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Étiquette : repentance

Jeûne Fédéral : pour quoi prions-nous ?

Ces dernières années, le R3 a prêté avec conviction sa voix aux diverses initiatives qui cherchent à mettre en valeur le Jeûne Fédéral. Cette année, nous étions nombreux à la Cathédrale de Lausanne dimanche 15 septembre pour célébrer le Seigneur. Le message apporté par Gilles Geiser, pasteur à Aigle, nous a interpellés.Il exprime très simplement et très profondément le sens de la metanoia/repentance et de l’intercession qui caractérisent cette journée solennelle.

Le monde dans lequel je vis est un monde qui cherche à gommer les différences. La culture dans laquelle je vis est une culture qui cherche à éluder les différences.

Parce qu’elles nous énervent. Ça m’énerve que ma femme soit si différente de moi ! … et elle pareil !
Elles nous énervent, nos différences, elles nous irritent, elles nous scandalisent parfois.

Parce qu’elles nous rappellent qu’on a été créés différents.
Alors on nivelle, on gomme, on fait du semblable. Entre les sexes, entre les genres, entre les différentes manières de penser.

C’est notre monde, c’est notre culture, et ça m’impacte plus que ce que je crois ; ça teinte nos réflexions, nos pensées, nos conceptions du monde de manière bien plus profonde que ce qu’on pense.

Sauf qu’elle est bonne, la différence. Elle est voulue de Dieu. J’ai aimé ma femme … parce qu’elle est différente de moi !
On est différents, les uns des autres. Même valeur, bien sûr … mais combien de différences !

Et elle est normale, cette différence, elle est riche, elle est belle, elle est voulue de Dieu, elle est fondatrice de l’amour.
En créant ce monde, Dieu a créé la différence ! et quelles multitudes de différence, de diversité de couleurs, de goûts, d’espèces, de paysages, de fleurs, de senteurs.

La différence n’est pas à craindre nous dit la Bible. Elle est à aimer. Parce qu’elle est voulue de Dieu. Elle est même fondatrice de l’amour.

Le danger, dans notre culture, c’est qu’à force de gommer les différences on va finir par gommer l’amour.

Mais je crois que ce désir de gommer les différences entre nous, il vient de plus loin. Il est le pâle reflet conscient d’une envie plus profonde et inconsciente… celle de gommer les différences en nous et Dieu.

Cette envie de croie qu’entre Dieu et nous, la différence n’est pas si grande. On nivelle…

Soit pour se faire nous, l’égal de Dieu … ça reste un des plus grands désirs de l’humanité … mais force est de constater qu’on n’y arrive pas.

Soit alors on essaye de faire de Dieu l’égal de nous.
Un Dieu pas si fidèle que ça « oui, il a promis des choses… mais bon, hein ? on en promet tous, non ? » 

Pas si juste que ça : « oui… Dieu est juste… mais il accepte un peu les pots-de-vin, quand même … on peut s’arranger, hein ? » Pas si saint que ça « oui, il a dit qu’il était saint… intolérant au mal … mais on va tous aller au paradis, non ? … »

Et on gomme les différences entre Dieu et nous, on le crée à notre image, on renverse la logique de la phrase et du sens de nos vies.

Sauf que … c’est Dieu !

« A qui me comparerez-vous ? De qui me rendrez-vous l’égal ? C’est moi qui suis Dieu, et il n’y en a pas d’autre. Oui, moi seul, je suis Dieu, et comparé à moi il n’y a que néant. » Esaïe 46, versets 5 et 9.

C’est Dieu ! Il est devenu homme, en Jésus-Christ. Oui. Pour nous sauver. Oui. Mais il n’a jamais cessé d’être Dieu !

Infinie, sa sagesse. Inatteignable, sa justice. Eternel son amour. Plus haut que les cieux sa gloire.
Plus profond que les mers sa compassion.
Absolue sa présence. Infini son savoir. Sans fond, sa compassion. Sans limite, sa puissance. Translucide, sa sainteté. C’est Dieu !

La repentance, elle a lieu dans un coeur humain quand il est mis en face de l’absolue pureté des qualités infinies de Dieu.

On ne se repent pas parce qu’on a pris conscience du mal qu’on a fait.
On se repent parce qu’on a pris conscience de l’infinie sainteté de ce Dieu qui nous aime et qui nous a créés.

Ensuite, on regarde à nous, et on prend bien conscience qu’il va falloir plus qu’un bricolage pour faire de nous des hommes capables de rencontrer Dieu.

On se repent quand on prend conscience que, face à son infinie justice, notre bricolage de trois « notre Père » et des prières avant les repas, ça ne suffira pas.
Pas plus que le fait de construire une église ou d’y aller.

Ou d’organiser un jour de jeûne pour notre pays.
Il va falloir qu’on reçoive une justice et un pardon qui vient d’ailleurs que de nous.
On se repent quand on prend conscience que, face à qui Il est, Lui, la seule manière de pouvoir entrer en relation avec Lui, c’est de recevoir une justice qu’on n’a pas confectionnée nous-mêmes. Sa justice qu’il a acquise, Lui, par sa vie.

C’est Dieu ! Justice infinie qui ne pourra jamais tolérer l’injustice, même infime, de nos coeurs.
Absolue fidélité, infinie droiture, qui ne peut tolérer ne serait-ce qu’un infime début de coeur tordu.

Et combien de coeurs tordus ? ici ?
Combien d’infidélité, de mensonges, de méchanceté, de violence, de rabaissement, de cruauté, de meurtres, d’occultisme, de marchandage d’êtres humains, d’impureté sensuelle ou virtuelle en Suisse, cette année ? … Il les a toutes vues !
Combien de meurtres dans le canton de Vaud ?
Combien d’insultes dans ma commune ?
Combien d’égoïsme dans ma vie ?

Une journée de jeûne, ça ne va pas suffire pour rattraper tout ça. Sauf qu’on n’organise pas une journée de jeûne pour rattraper quoi que ce soit.
On organise une journée de prière pour revenir à Dieu.

La repentance, ce n’est pas une baguette magique qui nous permet de rapiécer et blanchir un habit complètement sale et déchiré – en une prière !

La repentance, c’est la prise de conscience que, devant l’infinie justice d’un Dieu à qui rien n’échappe … la seule solution, c’est de recevoir de Lui ce qu’on ne peut mériter, un habit de justice, confectionné par sa vie d’obéissance absolue au Père, qu’on se sentira même indigne de porter … mais qu’il nous donne et qui nous recouvre.
Un habit spirituel qu’on n’aurait jamais pu fabriquer.
Cet habit de justice que Jésus, par sa vie sur terre, nous a acquis, et qu’il donne par son Esprit à tous ceux qui mettent leur foi en lui.

