Skip to main content

Étiquette : mariage

Offre pour les couples

Depuis le mois de septembre 2022, une offre dédiée aux couples a vu le jour dans le Nord-vaudois. Initiée par le pasteur Olivier Bader, de l’Eglise Evangélique Réformée Vaudoise, celle-ci a pour ambition d’offrir des formations, des activités ponctuelles et du soutien personnel, pour aider les personnes – les jeunes en particulier – à construire leur couple et à l’inscrire dans la durée.

Cette activité pourrait se résumer ainsi : Ressources pour les couples forme, soutien et accompagne des couples et des personnes du Nord vaudois dans une éthique chrétienne. Motivé par la conviction que l’amour s’apprend et se consolide au fil du temps, ce service équipe les couples dans leur projet de vie commune.

LES FORMATIONS :
Former un couple est une expérience excitante, car pleine d’émotions et de promesses. Elle est aussi inquiétante, car elle comporte des risques, des doutes et des déceptions. Se posent alors des questions par rapport à soi et à l’autre, espéré ou aimé.
Ressources pour les couples dans le Nord-vaudois propose 3 modules de formation différents, à vivre seul ou en couple.

DES ACTIVITES PONCTUELLES :
Ressources pour les couples organise ponctuellement des événements : soirées thématiques avec témoignages, petit-déjeuner avec garderie, soirée Saint-Valentin, week-end pour couples, … Les thèmes traités sont en rapport avec le célibat, le couple, le mariage ou plus spécifiques, en rapport avec le dialogue, les conflits, la sexualité, la parentalité, la complémentarité au sein du couple.

UN ACCOMPAGNEMENT PERSONNEL :
Ressources pour les couples offre des entretiens individuels ou en couple sur rendez-vous. Ces entretiens sont un espace de dialogue personnel et confidentiel pour :

  • Exposer un souci, une question, une situation compliquée dans la relation à soi, à l’autre, à Dieu
  • Aborder un événement du passé qui reste douloureux
  • Traiter un problème de couple précis ou une situation de crise
  • Faire un « check up » de la relation de coupleLes personnes intéressées seront reçues dans le respect de leurs convictions et de demandes. Si elles le souhaitent, un « accompagnement spirituel » est proposé, une démarche qui intègre leur foi. Selon les besoins et demandes spécifiques, une orientation vers des services spécialisés sera proposée.

Pertinence du projet pour la société :

  • Beaucoup de conseillers conjugaux et thérapeutes pour couples constatent que les couples consultent trop tardivement, quand la crise est déjà profonde. Leur rôle se réduit alors souvent à accompagner les personnes vers le divorce. Même dans les situations les plus favorables, le divorce représente un séisme important tant pour les conjoints, que pour les enfants, avec un coût social préoccupant.
  • Olivier Bader veut offrir des lieux de formation et de sensibilisation avec cette conviction élémentaire : on peut apprendre à former un couple et il existe des outils pour réussir ce qui restera toujours une aventure périlleuse !
  • Il s’adresse en particulier aux jeunes qui veulent poser des fondements solides à leur relation, entre autres en valorisant l’étape de l’« engagement » ; notion à contre-courant d’une compréhension contemporaine de la liberté et de l’épanouissement individuel.
  • On reproche parfois aux communautés religieuses de vivre « hors sol ». Cette offre est connectée à de vrais besoins humains, relationnels et sociaux qui impactent bon nombre de personnes, de familles et au-delà.

 

EERV – Ressources pour les couples

Site : https://www.eerv.ch/region/nord-vaudois/activites/activites-formation/ressources-pour-couples

Contact : Olivier Bader 079 785 90 42.  olivier.bader@eerv.ch

Les partisans du mariage civil pour tous auraient-ils leurs ayatollahs ?

Le peuple suisse a accepté la nouvelle loi sur « le mariage pour toutes et tous ». Les Eglises seront-elles obligées de se conformer à cette décision ? Les pasteurs et diacres seront-ils tenus de bénir le mariage des couples de même sexe ? La réflexion de Mme Suzette Sandoz, parue le 31 août 2021 sur son blog du journal Le temps, nous aide à y voir plus clair.

Ce n’est pas sans surprise que j’ai découvert aujourd’hui, grâce au Temps (p. 7 : « Un mariage pour tous… aussi à l’église ? ») que trois juristes affirmeraient que « si la loi sur le mariage pour tous était acceptée par le peuple, les Eglises historiques et leurs ministres qui refuseraient de célébrer de telles unions pourraient se voir sanctionnés pénalement ».

Il me paraît qu’il y a une petite confusion. Depuis 1874, « une cérémonie religieuse ne peut avoir lieu qu’après la célébration légale du mariage par le fonctionnaire civil et sur la présentation du certificat de mariage ». Cette mesure a pour raison d’être de consacrer l’indépendance totale du mariage civil, seul capable de sortir des effets juridiques officiels, par rapport au mariage religieux, afin de le libérer du mariage religieux et d’éviter donc toute confusion entre les deux célébrations. Pour assurer le respect de cette laïcisation du mariage, la loi de 1874 prévoyait même une sanction pénale si le nouvel ordre chronologique n’était pas respecté.

En 1907, le principe chronologique a été maintenu dans le code civil et une sanction pénale était prévue dans l’ordonnance sur l’état civil contre le religieux qui aurait célébré un mariage avant la délivrance du certificat d’état civil. A l’époque, un art. 118 du code civil précisait même : « Les dispositions de la loi civile ne concernent d’ailleurs pas le mariage religieux ». 

Depuis lors, rien n’a changé sur le fond.  L’art. 97 du code civil dit clairement : « le mariage religieux ne peut précéder le mariage civil ». Je n’ai toutefois trouvé nulle part l’indication que les milieux religieux étaient obligés de bénir tout mariage civil et l’art. 15 al. 4 de la constitution fédérale dispose même que « nul ne peut être contraint d’accomplir un acte religieux ». On ne saurait donc brandir une menace pénale si des Eglises refusent de bénir certains mariages civils ou maintiennent, par exemple, la liberté de conscience de leurs ministres qui refuseraient de célébrer un mariage religieux pour un couple marié de même sexe, voire pour un couple « classique », ce qui est déjà arrivé.

Les Eglises vont incontestablement faire face à des problèmes de conscience si le nouveau type de mariage civil est accepté. Celles qui, après avoir déclaré solennellement que le mariage était l’union d’un homme et d’une femme, avaient créé une célébration pour les partenaires enregistrés différente de la bénédiction de mariage et réservé, dans ce cas, la clause de conscience pour leurs ministres – c’est le cas de l’Eglise vaudoise (EERV) – n’ont jamais été accusées judiciairement de quelque discrimination que ce soit. Si la loi sur le nouveau mariage civil passe, ces Eglises pourraient fort bien décider de maintenir deux cérémonies différentes pour les deux catégories de couples mariés civilement et en outre de garder une clause de conscience, sans violer le moins du monde quelque loi laïque, donc civile, que ce soit, même pas l’art. 261 bis du code pénal contre l’homophobie également brandi par les ayatollahs. La différence de cérémonie religieuse n’est pas un appel à la haine des personnes, il s’agit de la reconnaissance ou de la non-reconnaissance théologique et religieuse d’une nouvelle institution civile. La volonté claire du législateur depuis 1874 étant de distinguer nettement le mariage civil du mariage religieux, on ne voit pas en quoi les Eglises pourraient être condamnées si elles procèdent de même. Certaines Eglises ne refusent-elles pas, et depuis longtemps, de bénir le remariage civil de personnes divorcées sans encourir pour autant des sanctions pénales ?

