grave-la sur des tables afin qu’on la lise couramment

Car c’est une prophétie dont le temps est déjà fixé,

Elle marche vers son terme, et elle ne mentira pas :

Si elle tarde attends-la,

Car elle s’accomplira certainement.

Voici, son âme s’est enflée, elle n’est pas droite en lui

Mais le juste vivra par sa foi. (Hab.2.1-4)

Et Dieu a répondu, une réponse extraordinaire, elle projette Habacuc directement en plein Nouveau Testament.

Cette dernière phrase le juste vivra par la foi est en effet citée 3 fois dans le N.T. (Ro.1.17 ; Gal 3.11 ; Heb.10.38) et chaque fois dans un contexte très important qui parle du salut. C’est par la citation de cette phrase que s’ouvre l’épitre aux Romains dont elle est la clé pour comprendre cet écrit fondamental (Ro.1.17). C’est ce texte qui a transformé Martin Luther et a fait de lui le Réformateur qui a transformé l’Europe…

Habaquq, bien sûr, n’a pas vu la totale réalisation de la prophétie que Dieu lui révèle et qui ne se réalisera que 6 siècles plus tard à Bethlehem et à Golgotha, mais il a compris deux choses fondamentales : D’abord que Dieu a la solution à ce qui le tourmente et le révolte. Il n’est pas pris au dépourvu, il connait la situation et il a une solution. Il a un plan de salut qui s’accomplira sûrement. Habaquq peut même déjà le mettre par écrit, Dieu reste souverain.

Ensuite il comprend une deuxième vérité : non seulement Dieu a un plan, mais il interviendra Lui-même. C’est pourquoi dans le 3e et dernier chapitre Habaquq, apaisé, chante et loue son Sauveur :

Mais moi j’exulterai en l’Eternel

Je veux trouver l’allégresse dans le Dieu de mon salut (3,18).

Quelle différence avec les premiers versets de sa prophétie où il clame sa révolte et ses pourquoi ! Quel cheminement Habaquq n’a-t-il pas fait au cours de ces trois brefs chapitres ! Il n’a peut-être pas reçu de réponse rationnelle à ses questions, mais il sait qu’il a un sauveur et que ce sauveur viendra au moment fixé par Dieu car sa promesse est certaine.

Effectivement cette prophétie s’est accomplie à la lettre : Dieu est venu en Jésus-Christ : lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils. (Gal.4.4)Dieu avait bien dit que la prophétie ne s’accomplirait pas tout de suite, mais qu’elle s’accomplirait certainement. Elle s’est accomplie. Jésus est venu. Le Sauveur est là ! « O Jésus ma joie » chantera plus tard J-S Bach.

Habaquq a eu confiance dans les promesses de Dieu. Il a cru sa Parole. Il a cru que Dieu restait souverain même si beaucoup de choses le dépassaient. Il a cru à sa présence et à son amour inconditionnel.

Ce chemin d’Habaquq est aussi le nôtre :

Dire à Dieu ce qu’il y a au fond de nos cœurs.

Recevoir ses promesses, accueillir et croire sa Parole.

Cultiver une vraie relation personnelle avec le Sauveur.

Découvrir le Père.

N’est-ce pas ce dont nos contemporains ont le plus besoin : Retrouver le Père dans un monde orphelin et sans repères.

C’est pour cela que Dieu a envoyé Jésus. Il est le chemin. N’est-ce pas le moment plus que jamais d’écouter le prophète Esaïe qui a souvent été appelé le cinquième évangéliste : Voici le chemin, dit-il au chapitre 30 verset 21 : marchez-y !

Amen

Prière pour les découragés de l’Eglise

Sur ta parole, je jetterai les filets
(Luc 5,5)

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Seigneur, nous sommes comme ces pêcheurs rentrés bredouilles après une nuit de pêche,
assis en train de nettoyer leurs filets.
Résignés et découragés, car si peu de personnes répondent à ton appel et te suivent.
Nos églises se vident, nos communautés vieillissent, les jeunes désertent.
Pourtant depuis tant d’années, nous avons jeté nos filets,
célébré ton culte, accompli tant de services en ton nom.