Et on peut le recevoir, par la foi ; parce qu’Il s’est donné, par amour.

Le but d’un jour de prière pour la Suisse, ce n’est pas que la Suisse revienne à ses valeurs, à ses principes, à son passé. Comme si la Suisse était elle-même une idole à protéger !
Le but d’un jour de prière pour la Suisse, c’est que la Suisse revienne à Dieu.

Et le seul chemin pour y parvenir, c’est celui de la Repentance.

Pas pour que Dieu nous bénisse… qu’il nous envoie la richesse, la paix et la prospérité … comme si on cherchait ces choses-là plus que lui-même ! Non !

On ne prie pas pour que Dieu bénisse la Suisse.
On prie pour que la Suisse revienne à Dieu. C’est différent. On prie pour que la Suisse revienne aux choix, aux décisions, aux voies que, de toutes façon, Dieu va bénir parce qu’il l’a promis.
À Sa droiture, Sa compassion, Sa générosité, Sa conception du soin de la veuve, de l’orphelin, de l’étranger et du pauvre.
Et ça nous remet tous en question. Moi le premier.

Le but d’un jour de prière pour la Suisse, ce n’est pas que la Suisse revienne à ses valeurs, à ses principes, à son passé.
Le but d’un jour de prière pour la Suisse, c’est que la Suisse revienne à Dieu. Même si ça nécessite qu’on perde certaines richesses, parce qu’elles étaient fondées sur l’injustice.

Oh, je sais … c’est tellement plus défiant que le fait de prier pour que Dieu bénisse notre pays … parce qu’on a tous envie de vivre dans un pays prospère et avec si possible moins de problèmes qu’en France !

Sauf que Dieu ne bénira pas un pays qui désobéit à ses voies. Ne nous méprenons pas ! Il ne l’a pas fait pour son peuple, son propre peuple, dans l’Ancien Testament, n’espérons pas qu’il le fasse pour la Suisse 2000 ans plus tard !

Dieu bénit les peuples, les pays, les cantons, les familles, les églises, les entreprises, les écoles, les clubs, les associations qui obéissent à ses voies.

Cela passe par la crainte de son nom ; cela passe par l’écoute de sa Parole. Cela passe par un retour à Dieu véritable et puissant de toute une communauté et de ses dirigeants.

Alors prions pour que nous, notre pays, nos autorités, nos familles, nos églises revenions à Dieu et à ses voies que, assurément, bénira.

« Si mon peuple, sur qui est invoqué mon nom, s’humilie, prie et me cherche. Je l’exaucerai des cieux, j’effacerai son péché, et son pays je guérirai. »

Gilles Geiser, septembre 2024.

Il faut choisir !

Pour devenir pasteure j’étais obligée de passer par les études de théologie (j’ai aimé !) et par l’approche historico-critique. Quand celle-ci aide à mieux comprendre les textes bibliques dans leur contexte, elle renvoie à l’identité de Dieu : il va si loin dans son amour qu’il n’hésite pas à révéler Sa Réalité à travers des auteurs très humains, y compris leur culture environnante, leur personnalité, leurs préférences et leurs allergies.

Mais cette approche a dérapé dans une emprise sur Dieu : à force de se focaliser sur l’aspect humain dans les textes, on ne tient plus compte de la Réalité de Dieu, qui se voit soumis à la réalité humaine et adapté à ses critères. Cette lecture qui se prétend « scientifique » se pose en maîtresse absolue, dénigrant toute autre approche. Elle fait de gros dégâts dans ma vie et ma foi comme dans celles des Eglises réformées. Car elle mène non pas à une interrogation saine, mais à un climat d’orgueil, de doute et de méfiance envers Dieu. C’est un regard, ou mieux, un esprit d’incrédulité –  et j’ai besoin de m’en délier.

Car dans cet esprit les actions réelles de Dieu dans l’histoire deviennent des expériences subjectives. L’espérance dans le Dieu vivant, qui réalise son plan et ses promesses concrètement dans l’histoire humaine et donc aussi concrètement dans notre histoire, se réduit comme peau de chagrin à un vague espoir que « demain sera meilleur ». Le salut glisse du roc solide dans la mer agitée d’une spiritualité humaine confuse. SOS ! 

Il y a deux manières de voir qui s’opposent mais que nous faisons coexister dans une fausse notion de tolérance et d’amour. On peut réduire la Réalité de Dieu à notre réalité humaine : c’est l’illusion garantie. On peut voir la réalité humaine aimée, portée, enveloppée, prise au sérieux mais aussi limitée par la Réalité de Dieu. C’est ce regard que proposent les Ecritures.

Je choisis le deuxième, même si c’est un réel effort de remplacer chaque jour la perspective « naturelle » (la « chair ») par celle de l’Esprit de Vérité. Mais c’est vital, sinon nous serons les esclaves du même esprit d’incrédulité qui enferme le monde. C’est vital de sortir de cette prison, cet état de  victime, où nous nous laissons être coupés en deux par deux manières de voir qui s’excluent mutuellement. 

Nous ne pouvons pas glorifier Dieu en le laissant être lui-même – et le coincer dans une « spiritualité » qui n’est qu’un prolongement de nous, car c’est abuser de Dieu. Nous ne pouvons pas nous réjouir de la Vérité déjà révélée en Jésus-Christ, même si la plénitude est encore à découvrir  –  et maintenir la « vérité » comme quoi il y a seulement  « notre » vérité qui n’engage que nous. Nous ne pouvons pas grandir dans l’écoute et le discernement de la volonté de Dieu pour nous  –  et rester dans nos idées et habitudes. Nous ne pouvons pas chercher le Royaume de Dieu  –  et défendre d’abord notre avis à nous. Nous ne pouvons pas nous laisser souffler par l’Esprit où il veut  –  et nous laisser piéger par des objectifs à formuler, à atteindre, à contrôler selon des critères opposés à cet Esprit. Nous ne pouvons pas joyeusement dire au monde que Jésus-Christ est mort et ressuscité pour nous sauver –  et penser que cela pourrait tout aussi bien ne pas être vrai. Nous ne pouvons pas remplacer l’Evangile par des valeurs, ni remplacer l’Amour pour Dieu (le premier commandement!) par l’amour pour le prochain. Il faut choisir son regard.   –  Viens, Saint-Esprit ! Donne-nous le tien ! 

Hetty Overeem

Le Jeûne fédéral, un appel à la reconnaissance, la repentance et l’intercession

Introduction

Depuis le milieu du XXe siècle, l’Occident se déchristianise à grande vitesse. Des changements sans précédent se sont opérés dans la société, changements qui impliquent notamment une dégradation de la famille, avec ses conséquences tragiques. Jamais, depuis le début de notre ère, nous n’avons connu autant de divorces, et la notion du mariage entre un homme et une femme est remise en question. L’avortement est devenu un droit plutôt qu’une exception. L’individualisme et l’égocentrisme sont devenus pour beaucoup de nos contemporains un style de vie.

