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Étiquette : résurrection

Il faut choisir !

Pour devenir pasteure j’étais obligée de passer par les études de théologie (j’ai aimé !) et par l’approche historico-critique. Quand celle-ci aide à mieux comprendre les textes bibliques dans leur contexte, elle renvoie à l’identité de Dieu : il va si loin dans son amour qu’il n’hésite pas à révéler Sa Réalité à travers des auteurs très humains, y compris leur culture environnante, leur personnalité, leurs préférences et leurs allergies.

Mais cette approche a dérapé dans une emprise sur Dieu : à force de se focaliser sur l’aspect humain dans les textes, on ne tient plus compte de la Réalité de Dieu, qui se voit soumis à la réalité humaine et adapté à ses critères. Cette lecture qui se prétend « scientifique » se pose en maîtresse absolue, dénigrant toute autre approche. Elle fait de gros dégâts dans ma vie et ma foi comme dans celles des Eglises réformées. Car elle mène non pas à une interrogation saine, mais à un climat d’orgueil, de doute et de méfiance envers Dieu. C’est un regard, ou mieux, un esprit d’incrédulité –  et j’ai besoin de m’en délier.

Car dans cet esprit les actions réelles de Dieu dans l’histoire deviennent des expériences subjectives. L’espérance dans le Dieu vivant, qui réalise son plan et ses promesses concrètement dans l’histoire humaine et donc aussi concrètement dans notre histoire, se réduit comme peau de chagrin à un vague espoir que « demain sera meilleur ». Le salut glisse du roc solide dans la mer agitée d’une spiritualité humaine confuse. SOS ! 

Il y a deux manières de voir qui s’opposent mais que nous faisons coexister dans une fausse notion de tolérance et d’amour. On peut réduire la Réalité de Dieu à notre réalité humaine : c’est l’illusion garantie. On peut voir la réalité humaine aimée, portée, enveloppée, prise au sérieux mais aussi limitée par la Réalité de Dieu. C’est ce regard que proposent les Ecritures.

Je choisis le deuxième, même si c’est un réel effort de remplacer chaque jour la perspective « naturelle » (la « chair ») par celle de l’Esprit de Vérité. Mais c’est vital, sinon nous serons les esclaves du même esprit d’incrédulité qui enferme le monde. C’est vital de sortir de cette prison, cet état de  victime, où nous nous laissons être coupés en deux par deux manières de voir qui s’excluent mutuellement. 

Nous ne pouvons pas glorifier Dieu en le laissant être lui-même – et le coincer dans une « spiritualité » qui n’est qu’un prolongement de nous, car c’est abuser de Dieu. Nous ne pouvons pas nous réjouir de la Vérité déjà révélée en Jésus-Christ, même si la plénitude est encore à découvrir  –  et maintenir la « vérité » comme quoi il y a seulement  « notre » vérité qui n’engage que nous. Nous ne pouvons pas grandir dans l’écoute et le discernement de la volonté de Dieu pour nous  –  et rester dans nos idées et habitudes. Nous ne pouvons pas chercher le Royaume de Dieu  –  et défendre d’abord notre avis à nous. Nous ne pouvons pas nous laisser souffler par l’Esprit où il veut  –  et nous laisser piéger par des objectifs à formuler, à atteindre, à contrôler selon des critères opposés à cet Esprit. Nous ne pouvons pas joyeusement dire au monde que Jésus-Christ est mort et ressuscité pour nous sauver –  et penser que cela pourrait tout aussi bien ne pas être vrai. Nous ne pouvons pas remplacer l’Evangile par des valeurs, ni remplacer l’Amour pour Dieu (le premier commandement!) par l’amour pour le prochain. Il faut choisir son regard.   –  Viens, Saint-Esprit ! Donne-nous le tien ! 

Hetty Overeem

Se réincarner ou ressusciter avec Christ ?

Pierre-Yves Paquier se positionne ici très clairement par rapport à la réincarnation à la lumière de l’Evangile. Voyez plutôt !

– Il était mort, il est ressuscité !

Etes-vous conscients, chers paroissiens et auditeurs, qu’une personne sur quatre préfèrerait sans doute m’entendre dire:

– Il était mort, il s’est réincarné !

