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Étiquette : spiritualité

Il faut choisir !

Pour devenir pasteure j’étais obligée de passer par les études de théologie (j’ai aimé !) et par l’approche historico-critique. Quand celle-ci aide à mieux comprendre les textes bibliques dans leur contexte, elle renvoie à l’identité de Dieu : il va si loin dans son amour qu’il n’hésite pas à révéler Sa Réalité à travers des auteurs très humains, y compris leur culture environnante, leur personnalité, leurs préférences et leurs allergies.

Mais cette approche a dérapé dans une emprise sur Dieu : à force de se focaliser sur l’aspect humain dans les textes, on ne tient plus compte de la Réalité de Dieu, qui se voit soumis à la réalité humaine et adapté à ses critères. Cette lecture qui se prétend « scientifique » se pose en maîtresse absolue, dénigrant toute autre approche. Elle fait de gros dégâts dans ma vie et ma foi comme dans celles des Eglises réformées. Car elle mène non pas à une interrogation saine, mais à un climat d’orgueil, de doute et de méfiance envers Dieu. C’est un regard, ou mieux, un esprit d’incrédulité –  et j’ai besoin de m’en délier.

Car dans cet esprit les actions réelles de Dieu dans l’histoire deviennent des expériences subjectives. L’espérance dans le Dieu vivant, qui réalise son plan et ses promesses concrètement dans l’histoire humaine et donc aussi concrètement dans notre histoire, se réduit comme peau de chagrin à un vague espoir que « demain sera meilleur ». Le salut glisse du roc solide dans la mer agitée d’une spiritualité humaine confuse. SOS ! 

Il y a deux manières de voir qui s’opposent mais que nous faisons coexister dans une fausse notion de tolérance et d’amour. On peut réduire la Réalité de Dieu à notre réalité humaine : c’est l’illusion garantie. On peut voir la réalité humaine aimée, portée, enveloppée, prise au sérieux mais aussi limitée par la Réalité de Dieu. C’est ce regard que proposent les Ecritures.

Je choisis le deuxième, même si c’est un réel effort de remplacer chaque jour la perspective « naturelle » (la « chair ») par celle de l’Esprit de Vérité. Mais c’est vital, sinon nous serons les esclaves du même esprit d’incrédulité qui enferme le monde. C’est vital de sortir de cette prison, cet état de  victime, où nous nous laissons être coupés en deux par deux manières de voir qui s’excluent mutuellement. 

Nous ne pouvons pas glorifier Dieu en le laissant être lui-même – et le coincer dans une « spiritualité » qui n’est qu’un prolongement de nous, car c’est abuser de Dieu. Nous ne pouvons pas nous réjouir de la Vérité déjà révélée en Jésus-Christ, même si la plénitude est encore à découvrir  –  et maintenir la « vérité » comme quoi il y a seulement  « notre » vérité qui n’engage que nous. Nous ne pouvons pas grandir dans l’écoute et le discernement de la volonté de Dieu pour nous  –  et rester dans nos idées et habitudes. Nous ne pouvons pas chercher le Royaume de Dieu  –  et défendre d’abord notre avis à nous. Nous ne pouvons pas nous laisser souffler par l’Esprit où il veut  –  et nous laisser piéger par des objectifs à formuler, à atteindre, à contrôler selon des critères opposés à cet Esprit. Nous ne pouvons pas joyeusement dire au monde que Jésus-Christ est mort et ressuscité pour nous sauver –  et penser que cela pourrait tout aussi bien ne pas être vrai. Nous ne pouvons pas remplacer l’Evangile par des valeurs, ni remplacer l’Amour pour Dieu (le premier commandement!) par l’amour pour le prochain. Il faut choisir son regard.   –  Viens, Saint-Esprit ! Donne-nous le tien ! 

Hetty Overeem

Perdre le Christ dans le christianisme 

Cet article de Greg Morse a été publié sur le site Desiring God. Nous l’avons trouvé tellement pertinent que nous avons sollicité (et obtenu !) la permission de le traduire et de le publier sur notre site.

La question semble étrange à première vue, mais j’en suis venu à me la poser à moi-même : Suis-je en danger de perdre le Christ dans ma façon de vivre le christianisme ? 