Cette évolution touche naturellement la Suisse. Elle interpelle le groupe CH-CH, « Chrétiens pour la Suisse », formé de personnes issues des quatre régions linguistiques du pays, groupe convaincu qu’il faut revenir à Dieu en tant que peuple et, pour ce faire, se réapproprier une journée particulière : le Jeûne fédéral, dont nous rappelons l’histoire dans les lignes qui suivent.

Historique

C’est en 1832 que la Diète fédérale[1] a décrété le Jeûne fédéral comme une « journée d’actions de grâces, de pénitence et de prière » pour tout le pays.

Il s’agissait d’un jour de jeûne national observé, depuis lors, le 3e dimanche de septembre. Cette journée mise à part invite le peuple suisse à se présenter devant Dieu dans la reconnaissance, la confession et la repentance, ainsi que dans l’intercession en faveur du pays, de son peuple et de ses autorités.

Le Jeûne fédéral nous invite solennellement à nous arrêter et à nous consacrer à l’écoute de Dieu, seul, en couple, en famille ou en communauté, dans le lieu où nous sommes appelés à le vivre, devenant ainsi un multiplicateur de l’évènement. 

La célébration de ce Jeûne est construite autour des trois thèmes de la liturgie, comme l’évoque son identification en allemand : « Dank-,Buss- und Bettag ».

En français, ces trois thèmes sont : 

  • la reconnaissance envers Dieu pour les nombreux bienfaits qu’il nous accorde,
  • la confession et la repentance, à l’image de l’engagement du prophète Daniel ou de Néhémie, pour les dérives et les mauvais choix de leur peuple,
  • l’intercession, en faveur du peuple suisse, du pays et de toutes les autorités en place.

Dieu nous promet une réponse ! Il promet d’écouter, de pardonner les iniquités confessées, et de relever le pays en le guérissant de ses maladies et de ses blessures, comme il le stipule dans 2 Chroniques 7.13-14 :  » Quand je fermerai le ciel et qu’il n’y aura point de pluie, quand j’ordonnerai aux sauterelles de consumer le pays, quand j’enverrai la peste parmi mon peuple, si mon peuple sur qui est invoqué mon nom s’humilie, prie et cherche ma face, et s’il se détourne de ses mauvaises voies, je l’exaucerai des cieux, je lui pardonnerai son péché, et je guérirai son pays.

Mes yeux seront ouverts désormais, et mes oreilles seront attentives à la prière faite en ce lieu « .

A noter que cette sainte convocation faite au peuple suisse d’observer un jeûne, pour exprimer sa reconnaissance à Dieu après une victoire, ou sa contrition dans le malheur, avait déjà existé, de manière ponctuelle, au cours des siècles précédents. En cela, l’histoire suisse ne diffère probablement pas de celle de bien d’autres pays. Par contre, la décision de l’inscrire au calendrier et de reconduire cette convocation chaque année est, elle, tout à fait originale. A notre connaissance, seul un pays connaît institution semblable : Israël. En effet, la fête du Yom Kippour – le jour du Grand Pardon – fixée elle aussi au tout début de l’automne, est une convocation solennelle, amenant tout le pays à se souvenir du Seigneur. Dans les faits, aujourd’hui encore, tout le pays s’arrête et le jeûne est observé par une grande partie de la population juive.

Que l’on comprenne bien mon propos : je ne compare pas la Suisse à Israël et je ne présente pas non plus le peuple suisse comme étant une nation exceptionnelle. Mais je fais le constat que la Suisse actuelle est l’héritière d’ancêtres qui ont reconnu que « Si l’Eternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain » (Psaume 127.1), des hommes qui se sont approchés de Dieu, en toute simplicité et humilité, lui demandant conseil et protection. 

Ainsi, je suis convaincu que mes amis lecteurs d’autres pays francophones liront avec profit ce qui suit, pour autant qu’ils le relient avec des éléments de leur propre histoire, y retrouvant l’empreinte de Dieu et discernant de quelle manière l’Eglise pourrait également y faire (re)vivre un temps de jeûne, d’action de grâces, de repentance et d’intercession.

Dieu a fait alliance avec la Suisse

La Suisse, dans toute sa diversité, a été fondée sur un Pacte d’alliance qui a été scellé en 1291 « au nom du Dieu Tout-Puissant ». Les décisions prises par nos pères, dans l’intérêt commun et au profit de tous, l’ont été en comptant sur l’implication de Dieu pour en assurer la pérennité, autant qu’il le jugera bon.

Mentionnons ici quelques signes visibles de cette alliance :

