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Étiquette : Manifeste

Le Manifeste bleu ne laisse pas indifférent !

Après une longue période de gestation, le Manifeste bleu du Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) est devenu public le 14 avril 2016. Il est également présenté en allemand sur le site landeskirchenforum.ch. J’aimerais donner ici un aperçu des différents échos qu’a suscités ce Manifeste pendant les premières semaines.

Les encouragements

Echo d’une paroissienne vaudoise :

« J’ai pris connaissance du Manifeste bleu avec une immense gratitude pour tous ceux qui ont travaillé à son élaboration.

Sa lecture m’a profondément réjouie et encouragée par sa dimension d’espérance.  La clarté de sa position théologique alliée à la volonté de croire à l’efficacité de la Parole de Dieu, tout entière inspirée, pour oeuvrer à un renouveau de notre Eglise m’a personnellement fortifiée en tant que paroissienne de plus en plus perplexe et en désaccord avec l’évolution de l’EERV. »

Echo d’un pasteur romand:

« Juste un petit mot pour vous féliciter et vous remercier chaleureusement pour la rédaction du manifeste bleu auquel j’adhère pleinement.  J’y perçois non seulement une réflexion pertinente, mais une parole de Dieu à son Église aujourd’hui.
Je me sens pleinement concerné par l’appel à la repentance et ferai mon possible pour le partager. »

Echo d’un professeur en Côte d’Ivoire :

« Il s’agit là d’un combat noble et encourageant pour l’avenir, parce que nous redoutons beaucoup ici en Afrique que les prises de position de l’Église Évangélique Réformée du Canton de Vaud et de l’Église Protestante Unie de France ne nous soient, à la longue, imposées ici par le truchement de nos gouvernements. »

A lire ces témoignages, on voit que le Manifeste bleu a atteint son premier objectif :

« mettre en lien ceux qui partagent ces vérités et valeurs » (p.4).

Le second objectif était de « susciter un débat avec ceux qui ne les partagent pas (ou pas toutes) ». Là encore, l’objectif est atteint : le Manifeste n’a pas laissé indifférent !

Les critiques

Les pasteurs Kraege et Freudiger ont pris la peine de rédiger toute une série de critiques concernant notre façon de lire la Bible ou de concevoir l’Eglise (voir leurs documents sur le site pertinence.ch). Il n’y a là rien d’étonnant puisque le débat entre une approche plus « critique » et une approche plus « conservatrice » ne date pas d’hier. Ce qui est plus inquiétant, c’est leur désir de prouver que l’ecclésiologie du Manifeste bleu n’est pas compatible avec celle de l’EERV. Est-ce que cela traduit le souhait de faire sortir/exclure de l’Eglise réformée tous ceux qui sont plus ou moins bleus (évangéliques, conservateurs et/ou confessants) ? Le débat est ouvert ; nous espérons le poursuivre de vive voix.

A mon sens, ce qui va nous demander le plus d’attention, ce sont les réactions — parfois épidermiques — de certains paroissiens. Elles portent en général sur une seule des 25 pages du Manifeste, celle qui qui concerne « Le couple, la famille, le célibat ». On y trouve quelques lignes très fortes concernant la bénédiction de partenaires de même sexe, aussitôt équilibrées par l’affirmation que chacun de nous est à la fois « prodigieux… perturbé… et appelé à être sauvé » (p.18).

Les quelques réactions que j’ai pu voir me donnent à penser que le genre littéraire d’un manifeste se prête mal au dialogue avec les personnes qui ne partagent pas toutes nos convictions. Il est risqué — voire réducteur — d’aborder des sujets très sensibles (comme l’homosexualité ou la critique biblique) en une page. De manière générale, les occidentaux du 21ème siècle sont réticents à affirmer clairement des convictions. Ils préfèrent les questionnements. Ceux qui prétendent savoir sont suspects…

Il faudra donc que nous, les membres du R3, sans renier nos convictions, nous montrions capables d’écouter et de dialoguer humblement pour que se concrétise le troisième objectif du Manifeste bleu : « favoriser de nouvelles relations de confiance ».

Gérard Pella, pasteur, Attalens

N.B. La prochaine rencontre du R3 aura lieu au centre œcuménique de Vassin (La Tour-de-Peilz) le samedi 1er octobre de 10h à 16h.

« Arrêtez-vous ! C’est urgent ! »

Gérard Pella, prédication donnée à Signy le 8 mai 2016

Juste avant son Ascension, Jésus confie à ses disciples une mission colossale : être ses témoins jusqu’au bout du monde. La tâche est immense, il faut se retrousser les manches et y aller sans plus attendre.