Parmi ceux d’entre nous qui connaissent vraiment Jésus, l’aiment et croient en lui pour la vie éternelle, sommes-nous de ceux qui ont perdu leur premier amour ? La plus grande lumière brille-t-elle maintenant comme la plus petite dans nos cœurs ? Jésus est-il passé sans qu’on s’en rende compte de sa place de grand Objet de notre désir à celle d’un adjectif modifiant d’autres activités ? Les livres sur la vie chrétienne se vendent bien mais les livres sur le Christ lui-même restent généralement en stock. 

Pouvons-nous encore dire en toute vérité : « Mon âme attend le Seigneur plus que les sentinelles n’attendent le matin, oui, plus que les sentinelles n’attendent le matin » (Psaume 130.6) ? La seule chose que nous demandons à notre Seigneur est-elle de contempler sa beauté et de converser avec lui (Psaume 27.4) ? S’il revenait aujourd’hui, cela nous semblerait-il une interruption, ou nous trouverait-il en train de nous demander les uns aux autres : « Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? » (Cantique 3.3) ? Ressentons-nous la douleur de son absence ? Nous manque-t-il ?

Ces derniers temps, j’ai moins regardé par-dessus les murs de ce monde, dans l’attente de sa venue. Au lieu de cela, je me suis occupé de choses bonnes et même de choses pieuses – celles qui sont de lui, à lui et par lui, mais qui ne sont pas lui. À ma grande surprise, je me suis rendu compte que je commençais à perdre le Christ de vue dans mon christianisme. Et le perdre de vue ici semble plus subtil, plus facile, qu’ailleurs. 

Je vais tenter de décrire comment nous pouvons le perdre de vue dans quelques endroits qui nous sont les plus précieux : l’Evangile, les Ecritures, la recherche de la sainteté et l’Eglise.

L’avons-nous perdu dans l’Évangile ? 

J’ai égaré Jésus dans l’Évangile lorsque l’Evangile devient sans visage, lorsqu’il fait partie d’une équation où l’Évangile plus la foi égalent le paradis. Michael Reeves aborde ce point lorsqu’il écrit que Charles Spurgeon « préférait parler de prêcher « le Christ » plutôt que de prêcher « l’Évangile », « la vérité » ou quoi que ce soit d’autre, à cause de la facilité avec laquelle nous réduisons « l’Évangile » ou « la vérité » à un système impersonnel. Le Christ lui-même est, en personne, le chemin, la vérité et la vie ; la gloire de Dieu ; la vie et les délices des saints ; l’époux que l’épouse est invitée à apprécier. » (Spurgeon on the Christian Life, p.71.) 

Si je ne prends pas garde, l’Évangile et la vérité peuvent être réduits à une connaissance exsangue, sans pulsations. Contrairement à ce message impersonnel, Paul décrit l’Évangile de Dieu comme ce que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes, dans les saintes Écritures, au sujet de son Fils, descendant de David selon la chair, et déclaré Fils de Dieu avec puissance, selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection d’entre les morts : Jésus-Christ notre Seigneur. (Romains 1.1-4) 

L’avons-nous perdu dans les Écritures ? 

« Vous sondez les Écritures parce que vous pensez avoir par elles la vie éternelle », a dit Jésus aux Pharisiens, « ce sont elles qui rendent témoignage à mon sujet, mais vous refusez de venir à moi pour avoir la vie » (Jean 5.39-40). Avons-nous pris de mauvaises habitudes de lecture de la Bible, à l’instar de ces pharisiens aveugles ? 

Demandez-vous : « Qu’ai-je vu dans la Bible ces derniers temps ? Vous répondrez peut-être que vous avez appris à vous contenter de ce que vous avez, à souffrir ou à mieux aimer votre femme. Vous avez peut-être exploré l’audace des disciples dans le livre des Actes ou admiré le cœur d’un pasteur dans les Épîtres pastorales. Vous avez peut-être fait preuve d’humilité en parcourant le livre des Philippiens, appris à prier dans les Psaumes ou contemplé votre « assurance du salut » dans 1 Jean. Autant de bonnes leçons. 

Ensuite, demandez-vous : « Qu’ai-je vu du Christ récemment ? Qu’est-ce qui, en lui, a embelli votre cœur et satisfait votre âme ? Laquelle de ses paroles a captivé votre attention ? Laquelle de ses qualités a harponné votre affection ? Qu’est-ce qui, de sa croix, vous a humilié, qu’est-ce qui, de sa résurrection, vous a soutenu, qu’est-ce qui, de son retour, fixe vos yeux sur les cieux, dans l’attente ? 