  • Le Pacte de 1291 perdure aujourd’hui par la grâce de Dieu. Ce texte fondateur exprime l’engagement pris par chaque communauté impliquée de s’entre-aider dans l’épreuve ou l’agression, d’exercer la justice en son sein, de refuser toute interférence de juges étrangers, et de faire appliquer les décisions prises concernant les conflits.
  • La formation de ce pays, comprenant quatre langues nationales, et qui n’a connu que peu de guerres de conquête, tient du miracle. Car malgré les séparations dues à un relief tourmenté, à des langues différentes, à des cultures qui s’opposent parfois et à vingt-six entités cantonales relativement indépendantes les unes des autres, la Confédération helvétique s’est efforcée, au cours des siècles, de demeurer unie en cherchant à reconnaître et respecter son étonnante diversité. Ne pouvons-nous pas y discerner la main de Dieu ?
  • La Constitution, révisée en 1999, reprend l’esprit du Pacte et place l’organisation politique de l’Etat et des institutions, sous l’autorité du nom du Dieu Tout-Puissant. Il me paraît utile d’en citer ici le préambule : « Au nom de Dieu Tout-Puissant ! Le peuple et les cantons suisses, conscients de leur responsabilité envers la Création, résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix, dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde, déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité, conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures, sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres, arrêtent la Constitution que voici… »
  • Un drapeau unique, de par sa forme carrée, et de par sa croix qui rappelle l’unité des Confédérés et la valeur identique que chaque membre – issu des quatre régions linguistiques de la Confédération – possède, mais qui rappelle aussi bien l’instrument sur lequel Jésus-Christ a payé le prix ultime qui permet à celui ou celle qui le demande d’être réconcilié(e) avec Dieu et de recevoir sa véritable identité.
  • Une devise, qui exprime la solidarité («Un pour tous, tous pour un»), nous rappelle que la « force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ». J’aime y ajouter, en me référant au Pacte et au préambule de la Constitution: « Tous en Un ». Ainsi, pour nous, cette devise pourrait être : « Un pour tous, tous pour un, tous en UN ».
  • Une vérité quotidienne : « Dominus providebit ». Cette devise est gravée sur la tranche de notre pièce de 5 CHF. Nous proclamons souvent, sans le savoir, cette parole de vérité chaque fois que nous l’utilisons : « Dieu pourvoira » ! C’est aussi un appel à faire confiance à Dieu en tout temps et en toutes choses, et à demeurer généreux.
  • Une Fête de réconciliation nationale, le 1er août : peu de gens le savent, mais cette Fête nationale a eu comme objectif, au départ, de réunir les Suisses divisés par la guerre du Sonderbund, conflit majeur qui avait opposé les cantons catholiques ayant fait sécession au reste de la Confédération. La tradition des feux, témoin aujourd’hui du rassemblement de la population dans chaque commune, remonte au Moyen Age, où ils étaient utilisés comme moyen de communication et d’alarme. En 1891, pour la première fête nationale officielle, les autorités ont demandé à tous les cantons de « respecter un programme commun », où il est notamment demandé « de sonner les cloches des églises à 19 heures et d’organiser des feux de joie sur les hauteurs. »
  • Un hymne national – un cantique à la gloire de Dieu – dont voici, à titre d’exemple, la troisième strophe : « Lorsque dans la sombre nuit, la foudre éclate avec bruit, notre cœur pressent encore le Dieu fort. Dans l’orage et la détresse, il est notre forteresse. Offrons-lui des cœurs pieux…, Dieu nous bénira des cieux… »[2].
  • Des hommes de Dieu d’exception, parmi lesquels nous pouvons citer Frère Nicolas de Flue (qui a vécu au 15e siècle, homme pieux, animé d’un profond amour de sa patrie et qui, par ses conseils de modération a permis à la jeune Confédération d’éviter une guerre civile), le Général Guillaume-Henri Dufour (celui par qui a été neutralisée la révolte du Sonderbund, au milieu du 19e siècle, et dont le principal souci a été de limiter les pertes humaines), Henry Dunant (fondateur de la Croix-Rouge), et enfin le Général Henry Guisan (commandant de l’armée suisse durant la guerre 39-45). 

Une alliance négligée

Force m’est cependant de constater que ce bel héritage est aujourd’hui largement méconnu, voire renié, quand ce n’est pas raillé et méprisé. Depuis bientôt 190 ans toutefois, l’appel de nos autorités perdure. Il invite la population, et en particulier le peuple de Dieu, à mettre à part le troisième dimanche de septembre pour vivre une halte, un jeûne à l’écoute de Dieu, dans tout le pays.

  • À l’heure de l’abondance et de la consommation, que reste-t-il du Jeûne fédéral?

En 1919 déjà, la presse s’étonne qu’il ne reste rien des traditions d’hier. Ainsi peut-on lire dans « Le Conteur vaudois », journal d’archives, que le jour du Jeûne fédéral, en 1843, pour avoir une place assise au temple « il fallait y pénétrer longtemps avant la sonnerie ». A Morges (sur la Côte vaudoise), par exemple, la cérémonie du dimanche commençait dès huit heures avec la lecture de la Bible, suivie du sermon du pasteur (« assez… long » souligne le chroniqueur). Ensuite on chantait des psaumes, puis venaient les discours des magistrats de la ville… jusqu’à la fin des solennités à seize heures sonnées[3] ».

Aujourd’hui, la presse ne s’étonne plus de rien. Le Jeûne fédéral n’intéresse, dans certains cantons, que par le fait que le lundi du Jeûne est férié, ce qui gratifie la population d’un long week-end, propice à la détente et aux voyages ! Mais, malgré le constat d’indifférence et de mépris du plus grand nombre à ce sujet, je crois que Dieu a à cœur que nous vivions à nouveau, dans toute la Suisse, cette journée particulière afin qu’il puisse concrétiser et libérer sur nous ses promesses !

En effet, comme au temps du roi Salomon, nous subissons les aléas climatiques, la maladie ou la pandémie qui touche notre corps, notre âme et nos biens, la pression des maladies et des ravageurs sur nos cultures, etc.

L’Eglise et l’Etat étant maintenant séparés, c’est la responsabilité de l’Ecclésia[4] de Jésus-Christ de faire connaître et d’organiser ce jour solennel, en invitant le plus grand nombre à s’impliquer dans des actions concrètes. Celles-ci peuvent avoir lieu dans les chefs-lieux cantonaux, de districts, de commune, afin d’exprimer toute la diversité et la complémentarité suscitées par le Saint-Esprit.

Voyons quelques domaines dans lesquels nous pouvons exprimer notre reconnaissance, notre repentance et notre intercession :

  1. La famille : couple, enfants, vie (de la conception à la mort), la jeunesse avec ses problèmes d’identité, d’orientation professionnelle…
  2. L’enseignement : par l’école, l’apprentissage, les HES, les universités, la recherche…
  3. Le domaine de la santé, l’influence des entreprises pharmaceutiques…
  4. La sécurité : la police, la protection de la population, l’armée…
  5. L’économie : les entreprises, les métiers de la terre, les industries, les finances…
  6. Les médias: les journaux, TV, spectacles, expositions…, le domaine des arts, celui du sport… 
  7. La politique et ses orientations, le système judiciaire…
  8. L’Ecclésia, soit l’église, qui est représentée dans chacun de ces sept domaines.

Motifs de repentance particuliers, propres à la Suisse[5]

Ces divers motifs de repentance ont été mis en évidence lors d’une rencontre avec le pasteur Baudraz, des Geneveys-sur-Coffrane, qui nous a interpellés sur le caractère unique du Jeûne fédéral et sur le défi que représentait sa réactualisation sur tout le territoire suisse. Lui-même les portait sur son cœur et les confessait régulièrement. Je me devais de les rappeler ici :

  • Le mépris des pères.
  • Le mépris des alliances élaborées par Dieu : en effet, notre société rejette les valeurs qui ont contribué à donner à la Suisse sa stabilité et sa prospérité dans tous les domaines de son développement. Cette attitude se traduit par le mépris et le rejet des valeurs spirituelles et économiques de la société, développées par nos pères durant des décennies, voire des siècles.
  • Un égoïsme et un individualisme, qui produisent le repli sur soi.
  • La puissance de Mammon, qui manipule nos choix.
  • Une compréhension souvent inadéquate de la neutralité, qui nous empêche de nous impliquer, par peur, ou qui nous pousse, comme chrétiens, à nous désintéresser de la sphère politique, où pourtant tout se décide.