Sauf que… la première recommandation de Jésus est plutôt surprenante :

« Il leur recommanda de ne pas quitter Jérusalem… mais d’y attendre la promesse du Père » (Ac 1,4). « Vous allez recevoir une puissance(dynamis), celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8).

Ces dix jours d’attente entre l’Ascension et Pentecôte sont un signe fort, qui nous disent sans équivoque qu’il n’est pas possible d’être témoins du Ressuscité sans être remplis de son Esprit.

Vous me direz peut-être :

« C’est l’expérience de la première génération chrétienne. Mais nous, nous vivons une tout autre réalité :

  • la Pentecôte est derrière nous
  • nous avons reçu le Saint-Esprit à notre baptême
  • nous l’appelons à chaque culte

Alors, c’est bon ! Nous pouvons foncer ! Regardez toutes nos activités ; ça bouge ! Nous sommes des témoins dynamiques de Jésus-Christ. »

Et pourtant… Il y a dans ce canton une femme pasteure qui est convaincue de l’importance d’évangéliser. Vous la connaissez certainement, avec sa cabane au Flon, sa roulotte, son âne et son chien. Elle a reçu une conviction qui l’a surprise, elle la première : c’est que nous étions appelés à nous arrêter. Une vingtaine de pasteurs et de fidèles ont été convaincus qu’il y avait là un appel de Dieu pour nous et pour notre Eglise. C’est donc l’appel que nous avons répercuté dans le Manifeste bleu :

L’appel qui nous brûle, c’est la voix de Jésus-Christ qui encourage son Eglise alors qu’elle s’épuise sous de nombreux fardeaux. Et voici ce qu’il nous semble entendre:

« Arrêtez-vous ! C’est urgent ! Priez, jeûnez et revenez à Moi, dit le Seigneur.»

« Venez à moi », dit Jésus-Christ. Nous comprenons ainsi cet appel : Arrêtez vos œuvres trop souvent autonomes, pour lesquelles vous n’avez pas besoin de moi. Arrêtez ce remplissage qui vous épuise, déposez ce fardeau trop lourd. Créez du vide: il deviendra une place pour me recevoir. Alors vous trouverez le vrai repos. Non pas celui de la passivité, mais celui du bon choix et de la bonne compréhension et répartition des tâches.

« Arrêtez-vous ! »

Comme les disciples pendant les dix jours avant Pentecôte.

C’est un appel à redonner à la dimension spirituelle sa place – première et prioritaire – dans notre vie personnelle et communautaire. J’entends le même appel dans le livre d’Eric Fuchs et Pierre Glardon :

« Si crise il y a au sein de nos Eglises, celle-ci n’est pas d’abord organisationnelle, financière, communicationnelle, ou liée « à un positionnement insuffisant dans l’événementiel » ( !) mais bien éthique et spirituelle. Et aucun changement d’image (extérieure) n’y changera rien, tant que nous ne nous préoccuperons pas d’abord de la transformation intérieure requise. » (Turbulences, Le Mont-sur-Lausanne, Editions Ouverture, 2011, p. 18).

« Il convient de se demander en Eglise POURQUOI le message semble de plus en plus récusé, POURQUOI les efforts des Eglises pour rassembler (et séduire) sont si peu efficients, POURQUOI autant de personnes ont déserté au fil des ans. A ce jour, semblables à n’importe quelle entreprise civile, nos Eglises ont essentiellement cherché des solutions du côté des spécialistes de la Gestion RH (Ressources Humaines), de la communication, des juristes et des sondeurs d’opinion : puisqu’une Eglise est un fournisseur de prestations, que peut-on faire pour améliorer le produit et, si l’on ose dire, sa « commercialisation » ? Cette approche ne peut apporter aucune solution durable et sera, quoi que l’on en pense, vouée à l’échec tant qu’on ne prendra pas la peine de s’interroger spirituellement. » (p. 65)

« Arrêtez-vous ! Et reconnaissez que je suis Dieu ! » (Ps 46,11).
Reconnaissez que l’Eglise n’est pas une entreprise.
Reconnaissez que vos efforts produisent peu de fruits.
« Arrêtez-vous ! »
Comme les disciples pendant les dix jours avant Pentecôte.
Revenez à moi, le Vivant qui donne vie !