Il est inquiétant de constater que des ayatollahs du mariage pour tous cherchent à intimider les milieux religieux pour assurer la publicité de leurs propres croyances.

La bénédiction de partenaires de même sexe ?

La votation pour ou contre le « mariage pour toutes/tous » nous pousse à réaffirmer les bases bibliques et théologiques qui concernent l’homosexualité. Cette étude de Gérard Pella a été présentée à la Société Vaudoise de Théologie en novembre 2020.

Remarques préliminaires : 

1- Le positionnement que l’on adopte à l’égard de l’homosexualité dépend étroitement du positionnement – plus ou moins libéral ou littéral – que l’on adopte à l’égard de la Bible.
Et réciproquement : si on a un ami, une fille, un prof qui a une orientation homosexuelle, on sera plus ou moins libéral ou littéral dans son approche de la Bible sur ce sujet. 

Personnellement, je suis né dans une famille non pratiquante. J’ai été touché par l’amour de Dieu à l’âge de 16 ans, pendant un camp de ski organisé par les Groupes Bibliques des Ecoles. J’ai donc baigné dans une approche évangélique de la Bible depuis mes premiers pas dans la foi. 

Cette orientation a été renforcée par ma première année de théologie (1970-1971), à Tyndale Hall, (Bristol), un Theological College anglican de couleur évangélique, avec des professeurs comme Colin Brown, Alec Motyer et Jim Packer.
Lors de mes études de théologie à la Faculté de Lausanne (1972-1977), je me suis rendu compte que plusieurs options théologiques s’affrontaient et je me suis habitué aux divergences théologiques. Pendant 40 ans, j’ai participé au comité de rédaction de la revue théologique Hokhma, que nous avons créée en 1976 avec plusieurs étudiants en théologie de différentes facultés francophones. 

Je ne me suis jamais intéressé de manière particulière à l’homosexualité. J’ai prêché une seule fois à ce sujet, lorsque l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) a consulté les paroisses au sujet – entre autres – de l’accueil de ministres homosexuels (Prédication du 26 septembre 2004 : « Poser des repères sans jeter des pierres », publiée dans Hokhma No 87 (2005), pp. 120-125). Ce sujet m’a paru soudain capital parce qu’il ne s’agissait plus seulement de divergences d’interprétation entre théologiens. Pour la première fois de ma vie, je voyais le Synode de « mon » Eglise prendre officiellement une décision qui contredisait frontalement l’éthique biblique (janvier 2008). 

En novembre 2012, le Synode de l’EERV a décidé d’offrir un rite aux couples de même sexe qui sont au bénéfice d’un partenariat enregistré. Cette décision a choqué bon nombre de paroissiens et de ministres qui se sont rassemblés à Cugy, à l’invitation du Forum évangélique réformé (FER), fin novembre 2012. Ils y ont adopté la « Déclaration de Cugy » qui demandait au Synode d’accepter un moratoire sur cette décision et d’adopter pour ce dossier la méthode de décision par consensus telle qu’elle est pratiquée par le Conseil Oecuménique des Eglises. Cette déclaration/pétition a été signée par plus de 2’900 personnes et remise au président du Synode au printemps 2013. Le Synode n’a pas accédé à ces demandes et il a précisé la forme de l’acte liturgique qui sera offert aux partenaires enregistrés (Synode de novembre 2013). 

Les remous autour de ces décisions du Synode de l’EERV ont donné l’occasion à des personnes engagées dans le FER de rencontrer des personnes qui ne se reconnaissaient pas dans l’appellation « évangélique ». C’est ainsi qu’est née l’idée de créer un mouvement plus large que le FER : le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3). 

Les décisions synodales ont donc été le catalyseur qui a permis la création du R3 mais il serait erroné de penser que le R3 s’est constitué pour lutter contre l’homosexualité dans l’Eglise ou la société. Pour plusieurs raisons : 

  • les décisions du Synode étaient déjà entrées en vigueur quand le R3 s’est constitué ; 
  • le Manifeste de 2015 ne contient qu’une page sur 40 au sujet de l’homosexualité et cette page 32 est publiée dans le contexte d’une réflexion plus large sur le couple et le famille; tout le reste concerne le renouveau del’Eglise, qui est la visée essentielle du R3. 

2- En abordant cette question, on touche à une corde sensible pour beaucoup de personnes directement concernées. Il est donc impératif de commencer par rappeler une des déclarations essentielles du Manifeste bleu : « Nous sommes convaincus que chaque personne particulière doit être accueillie avec respect dans sa singularité et accompagnée pastoralement avec la plus grande sensibilité. » (p.32). Ou encore : « Nous accueillons l’aspiration de chacune de ces personnes à être aimée telle qu’elle est et à avoir sa place dans la communauté chrétienne » (p.32). 

Il faut bien entendre cet accueil de chacun-e dans sa singularité avant d’entendre la suite de notre positionnement :
« En même temps, nous ne pouvons pas offrir un rite ecclésial de bénédiction pour un couple de même sexe. Et cela, par respect pour les textes bibliques tels que nous les comprenons, qui mettent en cause les pratiques homosexuelles (Lévitique 18/22 ; 20/13; Romains 1/26-27 ; 1 Corinthiens 6/9-10 ; 1 Timothée 1/9-11) » (p.32). 

La position du R3 repose donc essentiellement sur un fondement biblique. C’est donc sur le plan exégétique et herméneutique que se joue l’essentiel du débat avec les positions plus « inclusives ». 

Voici – en bref – ce que j’ai compris de la Bible à ce sujet :
Dans la Genèse, la différenciation sexuelle apparaît comme une des composantes essentielles de l’image de Dieu dans l’être humain :
« Dieu créa l’homme à son image ; à l’image de Dieu il le créa ; masculin et féminin (littéralement : mâle et femelle) il les créa » (Gn 1,27).
La différence sexuelle n’est donc pas qu’une nécessité biologique ; elle a une dimension symbolique : elle est le signe par excellence de l’altérité, le fait que l’autre est vraiment, irréductiblement et mystérieusement autre. Et en même temps, elle permet une union entre ces deux personnes si différentes.
Elle reflète par là la richesse de relation que vit la Trinité, la communion entre le Père, le Fils et l’Esprit, dans le respect de l’altérité.
La différence sexuelle est également le reflet d’une altérité plus radicale encore : la différence entre Dieu et l’être humain. C’est cette altérité radicale que toutes les formes d’idolâtrie tendent à estomper. On comprend alors pourquoi l’apôtre Paul présente l’homosexualité comme un des symptômes de l’idolâtrie (Ro 1,25-27).
L’homosexualité refuse l’altérité des sexes ; elle se soustrait aux difficultés, aux bonheurs et à la fécondité que génère une relation fidèle entre un homme et une femme. Elle est stérile par définition. 

Face à cette compréhension « classique » des textes bibliques, on pose des arguments qui ne me semblent pas convaincants :

On nous dit :  » Il ne s’agit que de quelques textes de l’Ancien Testament  »  : Lv 18,22 ; Lv 20, 11-13 en particulier.
 » Si on prenait littéralement ces textes, on devrait donc aussi lapider un fils désobéissant !  » L’argument serait imparable s’il ne s’agissait que du Lévitique. Mais cette condamnation des rapports homosexuels est reprise par Paul, l’apôtre de la grâce : Rm 1, 23-27 ; 1 Co 6,9-11. Nous ne pouvons donc pas disqualifier si facilement ces textes. 