Saisir l’occasion de revenir à Dieu

C’est en 1986, sous l’impulsion de Heinz Suter (de Jeunesse en mission), que j’ai eu l’occasion de rencontrer le pasteur Baudraz, mentionné ci-dessus. Celui-ci nous a rappelé, lors de divers entretiens, qu’il était prioritairement du devoir de la communauté de Jésus que de convoquer et de célébrer ce Jeûne, prophétisant qu’un tel retour à Dieu allait lui permettre de réaliser ses promesses en faveur du pays. Et de rappeler notamment cette promesse de guérison du pays, énoncée dans 2 Chroniques 7.13-14, et citée plus haut.

Depuis lors, cet appel habite mon cœur de manière permanente et profonde, et il a motivé plusieurs actions menées avec des personnes partageant la même vision. La plus spectaculaire de celles-ci a été le rassemblement organisé par le groupe CH-CH, «Chrétiens pour la Suisse» qui, sous la présidence de Kurt Bühlmann, directeur du Forum des Hommes, a rassemblé sur la prairie du Grütli[6] plus de 700 personnes, lors du Jeûne fédéral de 1998.

Cet évènement nous a permis de marquer les 150 ans de la Constitution. En ce lieu historique, cher au cœur de tous les patriotes suisses, nous avons lu toute la Bible dans les quatre langues nationales, célébré le Jeûne fédéral par la louange et la reconnaissance, la confession et la repentance, et intercédé en faveur du pays et de ses autorités durant 24 heures.

  • Quelle conscience avons-nous des enjeux liés au Jeûne fédéral ?

Je suis convaincu de l’importance de cette sainte convocation, rappelée par notre calendrier et soutenue par nos autorités. Dans les temps troublés que nous vivons, temps de grande confusion dans lesquels les pouvoirs politiques et économiques cherchent à imposer leur vision du monde, vers qui d’autre que Dieu pouvons-nous nous tourner ?

Cependant Dieu pose ses conditions : celles de nous arrêter, de nous rassembler afin d’invoquer son Nom ensemble, dans l’unité, en nous humiliant et en nous détournant de nos mauvaises voies. Quelles promesses, mais aussi quelles responsabilités pour nous, si nous croyons à l’actualité de cette Parole !

Nous constatons que l’Ecclésia – l’Eglise de Jésus-Christ – est souvent divisée, paralysée et silencieuse face aux grands problèmes que génère une société qui s’éloigne toujours plus des valeurs qui ont inspiré, depuis 730 ans, le développement et la stabilité de la Confédération.
L’Ecclésia n’a-t-elle pas besoin, de toute urgence, d’une révélation inspirée d’En-Haut pour revisiter ses paradigmes, ses fondamentaux, et oser vivre les valeurs du Royaume des cieux car, faut-il le rappeler, «…la Création attend avec un ardent désir, la révélation des fils de Dieu » (Romains 8.20).

Comme lors de la signature du pacte de 1291, les temps que nous vivons sont difficiles. Hier comme aujourd’hui, où que nous nous tournions, nous sommes confrontés à des questions qui touchent au plus profond de notre existence humaine. 

Discuter des réponses adéquates au terrorisme, de la place de la Suisse face à l’Union européenne, de la fragilité de notre approvisionnement en nourriture, du bon usage de nos ressources énergétiques ou encore de la nouvelle définition de la famille, c’est toujours revenir à la question fondamentale de notre influence potentielle sur la communauté du pays.

  • Quel impact ai-je sur la société à travers mes choix ? 
  • Quel impact avons-nous en tant que communauté chrétienne ? 
  • Quel message pouvons-nous apporter concrètement dans ce monde en perte de repères ? 

Le Jeûne fédéral, pour nous disciples de Jésus-Christ, offre à tous les citoyens suisses l’exceptionnelle occasion de s’arrêter, afin d’examiner notre vie personnelle et notre vie communautaire devant Dieu.

C’est la responsabilité du chrétien que je suis – et de tous les chrétiens vivant dans notre pays – d’apporter notre reconnaissance à Dieu pour tous ses bienfaits, de nous repentir de nos péchés et iniquités et d’intercéder dans l’unité et la diversité pour nos autorités, nos concitoyens et notre pays.

  • Comment allons-nous répondre à l’appel lancé par ces lignes ?
  • Qu’allons-nous entreprendre de concret cette année ?
  • Allons-nous arriver à nous arrêter de manière spontanée, seul ou en communauté, pour célébrer ensemble le Jeûne fédéral dans toute la Suisse ?

Conclusion

Je crois que le Jeûne fédéral est appelé à occuper à nouveau une place de choix dans notre cœur, afin que l’esprit qu’il évoque nous habite toute l’année et nous motive à nous impliquer pour ce magnifique pays que Dieu nous a confié et qu’il a protégé et gardé au cours des siècles, malgré nos infidélités.

En regardant une carte de l’Europe, avec cet îlot en son centre, je suis convaincu qu’il est porteur d’une destinée particulière que nous avons ensemble à découvrir jour après jour, afin de la dynamiser.

Avec mes frères et sœur de l’équipe « CH-CH : Paul-Henri Chevalley, Meya Corthay, mon épouse, Marc Früh, Maxime Jaquillard, Milco Margaroli, Christian Meier, Etienne Rochat, Norbert Valley», je vous invite par ces quelques mots à reconsidérer l’importance de ce jour unique, afin d’en porter la vision et de contribuer à le mettre à part, pour le célébrer année après année.

Nous désirons voir les « feux des veilleurs, que nous sommes appelés à être, s’allumer », comme lors du 1eraoût, et pouvoir assister à des actes concrets, visibles, de reconnaissance, de repentance et d’intercession dans nos communes, nos districts et nos cantons.

Philippe Corthay

Echichens


1 Assemblée des députés des cantons suisses (jusqu’en 1848).

[2] Au cours des dernières décennies, les paroles de l’hymne national ont soulevé de plus en plus de critiques, non seulement au sein de la classe politique, mais également dans la population. On leur reproche leur caractère trop engagé, trop « chrétien », en décalage avec une société qui ne partage plus ces convictions. Un concours a été lancé en vue d’en renouveler le texte ; il a débouché sur de nouvelles paroles, pleines de bons sentiments, mais qui ne satisfont à peu près personne. A tel point que l’ancien texte est encore chanté aujourd’hui dans de nombreuses communes.

[3] FUTUR/CH, Plaidoyer pour la restauration du Jeûne fédéral, Ph. Corthay.

[4] Ecclésia était le mot grec que les premiers disciples de Jésus utilisaient pour parler de l’église. Pour eux, l’Ecclésia n’était ni un bâtiment, ni un moment durant la semaine. L’Ecclésia, c’est le rassemblement de ceux qui ont répondu à l’appel de Jésus et qui ont tout quitté pour transformer le monde avec lui.