3 exemples:

Un ami me confiait l’autre jour: – « J’ai de la peine à admettre la résurrection; l’idée de réincarnation me paraît plus abordable ! » 

Des jeunes renchérissaient: – « Au rancart ces vieilles conceptions bibliques, on a certainement plusieurs vies pour s’en sortir !! »

Enfin, un reportage récent affirmait que de plus en plus de gens se font soigner par des thérapies basées sur la réincarnation et sur les vies antérieures. Cela s’appelle la régression.

L’actrice Shirley Mac Laine par exemple prétend qu’elle a vécu 140 fois !

C’est vrai qu’ils sont très nombreux aujourd’hui à être séduits par cette théorie orientale. Beaucoup ont tant de mal à penser que leur vie prendra fin et qu’ils devront mourir un jour, qu’ils préfèrent envisager des «prolongations»…  C’est peut-être un leurre, mais ils ont l’impression que ça leur permet de mieux supporter maladies, drames et injustices de cette terre. 

Ce décor moderniste posé, que faut-il croire, chers amis ? 

Doit-on entrer là-dedans puisque c’est à la mode ? Serait-ce compatible avec l’Evangile, bien que la confession de foi de tout à l’heure parle d’une vie éternelle et non d’un cycle de vies ?  

Pour nous faire une idée, c’est avant tout sur la personne de Jésus-Christ que je voudrais fixer votre attention.

Rejoignons-le en un lieu précis; c’est un endroit où la mort a toujours raison!  Jésus est avec une femme, Marthe, et celle-ci lui fait des reproches à propos d’un certain Lazare. 

– Maître, Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort !

Imaginons maintenant ce qui aurait pu suivre…

Oui, imaginons le Christ posant sa main sur Marthe et disant:

– Allons, calme-toi, tout n’est pas fini, l’âme de ton frère trouvera un autre corps pour une autre vie: tout va continuer ! 

Marthe aurait dû se contenter de cela, et Jésus aurait pris congé.

Ah! et puis j’y pense : il y a cet épisode sur une colline.

2 terroristes d’il y a 2000 ans hèlent ce crucifié épinglé par les Romains. Ca sent la peur, ça sent la fin. Soudain, l’un d’eux, taraudé par ce qui l’attend de l’autre côté, interpelle Jésus. 

Dans le silence du Calvaire, imaginons alors cette réponse:

– Ne t’en fais pas, mon vieux, tu as encore 5 ou 6 existences pour te racheter: ce n’est qu’un mauvais moment à passer !!

Eh! bien le brigand serait mort, désabusé, bien loin du nirvana.

Mes amis, est-ce à cela que près d’un Européen sur 4 veut croire ? Est-ce là votre espérance ?  Est-ce là ce qui a pu transformer les disciples, sidérés qu’un tombeau fût trouvé vide à Jérusalem: un vague sentiment que tout recommence indéfiniment…?  Non.

Ce qui les a changés, c’est d’avoir revu un Vivant !

« Tout le monde se réincarne parce que tout le monde est frustré » ai-je lu. Or cette frustration, seul Jésus-Christ peut la transformer.

Il y a une vie après cette vie, mais ce n’est pas le cycle infernal imaginé par les mystiques orientaux ! 

Vous savez, l’âme survivrait – soi-disant – pour expier les fautes d’une vie précédente: elle pourrait se loger successivement dans une plante, un animal puis dans une catégorie d’être humain…  

Tout cela, pour garder l’illusion qu’on ne disparaît pas et qu’on peut se sauver par paliers, sans jamais savoir ce qui nous attend. 

La foi chrétienne dit tout autre chose :  que le Christ est venu nous rejoindre pour ne pas nous laisser seuls ; qu’il a tout donné et triomphé de la mort, pour que la perspective de ressusciter un jour nous tire en avant et nous fasse aimer la vie !   

Voilà la bonne nouvelle de Pâques, la certitude venue jusqu’à Marthe, au brigand, jusqu’à ce monde triste, jusqu’à nous !

