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La vie comme un hâte-toi lentement

Nous pouvons envisager notre vie chrétienne dans le monde comme une sorte de « Hâte-toi lentement » ou un parcours à découvrir en sept tableaux. 

Antoine Schluchter

Marc 8.14-21. Luc 9.1.9 ; 13.31-35

Premier tableau : « Le cochon d’Hérode »

« Mieux vaut être le cochon d’Hérode que son fils ! », selon un dicton de l’époque qui joue sur la consonnance entre les mots fils et cochon en grec. Mais que voulait-on dire par là ? Il s’avère qu’Hérode avait fait tuer certains de ses propres enfants, femme, beaux-frères et qu’il avait éliminé tous ses rivaux, dont les prêtres de la dynastie légitime. Il s’agit d’Hérode le Grand, qui gouvernait la Judée au moment de la naissance de Jésus. Pas étonnant, hélas, qu’il ait ordonné le massacre dit des saints innocents. Écho terrifiant avec la cruauté de Pharaon à laquelle Moïse échappe par la main de Dieu. Les chances de survie étaient donc plus élevées pour un cochon qu’un fils ; le cochon n’étant pas un intriguant de nature. Et même si Hérode meurt juste après la naissance de Jésus, son fils lui emboîte le pas. Jean-Baptiste en fera les frais ; les Hérode ne toléraient pas la moindre critique.

Deuxième tableau : Une dynastie tyrannique

Donc Hérode le Grand essaie d’éliminer l’enfant, la famille doit fuir en Egypte et les effets collatéraux sont atroces. Puis, un de ses fils, Hérode Antipas, fait couper la tête à Jean-Baptiste : maudite dynastie ! C’est la marque des tyrans vaniteux et totalement dépourvus de scrupules, motivés par un désir de domination, mais aussi une peur-panique d’être évincés. Ce type de personnage existe depuis que le monde est monde et à tous les niveaux.

On en trouve des versions supposées démocratiques tout aussi violentes et le petit roitelet qui sommeille en nous –prenons garde !—est prompt à tyranniser son entourage. Même chez l’apôtre Paul qui a dû accepter une pénible écharde pour rester humble. En église aussi, le danger et les méfaits de telles attitudes peut faire des ravages.

Troisième tableau : Inversion de températures

À plusieurs reprises ces jours-ci, on a eu droit à des inversions de températures. Il aurait dû faire plus froid en montagne qu’en plaine et c’est le contraire qui s’est produit. Eh bien, on a aussi droit à une inversion inattendue et bienvenue dans ce récit de l’épiphanie : les croyants locaux passent totalement à côté de la naissance du Messie et les religieux sont à la solde du tyran à qui ils doivent leur position. Du coup, ce sont des étrangers, des astrologues païens qui viennent adorer le Roi promis et qui doivent faire face à la ruse d’Hérode.

Quatrième tableau : Vraiment gonflé !

Voilà le monde dans lequel arrivent les Mages, voilà le monde dans lequel nous vivons. Il a certes d’autres facettes, mais avec cette constante indéniable de malfaisance. Un monde de calculs, un monde égocentrique, un monde vaniteux. Gonflé, pétri d’un mauvais levain dont il faut se méfier. Le levain des Pharisiens, précise Jésus, c’est l‘hypocrisie. Dans un autre évangile, il ajoute celui des Sadducéens ; personne n’y échappe et le levain d’Hérode, on perçoit que c’est l’intrigue et la fourberie. Qui, d’ennemis qu’ils étaient, fera de lui l’ami de Pilate sur fond d’exécution sommaire. Alliances improbables ayant pour seul but d’éliminer le gêneur. Elles restent monnaie courante, il suffit d’allumer son poste ou d’ouvrir un journal.

Cela n’empêche pas Hérode, par moments, d’être perplexe. : Jésus est-il le Baptiste ressuscité ? Perplexité de surface qui ne freine en rien les élans sanguinaires du tyran.

Cinquième tableau : Un renard 

 « Rusé comme un renard », dit-on volontiers. « Allez dire à ce renard », balance Jésus aux religieux à la botte d’Hérode. Ils se sont employés à le faire partir de Galilée, là où se trouvait la résidence d’Hérode. Sursaut de compassion ? – Hélas non, tentative d’intimidation. La réponse au renard est à la fois énigmatique et magnifique : « Je chasse des esprits mauvais et j’accomplis des guérisons aujourd’hui et demain. Et le troisième jour, j’achève mon œuvre. »

Jésus n’en a cure, il sait pourquoi il est là, il apporte libération et guérison jusqu’à cet accomplissement –pour ne pas dire ce couronnement– qui, du haut de la Croix, lui fera dire « Tout est achevé ». Il va de l’avant avec détermination ; dans l’épisode qui suit, il pleure déjà sur Jérusalem.

Faisons le point

Avant de changer de salle d’exposition pour les deux derniers tableaux, faisons le point. Nous avons vu les agissements de deux des membres de la dynastie des rois maudits. Le deuxième posera mille questions à Jésus lors de son arrestation ; en vain. Jésus reste silencieux, il n’entre pas dans ce jeu pervers, il ne se compromet pas. Il faut parfois savoir se taire. Le troisième, Hérode Agrippa 1er, mettra à mort Jacques, le frère de Jean et s’entêtera en constatant que cela plaît à la foule… triste ancêtre de l’audimat. Le quatrième et dernier, Hérode Agrippa 2, n’aura quasiment plus de pouvoir. Clap de fin sans gloire.

Ensuite, nous avons vu combien le mauvais levain peut faire des ravages. Levain de l’hypocrisie, du compromis, de la vanité, levain du monde ancien. L’apôtre Paul nous exhorte à être une pâte nouvelle sans levain, et il manie le mortier avec vigueur :

« Il n’y a pas de quoi être fiers ! Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ? Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain ; car le Christ, notre Pâque, a été sacrifié. Célébrons donc la fête, non pas avec du vieux levain, ni avec un levain de malfaisance et de méchanceté, mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité » (I Corinthiens 5.6-8).

Et enfin, nous avons vu la fourberie du renard qui manigance en permanence jusqu’à soumettre les dirigeants religieux pour mieux assouvir ses sombres desseins.

Sixième tableau : Le serpent et la colombe

La question qui se pose à nous semble étrange en-dehors du contexte, mais c’est la question-clé : comment être pâte nouvelle au milieu des renards ? Nous connaissons les appels à donner aussi sa tunique, à tendre l’autre joue. Nous connaissons ces béatitudes promises aux doux, aux artisans de paix, aux persécutés. Cet évangile de la non-violence dans le sens le plus fort et le plus noble qui soit. Nous connaissons le sort qui attendait Jésus et qui était pour lui un achèvement : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »

Pareil pour nous ? – De façon ultime oui, cela peut se présenter ; mais déjà comme devise, donner sa vie, s’ouvrir aux autres dans un esprit de service plutôt que de la garder pour soi. Cela dit, il y a des temps et des moments différents. Les disciples envoyés en mission ne doivent prendre ni bourse ni sac ni épée ; mais par la suite oui, quand le danger menace. Cet envoi en stage pratique semble suivi de paroles portant aussi sur l’avenir dans lesquelles Jésus décrit la dangerosité de la mission et donne ce conseil : « Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez donc rusés comme les serpents et candides comme les colombes. Prenez garde aux hommes ! »

,

Après le cochon et le renard, voici des brebis, des loups, des serpents et des colombes. La ménagerie s’élargit et l’imagerie aussi. Des brebis au milieu des loups, on perçoit tout de suite que c’est délicat. Le tandem serpent-colombe surprend encore davantage, tant il semble improbable. Surtout l’appel à ressembler à des serpents ; depuis la Genèse, un frisson nous parcourt l’échine. Ce dicton était en fait connu, le serpent était traditionnellement associé à la sagesse et la colombe à la candeur.

Septième et dernier tableau : Une sorte de Hâte-toi lentement

Vivre notre foi est une sorte de Hâte-toi lentement constamment en tension entre prudence et élan : être avisés, faire preuve de sagesse, de finesse, d’une certaine ruse même, mais en osant foncer sans se laisser dicter le ton par des mesures d’intimidation. Comme la peur de perdre un soutien de taille ou une aura selon nos choix d’église au risque de devenir les conseillers d’Hérode plutôt que de se laisser conseiller par Jésus ? Avoir cette sorte de détachement, de confiance non calculée, de simplicité. Les Mages, déjà, ont su faire preuve de candeur pour suivre l’étoile et se montrer particulièrement avisés pour repartir par un autre chemin : avisés d’en-haut !

C’est un splendide tissage, un cocktail audacieux, une puissante interpellation à entrer dans l’année nouvelle avec une sagesse à l’opposé de la ruse des fourbes et une simplicité à l’opposé des calculs intéressés menant le monde par le bout du nez. Car si l’épiphanie est  une manifestation de la royauté du Christ, doux et débonnaire, elle est aussi la manifestation des pires instincts qui ont cours dans ce monde. Alors, comme les Mages, laissons-nous mettre en route avec candeur jusque vers Jésus et soyons avisés en prenant d’autres chemins pour être ses témoins au cœur du monde. Autres que la fourberie, l’intérêt, le calcul, la crainte, la timidité : les chemins candidement audacieux de l’évangile.

Prédication pour la Réformation

C’est la 507ème fois qu’a lieu l’anniversaire de l’événement fondateur de la Réforme,

à savoir le placardage des 95 thèses de Luther : « Disputatio pro declaratione virtutis

indulgentiarum ».

Pasteur Gilles Boucomont

Saint Paul de Barbès, 31 octobre 2025

Jean 14,1-7

1 « Ne soyez pas troublés, leur dit Jésus. Vous avez confiance en Dieu, ayez aussi

confiance en moi. 2 Il y a beaucoup de lieux où demeurer dans la maison de mon

Père ; sinon vous aurais-je dit que j’allais vous préparer une place ? 3 Et si je vais

vous préparer une place, je reviendrai et je vous prendrai auprès de moi, afin que là

où je suis, vous soyez également. 4 Vous connaissez le chemin qui conduit où je vais.

» 5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment en

connaîtrions-nous le chemin ? » 6 Jésus lui répondit : « Moi, je suis le chemin, c’est-

à-dire la vérité et la vie. Personne ne vient au Père autrement que par moi. 7 Si vous

me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Et à partir de maintenant vous le

connaissez, vous l’avez vu. »

2 Corinthiens 3,17

16 Il est écrit : « Lorsqu’on se tourne vers le Seigneur, tout est dévoilé. » 17 Or le

Seigneur, ici, c’est l’Esprit ; et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté.

18 Nous tous, le visage dévoilé, nous contemplons en Christ, comme dans un miroir,

la gloire du Seigneur ; ainsi, nous sommes transformés pour être semblables au

Seigneur, et nous passons d’une gloire à une gloire plus grande encore. Voilà en effet

le Seigneur, qui est l’Esprit.

Prédication

C’est la 507ème fois et depuis la 500ème il est à craindre qu’il puisse

y avoir un certain caractère répétitif voire rébarbatif dans les propos du prédicateur.

Mais prenons le risque de nous poser la question fondamentale de chaque 31 octobre

dans les cénacles protestants : « Finalement, que s’est-il passé ce jour-là ? »

Faire mémoire d’un événement historique n’est pas célébrer une fête puisque Luther

lui-même aspirait à ce que l’on ne fête que des événements de la vie du Christ.

Pourtant vous pourrez convenir que le geste du placardage des thèses à Wittenberg

est une date dans l’histoire du peuple de Dieu telle qu’elle s’écrit, page après page,

depuis la clôture du canon des Écritures.

Je voudrais vous proposer de lire ces 95 thèses en partant du principe suivant : elles

constituent une réforme de l’accès au « droit au salut ».

Depuis que nous avons emménagé à l’est d’Eden, Dieu ne cesse de se préoccuper

d’administrer la rédemption, la justification, et le salut d’une humanité dont la

principale persévérance est celle de pécher assidûment. La Bible est donc à certains

égards un traité juridique présentant les modalités successives de l’administration

d’un « droit au salut », au travers des siècles ?

Il y eut la série des alliances générationnelles, avec Adam, Caïn, Noé, Abraham, Isaac

et les autres. Leur salut était contractuel : à chaque génération, prononcé et

reprononcé comme un bail emphytéotique qui se renouvelle explicitement avec

régularité.

Puis il eut l’alliance mosaïque avec la loi comme pierre angulaire, ne nécessitant plus

la reconduction explicite du contrat tous les 35 ans. La revivification de cette alliance

imposa le surgissement du ministère prophétique qui eut une fonction de « gardien

de la paix », qui vous rappelle la Loi.

Ce n’est plus une nouvelle alliance, mais la re-proclamation d’une alliance ancienne.

En Jésus-Christ vint l’alliance définitive, par son ministère messianique puis son

œuvre à la croix, par sa sortie du tombeau et le don de son Esprit. Tout était accompli.

Tout était accessible à chacun à tout moment.

Voici donc « l’économie du salut pour les nuls » que nous sommes.

Ce caractère définitif de l’alliance en Christ fut malheureusement maltraité par

l’évolution de l’Église, du fait de son étrange projet qui a consisté à inventer la

chrétienté.

« Christ annonçait le Royaume et c’est l’Église qui est venue ».

L’Église s’est mise à administrer l’économie de la rédemption, et le lien monétaire est

devenu, bon an mal an, le point de contact entre une Église prestataire et des fidèles

bénéficiaires. Mammon avait gagné malgré l’avertissement du Christ : « Nul ne peut

adorer Dieu et Mammon ».

Et Christ avait raison, car Dieu a failli quitter le devant de la cène.

La catholicité de l’Église fut avant tout impériale, bien plus que miséricordieuse, grâce

à Constantin et quelques autres acteurs voulant à tout prix offrir à l’Église un César.

L’alliance impériale avait fait monter la cote de Mammon, le Dieu de l’argent, ce qui

acheva le travail préparatoire à l’advenue de Luther. Il ne restait à ce dernier que

d’entrer en scène à une époque où la théologie du salut se résumait dans le fameux

précepte : « Hors de l’Église point de salut », là où l’apôtre Paul aurait été plus enclin

à dire « Hors du Christ, point de salut ».

C’est ce décalage qui fut insupportable au moine de Wittenberg.

Sa Dispute sur les indulgences est l’analyse d’une trahison économique.

En 1517 le salut en chrétienté fonctionnait comme un business de la grâce, administré

par l’Église, avec son système de placement sacramentel, les obligations et actions

des indulgences, etc. Rentabilité garantie d’une assurance-vie.

Luther, lui, rejeta cette logique transactionnelle : pour lui, le salut n’est pas un verdict

du droit pénal canonique (rendu par l’Église), mais un jugement direct de Dieu, fondé

sur la foi seule (sola fide) et la grâce seule (sola gratia).

Rien de nouveau puisque tout est déjà présent chez Paul ; mais disons que ce n’était

plus vécu.