[5] Certains de ces motifs de repentance seront néanmoins tout à fait pertinents pour des lecteurs « non suisses » !

[6] La Prairie du Grütli se situe en Suisse centrale, au bord du Lac des Quatre-Cantons. C’est sur cette prairie que les premiers confédérés se seraient réunis, à la fin du XIIIe siècle, pour sceller l’alliance qui deviendra la Confédération helvétique.

Menu 3 étoiles pour temps de l’Avent

Antoine Schluchter, pasteur à La Vallée de Joux, commente ici de manière originale Luc 3.10-18, en reprenant des éléments forts du dernier livre de Marek Halter : « Un monde sans prophètes ».

Jeudi 9 décembre 2021 dans la Feuille de La Vallée, on trouvait un courrier des lecteurs intitulé :« Mais où sont passées les étoiles ? » Il ne s’agissait pas d’un cri d’alarme du responsable de l’Observatoire de La Capitaine, mais de l’observation d’un jeune homme concernant les décorations de Noël ; nos nouvelles suspensions lumineuses ne comportent en effet plus d’étoiles et cela lui donne l’impression que La Vallée perd un peu plus son âme. Les étoiles : à la fois des lumières et des points de repère dans la nuit. Des points de repère, on en a besoin, surtout en cette saison sous notre hémisphère mais aussi dans la saison que traverse actuellement notre monde. Une des paroles du texte du prophète Esaïe garde son acuité glaçante : 

« On regarde la terre, et l’on ne voit que détresse, obscurité, sombre oppression, nuit d’égarement. » (Esaïe 8.23)

Ce verset précède la prophétie annonçant cet « enfant qui nous est né » et il faut bien noter qu’ils associent l’obscurité à la détresse et à l’oppression. Le prophète n’évoque pas là une forme de déprime liée au manque de luminosité. C’est d’ailleurs pour cette raison que les Maîtres juifs ont ajouté au calendrier des fêtes instaurées dans la bible celle de Hannoucca, la fête de la lumière au cœur de l’hiver. On ne peut qu’y être sensibles, vu que le Christ est la lumière du monde et qu’à le suivre, on ne marche pas dans l’obscurité. Alors, quelle lumière l’évangile de ce matin projette-t-il sur notre terre ? Quelles étoiles fait-il briller pour nous repérer sous le ciel obscur ? Le projectionniste, comme dimanche passé, c’est Jean-Baptiste et en effet, il éclaire, il dévoile, il avertit, il clarifie. Luc résume son arrivée sur la scène publique en une phrase :

« C’est en leur adressant beaucoup d’autres appels encore que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple. » 

Donc Jean annonce la bonne nouvelle, littéralement en grec il évangélise mais comment ? En   adressant au peuple des appels ou des exhortations ou des encouragements ; le terme a toutes ces nuances. C’est un discours non pas lisse, dans l’air du temps mais rugueux, confrontant pour le temps et pour les gens du temps ; Jean-Baptiste est vraiment un prophète. Le dernier a-t-on beaucoup dit vu que Jésus est venu dans la foulée. Mais alors, y a-t-il encore des voix prophétiques de nos jours ? Que remarque-t-on quand on « regarde la terre », quand on observe ce qui s’y passe ? Il n’y a pas meilleurs observateurs que nos frères juifs dont le penseur Marek Halter. Il observe le cours du monde, il le confronte aux Ecritures et il a une parole percutante. En particulier dans son dernier livre intitulé « Un monde sans prophètes », publié aux éditions Alerte, ça ne s’invente pas. Selon lui, c’est parce qu’on ne se réfère plus à plus grand que soi : Dieu ou un idéal. Les dirigeants n’ont plus vraiment de figures d’opposition fortes (ni même de majorité). Tant que ça va à peu près, on suit sans broncher ce qui est véhiculé par les coutumes, les médias, les réseaux sociaux et personne pour secouer les consciences : un monde sans prophètes !

Nous allons donc nous appuyer sur Jean, le prophète de l’Avent, mais aussi nous référer à Marek Halter qui établit des passerelles avec notre époque pour discerner quelles étoiles-points de repère ils font briller. 

L’étoile du grand retour

La première, c’est l’étoile du grand retour. Jean a proclamé un baptême de repentance, il a engendré un mouvement de repentance dans le sens d’un changement de direction, d’un retournement, d’un retour vers Dieu. Son message est clair, il ne dévie pas, on sait où le trouver… et on vient en foule le trouver dans un état d’esprit à l’inverse de l’orgueil ou de la suffisance. Marek Halter dit que le bon dirigeant n’est pas celui qui ne se trompe pas mais celui qui reconnaît ses erreurs en écoutant le prophète et en corrigeant le tir.

À propos de passerelles, dans quel désert se poster pour avoir un tel impact ? Après la chute de Ceausescu en Roumanie, j’ai rencontré un vieux moine qui vivait dans une cabane perdue. Eh bien, les nouveaux dirigeants venaient le consulter parce qu’il avait résisté au despote et qu’il avait une parole claire, une parole de prophète. Dans la bible, le désert représente un espace de solitude qui permet la rencontre. La solitude du dépouillement, de nos jours c’est une sacrée passerelle.  Comment faire pour que nos communautés offrent une forme de déconnexion à tout ce qui circule en vue d’une reconnexion à l’essentiel ? Avoir un message clair dans un lieu précis pour faire office d’étoile du grand retour : dans nos célébrations, nos groupes de maisons, nos vies individuelles et familiales.

L’étoile du cœur de la cible

La deuxième étoile-point de repère, à propos de message clair, consiste à avoir une parole ciblée. Jean a une parole générale pour les foules et une parole pour des catégories particulières. Les foules, c’est la masse, certains parlaient jadis de masses laborieuses. Plutôt des petites gens mais avec, en fait, un gros pouvoir d’achat. Représentant donc un important marché pour faire tourner la machine. Jean a une parole ciblée. Aux foules dans leur diversité, il parle de partage de la nourriture et du vêtement, soit des besoins de base. Aux collecteurs d’impôts d’équité et aux soldats de respect.

Dans le fond, et là que de passerelles, c’est un message de partage et de refus des abus. Que ce soit en gardant tout pour soi ou en abusant de son pouvoir. C’est assez impressionnant que Jean invite à manifester ainsi la repentance. On a peut-être trop tendance à la réduire à la dimension spirituelle. Mais là, le retour vers Dieu se traduit par une attitude nouvelle envers le prochain. Marek Halter indique qu’être prophète n’était pas de tout repos. La plupart ont été tués ou ont dû s’exiler. Mais, ajoute-t-il, les rois qui les avaient rejetés ne leur ont pas survécu. 