Et Christ a joint les actes à la parole:

– « Marthe, ton frère va se relever de la mort ! » Et il le ressuscite.

Au brigand condamné: – « Tu peux me croire, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ! »  Pensez-vous que le Fils de Dieu aurait dit des balivernes juste avant de mourir ?

Contrairement à Bouddha, notre Seigneur est ressuscité corporellement à son tour. Il s’est fait voir pendant 40 jours…  

C’est quelque chose de fou, de grand, d’authentique. 

Une certitude à côté de laquelle la réincarnation fait pâle figure. Par la résurrection, la porte de la présence divine nous est définitivement ouverte: quelle joie !

Dans un vieux cimetière allemand se trouvait une tombe assez bizarre: c’était celle d’une comtesse qui se vantait qu’il n’y avait plus rien après la mort. Pourtant, dans ses dernières volontés, elle avait demandé qu’on couvre son tombeau d’une épaisse dalle de granit, maintenue à une bordure par des crampons de fer. On y lisait : DEFENSE D’OUVRIR CETTE TOMBE !

Mais voici qu’une graine de printemps, emportée par le vent, vint se loger entre la bordure et la dalle. Personne ne vit rien, personne n’arracha la pousse qui devint arbre. A tel point qu’en grandissant, il fit céder les crampons et brisa la pierre tombale…

Chers amis, que la résurrection heurte ou non votre raison, le fait est qu’une graine peut suffire pour ouvrir le tombeau d’une comtesse. Une parole de Dieu suffira aussi un jour pour tirer de la poussière son être qui ressuscitera. Et le vôtre aussi. 

Tout est là : quelle superbe perspective la résurrection donne au croyant; mais quelle raison de trembler pour l’incroyant ! 

Oui, Jésus rend la vie, mais l’as-tu reçu dans ton jardin secret ?

Un problème bien réel demeure : pour nos contemporains cette résurrection n’est pas évidente à concevoir, elle défie l’entendement : peut-être est-ce votre cas aussi au bout des ondes…

Il y a 19 siècles, à Athènes, cela divisait déjà les esprits. Ecoutez:

«A ces mots de résurrection des morts, les uns se moquèrent, les autres déclarèrent : – Nous t’entendrons là-dessus une autre fois. Certains pourtant crurent…» (Actes 17/32+34).

«Les uns se moquaient de Paul».  Ben voyons ! Comment prendre au sérieux un scoop aussi ahurissant. Logiquement (et les Grecs s’y connaissaient en logique), c’est impensable.

«Pour d’autres,  on verra ça une autre fois». Là, ce n’est pas à proprement parler un refus, mais une façon d’éluder la question. Il faudrait en reparler, mais on a le temps:  – « laissez-nous vivre et nous éclater avant de penser à cela ! »

«Certains pourtant devinrent croyants». J’aime ce pourtant. Il est respectueux des autres positions.  Il signifie que des hommes et des femmes d’il y a 2000 ans ont été convaincus que le Christ était bel et bien revenu à la vie, et que ça les touchait.

Ce matin, je vous demande : Où vous situez-vous ?

Parmi les moqueurs ?  Vous pouvez en rire, ça ne change rien à l’affaire: ce ressuscité nous jugera un jour.

Ou êtes-vous de ceux qui remettent ça à plus tard ? Tu sens bien que ta vie ne peut se limiter à quelques dizaines d’années. Tu réalises qu’une conception purement matérielle de l’existence ne suffit pas. Mais pour l’heure tu as d’autres choses en tête, tu n’as pas envie de parler de ça. Dommage !  

Parce que, tu sais, l’espérance de la résurrection ne se résume pas à une espérance d’accueil après la mort; mais c’est d’abord la joie de savoir Quelqu’un avec toi tous les jours…

Le cadeau de te sentir aimé, rejoint, compris, là où tu en es. Alors, n’attends pas trop longtemps! 

Enfin, 3ème possibilité : tu y crois, toi aussi… Comme à Athènes, Denys, Damaris et d’autres, tu as saisi la vie et l’immense espérance qui viennent du Ressuscité.  

