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Auteur/autrice : Cédric Pella

La vie comme un hâte-toi lentement

Nous pouvons envisager notre vie chrétienne dans le monde comme une sorte de « Hâte-toi lentement » ou un parcours à découvrir en sept tableaux. 

Antoine Schluchter

Marc 8.14-21. Luc 9.1.9 ; 13.31-35

Premier tableau : « Le cochon d’Hérode »

« Mieux vaut être le cochon d’Hérode que son fils ! », selon un dicton de l’époque qui joue sur la consonnance entre les mots fils et cochon en grec. Mais que voulait-on dire par là ? Il s’avère qu’Hérode avait fait tuer certains de ses propres enfants, femme, beaux-frères et qu’il avait éliminé tous ses rivaux, dont les prêtres de la dynastie légitime. Il s’agit d’Hérode le Grand, qui gouvernait la Judée au moment de la naissance de Jésus. Pas étonnant, hélas, qu’il ait ordonné le massacre dit des saints innocents. Écho terrifiant avec la cruauté de Pharaon à laquelle Moïse échappe par la main de Dieu. Les chances de survie étaient donc plus élevées pour un cochon qu’un fils ; le cochon n’étant pas un intriguant de nature. Et même si Hérode meurt juste après la naissance de Jésus, son fils lui emboîte le pas. Jean-Baptiste en fera les frais ; les Hérode ne toléraient pas la moindre critique.

Deuxième tableau : Une dynastie tyrannique

Donc Hérode le Grand essaie d’éliminer l’enfant, la famille doit fuir en Egypte et les effets collatéraux sont atroces. Puis, un de ses fils, Hérode Antipas, fait couper la tête à Jean-Baptiste : maudite dynastie ! C’est la marque des tyrans vaniteux et totalement dépourvus de scrupules, motivés par un désir de domination, mais aussi une peur-panique d’être évincés. Ce type de personnage existe depuis que le monde est monde et à tous les niveaux.

On en trouve des versions supposées démocratiques tout aussi violentes et le petit roitelet qui sommeille en nous –prenons garde !—est prompt à tyranniser son entourage. Même chez l’apôtre Paul qui a dû accepter une pénible écharde pour rester humble. En église aussi, le danger et les méfaits de telles attitudes peut faire des ravages.

Troisième tableau : Inversion de températures

À plusieurs reprises ces jours-ci, on a eu droit à des inversions de températures. Il aurait dû faire plus froid en montagne qu’en plaine et c’est le contraire qui s’est produit. Eh bien, on a aussi droit à une inversion inattendue et bienvenue dans ce récit de l’épiphanie : les croyants locaux passent totalement à côté de la naissance du Messie et les religieux sont à la solde du tyran à qui ils doivent leur position. Du coup, ce sont des étrangers, des astrologues païens qui viennent adorer le Roi promis et qui doivent faire face à la ruse d’Hérode.

Quatrième tableau : Vraiment gonflé !

Voilà le monde dans lequel arrivent les Mages, voilà le monde dans lequel nous vivons. Il a certes d’autres facettes, mais avec cette constante indéniable de malfaisance. Un monde de calculs, un monde égocentrique, un monde vaniteux. Gonflé, pétri d’un mauvais levain dont il faut se méfier. Le levain des Pharisiens, précise Jésus, c’est l‘hypocrisie. Dans un autre évangile, il ajoute celui des Sadducéens ; personne n’y échappe et le levain d’Hérode, on perçoit que c’est l’intrigue et la fourberie. Qui, d’ennemis qu’ils étaient, fera de lui l’ami de Pilate sur fond d’exécution sommaire. Alliances improbables ayant pour seul but d’éliminer le gêneur. Elles restent monnaie courante, il suffit d’allumer son poste ou d’ouvrir un journal.

Cela n’empêche pas Hérode, par moments, d’être perplexe. : Jésus est-il le Baptiste ressuscité ? Perplexité de surface qui ne freine en rien les élans sanguinaires du tyran.

