« Israël, Chance de civilisation… » est un ouvrage qui rassemble des articles d’Ellul rédigés entre 1967 et 1992. Ces textes consacrés au peuple juif, à l’État d’Israël, au conflit israélo-arabe et à l’islam restent d’une étonnante actualité. Le but de cet article est de présenter certains de ces textes et d’en évaluer la pertinence pour nous aujourd’hui.
La comparaison est souvent douloureuse… quand elle est en notre défaveur !
« Regarde ta sœur, elle y arrive très bien ; pourquoi pas toi ? »
« Ce collègue est nettement plus efficace que toi… »
Ou, plus subtilement encore :
« Cette jeune fille est très douée ! », sous-entendu : « mais pas toi… »
« Cette église est formidable ! », sous-entendu : « mais pas la tienne… »
Une comparaison douloureuse, voilà ce que l’apôtre Paul a parfois vécu, lui aussi. On en trouve plusieurs indices dans la Deuxième épitre aux Corinthiens, qui est quasiment tout entière une justification de son ministère. Il écrit :
Nous n’oserions pas nous déclarer égaux ou nous comparer à quelques-uns de ceux qui se recommandent eux-mêmes. 2 Corinthiens 10.12 (SG21).
J’estime n’avoir été en rien inférieur à ces super-apôtres. 2 Corinthiens 11.5 (SG21).
Si je reviens chez vous, je ne ménagerai personne, puisque vous cherchez une preuve que Christ parle en moi (ou par moi, Bible en Français Courant) 2 Corinthiens 13.3 (SG21)
Comparé à de « super-apôtres », qui parlent bien mieux que lui, Paul doit défendre son ministère parce qu’ils sont en train d’égarer cette jeune communauté de Corinthe. Pour cela, il ne fait pas appel à ses qualités ni aux résultats impressionnants de son ministère. Il aurait pu mentionner toutes les conversions dont il a été témoin ainsi que toutes les communautés qu’il a fondées. Non, il parle plutôt de ce qu’il a reçu que de ce qu’il a réussi.
Il mentionne l’appel et l’autorité qu’il a reçus du Seigneur (chapitre 10), les souffrances qu’il a endurées (chapitre 11) et les révélations qu’il a reçues (chapitre 12). C’est un extrait de ce chapitre (les versets 6 à 13) que nous allons chercher à comprendre.
Ces révélations étaient si extraordinaires que Paul a reçu une écharde dans la chair pour lui éviter tout orgueil (v.7).
Quelle est cette mystérieuse écharde ?
La Bible Segond 21 constate qu’il y a une grande diversité d’interprétations : « Nous ne savons pas en quoi consiste l’écharde dont Paul souffre dans son corps, parce qu’il ne le précise pas. Certains ont suggéré qu’il pourrait s’agir de paludisme, de crises d’épilepsie ou d’une maladie des yeux (cf. Ga 4.13-15). » (Note à propos des versets 7-8).
Pour Paul, cette écharde douloureuse a une fonction bien particulière :
Parce que ces révélations étaient extraordinaires, pour m’éviter tout orgueil, il a été mis une écharde dans ma chair, un ange de Satan chargé de me frapper, pour m’éviter tout orgueil. 2 Corinthiens 12.7 (TOB).
Deux fois dans le même verset, Paul précise que l’écharde a pour but de lui éviter tout orgueil.
« Y a-t-il un seul serviteur de Christ qui ne puisse mentionner quelque ‘écharde dans la chair’, visible ou cachée, physique ou psychologique, de laquelle il a supplié d’être délivré, mais que Dieu lui a donnée pour le garder humble et donc efficace à son service ? Chaque croyant doit apprendre que la faiblesse humaine et la grâce divine vont de pair.» (Philip E. Hughes, Nouveau Commentaire Biblique, St-Légier, Éditions Emmaüs, 1978, p.1139).
J’ai quant à moi de la peine à concevoir que le Seigneur nous envoie une maladie. Il me semble plus juste de voir les choses comme le livre de Job : Dieu permet à Satan de nous mettre à l’épreuve au moyen d’une maladie.
Satan se retira alors de la présence de l’Éternel. Puis il frappa Job d’un ulcère purulent, depuis la plante des pieds jusqu’au sommet du crâne. Job 2.7 (SG21).
Voilà ce qui pourrait amener Paul à comprendre son écharde – s’il s’agit d’une maladie – comme un ange de Satan.
Ce qui est sûr, c’est que l’écharde est quelque chose qui nous blesse, nous fait souffrir et nous invite à l’humilité.
Quand je ne suis pas exaucé…
Paul a prié le Seigneur d’éloigner cette écharde de lui. Trois fois. Mais il n’a pas été exaucé. Le grand apôtre Paul a fait une expérience qui nous arrive à tous : j’ai prié… mais je n’ai pas été exaucé.
Ça fait mal de ne pas être exaucé quand on a prié non seulement trois fois mais 3 ans ou 30 ans. Il n’y a que les super-apôtres qui prétendent qu’ils sont toujours exaucés. La réalité, l’humble réalité, c’est pourtant que nous ne sommes pas toujours exaucés, même quand on est aussi fidèle et consacré que Paul. Vous connaissez certainement des chrétiennes ou des chrétiens exemplaires qui ont vécu des épreuves très douloureuses. A commencer par Jésus !
Le non-exaucement fait parfois encore plus mal que l’écharde… L’écharde de Paul n’a pas été enlevée mais il a reçu une parole de la part du Seigneur : Ma grâce te suffit !
C’est incroyablement fort ! Quel chemin il nous faut parcourir pour arriver à croire que la grâce nous suffit. Si souvent, elle ne nous suffit pas : nous voudrions la santé, la sécurité, la prospérité… et si possible une vie réussie et des objectifs atteints. La grâce de Dieu ne nous suffit pas.
Il ne nous suffit pas de recevoir l’amour de Dieu, sa présence dans la souffrance ; nous voudrions que la souffrance cesse. Il ne nous suffit pas de recevoir son pardon dans la honte ; nous voudrions que nos défauts disparaissent. Il ne nous suffit pas de recevoir sa tendresse dans les conflits ; nous voudrions que les conflits s’apaisent. Il ne nous suffit pas de recevoir sa force dans la faiblesse ; nous voudrions être forts !
Et pourtant, dit le Seigneur, ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse (v.9, TOB).
C’est un miracle ! Un autre miracle que la guérison, mais un miracle tout de même.
Dans la faiblesse se manifeste parfois une force qui nous soutient ; dans la faiblesse transparait parfois un rayonnement qui vient de plus haut. Comme l’écrit une chrétienne gravement handicapée par la sclérose en plaques :
« Il arrive parfois, et comme par instant, que de l’épreuve jaillisse la preuve d’un élan qui nous maintient debout » (Sandra).
Le témoignage de Joni
Joni est une jeune fille de 17 ans, pleine de vie au moment de son accident. En plongeant, elle a heurté le fonds de la mer et se retrouve tétraplégique, c’est-à-dire paralysée non seulement des jambes mais des bras et des mains. A plusieurs reprises, elle est encouragée par ses amis à espérer une guérison miraculeuse. Son église organise une nuit de prière ; elle reçoit l’imposition des mains ; à plusieurs reprises on intercède pour elle avec une foi entière. Mais rien ne se passe. A chaque fois, Joni doit digérer sa déception – voire sa dépression – quand elle n’est pas exaucée.
Un de ses amis, Steve, étudie dans une École Biblique. Il l’aide beaucoup à accepter sa situation et à garder confiance en Dieu en ouvrant avec elle les Écritures. Un jour, il lui apprend que le mot grec que la Bible utilise pour parler de la puissance de Dieu est dunamis,
un terme grec qui se retrouve à la fois dans le mot dynamite et dynamo. Il lui montre, Bible en mains, que la puissance de Dieu se manifeste parfois comme de la dynamite : c’est alors le miracle, la guérison, l’exaucement. Gloire à Dieu ! Mais sa puissance se manifeste parfois aussi comme une dynamo[1] : elle produit juste la lumière nécessaire pour que nous puissions avancer dans la nuit.
Joni comprend ainsi que la puissance de Dieu se manifeste comme une dynamo dans sa vie. Elle accepte sa situation et commence à communiquer sa foi de manière rayonnante, alors même qu’elle est dans un fauteuil roulant, totalement dépendante de son entourage. La puissance du Seigneur donne toute sa mesure dans sa faiblesse. Son témoignage a touché des milliers de personnes.[2]
Quand nous ne sommes pas exaucés, nous ressentons de la tristesse, du découragement, de la révolte parfois. Je vous propose de ne pas en rester là, de ne pas nous replier sur nous même, mais de demander au Seigneur de nous donner, comme il l’a fait pour Paul ou pour Joni, une parole qui vienne éclairer notre chemin. Dieu peut nous parler de tant de façons différentes. Demandons-lui avec confiance une parole qui nous permette de rester dans la confiance en Lui.
[1] Sur un vélo, la dynamo est un petit appareil qui produit de l’électricité grâce au frottement du pneu contre sa roulette. Cette électricité permet d’alimenter le phare du vélo.
[2] Joni Eareckson et Joe Musser, Joni, Genève, L’Eau Vive Edition, 1991.
Quelle est l’actualité du concile de Nicée et la place donnée à son credo affirmant la divino-humanité du Christ ? Voici une question cruciale qui se pose aux Églises protestantes, à l’occasion des 1700 ans du concile tenu en 325 à Nicée dans la Turquie actuelle. Dès le début, l’identité de Jésus a été un « signe de contradiction ».
Normatif à l’époque de la Réforme, le Credo de Nicée est devenu facultatif dans plusieurs Églises réformées. L’anniversaire de sa promulgation sera l’occasion pour elles de réfléchir à nouveau à son importance dans la recherche de l’unité des chrétiens.
De nombreux chrétiens ont sans doute déjà entendu l’expression « pas d’autre credo que la Bible« . Peut-être un pasteur l’a-t-il utilisée lors de sa prédication ou quelqu’un l’a-t-il utilisée lors d’une étude biblique ou d’une conversation sur ce que les chrétiens sont censés croire. Cette affirmation est concise et claire. Mais la question clé est de savoir si c’est un principe fidèle et utile pour guider notre réflexion en tant que chrétiens sur la vérité et l’autorité chrétiennes.
Une vérité importante
Avant de critiquer la manière dont le principe « pas d’autre credo que la Bible » est parfois utilisé, il convient tout d’abord de comprendre quelle vérité importante ceux qui l’utilisent tentent à juste titre de protéger. Cette vérité est l’autorité unique et la suffisance de la Bible en tant que source et critère de la doctrine chrétienne. Ce principe scripturaire trouve son origine dans la Réforme, lorsque les réformateurs protestants ont affirmé que de nombreuses affirmations de l’Église médiévale – par exemple le purgatoire, les indulgences et la théorie élaborée de la transsubstantiation – non seulement n’étaient pas justifiées par les Écritures, mais étaient même incompatibles avec l’enseignement scripturaire. Il s’agissait d’inventions ou de spéculations d’une Église qui prétendait avoir accès à une tradition de vérité chrétienne indépendante de la révélation biblique.
Dans ce contexte, l’expression « Pas d’autre credo que la Bible » met en lumière une vérité importante : la Bible fournit le contenu de la doctrine chrétienne et les principes permettant de juger si une affirmation doctrinale est vraie ou non. La justification se fait-elle par la foi ? Oui, car Paul l’enseigne dans l’épître aux Romains. Peut-on acheter la faveur de Dieu par l’achat d’une indulgence ? Non. Non seulement la Bible n’enseigne jamais cela, mais elle enseigne le contraire, comme dans le cas de Simon le magicien dans Actes 8. Il faut donc saluer le désir de protéger la suffisance scripturaire.
Mais cela signifie-t-il que les credo et les confessions – des déclarations de foi qui résument l’enseignement biblique – sont problématiques et ne devraient pas avoir leur place dans l’Église ? L’utilisation d’un credo ou d’une confession signifie-t-elle nécessairement que l’autorité unique de l’Écriture a été compromise ? Ce n’est pas le cas. Et il est important de comprendre pourquoi.
Premièrement, nous devons tous reconnaître qu’aucun chrétien n’a « d’autre credo que la Bible » dans un sens complet et exhaustif. Pour comprendre pourquoi, il suffit de réfléchir au fait que personne ne croit simplement à la seule Bible. Certes, tous les chrétiens, du plus grand érudit biblique au plus humble des nouveaux croyants, croient que la Bible signifie quelque chose. Nous le savons parce qu’aucun prédicateur ne se contente de lire la Bible en chaire. Il l’explique et l’applique à l’assemblée. Et aucun chrétien témoignant auprès de ses amis ou de ses voisins ne se contente de leur donner la Bible ; il propose également de leur expliquer comment la Bible doit être comprise. Et ce que nous pensons que la Bible signifie est notre credo et notre confession, que nous l’écrivions ou non.
La relation entre les credo et l’Écriture
Une fois que nous avons reconnu cette vérité fondamentale, la vraie question n’est pas de savoir si les credo et les confessions sont de bonnes choses. La question est plutôt de savoir si le credo ou la confession que nous avons reflète ou non l’enseignement de la Bible. Et c’est là qu’il est utile de comprendre comment les credo et les confessions sont liés à l’Écriture. Ils ne sont pas antérieurs à l’Écriture, en tant que cadre ayant une autorité ultime sur le sens de la Bible. Ils ne constituent pas non plus un courant distinct de la révélation divine qui se tiendrait seul et aurait sa propre autorité. Ce sont des résumés de l’enseignement biblique et donc, en théorie du moins, corrigibles à la lumière de l’enseignement de l’Écriture.
La théologie systématique dispose d’une paire de termes pour décrire cette relation entre l’Écriture et les confessions. Elle appelle la première la norme normative (Norma normans) et la seconde la norme normée (norma normata). Le premier terme protège le bien que représente l’expression « pas d’autre credo que la Bible » : l’autorité unique et ultime de la Bible pour formuler l’enseignement chrétien et juger de la véracité de toute formule doctrinale.
La seconde, cependant, met en évidence une réalité pratique importante : les Églises (et les chrétiens individuels) fonctionnent dans la pratique en énonçant des doctrines chrétiennes sans toujours ressentir le besoin de citer tous les textes bibliques pertinents ou d’offrir un exposé élaboré sur la manière dont, par exemple, la doctrine de la Trinité est tirée de l’Écriture. En bref, l’un des objectifs des confessions est de fournir un « modèle des saines paroles « , pour reprendre l’expression de Paul, qui expose, en bref, une vérité biblique importante (Cf 2 Tim 1,13 : « Retiens dans la foi et dans la charité qui est en Jésus Christ le modèle des saines paroles que tu as reçues de moi »).
L’utilisation d’uncredo ou d’une confession signifie-t-elle nécessairement que l’autorité unique de l’Écriture a été compromise ?
Le meilleur scénario pour les chrétiens est donc de reconnaître que nous avons tous des credo et des confessions – nous pensons tous que la Bible signifie quelque chose et que son enseignement peut être formulé de manière concise et résumer la position de la Bible sur toute une série de sujets importants. Mais nous ne devons pas nous arrêter là. À partir de cette reconnaissance, nous nous tournons vers les grands credo et confessions de l’Église pour voir quels « modèles des saines de paroles » ont été utiles tout au long de l’histoire pour maintenir l’Église fidèle au message de l’Évangile.
Le temps n’est pas une garantie de vérité, mais si un credo – disons celui des Apôtres ou de Nicée – a servi l’Église pendant plus de 1 500 ans, cela en dit long sur la cohérence de son contenu avec ce que dit la Bible. Bien sûr, une Église peut aujourd’hui produire sa propre déclaration de foi. Mais pourquoi réinventer la roue alors qu’il existe déjà des credo et des confessions qui ont fait leurs preuves ?
En outre, l’adoption par une Église d’un credo ou d’une confession historique présente des avantages supplémentaires. Elle rappelle à la congrégation que l’Evangile n’est pas réinventé chaque dimanche. Elle pousse également chaque chrétien à s’identifier à d’autres frères et sœurs à travers le monde aujourd’hui et à travers les âges.
Le presbytérien qui affirme la Confession de Westminster, l’anglican qui affirme les Trente-neuf Articles et le luthérien qui affirme le Livre de la Concorde s’identifient également à de grandes et vastes traditions chrétiennes et se voient ainsi rappeler qu’ils font partie d’une histoire beaucoup plus vaste.
Les credo et les confessions offrent de nombreux autres avantages – doctrinaux, ecclésiastiques et doxologiques – aux chrétiens d’aujourd’hui et à l’Église moderne, mais j’espère que ce qui précède suffira à aiguiser votre appétit pour en savoir plus. Tous ceux qui s’intéressent à la transmission de la foi de génération en génération et de lieu en lieu trouveront dans ces grands documents une aide incommensurable.
Carl R. Trueman (PhD, Université d’Aberdeen) est professeur d’études bibliques et religieuses au Grove City College (USA). Il est l’auteur de « Crisis of Confidence : Reclaiming the Historic Faith in a Culture Consumed with Individualism and Identity ».
Par Martin Hoegger, président de l’Assemblée du R3
Saint Loup, 6 février 2024
Cette assemblée est la dernière que je préside, après 10 ans de service, depuis la naissance de notre association jusqu’à ce jour où je passe le flambeau à Cyril Ansermet. Je le remercie ainsi que Steve Tanner, le secrétaire de l’Assemblée, tout comme le comité du R3.
Cela a été une joie d’être avec vous dans cette petite vigne que le Seigneur nous a confiés : le renouveau spirituel de nos Églises réformées en Suisse romande que nous aimons et voulons servir. Je continuerai modestement à œuvrer dans cette vigne en prenant la responsabilité de la communication par internet de notre association.
A cette occasion, je ne voudrais pas faire un bilan, mais plutôt regarder vers l’avenir. A commencer par l’année 2025, où les 1700 ans du Concile de Nicée seront commémorés. Au-delà de 2025, vers 2033, le grand Jubilé des 2000 ans de la résurrection du Christ.
Le « Manifeste bleu » du Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) commence par citer les deux symboles de la foi : « En réponse au « Venez à moi » de Jésus-Christ, nous réaffirmons notre adhésion aux deux confessions de foi dans lesquelles des générations de chrétiens ont reconnu l’identité de Dieu, son Être et son Agir : le Symbole des Apôtres et le Symbole de Nicée-Constantinople ».[1]
Quelle est l’actualité de ce symbole de Nicée-Constantinople ? Voici une question cruciale qui se pose aux Églises réformées qui, dans leur grand pluralisme, le relativisent.
Dès le début, l’identité de Jésus a été un « signe de contradiction ». La question de Jésus « qui dites-vous que je suis » est posée à toutes les générations (Mat 16,15).
Le concile de Nicée a tenté de répondre à cette question de Jésus sur son identité en affirmant fortement et de manière non équivoque, sa divinité, à une époque où elle était niée, à des degrés divers.