Alors, heureux es-tu, si tu n’as pas besoin de tout savoir sur la vie et sur la mort, de tout comprendre, pour faire confiance à Celui qui s’offre pour être ton chemin, ta vérité et ta vie !   L’important n’est pas de connaître le pays où l’on va, mais d’avoir le bon guide

Mes chers amis, Lazare était mort et enterré: ; Christ lui a rendu la vie. Mais il y a plus : non seulement Dieu ressuscite les morts, mais il peut changer la destinée des vivants, de ceux et celles qui, un jour, l’appellent et lui font confiance !

Ce n’est pas d’un meilleur karma que vous avez besoin, qui que vous soyez, mais d’un Sauveur vivant à vos côtés; car le salut ne s’obtient pas en sautant d’une existence à l’autre, mais en se liant d’amitié ici-bas avec celui qui a dit:

« Quiconque croit en moi vivra, même s’il doit mourir un jour« !

Telle est la Parole de Dieu, bien différente des idées à la mode.

Voilà, ce message n’est sans doute pas plus populaire qu’il y a 2000 ans à Athènes, mais c’est la vérité. Une vérité que l’ancien athée André Frossard faisait miroiter ainsi à Bernard Pivot : 

 » Par hygiène, je pratique le golf (18 trous), 

et par passion, la foi chrétienne qui, elle, 

se joue sur 1 seul trou… 

Avec Jésus-Christ passé par là, je suis sûr de mon affaire ! »

                       Amen

Lectures bibliques :

Luc 23 v39-43

Jean 11 v17-27

Actes 17 v27b-34

Pierre-Yves Paquier, pasteur

Etonnez-vous !

Face au Ressuscité, nous dit Luc Badoux, nous courons deux risques : ne pas croire… ou ne pas nous étonner. A la suite de l’évangile de Luc et de G.F. Handel, il nous invite à redécouvrir l’inouï de la résurrection !

A l’adolescence, j’ai appris une phrase qui m’est restée. Ma maman avait eu la bonne idée de la coller sur une porte, la porte que j’ouvrais le plus souvent : la porte du frigo ! Cette phrase est de St Exupéry : « Tout est dur quand on perd le goût de Dieu. » Oui, j’ai gardé cette phrase. A tous les parents qui cherchent à faire passer un message à leurs adolescents, je ne peux que dire : « Essayez le frigo ! ». 

A force donc d’ouvrir le frigo, je suis devenu pasteur, convaincu que le goût de Dieu, c’est précieux. Ce goût de Dieu, comment le trouver? Comment ne pas le perdre ? Comment ne pas le perdre quand on souffre ou au contraire quand le confort et la facilité nous endorment ? A chacun pour soi-même de répondre à cette question. Mais en ce dimanche après Pâques je vous propose de le faire à la lumière du texte de l’évangile de Luc que nous venons d’entendre : Luc 24.36-48.

Jésus se présente au milieu de ses disciples qui deux jours plus tôt l’ont vu mourir. Il leur dit « La paix soit avec vous. » Mais sa présence produit l’effet inverse. Plutôt que de se retrouver apaisés, ils sont paniqués, saisis de crainte et même de terreur, nous dit Luc. Pour la paix, ça paraît raté. Sauf, sauf, si c’est le point de départ de tout un cheminement. 

On constate en effet, dans nos vies, qu’à l’origine de la foi en Dieu ou d’un approfondissement de notre foi, il y a souvent un moment où on a eu peur, une situation difficile, un manque.
Les situations de manque ou d’épreuve nous rendent réceptifs à Dieu. Elles lui permettent de manifester qui il est. Elles permettent au Christ de nous apporter la paix, la consolation ou une nouvelle manière d’envisager notre vie. C’est précisément ce qui se passe pour les disciples saisis de frayeur et de doutes. 

Mais, pour être gagnés par la paix, il faut qu’ils participent. C’est pourquoi Jésus les interpelle: « Regardez mes mains et mes pieds. Plutôt que de rester dans la peur et dans les doutes, approchez-vous, touchez-moi, éprouvez la réalité de ce que je vous dis. Ne restez pas à distance à ne pas savoir si je suis un fantôme. » 

Jésus a besoin que nous prenions sa résurrection au sérieux et, si nécessaire, que nous vérifiions si ça nous paraît vrai. 