Cinquième tableau : Un renard 

 « Rusé comme un renard », dit-on volontiers. « Allez dire à ce renard », balance Jésus aux religieux à la botte d’Hérode. Ils se sont employés à le faire partir de Galilée, là où se trouvait la résidence d’Hérode. Sursaut de compassion ? – Hélas non, tentative d’intimidation. La réponse au renard est à la fois énigmatique et magnifique : « Je chasse des esprits mauvais et j’accomplis des guérisons aujourd’hui et demain. Et le troisième jour, j’achève mon œuvre. »

Jésus n’en a cure, il sait pourquoi il est là, il apporte libération et guérison jusqu’à cet accomplissement –pour ne pas dire ce couronnement– qui, du haut de la Croix, lui fera dire « Tout est achevé ». Il va de l’avant avec détermination ; dans l’épisode qui suit, il pleure déjà sur Jérusalem.

Faisons le point

Avant de changer de salle d’exposition pour les deux derniers tableaux, faisons le point. Nous avons vu les agissements de deux des membres de la dynastie des rois maudits. Le deuxième posera mille questions à Jésus lors de son arrestation ; en vain. Jésus reste silencieux, il n’entre pas dans ce jeu pervers, il ne se compromet pas. Il faut parfois savoir se taire. Le troisième, Hérode Agrippa 1er, mettra à mort Jacques, le frère de Jean et s’entêtera en constatant que cela plaît à la foule… triste ancêtre de l’audimat. Le quatrième et dernier, Hérode Agrippa 2, n’aura quasiment plus de pouvoir. Clap de fin sans gloire.

Ensuite, nous avons vu combien le mauvais levain peut faire des ravages. Levain de l’hypocrisie, du compromis, de la vanité, levain du monde ancien. L’apôtre Paul nous exhorte à être une pâte nouvelle sans levain, et il manie le mortier avec vigueur :

« Il n’y a pas de quoi être fiers ! Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ? Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain ; car le Christ, notre Pâque, a été sacrifié. Célébrons donc la fête, non pas avec du vieux levain, ni avec un levain de malfaisance et de méchanceté, mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité » (I Corinthiens 5.6-8).

Et enfin, nous avons vu la fourberie du renard qui manigance en permanence jusqu’à soumettre les dirigeants religieux pour mieux assouvir ses sombres desseins.

Sixième tableau : Le serpent et la colombe

La question qui se pose à nous semble étrange en-dehors du contexte, mais c’est la question-clé : comment être pâte nouvelle au milieu des renards ? Nous connaissons les appels à donner aussi sa tunique, à tendre l’autre joue. Nous connaissons ces béatitudes promises aux doux, aux artisans de paix, aux persécutés. Cet évangile de la non-violence dans le sens le plus fort et le plus noble qui soit. Nous connaissons le sort qui attendait Jésus et qui était pour lui un achèvement : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »

Pareil pour nous ? – De façon ultime oui, cela peut se présenter ; mais déjà comme devise, donner sa vie, s’ouvrir aux autres dans un esprit de service plutôt que de la garder pour soi. Cela dit, il y a des temps et des moments différents. Les disciples envoyés en mission ne doivent prendre ni bourse ni sac ni épée ; mais par la suite oui, quand le danger menace. Cet envoi en stage pratique semble suivi de paroles portant aussi sur l’avenir dans lesquelles Jésus décrit la dangerosité de la mission et donne ce conseil : « Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez donc rusés comme les serpents et candides comme les colombes. Prenez garde aux hommes ! »

,

Après le cochon et le renard, voici des brebis, des loups, des serpents et des colombes. La ménagerie s’élargit et l’imagerie aussi. Des brebis au milieu des loups, on perçoit tout de suite que c’est délicat. Le tandem serpent-colombe surprend encore davantage, tant il semble improbable. Surtout l’appel à ressembler à des serpents ; depuis la Genèse, un frisson nous parcourt l’échine. Ce dicton était en fait connu, le serpent était traditionnellement associé à la sagesse et la colombe à la candeur.