On nous dit : « Les relations homosexuelles à l’époque de Paul (dominant-dominé) n’ont rien à voir avec un couple homosexuel d’aujourd’hui»
Peut-être… Mais les auteurs bibliques ne se basent pas sur l’argument de la domination pour exclure les relations entre personnes de même sexe. Markus Zehnder, professeur d’Ancien Testament en Norvège, est catégorique : « Il est exclu qu’en déclarant les actes sexuels « contre nature », Paul ait eu à l’esprit le point de vue gréco-romain soucieux d’attribuer correctement les rôles actif et passif dans le rapport sexuel. En effet, d’une part il se réfère à l’ordre créationnel de Genèse 1 et, d’autre part, en 1 Corinthiens 7, il souligne clairement qu’homme et femme ont les mêmes droits réciproques sur le corps de l’autre.» (Revue théologique Hokhma, No 93/2008, p.98). Dans le livre d’Innocent Himbaza, Adrien Schenker et Jean-Baptiste Edart concernant l’homosexualité dans la Bible, les auteurs interprètent ainsi Romains 1: « Si la condamnation des actes homosexuels repose sur la théologie de la création, il ne peut être question de rapports imposés, qui seraient condamnables, ou choisis qui seraient acceptables… D’ailleurs… rien dans le texte ne permet de soutenir la thèse de la relation sexuelle imposée par force » (Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible, Paris, Le Cerf, 2007, p. 105). 

Trois observations viennent encore fragiliser l’hypothèse qui voudrait que Paul critique les relations homosexuelles uniquement parce qu’elles sont vécues, dans le monde gréco-romain, comme une domination de l’un par l’autre (et non parce qu’elles contrediraient le couple biblique : un homme et une femme) : 

– Paul condamne explicitement les relations « contre nature » des femmes entre elles ; on voit mal comment le schéma « dominant-dominé » peut s’appliquer ici. 

– Paul parle à ce sujet de relations para phusin et non para agapèn, comme on pourrait s’y attendre si Paul prône simplement « une culture de la réciprocité » qui peut s’exprimer autant par des relations homosexuelles qu’hétérosexuelles. 

– Yves Gerhard, professeur émérite de latin, de grec et de culture antique, relativise la conception « dominant-dominé » souvent invoquée pour interpréter Paul : « Durant mes études de lettres et mon enseignement, j’ai lu tous les jours des textes latins et grecs. Je puis vous dire que les pratiques homosexuelles n’étaient pas fondées sur la violence ou l’asservissement – on peut excepter quelques exemples d’utilisation d’esclaves pour assouvir ses passions (chez Pétrone). » (Lettre du 12 sept 2019 à Gottfried Locher ; cité avec l’autorisation de l’auteur). 

Remarquons la cohérence entre la position de Paul et l’éthique de l’AT. A ce sujet, je m’étonne qu’un bon théologien comme Simon Butticaz puisse interpréter la pensée de Paul sans faire référence à l’Ancien Testament, qui est la première source de la théologie de l’apôtre. 

Quand Jésus ou Paul se démarquent de l’interprétation juive de l’AT, ils ne se privent pas de le dire ! Sur ce sujet, ils partagent manifestement l’orientation hétérosexuelle de l’AT, qui considère une relation homosexuelle comme une « abomination » :
Lv 18,22 : Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination.  

Le mot est fort et mérite d’être interprété :
« Abomination » est la traduction de l’hébreu to-ebah, qui peut évoquer le tohu-bohu du début de la Genèse, c.à.d. le chaos qui a précédé l’action créatrice de Dieu, laquelle a consisté à séparer les ténèbres de la lumière, les eaux de la terre, etc. L’homosexualité est alors considérée comme un retour au tohu-bohu, un brouillage des différences ; elle est à la différence sexuelle ce qu’est l’inceste à la différence des générations. L’inceste est l’autre grand interdit de ce chapitre 18 du Lévitique. » (Cf. Xavier Lacroix, L’amour du semblable, Le Cerf, 1995, p. 150, cité par Andrea Ostertag et Jean-Jacques Meylan, L’amour mal aimé, Dossier Vivre, 2005, pp. 18-19).

On nous dit qu’il n’y a plus ni homme ni femme… 

Il est vrai que ce passage de Ga 3,28 célèbre l’avènement d’une humanité nouvelle en Christ, une communauté qui transcende les discriminations habituelles – au Ier comme au XXIème siècle – discriminations justifiées par l’origine ethnique (ni Juif, ni Grec), le statut social (ni esclave, ni libre), et le sexe (ni masculin, ni féminin). Nous sommes « tous un en Jésus-Christ ». 

Cette confession de foi brise les discriminations mais n’abolit pas les distinctions. Paul va continuer à donner des conseils différenciés aux esclaves et aux maîtres, aux hommes et aux femmes. Nous continuons à vivre dans les réalités avant-dernières. Galates 2 ne permet pas de justifier les relations homosexuelles puisque Paul les considère comme un des symptômes d’une société qui adore la créature plutôt que le Créateur (Rm 1, 24-27). 

Galates 2 permet cependant d’affirmer avec Ed Shaw : « Ce qui me définit le plus dans la vie, ce n’est pas ma sexualité mais mon statut d’enfant de Dieu en Christ » (Ed Shaw, L’Eglise et l’attirance homosexuelle : Mythes et Réalité, Editions Ourania, 2019, p.30). 

 On nous dit : « Il ne s’agit que de 4 ou 5 textes de la Bible… » 

Si l’on veut faire intervenir l’arithmétique comme critère théologique, il faudrait comptabiliser aussi tous les textes qui nourrissent la conception biblique du couple ! Et là, il devient clair que la Bible nous appelle très clairement à privilégier le couple hétérosexuel et monogame. Les déclarations de l’apôtre Paul sont particulièrement fortes à cet égard : « Pour éviter tout dérèglement, que chaque homme ait sa femme et chaque femme son mari » (1 Co 7,2). 

L’enseignement de Jésus est sans équivoque lui aussi : « N’avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, les fit mâle et femelle5et qu’il a dit : C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair. 6Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni!» Mt19,4-6 

C’est cet enseignement biblique fondamental qui fonde notre affirmation dans le Manifeste bleu : « A la différence d’un couple hétérosexuel, un couple homosexuel est, selon nous, incomplet car il exclut de la relation l’altérité et l’union entre un homme et une femme et il exclut de la relation sexuelle la possibilité même d’engendrer un enfant » (p.32). 

Le terme d’altérité désigne ici la différence fondamentale – irréductible et en même temps magnifiquement complémentaire – entre un homme et une femme. Par définition, un couple homosexuel exclut cette altérité (et par la même occasion la fécondité qui peut en découler). Et ce déficit d’altérité n’est pas un détail… comme le montre Jean-Baptiste Edart dans l’ouvrage collectif Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible : « Paul considère que la différence sexuelle est voulue par le Créateur, et qu’elle est une structure fondamentale de l’être humain, caractéristique niée dans l’acte homosexuel » (Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible, Paris, Le Cerf, 2007, p. 92). 