A ses disciples, Jésus propose même de manger quelque chose devant eux. Ils lui donnent alors un morceau de poisson grillé. Il le mange. C’est à ce moment que la frayeur des disciples tourne en joie et en étonnement. Ils n’ont pas encore passé à la foi, mais déjà de la peur à la joie et du doute à l’étonnement. 

C’est un moment décisif. Les moments où l’on peut s’étonner de ce que Dieu a fait sont des moments privilégiés. J’espère que vous en avez connus ou que vous allez en connaître. 

Ça me rappelle une de ces merveilleuses histoires juives qui rapporte qu’au moment où Dieu créa le monde, quatre anges s’approchèrent de lui.
Le premier demanda : « Comment t’y prends-tu ? »
Le deuxième continua en lui disant : « Pourquoi fais-tu cela ? » 

Le troisième enchaîna : « A quoi ça va servir ? »
Le premier était un scientifique, le deuxième un philosophe, le troisième un agent immobilier.
Le quatrième ange observait la scène de la création du monde avec étonnement ; il se mit, lui, à applaudir. 

Devant la résurrection de Jésus, nous sommes souvent comme les trois premiers anges. Il y a en nous un peu de ces différentes questions qui se bousculent. Beaucoup sont comme le scientifique : pour croire au ressuscité, ils veulent savoir comment Dieu s’y est pris. Ils aimeraient qu’on leur démontre que c’est possible. D’autres tiennent davantage du philosophe : pourquoi Dieu aurait-il fait cela ? Est-ce bien raisonnable ? Et puis il y a l’agent immobilier : à quoi ça va servir ? On va les mettre où tous ces ressuscités ? 

J’ai une prière pour nous tous ce matin, pour tous ceux qui veulent avoir en eux le goût de Dieu. Ma prière, c’est qu’il y ait en nous quelque chose du quatrième ange ; cet ange qui s’étonne avant tout, cet ange qui s’émerveille et applaudit devant la résurrection.
Que ce matin soit un temps pour s’étonner devant le Ressuscité. Pour la plupart d’entre nous, nous avons baigné dans une culture chrétienne, nous avons entendu dès l’enfance qu’après sa mort Jésus était ressuscité. Si bien qu’à l’annonce de la résurrection, nous courons deux risques : celui de ne pas croire, mais aussi celui de ne pas nous étonner. Quelle tristesse si la résurrection n’éveille en nous ni étonnement, ni applaudissement. L’Evangile risque alors fort de ne provoquer en nous ni espérance, ni changement de regard sur la vie. 

Les disciples, après avoir été effrayés et incrédules, après avoir été un peu le scientifique, le philosophe et l’agent immobilier, se sont laissés gagner par la joie et l’étonnement. Ils ont été lents à croire, mais ils se sont étonnés.
Attention, s’étonner n’est pas tout. Pour les conduire à la foi et les amener à annoncer sa résurrection au monde, Jésus leur fait franchir encore une étape. Il leur rappelle tout ce qu’il leur a annoncé. Luc nous dit qu’il leur ouvre l’intelligence. Cela nous est décrit comme étant tout un travail. Cela passe par un plongeon dans les Ecritures. Jésus leur explique que ce qui lui arrivé est annoncé dans les livres des prophètes, Esaïe, Jérémie, Zacharie et dans les psaumes. Il explique que sa passion et sa résurrection, c’est l’aboutissement de l’œuvre de Dieu, c’est comme un fruit qui a longtemps mûri, comme une fleur qui éclôt après des mois de préparation. La résurrection n’est pas un événement isolé mais l’aboutissement de l’action de Dieu qui a toujours voulu que la vie triomphe de la mort et que le bien triomphe du mal. C’est par cette immersion dans les textes bibliques que les disciples passent de l’étonnement à une foi construite et solide. Il a fallu que leur foi soit solide pour se laisser envoyer par Jésus comme témoin de sa résurrection devant toutes les nations. Eux qui se cachaient, qui ont conçu non seulement de la peur mais une véritable frayeur devant le Ressuscité, ils vont aller au devant des nations pour témoigner de sa résurrection. 