Je pense que pour la plupart d’entre nous, il sera beaucoup plus facile de répondre à la première question qu’à la seconde. Nous avons beaucoup réfléchi, mais qu’en est-il du Christ lui-même ? Nous parlons beaucoup de la foi, mais que savons-nous de la personne en qui nous croyons ? Les pharisiens se sont penchés sur de nombreux sujets sacrés, mais ils n’ont pas vu le Messie qui se trouvait juste en face d’eux.

Paul n’a pas consacré sa vie à une formule statique, mais Dieu l’a mis à part pour l’Évangile, l’Évangile « concernant son Fils ». Cet Évangile, la puissance de Dieu pour le salut, est la bonne nouvelle d’une personne – Jésus-Christ, le Fils de David annoncé depuis longtemps, crucifié pour le péché, ressuscité avec puissance, monté à la droite du Père, et bientôt de retour.

L’avons-nous perdu en poursuivant la sainteté ? 

Lorsque nous perdons de vue Jésus dans notre sanctification, la ressemblance avec le Christ en vient à signifier une vertu parfaite, et le péché une infraction à une loi impersonnelle. 

Au lieu de voir notre propre amour comme une imitation de l’amour du Christ (Jean 15.12), nous cherchons à posséder un amour générique dans toute son étendue, une patience générale débordante, une joie de base, une douceur et une maîtrise de soi au superlatif. La sainteté devient rapidement une mathématique éthique, où nous prenons un attribut positif et calculons combien il nous en manque encore.

Et lorsque nous pensons au péché, nous en venons à considérer qu’il s’agit simplement d’enfreindre une loi sans âme. Il y a péché lorsque le panneau indiquait que la vitesse était limitée à 80 km à l’heure et que le radar a relevé que nous roulions à 100 km à l’heure. Nous avons enfreint la loi. L’œil froid de la justice nous attrape – une contravention nous est envoyée par la poste.

Au contraire, notre sainteté regarde Jésus, ressemble à Jésus. En contemplant sa gloire, nous sommes transformés en la même image (2 Corinthiens 3.18). Le Père nous a prédestinés à être conformes à la ressemblance de son Fils (Romains 8.29). Nous n’atteignons pas des vertus brillantes pour elles-mêmes ; nous « revêtons le Seigneur Jésus-Christ » (Romains 13.14). Et nous n’obéissons pas à une loi abstraite, mais à sa loi : nous portons les fardeaux les uns des autres « et nous accomplissons ainsi la loi du Christ » (Galates 6.2). Au lieu de confesser le péché comme quelqu’un qui a enfreint la limitation de vitesse, nous confessons le péché contre notre Dieu trinitaire.

L’avons-nous perdu dans l’Église ? 

Notre société de plus en plus post-chrétienne préfère la règle d’or au souverain d’or. L’humanitarisme flatte notre conscience : l’amour du prochain demeure, même si beaucoup prétendent que Dieu est mort. 

Nous devons être connus par notre amour les uns pour les autres, c’est vrai, mais pas seulement par notre amour les uns pour les autres. Nous ne pouvons pas nous concentrer sur l’amour horizontal pour les autres chrétiens et oublier l’amour vertical pour le Christ ; nous ne devons pas prendre au sérieux le deuxième grand commandement de s’aimer les uns les autres comme nous-mêmes tout en ignorant le premier d’aimer Dieu de tout notre être. 

Cette tentation est la même que celle des voyages missionnaires à court terme : creuser le puits, mais oublier l’eau vive. Nous pouvons cuisiner pour le petit groupe, diriger la réunion de prière, rendre visite aux membres isolés, installer les chaises pour la rencontre, répéter pour le culte, organiser un  repas communautaire, envoyer une carte, assister à un enterrement – et perdre de vue Jésus. La communauté chrétienne, pour qu’elle le reste, doit être une communauté fondée sur l’œuvre du Christ, remplie de l’Esprit du Christ et existant pour la gloire du Christ. 

Notre vie communautaire est une vie dans son corps. Jésus « est la tête du corps, de l’Église. Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin de tenir en tout, lui, le premier rang » (Colossiens 1.18). Nous ne sommes pas la meilleure version des clubs sociaux du monde, la meilleure société humaniste avec des platitudes saupoudrées à propos de Jésus. Nous restons sa propriété, ses brebis, son épouse. Lorsque le Roi s’en va, nos chandeliers s’en vont aussi (Apocalypse 2.5).