Pour quel résultat, Seigneur ?
Regarde l’état de ton Eglise !
T’est-il indifférent qu’elle se décompose ?
Comment acceptes-tu que tant de personnes s’éloignent de toi ?
Pardon, Seigneur, nous sommes résignés.

Nous avons perdu l’enthousiasme.
Nous passons notre temps à analyser les causes de cet échec au lieu de reprendre notre élan.
Mais nous ne voulons pas en rester là.
Ou plutôt, tu ne te résignes pas, car tu continues à aimer ton Eglise,
qui est ton corps, une partie de toi-même.
C’est pourquoi nous voulons réagir.

Alors, Seigneur, renouvelle notre confiance que toi, tu feras le premier pas.
Tu es le Dieu des surprises et de l’inattendu, qui n’entre dans aucune statistique.
Ton Esprit est à l’œuvre, tu appelles, tu verses des charismes, tu suscites des prophètes.
Tu crées des mouvements et des communautés nouvelles
pour élargir ton Corps aux dimensions de l’humanité entière.
Nous faisons silence devant toi, pour que germe en nous cette espérance.

Comme Pierre, nous voulons te dire « Sur ta Parole, Seigneur, je vais jeter les filets ».
Eveille notre confiance que ta Parole accomplit son œuvre,
si nous y adhérons de tout notre cœur.
Fortifie notre décision, notre engagement et notre persévérance.
Forge en nous le courage de nous lever.
Conduis-nous pas à pas à travers la vallée obscure
Encourage-nous par des signes et place des anges sur nos chemins !

Martin Hoegger

Prise de parole du R3 dans la crise de l’EERV

Nous sommes attristés par la crise grave que traverse l’Eglise évangélique réformée du Canton de Vaud, crise qui apparaît au grand jour en ce mois de juin 2016. Nous résistons à la tentation de nous poser en juges ou en donneurs de leçons.

Plutôt que de jeter de l’huile sur le feu, nous appelons tous nos membres à prier le Seigneur de l’Eglise. Qu’il inspire tous les protagonistes dans la recherche d’une sortie de crise qui respecte toutes les personnes ! Nous soutenons donc de tout cœur l’appel à la prière lancé par Crêt-Bérard, tout particulièrement les 29 et 30 juin.

Avec l’Evangile (Matthieu 18 en particulier), nous recherchons le chemin de la réconciliation, ce qui implique au moins cinq courages:

  1. le courage d’aller vers nous-mêmes;
  2. le courage d’aller vers l’autre;
  3. le courage de dire la vérité (donc de nommer le négatif) en restant dans l’amour;
  4. le courage de prier ensemble;
  5. le courage de persévérer dans un pardon continuel.

« Jésus, tu es le secret de toute réconciliation
Dans les désolations que nous devons traverser un jour ou l’autre,
Donne-nous de ne choisir que toi, de ne regarder qu’à toi, de n’aimer que toi
qui a vécu toutes les Béatitudes, chaque jour mais surtout à ton Heure !
Verse en nous ton amour qui supporte tout, croit tout et espère tout ! »

D’autre part, nous sommes appelés, nous-mêmes, nos autorités et l’ensemble des acteurs de l’EERV, à un profond changement d’attitude (metanoïa) dans la façon d’être en relation et d’exercer l’autorité donnée à chacun. La crainte face au futur nous a trop souvent amenés à chercher le contrôle. Aujourd’hui il est évident qu’une autre culture relationnelle doit naître entre nous, dans la manière dont nous parlons les uns des autres, dans nos lettres et dans nos prises de paroles publiques. Plus nous portons de responsabilité institutionnelle et plus nous sommes responsables de vivre ce changement.

Le R3 s’engage à prier et œuvrer pour ce renouveau dans nos Eglises réformées, en nous et entre nous.

Pierre Bader et Gérard Pella pour le Comité du R3

En lien: quelques principes de leadership selon la Culture de l’Honneur

Le Manifeste bleu ne laisse pas indifférent !

Après une longue période de gestation, le Manifeste bleu du Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) est devenu public le 14 avril 2016. Il est également présenté en allemand sur le site landeskirchenforum.ch. J’aimerais donner ici un aperçu des différents échos qu’a suscités ce Manifeste pendant les premières semaines.