Toute la Bible, du début à la fin, témoigne de cette réalité : tout commence par un homme et une femme créés à l’image de Dieu (Gn1) et appelés à devenir une seule chair (Gn 2) et tout s’achève par le mariage du fiancé avec sa fiancée (Apocalypse 21-22).
Les prophètes, quant à eux, n’hésitent pas à se référer au couple humain pour nous faire comprendre l’intensité de l’amour de Dieu pour son peuple ou pour dénoncer notre infidélité (cf. Ez 16 ; Os 1-3). 

« Le mariage entre un homme et une femme, l’union complémentaire de deux sexes différents, est un point central de toute l’architecture du plan de Dieu pour cet univers, depuis son début et jusqu’à la fin des temps. Ainsi, si vous changez ses constituants (un homme et une femme), vous interférez avec la direction vers laquelle le Créateur dit vouloir guider le monde, à savoir l’unité dans la différence dans le mariage céleste du divin et de l’humain. 

C’est pour cela que le mariage a été défini par certains comme un sacrement (à l’instar du baptême et du repas du Seigneur), en tant que représentation terrestre d’une réalité spirituelle. C’est un tableau divinement peint qui montre une réalité plus grande et, par conséquent, ses éléments constituants ne sont pas interchangeables. (…) Le repas du Seigneur ne représenterait pas correctement tout ce qu’il signifie, si le vin était remplacé par du Coca et le pain par des frites. Nous ne pouvons donc pas appeler mariage quoi que ce soit d’autre que l’union sexuelle permanente entre un homme et une femme sans porter atteinte à sa signification centrale, celle d’illustration de la consommation passionnée de l’amour de Dieu pour son peuple.» (Ed Shaw, L’Eglise et l’attirance homosexuelle, éditions Ourania, tr.fr. de The Plausibility Problem : The Church and Same-Sex Attraction, Inter-Varsity Press, 2015, pp. 88-91). 

 On nous dit que l’homosexualité n’est pas un choix 

J’ai répondu à cet argument dans un article déjà publié sur le site du R3 : https://www.ler3.ch/ce-nest-pas-un-choix/

On nous dit que nous réintroduisons par là une « justice au mérite » 

C’est Simon Butticaz qui lance cet argument dans Le NT sans tabous, Genève, Labor et Fides, 2019, pp.110s. 

Je vois là un grave malentendu :
Quand le Manifeste bleu déclare que « nous ne pouvons pas offrir un rite ecclésial de bénédiction pour un couple de même sexe » il ne parle pas d’accès au salut mais de bénédiction d’un couple.
C’est l’apôtre Paul – et non le Manifeste bleu – qui liste un certain nombre de comportements qui ferment l’accès au Royaume :
« Ne savez-vous donc pas que les injustes n’hériteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni les débauchés, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les pédérastes, 10ni les voleurs, ni les accapareurs, ni les ivrognes, ni les calomniateurs, ni les filous n’hériteront du Royaume de Dieu » (1 Co 6, 9-11 TOB). 

Paul semble donc défendre bec et ongles la justification par la foi plutôt que par les oeuvres et – en même temps – mettre en garde contre un certain nombre de comportements qui empêchent d’entrer dans le Royaume. C’est particulièrement clair dans l’épitre aux Galates : Paul pose aussi bien le principe de la justification par la foi (2,16) que la mise en garde contre les oeuvres de la chair qui empêchent d’hériter du Royaume (5,19-21). 

N.B. Le mot « comportement » est probablement trop faible encore pour décrire ce qui ressemble à une façon de vivre qui colle à la peau, plus encore qu’un comportement plus ou moins occasionnel. En effet, Paul ne parle pas de débauche – par exemple – mais de débauchés. L’attitude profonde qui ferme les portes du Royaume est bien décrite par Jean : « Si nous confessons nos péchés, fidèle et juste comme il est, il nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité. Si nous disons : « Nous ne sommes pas pécheurs », nous faisons de lui un menteur et sa parole n’est pas en nous » » (I Jn 1, 9-10). 

Pour ne pas « bafouer la gratuité de l’Evangile », faudrait-il jeter à la poubelle toute « loi » biblique pour ne garder que l’amour inconditionnel que Dieu nous offre en Jésus-Christ ?
La théologie réformée classique a formulé de manière très éclairante le rôle de la loi biblique. Elle n’oppose pas de manière simpliste la loi et l’Evangile, comme si l’Evangile rendait totalement inutile la loi biblique. La loi garde 3 fonctions ou « usages » : 

A) Restreindre le mal dans la société (usus politicus) : « tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas… »
B) Conduire les gens au Christ (usus elenchticus) en révélant à la fois la volonté de Dieu dans toute son ampleur et la condition humaine dans toute sa noirceur. « La loi est spirituelle ; mais moi, je suis charnel, vendu comme esclave au péché (Rm 7,14). « L’Ecriture a tout soumis au péché dans une commune captivité afin que, par la foi en Jésus-Christ, la promesse soit accomplie pour les croyants » (Ga 3,22). La reconnaissance de notre aliénation nous conduit aux pieds du Christ, qui incarne le pardon de Dieu pour nous. 

C) Apprendre aux croyants comment aimer Dieu et leur prochain (usus didacticus). Les commandements bibliques éclairent ce que veut dire le verbe « aimer » comme Dieu le conçoit. 

En rappelant la « loi » biblique concernant la sexualité, nous n’excluons ni ne condamnons personne ; nous n’introduisons pas une nouvelle condition à remplir (être hétéro) pour mériter l’amour de Dieu. 

  1. Nous aidons notre société à poser des repères. En l’occurence, ceci est un mariage ; cela n’en est pas un. Nous ne sommes pas en train de poser un jugement moral sur des personnes mais nous recherchons une certaine cohérence éthique et théologique. Quand une assemblée d’Eglise comme la FEPS – désormais l’Eglise Evangélique Réformée Suisse – prend officiellement une position qui contredit les textes bibliques, elle sape ses fondements. « Cette Eglise, qui remet ainsi (implicitement ou explicitement) en cause l’anthropologie de la Parole qui la constitue, déconstruit, de fait, ses bases symboliques (…) En psychanalyse, comme en psychothérapie, on parle – lorsque ceci se produit – d’atteinte au cadre, voire de « déliaison pathologique du lien institutionnel » (Pierre Glardon, op.cit., p.219). 
  • Nous aidons nos contemporains à prendre conscience de notre condition humaine : tous, d’une façon ou d’une autre, nous transgressons la volonté de Dieu ; tous, hétéros comme homos, nous ratons la cible de mille et une façons, et tous nous ne pouvons compter que sur la grâce de Dieu, incarnée en Jésus-Christ, pour nous tenir en sa présence. C’est ici – et non dans notre comportement plus ou moins choisi et subi – que se trouve le seul choix fondamental : croire ou ne pas croire à l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ (Jn 3,36). 
  • Nous encourageons les chrétiens à ne pas se conformer au monde ambiant mais à se laisser transformer par le renouvellement de leur être profond pour discerner quelle est la volonté de Dieu pour eux, leur couple, leur famille, leur société (Rm 12,2) 

La grande difficulté est de parvenir à tenir ensemble l’accueil respectueux de chacun-e, quelle que soit son orientation sexuelle, et le refus d’un rite pour couples de même sexe
Ce refus sera presque toujours compris comme un jugement voire un rejet… Un détour par la polygamie permettra peut-être de comprendre comment on peut respecter une personne sans pour autant bénir sa forme de conjugalité. 