Malgré la difficulté à honorer la cible synodale, il ne semble plus qu’il y ait quelque

trace d’un salut monnayable dans nos assemblées dominicales. Nous restons

vigilants sur le marketing parfois agressif de quelques conseils presbytéraux, et

observons de loin les réformes financières du Vatican ou les errements d’une

théologie de la prospérité dans les synagogues de Mammon, pour parler comme

l’Apocalypse. Tout cela est bien loin. Oui l’Église est à sa place quand elle n’est plus

le lieu où se négocie ou se vend le salut, mais qu’elle est bien l’assemblée de ceux

qui ont déjà bénéficié du salut.

Alors la Réforme est-elle terminée ?

Cela nous serait vexant car nous avons quand même beaucoup enseigné les

troisièmes années de catéchisme sur le Semper Reformanda.

La Réforme est achevée, mais elle est encore à faire

Disons qu’elle a changé de front. Et permettez-moi de vous livrer ici l’esquisse d’une

interprétation quant au lieu théologique de sa relocation.

Depuis quelques siècles, la Vérité unique administrée par le Seigneur via l’Eglise a été

contestée en son unicité. A surgi l’idée qu’il existerait plutôt des vérités qu’une seule.

Kant l’a pressenti en distinguant entre le noumène (la chose en soi, inaccessible) et le

phénomène (ce qui apparaît dans notre expérience). Mais c’est au XXème siècle que

deviendront vraiment distincts les concepts de Réel et de réalité, notamment avec

Lacan, pour qui le Réel est précisément ce qui échappe à la représentation et au

langage, ce qui résiste à la symbolisation (par opposition à la réalité). Les

phénoménologues déploieront le concept avec Husserl ou Heidegger.

Il n’y a plus de vérité singulière, il n’y a que des vérités plurielles.

Mais aujourd’hui, à l’ère de la post-vérité, ou des vérités alternatives décrétées depuis

le bureau oval, avec le potentiel de manipulation de l’information que donnent les

plateformes électroniques et les réseaux sociaux, avec l’intelligence artificielle qui

fascine autant qu’elle inquiète, nous sommes en quelques années allé beaucoup plus

loin. Jusque-là les révolutions du rapport au réel prenaient un ou deux siècles.

Maintenant elles prennent un ou deux ans voire… un ou deux mois.

Et voici que quelques prophètes contemporains nous annoncent bien plus que la

post-vérité : la post-réalité.

À l’heure où certains s’identifient à des licornes ou, ce soir, à des potirons, on sent

que le câble de la connexion au réel a lâché.

Sans prétendre à livrer ici une 96ème thèse, je crois que le lieu où l’Eglise a rendez-

vous pour sa propre réforme, mais surtout pour tenir la posture prophétique que le

Christ lui a donnée, c’est un renouveau de la pensée critique. Et ce lieu de la nouvelle

Réforme est non seulement à offrir à nos frères et sœurs des assemblées dominicales,

mais aussi à un monde sans pères ni repères qui ne comprend plus rien à ce qu’il vit.

Qu’en est-il de la pensée critique ?La première séquence de la Réforme, bénéficiant des vents favorables de la

Renaissance, a participé et élaboré du XVIème au XXème siècle à une version-test de

la pensée critique autour du concept qui habille les cinq solas de la Réforme : Penser

ce que l’on croit.

Penser ce que l’on croit ne veut pas dire élaborer des théologies, ou fonder une

apologétique. Penser ce que l’on croit, c’est avant tout se demander s’il est bon de

croire ce que l’on croit, s’il est juste de croire ce que l’on croit, s’il est souhaitable de

continuer à croire ce que l’on croit.

Je le disais, il s’agissait de prémices à une pensée critique aboutie, telle que nous

devons la chercher aujourd’hui. Comme Kant préparait Husserl, la Réforme, en

pensant ce qu’elle croyait, nous a préparés à faire face courageusement au désarroi

des 97% de la population actuelle (dont nous sommes tous ici), qui sont depuis la fin

de l’été 2025 incapables de faire la différence entre une image réelle, non retouchée,

et une totalement virtuelle produite par une intelligence artificielle.

Ce n’est pas si anecdotique qu’il y paraît. Car pour celui qui ne sait plus trancher si

une image est vraie ou fausse, vient s’étioler rapidement son sens de la vérité, au bout

de quelques dizaines d’expériences frustrantes.

Je ne sais plus ce qui est vrai ou faux.

Je ne suis plus capable de discerner le vrai du faux.

Il ne faudra pas plus d’un an pour que notre accro au smartphone, ne sachant plus

distinguer le vrai du faux, abandonne même le désir de distinguer le vrai du faux.

Et là, une faille civilisationnelle majeure, en moins d’un an, aura cassé vingt siècles de

maturation collective.

Chercher le vrai ne sert plus à rien.

Depuis cinq siècles de Réforme, nous cherchons au jour le jour à ajuster notre

discernement quant à ce qu’il est vrai, juste, bon, souhaitable de penser et croire. Et

en une poignée de mois, la majorité de nos congénères vont simplement abandonner

la bataille qui nous confiait le si beau rôle de « chercheurs de vérité ».

La phase 2 du plan « pensée critique » a commencé.

L’effort de 500 ans de Réforme nous a préparés pour ce moment ; sans que nous le

comprenions vraiment, et sans que nous en ayons suffisamment pris la mesure. Ou

en tout cas pas suffisamment vite. L’urgence est pour aujourd’hui, l’urgence est pour

demain, car dans quelques mois il sera trop tard.

Penser ce que l’on croit.

Penser ce que l’on voit.

Articuler la pensée en gardant l’ambition que le Réel ne soit jamais détruit par la

réalité, que le vrai ne soit jamais délégitimisé par les vérités, que la profusion des

images ne soit pas la seule vérité pour des cerveaux mal formés.

Il est urgent que nos Églises (mais c’est aussi vrai pour nos collèges, nos universités,

nos médias) ne manquent pas ce rendez-vous car c’est très précisément ce pour quoi

la Réforme a existé : contester le détournement des fins ultimes (le salut) par les

moyens intéressés (les indulgences), contester les délires de Mammon et des Césars pour se laisser mettre en chemin par Jésus le Christ, celui qui n’ « a » pas la vérité

mais qui est la Vérité.

Nous devons l’enseigner à nos enfants : ce qui se passe ce soir avec les citrouilles,

les toiles d’araignées et les balais n’est pas une blague ni un folklore, c’est une post-

vérité qui veut installer dans vos cerveaux le logiciel qui dit que la mort a vaincu les

vivants, qu’il n’y a pas d’enjeu, que le mort n’est pas un ennemi, alors que Jésus le

Seigneur nous dit l’inverse.

Nous devons aussi l’enseigner à nos adolescents : regarder une vidéo créée par l’IA,

où se dandine le président de la République, puis un ancien président en habit à

rayures blanches et noires, puis les chefs d’Etat des principales nations, comme dans

une boîte de nuit ridicule, n’est pas… « trop drôle, regarde Papa, la tête de Brigitte

Macron », il s’agit d’une décrédibilisation subtile mais très puissante de toutes les

formes d’autorités établies, et de ce qui structure au niveau symbolique une société.

Nous devons apprendre cela à nos paroissiens : telles ou telles théologies qui se

moquent des Écritures depuis le lieu de leur suffisance pseudo-intellectuelle ne sont

pas intéressantes, ni divertissantes ; elles contribuent juste à vous éloigner de l’Esprit

du Christ, qui était là dès le commencement du monde pour poser l’humanité sur une

fondation solide.

Alors, ce n’est pas seulement notre formation intellectuelle ou le brio de quelques

penseurs qui nous aidera à faire aboutir cette dernière phase de la Réforme. C’est le

seul Esprit de Dieu, l’Esprit du Père et du Fils, celui qu’on appelle Esprit-Saint ou

Saint-Esprit. Pourquoi, parce qu’il est la seule instance dynamique qui puisse

influencer nos corps, nos âmes et nos esprits pour pouvoir résister aux tentations et

séductions devenues omniprésentes et omnipotentes sur nos cœurs et nos cerveaux.

Le Saint-Esprit, Esprit du Christ, est le seul qui puisse nous donner l’ultime

discernement, la capacité à comprendre vraiment ce que nous vivons, à percer le

brouillard de la confusion qui est devenu tellement dense que nous ne savons plus

qui nous sommes. Et nous ne savons plus quoi penser ni quoi croire.

Refonder la nouvelle pensée critique avec l’Esprit-Saint pour moteur, voilà la Réforme

qui se présente à nous aujourd’hui.

Pas après-demain car il sera trop tard.

Aujourd’hui.

Ce n’est pas Martin Luther qui a enclenché la Réforme,

c’est Dieu par sa Parole et son Souffle Saint.

Qu’il nous soit en aide pour la présente bataille.

Amen

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Dans cette prédication de Vendredi saint, Luc Badoux relit le récit de la Passion à partir des phrases des différents protagonistes qui résonnent encore aujourd’hui.

L’histoire humaine est comme une vallée dans laquelle résonnent toujours les mêmes cris. Les situations changent, mais les mêmes mots reviennent en écho à ceux prononcés à Jérusalem, en l’an 30 de notre ère. 

Le Grand-prêtre d’Israël a demandé :

Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? C’est clair, il mérite la mort.

Quelque part dans le monde, des mots semblables à ceux du Grand-prêtre sont repris aujourd’hui :

– Pourquoi chercher des témoins ? De toute façon, il ne mérite pas de vivre.

Les raisons de ceux qui veulent une justice expéditive sont nombreuses : envie de vengeance, envie de faire couler le sang pour apaiser la colère, pour rétablir l’ordre, pour asseoir son autorité, et parfois pour défendre l’honneur de Dieu. 

D’autres, pour se sortir sans dommage d’une situation délicate disent comme Simon Pierre :

Non, je ne connais pas cet homme. Je ne vois pas qui c’est. 

Ils ajoutent peut-être encore : D’ailleurs, je me suis toujours méfié de lui.  

Le monde, une longue vallée, et partout des hommes, des femmes qui renient, qui retournent leur veste. Et bien sûr aussi des hommes, des femmes qui sont reniés, trompés, abandonnés. Ils forment une longue chaîne dont parfois nous faisons partie. Une chaîne dont un des maillons a été renié trois fois par son compagnon le plus solide. « Non, je ne connais pas cet homme » a dit Pierre. Pierre qui un peu plus tôt prétendait suivre Jésus jusque dans la mort. 

Et lorsqu’un homme qui a trahi, ouvre les yeux sur lui-même et déclare comme Juda :

J’ai péché en livrant un sang innocent.

On lui répond comme à Juda : 

Que nous importe. C’est ton affaire.

Débrouille-toi ! Parce que les lâches, les têtes chaudes, les faibles, les traîtres, on les utilise, mais on ne les respecte pas. Ceux qui ne savent pas boire, on les utilise pour rire. Mais on ne les respecte pas. Ceux qui ne savent pas compter, on leur prête l’argent qu’ils veulent, quitte à les étrangler après. 

Ceux ou celles qui ne résistent pas à notre charme, on les séduit, on les conquiert pour satisfaire sa passion, mais ensuite on les laisse tomber. 

D’autres personnes se désolent en disant : J’ai foutu ma vie en l’air et celle de ma famille. Je me suis trompé. J’ai trahi la confiance qui m’avait été faite. On leur répond : – Que nous importe. C’est ton affaire. Il fallait réfléchir avant.

Partageons ses vêtements, tirons au sort. Il faut bien que qqn prenne ses habits. 

Il y a toujours quelqu’un pour se dire : Si ce n’est pas moi qui tire parti de cette situation, ce sera qqn d’autre. Pourquoi pas moi ?

Si ce n’est pas moi qui fais ça, quelqu’un d’autre le fera à ma place. Il faut savoir tirer les marrons du feu. 

Si ce n’est pas moi qui court le plus vite. Ce sera quelqu’un d’autre. Logique de notre monde monde où partager signifie souvent prendre sa part. Etre sûr de ne pas être perdant. 

Cette logique laisse des gens dépouillés, nus. Des gens dont la nudité fait écho à celle d’un homme nu sur une croix. Il est encore vivant, mais on se répartit déjà ses vêtements. 

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

En butte à la souffrance physique, à l’abandon de ses proches, à la solitude de celui qui meurt, Jésus se sent abandonné par Dieu. Il rejoint tous ceux qui partout et tout au long de l’histoire se sont sentis abandonnés par Dieu. Et il crie avec eux, il angoisse avec eux, et il meurt avec eux. 

Mon Dieu, mon Dieu, tu m’as abandonné. Ce n’est pas possible autrement. Une telle solitude, un tel poids, un ciel aussi bas, ça n’est pas possible autrement.  

L’histoire humaine est une vallée dans laquelle résonnent toujours les mêmes cris, qui conduisent à un même appel : 

– Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Vendredi Saint : Jésus se mêle à la masse de tous les condamnés du monde. 

Vendredi Saint : Jésus partage l’opprobre des méprisés

Vendredi Saint : Jésus se charge de la même lourdeur que tous les reniés du monde.

Vendredi Saint : Seule plage de lumière : le traître, lui, reconnaît sa faute.

Vendredi Saint : Juda reste seul avec sa faute, personne n’est là pour accueillir son repentir.

Vendredi Saint : Jésus, nu, dépossédé de tout, assiste au partage de son habit. Il est compagnon de ces pauvres à qui on prend le peu qu’ils ont. 

Vendredi Saint : d’où vient la tristesse et le sérieux que nous affichons ? 

Si notre tristesse a pour seule source la mort de Jésus, alors nous n’avons pas compris ce qui s’est passé ce jour-là. 

Si la mort de Jésus ne nous rend pas sensibles à ceux qui subissent l’injustice, à ceux que l’on trahit, c’est qu’on n’a pas compris ce qui s’est passé au Golgotha. 

C’est que nous sommes enfermés dans une logique religieuse : comme si la mort de Jésus n’était un malheur que parce qu’il était le fils de Dieu.  

La mort de Jésus est un malheur parce que chaque humain qui meurt dans la violence et la honte est un malheur. 

La passion et la mort de Jésus récapitulent toutes les injustices vécues et subies sur terre. 

Si la mort de Jésus ne nous fait pas nous révolter contre la souffrance et la mort, le viol et la déportation des gens d’aujourd’hui, alors nous sommes les descendants de Pilate qui s’est lavé les mains de la mort de celui qui était devant lui. 

Dans la longue vallée de l’histoire humaine, les mêmes drames se répètent inlassablement. Mais depuis Vendredi Saint, les reniés et les méprisés, les déportés et les dépouillés ne sont pas seuls dans leur malheur. Depuis ce jour-là le Fils de Dieu souffre, s’indigne et gémit avec eux. A leur révolte et à leurs larmes, viennent se joindre celles de Dieu, le Père. A celle de Dieu doivent venir s’ajouter notre révolte et nos larmes à nous, les frères et sœurs du Christ et de toutes celles et ceux qui souffrent aujourd’hui.                          