Il me semble que les exhortations de Jean lorgnent vers des thèmes très actuels. Les communautés de partage, le recyclage, les ressources mises en commun, un exercice sans faille de la justice, la dénonciation des abus, le respect de chacun. Cette étoile est l’étoile-point de repère du cœur de la cible : il s’agit de viser juste et d’oser appeler au changement. En nous engageant résolument sur ce chemin aux passerelles multiples.

L’étoile messianique

La troisième étoile est l’étoile messianique qui n’est pas en sucre glacé. C’est un messie qui vient faire le tri et brûler la paille dans un feu qui ne s’éteint point. On représente volontiers Jésus comme semeur, on l’imagine engranger le bon grain mais moins avec une fourche ou une pelle à vanner. Pourtant ne dira-t-il pas qu’il est venu « allumer un feu sur la terre » ? L’étoile messianique est rugueuse, interpellante. Ce qui est intéressant, c’est que Jean donne d’abord des instructions pratiques et qu’ensuite seulement, il parle du Messie. Avec, il faut le reconnaître, un accent très fort sur le jugement. Il ne pouvait pas en aller autrement car pour lui, le Messie allait inaugurer les temps nouveaux en mettant un terme à l’histoire humaine par le jugement. Il fallait donc tout mettre d’aplomb dans sa vie pour l’accueillir.

Comparativement, Jésus ajoutera une bonne dose de miséricorde et surtout de temps en inaugurant le temps de la grâce qui a déjà duré deux millénaires depuis lesquels le message du salut retentit sur toute la face de la terre. C’est véritablement une divine surprise.

Menu 3 étoiles

Notre Menu 3 étoiles nous offre de bons points de repère dans la nuit du monde. 

L’étoile du grand retour nous invite à accueillir le Seigneur de façon renouvelée et à nous poster à la marge des modes et des pensées dominantes pour offrir aux humains en quête un espace de déconnexion du superficiel –ou tout simplement du passager– en vue d’une connexion à l’essentiel, qui est éternel.

L’étoile du cœur de la cible nous invite à accueillir les appels prophétiques jusqu’au cœur de nos existences pour les laisser se déployer dans ce qu’il nous est donné de vivre et de partager. En osant une parole ciblée et des engagements concrets.

L’étoile messianique est celle qui doit briller au firmament et constituer le repère fondamental à ne jamais perdre de vue – pour nous – et à ne jamais occulter – pour autrui.

Nos frères et sœurs juifs l’attendent encore comme bien des humains dans ce monde qui a grandement besoin de la lumière, de l’éclairage des prophètes. L’interview de Marek Halter à laquelle je me réfère a été faite dans le cadre de l’émission juive « À l’origine » (France 2) qui avait pour titre ce dimanche-là « Hannouca, la lumière des prophètes ». Laissons-nous éclairer !

Repentance et Résistance

Le 23 mars 2021, le comité du R3 a proposé une rencontre virtuelle autour de ce magnifique binôme « Repentance et Résistance ». Comme le menu était copieux, nous avons estimé judicieux de mettre à votre disposition les contributions écrites de la plupart des intervenants.

Gérard Pella :

Le 9 décembre 2020, dans une rencontre du R3 par zoom, nous avons pris conscience de l’importance de la repentance et cherché à comprendre ce que cet appel signifiait et impliquait pour nous.

Cette soirée a introduit 10 jours de prière pour vivre de manière particulière ce mouvement de retour au Seigneur. Je dis « de manière particulière » parce que ce mouvement de retour vers notre Père est à renouveler constamment.

Nous avons commencé à comprendre que la repentance biblique n’est pas centrée sur nos péchés, nos tiédeurs, nos remords. Elle est centrée sur Dieu.

Elle est réponse à la Parole de Dieu. 

C’est ce que confirme le texte de 1 Pierre 5 qui nous guidera ce soir :

5Dieu résiste aux orgueilleux, Mais il donne sa grâce aux humbles.

6Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu’il vous élève en temps voulu. 

Nous humilier, ce n’est pas nous dévaloriser, nous aplatir.

C’est reconnaître notre juste place de créature, d’humain sous la puissante main de Dieu, qui n’est pas un tyran. Il se présente – dans ce même passage de 1 Pierre 5 –  comme le Dieu de toute grâce, qui prend soin de nous.

Dans notre chemin de repentance du mois de décembre a retenti très clairement l’appel à retourner à Dieu de manière désintéressée,

L’appel à revenir à Dieu pour qui Il est et non pour ce qu’Il fait ou devrait faire.

Je vous propose donc 10 minutes de silence pour nous tourner vers le Dieu de Jésus-Christ, pour LUI seul, par amour pour LUI, et non pour obtenir ses bénédictions ou ses inspirations.

Elles sont bien nécessaires, ses bénédictions, mais elles sont données « en plus » à ceux et celles qui recherchent en priorité son Royaume.

Je suis conscient que ce n’est pas évident de commencer cette soirée par 10 minutes de silence. J’ai longuement hésité à vous le proposer… mais je crois que cela va nous permettre de nous positionner de la juste manière :

centrés sur Dieu, en résistance à l’activisme et à l’autonomie qui caractérisent notre humanité rebelle.

S I L E N C E

Le comité du R3 a pris au sérieux un second appel, complémentaire : l’appel à la résistance !

Notez Bien : la repentance est déjà une forme de résistance à la pensée dominante. C’est une autre façon de voir, de penser, de se positionner…

Repentance et Résistance, deux mots qui résonnent bien ensemble…

Deux réalités qui se retrouvent dans le même chapitre 5 de la première épître de Pierre. Nous avons lu les versets 5 et 6 tout à l’heure. Reprenons maintenant de 5 à 11 :

5Dieu résiste aux orgueilleux, Mais il donne sa grâce aux humbles.

6Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu’il vous élève en temps voulu. 7Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, 

car il prend soin de vous.

8Soyez sobres. Veillez ! Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer ; 9résistez-lui, fermes en la foi, et sachant que les mêmes souffrances sont imposées à vos frères dans le monde.

10Le Dieu de toute grâce, qui, en Christ, vous a appelés à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous formera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. 11A lui la puissance aux siècles des siècles ! Amen !

Retenons juste 3 perles de ce magnifique collier :

  1. Nous sommes appelés, aujourd’hui comme au 1er siècle, à résister…

… non pas aux autorités (sanitaires ou romaines)

… non pas au virus…

… non pas aux réseaux sociaux ou aux faiseurs d’opinion,

mais au diable lui-même, qui peut se servir de toutes ces réalités pour dévorer… c’est-à-dire nous couper de Dieu.