La polygamie est une « orientation sexuelle » couramment pratiquée, aujourd’hui comme hier, en Suisse comme en Afrique, même si elle prend des formes variables. L’homme semble avoir de la peine à se contenter de la relation sexuelle avec une seule femme. D’où un grand nombre de mises en garde bibliques contre la convoitise, l’adultère ou la prostitution. Remarquons à ce sujet qu’à l’aune de la Bible il ne suffit pas que les partenaires soient consentants pour que leur union soit acceptable… 

La polygamie est pratiquée dans la Bible elle-même et par des personnages aussi respectables et bénis qu’Abraham, Isaac, Jacob, David ou Salomon. Il n’y a cependant aucun rite pour partenaires polygames dans les Églises que je connais. Nous pouvons sincèrement respecter ces personnes sans pour autant approuver leur forme de conjugalité. Ce refus n’implique aucun jugement sur la personne d’Abraham ou David. Il exprime simplement le choix de valider et valoriser le couple monogame préconisé par le Nouveau Testament. C’est ce choix que le Rassemblement pour un renouveau réformé exprime dans son Manifeste bleu

Que se passe-t-il lorsqu’on légitime théologiquement les relations homosexuelles ?
– On crée un décalage, pour ne pas dire un choc frontal, entre les déclarations de la Bible et celles de la théologie. Un exemple :
« Bien qu’ils connaissent le verdict de Dieu déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles actions, ils ne se bornent pas à les accomplir, mais ils approuvent encore ceux qui les commettent » (Ro 1,32)
« L’homosexualité tout comme l’hétérosexualité font partie de la création bonne de Dieu et de sa diversité. »( Michael Wolter, Der Brief an die Römer, vol.1, p. 154 ; cité par Simon Butticaz, op.cit., p. 124). 

 – On creuse l’écart entre l’Eglise réformée et les Eglises qui gardent une éthique plus proche des textes bibliques. 

–  On balaie les convictions d’une minorité de pasteurs et de paroissiens qui ont une interprétation « classique » de la Bible pour répondre à la demande d’une minorité de paroissiens qui se déclarent homosexuels. Qui a vraiment besoin que l’Eglise réformée suisse propose une bénédiction de mariage pour couples de même sexe ? Une infime minorité !

Selon les statistiques officielles de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, il y a eu – pour tout le canton – une demande de bénédiction en 2013, deux en 2014, trois en 2015, une en 2016 et une en 2017. Plutôt que de mettre toute l’Eglise sous pression pour changer sa définition du mariage et ses rites, plutôt que de demander à l’Eglise tout entière d’entrer en choc frontal avec les textes bibliques, n’y a-t-il pas d’autres façons de répondre aux besoins des couples de même sexe ? 

– On brouille les repères pour les adolescents qui sont dans une période de recherche d’identité. L’homosexualité devient alors une option parmi d’autres, à tester sans retenue (selon le témoignage d’une maman de gymnasiens vaudois). 
« Comme d’autres, je ne suis pas convaincu par l’argument que l’on « naît » homo ou hétéro. La conscience sexuelle n’émerge qu’avec l’âge et va normalement de pair avec la double découverte de son propre corps et de l’altérité. A une époque où on ne cesse de dire que les rôles respectifs d’hommes ou de femmes sont des constructions culturelles bien plus que naturelles, il est pour le moins étonnant (ou révélateur d’une certaine volonté d’interpréter les données en fonction de ce qu’on veut démontrer) de constater une insistance forte pour considérer que l’homosexualité échappe à cette règle et soit considérée comme relevant de la nature intrinsèque de la personnalité, en dehors des cadres culturels formateurs » (Jean-Claude Thienpont, « Unio Reformata. Entre loyauté et résistance », Hokhma No 117/2020, p.75). 

Comme l’exprime si bien Jésus en parlant de ses disciples comme du sel de la terre et de la lumière du monde, l’Eglise est à la fois pleinement dans le monde et porteuse d’une saveur différente. Elle est appelée à poser des repères (lumière) pour que tous ceux qui l’entourent puissent orienter leur marche ou se démarquer en connaissance de cause. Poser des repères sans pour autant jeter des pierres me semble être une des missions capitales de l’Église. Je vois l’Église de demain comme une minorité qui donne de la saveur et ose se démarquer plutôt que comme un caméléon qui reflète les opinions de son entourage et contribue ainsi à la « grande confusion » dénoncée par l’apôtre Paul dans l’épître aux Romains (1, 24-32). Voir mon article https://www.reformes.ch/blog/gerard-pella/2019/09/la-future-eglise-suisse-sera-t-elle-un-cameleon

– On participe – volontairement ou non – à la déconstruction de l’éthique chrétienne du mariage.

–  On cautionne – volontairement ou non – l’agenda des minorités sexuelles, qui recherchent infiniment plus qu’une bénédiction de mariage : le droit d’adopter des enfants et l’accès à la procréation assistée, voire à la gestation pour autrui. On ouvre la porte de nos écoles ou de nos bibliothèques à des visions du couple qui sont aux antipodes de la conception biblique. 

Un exemple : la bibliothèque de Vevey propose des ateliers et des tables rondes autour des différentes pratiques sexuelles. C’est ainsi qu’elle invite une drag queen dont le programme est clair : « Je viens juste stimuler l’imagination, favoriser la fluidité des genres, casser les codes, sans vouloir choquer ou faire du prosélytisme » (24Heures du 25-26 janvier 2020, p. 9). 

Conclusion 

• « Nous ne pouvons pas offrir un rite ecclésial de bénédiction pour un couple de même sexe ». 

• « Nous voulons accueillir avec affection, amour et sensibilité, et accompagner selon l’Evangile… » Extraits du Manifeste bleu, p.32 

Gérard Pella, Attalens, novembre 2020. 

Pour ou contre la bénédiction…? Peut-on sortir du piège ?

Dans le débat autour de la bénédiction de partenaires de même sexe, Gérard Pella cherche à dépasser le clivage entre les POUR et les CONTRE. Il apporte ici un éclairage différent, en prenant un peu de recul ou de hauteur grâce à l’Evangile et à un livre très intéressant d’Ed Shaw.

Dans l’Evangile de Jean, au chapitre 8, les scribes et les Pharisiens cherchent à piéger Jésus. Ils lui amènent une femme surprise en flagrant délit d’adultère et ils lui rappellent que Moïse a prescrit de lapider ces femmes-là. « Et toi, qu’en dis-tu ? » demandent-ils (v. 5).

Jésus est mal pris : s’il conteste Moïse, il transgresse ses propres convictions: « Je ne suis pas venu abolir la Tora mais l’accomplir ».

S’il confirme Moïse, il contredit son message de miséricorde… 

Alors, il prend le temps avant de répondre. Il trace des traits sur le sol, puis il pose cette parole libératrice : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » (v.7). C’est cette parole inspirée qui a permis de débloquer la situation… 

Dans notre débat, je perçois que toute l’Eglise est piégée par la question d’une bénédiction pour partenaires de même sexe.

* Contrairement à ce qu’a fait Jésus, certains répondent : « Effectivement, Moïse a dit… mais cela n’a plus de pertinence pour notre époque !  L’homosexualité d’aujourd’hui n’a rien à voir avec ce que Moïse connaissait. » Ou « On doit prendre la Bible au sérieux mais on ne peut pas la prendre à la lettre »(Sabine Braendlin). « La Bible doit être interprétée » (Principes constitutifs de l’eerv). « Pourvu qu’ils s’aiment, tout est permis » (St Augustin revisité !)  Ce message vient relativiser la révélation biblique aux yeux de nos paroissiens et du grand public.