Septième et dernier tableau : Une sorte de Hâte-toi lentement

Vivre notre foi est une sorte de Hâte-toi lentement constamment en tension entre prudence et élan : être avisés, faire preuve de sagesse, de finesse, d’une certaine ruse même, mais en osant foncer sans se laisser dicter le ton par des mesures d’intimidation. Comme la peur de perdre un soutien de taille ou une aura selon nos choix d’église au risque de devenir les conseillers d’Hérode plutôt que de se laisser conseiller par Jésus ? Avoir cette sorte de détachement, de confiance non calculée, de simplicité. Les Mages, déjà, ont su faire preuve de candeur pour suivre l’étoile et se montrer particulièrement avisés pour repartir par un autre chemin : avisés d’en-haut !

C’est un splendide tissage, un cocktail audacieux, une puissante interpellation à entrer dans l’année nouvelle avec une sagesse à l’opposé de la ruse des fourbes et une simplicité à l’opposé des calculs intéressés menant le monde par le bout du nez. Car si l’épiphanie est  une manifestation de la royauté du Christ, doux et débonnaire, elle est aussi la manifestation des pires instincts qui ont cours dans ce monde. Alors, comme les Mages, laissons-nous mettre en route avec candeur jusque vers Jésus et soyons avisés en prenant d’autres chemins pour être ses témoins au cœur du monde. Autres que la fourberie, l’intérêt, le calcul, la crainte, la timidité : les chemins candidement audacieux de l’évangile.

Prédication pour la Réformation

C’est la 507ème fois qu’a lieu l’anniversaire de l’événement fondateur de la Réforme,

à savoir le placardage des 95 thèses de Luther : « Disputatio pro declaratione virtutis

indulgentiarum ».

Pasteur Gilles Boucomont

Saint Paul de Barbès, 31 octobre 2025

Jean 14,1-7

1 « Ne soyez pas troublés, leur dit Jésus. Vous avez confiance en Dieu, ayez aussi

confiance en moi. 2 Il y a beaucoup de lieux où demeurer dans la maison de mon

Père ; sinon vous aurais-je dit que j’allais vous préparer une place ? 3 Et si je vais

vous préparer une place, je reviendrai et je vous prendrai auprès de moi, afin que là

où je suis, vous soyez également. 4 Vous connaissez le chemin qui conduit où je vais.

» 5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment en

connaîtrions-nous le chemin ? » 6 Jésus lui répondit : « Moi, je suis le chemin, c’est-

à-dire la vérité et la vie. Personne ne vient au Père autrement que par moi. 7 Si vous

me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Et à partir de maintenant vous le

connaissez, vous l’avez vu. »

2 Corinthiens 3,17

16 Il est écrit : « Lorsqu’on se tourne vers le Seigneur, tout est dévoilé. » 17 Or le

Seigneur, ici, c’est l’Esprit ; et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté.

18 Nous tous, le visage dévoilé, nous contemplons en Christ, comme dans un miroir,

la gloire du Seigneur ; ainsi, nous sommes transformés pour être semblables au

Seigneur, et nous passons d’une gloire à une gloire plus grande encore. Voilà en effet

le Seigneur, qui est l’Esprit.

Prédication

C’est la 507ème fois et depuis la 500ème il est à craindre qu’il puisse

y avoir un certain caractère répétitif voire rébarbatif dans les propos du prédicateur.

Mais prenons le risque de nous poser la question fondamentale de chaque 31 octobre

dans les cénacles protestants : « Finalement, que s’est-il passé ce jour-là ? »

Faire mémoire d’un événement historique n’est pas célébrer une fête puisque Luther

lui-même aspirait à ce que l’on ne fête que des événements de la vie du Christ.

Pourtant vous pourrez convenir que le geste du placardage des thèses à Wittenberg

est une date dans l’histoire du peuple de Dieu telle qu’elle s’écrit, page après page,

depuis la clôture du canon des Écritures.

Je voudrais vous proposer de lire ces 95 thèses en partant du principe suivant : elles

constituent une réforme de l’accès au « droit au salut ».

Depuis que nous avons emménagé à l’est d’Eden, Dieu ne cesse de se préoccuper

d’administrer la rédemption, la justification, et le salut d’une humanité dont la

principale persévérance est celle de pécher assidûment. La Bible est donc à certains

égards un traité juridique présentant les modalités successives de l’administration

d’un « droit au salut », au travers des siècles ?