Il y a trois semaines j’étais à Dehli en Inde avec des collègues pasteurs. On y a notamment rencontré l’évêque de l’Eglise Mar Thomas. Il fait remonter les débuts de leur communauté à l’an 52 après Jésus et au témoignage de l’apôtre Thomas. Vous savez, Thomas, celui des douze qui ne voulait pas croire en la résurrection de Jésus tant qu’il n’aurait pas vu la marque des clous dans ses mains. Apparemment, lorsque Jésus est venu à sa rencontre, l’étonnement et le bouleversement de Thomas ont été assez profonds et sa foi assez solide pour qu’il aille ensuite jusqu’en Inde annoncer qu’en Jésus la vie était plus forte que la mort. Et cela fait 1960 ans que des Indiens, génération après génération, et de plus en plus aujourd’hui, s’étonnent et applaudissent le Ressuscité avant de s’en faire les témoins. 

J’ai aussi découvert récemment la vie de Haendel, le compositeur de musique classique. Haendel avait un caractère prompt. C’est dit poliment. En français courant, il était insupportable, il s’emportait contre les chanteurs qui ne respectaient pas ses consignes. Il mangeait, buvait beaucoup trop. Il avait sûrement des qualités, mais à Londres où il a vécu la deuxième partie de sa vie, on l’appelait le « gros ours ». Et je ne crois pas que c’était un compliment. 

A l’été 1741, Haendel se sent déprimé, fini. Il s’est relevé d’une attaque cérébrale qui l’avait frappé quatre ans plus tôt, mais il ne parvient plus à composer. Il a perdu sa créativité. En revenant de promenade un soir, il découvre le livret qu’un poète lui a laissé, lui proposant d’en faire un oratorio. Un oratorio, c’est une histoire tirée de la Bible et racontée par un choeur. C’est un opéra sans costumes ni décors. Le livret en question cite le prophète Esaïe qui annonce la naissance, la passion puis le relèvement du Messie. 

La lecture de ces textes opère une œuvre profonde en Haendel. L’abattement qui était le sien fait place à l’étonnement puis à l’émerveillement quand il saisit que ce qu’Esaïe annonce 700 ans à l’avance, c’est ce que Dieu a fait en Jésus. Cet état d’émerveillement dure trois bonnes semaines. Haendel ne mange et ne dort quasiment plus. Il compose. Cela fait quatre ans qu’il ne crée plus rien et là, en 25 jours, porté par les paroles d’Esaïe, il compose le Messie avec ses airs devenus immensément célèbres : « For unto us a child is born » = « Un enfant nous est né » ; autre air connu et toujours en anglais : « He shall feed his flock »  = « Il fera paître son troupeau ». 

L’auditeur est ainsi conduit dans la vie de Jésus jusqu’à sa passion puis à l’exultation du célèbre Alléluia. C’est l’étonnement à son comble. « He shall reign for ever and ever. King of kings and Lord of lords » = « Il règnera pour toujours. Roi des rois, Seigneur des seigneurs ». Cet Alléluia, c’est la manière de Haendel d’applaudir à la résurrection. Ensuite Haendel nous fait redescendre de cet Alléluia sonore avec un air très doux qui porte cette confession de foi : « Je sais que mon Rédempteur est vivant ». Haendel s’est d’abord trouvé étonné, surpris à la lecture des textes bibliques. Puis il a été comme emporté par le message de l’Evangile et de la résurrection. Il a applaudi à sa manière, en composant la musique. Il a cru et il s’est fait le témoin du Christ ressuscité. 

À la première représentation du Messie, à Londres, le roi George II, lointain ancêtre d’un petit George fils de William et Kate, s’est levé pendant le chant de l’Alléluia. Personne n’a su pourquoi il le faisait, mais tout le monde a suivi son exemple. La tradition veut aujourd’hui encore que l’auditoire se lève pour cet Alléluia. Ce peut être vécu comme une manière de saluer ou d’applaudir l’œuvre de Dieu dans la résurrection. 