Cette confession – contestée dès le début – est « articulus stantis et cadentis ecclesiae » – l’article par lequel l’Église tient ou tombe. Une Église sans le Dieu devenu Homme, mort et réellement ressuscité ne tiendra pas, s’il n’est pas au cœur de son identité.
Au temps de la Réforme du 16e siècle, les réformateurs ont confessé de manière unanime la foi définie à Nicée, la considérant comme une interprétation fidèle des Écritures. Ils ont reconnu que les Pères de Nicée ont préservé le kérygme et se sont compris dans une continuité fidèle. Le dogme christologique défini à Nicée est pour eux le contexte normatif et permanent pour l’explication de la foi chrétienne.
Mais à partir du siècle des Lumières, le statut normatif des confessions de foi est mis en cause dans plusieurs Églises réformées. On conteste aux confessions leur prétention à « régler la foi » dans l’enseignement de l’Église, tant les confessions de foi des Églises réformées que celles de Nicée-Constantinople et d’autres confessions de l’Église ancienne.
Par la suite, un grand nombre de théologiens réformés ont rejeté le dogme nicéen. Et les Églises réformées ont cesser d’exiger l’adhésion à ce symbole pour la consécration au ministère et la célébration du baptême. Avec comme conséquence qu’il devenait possible d’exercer le ministère sans confesser la divinité du Christ.
Ces dernières années, la part d’un modernisme extrême a grandi – et plus encore, peut-être la tolérance, voire la bienveillance, qu’on a pour lui. C’est un fait acquis dans les synodes des Églises réformées en Suisse de lui offrir une large plateforme.
Toutefois, malgré cette évolution libérale, le courant confessant s’est maintenu, avec plus ou moins de vigueur, dans les Églises réformées en Suisse et dans d’autres pays de l’hémisphère nord, bien qu’il soit aujourd’hui minoritaire. Le R3 en témoigne.
Alors quel est le sens, pour nous, du Jubilé des 1700 ans du Concile de Nicée ?
La repentance est une composante essentielle de la tradition des jubilés. Dans l’Ancien Testament l’année jubilaire commence et se termine en au jour du Grand Pardon (Lév. 25,8s).
J’espère que le Jubilé des 1700 ans de Nicée en 2025 sera l’occasion pour les Églises réformées de commencer à se repentir du contre-témoignage de leur pluralisme exacerbé. La tolérance à l’égard de la négation – ou de sa compréhension symbolique – de la divinité du Christ dans l’Église détruit le fondement de l’unité chrétienne.
Une repentance à vivre dans l’esprit de « l’œcuménisme réceptif », comme le dit Paul Murray : « à partir de l’accueil humble, lucide et bienveillant de ses propres limites, de ses blessures, de ses déchirures et de ses résistances, chaque tradition pourra aller à la rencontre de l’autre en se demandant comment cet autre peut l’enrichir, la « réparer » et même la guérir ».[2]
Et cette repentance ne peut être que l’œuvre de l’Esprit saint qui ouvre nos cœurs et y verse son témoignage qui seul peut nous convaincre de la véritable identité de Jésus. C’est pourquoi l’année 2025 sera une année de l’Esprit saint, à invoquer comme jamais. (1 Jean 5, 6-7).
Qui sait ce que Dieu pourrait nous accorder si nous prions, cherchons humblement sa face et nous détournons de plus de deux siècles de compromis théologiques ? (cf 2 Chron 7,14)
Cependant, ce qu’il nous faut aussi voir est que cela n’est pas seulement l’affaire de théologiens et de pasteurs réformés, mais de tout disciple de Jésus-Christ et de toutes les Églises. Tous nous avons à nous demander si la question de Jésus nous concerne : « Quand le fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Luc 18,8).
D’où la nécessité pour toutes et tous de vivre une dimension pénitentielle en 2025… dans le pèlerinage vers 2033, le grand jubilé des 2000 ans de la Résurrection du Christ.
[1]« Le Manifeste bleu, » p. 11s https://www.ler3.ch/manifeste/ Le R3 est le partenaire réformé de la Haute École de théologie de Suisse romande où j’enseigne la théologie œcuménique.
[2] Citation de Paul Murray, grand promoteur de cette féconde démarche œcuménique. Voir Introduction à l’œcuménisme réceptif (Receptive Ecumenism). Lumen Vitae 2022/4 (Volume LXXVII), p 371.
Échanger avec d’autres autour de la Bible : oui mais comment ? Le parcours « 40 jours avec Jésus sur la montagne » est résolument biblique, interactif et convivial.Il invite durant 6 semaines néophytes et lecteurs expérimentés de la Bible à cheminer de manière communautaire et personnelle, à travers le discours « décapant » de Jésus sur la montagne, dans l’évangile selon Matthieu.
Ce parcours est articulé en trois expériences complémentaires à vivre :
– en petit groupe, en 6 rencontres clé en mains : le livret de l’animateur,
– seul, avec 40 lectures bibliques personnelles : le livret du participant,
– en Église tout entière, grâce aux pistes de prédications.
Le livret d’animation de groupes de maison fait partie d’un parcours conçu pour des groupes de maison. Ce programme s’articule en trois temps : un livret de lectures bibliques à usage personnel, un guide d’animation pour des petits groupes et des pistes de prédications pour l’Église rassemblée. Le tout fonctionne comme un guide de randonnée qui nous invite à faire un bout de chemin avec Dieu. Il nous accompagne à travers 40 propositions de lecture et de méditation du Sermon sur la montagne, dans l’évangile selon Matthieu.
Cette randonnée, vous l’avez compris, vous ne la ferez pas seul(e). Vous serez en compagnie de frères et sœurs en Christ lors du culte et des rencontres en petits groupes (groupes de maison, groupes de quartier, mini-églises…).
Le Psaume 133.1-2 le dit très justement: « Oui, il est bon, il est agréable pour des frères et des soeurs d’être ensemble ! C’est comme le parfum de l’huile précieuse versée sur la tête du grand-prêtre Aaron; elle descend sur sa barbe, puis jusqu’au col de son vêtement. C’est comme la rosée qui descend du mont Hermon sur les montagnes de Sion. » Vivre la foi ensemble est aussi doux que de l’huile précieuse: aussi rafraîchissant que de la rosée.
Car la vie chrétienne n’est pas un long fleuve tranquille ! Et nous ne pouvons pas vivre notre foi seul(e) dans notre coin. Ce serait comme extraire une braise d’un feu, elle ne tarderait pas à s’éteindre. Il est bon de s’entourer de soeurs et de frères qui traversent des difficultés, se posent des questions, peuvent encourager, soutenir par la prière…
Grandir dans la foi, c’est d’abord être en relation, avec le Christ et avec les autres. Ce parcours auquel vous êtes conviés a donc aussi une dimension collective.
Rendre à César…
L’idée de ce parcours comme son organisation sont largement inspirées d’un ouvrage publié en 1995 par le pasteur Rick Warren pour sa communauté de Saddleback en Californie sous le titre : Une Église motivée par l’essentiel, et de son deuxième livre paru en 2022: Une vie motivée par l’essentiel (en anglais Purpose Driven Life)[1]. Ces deux ouvrages proposent, sous la forme d’une retraite personnelle et communautaire de 40 jours, une réflexion sur les thèmes fondamentaux de la foi chrétienne. Depuis leur parution, ces livres ont été utilisés dans de nombreux pays, dans un grand nombre d’Églises chrétiennes et traduits en diverses langues. L’auteur a accepté avec joie que le parcours que vous tenez entre les mains s’inspire de sa démarche initiale.
Les trois dimensions du ministère de Jésus
Jésus a vécu et déployé son ministère dans trois dimensions qui forment trois cercles concentriques : tout d’abord, Jésus s’adresse à la foule au bord du lac de Tibériade ou à Jérusalem, prêchant la Parole, proclamant la bonne nouvelle du royaume et donnant son enseignement en paraboles. Souvent, à la suite de ces moments collectifs, il emmène le petit groupe de ses disciples à l’écart. Là, il répond à leurs questions et leur donne des explications. Dans ce cercle resserré, la parole est plus libre, les disciples osent interroger Jésus, dire leur incompréhension et leurs doutes. Enfin, les évangiles nous relatent des moments où Jésus s’isole pour prier, pour converser avec son Père. Ainsi Marc nous dit: « Le lendemain, Jésus se leva bien avant l’aube et sortit de la maison. Il s’en alla dans un lieu désert et là, il se mit à prier. » (Marc 1.35)
Un parcours en Église
La démarche proposée ici combine les trois dimensions évoquées plus haut:
• L’enseignement, le discours à la foule : une prédication hebdomadaire est destinée à toute la communauté assemblée pour le culte. Elle permet de nourrir la réflexion de chacun.
• Le temps en petits groupes : une rencontre hebdomadaire (groupes de maison, groupes de quartier, mini-églises…) invite à partager avec d’autres personnes nos questions, nos trouvailles et ce que nous apprenons de Dieu. Ces rencontres suivies permettent aussi d’aller plus loin dans la vie fraternelle, qui est l’ADN de l’Église.
• Le temps d’intimité avec Dieu : un temps personnel quotidien avec Dieu, pour lie la Bible, réféchir et prier. Dans ce coeur à coeur avec le Père, notre foi s’enracine plus profondément dans la Parole, notre prière devient plus ajustée, notre intimité avec Dieu se renforce.
Une expérience qui a porté des fruits
Durant près d’une dizaine d’années, l’Église protestante unie de Nantes, dans laquelle j’ai exercé mon ministère de pasteure, a vécu ces parcours de 40 jours durant le temps du Carême, temps propice au retour sur soi et à la prière.
De nombreuses personnes, peu habituées aux études bibliques traditionnelles ou peu disponibles pour des rencontres régulières en cours d’année, ont saisi l’occasion pour entrer dans l’aventure. Car le parcours ne durait que 5 à 6 semaines.
Les prédications des dimanches étaient disponibles pour les absents, un livret pour le temps personnel était distribué ou envoyé à chacun, les rencontres en petits groupes de quartier se déroulaient dans la semaine. Là, des personnes de différentes générations, d’horizons spirituels et d’origines sociales et culturelles divers ont expérimenté le partage, la vulnérabilité et la prière les uns pour les autres. Elles se sont encouragées dans la foi, soutenues dans leurs épreuves e leurs doutes, elles ont appris tout simplement à mieux se connaître. Elles on construit une véritable fraternité en Christ.
Pour permettre au plus grand nombre de participer à cette dynamique en Église durant ces 40 jours, toutes les autres propositions régulières (Parcours Alpha réunions de prière ou autre) ont été suspendues. Pendant ces 5 à 6 semaines, parcours a été notre priorité.
Le présent livre d’animation propose de vivre cette démarche à partir du Serm sur la montagne que l’on trouve dans l’évangile selon Matthieu du chapitre 5 chapitre 7.
Que le Seigneur bénisse chacune et chacun dans ce temps mis à part, individu lement et collectivement. Qu’il renouvelle votre foi durant ces 40 jours su montagne avec Jésus.
Caroline Schrumpf, pasteure de l’Église protestante unie de France
En ce qui concerne l’animation de groupes, la méthode s’inspire en partie de la pédagogie des Parcours Alpha, du site animationbiblique.org et du Livre dédié, Editions LLB. Le présent parcours fait fréquemment référence aux ouvrages de Dietrich Bonhoeffer : Vivre en disciple: le Prix de la Grâce, et De la Vie communautaire, Éditions Labor et Fides.
[1]Une vie motivée par l’essentiel, Édition: Ourania, Maison de la Bible, 2015
L’association soeur du R3 en France – « Les Attestants » – a organisé un Forum en octobre 2023 sur le renouveau de l’Eglise. Voici un article intéressant sur le Réveil dans le Nouveau Testament, précédé par l’introduction de son président René Le Negro:
» Au moment où l’Église protestante unie de France entre dans la phase finale de sa réflexion synodale sur l’Église et les Ministères, nous avons voulu centrer notre Forum 2023 sur les mêmes thèmes tout en y apportant un éclairage particulier.
« Une proximité au plan éthique apparemment plus forte entre catholiques et évangéliques pourrait-elle les rapprocher de manière significative » ? se demande Philippe Girardet.[1] C’était au lendemain d’un « clash » entre le Conseil national des Évangéliques de France (CNEF) et la Fédération protestante de France (FPF) à l’occasion d’un rassemblement protestant lors du 500e anniversaire de la Réformation, où un culte « inclusif » avait été prévu sans que le CNEF ait été mis au courant.[2]
Le sociologue Sébastien Fath constate que « moralement plus conservateurs que les réformés et les luthériens, les évangéliques apparaissent plus proches des positions défendues par le pape et les évêques sur des questions comme l’avortement, la famille, l’homosexualité ».[3]
Selon ce dernier le fait que le message des uns et des autres se soit recentré sur le kérygme chrétien, à savoir l’Évangile du salut en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, crucifié et ressuscité, a permis cette recomposition œcuménique. Ce que S. Fath dit des évangéliques s’applique d’ailleurs aussi au courant confessant à l’intérieur des Églises protestantes. Sur les points centraux de la foi et sur les questions éthiques, ce dernier se découvre bien plus proche du catholicisme et de l’orthodoxie que du courant protestant libéral.[4]
C’est ce que confirme Pierre Jova, journaliste (catholique) à l’hebdomadaire La Vie, lors d’une rencontre sur la communion ecclésiale organisée par le mouvement des « Attestants ».[5] Ce mouvement – comme la Fraternité de l’Ancre en Alsace Lorraine et le Rassemblement pour un renouveau réformé en Suisse romande – a voulu garder l’unité de l’Église dans la délicate question de la bénédiction des couple homosexuels. Alors que cette question a provoqué des schismes dans les Églises réformée, anglicane et méthodiste unie aux USA.[6] Cela a été une leçon pour le catholicisme français. Également une chance pour l’Église protestante unie de France qui a ainsi été gardée de devenir « un club libéral ».
« L’unité nous est déjà donnée entre chrétiens confessants, affirme-t-il. Ce qui est central est la confession du Christ. La solidité doctrinale est un ferment de communion. Les Attestants sont la preuve que la communion se vit déjà. L’Église est appelée à être inclusive mais jamais au détriment de la vérité chrétienne ».[7]
A noter aussi que la réponse de l’Église catholique au document du Conseil œcuménique des Églises – L’Église, vers une vision commune – constate que l’œcuménisme est en difficulté en raison de ces différences dans le domaine moral.[8]
Jetons un coup d’œil du côté de l’Église orthodoxe ! Lors d’un comité central du Conseil œcuménique des Églises (février 2008), le représentant de l’Église orthodoxe russe, l’archevêque Hilarion Alfeyev, a lancé un « coup de gueule » contre ce qu’il appelle le « christianisme libéral ».[9] Après sa prise de parole, je l’ai interviewé tout comme un autre orthodoxe, plus modéré dans ses affirmations : Léonid Kishkovsky.[10]
H. Alfeyev souligne les dangers d’un christianisme « politiquement correct », qui non seulement capitule devant les normes morales séculières, mais promeut aussi des systèmes de valeurs étrangères à la tradition chrétienne. Y a-t-il une limite à cette accommodation de la longue tradition chrétienne, demande-t-il ?
Les « partenaires stratégiques » de l’orthodoxie sont d’abord les catholiques, mais aussi les protestants qui défendent les valeurs traditionnelles et qui se trouvent surtout dans les Églises du Sud.[11] H. Alfeyev voit aussi d’un bon œil les travaux du Forum chrétien mondial qui élargit l’œcuménisme aux Églises évangéliques et pentecôtistes.
Lors de l’assemblée mondiale du COE à Busan en 2013, H. Alfeyev, devenu métropolite de Volokolamsk et président du Département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, a prononcé un discours intitulé La voix de l’Église doit être prophétique. Il a mis sur table la question qui, à bien des égards, a dominé toute l’Assemblée : les valeurs morales du christianisme et la manière dont les Églises membres du COE s’y réfèrent et les reconfigurations œcuméniques auxquelles elles conduisent. Cette question a également été indirectement abordée par d’autres intervenants de l’Assemblée[12].
L’autre regard, plus modéré, est celui de Léonid Kishkovsky, théologien orthodoxe américain, d’origine russe, ancien président de Christian Churches Together (CCT), la branche du Forum chrétien mondial aux États-Unis. Sa longue expérience du dialogue œcuménique lui fait constater que si tous les chrétiens sont motivés par l’Évangile, son application conduit à des conclusions très différentes : « J’ai de bons amis qui se disent libéraux. Avec eux il y a des points de convergences, mais d’autres points où l’entente n’est pas possible ».
Il pense que la distinction entre d’un côté le christianisme traditionnel avec l’orthodoxie et le catholicisme et de l’autre le christianisme progressiste représenté par le protestantisme, doit être nuancée. D’une part, on rencontre dans le catholicisme certaines positions encore plus libérales que dans le protestantisme ; d’autre part il y a un débat intense à l’intérieur des Églises protestantes sur les questions de foi et d’éthique.[13]
Le Forum chrétien mondial témoigne de cette reconfiguration de l’œcuménisme. Participant actif, Kishkovsky y a découvert les nombreux points communs dans les enseignements dogmatiques et éthiques fondamentaux entre la théologie évangélique/pentecôtiste et l’orthodoxie. « Même si le pentecôtisme pose beaucoup de questions ecclésiologiques et missiologiques à l’Église catholique en Amérique latine et à l’orthodoxie dans les pays de l’Est, ce fut une expérience rafraîchissante pour tous. Nous avons acquis une nouvelle capacité d’écoute et reconnu que nous avions des stéréotypes les uns à l’égard des autres ».
Selon lui, ce qui fait problème aujourd’hui ne sont pas tant les positions théologiques, mais les idéologies. Et l’idéologie conservatrice est aussi problématique que l’idéologie libérale. « Il y a dans l’idéologie du libéralisme quelque chose de destructeur de la vie de l’Église, pourtant je ne peux juger les personnes, car parfois – je dois l’avouer – je rencontre des libéraux qui sont, à mon sens, des chrétiens vivant une sainte vie ».
Les personnes sont autre chose que l’idéologie. Certes il y a une part de vérité dans chacun des différents courants qui défendent la famille, l’institution, etc, mais l’idéologie conservatrice est aussi mortelle. Sa conclusion est qu’il nous faut être beaucoup plus à l’écoute de l’Écriture et de la prière et essayer de surmonter les clivages idéologiques.