Chercher l’introuvable 

« L’étude de Jésus-Christ est le sujet le plus noble auquel une âme se soit jamais consacrée », écrit John Flavel. « Ceux qui, comme des enfants, se creusent et se torturent le cerveau à d’autres études, se fatiguent à un jeu de bas étage ; l’aigle joue avec le soleil lui-même. Les anges étudient cette doctrine et s’abaissent pour regarder dans ce profond abîme ». Les anges ne se lassent pas de contempler le Roi dans sa beauté. Et nous ? 

Toi qui es chrétien, bien que tu ne l’aies pas vu, tu l’aimes. « Lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore, vous tressaillez d’une joie ineffable et glorieuse, en remportant, comme prix de la foi, le salut de vos âmes » (1 Pierre 1.8-9). Le connaître, c’est le paradis sur terre et le ciel des cieux. Le bonheur éternel des saints est de voir Dieu sur le visage du Christ et de devenir semblables à ce que nous voyons. Le ciel gravite autour de lui. Allons-nous nous contenter d’un christianisme mal nourri du Christ ? 

Passons notre vie à contempler ses multiples gloires. Puisons dans les richesses du Christ jusqu’à ce que nous vérifiions, nous aussi, qu’elles sont « insondables » (Éphésiens 3.8). Faisons de son amour – qui surpasse toute connaissance – notre sujet de prédilection. Demandons à nos ministres, comme les Grecs à Philippe : « Monsieur, nous désirons voir Jésus » (Jean 12.21). 

Nous avons tous besoin de le voir davantage.

Encore une citation de Flavel : « Il en va de l’étude du Christ comme de l’installation dans un nouveau pays qu’on vient de découvrir ; au début, les gens s’assoient au bord de la mer, sur les bords et les frontières de la terre, et ils y restent. Mais, par la suite, ils cherchent de plus en plus loin dans le cœur du pays. Ah, les meilleurs d’entre nous ne sont encore qu’aux frontières de ce vaste continent ! »

Alors, continuez à voyager, vous qui êtes chrétiens, pour mieux le connaître. Ne vous contentez pas de son éthique, de son conseil matrimonial, de sa vision du monde, sans lui. Vous explorerez ce vaste continent pour les âges à venir, pour l’éternité. Vous aurez ainsi  toujours plus de choses à ajouter (celles qui témoignent de la fidélité biblique) et de choses à rejeter (celles qui élèvent nos façons de faire au-dessus de l’Écriture).

Pèlerins avec Christ

Méditation de Martin Hoegger

Le pèlerinage, ça marche de nouveau aujourd’hui !

Depuis une trentaine d’années on s’est remis à marcher sur les vieux chemins de pèlerinage en Europe.

Votre serviteur est un de ces pèlerins. Il y a quelques années j’ai traversé la Suisse et l’Espagne en compagnie de deux amis prêtres, sur les traces du chemin de Saint Jacques de Compostelle.

Actuellement avec ma femme Chantal, nous faisons chaque année quelques étapes sur la Via Francigena, en direction de Rome. (Voir ici le petit reportage à notre sujet )

Vous pouvez écouter cette méditation en cliquant ici !

Mais le peuple de Dieu marche depuis toujours. Pour les fêtes du Seigneur, les tribus d’Israël montaient à Jérusalem. Le peuple juif le fait toujours aujourd’hui.

Qu’est-ce qui attire tant dans le pèlerinage ? C’est qu’il allie la vertu de la marche à la découverte de la beauté du monde ; l’effort physique à la démarche spirituelle ; la convivialité humaine à la communion divine.

Le pèlerinage forme une ellipse, avec quatre étapes : le départ, comme séparation du monde ; la marche, comme chemin intérieur ; le but, comme rencontre avec Dieu; le retour à la maison, après avoir vécu une transformation.

Un symbole de la vie chrétienne

En fait le pèlerinage est un symbole de la vie.

Et de la vie en Christ en particulier.

C’est ce qu’a compris l’auteur de la lettre aux Hébreux.

« Pour l’auteur d’Hébreux la vie chrétienne est un pèlerinage jusque dans la présence de Dieu. Toute l’épître tourne autour de l’idée de s’approcher et d’accéder à Dieu », écrit un spécialiste de cette lettre.[1]

Au chapitre onze, l’auteur a parlé des témoins de la foi de l’Ancienne Alliance avec les images du pèlerinage. Abraham et les autres témoins, étaient « étrangers et voyageurs sur cette terre…aspirant à une patrie meilleure, à une patrie céleste » (11,13-16).