Déjà de son vivant, Haendel s’est trouvé mondialement connu pour cette œuvre. Mais pour en parler, il a dit « Dieu m’a rendu visite ». Et il lui a paru naturel que les profits considérables de son œuvre soient distribués aux prisonniers, aux orphelins et aux malades. Pour parler de la découverte qu’il avait faite, il a dit : « J’ai été moi-même très malade et je suis maintenant guéri. J’étais prisonnier et j’ai été délivré. » 

Dieu lui a rendu visite. Comme Jésus a rendu visite à Thomas qui, dans sa stupéfaction, s’est exclamé « Mon Seigneur et mon Dieu ». Comme il veut nous rendre visite à nous qui ne sommes sûrement pas plus incrédules que Thomas, nous qui n’avons pas pire caractère que Haendel. 

« Engagez-vous ! » disaient les Romains aux recrues potentielles. 

« Indignez-vous ! » dit le philosophe Stéphane Hessel en regardant le monde. 

Et moi, au nom de l’Evangile, je vous dis : « Etonnez-vous ! L’incroyable s’est produit. Que vous ayez de la facilité ou de la difficulté à croire, étonnez-vous. » C’est l’entrée du chemin de la foi, du chemin de la louange et de l’espérance. C’est souvent en s’étonnant devant la beauté de la création, devant l’œuvre du Dieu Créateur que vient le goût de Dieu. Pour Haendel, c’est en s’étonnant devant le Dieu Sauveur et la résurrection de Jésus que le goût de Dieu est revenu. C’est à partir de son étonnement qu’a grandi en lui l’envie de témoigner du Ressuscité, de la vie plus forte que la mort. C’est ainsi que lui est venue l’envie d’applaudir à la résurrection. 

Chers amis, je vous invite à vous étonner devant la résurrection et à applaudir le Ressuscité. Amen 

Prédication prononcée par Luc Badoux à La Vallée de Joux, dimanche 1er mai 2011.

Les trois lectures bibliques étaient :

Esaïe 52.13 – 53.3 + 53.8-10 ; I Pierre 1.3-5 + 10-11 ; Luc 24.36-48.

Il vit et il crut !

PREDICATION DE PAQUES par Bertrand Amaudruz :

« Il vit et il crut » Jean 20/1-8 

Une foule crie : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » 

Puis la même foule, manipulée : « Crucifie! A mort! »
Des bruits de troupe, bardée de métal, des enfants qui crient, trahison et fuite.

Jésus arrêté, torturé, crucifié. 

Quelques femmes et Jean restent et pleurent. Ils entendent un grand cri : « Pourquoi? » 

Ténèbres, la terre tremble, des morts ramenés à la vie et le silence. 

Le reste des disciples, volatilisés et comme terrés; ils sont paumés ; ils ne comprennent plus ni le sens des paroles de leur Maître ni la fin violente pourtant annoncée. Qui avons- nous suivi? 

Pourquoi lui et pas un autre? 

Avant ces événements, il y en avait eu un autre, essentiel : la réanimation de Lazare, ami de Jésus. Ses soeurs étaient venues en hâte le chercher après le décès de leur frère. Arrivés au tombeau, Jésus avait crié fortement : « Lazare, sors! » 

Lazare arrive à l’entrée du tombeau; Jésus ordonne : « Déliez-le ! ».
A titre d’information les Juifs n’embaumaient pas leurs défunts comme le faisaient les Egyptiens pour leurs célébrités; les Juifs faisaient la toilette du corps. 

Les produits amenés par Joseph d’Arimathée soulignent sa déférence envers le Seigneur: le corps était enveloppé d’un linceul et les linges funéraires étaient enroulés autour de la tête et autour du thorax, avec les bras sur celui-ci ou le long du corps, enfin le dernier sur les chevilles. 

« Il vit et il crut. »
Marie de Magdala arrivant au tombeau est choquée de l’absence du corps de son Seigneur. Des anges lui demandent : « Pourquoi pleures-tu? » Elle voit un homme, un jardinier pense-t-elle, et lui demande : « On a enlevé mon Seigneur, sais-tu où on l’a mis? » « Marie! » lui dit l’homme d’un ton particulier qu’elle devait connaître; sans être remise de ses émotions elle court vers les disciples pour leur annoncer « J’ai vu le Seigneur! »
Les disciples de la première visite du Seigneur dans la maison cadenassée voient une personne se matérialiser devant eux; ils ont un premier mouvement de recul mais Jésus les rassure, leur montre les traces de ses plaies. 