Une conclusion que je partage pleinement ! Sans cesse l’Église est en effet tentée par les idéologies – qu’elles soient marxiste, « LGBTetc.. », « Woke », « Cancel culture », conservatrice, « monde russe »[14], etc… En revanche le chemin que nous propose l’Évangile est concret. Il s’agit de suivre Jésus dans son style de vie, en dialogue constant avec la Parole de Dieu. Il n’est pas entré dans le jeu des idéologies de son temps : Pharisiens contre Sadducéens, Esséniens contre Zélotes. Cheminer selon le style de Jésus signifie marcher dans l’Esprit saint, qui est l’âme de l’œcuménisme et donne « d’examiner toutes choses et retenir ce qui est bon » (1 Thess 5,19)
[1] Un protestantisme fortement divisé. Quelle influence sur la relation œcuménique catholique-protestante ? En : Institut supérieur d’études œcuméniques, Nouveaux territoires de l’œcuménisme. Cerf, Paris, 2019, p. 159
[2] Clément Diedrichs, directeur du CNEF a alors dit : « Nous sommes d’accord pour partir de ce qui nous unit, et notamment de la Bible, mais si ce socle commun n’est plus assuré, nous ne pouvons pas ne pas le dire car nous nous trouvons plus sur le même fondement théologique. Or, sur la question de l’homosexualité, la Bible est très claire ». Ibid. p. 158.
[3] Sébastien Fath, « Vers un œcuménisme de la piété kérygmatique ? Recompositions évangéliques/catholiques. En Ibid, p. 76
[6] Le premier jour de l’année 2022, la plus vieille Église réformée des USA, la Reformed Church in America, s’est divisée à la suite des décisions prises sur l’ordination et le mariage homosexuel. 43 congrégations ont quitté cette dénomination pour former l’Alliance of reformed Churches. 123 autres sont en pourparlers pour rejoindre cette alliance. cf. Kathryn Post, Reformed Church in America Splits as Conservatives Form New Denomination. Christianity To-day, 7 janvier 2022. https://www.christianitytoday.com/news/2022/january/reformed-church-in-america-rca-alliance-of-reformed-churche.html
[8] Churches Respond to The Church: Towards a Common Vision, Volume 2, Edited by Rev. Dr Ellen Wondra, Rev. Dr Stephanie Dietrich, Dr Ani Ghazaryan Drissi, Geneva, 2021, WCC Publications, pp. 202-204, 211
Dans un autre article, j’ai présenté le « Manifeste bleu », comme une des couleurs de l’Église réformée en Suisse romande. Et j’ai proposé de désigner les membres de notre Église qui se retrouvent dans ce texte comme des « réformés confessants ». D’autre part, récemment, dans la même ligne que la mienne, le pasteur zurichois Willy Honegger a plaidé pour « l’urgence d’une communauté confessante ».
Dès le milieu du 19e siècle, les Églises réformées de Suisse ont abandonné la récitation du Symbole des apôtres lors de la célébration du baptême et ont renoncé à demander aux pasteurs de souscrire à une confession de foi au moment de leur consécration. Même si des confessions de foi sont incluses dans des liturgies, leur récitation communautaire est dès lors à la libre disposition des célébrants. Il devint licite d’utiliser d’autres confessions que le symbole des apôtres, mais aussi de renoncer à tout usage d’une quelconque confession de foi.[1]
Malgré cette évolution, un courant confessant s’est maintenu, avec plus ou moins de vigueur dans nos Églises réformées.
Une expérience œcuménique forte que j’ai vécue durant les dix ans où j’étais délégué de la Fédération des Églises protestantes de Suisse à l’assemblée de la Communauté de travail des Églises chrétiennes en Suisse (CTECH) était à l’occasion du dialogue sur la Reconnaissance mutuelle du baptême signée en 2014 entre plusieurs Églises membres de la CTECH.[2]
Je me souviens de la stupeur des délégués des autres Églises lorsqu’ils ont découvert que les Églises réformées en Suisse avaient renoncé à toute confession de foi au moment du baptême. Cela a créé une crise entre les délégués qui ont été contraints à tenir compte de la particularité protestante.[3]
Dès le début du mouvement œcuménique moderne, lors de la Conférence de Foi et Constitution à Lausanne, en 1927, des voix réformées libérales se sont élevées pour protester contre l’inclusion des deux Confessions de foi de l’Église ancienne (Les symboles des Apôtres et de Nicée-Constantinople) comme base théologique du mouvement œcuménique.
Que diraient-elles aujourd’hui alors que le COE a introduit le symbole de Nicée-Constantinople dans sa Constitution lors de l’assemblée mondiale de Porto Alegre en 2006, comme critère déterminant si une Église peut en devenir membre ? L’acceptation de ce symbole de foi, dans sa forme originale, est maintenant devenue obligatoire pour toutes les Églises membres du COE. Ce symbole est devenu la base commune de tout dialogue multilatéral sous l’égide de COE.[4] Les Églises réformées en sont-elles conscientes ?
Elles le sont, en tout cas, dans le dialogue avec l’Église orthodoxe. En effet, pour donner suite à la proposition de Thomas F. Torrance, représentant l’Alliance réformée mondiale, ce même symbole a été accepté comme base de ce dialogue, ce qui a permis des convergences en matière de théologie trinitaire et de christologie.[5]
Plus proche de nous, le « Manifeste bleu» commence par citer les deux symboles de la foi : « En réponse à ce « Venez à moi » de Jésus-Christ, nous réaffirmons notre adhésion aux deux confessions de foi dans lesquelles des générations de chrétiens ont reconnu l’identité de Dieu, son Être et son Agir : le Symbole des Apôtres et le Symbole de Nicée-Constantinople ».[6]
Pour Oscar Cullmann la reconnaissance des confessions de foi de l’Église ancienne par les Réformateurs apporte un correctif au biblicisme.[7] Les maintenir a aujourd’hui une grande signification œcuménique, selon W. Pannenberg.[8] Les réciter régulièrement durant le culte enracine la foi dans les consciences et la structure. Pour J.J. Von Allmen, il est « impossible à l’Église de se rassembler sans faire l’aveu de ce qu’elle est, de ce qu’elle fait et de ce qu’elle croit :…elle est celle qui trouve sa raison d’être à confesser le Père le Fils et le Saint Esprit » ».[9]
Pluralisme ou pluralité?
Pour se renouveler, l’Église réformée ne sera – pour utiliser des termes allemands – ni « Konfessionslos », sans confession de foi, ni « Konfessionsfrei », c’est-à-dire libre de choisir la confession de foi qui nous convient ou qui correspond à nos convictions. La première option est celle du libéralisme théologique. Dans un texte polémique intitulé « Réciter le “credo”? – je préfère me taire » sur le site d’Évangile et Liberté, Bernard Reymond appelle à « respecter la liberté doctrinale qui caractérise nos Églises réformées actuellement ».[10]
La deuxième option est la voie choisie par la Fédération des Églises protestantes de Suisse (devenue en 2019 l’Église évangélique réformé de Suisse) dans un « livre outil » qui propose une diversité de confessions de foi dont aucune n’est obligatoire et qui essayent de ménager la chèvre et le chou avec des textes dont les christologies sont contradictoires.[11] C’est aussi le projet d’un rapport sur le pluralisme de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud.[12]
Cependant, si de nouvelles confessions voient le jour – pratique fréquente dans le protestantisme – Von Allmen note qu’une des conditions est qu’elles ne « donnent pas l’impression de tricher » en escamotant certaines affirmations des Crédos traditionnels, comme l’incarnation et la résurrection du Christ, sa divinité ou son retour en gloire.[13]
Les réformés confessants affirment qu’il n’est pas légitime de tenir ensemble des confessions de foi qui incluent des affirmations contradictoires, comme le veut le pluralisme théologique.
En revanche une légitime pluralité théologique qui inclut des affirmations complémentaires doit être soutenue. En bref : le pluralisme inclut des énoncés contradictoires alors que la pluralité inclut des énoncés complémentaires.
Le dialogue entre la Fédération luthérienne mondiale et la Communion mondiale des Églises réformées invite justement à mettre en valeur la pluralité légitime qui s’exprime dans les Confessions de foi de l’Église ancienne, comme dans les textes confessionnaux de la Réforme :
« Luthériens et réformés partagent un héritage commun d’écrits confessionnels existant dans une diversité dogmatiquement réconciliée, donc légitime. Ils partagent une compréhension de l’Écriture qui est contextuelle par nature. Ils sont donc unis, et non divisés, par cette diversité légitime des écrits confessionnels. Unis dans un héritage commun d’actes et d’écrits confessionnels, luthériens et réformés sont unis dans la confession de l’Évangile de Jésus-Christ ».[14]
Lors de la publication du Manifeste bleu, nous – des membres du R3 – avons visité plusieurs évêques et responsables catholiques et orthodoxes de Suisse romande pour le leur présenter. Dans l’ensemble ils ont accueilli avec reconnaissance ce document, expression d’un protestantisme confessant avec lequel, pour l’essentiel, ils se reconnaissent en communion de foi.
[4] Comme en témoigne le travail de la commission Foi et Constitution Confesser la foi commune. Explication œcuménique de la foi apostolique telle qu’elle est confessée dans le Symbole de Nicée. Paris, Cerf, 1993.
[5] Cf. Lukas Visher, éd. Agreed Statements from the Orthodox-Reformed Dialogue. Word Alliance of Reformed Churches, Geneva, 1998, p. 12. Sur l’historique de ce dialogue, lire: Joseph D. Small, “Orthodox and Reformed in Dialogue: the agreed statement on the Holy Trinity”, In: The Witness of Bartholomew I, Ecumenical Patriarch, William G. Rusch, ed. Grand Rapids: Eerdmans Publishing, 2013.
[13]Op. Cit. p. 219. Il donne comme exemple trois confession de l’Église réformée de France) parues en 1963. On pourrait aujourd’hui en rajouter des dizaines !
[15] La Revue Hokhma consacre son numéro 117/2020 à ces mouvements confessants. Sur le R3, en particulier, voir l’article de Gérard Pella sur « Le rassemblement pour un Renouveau réformé » et le mien « Du Forum évangélique réformé au R3 ».
Willy Honegger est pasteur de l’Église réformée du canton de Zurich. Il est membre du réseau « Bible et confession de foi ». Avec son accord, nous publions ici un extrait d’une longue lettre qu’il a adressé à 180 pasteurs de Suisse, également publiée sur le site du réseau. Il y appelle à des communautés confessantes.
Depuis mon enfance et mon adolescence, dans les années 70 et au début des années 80, le renouveau de l’Église était « le » sujet entre protestants. On recherchait ce renouveau dans une liturgie moderne(nouveaux chants, nouvelles formes de culte, langage plus compréhensible, souvent aussi avec des emprunts aux variétés, etc.)
En tant qu’Église, on voulait rencontrer les personnes d’égales à égales.Le pasteur est alors la plus attentionnée de toutes les personnes, on se focalise sur le « thérapeutique » dans la cure d’âme et le conseil et on évite des déclarations théologiques dites « abruptes », etc. On a essayé de positionner l’Église à la pointe de l’actualité. Les mots clés sont « connexion », « pertinence », « adaptation », « orientation vers le groupe cible » ; ils sont devenus des principes qui guident l’action. Inutile de dire que ces principes se sont transformés en dogmes qui dirigent l’herméneutique.
La fin d’une période
Je pense que nous sommes arrivés à la fin de cette période d’un peu plus de 50 ans. Les moyens de « renouveler » l’Église de cette manière sont épuisés. D’innombrables initiatives ont été prises avec des implications personnelles, des expériences authentiques, davantage de participations, des émotions, plus de concrétisations, beaucoup de professionnalisme, plus d’affinités avec le milieu, etc.
De bonnes idées en sont ressorties. Quelques-unes ont amélioré les relations entre les participants. Les services religieux ont été organisés de manière plus originale, les locaux d’église ont été aménagés de manière plus pratique.
Mais, pendant ce temps, qu’est-il arrivé à la substance de la proclamation de la Parole de Dieu ? Qu’en est-il du contenu de notre témoignage à Jésus-Christ ? Pensions-nous qu’une présentation plus moderne en tant qu’institution entraînerait un renouveau spirituel ? Pensions-nous vraiment qu’une meilleure performance regagnerait une génération sécularisée pour Dieu ?
Une crise massive des fondements de la théologie paralyse la prédication qui doit éveiller la foi. Cette crise existe depuis plus de 150 ans – depuis si longtemps que de nombreux théologiens l’ont même intériorisée. Les attentes envers la vie spirituelle ont déjà subi un « downgrading » (un déclassement) et la pauvreté spirituelle n’est que difficilement reconnue comme telle.
L’abandon de la confession de foi
Dans la deuxième moitié du 19ᵉ siècle, la controverse sur le Symbole des Apôtres a ébranlé une grande partie des Églises nationales réformées en Suisse. En conséquence, la confession de foi apostolique a disparu des services religieux. Ce faisant, on n’abandonnait pas seulement un élément liturgique, mais aussi la perspective biblique sur l’histoire du salut. Depuis l’époque de la Réforme du 16e siècle, le Symbole des Apôtres (ainsi que les autres confessions de foi de l’Église ancienne) est une clé herméneutique importante pour la prédication et l’enseignement dans les Églises protestantes. Ce sacrifice a permis d' »acheter » la reconnaissance des Églises nationales. Dès lors, le protestantisme a évité de nommer cette perte de substance, et encore moins de s’en repentir,
Les directions d’Églises de notre pays ressentent ce manque de substance théologique. Dans leur détresse, elles tentent de donner à l’Église une « dogmatique de substitution » non officielle. Selon mes observations, la triade « climat, genre et anti-discrimination » s’y prête actuellement (d’autres courants de pensée postmoderne peuvent être subsumés dans ces trois domaines).
Depuis bientôt 30 ans, je suis engagé en première ligne dans la politique ecclésiale, comme membre du synode de l’Église réformée de Zurich et, depuis bientôt 10 ans, également comme délégué au synode de l’Église évangélique réformée de Suisse.
J’ai remarqué que la plupart du temps, les directions d’Églises ne sont pas des activistes sur les sujets susmentionnés. Elles nourrissent seulement le vague espoir que l’Église puisse encore marquer quelques points au moyen de ceux-ci. Ou alors, elles se sentent menacées par un sécularisme agressif et exigeant. En tout cas, on n’observe pas chez elles des visages rayonnant de joie. Il n’y a pas non plus de chants sur ces thèmes, ni le sentiment exaltant d’un nouveau départ de l’Église.
Ceux qui se savent tenus à une proclamation fondée sur la Bible se sentent de plus en plus à l’étroit. Jusqu’à présent, il était encore possible de se tourner vers les domaines de la diaconie, de l’assistance spirituelle, du conseil ou de la promotion de la pratique de la piété au sein de l’Église, afin d’échapper aux thèmes controversés de l’esprit du temps. Aujourd’hui, cette « dogmatique postmoderne » s’immisce également dans ces derniers biotopes.
Le « post-évangélisme »
Certains ont cherché une solution dans ce qu’on appelle le « post-évangélisme » : il promettait de faire la paix avec les courants de pensée actuels en combinant l’Évangile et la culture. Les thèmes de la « triade » susmentionnée sont alors considérés comme des thèmes secondaires de la foi. Seul le « coeur de la foi » doit être préservé, en ce sens que le Christ reste toujours au centre. Ce qui demeure du centre de la foi après cette cure de jouvence post-moderne reste cependant nébuleux, Quel « Christ » est en effet encore compatible avec celui-ci ?
D’autres restent méfiants face à cette fausse solution lisse du « post-évangélisme ». Ils ne veulent pas simplement désamorcer le message encombrant de l’Écriture Sainte pour échapper à la colère des dieux postmodernes. Mais, comment le prédicateur peut-il tenir bon s’il est tout seul face à cette marée du courant dominant et accapareur ? Nous devons tous redécouvrir la vieille expression « consolatio fratrum » (la parole réconfortante entre frères et sœurs).
C’est donc avec plaisir que j’attire votre attention sur le réseau « Bible et Confession » www.bibelundbekenntnis.ch. Nous décrivons nos objectifs comme suit : « unir – renforcer – encourager ». Certes, notre mentalité helvétique nous incite à suivre notre propre voie de manière aussi individuelle que possible. A cela s’ajoute l’héritage piétiste qui dit : « Travaille fidèlement en petit comité, sois un modèle en silence, cherche partout la paix ».
Il y a là une sagesse spirituelle. Mais, est-ce que tout est dit sur le combat pour la cause de Jésus dans une société post-chrétienne ? Avons-nous déjà vu des militants progressistes dire : « Chacun d’entre nous doit être un exemple dans son lieu et agir en silence » ?
Pour une communauté confessante
Je pense qu’il est urgent que tous ceux qui ont à cœur une Église réformée adhérant à la vérité de l’ensemble des Écritures s’unissent. Bien sûr, toute union est toujours un compromis. Pour nous, théologiens, c’est un défi que de consentir à une communauté qui n’a pas été conçue dans les moindres détails par nos soins.
Réfléchissez donc dans la prière à la question de savoir si ce n’est pas un impératif de l’heure d’entrer dans une « communauté confessante », en tant que paroisse ! Nous nous trouvons dans une profonde détresse spirituelle dans l’Église et la théologie, à cause de la perte de la Bible, donc aussi de la perte du Christ biblique, et finalement de la perte du Dieu vivant tel que l’Écriture Sainte nous le révèle.
Aborder cela de manière directe nous conduit à une situation de combat spirituel. Ainsi des controverses qui auraient dû avoir lieu depuis longtemps éclatent. Pour y faire face, nous devons faire preuve d’un grand courage. Nous devons être prêts à quitter la « zone de confort » de l’Église !
Bien sûr, nous n’avons peut-être pas le temps de le faire, car le travail quotidien dans le ministère réclame beaucoup de nos forces. Mais, l’effondrement rapide de nos Églises nous conduit à fixer les bonnes priorités. Notre génération pourrait être le témoin oculaire de l’évaporation totale de la substance spirituelle dans notre pays !
La prochaine réunion du réseau « Bible et confession de foi » aura lieu le samedi 30 septembre 2023, 9h00 – 17h00, au Theologisch Diakonisches Seminar, à Aarau. Inscription nécessaire au préalable sous : www.bibelundbekenntnis.ch/tagung . Le thème de la conférence sera : « Parlez et ne vous taisez pas« .
Les réunions du réseau « Bible et confession de foi » ne s’adressent pas uniquement aux ministres, mais à toutes les personnes engagées les Églises réformées et libres.
Sur le site www.bibelundbekenntnis.ch, vous pouvez vous inscrire à sa lettre de nouvelles, vous pouvez vous inscrire à sa lettre de nouvelles
Échanger avec d’autres autour de la Bible : oui mais comment ? Voici une proposition née de l’action des « Attestants », l’association soeur du R3 en France.
Le parcours « 40 jours avec Jésus sur la montagne » est résolument biblique, interactif et convivial.
Il invite durant 6 semaines néophytes et lecteurs expérimentés de la Bible à cheminer de manière communautaire et personnelle, à travers le discours « décapant » de Jésus sur la montagne, dans l’évangile selon Matthieu.