Textes bibliques lus avant cette prédication :

Mt 26.57-75 : Jésus devant Caïphe ; reniement de Pierre

Mt 27.1-31 : Suicide de Juda ; Jésus devant Caïphe

Mt 27.32-50 : crucifixion et mort de Jésus

La face sombre de Nicée : son antijudaïsme

Nicée et l’antijudaïsme

« Il y a des éléments centraux de la foi chrétienne qui sont passés sous silence à Nicée et dans sa Confession de foi. L’évocation d’Israël passe à la trappe. Le récit des alliances, celui de la libération d’Égypte, les prophètes, tout cela est omis. Les textes de Nicée passent directement de la création à l’incarnation. C’est parfaitement délibéré parce que l’antijudaïsme est extrêmement fort au IVe siècle. » Christophe Chalamet, dans Réformés, mars 2025, p. 18.

« Nicée représente donc un moment décisif dans l’histoire de la substitution chrétienne, où l’Église chrétienne, en alliance avec l’empereur romain, a formellement renoncé à sa constitution bilatérale. De manière consciente et décisive, l’Église s’est détournée du peuple juif et s’est tournée vers l’empire romain. » Mark Kinzer, Scrutant son propre mystère, Parole et Silence, Paris, 2016, p. 281.

« Ce souci de séparation d’avec le judaïsme est également un facteur très important dans les disputes sur la date de Pâques et dans la résolution de cette question controversée à Nicée. Les débats à ce sujet sont complexes. En simplifiant, deux positions sont en présence : celle qui fixe la célébration annuelle de la résurrection du Christ le jour de la Pâque juive : le 14 Nisan. C’est la position « quartodécimaine » en vigueur dans les Églises d’Orient.

L’autre position, majoritaire, est celle qui veut que la fête de la résurrection soit toujours célébrée un dimanche. Les pères du concile de Nicée ont clairement opté pour ce point de vue. La règle obligatoire décidée à Nicée a été de fixer la fête le premier dimanche suivant la pleine lune, après l’équinoxe de printemps.

L’argument central pour justifier cette décision est que l’opinion minoritaire est à rejeter parce qu’elle se fonde sur la pratique juive de datation. Un virulent antijudaïsme s’exprime explicitement dans la Lettre du Concile de Nicée aux Égyptiens, trouvée parmi les écrits d’Athanase, et surtout dans la Lettre de Constantin aux Églises.

A Nicée, l’Église ne s’est pas seulement opposée aux juifs, mais les a aussi exclus et dénigrés. Bientôt, elle les persécutera, préparant ainsi l’antisémitisme séculier encore plus virulent qui culminera dans la Shoa. » Martin Hoegger, « Le concile de Nicée et le judaïsme », p. 9 et 1.

Tout l’article de Martin Hoegger mérite d’être lu : https://www.hoegger.org/article/nicee-judaisme/

Lors de la journée du 22 mars 2025 à la HET-PRO, nous avons demandé pardon à Dieu pour cet antijudaïsme qui a traversé les siècles:

Dieu, notre Père,

Tu as choisi de bénir toutes les nations par Abraham et sa descendance.

Tu as choisi le peuple d’Israël d’entre tous les peuples. (Deutéronome 10,15)

Tu as choisi Marie, jeune fille juive, pour donner naissance à Jésus dans une famille juive.

Nous venons te demander pardon d’avoir si souvent bafoué tes choix depuis le concile de Nicée.

Ô Seigneur, pardonne tout le mépris, toute la haine, toute la violence que les chrétiens ont manifestés envers le peuple juif au travers des âges.

Chant 61-19 : ô Seigneur pardonne !

 Nous reconnaissons, Père, que l’Église a souvent prêté sa voix aux puissances des ténèbres qui cherchent à anéantir Israël, ton peuple.

Chant 61-19 : ô Seigneur pardonne !

Avec Israël dans le livre de Daniel, nous te prions :

« Seigneur, Dieu grand et redoutable, toi qui gardes l’alliance et la fidélité envers ceux qui t’aiment et qui observent tes commandements.

Nous avons péché, nous avons commis des fautes, 

nous avons agi en méchants et en rebelles, 

nous nous sommes détournés de tes commandements et de tes règles.

Nous n’avons pas écouté tes serviteurs, les prophètes, qui ont parlé en ton nom. (…)

A toi, Seigneur, la justice, et à nous la honte. (…)

Au Seigneur, notre Dieu, la compassion et le pardon, 

Car nous avons été rebelles envers lui. » 
(Daniel 9, 4-9, NBS).

Chant 61-19 : ô Seigneur pardonne !

Avec l’apôtre Paul, nous confessons que Jésus, le Messie, a détruit le mur de séparation entre les Juifs et les non-juifs, entre les circoncis et les non-circoncis, entre Israël et l’Église :

« 13 Par l’union avec Jésus Christ, vous qui étiez loin, vous avez été rapprochés par le Christ qui a versé son sang. 14Oui, c’est lui qui est notre paix, lui qui a fait de ceux qui sont Juifs et de ceux qui ne le sont pas un seul peuple. En donnant son corps, il a abattu le mur qui les séparait et qui en faisait des ennemis. 

16Par sa mort sur la croix, le Christ les a tous réunis en un seul corps et il les a réconciliés avec Dieu ; par la croix, il a détruit la haine.  18C’est en effet par le Christ que nous tous, ceux qui sont Juifs et ceux qui ne le sont pas, nous avons libre accès auprès de Dieu, le Père, grâce au même Esprit saint. »

(extraits d’Ephésiens 2,13-18, NFC)

« Aujourd’hui, qui dis-tu que je suis ? » 1700 ans après Nicée, avec le R3 (Suisse), les Attestants (France), l’Ancre (Alsace-Lorraine) et Unio Reformata (Belgique).

Ma grâce te suffit !

par Gérard Pella

La comparaison est souvent douloureuse… quand elle est en notre défaveur !

« Regarde ta sœur, elle y arrive très bien ; pourquoi pas toi ? »

« Ce collègue est nettement plus efficace que toi… »

Ou, plus subtilement encore :

« Cette jeune fille est très douée ! », sous-entendu : « mais pas toi… »

« Cette église est formidable ! », sous-entendu : « mais pas la tienne… »

Une comparaison douloureuse, voilà ce que l’apôtre Paul a parfois vécu, lui aussi. On en trouve plusieurs indices dans la Deuxième épitre aux Corinthiens, qui est quasiment tout entière une justification de son ministère. Il écrit :

Nous n’oserions pas nous déclarer égaux ou nous comparer à quelques-uns de ceux qui se recommandent eux-mêmes. 2 Corinthiens 10.12 (SG21).

J’estime n’avoir été en rien inférieur à ces super-apôtres.   2 Corinthiens 11.5 (SG21).

Si je reviens chez vous, je ne ménagerai personne, puisque vous cherchez une preuve que Christ parle en moi (ou par moi, Bible en Français Courant)  2 Corinthiens 13.3 (SG21)

Comparé à de « super-apôtres », qui parlent bien mieux que lui, Paul doit défendre son ministère parce qu’ils sont en train d’égarer cette jeune communauté de Corinthe. Pour cela, il ne fait pas appel à ses qualités ni aux résultats impressionnants de son ministère. Il aurait pu mentionner toutes les conversions dont il a été témoin ainsi que toutes les communautés qu’il a fondées. Non, il parle plutôt de ce qu’il a reçu que de ce qu’il a réussi.

Il mentionne l’appel et l’autorité qu’il a reçus du Seigneur (chapitre 10), les souffrances qu’il a endurées (chapitre 11) et les révélations qu’il a reçues (chapitre 12). C’est un extrait de ce chapitre (les versets 6 à 13) que nous allons chercher à comprendre.

Ces révélations étaient si extraordinaires que Paul a reçu une écharde dans la chair pour lui éviter tout orgueil (v.7). 

Quelle est cette mystérieuse écharde ?

La Bible Segond 21 constate qu’il y a une grande diversité d’interprétations : « Nous ne savons pas en quoi consiste l’écharde dont Paul souffre dans son corps, parce qu’il ne le précise pas. Certains ont suggéré qu’il pourrait s’agir de paludisme, de crises d’épilepsie ou d’une maladie des yeux (cf. Ga 4.13-15). » (Note à propos des versets 7-8).

Pour Paul, cette écharde douloureuse a une fonction bien particulière :

Parce que ces révélations étaient extraordinaires, pour m’éviter tout orgueil, il a été mis une écharde dans ma chair, un ange de Satan chargé de me frapper, pour m’éviter tout orgueil. 2 Corinthiens 12.7 (TOB).

Deux fois dans le même verset, Paul précise que l’écharde a pour but de lui éviter tout orgueil. 

« Y a-t-il un seul serviteur de Christ qui ne puisse mentionner quelque ‘écharde dans la chair’, visible ou cachée, physique ou psychologique, de laquelle il a supplié d’être délivré, mais que Dieu lui a donnée pour le garder humble et donc efficace à son service ? Chaque croyant doit apprendre que la faiblesse humaine et la grâce divine vont de pair.»  (Philip E. Hughes, Nouveau Commentaire Biblique, St-Légier, Éditions Emmaüs, 1978, p.1139). 

J’ai quant à moi de la peine à concevoir que le Seigneur nous envoie une maladie. Il me semble plus juste de voir les choses comme le livre de Job : Dieu permet à Satan de nous mettre à l’épreuve au moyen d’une maladie.

Satan se retira alors de la présence de l’Éternel. Puis il frappa Job d’un ulcère purulent, depuis la plante des pieds jusqu’au sommet du crâne. Job 2.7 (SG21). 

Voilà ce qui pourrait amener Paul à comprendre son écharde – s’il s’agit d’une maladie – comme un ange de Satan.

Ce qui est sûr, c’est que l’écharde est quelque chose qui nous blesse, nous fait souffrir et nous invite à l’humilité.

Quand je ne suis pas exaucé…

Paul a prié le Seigneur d’éloigner cette écharde de lui. Trois fois. Mais il n’a pas été exaucé. Le grand apôtre Paul a fait une expérience qui nous arrive à tous : j’ai prié… mais je n’ai pas été exaucé. 

Ça fait mal de ne pas être exaucé quand on a prié non seulement trois fois mais 3 ans ou 30 ans. Il n’y a que les super-apôtres qui prétendent qu’ils sont toujours exaucés. La réalité, l’humble réalité, c’est pourtant que nous ne sommes pas toujours exaucés, même quand on est aussi fidèle et consacré que Paul. Vous connaissez certainement des chrétiennes ou des chrétiens exemplaires qui ont vécu des épreuves très douloureuses. A commencer par Jésus !

Le non-exaucement fait parfois encore plus mal que l’écharde… L’écharde de Paul n’a pas été enlevée mais il a reçu une parole de la part du Seigneur : Ma grâce te suffit !

C’est incroyablement fort ! Quel chemin il nous faut parcourir pour arriver à croire que la grâce nous suffit. Si souvent, elle ne nous suffit pas : nous voudrions la santé, la sécurité, la prospérité… et si possible une vie réussie et des objectifs atteints. La grâce de Dieu ne nous suffit pas.

Il ne nous suffit pas de recevoir l’amour de Dieu, sa présence dans la souffrance ; nous voudrions que la souffrance cesse. Il ne nous suffit pas de recevoir son pardon dans la honte ; nous voudrions que nos défauts disparaissent. Il ne nous suffit pas de recevoir sa tendresse dans les conflits ; nous voudrions que les conflits s’apaisent. Il ne nous suffit pas de recevoir sa force dans la faiblesse ; nous voudrions être forts !

Et pourtant, dit le Seigneur, ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse (v.9, TOB).

C’est un miracle ! Un autre miracle que la guérison, mais un miracle tout de même. 

Dans la faiblesse se manifeste parfois une force qui nous soutient ; dans la faiblesse transparait parfois un rayonnement qui vient de plus haut. Comme l’écrit une chrétienne gravement handicapée par la sclérose en plaques :

« Il arrive parfois, et comme par instant, que de l’épreuve jaillisse la preuve d’un élan qui nous maintient debout » (Sandra).

Le témoignage de Joni 

Joni est une jeune fille de 17 ans, pleine de vie au moment de son accident. En plongeant, elle a heurté le fonds de la mer et se retrouve tétraplégique, c’est-à-dire paralysée non seulement des jambes mais des bras et des mains. A plusieurs reprises, elle est encouragée par ses amis à espérer une guérison miraculeuse. Son église organise une nuit de prière ; elle reçoit l’imposition des mains ; à plusieurs reprises on intercède pour elle avec une foi entière. Mais rien ne se passe. A chaque fois, Joni doit digérer sa déception – voire sa dépression – quand elle n’est pas exaucée.

Un de ses amis, Steve, étudie dans une École Biblique. Il l’aide beaucoup à accepter sa situation et à garder confiance en Dieu en ouvrant avec elle les Écritures. Un jour, il lui apprend que le mot grec que la Bible utilise pour parler de la puissance de Dieu est dunamis,

un terme grec qui se retrouve à la fois dans le mot dynamite et dynamo. Il lui montre, Bible en mains, que la puissance de Dieu se manifeste parfois comme de la dynamite : c’est alors le miracle, la guérison, l’exaucement. Gloire à Dieu ! Mais sa puissance se manifeste parfois aussi comme une dynamo[1] : elle produit juste la lumière nécessaire pour que nous puissions avancer dans la nuit.

Joni comprend ainsi que la puissance de Dieu se manifeste comme une dynamo dans sa vie. Elle accepte sa situation et commence à communiquer sa foi de manière rayonnante, alors même qu’elle est dans un fauteuil roulant, totalement dépendante de son entourage. La puissance du Seigneur donne toute sa mesure dans sa faiblesse. Son témoignage a touché des milliers de personnes.[2]

Quand nous ne sommes pas exaucés, nous ressentons de la tristesse, du découragement, de la révolte parfois. Je vous propose de ne pas en rester là, de ne pas nous replier sur nous même, mais de demander au Seigneur de nous donner, comme il l’a fait pour Paul ou pour Joni, une parole qui vienne éclairer notre chemin. Dieu peut nous parler de tant de façons différentes. Demandons-lui avec confiance une parole qui nous permette de rester dans la confiance en Lui.


[1] Sur un vélo, la dynamo est un petit appareil qui produit de l’électricité grâce au frottement du pneu contre sa roulette. Cette électricité permet d’alimenter le phare du vélo.

[2] Joni Eareckson et Joe Musser, Joni, Genève, L’Eau Vive Edition, 1991.

Pour Noël 2025

Cette magnifique histoire est parvenue à notre connaissance le 24 décembre. Trop tard pour vous l’offrir à Noël 2024. Elle viendra volontiers enrichir vos célébrations ou vos fêtes de famille l’an prochain !

Le visiteur de Noël

Au soir du 24 décembre 1698, dans une auberge des Cévennes, quatre soldats, quatre  « dragons », s’apprêtaient à quitter avec regret dans une salle chaude et joyeuse la grande cheminée où rôtissaient des chapelets d’oies dodues.

Par ordre du Roi Soleil, ils devaient réduire à merci les protestants de cette région qui n’avaient pas abjuré leur foi après la Révocation de l’Édit de Nantes et par conséquent déclarés « hors-la-loi ».