Les encouragements

Echo d’une paroissienne vaudoise :

« J’ai pris connaissance du Manifeste bleu avec une immense gratitude pour tous ceux qui ont travaillé à son élaboration.

Sa lecture m’a profondément réjouie et encouragée par sa dimension d’espérance.  La clarté de sa position théologique alliée à la volonté de croire à l’efficacité de la Parole de Dieu, tout entière inspirée, pour oeuvrer à un renouveau de notre Eglise m’a personnellement fortifiée en tant que paroissienne de plus en plus perplexe et en désaccord avec l’évolution de l’EERV. »

Echo d’un pasteur romand:

« Juste un petit mot pour vous féliciter et vous remercier chaleureusement pour la rédaction du manifeste bleu auquel j’adhère pleinement.  J’y perçois non seulement une réflexion pertinente, mais une parole de Dieu à son Église aujourd’hui.
Je me sens pleinement concerné par l’appel à la repentance et ferai mon possible pour le partager. »

Echo d’un professeur en Côte d’Ivoire :

« Il s’agit là d’un combat noble et encourageant pour l’avenir, parce que nous redoutons beaucoup ici en Afrique que les prises de position de l’Église Évangélique Réformée du Canton de Vaud et de l’Église Protestante Unie de France ne nous soient, à la longue, imposées ici par le truchement de nos gouvernements. »

A lire ces témoignages, on voit que le Manifeste bleu a atteint son premier objectif :

« mettre en lien ceux qui partagent ces vérités et valeurs » (p.4).

Le second objectif était de « susciter un débat avec ceux qui ne les partagent pas (ou pas toutes) ». Là encore, l’objectif est atteint : le Manifeste n’a pas laissé indifférent !

Les critiques

Les pasteurs Kraege et Freudiger ont pris la peine de rédiger toute une série de critiques concernant notre façon de lire la Bible ou de concevoir l’Eglise (voir leurs documents sur le site pertinence.ch). Il n’y a là rien d’étonnant puisque le débat entre une approche plus « critique » et une approche plus « conservatrice » ne date pas d’hier. Ce qui est plus inquiétant, c’est leur désir de prouver que l’ecclésiologie du Manifeste bleu n’est pas compatible avec celle de l’EERV. Est-ce que cela traduit le souhait de faire sortir/exclure de l’Eglise réformée tous ceux qui sont plus ou moins bleus (évangéliques, conservateurs et/ou confessants) ? Le débat est ouvert ; nous espérons le poursuivre de vive voix.

A mon sens, ce qui va nous demander le plus d’attention, ce sont les réactions — parfois épidermiques — de certains paroissiens. Elles portent en général sur une seule des 25 pages du Manifeste, celle qui qui concerne « Le couple, la famille, le célibat ». On y trouve quelques lignes très fortes concernant la bénédiction de partenaires de même sexe, aussitôt équilibrées par l’affirmation que chacun de nous est à la fois « prodigieux… perturbé… et appelé à être sauvé » (p.18).

Les quelques réactions que j’ai pu voir me donnent à penser que le genre littéraire d’un manifeste se prête mal au dialogue avec les personnes qui ne partagent pas toutes nos convictions. Il est risqué — voire réducteur — d’aborder des sujets très sensibles (comme l’homosexualité ou la critique biblique) en une page. De manière générale, les occidentaux du 21ème siècle sont réticents à affirmer clairement des convictions. Ils préfèrent les questionnements. Ceux qui prétendent savoir sont suspects…

Il faudra donc que nous, les membres du R3, sans renier nos convictions, nous montrions capables d’écouter et de dialoguer humblement pour que se concrétise le troisième objectif du Manifeste bleu : « favoriser de nouvelles relations de confiance ».

Gérard Pella, pasteur, Attalens

N.B. La prochaine rencontre du R3 aura lieu au centre œcuménique de Vassin (La Tour-de-Peilz) le samedi 1er octobre de 10h à 16h.

« Arrêtez-vous ! C’est urgent ! »

Gérard Pella, prédication donnée à Signy le 8 mai 2016

Juste avant son Ascension, Jésus confie à ses disciples une mission colossale : être ses témoins jusqu’au bout du monde. La tâche est immense, il faut se retrousser les manches et y aller sans plus attendre.