Ce parcours est articulé en trois expériences complémentaires à vivre : – en petit groupe, en 6 rencontres clé en mains : le livret de l’animateur, – seul, avec 40 lectures bibliques personnelles : le livret du participant, – en Église tout entière, grâce aux pistes de prédications.
Lors de l’assemblée du Rassemblement pour un renouveau réformé, Martin Hoegger apporté une méditation sur l’appel du prophète Esaïe à voir le bourgeonnement de l’œuvre de Dieu. Le thème du bourgeonnement de nouvelles réalités dans l’Église habite la réflexion actuelle du R3
« Je vais faire du nouveau ; on le voit déjà paraître comme un bourgeon, vous saurez bien le reconnaître ». (Esaïe 43.18)
Cette image du bourgeon apparaissant durant l’hiver est un grand appel à l’espérance et à la confiance.
Dans le froid de l’hiver, il semble que la vie ait disparu, mais c’est durant cette saison que la sève descend dans les racines. Puis elle remonte et produit des bourgeons.
Tout cela est invisible au début, mais à moment donné les bourgeons sont assez gros pour qu’ils soient visibles. Nous ne pouvons qu’assister à l’éclosion du bourgeon. Il ne sert à rien de le tirer pour le faire grandir.
Ainsi en est-il de l’œuvre de Dieu : c’est lui qui agit et non pas d’abord nous.
L’image du bourgeon est donc une invitation à la confiance que Dieu est à l’œuvre quoi qu’il arrive ! Il est à l’œuvre dans les hivers de nos Églises quand il nous semble que la vie de l’Esprit est en veilleuse. L’apparition des bourgeons est donc un appel à la persévérance et à l’attention.
Dans l’Évangile une parabole dit la même chose, celle de la semence qui grandit toute seule :
« Jésus disait encore : « Voici à quoi ressemble le règne de Dieu : quelqu’un jette de la semence dans son champ.
Nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, les graines germent et poussent sans qu’il sache comment.
La terre fait pousser d’elle-même d’abord la tige des plantes, puis l’épi, et enfin plein de blé dans l’épi.
Dès que le blé est mûr, on se met au travail avec la faucille, car le moment de la moisson est arrivé. » (Marc 4,26-29)
Cette parabole nous dit que le croyant peut dormir tranquille. Tout ne dépend pas de lui. La grâce de Dieu est à l’œuvre et il faut lui faire confiance. La grâce de Dieu est première, la réponse humaine seconde. La vie du disciple de Jésus est avant tout une grâce, puis une responsabilité.
Comme les semences sont enfouies dans la terre, les œuvres de Dieu commencent toujours de manière discrète, souvent avec des remises en question et parfois des persécutions. Mais il suffit de deux ou trois personnes unies dans la foi au nom du Christ pour porter des fruits, car le Ressuscité promet sa présence (Mat 18,20)
Ne pas opposer la grâce de Dieu à notre responsabilité
Cette parabole ne se trouve que dans l’évangile de Marc. A la fin de son évangile, Marc met une parabole antithétique, celle du maître qui s’absente, où le croyant est appelé à veiller, prier, travailler et ne pas dormir en attendant le retour du maître (Marc 13,33-37).
Cette autre parabole met donc l’accent sur notre responsabilité, alors que la parabole de la semence qui grandit d’elle-même insiste sur la grâce de Dieu.
Il ne faut pas opposer ces deux paraboles. La graine grandit d’autant mieux si le terreau dans lequel elle est semée est bien préparé ; si elle est bien arrosée et soignée.
En tant que Rassemblement pour un renouveau réformé, nous voulons nous confier en la grâce de Dieu et être attentif aux bourgeons de renouveau et aux pousses d’espérance.
Nous croyons que le Christ continue à aimer et à conduire l’Église réformée en Suisse romande. Comme le dit avec force le « Manifeste bleu » du R3, « nous réaffirmons notre confiance fondamentale dans le Dieu vivant Père Fils et saint Esprit qui continue à prendre soin de son Église ». Je vous invite à lire ou relire ce magnifique chapitre plein d’espérance intitulé « une confiance fondamentale ».
Dieu nous donne en effet des signes réjouissants de renouveau et de vie. Un de ces signes est la Haute École de théologie où nous nous réunissons. Un autre signe est le Forum chrétien romand. Il est un signe réjouissant de communion entre les Églises. Il va d’ailleurs prochainement se réunir dans ces lieux.
Nous croyons aussi que Dieu nous appelle à nous encourager les uns les autres en faisant grandir la semence de la grâce en nous et parmi nous.
Nous croyons qu’il nous appelle à la vigilance en vivant ces deux autres « R » que sont la « Repentance » et la « Résistance », dont parle le rapport du comité du R3.
Le Christ ressuscité au cœur de tout
Comment ? Avant tout en croyant que le Christ est vraiment ressuscité et que sans lui nous ne pouvons rien faire. Mettre en doute la réalité de sa résurrection, comme le font certains théologiens protestants, précipite l’Église dans le néant. Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi et l’Église s’effondre.
Nous avons besoin d’un renouveau dans la foi dans le Christ ressuscité. Sa résurrection n’est pas un simple chapitre parmi d’autres de la théologie systématique, mais le cœur de la foi, de la spiritualité et du culte de l’Église.
Notre foi dans le Christ ressuscité a deux conséquences :
De nous ouvrir à son amour agissant, surprenant et déroutant en lui donnant une confiance absolue, quelles que soient les circonstances, les oppositions, les épreuves ou les lenteurs.
De répondre à son amour en nous aimant les uns les autres, comme il nous a aimés.
C’est cela « semer ce qui plaît à l’Esprit saint », non « selon ses propres penchants », afin de récolter la vie éternelle. (Galates 6,7-10). Mais en attendant cette récolte, prenons soin des bourgeons ! Le temps dans lequel nous sommes n’est pas celui de la récolte, mais du bourgeonnement.
Qu’est-ce que je retiens de la onzième Assemblée générale du Conseil œcuménique des Églises (COE), qui a rassemblé plus de 4000 chrétiens venant de plus de 250 Églises, au palais des congrès de Karlsruhe, du 31 août au 8 septembre ?
Trois mots me viennent à l’esprit : amour, unité, et pèlerinage.
« Un œcuménisme du cœur »
Certainement le thème « l’amour du Christ mène le monde à la réconciliation et à l’unité » est original, quand on le place dans l’histoire de ces assemblées. « L’amour du Christ », si central dans la foi chrétienne n’avait en fait jamais été thématisé dans le COE. Après les thèmes centrés sur Dieu des trois dernières assemblées – influence de l’ouverture au dialogue interreligieux – il se focalise sur le cœur de la foi : le Christ ressuscité qui nous aime et nous appelle à être artisans de réconciliation et d’unité. [1] Le temps est maintenant venu de « rendre compte de l’espérance qui est en nous » (1 Pierre 3,15) : si nous voulons rencontrer tous sans exclusion, c’est parce que le Christ est mort et ressuscité pour tous
Ce thème a inspiré à Agnès Abouom, (protestante du Kenya), la présidente du COE, l’expression « œcuménisme du cœur », qui était le fil rouge de cette assemblée. L’évêque Mary Ann Swenson, de l’Eglise méthodiste des USA, vice-présidente du COE, lui fait écho : « J’espère que cette assemblée nous permettra d’être plus parfaits dans l’amour. Que les gens puissent dire comme des premiers chrétiens « regardez comme ils s’aiment » ! » Le COE a voulu affirmer que la recherche de l’unité chrétienne s’enracine dans l’amour du Christ, à recevoir et à vivre entre nous. Il me semble que cela a été un peu vécu durant cette semaine bénie avec des frères et sœurs venus de toutes les Églises et des cinq continents !
L’amour est au centre du beau message final adopté par l’assemblée, dont voici les dernières lignes : « Son amour qui est ouvert à tout le monde, y compris celles et ceux qui font partie des « derniers », des « plus petits » et des « égarés » (en anglais : « the last, the least, and the lost ») … peut nous mener vers un pèlerinage de justice, de réconciliation et d’unité et nous donner des moyens d’agir à travers lui ».
Une unité à consolider et à élargir
Unité » est le deuxième mot que je voudrais évoquer. Unité d’abord avec Dieu ! L’union avec Dieu est en effet la source de l’unité entre nous. Toute l’assemblée était ancrée dans les études bibliques quotidiennes, les prières du matin et du soir où les participants ont prié à la fois ensemble et selon les différentes traditions liturgiques occidentales et orientales. Le coeur de la foi doit être le coeur de l’œcuménisme. Dans ce sens, l’archevêque anglican Justin Welby appelle à « être fort en ce qui concerne le coeur de notre foi, mais détendu en ce qui concerne ses limites ».
Au centre de « l’oasis de paix », la tente des célébrations au nom évocateur, se dressait une icône de la rencontre entre Jésus et la femme Samaritaine, symbole du désir du Christ de rencontrer chaque personne, de la transformer et de la mettre en route.
Les relations sont essentielles pour approfondir la communauté́ fraternelle des Églises membres du COE. L’orthodoxe roumain Ioan Sauca, son secrétaire général en est convaincu. Il souligne en particulier l’importance du Forum chrétien mondial, une plateforme entre le COE, l’Église catholique, l’Alliance évangélique mondiale et les Églises pentecôtistes, permettant d’élargir l’expérience de l’unité chrétienne. Il encourage le COE à continuer à lui apporter son soutien.
Un pèlerinage à travers les vallées obscures
Le thème du « pèlerinage » a été pris comme un paradigme du travail du COE, à la suite de sa 10e Assemblée à Busan (Corée) en 2013. Dès lors, le « Pèlerinage de justice et de paix » a visité de nombreux lieux de souffrances et d’injustices. L’image du pèlerinage renvoie à notre identité. Les premiers chrétiens étaient en effet appelés « les gens du chemin » (Actes 9,2).
Avant l’assemblée, des délégations du COE ont visité certaines plaies sanguinolentes dans le monde d’aujourd’hui, notamment l’Ukraine et le Moyen-Orient. Le pèlerinage de justice et de paix a traversé les « vallées obscures » de l’humanité où le Christ nous attend et nous appelle à vivre son amour, comme les questions climatiques, les injustices économiques, la violence exercée contre les femmes, la marginalisation des personnes vivant avec un handicap, les dégâts de la colonisation et l’exclusion des populations autochtones, et bien d’autres encore.
Avec plusieurs « mea culpa », un sentiment d’humilité a imprégné la vie de prière de l’assemblée. Les chrétiens venus des pays en guerre, ceux qui souffrent de la famine, de l’injustice, des catastrophes climatiques ont pu exprimer leur souffrance et leurs appels ont été entendus !
Les questions doctrinales et morales doivent aussi être discutées dans cet esprit du pèlerinage. Les pèlerins ont le temps : leur temporalité n’est pas celle de la société où il faut donner des réponses immédiates. Par exemple sur le thème de la sexualité, un document invite à une « Conversation sur le chemin de pèlerinage : cheminer ensemble sur les questions de sexualité humaine ».
William Wilson, président de la Pentecostal World Fellowship qui rassemble quelques 650 millions de chrétiens (davantage que les Églises membres du COE) pense que l’unité doit d’abord se vivre dans nos relations les uns avec les autres, puis dans notre mission de témoigner de la réconciliation en Christ. Il appelle à un pèlerinage de réconciliation vers l’année 2033. « En cette année-là nous célébrerons les 2000 ans de la Résurrection du Christ. Pourrons-nous partager ensemble l’amour du Christ ? Faisons des dix prochaines années une décennie de la réconciliation » ! Comme je collaborais aussi au stand tenu par l’initiative JC2033, qui invite à une préparation œcuménique de l’année 2033, nous avons eu un afflux de visiteurs après l’allocution de W. Wilson !
C’est ainsi que le pape François conçoit notamment l’œcuménisme. A chaque assemblée, le « Groupe mixte de travail » entre l’Église catholique romaine et le COE publie son rapport. Il est toujours attendu avec intérêt par les « œcuménistes ». Or cette année, il s’intitule justement : « Marcher, prier et travailler ensemble : Un pèlerinage œcuménique ». Ce titre reprend la méditation donnée par le pape François lors de sa visite au COE, à Genève en juin 2018.
Ce dernier l’a souvent affirmé : « L’œcuménisme se fait en chemin… L’unité ne viendra pas comme un miracle à la fin : l’unité vient dans le cheminement, c’est l’Esprit Saint qui la fait dans le cheminement ». Qu’il inspire à nos Églises les prochains pas de ce pèlerinage !
[1] Les thèmes des assemblées précédentes étaient : Harare 1998 : « Tournons-nous vers Dieu, dans la joie de l’espérance ». Porto Alegre 2006 : « Dieu, dans ta grâce, transforme le monde ». Busan – Corée 2013 : « Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix. »
Autres articles de Martin Hoegger sur cette assemblée
Suite à l’adoption par l’EERV d’un rite de bénédiction unique pour les couples mariés, le R3 exprime son mécontentement.
« Nous avons été bafoués, méprisés, car nous avions proposé quelque chose qui était tout à fait compatible avec le respect des couples de même sexe: différencier les cérémonies en gardant le terme “mariage” pour les couples hétérosexuels.» Selon Gérard Pella, pasteur réformé retraité membre du Rassemblement pour un renouveau réformé (R3), cette position «médiane» au sein de l’Eglise réformée aurait respecté les valeurs du mouvement, mais aussi de bon nombre d’autres croyants. Par ailleurs, le synode de l’Eglise évangélique réformée de Suisse (EERS) avait défini le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme en 2013.
Karlsruhe, 2 septembre 2022. La deuxième journée de l’Assemblée du Conseil œcuménique a célébré l’amour de Dieu pour toute sa création. En 1998, l’Église orthodoxe, suivie de plusieurs Églises, a mis à part le 1er septembre comme journée consacrée à la création. Des théologiens orthodoxes ont introduit les quelques 4’000 participants à la profonde spiritualité de leur Église sur ce thème si actuel.
Avec le symbole de l’eau, sans laquelle il n’y aurait ni vie physique ni vie spirituelle (cf le baptême) sur terre, la prière matinale a introduit l’assemblée de manière vivante et priante à ce thème. Au cœur de l’action liturgique, on a réuni des récipients d’eau provenant de chaque continent, un « rassemblement des eaux » reflétant l’acte de la création dans le premier chapitre de la Genèse (v. 9)
Alors que les eaux s’entremêlaient, l’assemblée a affirmé à la fois notre dépendance à l’égard de la création et notre union au Christ ressuscité par le baptême. Par lui en qui habite toute plénitude, Dieu a tout réconcilié sur terre et dans les cieux, comme le dit la lecture biblique du jour tirée de la lettre au Colossiens (1,9)
« Le patriarche vert »
Dans son allocution, le « patriarche vert » de Constantinople Bartholomée – « vert » à cause de son engagement écologique – souligne que la résurrection du Christ nous conduit à changer de regard sur le monde : « Le coeur de l’univers est le Christ, pas nous-mêmes. Quand nous sommes transformés par la lumière de sa résurrection, nous devenons capables de découvrir le but pour lequel Dieu a créé chaque personne et chaque chose ».
Il appelle à un changement radical, en refusant de réduire notre vie spirituelle à nos intérêts personnels et en questionnant nos habitudes de consommation par rapport aux ressources de la création.
L’unité chrétienne appelle à une action écologique commune.
Dans la ligne de Bartholomée, le métropolite Emmanuel de Chalcédoine (également du patriarcat de Constantinople) est convaincu que la recherche de l’unité chrétienne doit aussi conduire à une conversion vis à vis de la création. Nous sommes les intendants non seulement de l’Église mais aussi de la création.
L’année dernière, avec le pape François et l’archevêque de Cantorbéry Justin Welby, Bartholomée a signé une déclaration commune appelant les Églises à se réconcilier et à s’engager ensemble à être de bons intendants de la création. « Si nous ne devenons pas maintenant davantage sobres, nous devrons payer des conséquences terribles. La situation actuelle appelle à l’action commune. L’écologie est une conséquence de notre foi en Christ », affirme Mgr Emanuel.
Dans son rapport, le théologien orthodoxe Ioan Sauca, secrétaire général par intérim du Conseil œcuménique a aussi partagé sa conviction que les questions climatiques et écologiques sont une question théologique. Par son incarnation, le Christ a en effet tout assumé. Le dessein de Dieu en Christ englobe également la réconciliation et la guérison de la création. « Je ne mâcherai pas mes mots : notre planète sera inhabitable dans 50 ans si nous ne modifions pas notre comportement ».
La voix des jeunes
L’assemblée a donné la parole à des jeunes, du nord au sud, de l’est à l’ouest. Julia Rensberg, déléguée de l’Église de Suède, vient du peuple Sami au nord de la Scandinavie. Les autochtones de l’Arctique voient le réchauffement climatique bien plus qu’ailleurs. La justice climatique et le respect des peuples autochtones sont intimement liés. Pour elle, la réconciliation commence par dire la vérité. Il faut que la vérité soit dite sur la colonisation des peuples autochtones. Le Christ aime toute la création et veut la guérir à travers notre pratique de la vérité.
Bjorn Warde, délégué de l’Église presbytérienne de Trinité-et-Tobago, aime les Caraïbes, un endroit magnifique dont il veut prendre soin mais qui subit une forte dégradation environnementale. Elle le résultat de nos actions irréfléchies. « Nous savons que nous n’avons pas été de bons intendants de la création. La coopération entre Églises est essentielle et la voix des jeunes n’est pas suffisamment entendue ».
« Il est très important pour moi de sensibiliser au changement climatique », a déclaré Subin Tamang, un Népalais de 25 ans. « Je vois les effets dans mon pays où les paysans ne peuvent pas récolter le blé et le riz à cause de la sécheresse ».
Avec 25 autres jeunes de moins de 30 ans il a participé au « Groupe Climat » durant l’Assemblée des jeunes qui a précédé l’Assemblée générale. « Ce qui m’a le plus marqué, c’est d’entendre des gens de Fidji, des Philippines et de la région du Pacifique. Les niveaux élevés de l’océan les ont déjà affectés et cela préfigure ce qui nous arrivera. Je crains que les îles des Caraïbes ne disparaissent », a déclaré Tia Phillip, ajoutant : « Dans 50 ans, c’est à l’échelle de ma vie, et de celle de mes neveux et nièces ».
Au Népal, Tamang anime un groupe de jeunes de l’Église baptiste sur le changement climatique. Il s’engage pour que les Églises aient un rôle à jouer pour aider les communautés à s’adapter aux changements climatiques.
Les « conversations Carbone »
Au grand stand de l’Église évangélique réformée de Suisse, un « Brunnen » (nom des ateliers durant l’assemblée) présente les « Conversations carbone », un travail de sensibilisation pour réduire l’empreinte de carbone, soutenu par l’Entraide protestante suisse et l’Action de Carême, du côté catholique. https://voir-et-agir.ch/pour-les-paroisses/conversations-carbone/ La méthode vient d’Angleterre et s’est popularisée dans les Églises comme dans les organisations laïques.