Un soir, l’intendant du Languedoc Bâville les avait chargés d’une mission : mettre la main sur un meneur, un certain Laurent Ravanel, inspiré et prédicant au Désert, peigneur de laine de profession, compagnon de Cavalier, et connu pour les assemblées clandestines qu’il tenait dans la région. Leur plan était de lui tomber dessus par surprise. Ils partirent à pied dans la montagne, déguisés en bergers.

Luttant contre les tourbillons de neige, ils parvinrent péniblement à une bergerie à l’entrée du hameau où habitait ce Ravanel.

Leur jeune capitaine, Gabriel de Vignancourt de Pétigny-Pervanchelles, avait décidé de garder pour lui la gloire de ce fait d’armes; il enjoignit à ses hommes de rester dans la bergerie, prêts à accourir au premier signal. 

Et le voilà parti, seul, vers la maison du rebelle ; il appuie sur le loquet et la porte s’ouvre.  La fille de Ravanel était là, devant lui, une enfant, âgée de sept ou huit ans tout au plus. Pâle et droite dans un grand châle noir, pétrifiée devant ce visiteur du soir à la dégaine peu rassurante qui débarquait chez elle.

A la vue de ce berger inconnu, couvert de neige, au visage fermé, elle eut peur, la fille du prédicant. Que faisait là cet étranger ? Mais son doux visage s’éclaira d’un sourire… et elle se jeta à son cou ! 

Le dragon surpris restait coi, ne sachant que dire, regardant autour de lui : sur la nappe blanche de la table, un bouquet de houx jaillissait d’un pichet, deux assiettes de faïence, un bougeoir d’étain, une chandelle allumée ; tout n’était que paix et sérénité.

– Entrez, je vous attendais, dit la petite.

– Où est ton père ?

– Parti dans la montagne pour l’office de Noël ; mais vous prendrez bien la soupe de castagnes, toute chaude et des beignets de sarrasin au miel, avec un bon vin chaud épicé à la girofle ?

– Tu m’attendais, dis-tu ?

– Bien sûr, c’est vous le visiteur de Noël.

– Le « visiteur de Noël » ? 

– Oui, celui que Mamée m’avait annoncé.  

Elle me disait souvent : « Si un visiteur frappe à ta porte un soir de Noël, ouvre-lui vite ; c’est peut-être un fugitif qui court dans la montagne pour échapper à ceux qui nous persécutent, et que le Seigneur nous envoie. Ou c’est peut-être un ange qui parcourt la terre pendant la sainte Nuit pour annoncer la Bonne Nouvelle de la naissance du Sauveur. Il doit toujours y avoir pour lui une assiette à remplir de soupe chaude et un bon feu pour qu’il y délasse ses pieds. Après, il te bénira toi et les tiens ».

Un peu gêné, l’homme détourna la conversation :

– Comment t’appelles-tu petite ?

– Droulette, pour vous servir.

– Eh bien, Droulette, j’ai faim et j’ai froid. Sers moi donc à dîner ; nous attendrons ton père ensemble.

– Mon papa aussi doit avoir faim et froid dehors par une nuit pareille, mais il faut bien qu’il aille porter la Parole de Dieu à tous ceux qui se cachent dans les grottes, poursuivis, traqués.

Par reflexe, le dragon demanda : 

– Dans quelles grottes, le sais-tu ? Mais aussitôt, il se mordit la lèvre.

Comme si elle n’avait pas entendu, la petite poursuivit :  

– C’est terrible quand ils se font prendre, si vous saviez ! Ils sont jetés en prison, envoyés aux galères et le plus souvent massacrés. Je tremble chaque fois que je vois partir mon papa, car je ne sais jamais s’il va revenir, comme beaucoup d’autres, mais je suis si heureuse que le Seigneur se serve de lui pour donner de l’espérance et de la lumière à tous ces pauvres gens.

En entendant ces mots, Gabriel de Vignancourt ne put porter sa cuillère à la bouche. Tout à coup, il ne pouvait plus rien avaler !  Il se rappelait une « assemblée » surprise en pleine nuit et transformée en carnage ; il entendait les cris de ceux qu’ils avaient transpercés, les supplications des femmes, épouses et mères, les hurlements des enfants et les dernières paroles du prédicant : 

– Vignancourt, Vignancourt, pourquoi nous persécutes-tu, toi qui te dis chrétien ?

Il n’avait plus faim, il avait hâte de partir. Mais Droulette, déçue, disait :

– Mon papa ne vous verra donc pas, mais… (elle hésitait, n’osait pas formuler sa requête…) mais pourriez-vous, avant de partir, me lire la belle histoire de Noël ?

Devant la mine ahurie de Gabriel, la petite fille ajouta :

– Je comprends le français, mais je ne le lis pas encore très bien. Papa rentre tard, fatigué, il n’aura pas le temps. Alors si vous ne voulez pas me lire la Bible, je n’aurai pas de Noël. S’il-vous-plait. 

Et en prière, elle joignit ses deux petites mains. Le brillant officier était incapable de prononcer une parole. 

Elle plaça alors devant lui un pauvre bouquin relié de parchemin usé, mal imprimé, corné. C’était le livre interdit, écrit en français ! 

Gabriel osait à peine le feuilleter, saisi d’une crainte et d’un respect étranges. Mais comment refuser à cette innocente ? Et malgré lui, il commença :

« Il y avait dans cette contrée des bergers qui couchaient aux champs, la nuit, pour garder leur troupeau. Un ange du Seigneur leur apparut… »

Lorsqu’il eut fini, il resta un long moment rêveur. Les paroles de Noël chantaient dans son cœur, éveillant de lointaines et étranges résonances. Il lui semblait qu’une enfance inconnue se glissait dans sa mémoire radieuse et pure.

– Je crois que… je crois que je ne pourrai pas être des vôtres ce soir, petite, si tu voulais m’excuser auprès de ton père…

Ne recevant pas de réponse, il leva les yeux. Droulette dormait, la joue posée sur ses bras repliés, une joue rose comme un pétale de fleur. Les cheveux bouclés se répandaient sur la table, pareils à une toison d’agneau. 

Gabriel sourit. 

– Dors ma Droulette, dors. N’aie pas peur, aie confiance ; je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ton père soit épargné. Je le jure sur cet Évangile qui nous est commun. 

Il chercha et trouva une plume et de l’encre et écrivit sur la page de garde du livre saint :

– Le visiteur de Noël priera pour toi et pour ton père.

Puis il ajouta en guise de post-scriptum : 

– Il faut vous cacher, d’autres visiteurs – moins bienveillants – pourraient venir.

S’inclinant alors devant la mignonne endormie, aussi profondément qu’il l’eût fait à Versailles, il quitta celle qui serait désormais dans son cœur, la petite sœur qu’il n’avait jamais eue.  Il ouvrit la porte et s’enfonça dans la nuit. 

Dans la bergerie, ses camarades se tenaient recroquevillés sous leurs manteaux.

– Holà ! cria Gabriel dans les ténèbres, allons-nous en, j’ai tout retourné dans cette maison, je n’ai trouvé personne. Ah, on les a prévenus de notre visite et ils ont dû s’enfuir. Rentrons en ville, nous trouverons peut-être quelques restes de ce réveillon qui nous est passé sous le nez. 

Et il les entraîna sans peine.  Le chemin lui parut moins dur qu’à l’aller, car il portait en lui  une force et une lumière nouvelles. 

Et à mesure que Gabriel avançait vers son destin, là-bas, de l’autre côté de la montagne, un homme descendait rapidement, un livre sous le bras, vers une pauvre maison où l’attendait une petite fille endormie et confiante.

L’aube de Noël se lèverait bientôt. La mille six cent nonante-huitième aube depuis la naissance d’un petit enfant pour qui les anges avaient proclamé :

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »

Extrait de  Protestants dans la Ville    

Lu sur le site les Avents de Nicole et Pierre

Adaptation : Bernard Locoge

Elle a tout donné !

Gérard Pella médite cette étonnante page de l’Evangile, où Jésus regarde les gens mettre de l’argent dans le tronc…

Vous imaginez ?

Jésus regarde ce que les gens mettent dans le tronc !

Il voit ceux qui mettent une jolie somme.

Il voit aussi une dame qui met deux petites pièces, toutes petites, quelques centimes.

Vous imaginez la situation aujourd’hui ?

Si Jésus regardait ce que nous donnons pendant l’offrande, ce serait gênant !

Surtout que Jésus constate non seulement ce que nous donnons mais ce que nous gardons pour nous :

« En vérité, je vous le déclare, cette veuve pauvre a mis plus que tous ceux qui mettent dans le tronc. Car tous ont mis en prenant sur leur superflu : mais elle, elle a pris sur sa misère pour mettre tout ce qu’elle possédait, ce qu’elle avait pour vivre » (v.43-44).

On peut se demander si cette veuve s’est sentie obligée de donner tout ce qui lui restait quand on lit, deux versets plus haut, que Jésus reproche aux scribes de « dévorer les biens des veuves » (v.40).

Il faut reconnaître que certaines obligations religieuses pèsent parfois très lourd.  Je pense à la dîme en l’occurrence.

C’est une pratique magnifique qui consiste à consacrer à Dieu le dixième de son revenu pour répondre non seulement aux besoins religieux mais aussi sociaux et communautaires, comme l’indique Deutéronome 14 :

v.22 : Tu prélèveras chaque année la dîme sur tout le produit que tu auras semé et qui aura poussé dans tes champs.

v.23 : Devant le Seigneur, ton Dieu, au lieu qu’il aura choisi pour y faire demeurer son nom, tu mangeras la dîme de ton blé, de ton vin nouveau et de ton huile, et les premiers-nés de ton gros et de ton petit bétail. (…)

v.27 : Quant au lévite qui est dans tes villes, lui qui n’a ni part ni patrimoine avec toi, tu ne le négligeras pas.

v.28 : Au bout de 3 ans, tu prélèveras toute la dîme de tes produits cette année-là, mais tu les déposeras dans ta ville ;

v.29 : alors viendront le lévite (…), l’émigré, l’orphelin et la veuve qui sont dans tes villes, et ils mangeront à satiété, pour que le Seigneur ton Dieu te bénisse dans toutes tes actions. »

C’est magnifique, vous ne trouvez pas ?

C’est magnifique si cela reste un appel, mais ça peut devenir écrasant si cela devient une obligation imposée sans discernement. Prenons un exemple :

Si on impose la dîme à tous, la personne qui a un revenu de 10’000 francs donnera une grosse somme… mais il lui restera 9’000 francs pour vivre, tandis que la personne qui a un revenu de 3’000 francs donnera une plus petite somme… mais cela prendra sur son nécessaire.

Voilà ce que Jésus fait remarquer à ses disciples :

  • Les riches prennent sur leur superflu
  • La veuve prend sur son minimum vital.

Il est donc injuste d’imposer à tous la même chose.

Notez bien ! Nous naviguons toujours entre les deux extrêmes, entre le rigorisme qui impose la dîme et le laxisme qui se contente de donner le minimum.

Vous me permettez de vous poser une question indiscrète ? Dans votre budget, il y a certainement une ligne pour la santé et notamment les assurances maladies qui augmentent si douloureusement. Est-ce qu’il y a aussi une ligne pour les dons ou est-ce que vous donnez simplement un peu de votre superflu e temps en temps ?

L’apôtre Paul encourage clairement ses lecteurs à donner, mais à donner sans contrainte :

2 Corinthiens 9 :

v.6 : « Qui sème chichement

chichement aussi moissonnera

et qui sème largement

largement aussi moissonnera !

v.7 : Que chacun donne selon la décision de son cœur, sans chagrin ni contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie. »

Si je reviens à notre page de l’Évangile de Marc, je constate qu’elle ne se contente pas de parler d’argent. Qu’est-ce que nous y découvrons ?

3 choses :

  1. D’abord que Jésus regarde et valorise les petites gens, comme cette veuve sans argent. Ces personnes que nous aurions tendance à négliger parce qu’elles n’ont rien à offrir, ou trois fois rien…
    Jésus, dans la même page de l’Évangile, met en garde ses disciples contre les scribes « qui tiennent à occuper les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les dîners ».
    Et, juste après, il met en valeur cette femme apparemment insignifiante.
    Aujourd’hui encore, nous avons tendance à donner plus d’importance à ceux qui occupent les premières places, dans le sport, les Jeux Olympiques ou Paralympiques ont mis en valeur celles et ceux qui ont réussi à prendre les premières places. 

Mais c’est le cas également dans l’économie, dans la politique ou dans l’Église : on s’intéresse à celles et ceux qui occupent les premières places plutôt qu’à celles et ceux qui sont relégués dans l’ombre. Ce n’est pas l’Évangile !

  • Jésus regarde et valorise les petits gestes.
    Cette dame donne les deux plus petites pièces de monnaie qui existent à l’époque.  Elle doit se dire : je suis désolée, je n’ai rien de plus à donner.
    Elle doit peut-être même se sentir inutile, minable, comme certaines personnes qui ont beaucoup donné d’elles-mêmes quand elles étaient actives et qui se retrouvent en EMS. Elles se sentent inutiles et se demandent « A quoi est-ce que je sers ? », « Qu’est-ce que je peux encore apporter aux autres ? ».

Jésus regarde et valorise les petites gens et les petits gestes.
Il valorise le peu que tu peux encore donner !

  • Jésus ne culpabilise pas, il motive !
    Effectivement, c’est étonnant : Jésus ne critique pas ceux qui donnent de leur superflu, mais il donne en exemple celle qui donne tout ce qu’elle a.
    L’Évangile est là : non pas avec les scribes qui savent mais avec celles et ceux qui se donnent.

Vous en connaissez ?

Ils incarnent l’Évangile !

Je pense à cette dame qui a accompagné son mari atteint d’Alzheimer de toutes ses forces, jusqu’à ce qu’elle soit hospitalisée pour des problèmes cardiaques. Il a fallu cela pour qu’elle puisse se résoudre à le confier à un EMS.

Je pense à ce couple qui accompagne depuis tant d’années leur fils autiste. Tout leur emploi du temps, toutes leurs vacances sont impactés par cette prise en charge.

Je pense à cette maman qui est au bout du rouleau à force d’espérer et de veiller sur son fils handicapé.

Je pense à ce couple qui a galéré pendant 7 ans avec leur fille anorexique. Quand, enfin, elle s’en est sortie, c’est le père qui a craqué et qui a eu besoin de soins.

Vous me direz peut-être : ce n’est pas raisonnable ; ils en font trop !
Comme cette veuve pauvre qui donne tout ce qui lui reste. Elle en fait trop !

Comme ces Églises qui connaissent la persécution parce qu’elles se donnent au lieu de se cacher. Ce n’est pas raisonnable !

Jésus les regarde et les valorise parce que c’est la façon de vivre qu’il a choisie, lui aussi. Ce n’est pas raisonnable :

« Lui qui est de condition divine

Il s’est dépouillé lui-même

Prenant la condition de serviteur » (Philippiens 2.6-7).