Sauf que… la première recommandation de Jésus est plutôt surprenante :

« Il leur recommanda de ne pas quitter Jérusalem… mais d’y attendre la promesse du Père » (Ac 1,4). « Vous allez recevoir une puissance(dynamis), celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8).

Ces dix jours d’attente entre l’Ascension et Pentecôte sont un signe fort, qui nous disent sans équivoque qu’il n’est pas possible d’être témoins du Ressuscité sans être remplis de son Esprit.

Vous me direz peut-être :

« C’est l’expérience de la première génération chrétienne. Mais nous, nous vivons une tout autre réalité :

  • la Pentecôte est derrière nous
  • nous avons reçu le Saint-Esprit à notre baptême
  • nous l’appelons à chaque culte

Alors, c’est bon ! Nous pouvons foncer ! Regardez toutes nos activités ; ça bouge ! Nous sommes des témoins dynamiques de Jésus-Christ. »

Et pourtant… Il y a dans ce canton une femme pasteure qui est convaincue de l’importance d’évangéliser. Vous la connaissez certainement, avec sa cabane au Flon, sa roulotte, son âne et son chien. Elle a reçu une conviction qui l’a surprise, elle la première : c’est que nous étions appelés à nous arrêter. Une vingtaine de pasteurs et de fidèles ont été convaincus qu’il y avait là un appel de Dieu pour nous et pour notre Eglise. C’est donc l’appel que nous avons répercuté dans le Manifeste bleu :

L’appel qui nous brûle, c’est la voix de Jésus-Christ qui encourage son Eglise alors qu’elle s’épuise sous de nombreux fardeaux. Et voici ce qu’il nous semble entendre:

« Arrêtez-vous ! C’est urgent ! Priez, jeûnez et revenez à Moi, dit le Seigneur.»

« Venez à moi », dit Jésus-Christ. Nous comprenons ainsi cet appel : Arrêtez vos œuvres trop souvent autonomes, pour lesquelles vous n’avez pas besoin de moi. Arrêtez ce remplissage qui vous épuise, déposez ce fardeau trop lourd. Créez du vide: il deviendra une place pour me recevoir. Alors vous trouverez le vrai repos. Non pas celui de la passivité, mais celui du bon choix et de la bonne compréhension et répartition des tâches.

« Arrêtez-vous ! »

Comme les disciples pendant les dix jours avant Pentecôte.

C’est un appel à redonner à la dimension spirituelle sa place – première et prioritaire – dans notre vie personnelle et communautaire. J’entends le même appel dans le livre d’Eric Fuchs et Pierre Glardon :

« Si crise il y a au sein de nos Eglises, celle-ci n’est pas d’abord organisationnelle, financière, communicationnelle, ou liée « à un positionnement insuffisant dans l’événementiel » ( !) mais bien éthique et spirituelle. Et aucun changement d’image (extérieure) n’y changera rien, tant que nous ne nous préoccuperons pas d’abord de la transformation intérieure requise. » (Turbulences, Le Mont-sur-Lausanne, Editions Ouverture, 2011, p. 18).

« Il convient de se demander en Eglise POURQUOI le message semble de plus en plus récusé, POURQUOI les efforts des Eglises pour rassembler (et séduire) sont si peu efficients, POURQUOI autant de personnes ont déserté au fil des ans. A ce jour, semblables à n’importe quelle entreprise civile, nos Eglises ont essentiellement cherché des solutions du côté des spécialistes de la Gestion RH (Ressources Humaines), de la communication, des juristes et des sondeurs d’opinion : puisqu’une Eglise est un fournisseur de prestations, que peut-on faire pour améliorer le produit et, si l’on ose dire, sa « commercialisation » ? Cette approche ne peut apporter aucune solution durable et sera, quoi que l’on en pense, vouée à l’échec tant qu’on ne prendra pas la peine de s’interroger spirituellement. » (p. 65)

« Arrêtez-vous ! Et reconnaissez que je suis Dieu ! » (Ps 46,11).
Reconnaissez que l’Eglise n’est pas une entreprise.
Reconnaissez que vos efforts produisent peu de fruits.
« Arrêtez-vous ! »
Comme les disciples pendant les dix jours avant Pentecôte.
Revenez à moi, le Vivant qui donne vie !