Il y eut la série des alliances générationnelles, avec Adam, Caïn, Noé, Abraham, Isaac

et les autres. Leur salut était contractuel : à chaque génération, prononcé et

reprononcé comme un bail emphytéotique qui se renouvelle explicitement avec

régularité.

Puis il eut l’alliance mosaïque avec la loi comme pierre angulaire, ne nécessitant plus

la reconduction explicite du contrat tous les 35 ans. La revivification de cette alliance

imposa le surgissement du ministère prophétique qui eut une fonction de « gardien

de la paix », qui vous rappelle la Loi.

Ce n’est plus une nouvelle alliance, mais la re-proclamation d’une alliance ancienne.

En Jésus-Christ vint l’alliance définitive, par son ministère messianique puis son

œuvre à la croix, par sa sortie du tombeau et le don de son Esprit. Tout était accompli.

Tout était accessible à chacun à tout moment.

Voici donc « l’économie du salut pour les nuls » que nous sommes.

Ce caractère définitif de l’alliance en Christ fut malheureusement maltraité par

l’évolution de l’Église, du fait de son étrange projet qui a consisté à inventer la

chrétienté.

« Christ annonçait le Royaume et c’est l’Église qui est venue ».

L’Église s’est mise à administrer l’économie de la rédemption, et le lien monétaire est

devenu, bon an mal an, le point de contact entre une Église prestataire et des fidèles

bénéficiaires. Mammon avait gagné malgré l’avertissement du Christ : « Nul ne peut

adorer Dieu et Mammon ».

Et Christ avait raison, car Dieu a failli quitter le devant de la cène.

La catholicité de l’Église fut avant tout impériale, bien plus que miséricordieuse, grâce

à Constantin et quelques autres acteurs voulant à tout prix offrir à l’Église un César.

L’alliance impériale avait fait monter la cote de Mammon, le Dieu de l’argent, ce qui

acheva le travail préparatoire à l’advenue de Luther. Il ne restait à ce dernier que

d’entrer en scène à une époque où la théologie du salut se résumait dans le fameux

précepte : « Hors de l’Église point de salut », là où l’apôtre Paul aurait été plus enclin

à dire « Hors du Christ, point de salut ».

C’est ce décalage qui fut insupportable au moine de Wittenberg.

Sa Dispute sur les indulgences est l’analyse d’une trahison économique.

En 1517 le salut en chrétienté fonctionnait comme un business de la grâce, administré

par l’Église, avec son système de placement sacramentel, les obligations et actions

des indulgences, etc. Rentabilité garantie d’une assurance-vie.

Luther, lui, rejeta cette logique transactionnelle : pour lui, le salut n’est pas un verdict

du droit pénal canonique (rendu par l’Église), mais un jugement direct de Dieu, fondé

sur la foi seule (sola fide) et la grâce seule (sola gratia).

Rien de nouveau puisque tout est déjà présent chez Paul ; mais disons que ce n’était

plus vécu.

Malgré la difficulté à honorer la cible synodale, il ne semble plus qu’il y ait quelque

trace d’un salut monnayable dans nos assemblées dominicales. Nous restons

vigilants sur le marketing parfois agressif de quelques conseils presbytéraux, et

observons de loin les réformes financières du Vatican ou les errements d’une

théologie de la prospérité dans les synagogues de Mammon, pour parler comme

l’Apocalypse. Tout cela est bien loin. Oui l’Église est à sa place quand elle n’est plus

le lieu où se négocie ou se vend le salut, mais qu’elle est bien l’assemblée de ceux

qui ont déjà bénéficié du salut.

Alors la Réforme est-elle terminée ?

Cela nous serait vexant car nous avons quand même beaucoup enseigné les

troisièmes années de catéchisme sur le Semper Reformanda.

La Réforme est achevée, mais elle est encore à faire

Disons qu’elle a changé de front. Et permettez-moi de vous livrer ici l’esquisse d’une

interprétation quant au lieu théologique de sa relocation.

Depuis quelques siècles, la Vérité unique administrée par le Seigneur via l’Eglise a été

contestée en son unicité. A surgi l’idée qu’il existerait plutôt des vérités qu’une seule.