Elle part du constat que la connaissance des faits ne suffit pas pour changer ses habitudes dans la nourriture, la consommation ou la mobilité. Il faut se rencontrer pour en parler. Des groupes de 8 à 10 personnes se réunissent à quatre reprises pendant deux heures avec deux facilitateurs.
Cette méthode permet de discuter sans tomber dans le conflit ou la culpabilisation. Dans une analyse, l’université de Berne a constaté que les gens qui y ont participé ont réduit leur empreinte de manière significative
Les monastères, modèles d’une écologie intégrale.
Une assemblée permet de rencontrer d’innombrables personnes, connues ou inconnues, proches ou lointaines. J’ai eu la joie de rencontrer une amie de longue date, sœur Anne-Emmanuelle, prieure de la communauté protestante de Grandchamp. Elle me partage ce qui s’y vit en termes d’écologie. Inspirée par les travaux de la théologienne catholique Elena Lasida, elle pense, avec ses sœurs, que les monastères, dans leur manière de vivre, peuvent être un modèle d’écologie intégrale, une source d’inspiration pour tous.
Pour elle le lien entre l’écologie et la vie monastique ne se situe pas d’abord au niveau des pratiques « bio » ; il se situe au niveau des quatre relations : à Dieu, à soi, aux autres, à la nature.
S. Emmanuelle se réfère aussi à l’enseignement du pape François dans « Laudato si » qu’elle résume ainsi : tout est lié, tout est don, tout est fragile. La vie monastique, dans son intention profonde, est facteur d’unification de la personne et des personnes entre elles, alors que dans le monde actuel tout est éclaté. En ce sens, un monastère est un lieu paradigmatique de l’écologie intégrale, un lieu où elle peut s’incarner pleinement. Les monastères sont de véritables écosystèmes.
Un arbre, une marche et une prière
A la fin de la plénière sur l’amour de Dieu dans la création, un cèdre est offert par Agnes Abuom, la présidente du Conseil œcuménique, à Frank Mentrup, le maire de Karlsruhe. Il sera planté dans le « Jardin des religions », créé il y a quelques années pour marquer les 300 ans de la ville. Un autre cèdre aussi vieux que la ville s’y trouve déjà. Cet arbre a ce message : « vous ne pouvez pas vivre sans moi » !
Après la plénière, le groupe des jeunes sur le climat a organisé une marche symbolique le long de la zone des tentes d’exposition, avec un appel à la solidarité et l’action sur notre style de vie: « Notre création n’est pas à vendre. C’est le temps de parler moins et d’agir davantage », a conclu une oratrice indienne.
A la fin de cette riche journée, les participants aux vêpres orthodoxes pour la journée de la création ont dit cette prière, avec laquelle je conclus ce deuxième article :
« Protège l’environnement, toi qui nous aimes, car c’est grâce à lui que nous vivons, qui nous sommes animés et que nous existons, nous qui habitons la terre selon ton conseil, afin que nous soyons préservés de la destruction et de l’anéantissement !
Entoure, Christ Sauveur, toute la création de la puissance de ton amour pour les hommes et sauve la terre que nous habitons de la destruction imminente, car c’est en toi que nous, tes serviteurs, avons placé notre espérance » !
Image : la séance plénière sur la création (COE, Hillert)
Quelles sont les attentes du Conseil œcuménique des Églises, ainsi que des autorités locales pour l’Assemblée générale à Karlsruhe qui s’ouvre aujourd’hui, 31 août jusqu’au 8 septembre ? Voici les réponses de quelques personnalités, lors de la première conférence de presse. Trois mots me semble les résumer : rencontre, dialogue et réconciliation.
L’attente d’Agnès Abuom, modératrice du Comité central du COE est que la rencontre de Karlsruhe permette la « célébration du Créateur et de la Vie ». Que les personnes s’accueillent en s’écoutant les unes les autres et que ce qui se vivra ici puisse l’aider à mieux vivre dans son Église et son pays ! Elle souligne l’importance de bien écouter les personnes de peuples indigènes. Elle a été en effet marquée par l’assemblée préparatoire qui leur a été consacrée.
L’évêque Mary Ann Swenson, de l’Eglise luthérienne des USA, vice modératrice du même Comité, espère que cette assemblée nous permettra d’être plus parfaits dans l’amour et de grandir dans le discipulat. « Nous voulons y vivre un oecuménisme du cœur. Que les gens puissent dire comme des premiers chrétiens « regardez comme ils s’aiment », car il y a tant de violences dans le monde ».
Pour le Métropolite roumain orthodoxe Nifon, autre vice-modérateur, une assemblée est l’occasion de partager les joies et les tristesses de la foi chrétienne. Le progrès de l’unité chrétienne visible est son attente principale, mais il ne faut pas négliger les souffrances de ce monde. « Pour les alléger il nous faut être unis. Des éléments humains peuvent diviser les Églises, mais il faut que les Églises travaillent à exprimer la foi qui les unit, pas seulement ce qui les distingue les unes des autres ».
Le théologien orthodoxe Ioan Sauca, secrétaire général par intérim du COE, est convaincu que la rencontre entre chrétiens est indispensable. « Nous ne devons pas attendre d’être d’accord sur tous les points de doctrine pour agir ensemble sur les questions brûlantes actuelles et dans la nouvelle réalité géopolitique. Les Églises font partie de ce monde divisé. Elles ont à apporter un témoignage de réconciliation et d’unité. Lorsque le monde nous regarde, il ne regarde pas à notre théologie, mais à ce que nous pouvons faire ensemble afin qu’il puisse croire ».
A une question portant sur la relation du COE avec l’Église orthodoxe russe qui a soutenu la guerre en Ukraine, il rappelle que le COE est une plateforme pour le dialogue. C’est pourquoi son Comité central, dans sa rencontre de juin dernier, a décidé de ne pas la suspendre. Il a été réjoui par le fait que des jeunes ukrainiens et russes qui ont participé à l’assemblée des jeunes mangent ensemble, malgré les divisions politiques et sociales.
A une autre question concernant l’impossibilité de prendre ensemble la cène (ou l’eucharistie), Il souligne l’importance d’avoir une foi christologique et trinitaire commune – comme l’indique la base théologique du COE – et il critique le relativisme théologique.
L’évêque Petra Bosse-Huber, de l’Église protestante d’Allemagne (EKD) et présidente du comité d’accueil local, espère que le message de l’assemblée sera « Dieu aime la vie, donc il a besoin de nous ». Elle se rappelle que les Églises allemandes ont été invitées à participer à la première assemblée du COE en 1948, au lendemain de la guerre provoquée par son pays. Aujourd’hui, qu’en sera-t-il de l’Église orthodoxe russe ?
Quant à l’évêque Heike Springhart, de l’Église protestante de Baden, elle appelle au dialogue sur les thèmes actuels, pas seulement sur l’estrade, mais aussi dans la rue. « Que nous puissions partager des histoires de réconciliation comme nos parents l’ont fait au lendemain de la deuxième guerre mondiale ».
L’archevêque catholique de la région Stefan Burger espère que cette assemblée permettra des relations de confiance, qui sont le présupposé de bonnes relations œcuméniques.
Enfin, pour le maire de Karlsruhe Frank Mentrup, c’est un grand honneur de recevoir cette assemblée. « Qu’elle soit une fête de la foi chrétienne dans la diversité mondiale ! Que le dialogue qui sera vécu dans cette assemblée soit un exemple pour les autres religions et la société entière et que cette rencontre nous aide à développer une compréhension spirituelle de la nécessité du dialogue », dit-il.
Cette première riche journée a vu la visite du président du gouvernement fédéral allemand, ainsi que les remarquables conférences de la présidente Abuom et du secrétaire général Sauca, ainsi que des interventions de représentants des communautés juive et musulmane. Elle s’est terminée par une joyeuse célébration œcuménique. J’y reviendrai dans le prochain article.
Comment l’expliquer ? Parmi plusieurs facteurs se pose la question de la théologie. Est-ce grâce aux positions théologiques plus confessantes de ses membres et de ses ministres que ces paroisses maintiennent le nombre de leurs fidèles ou grandissent ?
Après les analyses et réactions concernant la décision d’une cérémonie de bénédiction nuptiale, sans vouloir les répéter, le soussigné a adressé aux collègues de sa Région (Joux-Orbe) la réflexion ci-dessous:
En Suisse, le mariage pour tous est désormais applicable par les autorités civiles et l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) l’accompagne d’une offre de bénédiction nuptiale ainsi qu’en a décidé son synode.
Ce choix a sa pertinence comme élargissement de la bénédiction des couples partenariés, il prône la valeur évangélique de l’ouverture à tous et permet à l’Eglise d’être en phase avec l’évolution sociétale.
Cela induit cependant un changement d’orientation notoire qui privilégie une expression uniformisante plutôt que d’offrir une pluralité d’expressions faisant place aux différents types d’unions et d’opinions.
Les fidèles attachés à la définition classique du mariage sont désormais marginalisés et le socle de dialogue œcuménique fortement réduit par rapport aux Eglises du pays qui n’ont pas fait ce choix.
Le refus d’une consultation large qui aurait donné une légitimité forte au choix opéré par le synode affaiblit la représentativité de ce dernier par rapport au peuple de l’Eglise et questionne la réalité du système presbytérien-synodal sous sa forme actuelle.
Qu’en est-il de la plurivocité théologique lorsqu’une nouvelle orientation en évince une précédente plutôt que de s’y ajouter ?
Qu’est devenu le trésor du royaume dont le scribe avisé tire des choses anciennes et des choses nouvelles ?
Que va-t-il advenir de celles et ceux d’entre nous n’ayant ni la liberté ni la conviction de prendre en charge ce nouveau type de bénédiction ? La clause de conscience sera-t-elle maintenue ? Marginalisation de la minorité ou choix des forts de supporter les faibles ?
Ces questions sont délicates car elles impliquent des individus dans leur quête et leur désir de servir Dieu et leur prochain.
Allons-nous faire jouer notre diversité de manière constructive dans le respect mutuel, source de tout vivre ensemble authentique ? – Je l’appelle de mes vœux.
« Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait » (Romains 12,2).
Veut accueillir avec affection et sensibilité, en accompagnant selon l’Évangile – si elles le souhaitent – les personnes homosexuelles ou homosensibles. Il reconnaît leur aspiration à être aimées telles qu’elles sont et à avoir leur place dans la communauté chrétienne. (cf « Le Manifeste Bleu », p. 32)
Affirme que l’Église n’est pas tenue d’adapter sa compréhension du mariage aux évolutions morales enregistrées par la législation civile.
Reste attachéà la définition de la bénédiction du mariage telle qu’énoncée en 2013 par le Synode de l’EERV comme « l’invocation de la bénédiction divine sur un homme et une femme », telle qu’enseignée dans la Bible et confirmée par Jésus-Christ : « N’avez-vous pas lu qu’au commencement, le Créateur fit l’homme et la femme » ? (Matthieu 19,4)
S’interrogesur la rapidité avec laquelle le synode de l’EERV, par sa décision, a renoncé à cette définition pour se conformer à l’évolution sociale, au lieu de chercher un discernement qui respecte la diversité des compréhensions du mariage au sein de l’EERV.
Protesteau sujet du caractère unilatéral des documents préparatoires au synode, clairement en faveur d’une bénédiction nuptiale des personnes de même sexe. Il constate aussi qu’un débat de fond n’a pas eu lieu durant ce synode.
Appellele prochain Synode du mois de novembre à introduire une « clause de conscience » pour les ministres et les personnes exerçant un service dans l’EERV qui refusent une telle célébration. Cette question ne doit pas non plus devenir un critère d’admission pour un ministère dans l’Église.
Invite ceux-ci, dans l’attente du prochain Synode, à signer la « Déclaration sur le mariage pour tous dans l’Église » qui demande en toute humilité et par obéissance à Jésus-Christ, à ne pas se rendre disponibles pour des actes ecclésiastiques qui ne sont pas clairement fondés sur l’Écriture. Laquelle Déclaration a déjà été signée par plus de 200 ministres.
Constate avec tristesse que l’EERV et d’autres Églises réformées en Suisse se distancient de la plupart des Églises chrétiennes sur cette question, ajoutant ainsi des obstacles à la communion ecclésiale.
Exhorte le Conseil synodal et le Synode à exercer leur ministère d’unité en respectant la diversité des points de vue présents dans l’EERV sur ce sujet clivant.
Malgré les déceptions accumulées ces dernières années sur ces questions, nous continuerons à appeler la lumière de Jésus-Christ sur notre Église réformée.
Que Dieu nous donne de veiller sur nos cœurs plus que tout !
Que l’Esprit saint nous inspire « à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix, en confessant la vérité dans l’amour pour grandir vers le Christ », en vue d’un témoignage chrétien vivant et cohérent dans notre société (Éphésiens 4,1-16) !
Une prédication de Vincent Schmid, Temple de Malagnou, 11/4/2021
Lectures : Daniel 12 :1-4 et 1Co 15 , 12-19
Le weekend de Pâques dernier, un journal romand a cru de bon ton de publier en pleine page un article intitulé : « Jésus, trop bien pour être crucifié ? ».[1] Le papier, émanant d’une agence de presse protestante – (malchance pour nous…) – fait l’éloge d’une figure littéraire du Coran qui se nomme Issa et qui est une construction musulmane tardive à propos de Jésus. Il s’agit d’une construction très problématique puisque selon le Coran cet Issa/Jésus n’est jamais mort sur la croix et n’est jamais ressuscité. Il était trop bien pour ça, selon l’article manifestement admiratif.
Passons sur l’indélicatesse dont témoigne une telle publication à l’égard du lectorat chrétien le jour de Pâques. La provocation fait vendre, vieille ficelle… Ce qui est grave à mes yeux est qu’à aucun endroit de l’article cette construction n’est mise en perspective. La vérité n’est jamais dite, à savoir qu’il s’agit en fait d’une attaque en règle contre l’essence même de la foi chrétienne. En forgeant leur Issa, le ou les rédacteurs du Coran savaient parfaitement qu’ils visaient au cœur de ce qui constitue l’Évangile. Ils ont voulu décrédibiliser Jésus-Christ au profit de leur prophète.
Cet Issa/Jésus n’est pas un possible trait d’union entre les cultes et cultures, comme le prétend un certain irénisme naïf à la mode, mais tout le contraire. Il s’agit d’une fin de non-recevoir et d’un rejet catégorique de ce que Saint Paul affirme : « Si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine… »
Quelques remarques maintenant à propos de ce passage des Corinthiens.
Première remarque
On n’a pas attendu le Coran pour avoir des doutes à propos de la résurrection de Jésus. Il y en a dans l’Église de Corinthe qui disent que… ; il y a Hyménée et Philète; il y a la figure de Thomas dans l’Évangile de Jean et le commentaire qui l’accompagne ; il y a celles qui pensent qu’on a volé le corps ; il y a les philosophes d’Athènes qui éclatent de rire au nez de Paul ; il y a le gouverneur romain Festus qui s’inquiète de sa santé mentale…
On ne peut vraiment pas dire que les textes du Nouveau Testament éludent la difficulté ! En face du doute raisonnable, ils placent le saut de la foi, ce qui est la seule et unique alternative. Tout le monde comprend que l’enjeu est considérable. En effet quelque chose (la résurrection de Jésus) qui ne peut faire l’objet d’aucune explication naturelle donne son sens à ce que nous chrétiens croyons et disons.
Deuxième remarque
La résurrection n’est pas au départ une idée chrétienne… Ce ne sont pas les chrétiens qui l’ont inventée, on y croyait bien avant eux et en dehors d’eux. On la trouve déjà sous la plume du prophète Daniel. Depuis elle n’a cessé de prendre de l’importance au point de devenir un pilier de la foi juive. Le Talmud expose que chaque passage de la Bible, n’importe lequel, implique la résurrection mais nous n’avons pas suffisamment de finesse d’esprit pour l’apercevoir.
C’est une idée au fond assez simple, étroitement liée au Dieu créateur. Si Dieu est celui qui a créé une fois, au commencement du monde et des choses, pourquoi n’aurait-il pas la capacité de créer à nouveau ? Rien ne l’empêche. Les maîtres anciens recourent à l’image du souffleur de verre. Si un vase de verre créé par le souffle de l’homme vient à se briser, il peut être refondu et recréé. A plus forte raison, le souffle de Dieu peut recréer ce qui est mort, littéralement ressusciter ses créatures.
Seulement cette résurrection est située d’ordinaire à la fin des temps. A Jésus qui lui dit : Ton frère (Lazare) se relèvera de la mort, Marthe répond : Je sais qu’il se relèvera lors de la résurrection des morts, au dernier jour. C’est la conception orthodoxe à l’époque de Jésus.
Mais cette conception orthodoxe reste dans le domaine des idées, elle est abstraite, lointaine, renvoyée à la fin de l’Histoire. J’attire votre attention sur ce point très important.
Troisième remarque
J’en viens à la formule de Paul : Si Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine. Vaine est un adjectif qui n’a pas été choisi au hasard. Une chose vaine est une chose sans réalité, sans contenu, sans efficacité. Une simple illusion. Si Christ n’est pas ressuscité notre foi est une illusion.
Ici Paul nous fait sursauter. Il a l’air de penser que toute notre foi se résume à la seule résurrection de Jésus. Mais est-il impensable d’imaginer une foi sans Jésus-Christ ressuscité ? Que devient tout le reste ? Car enfin on n’a pas attendu le matin de Pâques pour croire en Dieu! Que devient le Dieu créateur de la Genèse? Que devient le Dieu éthique qui inspire à Moïse ses commandements ? Que devient le Dieu intérieur, intime, que Jésus a appelé « mon Père » ? Est-ce que ça, ce n’est rien à croire, vain, illusoire ?
Je me permets de répondre à la place de Paul : Toutes ces croyances orthodoxes sont belles et bonnes mais elles restent dans le domaine des idées abstraites, elles constituent une forme d’idéologie parmi d’autres, pas plus.
Ce que veut dire l’apôtre est ceci. Il est vain de croire que Dieu a agi il y a très longtemps dans le passé et de spéculer qu’il agira à la fin des temps s’il n’agit pas ici et maintenant dans la vie des hommes pour la transformer. La résurrection de Jésus est la manifestation au présent de la créativité divine, ininterrompue depuis le commencement des jours et jusqu’à la fin des jours. Le tombeau vide a donné une réalité, un corps c’est le cas de le dire, à une idée religieuse qui préexistait. Ce qui était abstrait est devenu concret. Comme au Sinaï, au jardin de Gethsémané Dieu a agi, Dieu a parlé. De nouveau.
Du coup effectivement l’Ecriture sainte, de la première ligne à la dernière, ne parle que de cette réalité, celle de l’action de Dieu ici-bas.