J’aimerais illustrer cela par une caricature, empruntée sauf erreur à Antoine Nouis : avez-vous remarqué la différence entre un poulet et un aigle ? Ce brave petit poulet déploie une énergie considérable. Il s’agite dans tous les sens et, malgré tous ses efforts, ne décolle que de quelques centimètres. Tandis que l’aigle sait se laisser porter par le vent. Il est loin d’être passif ou poussif mais il déploie tout grand ses ailes et parcourt des kilomètres avec un minimum d’effort.

J’aspire à ressembler davantage à un aigle qu’à un poulet, à ouvrir tout grand mes ailes au souffle de l’Esprit. C’est lui qui permet de prendre de la hauteur, d’avoir une vision d’ensemble, de discerner, d’agir à bon escient, de parler au bon moment.

« Arrêtez-vous ! »
Pour reconnaître que Dieu est Dieu.
Pour nous recentrer sur le Christ, seul Seigneur de l’Eglise.
Pour nous ouvrir à l’Esprit Saint.

Gérard Pella, prédication donnée à Signy le 8 mai 2016

Un début de réponse à l’interpellation de Pertinence

En peu de temps, deux mouvements au sein du protestantisme romand — Pertinence et le R3 — sont devenus publics et font connaître leurs orientations et leurs perspectives. C’est stimulant ! Et, selon le Conseil synodal vaudois, c’est même réjouissant !

pertinence

Merci à Pertinence d’avoir posté sur son site une série de questions et de critiques à l’égard du R3 et de la HET-PRO. Certaines sont bien pertinentes ! D’autres méritent d’être affinées, car elles dénotent une méconnaissance aussi bien du R3 (qui est romand et ne peut se limiter à citer les textes de référence de l’EERV, dont le beau document des Principes constitutifs), de la HET-PRO que des transformations profondes dans les mondes « réformés » et « évangéliques » ici et ailleurs sur la Planète!

Pertinence a parfaitement le droit de poser ses questions et ses critiques. Plus encore, nous apprécions sa volonté de « dialoguer », telle que formulée sur son site:

« Le dialogue : 1. En se donnant à connaître en un individu limité, Dieu me rappelle que je ne suis qu’un être limité. Et il en va de même pour tous les autres humains. Dès lors, quand autrui s’adresse à moi, soit pour me poser une question, soit pour me proposer une manière autre que celle que j’ai endossée de me comprendre moi-même, je me dois de le prendre au sérieux et de lui répondre. Je ne suis pas en droit de me fermer dans quelque savoir définitif, quelque certitude absolue… Je suis pareillement en droit d’attendre une réponse aux questions et propositions existentielles que j’adresse à autrui. Au vu de nos limitations, il se peut que l’autre ait raison comme il se peut que j’aie raison. »

Alors volontiers dialoguons !

Comme déjà dit à Pierre Gisel il y a plusieurs semaines, je souhaite (et bien d’autres du Comité du R3 et de la HET-PRO avec moi) qu’un dialogue franc et constructif puisse avoir lieu. Par exemple à Crêt-Bérard ? Le pasteur Alain Monnard a déjà été approché pour cela. La balle est toujours dans le camp de Pertinence pour nous dire si ses membres répondent positivement à cette demande. Et si oui, sous quelle forme.

Les questions posées aux uns et aux autres sont trop importantes pour se limiter à des échanges par mail ou par sites interposés.

Au plaisir donc de poursuivre un dialogue franc et fécond qui contribue à montrer à la fois la pertinence et le renouveau du christianisme réformé aujourd’hui !

Shafique Keshavjee
(co-président de l’Assemblée générale du R3)

Le Manifeste bleu: quelques éléments de présentation

Le Manifeste bleu est le fruit d’un travail collectif. Il a comme visée de faire connaître et reconnaître une des couleurs de l’Église réformée, couleur qui se décline elle-même en de multiples nuances (lire le Préambule de la page 1 et la note 1).

Sa visée théologique se résume dans la parole entendue par trois disciples de Jésus (Pierre, Jacques et Jean) en retraite à la montagne :

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le » (Marc 9/27).