Kant l’a pressenti en distinguant entre le noumène (la chose en soi, inaccessible) et le

phénomène (ce qui apparaît dans notre expérience). Mais c’est au XXème siècle que

deviendront vraiment distincts les concepts de Réel et de réalité, notamment avec

Lacan, pour qui le Réel est précisément ce qui échappe à la représentation et au

langage, ce qui résiste à la symbolisation (par opposition à la réalité). Les

phénoménologues déploieront le concept avec Husserl ou Heidegger.

Il n’y a plus de vérité singulière, il n’y a que des vérités plurielles.

Mais aujourd’hui, à l’ère de la post-vérité, ou des vérités alternatives décrétées depuis

le bureau oval, avec le potentiel de manipulation de l’information que donnent les

plateformes électroniques et les réseaux sociaux, avec l’intelligence artificielle qui

fascine autant qu’elle inquiète, nous sommes en quelques années allé beaucoup plus

loin. Jusque-là les révolutions du rapport au réel prenaient un ou deux siècles.

Maintenant elles prennent un ou deux ans voire… un ou deux mois.

Et voici que quelques prophètes contemporains nous annoncent bien plus que la

post-vérité : la post-réalité.

À l’heure où certains s’identifient à des licornes ou, ce soir, à des potirons, on sent

que le câble de la connexion au réel a lâché.

Sans prétendre à livrer ici une 96ème thèse, je crois que le lieu où l’Eglise a rendez-

vous pour sa propre réforme, mais surtout pour tenir la posture prophétique que le

Christ lui a donnée, c’est un renouveau de la pensée critique. Et ce lieu de la nouvelle

Réforme est non seulement à offrir à nos frères et sœurs des assemblées dominicales,

mais aussi à un monde sans pères ni repères qui ne comprend plus rien à ce qu’il vit.

Qu’en est-il de la pensée critique ?La première séquence de la Réforme, bénéficiant des vents favorables de la

Renaissance, a participé et élaboré du XVIème au XXème siècle à une version-test de

la pensée critique autour du concept qui habille les cinq solas de la Réforme : Penser

ce que l’on croit.

Penser ce que l’on croit ne veut pas dire élaborer des théologies, ou fonder une

apologétique. Penser ce que l’on croit, c’est avant tout se demander s’il est bon de

croire ce que l’on croit, s’il est juste de croire ce que l’on croit, s’il est souhaitable de

continuer à croire ce que l’on croit.

Je le disais, il s’agissait de prémices à une pensée critique aboutie, telle que nous

devons la chercher aujourd’hui. Comme Kant préparait Husserl, la Réforme, en

pensant ce qu’elle croyait, nous a préparés à faire face courageusement au désarroi

des 97% de la population actuelle (dont nous sommes tous ici), qui sont depuis la fin

de l’été 2025 incapables de faire la différence entre une image réelle, non retouchée,

et une totalement virtuelle produite par une intelligence artificielle.

Ce n’est pas si anecdotique qu’il y paraît. Car pour celui qui ne sait plus trancher si

une image est vraie ou fausse, vient s’étioler rapidement son sens de la vérité, au bout

de quelques dizaines d’expériences frustrantes.

Je ne sais plus ce qui est vrai ou faux.

Je ne suis plus capable de discerner le vrai du faux.

Il ne faudra pas plus d’un an pour que notre accro au smartphone, ne sachant plus

distinguer le vrai du faux, abandonne même le désir de distinguer le vrai du faux.

Et là, une faille civilisationnelle majeure, en moins d’un an, aura cassé vingt siècles de

maturation collective.

Chercher le vrai ne sert plus à rien.

Depuis cinq siècles de Réforme, nous cherchons au jour le jour à ajuster notre

discernement quant à ce qu’il est vrai, juste, bon, souhaitable de penser et croire. Et

en une poignée de mois, la majorité de nos congénères vont simplement abandonner

la bataille qui nous confiait le si beau rôle de « chercheurs de vérité ».

La phase 2 du plan « pensée critique » a commencé.

L’effort de 500 ans de Réforme nous a préparés pour ce moment ; sans que nous le

comprenions vraiment, et sans que nous en ayons suffisamment pris la mesure. Ou

en tout cas pas suffisamment vite. L’urgence est pour aujourd’hui, l’urgence est pour

demain, car dans quelques mois il sera trop tard.