Ou bien Dieu a les moyens d’agir ou il ne les a pas. Ou bien il est celui dont le prophète Jérémie dit que lui seul a le pouvoir de créer quelque chose de nouveau en ce monde ou bien il n’a pas ce pouvoir. Ou bien il est une énergie spirituelle qui se déploie ou bien rien du tout. Dans ce dernier cas oui, c’est une illusion, les Écritures sont un recueil d’émouvantes historiettes. Il n’y a rien à prêcher, rien à croire, plutôt que de perdre notre temps dans cette assemblée, nous ferions mieux d’aller boire un café – pour autant que les cafés soient ouverts…
Quatrième remarque
Il y a des conséquences dont la principale est celle-ci : Si le Christ n’est pas ressuscité, vous êtes encore dans le péché. Qu’est-ce à dire ? Dans le péché nous demeurons prisonniers la culpabilité, écrasés par le poids de nos fautes, sans jamais pouvoir nous en dégager. Une vie dans le péché est une vie dans laquelle le pardon n’existe pas. Pas de pardon donc pas deuxième chance, pas de recommencement, pas de changement véritable, pas de relance de la vie.
Vous me demanderez: Qu’a à voir cette histoire de pardon ici? Tout, absolument tout. Qu’est ce qui se passe quand on accorde le pardon à quelqu’un qui vous a offensé et qui vous le demande ? On recrée une nouvelle relation. On rétablit quelque chose qui était mort.
Donc si Dieu n’a pas la capacité de ressusciter maintenant, il n’a pas non plus celle de pardonner efficacement. Le pardon est une forme de re-création, de résurrection intérieure, qui apaise ma relation avec les autres et m’allège suffisamment pour que je puisse poursuivre le fil de mon existence ? Tel est le cœur de l’expérience chrétienne.
Si le pardon reste abstrait, rien ne change et la culpabilité s’accumule. Si le pardon est efficace, alors il y a un relèvement et je peux connaître une nouveauté de vie.
Pour le dire autrement, si le Christ n’est pas réellement ressuscité, la grâce est un vain mot ! On retombe dans le système des mérites et de la quête éperdue (ô combien vaine elle aussi !) de l’autojustification et de l’impossible innocence. Exactement ce que nos Réformateurs ont combattu.
Ce n’est pas faire injure à la religion à laquelle se réfère l’article que j’ai cité en commençant de rappeler qu’elle se présente comme un système judiciaire des mérites et des œuvres particulièrement rigoureux. Un code pointilleux, culpabilisant et punitif (en islam l’enfer commence dès la mise en terre du défunt !) qui divise tout en permis / défendu, pur / impur, etc…. C’est le retour à la malédiction de la Loi contre laquelle Paul s’est élevé tout au long de ses écrits.
Voilà pourquoi si Christ n’est pas ressuscité, nous demeurons dans le péché.
Peut-être vous me trouverez ce matin un ton un peu polémique. Je ne le pense pas. Notre époque mondialisée est en train de connaître, par la force de choses, des changements de civilisation. Sans qu’elle l’ait cherché d’aucune façon, la foi chrétienne se trouve questionnée publiquement dans son contenu par des croyances autres, étrangères. Elle ne peut faire autrement, sous peine d’extinction, que d’assumer une part de controverse, de manière certes toujours mesurée, courtoise mais ferme. Belle opportunité pour se redéfinir pour ce XXIème siècle.
Se redéfinir et bien sûr vivre ce qu’on croit. En luttant contre les puissances et les dominations qui maintiennent les êtres humains sous leur joug. En sachant pardonner quand il le faut, en répondant au mal par le bien, et en pariant sur les victoires toujours provisoires de la vie dans l’espérance qu’elles auront la victoire finale. Amen.
Vincent Schmid, Temple de Malagnou, 11/4/2021
[1] « Jésus, trop bien pour être crucifié ? » sur 24H du 4 avril 2021 par Anne-Sylvie Sprenger , Agence de presse Protestinfo
Nous publions un stimulant article du pasteur Vincent Schmid qui appelle l’Eglise réformée à retrouver ses racines, par une claire confession de foi et un culte renouvelé.
Quelle que soit la société qui se profile, notre Église réformée y sera forcément minoritaire. Indépendante des pouvoirs politiques, elle ne tiendra que par son centre, par ce qui la constitue de façon spécifique, par la clarté de son message et la vigueur de sa foi.
Elle tirera sa force d’inspiration de la tradition dont elle est dépositaire, vivant et diffusant le message de l’Évangile dans la ligne de la Réforme.
Au sein de la société globale, elle jouera le rôle de témoin de la présence secrète de Dieu (Ellul) dans ce monde ambigu en répercutant une Parole adressée à tous.
Elle sera l’Église Source, un peu à l’image de ce que furent les abbayes au Moyen Age. La source sera disponible pour quiconque viendra s’y abreuver, durablement ou transitoirement.
A quelqu’un qui lui demandait ce que les protestants devraient faire pour améliorer leur communication, le publicitaire Jacques Séguéla a fait cette réponse étonnante: « Les protestants doivent faire ce qu’ils savent faire, le faire bien et le faire savoir. »
Nous publions le message prononcé par le pasteur Vincent Schmid à l’occasion de la célébration « Dies Judaïcus » (Le jour du Judaïsme), le 13 mars 2022 en l’Église Saint-Antoine de Padoue, Genève
Jusqu’à ce point dans le récit biblique il était question de l’alliance générale que Dieu contracte avec tous les êtres vivants à la suite du déluge, que l’on appelle l’alliance noachique.
Maintenant est mentionnée pour la première fois dans le texte l’alliance spécifique passée avec Abram. Comme vous le savez, dans la Bible une première mention est importante parce qu’elle livre le berceau de sens.
L’alliance dont il s’agit ici a un contenu: la promesse d’un peuple nombreux et la promesse d’une terre pour ce peuple.
Il s’agit d’une initiative de la part de Dieu dans laquelle il engage sa Parole.
Dieu conclut un pacte dont il se porte garant.
Je veux en souligner la dimension juridique. Parce que l’alliance est fondée en Dieu et sa Parole, elle offre une sécurité de droit absolue. La sûreté et la solidité de l’alliance sont sans commune mesure avec ce dont l’homme est capable et ce dernier ne peut en aucune manière la défaire. L’alliance est immuable comme la Parole de Dieu elle-même.
Certes elle sera par la suite rappelée à diverses reprises et complétée au Sinaï par le don de la Loi : un peuple, une terre, une loi…
Mais en aucun cas elle n’est susceptible d’être remise en cause ou remplacée, pour la raison que Dieu ne revient jamais sur sa Parole.[1]
Ces considérations basiques sont de grande conséquence pour les chrétiens que nous sommes, quelle que soit par ailleurs la communion à laquelle nous nous rattachons. J’en vois trois principales.
Contrairement à une errance théologique que l’on espère définitivement dépassée, il n’y a pas de substitution possible d’une alliance par une autre dans le projet de Dieu. Il est inconcevable qu’un peuple, celui d’Abram, soit remplacé par un autre peuple, celui de Jésus-Christ. Cela est impossible parce que Dieu ne se dédit jamais (ses promesses sont sans repentance écrit l’apôtre) et qu’il ne peut se mettre à maudire un beau matin ce qu’il bénissait la veille. Car alors il ne s’agirait plus du même Dieu.
Donc il appartient aux chrétiens de clarifier leur propre rapport à l’alliance (par exemple qu’appellent-ils « nouvelle alliance », question ouverte ?) et par extension au judaïsme. St Paul encore donne la direction : ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte…
Ensuite s’impose à nous une autre logique de lecture et d’interprétation. Puisque les chrétiens ont tenu à arrimer leurs propres textes à la Bible juive, qu’ils apprennent à lire !
Sachons envisager les Évangiles à partir de la Bible et de la tradition juives et pas l’inverse. C’est la racine qui porte le rameau et pas le contraire. Un peu d’humilité ne nuit pas et surtout ouvre sur de nouveaux champs de compréhension et de nouveaux positionnements.
Enfin le retour des chrétiens à la source juive qui est à l’origine de leur propre élaboration spirituelle est sans doute une condition essentielle de l’avancement de leur dialogue œcuménique interne. Sans cet éclairage décisif, nous risquons fort de tourner en rond.
Prendre conscience de notre relation commune à l’alliance est certainement la clé d’une meilleure compréhension entre nous.
Puisse l’Esprit Saint nous en donner le désir et l’énergie
Amen
[1] Ce point a beaucoup retenu l’attention de Jean Calvin. Dans l’Institution Chrétienne, il affirme que « l’alliance faite avec les Pères anciens en sa substance et vérité est si semblable à la nôtre qu’on peut la dire une même avec icelle ». Il ajoute que « le peuple d’Israël est pareil et égal à nous en la grâce de l’alliance » (II, 10).
Concernant la différence entre les deux Testaments, il écrit « je reçois volontiers toutes les différences que nous trouvons couchées en l’Écriture, mais à telle condition qu’elles ne dérogent rien à l’unité que nous avons déjà mise, comme il sera aisé de voir quand nous les auront traitées par ordre » (II, 11).
Sur la relation entre Jean Calvin et les juifs, lire ci-dessous l’étude de Vincent Schmid.
Dommage que je n’ai pas le droit de vote, je suis étrangère…
Ce qui me rend perplexe, c’est que, si j’avais le droit de voter, une large partie de la population aurait décidé d’avance que mon vote serait inacceptable, homophobe, intolérant …
Car, oui, je voterais contre le mariage et l’adoption pour tous : je crois que Dieu a un autre projet pour l’humanité.
Oui, il y a beaucoup de questions auxquelles je n’ai pas de réponse.
Mais je crois que, pour un chrétien, le mariage se fonde sur une promesse biblique : « Dieu créa l’humain à son image, homme et femme, « mâle et femelle » il les créa (Genèse1, 27) … « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et ils deviennent un seul être. »(Genèse 2, 24, repris par Jésus en Matthieu 19, 5 et 6, où Jésus conclut : » Que l’humain donc ne sépare pas ce que Dieu a uni. » C’est de la bénédiction d’un CHOIX qu’il s’agit ici, non pas de la bénédiction d’une personne.
C’est pour cela que – à tort ou à raison, mais c’est ma liberté, non?! – j’étais contre le rite de bénédiction des couples homosexuels : simplement parce que je ne découvre aucun fondement pour une telle union dans les textes bibliques, et je ne peux pas l’inventer.
Et à nouveau : il ne s’agit pas de la bénédiction d’une personne – au nom de qui et de quoi refuser cela? – mais de la bénédiction d’un CHOIX de ces personnes.
Et de dire dans ce contexte que Dieu, « dans son grand amour », accepterait et validerait tous nos choix, ne correspond pas, mais alors pas du tout à ce que je lis dans les textes bibliques, que ça concerne ce choix particulier – ou d’autres.
Donc, non, je ne pourrais pas entrer en matière pour présider un tel rite. Et, contrairement à ce qu’on veut me faire croire, non, ça ne serait pas par manque d’amour. Ça serait par une autre DÉFINITION de l’amour.
Pourquoi, à ce moment-là, on me déclare intolérante? Parce que je choisis ce qui me semble juste? En sachant que je peux me tromper ?
Mais au nom d’une soi-disant tolérance on décide que mon choix est faux, nul. Pire, que ce choix me placerait contre la communauté LGBT+.
Mais depuis quand je serais contre une personne ou un groupe parce que je ne suis pas d’accord avec son/leur choix?! Ça ressemble beaucoup à la manipulation…
Ben non, je ne suis pas contre un groupe. Ben oui, je suis contre leur choix. Surtout quand ce choix concerne aussi l’adoption d’un enfant.
Mais alors (j’ai entendu lors de l’émission Infrarouge traitant de ce sujet) je suis considérée comme homophobe. Ça me fait froid dans le dos. Et qui sait, dans un avenir peut-être pas si lointain que ça, on va déclarer que c’est un choix « haineux », donc punissable.
Au fond, ça veut dire que je n’ai plus le droit de penser, de dire et de voter comme je pense ( sous condition que ça soit dans le respect, bien sûr). Mais que je dois penser, dire et voter comme une large partie de la population m’impose de penser, dire et voter.
Mais on va où là ?!
Et pourquoi, dans une large partie de l’Église, on me dit qu’il faut que je veuille le mariage pour tous parce que Dieu accueille et aime tous, inconditionnellement?
Bien sûr que Dieu accueille et aime tous inconditionnellement! La question n’est pas là !
La question est : Qu’est-ce que mon Dieu pense, lui? Qu’est-ce qu’il dit, lui? Dieu aime tous mais Dieu n’aime pas tout. Et c’est à moi, personnellement, de discerner ce qu’il pense à ce sujet. A nouveau, en ayant le droit de me tromper.
Pourquoi, dans mon église, pour « nourrir et animer le débat » entre deux groupes, on confie ce mandat à … un des deux groupes?!
Tout en proclamant haut et fort qu’on est multicolore et que chacun doit respecter l’opinion et le choix de l’autre? Drôle de multitudinisme, ça. Bizarre. Ça fait plus pensée unique que volonté de respecter les couleurs multiples.
Je résume :
Avec l’argumentation de la tolérance on essaye de m’imposer une façon de penser.
Avec l’argumentation d’aimer mon prochain on essaye de m’imposer une définition de ce que ça doit être, mon amour pour le prochain.
C’est grave, ça.
Car si je dis ces paroles publiquement, je risque d’être mise de côté, exclue, insultée. Bon, je peux assumer ça. Mais ce n’est pas bon signe pour une démocratie.
Alors il me semble qu’il y a un sacré enjeu ce 26 septembre :
Non pas seulement ce qu’on va voter, quel sera le résultat.
Mais aussi COMMENT, pour quelles raisons, dans quel climat et avec quelle attitude on va voter.
Il y a un sacré enjeu caché que j’ai juste envie de sortir dans la lumière :
Mariage pour tous? Que chacun décide selon ce qu’il/elle pense juste. Que chaque chrétien décide ce qui lui semble, honnêtement, être la volonté de Jésus-Christ.
Mais cela veut dire aussi :
Libre opinion pour tous ( et je répète : dans le respect de l’autre).
Libre choix spirituel pour tous.
Libre choix pour tous de proclamer l’Évangile comme on le comprend.
Libre choix pour tous de dire comment on comprend et définit l’amour.
D’abord l’amour de Dieu pour nous :
je ne peux pas voir cet amour indépendamment de tout Son Être, toute Sa volonté, toutes Ses paroles.
Ensuite l’amour de nous pour Dieu : le premier commandement, la toute première Priorité, AVANT l’amour pour le prochain! L’amour qui doit nourrir, encourager et transformer notre amour pour le prochain.
Et enfin l’amour pour nous-mêmes.
Que le Seigneur nous vienne en aide, le 26 septembre, pour discerner comment Lui définit l’amour.
A la suite de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), la plupart des Églises réformées de Suisse romande, se sont engagées dans le débat sur le mariage pour tous. Cet engagement, le plus souvent unilatéral, provoque en moi trois questions après avoir consulté les sites internet de ces Églises.
Sur la page d’accueil de l’EERS, on lit en effet cette annonce : « L’EERS confirme son oui en faveur du mariage pour tous», et à droite une invitation à une soirée de réflexion avec ces deux questions : « L’amour pourrait-il être un péché ? Qui sont celles et ceux qui souhaitent le mariage pour tou·te·x·s (sic), et pour quelles raisons ? »
Elle rappelle également « son devoir d’unité en organisant le débat, sa capacité institutionnelle à susciter et à accepter le débat, l’ouverture d’esprit nécessaire à l’expression des différentes sensibilités et appréciations, la richesse d’expressions cohabitant dans l’EERV ».
Toutefois dans sa communication et durant les neuf soirées organisées par le groupe « Église inclusive» une seule position sera déclinée. Ceux qui pensent autrement n’ont pas été invités à débattre parmi les préopinants, alors qu’ils l’avaient demandé.
L’Église réformée évangélique du canton de Neuchâtel ne s’est pas engagée, mais a placé sur la page d’accueil de son site un article sur une « 🌈 Célébration œcuménique en faveur du mariage pour tou·tes». Est-ce une prise de position implicite ? L’Église évangélique réformée du canton de Fribourg mentionne aussi cette célébration en annonçant que le synode empoignera le thème de l’élargissement du mariage le 11 septembre prochain. Les liens internet auxquels elle renvoie sont tous en faveur du mariage pour tous.
Comme l’EERV, l’EERS organise des tables rondes sur ce thème. La première a eu lieu au « Lab », à Genève, le 2 septembre dernier. Le pasteur Pierre-Philippe Blaser, membre du conseil de l’EERS a affirmé à cette occasion le désir de son conseil « d’ouvrir le dialogue le plus largement possible » (Minute 7.10 de la vidéo). Mais on n’a entendu qu’un seul son de cloche dans les diverses interventions durant cette rencontre : un oui retentissant au mariage civil pour « tou·te·x·s » !
Seule l’Église réformée évangélique du Valais reste en retrait : aucune allusion au débat en cours sur son site ! Est-elle la mauvaise élève de l’EERS ou exerce-t-elle simplement la vertu de prudence dans un débat clivant ?
On verra de quelle manière cette diversité s’exprimera : la preuve sera donnée par l’acte ! Mais en regard de l’absence de débat équitable à Genève et à Lausanne, du silence (complice ?) de Neuchâtel et de Fribourg, trois questions légitimes surgissent. Je les ai formulées avec un groupe qui s’est réuni récemment.
Comment les conseils d’Églises conçoivent-ils le débat pluraliste ?
En ne présentant qu’une seule position, celle en faveur du mariage pour tous, la communication actuelle de plusieurs Églises est unilatérale. D’autres arguments que ceux affirmés sur les sites internet (ou dans le magazine « Réformés ») n’ont pas eu de place, et à ce stade, cette communication donne l’impression d’une « pensée unique ».
Comment parler alors de « richesse d’expressions cohabitant dans l’Église », si une partie de celle-ci n’est pas représentée et entendue ? Pourquoi le respect du pluralisme dans l’Église – revendiqué à tel point qu’il est presque devenu une « cinquième note » de l’Église – n’est-il pas pratiqué dans le cas présent ?
Cette communication est à mon sens contraire à l’esprit du « discernement par consensus », auquel la Communion mondiale des Églises réformées invite ses Églises membres. Dans cette démarche, le « Hearing » (l’écoute des divers points de vue) est essentiel, mais en l’occurrence d’autres positions n’ont pas été invitées à se faire entendre.
Cette ecclésiologie se caractérise par un va et vient entre la base et le synode. Est-il légitime de relayer la décision du Synode de l’EERS de soutenir le mariage pour tous, et partant, sa célébration ecclésiale, sans consultation de la base de nos Églises ?