Comme pèlerin, Abraham a quitté sa patrie pour une aller vers « une patrie meilleure », (11,15s). Le pèlerinage implique d’abord une séparation d’avec nos habitudes. Puis une destination.

Mais cette patrie meilleure n’est jamais atteinte ici-bas. C’est la « cité construite par Dieu » (11,10), c’est à dire la Jérusalem céleste que la cité de David ne faisait que préfigurer.

De plus sur ce chemin, les fidèles de l’Ancien Testament ont rencontré d’énormes difficultés physiques et spirituelles en chemin: le péché, la possibilité du martyre et la tentation d’abandonner (11,32-40).

Ainsi en ira-t-il de nous qui sommes leurs héritiers spirituels.

Nous avons également à nous détacher, à marcher vers une destination et à affronter les épreuves du pèlerinage.

Leur exemple de foi et de persévérance nous encourage.

Ils sont avec nous, spirituellement, alors que nous aussi avançons dans notre pèlerinage : « Nous avons autour de nous une telle nuée de témoins ». (12,1)

Le combat du pèlerin

On a souvent compris le début du chapitre 12 comme la course de l’athlète dans un stade, mais on peut aussi y voir l’image du pèlerin qui persévère sur son chemin en regardant au Christ, comme exemple de persévérance dans la souffrance. D’où la traduction : « Livrons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée » (12,1).[2]

Comment donc avancer dans cette épreuve du pèlerinage ?

L’auteur de l’épître propose quatre étapes sur ce chemin :

  • Simplifier notre vie
  • Persévérer et nous encourager les uns les autres
  • Se laisser éduquer et transformer
  • Regarder à Jésus

Arrêtons-nous un moment à chacune d’elles !

  • Simplifier notre vie

Un pèlerin ne s’alourdit pas de beaucoup de bagages.

Dans le film « Saint Jacques la Mecque », on voit une scène hilarante où un des pèlerins, au début, porte un immense sac, beaucoup trop lourd. Il est obligé de s’alléger.

Un sage vivait avec seulement quelques objets. Un de ses disciples venu de loin pour le consulter s’en étonne. Le sage lui dit : « pourquoi n’avez vous pas pris vos meubles avec vous ? ». – « Parce que je suis en voyage », lui répond-il ! « Eh bien moi aussi », dit le sage.

Il s’agit donc de simplifier sa vie, de rejeter tout ce qui alourdit notre marche : « Rejetez tout fardeau », dit le texte. Mais il ajoute « et le péché qui sait si bien nous entourer ».

C’est avant tout à un pèlerinage de sainteté auquel nous sommes appelés.

  • Persévérer

Devant l’épreuve le pèlerin est tenté d’abandonner en chemin.

C’est pourquoi l’auteur de la lettre nous appelle à « livrer avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée » (12,1)

Ailleurs il dit : « c’est de persévérance dont nous avons besoin » (Hébr 10,36).

Il y a quelques années nous avons reçu chez nous Thomas, un jeune qui parcourait la Via Francigena en vélo. Il était parti de Cantorbéry pour se rendre à Rome. Nous l’avions invité à rencontrer des jeunes chrétiens et à participer à une célébration œcuménique dans la cathédrale de Lausanne.

Plus tard il nous a écrit combien cela l’avait encouragé, car il était arrivé démoralisé chez nous et avait l’intention de retourner chez lui en Angleterre. D’ailleurs à Rome une grande surprise l’attendait : une rencontre avec le Seigneur !

« Encourageons-nous mutuellement, et cela d’autant plus que vous voyez le jour s’approcher » (Hébr 10,25)

  • Se laisser éduquer et transformer

Un pèlerinage nous éduque et nous transforme. C’est ce que dit notre texte : « C’est en fils que Dieu vous traite. Quel est en effet le fils que son père ne corrige pas » ? (12,7)

Le pèlerinage est une grande école de vie. Celui qui retourne chez lui n’est plus comme avant. Il a compris le sens de la vie et essaye désormais d’en vivre.

Ainsi en va-t-il dans la vie chrétienne : nous avançons dans la mesure où nous nous transformons.

Je me souviens du choc que j’ai perçu en arrivant à l’aéroport de Genève en revenant de Saint Jacques de Compostelle. J’étais frappé par l’agitation de ce lieu et par l’énervement des touristes. Alors que j’éprouvais en moi une grande paix !