* Et, tout aussi contrairement à ce qu’a fait Jésus, d’autres répondent : « Effectivement, il est écrit que l’homosexualité est un péché. On ne peut donc imaginer bénir une telle union ». Et ce message vient durcir la révélation biblique aux yeux de nos paroissiens et du grand public. Plutôt qu’une Bonne Nouvelle qui libère, on proclame une éthique qui classifie et exclut.

Jésus n’est pas tombé dans le piège qu’on lui tendait. Il a refusé aussi bien la relativisation de Moïse que  l’application littérale de la Loi. Il a choisi de garder le silence… en attendant la parole de sagesse qui allait replacer chacun face à Dieu : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. »

Notre appel au silence n’a pas été entendu… ni en 2012, ni en 2019. Notez bien que nous ne demandions pas de condamner l’homosexualité mais de renoncer à se prononcer en faveur d’un rite ecclésial, comme l’exprimait la « lettre ouverte » d’octobre 2019 aux délégués de la FEPS, qui a recueilli 6200 signatures : « nous vous demandons – humblement et solennellement – de renoncer à vous prononcer en faveur d’une célébration d’un mariage religieux pour un couple de même sexe ».


La défunte FEPS, comme l’EERV ou l’EPG, ont choisi de relativiser Moïse et de se prononcer POUR une bénédiction des couples de même sexe. Le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) est probablement tombé lui aussi dans le piège puisqu’il s’est prononcé CONTRE. Pouvait-il rester silencieux ? Toujours est-il qu’il est maintenant perçu comme un mouvement réactionnaire plutôt qu’un mouvement de renouveau…

Y aurait-il une parole de sagesse qui permette d’échapper à ce piège qui discrédite, polarise et divise l’Eglise tout entière ?

Je crois l’avoir entendue…dans le livre d’Ed Shaw, pasteur anglican. Pour lui, le débat véritable ne se situe pas au niveau exégétique ou théologique : « Ce n’est pas parce qu’on aurait soudain réévalué le contexte culturel du Lévitique, le sens du terme « contre nature » dans Romains 1, la nature des pratiques homosexuelles à Corinthe ou la traduction de la version grecque de la première épître à Timothée, mais parce que ce que ces textes exigent semble ne plus être crédible. Ce sont les gens qui semblent être le moteur du rejet de l’éthique traditionnelle chrétienne, et non la théologie. (…) J’entends régulièrement parler de chrétiens attirés par des personnes de même sexe qui pensent que ce que la Bible nous demande n’est tout simplement pas faisable dans le monde d’aujourd’hui et qui, une fois parvenus à cette conclusion, trouvent sans peine des livres, des sermons et des théologiens qui justifient leur rejet de l’enseignement biblique.(…) C’est dans le domaine de ce qui est réellement concevable que les choses ont changé dans ces dernières années, non dans celui de l’exégèse biblique.» (pp. 16s).

Le positionnement d’Ed Shaw est particulièrement intéressant : il est lui-même attiré par les personnes de même sexe mais il refuse de pratiquer l’homosexualité pour des raisons bibliques.

Il voit bien que cette position est aujourd’hui intenable… à moins de désamorcer un certain nombre de mythes qui conditionnent la pensée et le comportement de nos contemporains. Du coup, son ouvrage interpelle tous les chrétiens et pas seulement les personnes qui ressentent une attirance pour les personnes de même sexe. Voilà pourquoi il me semble offrir une parole de sagesse qui nous permet de sortir du piège des POUR et des CONTRE et qui replace chacun.e face à sa responsabilité devant Dieu.

Parcourons rapidement quelques-uns de ces mythes fallacieux :

Mythe no 1 : « Notre sexualité définit notre identité » 

Ed Shaw reconnaît qu’il est attiré depuis le début de la puberté par des personnes de même sexe mais il refuse de se dire « gay », pour deux raisons:

  • « Si je dis que je suis gay, les gens pensent que j’ai embrassé l’identité et le mode de vie gay, ce qui n’est pas le cas » (p. 29).
  • « Ce qui me définit le plus dans la vie, ce n’est pas ma sexualité mais mon statut d’enfant de Dieu » (p.30). C’est notre union avec le Christ qui ancre notre identité nouvelle : nous sommes « en Christ » (Eph 1).

Mythe no 2 : « Une famille, c’est papa, maman et 2,4 enfants »

« J’ai envie, j’ai besoin d’avoir une famille heureuse, tout comme beaucoup d’autres personnes qui sont célibataires pour tout un tas de raisons différentes. Mais en fait, j’ai une famille ! Les membres de mon Eglise (…)

Jésus appelle ceux qui le suivent sa famille, sans tenir compte des liens effectifs de parenté (Mt 12, 46-50) (…) cela montre que parler de l’Eglise comme d’une famille n’est pas juste du marketing, c’est une réalité. » (p. 40).

Ed Shaw interpelle alors tous les chrétiens pour que cette réalité spirituelle se concrétise dans la vie de nos paroisses, que les familles ne restent pas centrées sur elles-mêmes mais s’ouvrent aux personnes seules; et que l’Eglise (locale, paroissiale) devienne effectivement une famille.

Mythe no 3 : « Si l’on naît homosexuel, cela ne peut pas être mal »

Est-on homosexuel de naissance ? La question reste ouverte. Ed Shaw pense que les raisons de l’attirance pour le même sexe peuvent varier d’une personne à l’autre. Il ne croit pas qu’il puisse changer d’orientation sexuelle ni que son orientation sexuelle résulte de ses frustrations ou de son éducation, qui aurait pu être plus ou moins défaillante voire traumatisante. L’hypothèse qu’il est né ainsi – qu’un gène « gay » existe ou non – est la plus vraisemblable en ce qui le concerne.

Cela ne justifie pas pour autant la pratique de l’homosexualité. « L’une des gloires de l’être humain, créé à l’image de Dieu, est d’être traité par son Créateur comme responsable de ce qu’il pense, dit et fait. (…) Dans le Psaume 51, David aurait pu prétendre : « Ce n’est pas vraiment de ma faute, je suis né avec ces penchants sexuels, et vous ne pouvez pas me reprocher des choses commises à cause des instincts naturels avec lesquels je suis né. » Mais ce n’est pas ce qu’il dit. (…) Il assume pleinement la responsabilité de ce qu’il a fait (v. 5-6 et 9-11). » (p. 53).

Nous sommes tous nés imparfaits dans un monde imparfait, et pourtant nous pouvons et devons être tenus pour responsables de nos imperfections (p.55).

« Aussi avons-nous besoin de dire à l’Eglise de Christ que nous devrions être les personnes les plus accueillantes de la planète envers ceux qui sont nés gays (si tel est vraiment le cas), tout en continuant de penser qu’il n’est pas bon de manifester sexuellement cette tendance. Ne pas formuler cela clairement a été une énorme erreur.

Nous devons arrêter d’avoir peur de l’expérience vécue par beaucoup de personnes attirées par le même sexe, par le fait qu’elles ont toujours ressenti cette attirance. Nous ne les avons pas aidées en refusant d’avoir accepté ce fait dans le passé… » (p. 57).