Il a tout donné pour des humains qui le bafouent…

« Mon corps, donné pour vous…

Mon sang, versé pour vous et pour la multitude, pour le pardon des péchés »

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »

Gérard Pella, pasteur.

Prédication du 20 octobre 2024 à Corsier. Marc 12 : 38-44 (TOB)

Jeûne Fédéral : pour quoi prions-nous ?

Ces dernières années, le R3 a prêté avec conviction sa voix aux diverses initiatives qui cherchent à mettre en valeur le Jeûne Fédéral. Cette année, nous étions nombreux à la Cathédrale de Lausanne dimanche 15 septembre pour célébrer le Seigneur. Le message apporté par Gilles Geiser, pasteur à Aigle, nous a interpellés.Il exprime très simplement et très profondément le sens de la metanoia/repentance et de l’intercession qui caractérisent cette journée solennelle.

Le monde dans lequel je vis est un monde qui cherche à gommer les différences. La culture dans laquelle je vis est une culture qui cherche à éluder les différences.

Parce qu’elles nous énervent. Ça m’énerve que ma femme soit si différente de moi ! … et elle pareil !
Elles nous énervent, nos différences, elles nous irritent, elles nous scandalisent parfois.

Parce qu’elles nous rappellent qu’on a été créés différents.
Alors on nivelle, on gomme, on fait du semblable. Entre les sexes, entre les genres, entre les différentes manières de penser.

C’est notre monde, c’est notre culture, et ça m’impacte plus que ce que je crois ; ça teinte nos réflexions, nos pensées, nos conceptions du monde de manière bien plus profonde que ce qu’on pense.

Sauf qu’elle est bonne, la différence. Elle est voulue de Dieu. J’ai aimé ma femme … parce qu’elle est différente de moi !
On est différents, les uns des autres. Même valeur, bien sûr … mais combien de différences !

Et elle est normale, cette différence, elle est riche, elle est belle, elle est voulue de Dieu, elle est fondatrice de l’amour.
En créant ce monde, Dieu a créé la différence ! et quelles multitudes de différence, de diversité de couleurs, de goûts, d’espèces, de paysages, de fleurs, de senteurs.

La différence n’est pas à craindre nous dit la Bible. Elle est à aimer. Parce qu’elle est voulue de Dieu. Elle est même fondatrice de l’amour.

Le danger, dans notre culture, c’est qu’à force de gommer les différences on va finir par gommer l’amour.

Mais je crois que ce désir de gommer les différences entre nous, il vient de plus loin. Il est le pâle reflet conscient d’une envie plus profonde et inconsciente… celle de gommer les différences en nous et Dieu.

Cette envie de croie qu’entre Dieu et nous, la différence n’est pas si grande. On nivelle…

Soit pour se faire nous, l’égal de Dieu … ça reste un des plus grands désirs de l’humanité … mais force est de constater qu’on n’y arrive pas.

Soit alors on essaye de faire de Dieu l’égal de nous.
Un Dieu pas si fidèle que ça « oui, il a promis des choses… mais bon, hein ? on en promet tous, non ? » 

Pas si juste que ça : « oui… Dieu est juste… mais il accepte un peu les pots-de-vin, quand même … on peut s’arranger, hein ? » Pas si saint que ça « oui, il a dit qu’il était saint… intolérant au mal … mais on va tous aller au paradis, non ? … »

Et on gomme les différences entre Dieu et nous, on le crée à notre image, on renverse la logique de la phrase et du sens de nos vies.

Sauf que … c’est Dieu !

« A qui me comparerez-vous ? De qui me rendrez-vous l’égal ? C’est moi qui suis Dieu, et il n’y en a pas d’autre. Oui, moi seul, je suis Dieu, et comparé à moi il n’y a que néant. » Esaïe 46, versets 5 et 9.

C’est Dieu ! Il est devenu homme, en Jésus-Christ. Oui. Pour nous sauver. Oui. Mais il n’a jamais cessé d’être Dieu !

Infinie, sa sagesse. Inatteignable, sa justice. Eternel son amour. Plus haut que les cieux sa gloire.
Plus profond que les mers sa compassion.
Absolue sa présence. Infini son savoir. Sans fond, sa compassion. Sans limite, sa puissance. Translucide, sa sainteté. C’est Dieu !

La repentance, elle a lieu dans un coeur humain quand il est mis en face de l’absolue pureté des qualités infinies de Dieu.

On ne se repent pas parce qu’on a pris conscience du mal qu’on a fait.
On se repent parce qu’on a pris conscience de l’infinie sainteté de ce Dieu qui nous aime et qui nous a créés.

Ensuite, on regarde à nous, et on prend bien conscience qu’il va falloir plus qu’un bricolage pour faire de nous des hommes capables de rencontrer Dieu.

On se repent quand on prend conscience que, face à son infinie justice, notre bricolage de trois « notre Père » et des prières avant les repas, ça ne suffira pas.
Pas plus que le fait de construire une église ou d’y aller.

Ou d’organiser un jour de jeûne pour notre pays.
Il va falloir qu’on reçoive une justice et un pardon qui vient d’ailleurs que de nous.
On se repent quand on prend conscience que, face à qui Il est, Lui, la seule manière de pouvoir entrer en relation avec Lui, c’est de recevoir une justice qu’on n’a pas confectionnée nous-mêmes. Sa justice qu’il a acquise, Lui, par sa vie.

C’est Dieu ! Justice infinie qui ne pourra jamais tolérer l’injustice, même infime, de nos coeurs.
Absolue fidélité, infinie droiture, qui ne peut tolérer ne serait-ce qu’un infime début de coeur tordu.

Et combien de coeurs tordus ? ici ?
Combien d’infidélité, de mensonges, de méchanceté, de violence, de rabaissement, de cruauté, de meurtres, d’occultisme, de marchandage d’êtres humains, d’impureté sensuelle ou virtuelle en Suisse, cette année ? … Il les a toutes vues !
Combien de meurtres dans le canton de Vaud ?
Combien d’insultes dans ma commune ?
Combien d’égoïsme dans ma vie ?

Une journée de jeûne, ça ne va pas suffire pour rattraper tout ça. Sauf qu’on n’organise pas une journée de jeûne pour rattraper quoi que ce soit.
On organise une journée de prière pour revenir à Dieu.

La repentance, ce n’est pas une baguette magique qui nous permet de rapiécer et blanchir un habit complètement sale et déchiré – en une prière !

La repentance, c’est la prise de conscience que, devant l’infinie justice d’un Dieu à qui rien n’échappe … la seule solution, c’est de recevoir de Lui ce qu’on ne peut mériter, un habit de justice, confectionné par sa vie d’obéissance absolue au Père, qu’on se sentira même indigne de porter … mais qu’il nous donne et qui nous recouvre.
Un habit spirituel qu’on n’aurait jamais pu fabriquer.
Cet habit de justice que Jésus, par sa vie sur terre, nous a acquis, et qu’il donne par son Esprit à tous ceux qui mettent leur foi en lui.

Et on peut le recevoir, par la foi ; parce qu’Il s’est donné, par amour.

Le but d’un jour de prière pour la Suisse, ce n’est pas que la Suisse revienne à ses valeurs, à ses principes, à son passé. Comme si la Suisse était elle-même une idole à protéger !
Le but d’un jour de prière pour la Suisse, c’est que la Suisse revienne à Dieu.

Et le seul chemin pour y parvenir, c’est celui de la Repentance.

Pas pour que Dieu nous bénisse… qu’il nous envoie la richesse, la paix et la prospérité … comme si on cherchait ces choses-là plus que lui-même ! Non !

On ne prie pas pour que Dieu bénisse la Suisse.
On prie pour que la Suisse revienne à Dieu. C’est différent. On prie pour que la Suisse revienne aux choix, aux décisions, aux voies que, de toutes façon, Dieu va bénir parce qu’il l’a promis.
À Sa droiture, Sa compassion, Sa générosité, Sa conception du soin de la veuve, de l’orphelin, de l’étranger et du pauvre.
Et ça nous remet tous en question. Moi le premier.

Le but d’un jour de prière pour la Suisse, ce n’est pas que la Suisse revienne à ses valeurs, à ses principes, à son passé.
Le but d’un jour de prière pour la Suisse, c’est que la Suisse revienne à Dieu. Même si ça nécessite qu’on perde certaines richesses, parce qu’elles étaient fondées sur l’injustice.

Oh, je sais … c’est tellement plus défiant que le fait de prier pour que Dieu bénisse notre pays … parce qu’on a tous envie de vivre dans un pays prospère et avec si possible moins de problèmes qu’en France !

Sauf que Dieu ne bénira pas un pays qui désobéit à ses voies. Ne nous méprenons pas ! Il ne l’a pas fait pour son peuple, son propre peuple, dans l’Ancien Testament, n’espérons pas qu’il le fasse pour la Suisse 2000 ans plus tard !

Dieu bénit les peuples, les pays, les cantons, les familles, les églises, les entreprises, les écoles, les clubs, les associations qui obéissent à ses voies.

Cela passe par la crainte de son nom ; cela passe par l’écoute de sa Parole. Cela passe par un retour à Dieu véritable et puissant de toute une communauté et de ses dirigeants.

Alors prions pour que nous, notre pays, nos autorités, nos familles, nos églises revenions à Dieu et à ses voies que, assurément, bénira.

« Si mon peuple, sur qui est invoqué mon nom, s’humilie, prie et me cherche. Je l’exaucerai des cieux, j’effacerai son péché, et son pays je guérirai. »

Gilles Geiser, septembre 2024.

Le Credo de Nicée dans le protestantisme : évacué, facultatif ou normatif?

Par Martin Hoegger

Quelle est l’actualité du concile de Nicée et la place donnée à son credo affirmant la divino-humanité du Christ ? Voici une question cruciale qui se pose aux Églises protestantes, à l’occasion des 1700 ans du concile tenu en 325 à Nicée dans la Turquie actuelle. Dès le début, l’identité de Jésus a été un « signe de contradiction ».

Normatif à l’époque de la Réforme, le Credo de Nicée est devenu facultatif dans plusieurs Églises réformées. L’anniversaire de sa promulgation sera l’occasion pour elles de réfléchir à nouveau à son importance dans la recherche de l’unité des chrétiens.

Ci-dessous vous pouvez télécharger ma contribution lors du séminaire en ligne du 8 février 2024, auquel ont participé plus de 500 personnes: « Commémorer le Concile de Nicée : le début d’un nouveau départ?

Lire ici ma contribution au séminaire

Elle est suivie d’une étude plus circonstanciée sur le même thème: Lire ici mon étude longue (21 pages)

Lire aussi de Martin Hoegger : Le Rassemblement pour un Renouveau Réformé et le credo de Nicée-Constantinople

 Comment comprendre l’affirmation « Pas d’autre credo que la Bible »?

Par Carl R. Trueman

De nombreux chrétiens ont sans doute déjà entendu l’expression « pas d’autre credo que la Bible« . Peut-être un pasteur l’a-t-il utilisée lors de sa prédication ou quelqu’un l’a-t-il utilisée lors d’une étude biblique ou d’une conversation sur ce que les chrétiens sont censés croire. Cette affirmation est concise et claire. Mais la question clé est de savoir si c’est un principe fidèle et utile pour guider notre réflexion en tant que chrétiens sur la vérité et l’autorité chrétiennes.

Une vérité importante

Avant de critiquer la manière dont le principe « pas d’autre credo que la Bible » est parfois utilisé, il convient tout d’abord de comprendre quelle vérité importante ceux qui l’utilisent tentent à juste titre de protéger. Cette vérité est l’autorité unique et la suffisance de la Bible en tant que source et critère de la doctrine chrétienne. Ce principe scripturaire trouve son origine dans la Réforme, lorsque les réformateurs protestants ont affirmé que de nombreuses affirmations de l’Église médiévale – par exemple le purgatoire, les indulgences et la théorie élaborée de la transsubstantiation – non seulement n’étaient pas justifiées par les Écritures, mais étaient même incompatibles avec l’enseignement scripturaire. Il s’agissait d’inventions ou de spéculations d’une Église qui prétendait avoir accès à une tradition de vérité chrétienne indépendante de la révélation biblique.

Dans ce contexte, l’expression « Pas d’autre credo que la Bible » met en lumière une vérité importante : la Bible fournit le contenu de la doctrine chrétienne et les principes permettant de juger si une affirmation doctrinale est vraie ou non. La justification se fait-elle par la foi ? Oui, car Paul l’enseigne dans l’épître aux Romains. Peut-on acheter la faveur de Dieu par l’achat d’une indulgence ? Non. Non seulement la Bible n’enseigne jamais cela, mais elle enseigne le contraire, comme dans le cas de Simon le magicien dans Actes 8. Il faut donc saluer le désir de protéger la suffisance scripturaire.

Mais cela signifie-t-il que les credo et les confessions – des déclarations de foi qui résument l’enseignement biblique – sont problématiques et ne devraient pas avoir leur place dans l’Église ? L’utilisation d’un credo ou d’une confession signifie-t-elle nécessairement que l’autorité unique de l’Écriture a été compromise ? Ce n’est pas le cas. Et il est important de comprendre pourquoi.

Premièrement, nous devons tous reconnaître qu’aucun chrétien n’a « d’autre credo que la Bible » dans un sens complet et exhaustif. Pour comprendre pourquoi, il suffit de réfléchir au fait que personne ne croit simplement à la seule Bible. Certes, tous les chrétiens, du plus grand érudit biblique au plus humble des nouveaux croyants, croient que la Bible signifie quelque chose. Nous le savons parce qu’aucun prédicateur ne se contente de lire la Bible en chaire. Il l’explique et l’applique à l’assemblée. Et aucun chrétien témoignant auprès de ses amis ou de ses voisins ne se contente de leur donner la Bible ; il propose également de leur expliquer comment la Bible doit être comprise. Et ce que nous pensons que la Bible signifie est notre credo et notre confession, que nous l’écrivions ou non.

La relation entre les credo et l’Écriture

Une fois que nous avons reconnu cette vérité fondamentale, la vraie question n’est pas de savoir si les credo et les confessions sont de bonnes choses. La question est plutôt de savoir si le credo ou la confession que nous avons reflète ou non l’enseignement de la Bible. Et c’est là qu’il est utile de comprendre comment les credo et les confessions sont liés à l’Écriture. Ils ne sont pas antérieurs à l’Écriture, en tant que cadre ayant une autorité ultime sur le sens de la Bible. Ils ne constituent pas non plus un courant distinct de la révélation divine qui se tiendrait seul et aurait sa propre autorité. Ce sont des résumés de l’enseignement biblique et donc, en théorie du moins, corrigibles à la lumière de l’enseignement de l’Écriture.

La théologie systématique dispose d’une paire de termes pour décrire cette relation entre l’Écriture et les confessions. Elle appelle la première la norme normative (Norma normans) et la seconde la norme normée (norma normata). Le premier terme protège le bien que représente l’expression « pas d’autre credo que la Bible » : l’autorité unique et ultime de la Bible pour formuler l’enseignement chrétien et juger de la véracité de toute formule doctrinale.