S’arrêter ensemble pour entendre tout à nouveau la Voix du Christ vivant qui encourage son Église, tel est le but du Manifeste bleu et du R3.

De nombreux lieux de renouveau existent déjà dans les Églises réformées et d’autres confessions. Faire connaître ces expériences et les encourager, tel est aussi un des buts du Manifeste bleu. Il est important de ne pas oublier que toute affirmation « doctrinale » est d’abord la proposition et la protection d’une expérience vécue ou à vivre.

Pour les lecteurs pressés, un résumé peut être lu au début du document.

Le corps du texte est composé de trois parties :

  1. Notre appel et notre foi
  2. Notre vision de l’Église
  3. Nos fondements théologiques.

Une notice explicite le sens du mot controversé « évangélique ».

De manière symbolique, la première version imprimée du Manifeste bleu a été remise au pasteur Gottfried Locher, président de la FEPS et de la CEPE (Communion d’Églises protestantes en Europe, regroupant 50 millions de protestants). Le 12 avril 2016, Gottfried Locher a donné plus  d’une heure de son temps à Martin Hoegger et à moi-même (co-présidents de l’Assemblée générale du R3) pour parler du nouveau mouvement. C’est avec beaucoup d’attention qu’il avait lu la version électronique du Manifeste. Ses commentaires ont surtout porté sur l’importance de bien mettre au centre la dynamique de la « communion » (p.9) et à mieux préciser le ministère d’épiskopè (p.10). Il nous a encouragés à apporter cette contribution, parmi d’autres, au sein des Églises réformées de Suisse romande.

Dans le Manifeste, la référence à la Bible est primordiale, bien évidemment.

Le choix des théologiens et des témoins cités est aussi important.

Ceux-ci sont des figures du passé (Augustin, Chrysostome, Nicolas de Flüe, Calvin, A. Vinet, K. Barth, D. Bonhoeffer) ou des personnes vivantes. La plupart de celles-ci sont protestantes (E. Fuchs, J. Moltmann, G. Boucomont, G. Tomlin, N. Gumbel). D’autres sont catholiques (F.-X. Amherdt, E. Bianchi) ou orthodoxes (J. Zizioulas). D’autres références encore viennent du monde œcuménique (COE, Foi et Constitution). Toutes attestent de la filiation du mouvement. Le R3 se veut à la fois un des héritiers et acteurs de ce qui fut et demeure dynamique dans l’Eglise universelle et dans le monde réformé (Réforme, Réveils, Eglise libre dans le canton de Vaud…).

Le Manifeste est un document incomplet. Bien des thèmes n’y figurent pas ou ne sont qu’esquissés. Par la suite, des prises de position plus précises seront nécessaires pour mieux éclairer des questions spécifiques et contemporaines.

Bonne lecture !

Et si vous aimez le document, n’hésitez pas à le faire connaître pour mettre d’autres en lien, pour susciter un débat et pour favoriser de nouvelles relations de confiance (cf. p.4) !

Le Manifeste bleu en allemand

Shafique Keshavjee
À partir de ce qui a été présenté lors de l’Assemblée Générale du 14 avril 2016

Cath.ch: «Lancement au sein de l’Eglise vaudoise du Rassemblement pour un renouveau réformé R3»

A l’heure où les Eglises réformées en Suisse romande traversent une passe difficile, avec des  temples qui se vident et des fidèles vieillissants, des réformés vaudois se définissant comme proches d’une “orthodoxie généreuse” ont fondé le Rassemblement pour un renouveau réformé ou R3, remplaçant ce qui s’appelait par le passé le Forum évangélique réformé.

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Rapport du comité: pourquoi le R3?

Rapport du commité pour ces 6 derniers mois : depuis la création de l’association (le 6 novembre 2015) jusqu’à l’assemblée de ce 14 avril 2016.

Première assemblée du R3

En guise de prologue, permettez-moi de répondre à ma façon à une question cruciale :

Pourquoi le R3 ?

Parce que beaucoup de personnes ont mal au cœur en voyant l’évolution de l’Eglise réformée (certaines décisions synodales, la diminution du nombre de pratiquants, les tensions internes). Ils sont parfois dépités, isolés, démotivés. Pour eux, il valait la peine de créer le R3 : pour les rassembler et les encourager.