Cette paix, je n’en doute pas, venait de la communion avec le Christ que j’avais vécue si fortement durant ce pèlerinage. Le fruit d’un pèlerinage est la paix et la justice (12,10-11). Il nous transforme pour ressembler de plus en plus à Jésus, le prince de la paix.

Ceci me conduit à la quatrième étape, la plus importante :

  • Regarder à Jésus

L’auteur nous invite à avancer dans notre pèlerinage « les regards fixés sur celui qui est l’initiateur de notre foi et qui la mène à son accomplissement, Jésus…Oui pensez à celui qui a enduré de la part des pécheurs une si grand opposition contre lui, afin de ne pas vous laisser accabler par le découragement » (12,2-3).

Jésus-Christ, selon lui, est en effet le pèlerin en chef, le premier qui a fait le voyage et donné un sens et une importance à celui-ci en tant que pèlerinage. 

Il est le précurseur qui prépare la voie, le pionnier ou le premier de cordée ouvrant une voie que d’autres peuvent suivre. Et il est aussi le perfectionneur qui termine ce qu’il a commencé en traversant les épreuves dans la confiance et l’amour.

Ressuscité il est avec nous tous les jours et prie sans cesse pour nous !

En lui, nous sommes fils dans le Fils. Or « le Fils et les fils marchent ensemble, associés et solidaires dans la même entreprise. Nous avons part au Christ » (3,14), comme un pasteur et son troupeau (13,20: « le grand berger des moutons »); ils forment un même et unique groupe de marche…Il trace la route, il l’a parcourue le premier, il l’inaugure et la consacre (10:19-20); les croyants n’ont qu’à le suivre pour pénétrer à leur tour dans le ciel », écrit C. Spicq dans son grand commentaire.[3]

ENVOI

Lors de la célébration au Centre œcuménique de Genève, le 21 juin dernier, le pape François a commenté l’injonction répétée deux fois de l’apôtre Paul à « marcher selon l’Esprit » (Gal 5,16,25). Et il a médité sur le sens du pèlerinage qui est le grand thème du Conseil œcuménique des Eglises (« Un pèlerinage de justice et de paix »)

« Marcher demande le souci des compagnons de voyage, car ce n’est qu’ensemble qu’on marche bien. Marcher exige une conversion de soi continue, sortir de soi et sa quiétude…Marcher ensemble, prier ensemble, travailler ensemble : voilà notre route principale. Il est déjà possible de marcher dès maintenant selon l’Esprit », a-t-il dit. (lire son commentaire ici)

Alors avançons ensemble en simplifiant notre vie, en persévérant et en nous encourageant mutuellement, en nous laissant transformer et, surtout, en regardant à Jésus qui nous a précédés sur ce chemin et qui nous accompagne en priant sans cesse pour nous !

Une prière

Nous sommes en marche vers toi, Seigneur,

Dans un pèlerinage de sainteté, de justice et de paix,

Et tu nous appelles à nous entraider,

A nous attendre et à témoigner de ta tendresse pour tous.

Sur ce long chemin, tu nous prépares un festin,

Une table dressée avec le pain et le vin.

En te donnant à nous, tu renouvelles nos forces

Pour vivre ta justice et ta paix avec tous.

Béni sois-tu, car déjà maintenant nous avons part

A la richesse et à la plénitude de ton Royaume.

Nous sommes en communion avec toi,

Le Père, le Fils et l’Esprit saint

Et avec toutes les forces du ciel.

C’est pourquoi, avant de nous approcher

Pour recevoir le pain et le vin du pèlerin

Nous avons besoin d’être simplifiés et libérés

dépoussiérés et pardonnés.

Nous avons besoin de ton pardon et de ta libération.

Oui, Seigneur, en ce moment de silence,

Viens toi-même nous visiter et nous renouveler !

Dossier sur le pèlerinage

[1] Voir C. Sims, You have come to Mount Zion : Pilgrimage in the Presence of God in the Epistle of Hebrews, Queen’s University, Belfast, 2008, p. 343. Cité en Gordon Cambell, Le pèlerin en chef et les pèlerins : la solidarité entre le Christ et ceux qui marchent à sa suite dans l’épître aux Hébreux. Revue Réformée, juillet 2018, No. 287, p. 44

[2] G. Campbell, art cit, p. 49-50

[3] L’Epître aux Hébreux, Paris, Gabalda, 1942, Vol I, p. 30