La seconde, cependant, met en évidence une réalité pratique importante : les Églises (et les chrétiens individuels) fonctionnent dans la pratique en énonçant des doctrines chrétiennes sans toujours ressentir le besoin de citer tous les textes bibliques pertinents ou d’offrir un exposé élaboré sur la manière dont, par exemple, la doctrine de la Trinité est tirée de l’Écriture. En bref, l’un des objectifs des confessions est de fournir un « modèle des saines paroles « , pour reprendre l’expression de Paul, qui expose, en bref, une vérité biblique importante (Cf 2 Tim 1,13 : « Retiens dans la foi et dans la charité qui est en Jésus Christ le modèle des saines paroles que tu as reçues de moi »).

 L’utilisation d’uncredo ou d’une confession signifie-t-elle nécessairement que l’autorité unique de l’Écriture a été compromise ?

Le meilleur scénario pour les chrétiens est donc de reconnaître que nous avons tous des credo et des confessions – nous pensons tous que la Bible signifie quelque chose et que son enseignement peut être formulé de manière concise et résumer la position de la Bible sur toute une série de sujets importants. Mais nous ne devons pas nous arrêter là. À partir de cette reconnaissance, nous nous tournons vers les grands credo et confessions de l’Église pour voir quels « modèles des saines de paroles  » ont été utiles tout au long de l’histoire pour maintenir l’Église fidèle au message de l’Évangile.

Le temps n’est pas une garantie de vérité, mais si un credo – disons celui des Apôtres ou de Nicée – a servi l’Église pendant plus de 1 500 ans, cela en dit long sur la cohérence de son contenu avec ce que dit la Bible. Bien sûr, une Église peut aujourd’hui produire sa propre déclaration de foi. Mais pourquoi réinventer la roue alors qu’il existe déjà des credo et des confessions qui ont fait leurs preuves ?

En outre, l’adoption par une Église d’un credo ou d’une confession historique présente des avantages supplémentaires. Elle rappelle à la congrégation que l’Evangile n’est pas réinventé chaque dimanche. Elle pousse également chaque chrétien à s’identifier à d’autres frères et sœurs à travers le monde aujourd’hui et à travers les âges.

Le presbytérien qui affirme la Confession de Westminster, l’anglican qui affirme les Trente-neuf Articles et le luthérien qui affirme le Livre de la Concorde s’identifient également à de grandes et vastes traditions chrétiennes et se voient ainsi rappeler qu’ils font partie d’une histoire beaucoup plus vaste.

Les credo et les confessions offrent de nombreux autres avantages – doctrinaux, ecclésiastiques et doxologiques – aux chrétiens d’aujourd’hui et à l’Église moderne, mais j’espère que ce qui précède suffira à aiguiser votre appétit pour en savoir plus. Tous ceux qui s’intéressent à la transmission de la foi de génération en génération et de lieu en lieu trouveront dans ces grands documents une aide incommensurable.

Carl R. Trueman (PhD, Université d’Aberdeen) est professeur d’études bibliques et religieuses au Grove City College (USA). Il est l’auteur de « Crisis of Confidence : Reclaiming the Historic Faith in a Culture Consumed with Individualism and Identity ».

Cet article est une traduction de « Unpacking No Creed but the Bible », paru en mars 2024. Voir  https://www.crossway.org/articles/unpacking-no-creed-but-the-bible/

La Trinité et toi !

Cette prédication d’Olivier Delachaux, pasteur à Vevey, nous permet d’aborder de façon toute simple le mystère de la Trinité.

Il y a quelques années, alors que je travaillais avec le comité international de la Croix-Rouge, j’ai eu le privilège d’habiter pendant toute une année avec un collègue de travail musulman nommé Abdou Latif – ce qui signifie serviteur de Dieu – dont je garde un très beau souvenir. Et si le temps ne m’était compté, j’aurais mille et une anecdotes à vous raconter. Mais je me contenterai de vous narrer son air navré le jour où, au cours d’une de nos nombreuses discussions, nous avons parlé de la Trinité. Je l’entends encore, après avoir développé la grandeur et la transcendance d’Allah, me dire dans un grand sourire en secouant la tête : « Dieu ? Avec un fils ? Et en plus une mère, nooon vraiment !». 

Si un Dieu trinitaire est inimaginable pour un musulman – de même que pour un juif – il est loin d’être évident pour tous les chrétiens. Et je me souviens d’un de mes professeurs en théologie qui nous expliquait que le concept de trinité datait des premiers conciles chrétiens. 

Mais, si l’on sonde attentivement les Ecritures, force est de constater que la Trinité est, me semble-t-il, à plusieurs reprises suggérée, et ceci dès le début des Ecritures.
C’est ce que dans un premier temps je vous suggère de voir en nous appuyant sur deux textes de l’A.T. et un du N.T. pour, dans un second, considérer les implications concrètes qu’un Dieu un en trois personnes peut avoir dans notre vie de tous les jours. Et nous le ferons en utilisant l’icône de la trinité de Roublev, que vous trouvez sur le feuillet de culte.

Dans Genèse 18, Abraham s’adresse à trois personnes, tantôt en employant le singulier, tantôt en employant le pluriel. Ecoutez plutôt : 

v. 1 : L’Eternel (singulier) apparut à Abraham.
v. 2 : Abraham leva les yeux et vit trois hommes (pluriel).
v.3 : Il dit : « si j’ai trouvé grâce à tes yeux accepte de t’arrêter chez moi… (singulier).
v. 4 : Alors Abraham dit : «Reposez-vous sous cet arbre» (pluriel). 

Avouez, c’est troublant non ?

Un autre passage de la Genèse – tout aussi troublant – et suggérant lui aussi un Dieu en trois personnes, se trouve au v. 26 du 1er chapitre. Je cite « Dieu dit : Faisons l’homme à notre image et notre ressemblance (pluriel). v. 27 : Et Dieu créa l’homme à son image. » (singulier). 

L’auteur du livre de la Genèse était-il un cancre en grammaire ou ces fautes de syntaxe sont-elles volontaires et porteuses de sens ? 

La réponse se trouve peut-être dans l’évangile selon Marc, lorsque Jésus apparaît pour la première fois dans l’espace public. A quelle occasion était-ce ? Oui c’était lors de son baptême. En effet à la première apparition du Fils dans l’espace public, le Père se fait immédiatement entendre, je cite des extraits de Marc 1/10-11 : «une voix survint des cieux et dit : celui-ci est mon Fils » et simultanément l’Esprit se fait voir en descendant sous la forme d’une colombe. Ici point de grands développements dogmatiques sur la Trinité, juste une évidence. Le Fils apparaît et le Père et l’Esprit apparaissent immédiatement à leur tour dans son sillage, le plus naturellement du monde. 

Et comme pour encore renforcer le tout, les dernières paroles de Jésus – et nous savons tous que les dernières paroles d’un homme ont un poids tout particulier – mentionnent la Trinité : « Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit» (Matthieu 28/19).

Oui la Trinité est bien au cœur des Ecritures. Une Trinité au coeur de laquelle la relation prime et de laquelle sortent 2 commandements relationnels résumant les 613 commandements de la loi judaïque. Ces deux commandements ? L’amour du prochain et l’amour de Dieu. 

Et c’est là que nous en arrivons à l’icône de la Trinité de Roublev. 

Je vous invite maintenant – pour ceux qui sont d’accord de se prêter à ce jeu – à placer votre doigt sur le pied le plus avancé de l’ange de droite. Etes vous sur le bon pied ? Si oui, je vous invite alors à faire glisser votre doigt le long du dos de l’ange de droite et de continuer le mouvement en passant par la tête de l’ange du milieu puis par celle de l’ange de gauche pour enfin redescendre le long de son dos et arriver au pied le plus avancé de ce même ange de gauche. 

Quelle est la figure géométrique que vous avez dessiné avec votre doigt ? Oui un cercle. Mais un cercle incomplet. Un cercle dans lequel il manque le morceau de circonférence entre le pied de l’ange de gauche et le pied de l’ange de droite. Entre ces deux pieds, il y a un espace que peut-être le peintre a laissé intentionnellement libre pour que le spectateur s’y glisse. Et en se glissant dans cet espace il accède alors à la coupe. Une coupe de laquelle déborde l’amour infini qui circule de façon circulaire entre les trois personnes de la Trinité. Un Dieu un en trois personnes dont l’essence est relation. Relation dans laquelle chacun dit à l’autre : toi. 

Le Père dit au Fils : toi ; le Fils dit à l’Eprit : toi ; l’Esprit dit au Père : toi. Et ainsi de suite dans un éternel mouvement, tel une perpétuelle valse à trois temps où chacun cède la place à l’autre en virevoltant et en disant toi toi toi, toi toi toi, toi toi toi. 

Alors contemplant cette danse trinitaire disant la communion d’amour qui brûle au coeur de la divinité, l’humain est invité à se placer au centre de l’icône de Roublev, à se délecter goulûment de la grâce qui déborde de la coupe et à apprendre à danser à son tour en disant à son semblable : toi, toi, toi; toi, toi, toi; toi, toi, toi. 

Amen

Pour une compréhension plus large et plus profonde du Saint-Esprit

Cet exposé du professeur Nicolas Thomas Wright nous offre une vision à la fois solidement biblique et surprenante du ministère du Saint-Esprit et – par conséquent – de celui des chrétiens. Accrochez-vous : il n’est pas tout simple mais vaut la peine !

Introduction

La Bible fournit une grande variété d’images pour nous aider à comprendre l’Esprit. Elle nous parle du vent, avec les termes ruach en hébreu et pneuma en grec, qui signifient à la fois « vent » et « esprit ». A Pentecôte, l’Esprit se manifeste comme des langues de feu, ce qui nous rappelle la colonne de feu dans le désert ou le feu qui descend du ciel quand Elie prie. Au baptême de Jésus la colombe nous rappelle la colombe que Noé a envoyée pour voir si la nouvelle création apparaissait après le méga-baptême du déluge. Sans oublier l’eau, les fleuves d’eau vive que Jésus promet à ceux qui croient en lui.

Dans leur façon de prendre en compte les données bibliques, les chrétiens disent parfois des choses justes mais en les articulant de manière fausse. Je pense à ce jeu qui consiste à reconstituer une image en suivant les numéros qui sont disposés sur une feuille. Si vous suivez les numéros consciencieusement, vous trouverez l’image adéquate. Mais il est aussi possible de relier les points d’une autre façon et d’aboutir à une image différente, que vous aviez peut-être à l’esprit au départ. Vous pourriez par exemple finir par dessiner une girafe à la place d’un lion. C’est ce que nous avons fait parfois en parlant de l’Esprit.

Le christianisme occidental a souvent vécu dans un monde radicalement divisé entre « naturel » et « surnaturel », où le but consiste à quitter la  » terre » pour aller au « ciel » ; dans l’intervalle, un Dieu plutôt distant intervient parfois, puis se retire à nouveau. Les gens parlent alors de l’Esprit comme s’il intervenait du dehors. Ce faisant, ils relient les points de manière erronée. Dans l’Écriture, on voit effectivement le Saint-Esprit qui nous surprend en agissant de manière souveraine (on-off) mais on le voit aussi à l’œuvre de manière plus profonde et plus stable, comme l’énergie qui fait advenir la nouvelle création.

Je propose donc de comprendre l’Esprit comme le souffle puissant de la nouvelle création. Quand la nouvelle création arrivera pleinement – les nouveaux cieux et la nouvelle terre qui nous sont promis – ce sera l’oeuvre de l’Esprit, lui dont la puissance a ressuscité Jésus, lui qui maintenant déjà produit la nouvelle création en nous (même si c’est pénible et coûteux) et par nous, par notre mission dans le monde. Pour bien comprendre cette mission, dynamisée par l’Esprit, je propose de la concevoir dans une perspective biblique beaucoup plus large, celle de la création et de la nouvelle création. Nous comprendrons mieux la théologie de la mission du Nouveau Testament si nous en visitons les racines dans l’Ancien Testament. Nous verrons comment la promesse biblique d’une nouvelle création et l’impulsion missionnelle suscitée par l’Esprit font partie du plan du créateur depuis le début et trouvent tout leur sens dans cette perspective.

Création et tabernacle

La création originelle est présentée comme la construction d’un temple. Dans le monde ancien, quand on a construit un temple, on y place une image du dieu, pour que ce dieu puisse être présent et agissant dans le monde environnant et pour que le monde puisse voir et vénérer ce dieu. Dans la Genèse, le Dieu Créateur place l’être humain, homme et femme, pour être son image dans le monde. Il est placé à la jonction entre les cieux et la terre, pour exprimer les louanges de la terre devant le trône des cieux et pour être le moyen par lequel la sagesse aimante des cieux va irriguer la terre. Toute la mission du peuple de Dieu est l’application spécifique, dans des circonstances nouvelles, de cette vocation humaine originelle. La célébration et la mission sont la vocation bi-directionnelle de celui qui porte l’image de Dieu.

A ce sujet, les conceptions occidentales du christianisme ont dessiné une girafe au lieu d’un lion : une girafe qui symbolise la vision du monde platonicienne, qui étire son cou toujours plus haut, en s’éloignant du sol pour toucher le monde soi-disant « surnaturel ». L’AT ne voit pas les choses ainsi ; il présente la vocation humaine dans des passages à connotation royale, comme le Psaume 8, qui expriment la vocation humaine comme étant de dominer le monde, les animaux en particulier. Cette fonction, qui est réservée au roi dans le monde ancien, est maintenant démocratisée ; c’est tous les humains qui sont appelés à être des porteurs de l’image.

Les théologiens occidentaux, marqués par l’héritage platonicien, ont eu beaucoup de peine à comprendre cette mission. La mission de Dieu dans le monde ne signifie pas que Dieu fait tout et que nous nous contentons de regarder. Mais elle ne signifie pas non plus que c’est à nous de tout faire, par nos propres forces, avec Dieu comme simple spectateur. Le souffle puissant de l’Esprit signifie à la fois que Dieu est à l’œuvre et que nous agissons, précisément parce qu’il y a une connivence – puisque nous sommes les porteurs de son image – entre ce que Dieu veut faire pour et par nous et ce que nous voulons faire lorsque nous sommes en harmonie avec lui (in tune with God).

Évidemment, en disant « quand nous sommes en harmonie avec Dieu », nous voyons immédiatement le problème ! La Bible montre, page après page, que les humains ont tourné le dos à leur vocation, ont écouté la voix du serpent, ont été chassés du jardin… et que les rois et prêtres d’Israël, eux aussi, ont abandonné leur véritable vocation et ont été exilés à leur tour. Que répond la Bible face à ce problème ? La réponse n’est pas que nous pouvons nous échapper du monde et aller au ciel. La réponse, c’est que le royaume de Dieu a été mis en route, « sur la terre comme au ciel », et que – par le Messie et par l’Esprit – le Dieu créateur a renouvelé la vocation originelle de l’être humain : être porteur de son image.