Parce que beaucoup de personnes ont soif d’une Eglise plus vivante, plus communautaire, plus spirituelle. Ils sont fatigués des restructurations et des objectifs. Ils ont soif de vie. Pour eux, il valait la peine de créer le R3 : pour chercher ensemble le renouveau de l’Eglise réformée. Quand une seule personne rêve, cela reste un rêve. Quand plusieurs personnes rêvent et prient pour que ce rêve se réalise, c’est le début d’une nouvelle réalité.

Parce que, dans l’Eglise réformée, il y a beaucoup de personnes qui ont une parole forte et belle, qui vivent des expériences et des réalisations bienfaisantes. Pour fédérer ces forces vives, il valait la peine de créer le R3 : pour mettre en réseau ces richesses, au-delà des frontières paroissiales, cantonales et même nationales.

Dans cette optique, nous nous inspirons des expériences des réformés hollandais (Hans Eschbach et l’Evangelisch Werkverband) et des fresh expressions de l’Eglise anglicane. Nous cultivons des relations de confiance avec le Landeskirchen Forum (LKV) en Suisse alémanique et le mouvement des Attestants en France.

Dans ces premiers mois d’existence, le comité s’est principalement occupé de préparer la venue du R3 au grand jour. Nous avons sollicité du renfort : les deux co-présidents de l’association (Martin Hoegger et Shafique Keshavjee) ont bien voulu assister à nos séances de comité et mettre la main à la pâte.

Voici les tâches qui ont retenu notre attention :

  1. Informer nos amis de l’existence du R3 et les inviter à l’AG du 14 avril. Votre présence ce soir en est le fruit !
  2. Faire des démarches pour rencontrer les responsables des Eglises réformées, catholiques et évangéliques. Nous avons déjà pu rencontrer le président de la FEPS (Gottfied Locher) et le vicaire épiscopal du canton de Vaud (Christophe Godel) et nous rencontrerons prochainement la CER, La Free, le Réseau Evangélique et Mgr Morerod, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg.
  3. Préparer un plan de communication et un dossier de presse. Ce travail a permis des contacts fructueux avec Protestinfo, 24Heures, MaxTV, lafree.ch et le Christianisme Aujourd’hui.
  4. Mettre au point et imprimer le Manifeste bleu. Le voici à votre disposition !
  5. Mettre en route un site internet : www.leR3.ch. Tout beau, tout bleu ! Encore en construction.
  6. Trouver un lieu et une équipe de préparation pour notre fête du 1er octobre, qui aura lieu à Vassin.
  7. Sur le plan financier, nous avons ouvert un compte CCP et préparé le budget 2016.

Dans cette phase de lancement, nous faisons l’apprentissage du consensus entre nous déjà… et ce n’est pas toujours simple ! Nous cherchons également à rester à l’écoute de la volonté de Dieu, pour que le R3 incarne ce que nous avons exprimé dans le Manifeste bleu. Pour la gloire de Dieu, centrés sur le Christ, dans le souffle de l’Esprit.

St-Loup, le 14 janvier 2016

Pour le comité du R3
Gérard Pella

24 heures: « Qui va réformer les réformés? »

L’un d’eux a un nom concis et un brin nébuleux: Pertinence. L’autre affiche plus clairement la couleur: Rassemblement pour un renouveau réformé, ou R3. Ces deux mouvements d’obédience protestante sont nés en l’espace de trois mois dans le canton. A leur tête, on trouve des pasteurs et des théologiens aguerris et populaires qui s’interrogent à voix haute sur l’avenir du protestantisme en terres vaudoises.

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24 heures: « Un mouvement tout neuf veut “renouveler” l’Eglise »

Des pasteurs vaudois prêchent pour le renouveau de l’institution. Et rendent public aujourd’hui leur manifeste.
Sur l’échiquier protestant, ils se situent à mi-chemin entre les réformés classiques et leurs cousins de tendance évangélique. Mais plutôt que de mettre le doigt sur ce qui divise les disciples de Martin Luther, les fondateurs du Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) cherchent avant tout à les fédérer. «Nous ne sommes pas dans l’opposition, mais dans la complémentarité», insiste Gérard Pella, membre du comité.

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