Mythe no 4 : « Si quelque chose vous rend heureux, c’est une bonne chose »

Ed Shaw reconnaît qu’il traverse parfois des moments de souffrance aigüe parce qu’il ne peut pas avoir de partenaire, de relations sexuelles ni d’enfants. Il a l’impression de devoir aller non seulement à l’encontre de puissants désirs qui l’habitent mais à contre-courant du monde entier qui l’entoure, parce que l’autorité suprême dans le monde d’aujourd’hui est notre bonheur personnel. « Nous voulons juste être heureux, et toutes nos décisions sont orientées vers ce qui nous donnera le plus de bonheur le plus vite possible et, si possible, au meilleur prix. » (p. 60). De ce fait, les chrétiens d’aujourd’hui vivent de la même manière que tous leurs contemporains, que ce soit en matière de divorce ou de prospérité économique. Nous avons fabriqué un dieu qui veut que nous soyons heureux de la façon dont nous avons envie d’être heureux.

Trois réalités aident Ed Shaw a traverser ces moments de tristesse et à tenir bon dans sa résolution :

  • d’abord, il n’est pas convaincu que faire ce qu’il désire le rendrait heureux à long terme ;
  • au contraire, il est convaincu que les règles établies par Dieu nous montrent ce qui est bon. Notre Créateur est le mieux placé pour savoir ce qui est meilleur pour nous, alors que le monde qui nous entoure change sans arrêt de mentalité et de langage au sujet de ce qui est censé nous apporter le bonheur.
  • il est réconforté par le choix d’autres chrétiens qui, eux aussi, sacrifient le bonheur à court terme par obéissance à la Parole de Dieu, par exemple en partant en mission, ou en quittant un job bien rémunéré pour travailler dans l’Eglise.

« Arrêtez de voir votre bonheur personnel comme l’ultime autorité de votre vie, puis faites de la Parole de Dieu votre nouvelle autorité ! » (p. 68).

Mythe no 5 : « C’est dans le sexe qu’on trouve la véritable intimité »

« Nous vivons dans une société où le seul chemin vers la véritable intimité est la joie du sexe. » (p. 72).

Pour sa part, l’Eglise a tendance à promouvoir l’intimité uniquement sous la forme des relations sexuelles dans le cadre du mariage chrétien. Dès qu’une relation amicale devient intime, elle devient suspecte. Cette « idolâtrie chrétienne du mariage » (p. 74) laisse très peu de place à l’amitié profonde.

Mythe no 6 : « Hommes et femmes sont égaux et interchangeables »

OUI, hommes et femmes sont égaux.

NON, ils ne sont pas interchangeables… parce qu’ils sont fondamentalement différents, biologiquement et psychologiquement.

Et cette différence n’a pas seulement pour but de permettre la procréation (que penser des couples stériles ?) ni de combler la solitude (on peut se sentir très seul.e tout en étant marié.e). 

Cette altérité est à l’image de l’altérité entre Dieu et son peuple ; et le mariage humain est à l’image de l’alliance entre le Christ et l’Eglise.

Les prophètes de l’AT décrivent comme un adultère l’infidélité d’Israël à l’égard du Seigneur ; et le Cantique des Cantiques peut être interprété comme un dialogue amoureux entre Dieu et son peuple.

« Tout au long de l’AT, Dieu ne semble pas hésiter à décrire son amour pour son peuple en des termes sexuels. En fait, il semble employer délibérément un tel langage, car il sait que c’est le plus efficace pour communiquer la pleine puissance de son amour envers les êtres sexués que nous sommes » (p. 89).

L’Apocalypse amène à son apogée cette théologie biblique en présentant les noces de l’Agneau avec le peuple de Dieu.

Mythe no 7 : « Piété rime avec hétérosexualité »

Pendant longtemps, Ed Shaw a cru qu’il devait devenir hétérosexuel pour pouvoir avancer dans la vie spirituelle, comme si piété rimait avec hétérosexualité. Alors que « la ressemblance à Jésus, voilà la vraie définition biblique de la piété » (p. 99). « Dieu veut surtout que je devienne davantage semblable à Christ, pas que j’épouse forcément une femme. » (p. 100).

« Dieu ne promet pas la restauration de toutes choses dans ce monde mais dans le monde à venir.(…) J’ai entendu suffisamment d’histoires convaincantes pour savoir que la sexualité peut se transformer (jusqu’à un certain point)  chez certains et ne jamais bouger d’un millimètre pour d’autres. J’encourage donc tous les chrétiens attirés par les personnes de même sexe (ainsi que leur famille-Eglise) à ne pas mesurer leurs progrès dans la ressemblance à Christ à l’aune de leur progrès ou recul en matière de transformation de leur identité sexuelle. » (p. 104).

Ed Shaw nous encourage aussi à « mettre un terme à l’hypocrisie autour de la sexualité : nous devons reconnaître que des relations homosexuelles hors mariage sont souvent perçues dans nos Eglises comme un péché bien plus grand que des relations hétérosexuelles hors mariage. Pourquoi ? La Bible condamne les deux de la même manière (Lévitique 20. 10 et 13). Il s’agit du même péché. La même chose s’applique aux fantasmes sexuels : que leur objet soit quelqu’un du même sexe ou du sexe opposé, les deux relèvent de l’adultère aux yeux de Jésus (Matthieu 5. 27-28). » (p. 105).

« Si je dois vous confesser mes péchés sexuels, n’ayez pas peur de me confesser également les vôtres. Ainsi, nous pourrons nous épauler mutuellement pour imiter Christ, pour aimer et agir de la bonne manière dans nos victoires et dans nos défaites. » (p. 106).

Mythe no 8 : « Il n’est pas bon d’être célibataire »

« Le célibat est bel et bien un mode de vie réaliste. Nous devons nous repentir d’avoir dissimulé cette vérité. Et nous avons besoin d’exemples vécus de plus en plus nombreux pour démontrer que c’est un mode de vie envisageable de façon crédible aujourd’hui, non seulement pour le bien des chrétiens attirés par les personnes de même sexe comme moi, mais aussi pour le bien de toute l’Eglise. » (p. 117).

Mythe no 9 : « La souffrance est à éviter »

« Suivre un Messie souffrant rend la souffrance inévitable. Il est allé à la croix, et ses disciples vont devoir suivre le chemin de la croix également. (…) Nos vies chrétiennes sont surtout centrées sur notre satisfaction personnelle, semblant renier l’existence même des paroles de jésus. Elles ne connaissent presque aucun changement, à part un petit vernis chrétien : être plus gentils envers un peu plus de gens. » (pp. 120s.).

« Dans ma propre Eglise, les personnes auxquelles je veux le plus ressembler sont celles qui ressemblent le plus à Jésus, et elles lui ressemblent parce qu’elles ont traversé de grandes difficultés.

Conclusion

* Il nous faut redécouvrir la radicalité de l’Evangile : « Beaucoup d’Eglises évangéliques aujourd’hui sont faites pour la classe moyenne respectable plutôt que pour une vie radicalement consacrée à Jésus. » (p. 137)

* Il nous faut accepter la controverse actuelle autour de la sexualité. Elle devrait déboucher, comme d’autres controverses du passé, à une plus grande précision théologique (p. 137).

Lettre ouverte à l’Assemblée des délégués de la Fédération des Eglises protestantes suisses

Plus de 6 000 réformés ont adressé une lettre ouverte aux membres de la Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS) contre le mariage à l’église de couples du même sexe. 218 pasteurs se sont également déclarés contre le changement de pratique de l’Eglise.

La «lettre ouverte » a été remise au président de l’Assemblée des délégués de la FEPS, Pierre de Salis, le 4 novembre. Cette lettre a été lancée par le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) en Romandie et diffusée en trois langues début octobre de manière informelle.