La puissante Présence divine dans le tabernacle

Reprenons les grandes lignes du projet de Dieu : au travers d’Abraham et de sa famille, Dieu veut créer une grande famille, vaste comme le monde. Et, par ce pays particulier qu’il lui promet, Dieu revendique tout le monde créé. La famille et le pays d’Abraham sont donc des poteaux indicateurs qui manifestent l’intention du créateur d’inonder et de transformer la création tout entière par son amour puissant. 

Dieu, le Créateur, veut renouveler les cieux et la terre de fond en comble ; mais comme il a choisi dès le départ de faire un monde où les éléments centraux de son projet doivent advenir par l’intermédiaire des humains porteurs de son image, il a appelé un peuple à être le peuple du ciel et de la terre. Il le prépare donc pour le Tabernacle, dans lequel sa Présence demeurera avec eux, au milieu d’eux, pour les conduire vers le pays de la Promesse. Le Tabernacle est donc construit, malgré le péché du veau d’or. Le Tabernacle est un modèle réduit du cosmos (cf. Philon) que Dieu vient remplir de sa présence (Exode 40).

Le temple de Salomon est lui aussi un modèle réduit de la création. Ce n’est pas un lieu de repli hors du monde, c’est un poteau indicateur de ce que Dieu veut faire pour toute la création : la terre sera remplie de la connaissance de la gloire Dieu comme la mer que comblent les eaux (Habacuc 2,14). Pour les premiers chrétiens, cette promesse a été accomplie en Jésus et elle est en train de s’accomplir par le souffle puissant de l’Esprit.

Jean et Paul : l’Esprit et la nouvelle création

En Jésus, la présence divine est enfin revenue ; c’est là une conviction centrale des premiers chrétiens. « La Parole est devenue chair et elle a planté sa tente (tabernacle) au milieu de nous » (Jean 1,14). Ce langage fait référence au tabernacle/temple et indique que, dans la personne de Jésus, la nouvelle création a commencé.

Ce que Dieu accomplit de manière unique en Jésus, il le fait ensuite par Jésus, par son souffle puissant, pour ceux qui suivent Jésus. Dans l’Évangile de Jean en particulier, nous trouvons la promesse de l’Esprit, qui va susciter la nouvelle naissance, générant une forme renouvelée d’existence humaine et mandatant les disciples de Jésus pour la mission, qui est précisément la mission de la nouvelle création dans le monde. 

En Jean 7, les fleuves d’eau vive coulent de Jésus comme ils coulent du Temple dans la vision d’Ezéchiel. Et les disciples, une fois que la mort de Jésus les aura purifiés, verront à leur tour l’Esprit jaillir de leur cœur. 

Quand Jésus souffle sur eux, en Jean 20, il procède comme Dieu lorsqu’il soufflait dans les narines des premiers humains le souffle de vie. Mais il s’agit maintenant de la vie de la nouvelle création, la vie par laquelle le projet originel de la création, contrecarré par le péché et l’idolâtrie des humains, reprend son cours. 

Quand Jésus dit aux disciples : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20,21) et quand il les équipe de son Esprit pour qu’ils puissent assumer cette responsabilité, il exprime qu’ils doivent être pour le monde entier ce que lui, Jésus, a été pour Israël. Ils doivent être le peuple du nouveau Temple, le peuple du nouvel exode, un peuple dans lequel souffle l’Esprit de la nouvelle création. Voilà pourquoi leur tâche solennelle de pardonner ou de retenir les péchés est si important.

Dans l’épître aux Ephésiens, le Saint-Esprit est décrit comme le « gage de notre héritage » (1,14). Quel héritage ? Les chrétiens d’Occident ont souvent répondu : le ciel ! Mais, ce faisant, ils dessinaient plutôt une girafe qu’un lion, sous l’influence du platonisme, ou même du gnosticisme, opposant le ciel et la terre. Ephésiens dit au contraire que le projet de Dieu est de « tout réunir sous l’autorité du Messie, aussi bien ce qui est dans le ciel que ce qui est sur la terre. » (1,10). Le ciel et la terre ne doivent pas être dissociés ; ils doivent être réunis et l’Esprit est à la fois le signe et le moyen qui rend cet avenir déjà présent.

Si nous sommes appelés à être le peuple en qui le ciel et la terre se réunissent, cela devra se manifester par une façon de vivre qui reflète l’image de Dieu (ch.4) et par l’unité de l’Église, juifs et païens réunis en un seul corps (ch.2). Si vous vous engagez dans ce projet, préparez-vous au combat spirituel (ch. 6).

« Quand le souffle puissant de la nouvelle création rassemble les disciples de Jésus de toutes sortes en une seule famille, les autorités du monde, qu’elles soient spirituelles ou politiques, sont confrontées à une réalité qui les laisse sans voix. La nouvelle création parle d’elle-même. » (p.11).

Dans l’épître aux Romains (chapitre 8), le ministère de l’Esprit ne vise pas à produire simplement des expériences religieuses ; il ne se borne pas à ouvrir le cœur des gens dans le but que leur âme puisse aller au ciel quand leur corps sera mort. Son objectif final est le renouvellement du monde par le renouvellement des humains. Dieu a toujours eu pour but de gouverner le monde par l’intermédiaire de l’humanité, rendue conforme à l’image de son Fils (v.29). « Nous sommes appelés à être enfin ce sacerdoce royal, participant à la louange que la création rend à Dieu mais aussi au règne souverain de Dieu sur la création. Voilà la véritable vocation de l’Église, voilà sa mission dans le souffle de l’Esprit : non pas attraper les gens pour les faire sortir du monde et entrer dans un ciel platonicien, mais – grâce au souffle de l’Esprit – être des agents de renouveau pour les humains et pour toute la création, ici et maintenant. » (p.12).

Nous participons à cette mission de porteurs de l’image de Dieu, conduits par l’Esprit vers la nouvelle création, de deux manières : la souffrance et la prière. Nous sommes « héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui afin de prendre aussi part à sa gloire » (Romains 8,17 SG21). Cette souffrance n’est pas juste un mauvais moment à passer avant d’accomplir notre tâche réelle. Comme ce fut le cas pour Jésus, la souffrance est la façon dont la douleur, la honte et la peine du monde sont concentrées sur le « temple-en-personne » (Jésus) ou le « temple-peuple », la communauté remplie de l’Esprit, pour que le nouveau monde puisse naître.

Parce que notre vocation est d’être le sacerdoce royal, notre vocation sacerdotale consiste à porter les prières et les louanges de la création devant le trône de Dieu. Mais si la création est dans la peine et la lamentation, qu’est-ce que cela implique ? Cela signifie que l’Église sera aussi dans la peine et la lamentation au cœur de la souffrance du monde. Et parce que nous sommes le peuple du nouveau tabernacle, le peuple dans lequel la gloire divine est revenue sous la forme de l’Esprit, l’Esprit gémit en nous qui attendons notre adoption, la rédemption de nos corps et le renouvellement de toute la création. Le gémissement et la lamentation sont au centre de notre façon de vivre la vocation exprimée dans le Psaume 8. Ce n’est pas la seule chose que signifie une mission conduite par l’Esprit ; mais si cette mission n’est pas centrée ainsi, elle n’est pas fidèle à l’Évangile. Le cri de Jésus (mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?) est prolongé par l’Esprit dans l’Église : le gémissement de l’Esprit dans le cœur de l’Église, au cœur de la souffrance humaine. « Et celui qui scrute les cœurs sait quelle est l’intention de l’Esprit : c’est selon Dieu en effet que l’Esprit intercède pour les saints » (Romains 8,27).

En tant que peuple du Nouvel Exode, qui est conduit par l’Esprit vers la nouvelle création, nous sommes appelés à partager et à porter la souffrance du monde par une prière torturée et souvent sans paroles.

            Les gens parlent parfois de l’Esprit comme s’il nous était donné pour que nous nous sentions heureux et détendus. Cela peut effectivement arriver mais cette attente ressemble étrangement à une tentative d’utiliser l’Esprit pour répondre aux aspirations occidentales modernes. Dans le NT, l’Esprit a conduit Jésus au désert après son baptême et l’Esprit conduit l’Église dans des lieux de souffrance et de danger pour que la nouvelle création puisse se manifester précisément dans ces endroits où l’on en a le plus besoin. Nous ne devrions pas être surpris que l’Esprit nous conduise dans des remises en question, des gémissements et des douleurs d’accouchement. L’Église est appelée à se tenir là où le monde souffre, précisément pour que l’Esprit, la présence vivante du Dieu aimant, puisse être là, gémissant vers le Père depuis les profondeurs de la souffrance du monde, de notre propre souffrance, des perplexités et des douleurs de l’accouchement du monde nouveau. Voilà ce qui advient lorsque le Souffle puissant de la nouvelle création nous est donné par le Père de Jésus, le Messie crucifié et le Seigneur ressuscité.

            Nous sommes appelés à être le peuple du « déjà et pas encore » : pas le genre de charismatiques joyeux et superficiels qui peuvent revendiquer l’Esprit pour des solutions instantanées dans toutes les situations (pensez à Jésus qui refuse d’appeler les anges à la rescousse dans le jardin de Gethsémané), mais des charismatiques sages et mûrs qui se servent du parler en langues, de la prophétie et de tout ce qui vient du souffle de l’Esprit pour accomplir la mission plus large d’être un sacerdoce royal qui exprime sa prière de lamentation au cœur de la lamentation du monde. Le but de tout ceci n’est pas que nous puissions quitter ce monde pour nous envoler vers un endroit sûr quelque part ailleurs. Le but, c’est que le monde nouveau puisse venir au jour à partir des entrailles agonisantes du monde ancien.

Cet exposé du professeur Wright (“The Powerful Breath of the New Creation”) a été publié dans l’ouvrage collectif Veni, sancte Spiritus ! Contributions théologiques à la mission de l’Esprit, Münster, Aschebdorff Verlag, 2018, pages 1 à 15. Il est résumé ici en français par Gérard Pella.

Le Rassemblement pour un Renouveau Réformé et le credo de Nicée-Constantinople

Par Martin Hoegger, président de l’Assemblée du R3

Saint Loup, 6 février 2024

Cette assemblée est la dernière que je préside, après 10 ans de service, depuis la naissance de notre association jusqu’à ce jour où je passe le flambeau à Cyril Ansermet. Je le remercie ainsi que Steve Tanner, le secrétaire de l’Assemblée, tout comme le comité du R3.

Cela a été une joie d’être avec vous dans cette petite vigne que le Seigneur nous a confiés : le renouveau spirituel de nos Églises réformées en Suisse romande que nous aimons et voulons servir. Je continuerai modestement à œuvrer dans cette vigne en prenant la responsabilité de la communication par internet de notre association.

A cette occasion, je ne voudrais pas faire un bilan, mais plutôt regarder vers l’avenir. A commencer par l’année 2025, où les 1700 ans du Concile de Nicée seront commémorés. Au-delà de 2025, vers 2033, le grand Jubilé des 2000 ans de la résurrection du Christ.

J’ai participé à un séminaire en ligne international et interconfessionnel sur le Concile de Nicée, où j’ai apporté une contribution en tant que chargé de cours en œcuménisme à la Haute École de théologie. (Lire ici : Le Credo de Nicée dans le protestantisme : évacué, facultatif ou normatif?)

Le « Manifeste bleu » du Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) commence par citer les deux symboles de la foi : « En réponse au « Venez à moi » de Jésus-Christ, nous réaffirmons notre adhésion aux deux confessions de foi dans lesquelles des générations de chrétiens ont reconnu l’identité de Dieu, son Être et son Agir : le Symbole des Apôtres et le Symbole de Nicée-Constantinople ».[1]

Quelle est l’actualité de ce symbole de Nicée-Constantinople ? Voici une question cruciale qui se pose aux Églises réformées qui, dans leur grand pluralisme, le relativisent.

Dès le début, l’identité de Jésus a été un « signe de contradiction ». La question de Jésus « qui dites-vous que je suis » est posée à toutes les générations (Mat 16,15).

Le concile de Nicée a tenté de répondre à cette question de Jésus sur son identité en affirmant fortement et de manière non équivoque, sa divinité, à une époque où elle était niée, à des degrés divers.

Cette confession – contestée dès le début – est « articulus stantis et cadentis ecclesiae » – l’article par lequel l’Église tient ou tombe. Une Église sans le Dieu devenu Homme, mort et réellement ressuscité ne tiendra pas, s’il n’est pas au cœur de son identité.

Au temps de la Réforme du 16e siècle, les réformateurs ont confessé de manière unanime la foi définie à Nicée, la considérant comme une interprétation fidèle des Écritures. Ils ont reconnu que les Pères de Nicée ont préservé le kérygme et se sont compris dans une continuité fidèle. Le dogme christologique défini à Nicée est pour eux le contexte normatif et permanent pour l’explication de la foi chrétienne.

Mais à partir du siècle des Lumières, le statut normatif des confessions de foi est mis en cause dans plusieurs Églises réformées. On conteste aux confessions leur prétention à « régler la foi » dans l’enseignement de l’Église, tant les confessions de foi des Églises réformées que celles de Nicée-Constantinople et d’autres confessions de l’Église ancienne.

Par la suite, un grand nombre de théologiens réformés ont rejeté le dogme nicéen. Et les Églises réformées ont cesser d’exiger l’adhésion à ce symbole pour la consécration au ministère et la célébration du baptême. Avec comme conséquence qu’il devenait possible d’exercer le ministère sans confesser la divinité du Christ.

Ces dernières années, la part d’un modernisme extrême a grandi – et plus encore, peut-être la tolérance, voire la bienveillance, qu’on a pour lui. C’est un fait acquis dans les synodes des Églises réformées en Suisse de lui offrir une large plateforme.

Toutefois, malgré cette évolution libérale, le courant confessant s’est maintenu, avec plus ou moins de vigueur, dans les Églises réformées en Suisse et dans d’autres pays de l’hémisphère nord, bien qu’il soit aujourd’hui minoritaire. Le R3 en témoigne.

Alors quel est le sens, pour nous, du Jubilé des 1700 ans du Concile de Nicée ?

La repentance est une composante essentielle de la tradition des jubilés. Dans l’Ancien Testament l’année jubilaire commence et se termine en au jour du Grand Pardon (Lév. 25,8s).

J’espère que le Jubilé des 1700 ans de Nicée en 2025 sera l’occasion pour les Églises réformées de commencer à se repentir du contre-témoignage de leur pluralisme exacerbé. La tolérance à l’égard de la négation – ou de sa compréhension symbolique – de la divinité du Christ dans l’Église détruit le fondement de l’unité chrétienne.

Une repentance à vivre dans l’esprit de « l’œcuménisme réceptif », comme le dit Paul Murray : « à partir de l’accueil humble, lucide et bienveillant de ses propres limites, de ses blessures, de ses déchirures et de ses résistances, chaque tradition pourra aller à la rencontre de l’autre en se demandant comment cet autre peut l’enrichir, la « réparer » et même la guérir ».[2]

Et cette repentance ne peut être que l’œuvre de l’Esprit saint qui ouvre nos cœurs et y verse son témoignage qui seul peut nous convaincre de la véritable identité de Jésus. C’est pourquoi l’année 2025 sera une année de l’Esprit saint, à invoquer comme jamais. (1 Jean 5, 6-7).