Une commission de l’EERV s’était penchée sur cette question en 2006. 90% des réformés d’alors n’étaient pas favorables à la bénédiction d’un mariage de personnes de même sexe, à la suite d’une consultation des paroisses de l’EERV.
J’ai peine à croire que les mentalités dans l’Église réformée aient évolué à ce point que seule une petite minorité y serait aujourd’hui opposée. Par ailleurs, où est-il écrit que l’évolution sociale serait un critère déterminant pour l’Église ?
Pourquoi l’Église réformée devrait-elle prendre position pour ou contre l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe ?
Les conseils d’Église ne devraient-ils pas plutôt reconnaître qu’il y a des positions divergentes dans leur Église ? Un conseil devrait exercer son « devoir d’unité » en communiquant qu’il est conscient qu’il y a dans l’Église des convictions et des sensibilités différentes sur ce sujet, ce qui conduit à des réponses différenciées en son sein.
Un conseil doit aussi faire œuvre de paix en ne donnant aucune consigne de vote et en encourageant un débat équitable et si possible serein à ce sujet. Le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) avait déjà appelé à cela le Conseil synodal de l’EERV.
De plus, le silence d’un conseil sur cette question pourrait être interprété comme une prise de position implicite en faveur du mariage pour tous, surtout lorsque le magazine « Réformés » ou d’autres moyens d’information ecclésiaux proposent un traitement unilatéral de ce thème.
J’espère qu’à l’avenir les conseils favorisent un débat équitable en reconnaissant qu’il y a une réelle diversité d’opinions au sein des Églises réformées sur cette question…et sur bien d’autres !
A défaut de cela, la perspective « inclusive » devient excluante pour une large partie de l’Église.
martin.hoegger@gmail.com
Note : cet article a aussi été publié sur mon blog du site Réformés
Nous sommes surpris parce que nous espérions que le nouveau Conseil synodal chercherait à mieux respecter les divers courants théologiques au sein de notre Église. Or nous constatons qu’une seule position est présentée dans les vidéos qui sont diffusées en première page du site de l’EERV, contrairement à ce qui est annoncé :
« Depuis octobre 2020 le Groupe Église Inclusive a un mandat du Conseil Synodal pour diffuser une information impartiale et objective sur le Mariage pour Toutes et Tous. »
Cet engagement militant en faveur du Mariage pour tous nous semble manquer de respect pour la large diversité présente dans notre Église. Cette prise de position choque non seulement le courant évangélique, mais d’autres courants présents dans le Rassemblement pour un Renouveau Réformé (R3).
Nous estimons en effet qu’une grande partie des paroissiens actifs dans notre Église est mal à l’aise avec ce positionnement. Un sentiment diffus les incite à refuser, mais ils n’arrivent pas à le formuler, car ils sont muselés par le « politiquement correct ».
Pour mémoire, nous rappelons le résultat de la consultation des paroisses de l’EERV au sujet de l’homosexualité. Le rapport du CS de l’époque constate : « Un consensus très large (quasi-unanimité) se dessine quant au refus de cérémonies de mariage pour des couples homosexuels. Le langage exprimant le refus est particulièrement vif et tranché. Il n’est pas rare de voir des précisions disant que ce refus vaut pour toute cérémonie quelle qu’elle soit » (Rapport du Conseil synodal sur l’homosexualité, 26 novembre 2007, p.8).
Pour mémoire encore, nous rappelons la décision du Synode du 22 juin 2013, qui a modifié ainsi l’article 274 du Règlement ecclésiastique :
« La bénédiction de mariage est l’invocation de la bénédiction divine sur un homme et une femme mariés à l’état civil ».
Pour mémoire toujours, nous rappelons trois textes qui ont reçu un large soutien :
D’abord, la « Déclaration de Cugy » signée par plus de 3’000 membres de notre Église au lendemain de la décision du synode de novembre 2012 qui avait décidé d’autoriser la bénédiction des couples de même sexe.
Puis la «lettre ouverte» destinée à l’Assemblée des délégués de la Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS) de novembre 2019. Cette lettre a recueilli en deux semaines plus de 6000 signatures de paroissiens réformés.
Enfin la « Déclaration sur le mariage pour tous dans l’Église » qui rappelle l’autorité des Écritures. Elle a été signée par plus de 200 pasteurs et théologiens des diverses Églises réformées de Suisse, suite aux prises de position de la FEPS. Le R3 y a aussi contribué.
Pour un authentique respect de la diversité – exigence fondamentale d’une approche inclusive – nous demandons au Conseil synodal donc d’adopter un positionnement plus nuancé, qui tienne compte de la réalité du terrain.
D’autre part, puisqu’il affirme son « devoir d’unité en organisant le débat », nous demandons instamment d’inclure, de manière équitable, des personnes qui sont d’un autre avis que le groupe « Église inclusive », dans la tournée cantonale d’information qu’il prévoit en septembre.
Cela nous semblerait plus cohérent…
… avec le passé récent de l’EERV et tous les débats qui ont agité notre Église entre 2008 et 2013,
… avec la pratique de notre Église de respecter la pluralité des interprétations,
… avec les axes stratégiques que le CS a choisis, en particulier l’accent sur l’enfance et les familles.
Nous n’ignorons pas que la nouvelle loi sur le mariage (pour tous !) cherche à corriger une inégalité entre couples hétéro- et homosexuels mais qu’elle en crée deux nouvelles : entre les couples de femmes et les couples d’hommes (ces derniers n’ayant pas accès à la procréation assistée). Puis, surtout, entre les enfants qui auront une maman et un papa et ceux qui ne pourront pas bénéficier de cette altérité voulue dès l’origine par notre Créateur.
A ce sujet nous partageons l’avis de Suzette Sandoz, ancienne conseillère nationale et membre du synode qu’« en donnant l’impression que le seul problème à résoudre est l’égalité entre les goûts sexuels justifiant le mariage pour tous sans y lier immédiatement – comme l’a fait le législateur – la question du droit à l’enfant pour tous, l’Église trompe son monde. Elle fuit la clarté, elle entretient la confusion, cette confusion qui a, autrefois, contribué à « faire de la Maison de Dieu une caverne de voleurs ». (Réformés, 14 juin 2021).
Nous avons donné la parole à Pierre-Alain Blanc qui réagit à l’article « L’EERV lance la campagne sur le mariage pour tous ». Son texte a pour but d’ouvrir le débat en se confrontant avec la culture, ainsi qu’avec la société et la théologie. P.A. Blanc, de confession catholique, est enseignant dans le canton de Neuchâtel. Il a particulièrement à cœur les implications pédagogiques du débat.
Dans le débat pour le mariage pour tous, on aimerait familiariser le public avec deux arguments implacables, partant du principe que NOUS, bons citoyens, bonnes citoyennes sommes forcément « pour l’Égalité » et « contre la discrimination… », et, que cela suffirait à nous donner bonne conscience et à voter, OUI – comme la majorité bien-pensante – à la votation concernant le mariage civil pour tous.
Les réflexions suivantes ont pour but d’élargir le sujet et constater que les répercussions touchent différents domaines de la science, de la culture et de la société contemporaine.
Approche linguistique
Sur le plan linguistique, le néologisme « Église inclusive » utilisé dans le texte mériterait une précision. Comment expliquer un tel concept à un individu lambda ? L’utilisation d’une langue quelconque s’inscrit dans un « savoir-commun », généré par un groupe de locuteurs ou à une communauté langagière. À entendre les réactions que suscitent la prise de position de L’EERV, on a l’impression, vu de l’extérieur, qu’il s’agit d’un groupe peu homogène.
Définir le mariage de façon précise et claire – ne signifie pas implicitement que les protagonistes d’un mariage « traditionnel » veulent discriminer ou exclure, comme veut le suggérer l’article. Ce point de vue est réducteur. De quel mariage parle-t-on ? Il s’agit, toujours au plan du langage, de trouver une formulation adaptée, de procéder à une distinction sémantique, de se mettre d’accord sur le sens des mots afin de décider, en connaissance de cause.
Approche éducationnelle
Bien que cela ne soit pas le propos de l’article, je pense que l’aspect éducationnel ne doit pas être oublié dans ce débat. Le regard, comme insiste le pape François dans « Amoris Laetitia », doit englober aussi « ce qui fait le cœur de la spiritualité chrétienne : la famille ». Au sein de nos Églises et communautés, un soin particulier est porté à la transmission de valeurs chrétiennes aux jeunes. Par exemple, lors de préparation aux sacrements ou de l’éveil à la foi. L’aspect spirituel, éducatif et social contribue à cette démarche.
Le choix de l’approche pédagogique, surtout en lien avec des thèmes liés à l’affectivité ou à la sexualité, n’est pas anodin. Ce souci d’adopter la bonne mesure fait écho à la « mainmise », aujourd’hui, de la théorie du « gender » dans ce contexte, et, bien sûr en lien avec le rôle que joue ici la famille. De l’adhésion ou non à l’ « idéologie du gender » va dépendre notre position sur le sujet proposé en votation. Beaucoup de Chrétiens n’adhèrent pas à cette vision, sans montrer pour autant une attitude discriminatoire envers la communauté LGBTQ+ que l’EERV a choisi de défendre.
Mais, pour ne pas rester seulement au plan de la critique, il faudrait définir ou envisager quelques aspects qui ne doivent pas manquer dans une approche chrétienne :
Au Val-de-Travers, j’étais fasciné, lorsque le pasteur de l’Église réformée évangélique de Neuchâtel – dans le cadre du cours de religion que nous animions ensemble – parlait aux jeunes sur le thème de la création. Les termes choisis, tirés des deux textes bibliques sur la création, renvoient à des principes d’harmonie, de mesure ainsi qu’à des notions de distinction et de complémentarité etc. Je n’avais jamais perçu aussi clairement auparavant cette trame si ordonnée, naturelle, harmonieuse et « très bonne ».
Récemment, j’ai pris l’initiative de réagir à la position du comité du parti Vert libéral neuchâtelois sur la question du mariage. Liée à cette notion naturelle et harmonieuse de la création dont il est question plus haut, je leur ai demandé, si le mariage, tel que défini entre un homme et une femme, ne s’apparente pas, d’une certaine manière, à l’optique d’un parti fondé sur des principes naturels, écologiques. La réponse d’un membre du comité ne s’est pas fait attendre. Elle fut claire et définitive. Pour lui, toutes celles et tous ceux qui touchent à la « sacrosainte » égalité n’ont pas droit au chapitre. Ma position posait donc une limite inacceptable aux yeux de mon interlocuteur.
Formé à la pédagogie « TeenSTAR » qui a pour but de transmettre le sens d’une sexualité globale et responsable à des jeunes, je me pose la question cruciale suivante : comment transmettre aux générations futures une éthique sexuelle responsable, suscitant l’émerveillement pour la création et au centre de laquelle la question du mariage, du bonheur prendrait sens. Les chrétiens, femmes et hommes, doivent s’engager sur ce terrain si important. Une alliance avec le politique est incontournable si on veut avoir une incidence réelle, par rapport simplement au contenu de l’enseignement prodigué.
Bien que tourné vers l’apprentissage des langues et l’éducation, je conclus mon questionnement par des considérations plus en lien avec le domaine de la théologie et de l’Église, auquel se réfère l’article.
Aspects théologiques et œcuméniques : quelques questions…
Le terme de « débat démocratique », auquel fait allusion M. Coduri dans le texte, me surprend. Il parle même d’« une seule théologie ». J’ai toujours supposé que les Chrétiens se référaient à un patrimoine commun…
Chrétiens, ne sommes-nous pas garants de cette vision naturelle, ordonnée, harmonieuse décrite dans les deux textes de la Création ? Et, pour rester concret, comment cela devrait-il se traduire dans la pratique ?
Dans une optique œcuménique, je constate que l’article parle de « Notre Église qui se bat contre toute forme de discrimination… ». Je me sens interpellé : l’Église catholique ne partage donc pas ce but ?
Que reste-t-il de cette « désobéissance chrétienne et civile », de ces positions courageuses, à contre-courant, « anti-mainstream », pas mondaines du tout, auxquelles des icônes de nos Églises nous ont habitués tout au long de l’histoire ?
Quelle attitude doivent adopter les Églises et leurs conseils envers leurs membres lors de votations sur des sujets sociétaux si sensibles ? Comment parvenir à un discernement ? Cette perspective d’opinion unique, n’est-elle pas contradictoire à la liberté de conscience ? Cela ne constitue-t-il pas également une source programmée de conflits qu’il serait préférable d’éviter ? Ne dérapons-nous pas dans le domaine politique lorsque nous attribuons à une Églises le droit de donner un préavis sur un tel sujet ?
Je trouve étonnant et courageux que des groupes catholiques ainsi que différentes sections du Parti évangélique – pas forcément sur la même longueur d’onde sur d’autres sujets – unissent leurs forces, à travers le pays, pour défendre leur vision commune du mariage. Quel impact auraient les chrétiens en faisant émerger une ligne commune, en déterminant un dénominateur commun ?
Nous avons des choses à dire ensemble !
Pierre-Alain Blanc
Note : Les cours sur le thème de l’affectivité dispensés à des adolescent sont essentiellement donnés par des femmes. « TeenSTAR » forme aussi des hommes pour animer les cours. Ces derniers, pourront mieux s’adresser à des garçons, ce qui favorise le lien pédagogique et prend en considération les différences d’approche, selon l’âge et selon le sexe.
La rencontre annuelle des « Attestants », un mouvement confessant dans l’Église protestante unie de France (EPUdF) a eu lieu par vidéo-conférence, le 6 février 2021 et portait sur le thème de « la Communion, un défi ». Elle est partie du constat que la crise du Covid a mis en évidence, non seulement l’importance, mais aussi l’impérieuse nécessité d’une Communion Fraternelle authentique. Quelle est sa nature ? Pourquoi est-elle réellement indispensable ? Quels sont ses fondements ? Comment la créer et la maintenir ? A quoi et vers quoi nous pousse-t-elle ?
René Le Negro, président des Attestants, ouvre cette rencontre, à laquelle plusieurs suisses romands ont participé, en remarquant un paradoxe : malgré la mondialisation, notre monde se fragmente de plus en plus par des distanciations de toutes sortes, poussant à un « entre soi » identitaire, amplifié par les réseaux sociaux. On pense, on vit, on agit… de plus en plus avec ceux qui nous ressemblent.
« Or l’Église est le contraire de cet « entre soi », nous qui sommes appelés par le Christ à le dépasser pour vivre la fraternité des enfants de Dieu. La crise actuelle interpelle les chrétiens que nous sommes sur le sens réel de la communion fraternelle », dit-il.
Vigne et sarments
Emanuelle Seybold, présidente de l’EPUdF, apporte une belle méditation sur l’image de la vigne et des sarments, thème de la récente Semaine de prière pour l’unité des chrétiens (Jean 15). D’une part elle est un symbole de communion : les sarments n’ont pas d’autonomie, ils reçoivent leur sève de la vigne, le Christ.
D’autre part, c’est le Père qui est le vigneron et qui coupe les sarments. Ceux-ci ne se coupent pas mutuellement. Il faut regarder au Christ et non pas au sarment voisin. L’attachement au Christ et les uns aux autres est ce qui nous fait vivre. En nous isolant les uns des autres, la pandémie vient nous le rappeler.
Le matin, trois exposés suivis d’un temps de questions aux trois orateurs et d’un échange en petits groupes (grâce à l’application « Zoom ») ont permis de répondre à la question : pourquoi la communion fraternelle est-elle cruciale ?
Le défi de l’ouverture
Le sociologue Frédéric de Coninck rappelle la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » et remarque qu’il existe des lois pour garantir la liberté et l’égalité, mais pas la fraternité.. Il est courant aussi d’opposer la communauté, où se vivent des relations de fraternité à la société, caractérisée par des relations formelles.
Dans une communauté la difficulté est d’instaurer un tiers en cas de conflit. Dans les évangiles, on voit souvent des conflits et des frères ennemis (la parabole du bon samaritain en est un symbole fort). Cependant malgré ses risques, Jésus met en valeur la fraternité : «Vous êtes tous frères…et un seul est votre Père » (Mat 23,8-9), affirme-t-il.
La grande question est celle des frontières : où s’arrête la communauté et où commencent le communautarisme et l’entre soi qui ne sont pas seulement religieux. En appelant à l’amour de l’ennemi, Jésus nous met au défi de l’ouverture.
Toutefois F. de Coninck constate que les communautés chrétiennes sont en général ouvertes. Elles sont des ressources pour la société.
La force d’une conjonction de coordination
David Bouillon, professeur à la Haute École de Théologie de Suisse romande, se demande où commence la communion dans la Bible. En parcourant le livre de la Genèse, il la découvre dans la conjonction de coordination : Dieu créa ciel ET terre (Gen. 1,1) ; homme ET femme (1,27).
Alors que toute la création est bonne, il n’est pas bon pour l’homme d’être isolé. Dieu lui donne alors « une aide semblable à lui » (2,18). Littéralement, « une aide comme contre lui », ce qui indique que la communion se construit aussi dans une confrontation !
Avec Abraham et Isaac, père ET fils sont en communion. « Ton fils unique…celui que tu aimes », lui dit Dieu. C’est la première apparition du verbe aimer dans la Bible. (22,2)
Mais dès le début on constate aussi la compétition entre des frères, qui mène à la déroute : Caïn et Abel, Ésaü et Jacob, Joseph et ses frères.
« La Bible parle de communion au commencement, de rupture au milieu, et revient à la communion à la fin. Avec le Psaume 133, elle chante « Ah qu’il est doux pour des frères de demeurer ensemble », dit D. Bouillon
Chemin d’Emmaüs
Dans la deuxième partie de son intervention, D. Bouillon parle du chemin d’Emmaüs. Il est d’abord un chemin de désespoir pour les deux disciples. Mais Jésus « fit route avec eux » et se met à leur écoute. Le premier pas vers la communion est l’écoute de la souffrance de l’autre.
Puis Jésus les interpelle et ouvre les Écritures. Elles sont l’instance régulatrice dans nos débats. Jésus en montre la cohérence. Elles sont source de communion, non d’une pensée fragmentaire.
Lors du partage du pain, leurs yeux s’ouvrent. La communion ne jaillit pas seulement du débat, mais du mystère de la présence de Jésus.
Emmaüs nous montre que la communion vient d’En-haut. Le Christ la crée en nous rejoignant dans nos En-bas, comme pour ces deux disciples découragés qui sont envoyés vers le haut, vers Jérusalem. C’est le mystère de l’incarnation.
Un regard à l’ère du grand bon numérique
Gilles Boucomont, pasteur dans une paroisse parisienne, se demande comment créer la communauté en passant par le numérique ? Le Covid nous met au défi de créer du lien dans le morcellement. Où est la communauté quand on est sur le numérique depuis un an ?
Une conviction l’habite : la paroisse est peut-être le dernier lieu où nous pouvons être ensemble en étant très différents. Elle est un lieu de brassage : on y rencontre des gens qu’on n’a pas autrement l’occasion de rencontrer.