A la seconde visite de leur Maître, toujours dans la maison fermée, il leur donne des signes de sa double réalité et devant la difficulté de Thomas, Jésus lui dit: « Tu veux voir, tu veux toucher? » Humilié et ébloui, celui-ci tombe à genoux. 

Pour les pèlerins d’Emmaüs, il fait route avec eux et lorsqu’il rompt le pain, ils le reconnaissent.
Puis il apparaît à Pierre, à Jacques, à 500 disciples à la fois, à Saul de Tarse de manière foudroyante et à tant de personnes dans toute l’histoire de l’Eglise de toujours. 

Revenons à Pierre et Jean:
Informés par Marie de Magdala, ils accourent au tombeau. Pierre regarde dedans et ne semble rien dire, Jean s’avance ; « il vit…et il crut ». 

Qu’a-t-il donc vu? Et qu’a-t-il donc cru?
Et depuis quand la foi s’éveille-t-elle à ce que l’on voit ?
Si les linges funéraires avaient été bien rangés sur la tablette, qu’aurait-il pu croire?
Et si les linges avaient été jetés à terre, qu’aurait-il pu croire?
Lors de l’épisode de la réanimation de Lazare, Jean était là en témoin direct et il a soigneusement observé comment cela s’est passé:
une fois le tombeau ouvert et Lazare sorti, Jésus a dit : « Déliez-le !». 

Alors quelque temps plus tard, devant le tombeau du Christ, qu’a donc vu Jean?
Il a vu les linges funéraires et le linceul à la place exacte où ils avaient été appliqués au corps de Jésus, donc non défaits ni rangés (comme je l’ai entendu prêcher quelques fois). 

Il est vrai que ce passage est difficile à traduire. Je me réfère sur ce point à une étude très fouillée du professeur André Feuillet dans la revue théologique Hokhma (No 7). Jean a vu des linges et linceuls simplement affaissés, vides. 

Cet homme, très proche du Christ et fidèle lors de la crucifixion, d’une intuition plus sensible, put croire que Jésus était entré dans un autre registre de vie.
Le ressuscité, dès lors, jouera de ce double mode d’être avec ses disciples jusqu’à l’Ascension et au-delà selon son mode d’être toujours très proche. 

Ainsi, l’intention de Jésus a été de faire constater à ses disciples un certain nombre de faits et l’apôtre Jean en parle d’une manière très touchante dans sa première épitre (ch. 1, v. 1-6)
« Ce qui était dès le commencement,
ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du verbe de vie ;

et la vie s’est manifestée et nous avons vu et nous rendons témoignage et nous annonçons la vie éternelle qui était tournée vers le Père
et s’est manifestée à nous ».


Ce qui soutient notre foi est le témoignage de ces témoins de première main. C’est aussi que le Seigneur s’est plié à leurs limites et les a poussés à constater les faits pour passer de la peur à la joie afin de proclamer la Bonne Nouvelle.
Il est de bon ton aujourd’hui de dire, en Suisse romande, que les disciples ont « vu Jésus par la foi » ; j’ajoute : foi qu’ils n’avaient pas! Or les textes sont clairs et disent tout autre chose, à savoir que ces hommes et ces femmes ont été amenés à constater… ( « Touchez-moi, donnez-moi à manger ! » ). 

Et finalement, c’est en faisant coïncider les prophéties de l’Ecriture au sujet de ce qui est arrivé au Christ qu’ils ont reçu la foi pascale.
Quant à nous, qui avons pris au sérieux ces témoignages de première main; nous, témoins de seconde main, sommes illuminés par le même Saint-Esprit. Quel que soit le point où nous en sommes, Il nous rejoint au moment favorable. Cette amitié avec Jésus n’est pas une suite d’efforts mais de désir, de courage et de consentement. 

Belles Pâques et bonne route !