La lettre a reçu une réponse positive: 6230 personnes des paroisses réformées (plus de 4 300 de Suisse alémanique) l’ont signée. Il y a également 2200 signataires d’autres Eglises, totalisant environ 8 500 personnes.

En voici le contenu :

Mesdames et Messieurs les délégué-e-s,

Vous serez amenés à prendre position sur le « mariage pour tous » lors de votre Assemblée des 4 et 5 novembre 2019. Permettez-nous de vous exprimer nos convictions à ce sujet !

Nous croyons que Jésus-Christ nous appelle à accueillir chaque personne – quelle que soit son orientation sexuelle. Nous croyons aussi qu’il nous appelle à renoncer à tout jugement à l’égard des personnes. Beaucoup de personnes qui ont une orientation LGBT ont été blessées par le jugement de certains chrétiens et nous le regrettons profondément.

Par contre, nous ne pouvons cautionner le mariage entre deux partenaires de même sexe. Il nous semble en désaccord profond avec la révélation biblique.

A la suite du livre de la Genèse, Jésus réaffirme cette vérité fondamentale : le couple humain est constitué d’un homme et d’une femme : « N‘avez-vous pas lu ce que déclare l’Écriture : Au commencement, le Créateur les fit homme et femme » ? (Mt 19,4)

Pour l’apôtre Paul, l’union entre un homme et une femme symbolise même « le grand mystère » de l’union entre le Christ et l’Église (Éphésiens 5,32).

De plus, pour qu’un enfant grandisse dans de bonnes conditions, nous croyons qu’il a besoin d’un père et d’une mère. Ce besoin essentiel doit être respecté.

Au moment où se forme l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), nous rappelons le souci pour l’unité de nos pères et mères de la Réforme : « Nous n‘approuvons que ce qui contribue à établir la concorde et est propre à l‘entretenir ». (Confessio Gallicana, 1559, Article 33). Que votre décision ne blesse pas une partie importante du Corps du Christ !

En conséquence, nous vous demandons – humblement et solennellement – de renoncer à vous prononcer en fa- veur d’une célébration d’un mariage religieux pour un couple de même sexe.

Nous espérons que vous comprendrez que nous ne sommes pas opposés aux personnes qui ont une orientation homosexuelle mais, dans la fidélité à Jésus-Christ, nous ne pouvons légitimer leur mariage. Une Église qui se prononce ouvertement contre l’enseignement du Christ perd son autorité spirituelle et précipite son effritement. Elle se distancie en outre des autres Eglises chrétiennes.

Veuillez agréer, Mesdames, Messieurs, nos respectueuses salutations

Franziska Bader, Cathy Grobéty, Monika Lehmann, Annette Walder, Olivier Bader, Luc Badoux, Martin Hoegger, Hansruedi Lehmann, Gérard Pella, Philippe Rochat, Cleto Rosetti, Peter Schmid, Paul Schorer, Hansurs Walder

Vous pouvez télécharger cette lettre et ajouter – jusqu’au 31 octobre – votre signature et celle de vos proches (ce sera très précieux!) en cliquant sur ce lien : Lettre-Ouverte

La future Eglise suisse sera-t-elle un rouleau compresseur ?

Il suffit de mettre côte à côte le blog de Jean-Marc Tétaz et le mien (sur le site réformés.ch) pour se rendre compte qu’il y a des avis profondément différents sur la délicate question du « mariage pour tous » (Société) et de la bénédiction de ces unions (Eglise). Jean-Marc et moi ne sommes pas des exceptions : cette tension traverse toute l’Eglise réformée (sans parler de l’Eglise anglicane, mennonite ou méthodiste). Elle est clairement reconnue par le Conseil de la Fédération des Eglises protestantes suisses (FEPS) dans le document qui prépare l’Assemblée des délégués des 4-5 novembre 2019 : « Le Conseil est conscient que la pluralité des opinions sur l’homosexualité et des approches des textes bibliques fait partie de l’Église réformée » (p.3).

En « pressant » l’Assemblée de prendre position sur ces questions, le Conseil propose une démarche démocratique : la majorité décidera1.
Le problème, c’est qu’il n’est pas question ici de budget, d’organisation ou de planification mais de convictions théologiques. Par le moyen d’un vote démocratique, certaines convictions vont donc s’imposer au détriment d’autres convictions, en procédant comme un rouleau compresseur : écraser pour aplanir les différences ! Cette regrettable situation suscite en moi plusieurs questions.

Y a-t-il une réelle urgence ?

Qu’est-ce qui motive le Conseil de la FEPS à avancer si rapidement ? Qui a vraiment besoin que toute l’Eglise réformée suisse propose une bénédiction de mariage pour couples de même sexe ? Une infime minorité !
Selon les statistiques officielles de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, il y a eu – pour tout le canton – une demande de bénédiction en 2013, deux en 2014, trois en 2015, une en 2016 et une en 2017. Plutôt que de mettre toute l’Eglise sous pression pour changer sa définition du mariage et ses rites, plutôt que de demander à l’Eglise tout entière d’entrer en choc frontal avec les textes bibliques, n’y a-t-il pas d’autres façons de répondre aux besoins des couples de même sexe ?

Par ailleurs, n’y a-t-il pas une autre façon de prendre des décisions ?

Fort d’une longue expérience de dialogue entre Eglises très différentes, le Conseil oecuménique des Eglises (COE) a adopté le modèle de décision par consensus : « Majoritaires parmi les membres fondateurs du COE, les Eglises protestantes avaient introduit leur manière de prendre des décisions, marquée par l’influence du parlementarisme politique. Dans l’esprit des gens, un synode protestant est en effet assimilé à un parlement, où les décisions sont prises par un vote majoritaire. Ainsi en allait-il également dans les diverses assemblées du COE.

Mais avec l’élargissement du COE aux différentes Eglises orthodoxes dans les années 60 et aux Eglises du Sud, de plus en plus de voix s’élevèrent à l’encontre de cette procédure, qui est étrangère à la manière de faire de beaucoup d’Eglises. En effet, il est difficile de demander à des orthodoxes de voter sur des questions théologiques et éthiques, et les nouvelles Eglises du Sud ont une culture plus proche du consensus que de la méthode parlementaire.

L’introduction de cette méthode est un fruit du travail de la commission spéciale réunissant les orthodoxes et les autres Eglises du COE. Commission qui a été mise en place pour répondre à la crise de la participation orthodoxe, qui menaçait de quitter le COE lors de la dernière assemblée du COE à Harare en 1998. « Elle est la réussite la plus importante de la Commission spéciale », a dit le président du COE à Porto

Alegre. » (Martin Hoegger, « Le modèle du consensus : un changement institutionnel significatif » , www.ler3.ch).
La prise de décision par consensus ne signifie pas que tout le monde doit penser la même chose mais elle permet une lente maturation à l’écoute des autres et à la recherche de la volonté de Dieu.

Pour éviter de se muer en rouleau compresseur qui écrase toute autre conviction, l’Assemblée des délégués de la FEPS a une magnifique occasion de résister à la pression de son Conseil !

Gérard Pella

1 Voir l’interview de Sabine Braendlin sur le site réformés.ch, le 20 août 2019 : « Notre Eglise est prête à prendre une décision »; voir aussi, sur le même site, l’article d’Anne-Sylvie Sprenger,
« Coup de pression pour les délégués de l’Église réformée » du 8 octobre 2019.