Il note aussi une grande diversité chez les Attestants, comme par exemple la place de la mouvance charismatique.
« Il n’y a plus ni juifs, ni grecs » : cette affirmation paulinienne est paradoxale, car la communion n’est pas immédiatement perceptible. En Christ nous sommes un mais nous devons faire face à la réalité des différences. L’enjeu est la volonté d’être en communion les uns avec les autres, sans passer par un lissage formel. L’appel du Christ « Que tous soient un » nous appelle à sortir de nous-mêmes et à aller vers les autres qui sont différents.
Une communion centrée sur le Christ
Comment faire grandir la communion, quels sont les pièges qu’il faut éviter ? Les zones grises et de douleurs. C’est le sujet de l’après-midi.
Anne Faisandier, pasteur dans une paroisse marseillaise, parle de la « révolution culturelle » qui a été de passer d’une Église protestante sociologique, minorité résistante, relativement fermée sur elle-même, à une « Église de témoins » qui grandit par des apports extérieurs, des convertis ou des chrétiens venant d’autres Églises. « Nous n’avons pas une institution à sauver, mais des contemporains à rejoindre », dit-elle.
Pour elle, la crise du Covid 19 nous oblige à nous recentrer sur l’essentiel, le Christ : « L’obstacle principal est de nous définir par des identités particulières au lieu de nous définir par l’identité reçue par Jésus ». Il faut donc se garder des étiquettes théologiques.
La crise nous rappelle aussi l’importance de l’amitié et de la fraternité : « Manger ensemble est ce qui nous manque le plus en ce moment ».
Les défis de la communion
Le pasteur Guillaume de Clermont, ancien président de région et nouveau directeur de la Fondation John Bost, remarque que la première réalité à laquelle un pasteur doit faire face est d’être avec des personnes qui ne sont pas spontanément des frères et des sœurs.
Avons-nous envie d’être en communion les uns avec les autres ? Pour approfondir le défi de la communion fraternelle, il propose trois thèses :
Une communion née du dialogue
La chance et la force de la communion est la diversité rassemblée en Christ. Elle naît de l’écoute de la Parole dans la diversité des théologies et des spiritualités. La parole de Dieu suscite le débat. La communion se construit à travers une « disputatio » bienveillante. La confrontation des points de vue l’enrichit. Ce qui la menace sont les non-dits, la fausse charité, les refus du dialogue. La communion ne peut rester vivante à travers un lissage, mais par une conversation heureuse et un dialogue bienveillant. L’Église doit les soutenir et les alimenter.
Une communion ordonnée à la mission
La communion spirituelle n’est pas une fin en soi, mais elle doit s’incarner dans une mission. Le récit de la transfiguration le montre : « il est bon que nous soyons ici », dit Pierre qui veut rester sur la montagne. Mais la transfiguration fait place très rapidement à la descente de la montagne et à l’engagement dans le monde. La communion doit être un point d’ancrage pour une mission dans le monde. Sinon nous sommes dans le communautarisme et l’entre-soi.
Pas de communion sans conversion
La communion spirituelle se construit sur la parole de Dieu qui est donnée pour convertir le monde. Elle doit garder sa force d’interpellation. Le recul du christianisme se trouve surtout dans le fait que nous avons voulu sauvegarder notre passé, au lieu d’être une force d’interpellation au cœur du monde. Nous courrons derrière le monde au lieu de l’interpeller. Il faut mobiliser nos efforts sur la puissance d’interpellation de l’Évangile et entendre la promesse de Dieu avec l’appel radical à la conversion. En avons-nous le courage ?
Un regard catholique sur les Attestants
Pour Pierre Jova, journaliste à l’hebdomadaire catholique La Vie, le sujet de la communion interpelle aussi l’Église catholique. Il y a certes des éléments forts de communion, comme une unité magistérielle, une liturgie rassembleuse, des Journées mondiales de la Jeunesse, un loyalisme et un attachement au pape malgré des critiques.
Mais il y a aussi plusieurs univers dans l’Église catholique de France. Le livre de Yann Raison du Cleuziou, (Qui sont les cathos aujourd’hui ? Paris, Desclée de Brouwer, 2014. ) propose une enquête sociologique approfondie sur les « catholiques engagés » à l’heure actuelle. Il dégage quatre « nébuleuses catholiques » : « les inspirés » (charismatiques insistant sur la rencontre personnelle avec Jésus), les « observants » (dévotion, fidélité à la messe), les « conciliaires revendiqués » (engagement de foi à la suite du Concile Vatican II), « les émancipés » (altruisme à la suite de Jésus libérateur).
P. Jova porte aussi un regard sur le Mouvement des Attestants. Alors que la question de la bénédiction des couples homosexuels a provoqué des schismes dans les Églises anglicane et méthodiste unie aux USA, cela n’a pas été le cas dans l’EPUdF, grâce aux Attestants.
Ce mouvement – comme la Fraternité de l’Ancre en Alsace Lorraine et le Rassemblement pour un renouveau réformé en Suisse romande – a voulu garder l’unité de l’Église. Cela a été une leçon pour le catholicisme. C’est aussi une chance pour l’EPUdF qui a ainsi été gardée de devenir « un club libéral ».
« L’unité nous est déjà donnée entre chrétiens confessants. Ce qui est central est la confession du Christ. La solidité doctrinale est un ferment de communion. Les Attestants sont la preuve que la communion se vit déjà. L’Église est appelée à être inclusive mais jamais au détriment de la vérité chrétienne », affirme-t-il.
Communion et divergences théologiques
Le pasteur Jean Fred Berger pose cette question aux orateurs : « Comment faire Église quand des chrétiens ne croient pas à la résurrection de Jésus ? Ne risque-t-on pas la tiédeur de l’Église de Laodicée ? »
A. Faisandier se demande comment elle discutera avec ces personnes ? Qu’est ce qui va alors bouger ? Elle se méfie des étiquettes. Pour G. de Clermont, l’enjeu est qu’il faut un minimum de personnes confessant la divinité et la résurrection du Christ, pour qu’une communion porte du fruit. Selon P. Jovat il faut distinguer entre ce qui relève du for intérieur et du militantisme.
Deuxième question : les divergences sont-elles bénéfiques ? Pour A. Faisandier elles le sont si nous sommes missionnaires, car nous savons où nous allons. L’ennemi n’est pas la différence, mais le non-dit, quand nous refusons d’aborder des divergences théologiques. La suite du synode de Sète a été pour elle une blessure, mais pas une cassure. Son travail de pasteur est de porter cette difficulté.
Pour le second orateur, il est plus facile de faire un schisme que de rester dans l’Église avec des tensions. Si nous voulons que les Attestants enrichissent la vie de l’Église, il faut quitter la blessure de la bénédiction des couples homosexuels. Les Attestants sont un enrichissement de la foi qui a toujours existé dans l’Église. Ce courant doit être présent et reconnu.
P. Jova pense qu’une grande partie de l’avenir se joue dans la réponse des autorités : vont-elles accepter cette diversité et des candidats se reliant aux Attestant ? Quelle place sera donnée à ceux qui tiennent à l’autorité de la Parole de Dieu et à la prédication du Kérygme ? Ou y aura-t-il un durcissement du côté libéral ?
Conclusion : Bonté et vérité
La conclusion est apportée par le pasteur Michel Block, à partir d’une méditation sur cette phrase du Psaume 85,11 : «La bonté et la vérité se rencontrent, la justice et la paix s’embrassent ». En Jésus ce psaume a été accompli. Bonté et vérité se seront embrassées. C’est le fondement de la communion : Jésus est vrai Dieu et vrai homme. C’est dans ce « ET » qu’est la communion.
Osons le défi de la vivre dans la logique du service !
A quoi Dieu nous appelle-t-il dans cette crise sans précédent du Coronavirus ? Pour répondre à cette question, une quarantaine de personnes de divers Églises et mouvements protestants de Suisse romande, convoquées par le Rassemblement pour un Renouveau réformé (R3), se sont réunies pour un temps de vidéoconférence, le soir du 9 décembre 2020.
La réponse était impressionnante par son unanimité : ce temps est avant tout un appel à un retour à Dieu ou à la repentance. Mais qu’est-ce que la repentance ? Comment la vivre ? De quoi faut-il se repentir ? Et comment transmettre cet appel ?
Une repentance pas seulement écologique
Les médias ont parlé de ce médecin italien qui a retrouvé un chemin vers Dieu alors qu’il était confronté aux ravages de la pandémie. C’est un des symboles de cette période.
En hébreu la racine du mot repentance (Shouv) indique le retour vers Dieu, dit Gérard Pella, président du R3. C’est la même racine pour le mot printemps, le retour de la vie. En grec la metanoia est un changement dans la façon de penser, dans nos attitudes et nos priorités et pas seulement dans notre faire.
Aujourd’hui on insiste sur la nécessité de changer notre rapport à la nature. Mais nous ne pouvons pas nous contenter d’une repentance écologique. La repentance est un retour non seulement vers la création mais avant tout vers le Créateur. « Arrêtez et reconnaissez que je suis Dieu » (Psaume 46,10)
De quoi se repentir ? Dans les chapitres 9 des livres d’Esdras, de Néhémie et de Daniel se repentir signifie demander pardon à Dieu non seulement pour ses propres péchés mais aussi pour ceux du peuple : « Nous n’avons pas écouté tes paroles, nous n’avons pas suivi tes enseignements que tu nous donnais par tes serviteurs les prophètes » (Dan 9,10 ; Esd. 9,10 ; Neh 9,30).
« Si mon peuple s’humilie… »
Guy Chautems parle au nom du groupe « Prière et discernement » pour qui la prière de Salomon est centrale : « Si mon peuple sur qui est invoqué mon nom s’humilie, prie, et cherche ma face, et s’il se détourne de ses mauvaises voies, – je l’exaucerai des cieux, je lui pardonnerai son péché, et je guérirai son pays » (2 Chroniques 7,14.)
Cette prière a été à la base d’un beau chant de Jeunesse en Mission faisant partie d’un spectacle qui a eu un grand impact dans les années 1980, en particulier en Allemagne.
De quoi faut-il se repentir ? Nous avons besoin que Dieu nous le dise. Les médias nous guettent ; il faut avancer avec prudence.
Paul Schorer informe que le mouvement « Prière pour la Suisse » s’est aussi basé sur 2 Chroniques 7,14 pour lancer un appel à la repentance suite à des lois contraires aux ordonnances divines décidées en Suisse.
Pascal Veillon rappelle que le premier des quatre sujets de prière de l’Union de prièreconcerne le réveil de l’Église par la conversion. Cela rejoint la démarche actuelle d’appel à la repentance.
Se centrer sur Jésus-Christ
Pour Hetty Overeem, animatrice d’Evangile en Chemin, la repentance signifie avant tout revenir à Jésus, se centrer sur lui. Le texte qui lui a le plus parlé est la parabole du marchand qui vend tout pour acheter une perle précieuse (Matthieu 13,45-46). « Cette perle est le Christ mort et ressuscité, qui veut habiter en nous, prendre la toute première place, être lui-même notre vie nouvelle, et ainsi nous transformer. Il faut revenir à lui, non pas pour ce qu’il va donner ou faire, mais pour qui il est. Aller vers Jésus pour Jésus ! » dit-elle.
Pour elle, ce qui provoque la repentance n’est pas la crise de la pandémie, mais l’Esprit saint. Le besoin de repentance sera plus fondamental et durable que la crise causée par le Covid-19 : « La repentance continuera à être nécessaire après la production de vaccins. Il y a une vraie urgence dans le cœur de Dieu, car il est grave que nous nous soyons autant éloignés de nous, en réduisant sa réalité. Surtout par nos tentatives de l’adapter à nos critères et nos soi-disant besoins ».
Pierre Bader pense que l’appel à la repentance est un mouvement mondial. Mais de quelle repentance s’agit-il ? Il s’agit de revenir à Jésus. C’est le message urgent pour aujourd’hui; message qu’il faut bien écouter en prenant du temps. Il faut relire les chapitres 16-17 de l’Évangile de Jean qui disent ce que signifie être dans la présence de Jésus.
La repentance, ce n’est pas s’apitoyer sur soi mais dire à Jésus : « tu es le centre de ma vie ». Elle commence dans notre cœur et conduit à un réveil spirituel. « Ou bien la faim de Dieu est le soleil autour duquel j’organise tout ; ou bien Dieu est un objet entre autres qui tourne dans le ciel très encombré de ma vie » (André Sève).
Santé et prospérité, ou sainteté et shabbat ?
L’auteur de cet article a témoigné qu’une clarté s’est faite dans son esprit après la lecture du livre d’Ézéchiel. « Plus je le lisais, plus j’entendais cette parole : revenez à moi » !
Dans ce livre, revenir à Dieu ne signifie pas seulement le chercher comme sauveur, mais le reconnaître dans sa souveraineté et sa sainteté.
Jean-Pierre Besse voit dans cette première pandémie mondiale « un traitement de choc ». A travers elle, Dieu nous appelle à retourner à son amour. Se repentir c’est se recentrer radicalement sur l’unique Médiateur Jésus plus que sur des valeurs idéales qui peuvent devenir des idole: « Nous repentir reviendra à décider à quel Royaume nous voulons appartenir : celui d’un messianisme sans rédempteur crucifié et donc sans résurrection réelle, centré sur l’homme idolâtré, ou au contraire sur le Royaume du Père et sur le retour en gloire de l’Agneau de Dieu, seul pourvoyeur d’Esprit Saint. «
Shafique Keshavjee entend aujourd’hui deux mots dans la société : santé et prospérité. Or dans un rêve, il a entendu ces deux autres mots, encore plus fondamentaux : sainteté et shabbat. Parce que nous n’avons pas voulu nous arrêter et reconnaître le Dieu saint, la pandémie nous y oblige actuellement. II vient de terminer un livre à ce sujet.
Dix jours d’écoute
« Face à l’ampleur de cette pandémie, un retour à Dieu s’impose, écrit G. Pella. Il saura nous montrer, lui, dans quels domaines de nos vies – personnelles, communautaires ou sociales – il est urgent de vivre un changement d’état d’esprit, de priorités et de comportement ».
La rencontre de ce soir veut être « une sonnerie de trompettes » appelant à ce retour. Le Rassemblement pour un Renouveau réformé invite à dix jours d’écoute de Dieu à ce sujet, jusqu’au 20 décembre.
Les expériences ou impulsions reçues de l’Esprit peuvent être partagées en écrivant un courriel à gerard.pella@gmail.com
Ces partages permettront de discerner s’il y a lieu de donner une suite à cette première démarche.
Pour l’assemblée du R3, le 23 septembre, nous avons demandé au professeur David Bouillon ce que signifie pour lui, pasteur réformé, d’enseigner à la Haute école HET-PRO. Voici sa réponse.
Je me baserai sur la formule récitée tous les jours par plusieurs communautés de soeurs protestantes (les diaconesses de Reuilly et de Strasbourg, les soeurs de Pomeyrol et de Grandchamp) :
La Réforme, je la comprends comme une volonté de réinscrire l’Eglise dans le dessein de Dieu (Titre d’un ouvrage de Suzanne de Dietrich). Le cœur de l’Évangile n’est-il pas la manifestation du Royaume ? Si ce n’est pas Dieu qui est Seigneur, nous risquons de laisser la place à d’autres autorités. Ainsi, je ne me reconnais pas dans le titre du livre des professeurs Gagnebin et Picon qui définissent le protestantisme comme « la foi insoumise » (même si cela s’explique par un refus de la Tradition mise en avant par le catholicisme). Débusquer tout ce qui pourrait nous détourner du règne de Dieu, cela passe par la formation, en particulier ici à la HET.
2. « Maintiens en tout le silence intérieur pour demeurer en Christ »
Le monde actuel est empli de bruits, de discours qui veulent s’affirmer au détriment des autres ou simplement détourner notre attention et notre cœur de l’essentiel révélé. Il peut sembler que la voix de l’Eglise soit devenue inaudible, mais n’est-ce pas précisément au silence que Dieu nous invite quand il nous dit : « Écoute ! ». D’où aussi l’accent mis à la HET sur la formation et la pratique spirituelle (retraite, cultes, respirations spirituelles…). Il y a aussi sur ces points un bel héritage réformé qui peut être ravivé.
3. « Pénètre-toi de l’esprit des béatitudes »
Mes vingt ans de ministère dans des églises réformées en Belgique, en France et maintenant en Suisse m’ont montré un visage du protestantisme qui n’est pas toujours le plus humble. Ne serait-ce que par opposition aux catholiques, nous nous croyons un peu meilleurs chrétiens (ou en tout cas moins mauvais). Certains, qui se réclament de la théologie dite « libérale », voient parfois les réformés confessants (sans parler des évangéliques) comme prêts à basculer sur la pente du fondamentalisme.
Mais il me semble que c’est une mauvaise compréhension de l’histoire de considérer que la Réforme serait le couronnement du christianisme (et telle ou telle école théologique du protestantisme, le nec plus ultra du protestantisme). Pour moi, la Réforme a porté le souci du peuple et donc pris en compte les petits et les humbles (il suffit de penser aux nombreuses œuvres issues du protestantisme et en particulier des mouvements de réveil).
Le défi est de sortir le protestantisme de son isolement croissant, surtout par rapport aux autres chrétiens. La HET est un cadre propice pour vivre cet échange qui nous enrichit. Nous collaborons avec toutes les familles évangéliques présentes en Suisse romande, mais aussi avec l’Université catholique de Fribourg. Nous proposons aussi des cours sur l’orthodoxie et l’œcuménisme.
En 1944, Roger Schutz, plus tard fondateur de la Communauté de Taizé, rédige une Introduction à la vie communautaire pour ce qui s’appelle à l’époque Communauté réformée évangélique de Cluny. L’ouvrage est imprégné de la méditation des Béatitudes, et cite plusieurs fois Wilfred Monod. Ailleurs, Schutz écrit : « Pour nous solidariser avec les Veilleurs, nous avons remanié notre dernière Règle dont l’importance était toute franciscaine et nous sommes allés jusqu’à employer leurs expressions avec l’espoir de nous rattacher sur un point à une tradition très neuve certes, mais qui est une réponse à un des besoins présents de l’Église ». Il rédige le petit texte qui deviendra pour Taizé, Pomeyrol et Grandchamp un condensé de la Règle communautaire.
Au mois de mars 2020, l’Association théologique évangélique des pasteurs de Berne( Evangelisch-theologischer Pfarrverein ) m’a demandé de répondre à quelques questions au sujet du Manifeste bleu. Cette association existe depuis plus de 150 ans, alors que le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) n’existe que depuis 5 ans ! Ses membres sont, en quelque sorte, pour nous des pères et des mères dans notre Église réformée que nous aimons et où nous voulons servir le Christ.