J’aimerais illustrer cela par une caricature, empruntée sauf erreur à Antoine Nouis : avez-vous remarqué la différence entre un poulet et un aigle ? Ce brave petit poulet déploie une énergie considérable. Il s’agite dans tous les sens et, malgré tous ses efforts, ne décolle que de quelques centimètres. Tandis que l’aigle sait se laisser porter par le vent. Il est loin d’être passif ou poussif mais il déploie tout grand ses ailes et parcourt des kilomètres avec un minimum d’effort.

J’aspire à ressembler davantage à un aigle qu’à un poulet, à ouvrir tout grand mes ailes au souffle de l’Esprit. C’est lui qui permet de prendre de la hauteur, d’avoir une vision d’ensemble, de discerner, d’agir à bon escient, de parler au bon moment.

« Arrêtez-vous ! »
Pour reconnaître que Dieu est Dieu.
Pour nous recentrer sur le Christ, seul Seigneur de l’Eglise.
Pour nous ouvrir à l’Esprit Saint.

Gérard Pella, prédication donnée à Signy le 8 mai 2016

Le Manifeste bleu: quelques éléments de présentation

Le Manifeste bleu est le fruit d’un travail collectif. Il a comme visée de faire connaître et reconnaître une des couleurs de l’Église réformée, couleur qui se décline elle-même en de multiples nuances (lire le Préambule de la page 1 et la note 1).

Sa visée théologique se résume dans la parole entendue par trois disciples de Jésus (Pierre, Jacques et Jean) en retraite à la montagne :

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le » (Marc 9/27).

S’arrêter ensemble pour entendre tout à nouveau la Voix du Christ vivant qui encourage son Église, tel est le but du Manifeste bleu et du R3.

De nombreux lieux de renouveau existent déjà dans les Églises réformées et d’autres confessions. Faire connaître ces expériences et les encourager, tel est aussi un des buts du Manifeste bleu. Il est important de ne pas oublier que toute affirmation « doctrinale » est d’abord la proposition et la protection d’une expérience vécue ou à vivre.

Pour les lecteurs pressés, un résumé peut être lu au début du document.

Le corps du texte est composé de trois parties :

  1. Notre appel et notre foi
  2. Notre vision de l’Église
  3. Nos fondements théologiques.

Une notice explicite le sens du mot controversé « évangélique ».

De manière symbolique, la première version imprimée du Manifeste bleu a été remise au pasteur Gottfried Locher, président de la FEPS et de la CEPE (Communion d’Églises protestantes en Europe, regroupant 50 millions de protestants). Le 12 avril 2016, Gottfried Locher a donné plus  d’une heure de son temps à Martin Hoegger et à moi-même (co-présidents de l’Assemblée générale du R3) pour parler du nouveau mouvement. C’est avec beaucoup d’attention qu’il avait lu la version électronique du Manifeste. Ses commentaires ont surtout porté sur l’importance de bien mettre au centre la dynamique de la « communion » (p.9) et à mieux préciser le ministère d’épiskopè (p.10). Il nous a encouragés à apporter cette contribution, parmi d’autres, au sein des Églises réformées de Suisse romande.

Dans le Manifeste, la référence à la Bible est primordiale, bien évidemment.

Le choix des théologiens et des témoins cités est aussi important.

Ceux-ci sont des figures du passé (Augustin, Chrysostome, Nicolas de Flüe, Calvin, A. Vinet, K. Barth, D. Bonhoeffer) ou des personnes vivantes. La plupart de celles-ci sont protestantes (E. Fuchs, J. Moltmann, G. Boucomont, G. Tomlin, N. Gumbel). D’autres sont catholiques (F.-X. Amherdt, E. Bianchi) ou orthodoxes (J. Zizioulas). D’autres références encore viennent du monde œcuménique (COE, Foi et Constitution). Toutes attestent de la filiation du mouvement. Le R3 se veut à la fois un des héritiers et acteurs de ce qui fut et demeure dynamique dans l’Eglise universelle et dans le monde réformé (Réforme, Réveils, Eglise libre dans le canton de Vaud…).

Le Manifeste est un document incomplet. Bien des thèmes n’y figurent pas ou ne sont qu’esquissés. Par la suite, des prises de position plus précises seront nécessaires pour mieux éclairer des questions spécifiques et contemporaines.

Bonne lecture !

Et si vous aimez le document, n’hésitez pas à le faire connaître pour mettre d’autres en lien, pour susciter un débat et pour favoriser de nouvelles relations de confiance (cf. p.4) !

Le Manifeste bleu en allemand

Shafique Keshavjee
À partir de ce qui a été présenté lors de l’Assemblée Générale du 14 avril 2016