Penser ce que l’on croit.

Penser ce que l’on voit.

Articuler la pensée en gardant l’ambition que le Réel ne soit jamais détruit par la

réalité, que le vrai ne soit jamais délégitimisé par les vérités, que la profusion des

images ne soit pas la seule vérité pour des cerveaux mal formés.

Il est urgent que nos Églises (mais c’est aussi vrai pour nos collèges, nos universités,

nos médias) ne manquent pas ce rendez-vous car c’est très précisément ce pour quoi

la Réforme a existé : contester le détournement des fins ultimes (le salut) par les

moyens intéressés (les indulgences), contester les délires de Mammon et des Césars pour se laisser mettre en chemin par Jésus le Christ, celui qui n’ « a » pas la vérité

mais qui est la Vérité.

Nous devons l’enseigner à nos enfants : ce qui se passe ce soir avec les citrouilles,

les toiles d’araignées et les balais n’est pas une blague ni un folklore, c’est une post-

vérité qui veut installer dans vos cerveaux le logiciel qui dit que la mort a vaincu les

vivants, qu’il n’y a pas d’enjeu, que le mort n’est pas un ennemi, alors que Jésus le

Seigneur nous dit l’inverse.

Nous devons aussi l’enseigner à nos adolescents : regarder une vidéo créée par l’IA,

où se dandine le président de la République, puis un ancien président en habit à

rayures blanches et noires, puis les chefs d’Etat des principales nations, comme dans

une boîte de nuit ridicule, n’est pas… « trop drôle, regarde Papa, la tête de Brigitte

Macron », il s’agit d’une décrédibilisation subtile mais très puissante de toutes les

formes d’autorités établies, et de ce qui structure au niveau symbolique une société.

Nous devons apprendre cela à nos paroissiens : telles ou telles théologies qui se

moquent des Écritures depuis le lieu de leur suffisance pseudo-intellectuelle ne sont

pas intéressantes, ni divertissantes ; elles contribuent juste à vous éloigner de l’Esprit

du Christ, qui était là dès le commencement du monde pour poser l’humanité sur une

fondation solide.

Alors, ce n’est pas seulement notre formation intellectuelle ou le brio de quelques

penseurs qui nous aidera à faire aboutir cette dernière phase de la Réforme. C’est le

seul Esprit de Dieu, l’Esprit du Père et du Fils, celui qu’on appelle Esprit-Saint ou

Saint-Esprit. Pourquoi, parce qu’il est la seule instance dynamique qui puisse

influencer nos corps, nos âmes et nos esprits pour pouvoir résister aux tentations et

séductions devenues omniprésentes et omnipotentes sur nos cœurs et nos cerveaux.

Le Saint-Esprit, Esprit du Christ, est le seul qui puisse nous donner l’ultime

discernement, la capacité à comprendre vraiment ce que nous vivons, à percer le

brouillard de la confusion qui est devenu tellement dense que nous ne savons plus

qui nous sommes. Et nous ne savons plus quoi penser ni quoi croire.

Refonder la nouvelle pensée critique avec l’Esprit-Saint pour moteur, voilà la Réforme

qui se présente à nous aujourd’hui.

Pas après-demain car il sera trop tard.

Aujourd’hui.

Ce n’est pas Martin Luther qui a enclenché la Réforme,

c’est Dieu par sa Parole et son Souffle Saint.

Qu’il nous soit en aide pour la présente bataille.

Amen

Communication avec les morts – Notre interpellation

Réaction sur le cycle de conférences pour la Toussaint 2025

Le Centre culturel des Terreaux, financé en partie par l’EERV, proposait pour la Toussaint 2025 un cycle de conférences qui encourageait la recherche de communication avec les défunts.

Il nous a semblé important de réagir à cette dérive, d’autant plus que cela se passait dans une ancienne Église libre.

Vous trouverez donc – ci-dessous – trois documents :

  1. Une lettre adressée à M. Jacques Besson, président du Conseil de fondation des Terreaux.
  2. Notre interpellation aux membres du Conseil synodal et du Synode.
  3. La réponse du Conseil synodal

Priez avec nous pour que cette démarche de protestation porte des fruits.

Le comité du R3