Qui sait ce que Dieu pourrait nous accorder si nous prions, cherchons humblement sa face et nous détournons de plus de deux siècles de compromis théologiques ? (cf 2 Chron 7,14)

Cependant, ce qu’il nous faut aussi voir est que cela n’est pas seulement l’affaire de théologiens et de pasteurs réformés, mais de tout disciple de Jésus-Christ et de toutes les Églises. Tous nous avons à nous demander si la question de Jésus nous concerne : « Quand le fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Luc 18,8).

D’où la nécessité pour toutes et tous de vivre une dimension pénitentielle en 2025… dans le pèlerinage vers 2033, le grand jubilé des 2000 ans de la Résurrection du Christ.  


[1] « Le Manifeste bleu, » p. 11s https://www.ler3.ch/manifeste/  Le R3 est le partenaire réformé de la Haute École de théologie de Suisse romande où j’enseigne la théologie œcuménique.

[2] Citation de Paul Murray, grand promoteur de cette féconde démarche œcuménique. Voir Introduction à l’œcuménisme réceptif (Receptive Ecumenism). Lumen Vitae 2022/4 (Volume LXXVII), p 371.

Lire aussi de Martin Hoegger : Le Credo de Nicée dans le protestantisme : évacué, facultatif ou normatif?

Conseil Œcuménique des Eglises : Climat, écologie et théologie : tout est lié !

Par Martin Hoegger

Karlsruhe, 2 septembre 2022. La deuxième journée de l’Assemblée du Conseil œcuménique a célébré l’amour de Dieu pour toute sa création. En 1998, l’Église orthodoxe, suivie de plusieurs Églises, a mis à part le 1er septembre comme  journée consacrée à la création. Des théologiens orthodoxes ont introduit les quelques 4’000 participants à la profonde spiritualité de leur Église sur ce thème si actuel.

Avec le symbole de l’eau, sans laquelle il n’y aurait ni vie physique ni vie spirituelle (cf le baptême) sur terre, la prière matinale a introduit l’assemblée de manière vivante et priante à ce thème. Au cœur de l’action liturgique, on a réuni des récipients d’eau provenant de chaque continent, un « rassemblement des eaux » reflétant l’acte de la création dans le premier chapitre de la Genèse (v. 9)

Alors que les eaux s’entremêlaient, l’assemblée a affirmé à la fois notre dépendance à l’égard de la création et notre union au Christ ressuscité par le baptême. Par lui en qui habite toute plénitude, Dieu a tout réconcilié sur terre et dans les cieux, comme le dit la lecture biblique du jour tirée de la lettre au Colossiens (1,9)

« Le patriarche vert »

Dans son allocution, le « patriarche vert » de Constantinople Bartholomée – « vert » à cause de son engagement écologique – souligne que la résurrection du Christ nous conduit à changer de regard sur le monde : « Le coeur de l’univers est le Christ, pas nous-mêmes. Quand nous sommes transformés par la lumière de sa résurrection, nous devenons capables de découvrir le but pour lequel Dieu a créé chaque personne et chaque chose ».

Il appelle à un changement radical, en refusant de réduire notre vie spirituelle à nos intérêts personnels et en questionnant nos habitudes de consommation par rapport aux ressources de la création.

L’unité chrétienne appelle à une action écologique commune.

Dans la ligne de Bartholomée, le métropolite Emmanuel de Chalcédoine (également du patriarcat de Constantinople) est convaincu que la recherche de l’unité chrétienne doit aussi conduire à une conversion vis à vis de la création. Nous sommes les intendants non seulement de l’Église mais aussi de la création.

L’année dernière, avec le pape François et l’archevêque de Cantorbéry Justin Welby, Bartholomée a signé une déclaration commune appelant les Églises à se réconcilier et à s’engager ensemble à être de bons intendants de la création. « Si nous ne devenons pas maintenant davantage sobres, nous devrons payer des conséquences terribles. La situation actuelle appelle à l’action commune. L’écologie est une conséquence de notre foi en Christ », affirme Mgr Emanuel.

Dans son rapport, le théologien orthodoxe Ioan Sauca, secrétaire général par intérim du Conseil œcuménique a aussi partagé sa conviction que les questions climatiques et écologiques sont une question théologique. Par son incarnation, le Christ a en effet tout assumé. Le dessein de Dieu en Christ englobe également la réconciliation et la guérison de la création. « Je ne mâcherai pas mes mots : notre planète sera inhabitable dans 50 ans si nous ne modifions pas notre comportement ».

La voix des jeunes

L’assemblée a donné la parole à des jeunes, du nord au sud, de l’est à l’ouest. Julia Rensberg, déléguée de l’Église de Suède, vient du peuple Sami au nord de la Scandinavie. Les autochtones de l’Arctique voient le réchauffement climatique bien plus qu’ailleurs. La justice climatique et le respect des peuples autochtones sont intimement liés. Pour elle, la réconciliation commence par dire la vérité. Il faut que la vérité soit dite sur la colonisation des peuples autochtones. Le Christ aime toute la création et veut la guérir à travers notre pratique de la vérité.

Bjorn Warde, délégué de l’Église presbytérienne de Trinité-et-Tobago, aime les Caraïbes, un endroit magnifique dont il veut prendre soin mais qui subit une forte dégradation environnementale. Elle le résultat de nos actions irréfléchies. « Nous savons que nous n’avons pas été de bons intendants de la création. La coopération entre Églises est essentielle et la voix des jeunes n’est pas suffisamment entendue ».

« Il est très important pour moi de sensibiliser au changement climatique », a déclaré Subin Tamang, un Népalais de 25 ans. « Je vois les effets dans mon pays où les paysans ne peuvent pas récolter le blé et le riz à cause de la sécheresse ».

Avec 25 autres jeunes de moins de 30 ans il a participé au « Groupe Climat » durant l’Assemblée des jeunes qui a précédé l’Assemblée générale. « Ce qui m’a le plus marqué, c’est d’entendre des gens de Fidji, des Philippines et de la région du Pacifique. Les niveaux élevés de l’océan les ont déjà affectés et cela préfigure ce qui nous arrivera. Je crains que les îles des Caraïbes ne disparaissent », a déclaré Tia Phillip, ajoutant : « Dans 50 ans, c’est à l’échelle de ma vie, et de celle de mes neveux et nièces ».

Au Népal, Tamang anime un groupe de jeunes de l’Église baptiste sur le changement climatique. Il s’engage pour que les Églises aient un rôle à jouer pour aider les communautés à s’adapter aux changements climatiques.

Les « conversations Carbone »

Au grand stand de l’Église évangélique réformée de Suisse, un « Brunnen » (nom des ateliers durant l’assemblée) présente les « Conversations carbone », un travail de sensibilisation pour réduire l’empreinte de carbone, soutenu par l’Entraide protestante suisse et l’Action de Carême, du côté catholique. https://voir-et-agir.ch/pour-les-paroisses/conversations-carbone/ La méthode vient d’Angleterre et s’est popularisée dans les Églises comme dans les organisations laïques.

Elle part du constat que la connaissance des faits ne suffit pas pour changer ses habitudes dans la nourriture, la consommation ou la mobilité. Il faut se rencontrer pour en parler. Des groupes de 8 à 10 personnes se réunissent à quatre reprises pendant deux heures avec deux facilitateurs.

Cette méthode permet de discuter sans tomber dans le conflit ou la culpabilisation. Dans une analyse, l’université de Berne a constaté que les gens qui y ont participé ont réduit leur empreinte de manière significative

Les monastères, modèles d’une écologie intégrale.

Une assemblée permet de rencontrer d’innombrables personnes, connues ou inconnues, proches ou lointaines. J’ai eu la joie de rencontrer une amie de longue date, sœur Anne-Emmanuelle, prieure de la communauté protestante de Grandchamp. Elle me partage ce qui s’y vit en termes d’écologie. Inspirée par les travaux de la théologienne catholique Elena Lasida, elle pense, avec ses sœurs, que les monastères, dans leur manière de vivre, peuvent être un modèle d’écologie intégrale, une source d’inspiration pour tous.    

Pour elle le lien entre l’écologie et la vie monastique ne se situe pas d’abord au niveau des pratiques « bio » ; il se situe au niveau des quatre relations : à Dieu, à soi, aux autres, à la nature.

S. Emmanuelle se réfère aussi à l’enseignement du pape François dans « Laudato si » qu’elle résume ainsi : tout est lié, tout est don, tout est fragile. La vie monastique, dans son intention profonde, est facteur d’unification de la personne et des personnes entre elles, alors que dans le monde actuel tout est éclaté. En ce sens, un monastère est un lieu paradigmatique de l’écologie intégrale, un lieu où elle peut s’incarner pleinement. Les monastères sont de véritables écosystèmes.

Un arbre, une marche et une prière

A la fin de la plénière sur l’amour de Dieu dans la création, un cèdre est offert par Agnes Abuom, la présidente du Conseil œcuménique, à Frank Mentrup, le maire de Karlsruhe. Il sera planté dans le « Jardin des religions », créé il y a quelques années pour marquer les 300 ans de la ville. Un autre cèdre aussi vieux que la ville s’y trouve déjà. Cet arbre a ce message : « vous ne pouvez pas vivre sans moi » !

Après la plénière, le groupe des jeunes sur le climat a organisé une marche symbolique le long de la zone des tentes d’exposition, avec un appel à la solidarité et l’action sur notre style de vie: « Notre création n’est pas à vendre. C’est le temps de parler moins et d’agir davantage », a conclu une oratrice indienne.

A la fin de cette riche journée, les participants aux vêpres orthodoxes pour la journée de la création ont dit cette prière, avec laquelle je conclus ce deuxième article :

« Protège l’environnement, toi qui nous aimes, car c’est grâce à lui que nous vivons, qui nous sommes animés et que nous existons, nous qui habitons la terre selon ton conseil, afin que nous soyons préservés de la destruction et de l’anéantissement !

Entoure, Christ Sauveur, toute la création de la puissance de ton amour pour les hommes et sauve la terre que nous habitons de la destruction imminente, car c’est en toi que nous, tes serviteurs, avons placé notre espérance » !

Image : la séance plénière sur la création (COE, Hillert)

Mariage pour tous : pour un débat équitable dans l’EERV !

Nous sommes surpris concernant le choix du Conseil synodal de soutenir publiquement et unilatéralement le « Mariage pour tous » sur le site de l’Église évangélique réformée du Canton de Vaud (EERV).

Nous sommes surpris parce que nous espérions que le nouveau Conseil synodal chercherait à mieux respecter les divers courants théologiques au sein de notre Église. Or nous constatons qu’une seule position est présentée dans les vidéos qui sont diffusées en première page du site de l’EERV, contrairement à ce qui est annoncé :

« Depuis octobre 2020 le Groupe Église Inclusive a un mandat du Conseil Synodal pour diffuser une information impartiale et objective sur le Mariage pour Toutes et Tous. »

Cet engagement militant en faveur du Mariage pour tous nous semble manquer de respect pour la large diversité présente dans notre Église. Cette prise de position choque non seulement le courant évangélique, mais d’autres courants présents dans le Rassemblement pour un Renouveau Réformé (R3).

Nous estimons en effet qu’une grande partie des paroissiens actifs dans notre Église est mal à l’aise avec ce positionnement. Un sentiment diffus les incite à refuser, mais ils n’arrivent pas à le formuler, car ils sont muselés par le « politiquement correct ».

Pour mémoire, nous rappelons le résultat de la consultation des paroisses de l’EERV au sujet de l’homosexualité. Le rapport du CS de l’époque constate : « Un consensus très large (quasi-unanimité) se dessine quant au refus de cérémonies de mariage pour des couples homosexuels. Le langage exprimant le refus est particulièrement vif et tranché. Il n’est pas rare de voir des précisions disant que ce refus vaut pour toute cérémonie quelle qu’elle soit » (Rapport du Conseil synodal sur l’homosexualité, 26 novembre 2007, p.8).

Pour mémoire encore, nous rappelons la décision du Synode du 22 juin 2013, qui a modifié ainsi l’article 274 du Règlement ecclésiastique :

« La bénédiction de mariage est l’invocation de la bénédiction divine sur un homme et une femme mariés à l’état civil ».

Pour mémoire toujours, nous rappelons trois textes qui ont reçu un large soutien :

D’abord, la « Déclaration de Cugy » signée par plus de 3’000 membres de notre Église au lendemain de la décision du synode de novembre 2012 qui avait décidé d’autoriser la bénédiction des couples de même sexe.

Puis la « lettre ouverte » destinée à l’Assemblée des délégués de la Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS) de novembre 2019. Cette lettre a recueilli en deux semaines plus de 6000 signatures de paroissiens réformés.

Enfin la « Déclaration sur le mariage pour tous dans l’Église » qui rappelle l’autorité des Écritures. Elle a été signée par plus de 200 pasteurs et théologiens des diverses Églises réformées de Suisse, suite aux prises de position de la FEPS. Le R3 y a aussi contribué.

Pour un authentique respect de la diversité – exigence fondamentale d’une approche inclusive – nous demandons au Conseil synodal donc d’adopter un positionnement plus nuancé, qui tienne compte de la réalité du terrain.

D’autre part, puisqu’il affirme son « devoir d’unité en organisant le débat », nous demandons instamment d’inclure, de manière équitable, des personnes qui sont d’un autre avis que le groupe « Église inclusive », dans la tournée cantonale d’information qu’il prévoit en septembre.

Cela nous semblerait plus cohérent…

… avec le passé récent de l’EERV et tous les débats qui ont agité notre Église entre 2008 et 2013,

…  avec la pratique de notre Église de respecter la pluralité des interprétations,

… avec les axes stratégiques que le CS a choisis, en particulier l’accent sur l’enfance et les familles.

Nous n’ignorons pas que la nouvelle loi sur le mariage (pour tous !) cherche à corriger une inégalité entre couples hétéro- et homosexuels mais qu’elle en crée deux nouvelles : entre les couples de femmes et les couples d’hommes (ces derniers n’ayant pas accès à la procréation assistée). Puis, surtout, entre les enfants qui auront une maman et un papa et ceux qui ne pourront pas bénéficier de cette altérité voulue dès l’origine par notre Créateur.

A ce sujet nous partageons l’avis de Suzette Sandoz, ancienne conseillère nationale et membre du synode qu’« en donnant l’impression que le seul problème à résoudre est l’égalité entre les goûts sexuels justifiant le mariage pour tous sans y lier immédiatement – comme l’a fait le législateur – la question du droit à l’enfant pour tous, l’Église trompe son monde. Elle fuit la clarté, elle entretient la confusion, cette confusion qui a, autrefois, contribué à « faire de la Maison de Dieu une caverne de voleurs ». (Réformés, 14 juin 2021).

Rassemblement pour un Renouveau réformé

Martin Hoegger Président de l’assembléeGérard Pella Président du comité