2. La principale façon de résister, c’est de « demeurer fermes dans la foi ».

Comme l’exprimait Cathy Grobéty, membre elle aussi du comité du R3, résister, c’est avant tout « demeurer en Christ » et « revêtir Christ »

3. L’issue de la crise est certaine et pleine d’espérance :

Le Dieu de toute grâce, qui, en Christ, vous a appelés à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous formera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. 11A lui la puissance aux siècles des siècles ! Amen !

Avec le comité du R3, il nous semble discerner que Dieu appelle ses enfants à former des « poches de résistance ».

Cette image de « poches de résistance » nous fait penser à une dimension communautaire : des groupes, des paroisses, des réseaux qui résistent à l’esprit du temps, à ses dérives, à ses illusions comme à ses désespoirs.

Un bel exemple de poche de résistance me semble être la Haute Ecole de Théologie, qui cherche à penser et à vivre autrement qu’une théologie critique et anthropocentrique.

Nos groupes et nos paroisses ne sont pas que des lieux de célébration et de socialisation. Aujourd’hui comme hier mais peut-être encore plus qu’hier –

nous avons à former des poches de résistance à la mentalité dominante.

Nous avons demandé à plusieurs personnes dont nous reconnaissons la valeur de nous aider à clarifier cette notion de résistance à partir de leur point de vue et de leur expérience de vie. 

Voici leurs contributions :

Hetty Overeem :

Repentance et résistance … pour moi les deux vont de pair. Dans le sens que la repentance, c’est revenir à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, pour qui il EST  –  et la résistance, c’est résister à toute illusion sur Dieu qui nous empêche de revenir à Lui pour qui il est.

Donc, avoir ce seul but et vision en tête : Revenir à Jésus. Revenir à Jésus. Revenir à Jésus. Et résister à tout ce qui veut nous freiner, stopper.

Mais comment, concrètement ?

Concrètement : résister à l’illusion de la toute-puissance humaine, des revendications de l’humanisme, d’un Dieu-« bonus » qui viendrait après nos autres priorités, d’un dieu fait à notre image.

Résister à l’illusion que Dieu veut d’abord et surtout des actions, du faire, de l’efficacité, de la productivité et de la visibilité. 

Résister à l’illusion qu’on n’a pas besoin de chercher Dieu, car on aurait déjà tout trouvé sur lui ; il est acquis pour ainsi dire.

Résister à l’illusion qu’on n’a pas besoin d’aimer Dieu pour lui-même, il suffit d’aimer notre prochain et ainsi on aime automatiquement Dieu.

Résister à l’illusion qu’il n’y a pas de Vérité, ni sur Dieu ni sur nous et le monde, que chacun a sa vérité et que, donc, on ne peut pas vraiment parler de l’identité de Dieu, et que ça n’a pas de sens de le chercher.  

Résister à l’illusion que Dieu est flou, pas une réelle réalité.

Et enfin, résister à l’illusion que Jésus est un bon être humain, et que l’Evangile est de le suivre comme modèle, de l’imiter et de s’en laisser inspirer pour notre spiritualité.

Ainsi, la résistance à l’illusion est en elle-même repentance ! Ou bien, la repentance est en elle-même résistance ! Car en renversant les critères de l’illusion de l’adversaire, ça devient la Vérité selon Dieu. Et qu’est-ce que ça donne ?

1) Non, l’humain n’est pas tout-puissant. Il dépend de Dieu, alors il est appelé à vivre la dépendance totale de lui, pour vraiment devenir l’humain selon le désir de Dieu  –  par le Christ habitant en lui et le transformant, j’y reviens. Il EST, et alors veut être connu et reconnu comme Dieu BERGER.

2) Non, l’humanisme n’est pas une option. Il réduit le concept de « bon » à l’humain et ses critères, et cette bonté-là ne correspond pas à la volonté de Dieu. Dieu n’est pas le prolongement de l’être humain et ses critères, et c’est peut-être le moment d’arrêter des prédications qui vont dans ce sens : « Soyez bons, solidaires, empathiques… »  Un collègue m’a confié qu’il avait été dans 37 Églises, avait écouté 37 prédications, et que les messages pouvaient être résumés dans ceci : « Allow me to suggest that you be good. » (Permettez-vous de vous suggérer d’être bon). La théologie, elle aussi, pourrait vivre, si elle arrêtait de se soumettre aux critères humanistes. Dieu EST, et alors il veut être connu et reconnu comme SOUVERAIN.

3) Non, Dieu ne vient pas après quelque chose ou quelqu’un, il n’est pas un bonus sympa. Il est la toute première priorité. A aimer et alors aussi à obéir avant tout. (Attention juste au mot « obéir », qui doit sortir des associations de « il faut, il faudrait, il aurait fallu », et revenir à la libre obéissance de Jésus, par Amour pour son Père, justement parce qu’il le connaissait ! Dieu EST, et alors il veut être connu et reconnu comme LE SEUL, L’UNIQUE.

4) Non, Dieu n’est pas à notre image, il ne correspond pas à nos critères et ça peut faire très mal. Esaïe 55, 8 : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas les  miens. » Il agit selon son plan, dont, nous dit Jésus, on peut avoir confiance qu’il est bon. Il est celui qui prend l’initiative et nous demande d’entrer dans sa dynamique. Il EST, et alors il veut être connu et reconnu comme le DIEU TRES HAUT.

5) Non, Dieu ne veut pas d’abord notre faire, nos actions, notre efficacité, notre productivité et notre visibilité. C’est nous qui voulons ça ! Parce que là, au moins, il y a quelque chose à voir, donc cela nous justifie. Non, Dieu veut qu’on SOIT. Avec lui, ensemble, donc en vérité. Pour lui. Pour lui seul. En ne produisant dans un premier temps rien du tout. Et, dans une même logique, Dieu veut, je pense, qu’on arrête de lui demander dans un premier temps des CHOSES, aussi belles qu’elles soient, même s’il s’agit de très belles perles, pour utiliser cette image dans l’Evangile de Matthieu. Des perles comme la guérison, la libération, mais aussi comme le discernement, la sanctification, et même la foi. Parce que tout ça peut devenir des CHOSES, indépendantes, autonomes, existant et voulues pour elles-mêmes, plus que Dieu lui-même. A ce moment-là elles remplacent Dieu et deviennent des idoles. Dieu veut qu’on cherche LA Perle, la plus grande, la plus belle, qui fait pâlir toutes les autres, à savoir : Lui-Même, dans tout son être, et alors aussi ce qu’il fait, ce qu’il donne, ce qu’il dit. Dieu dans toute sa Réalité  –  le Royaume, donc ! Dieu EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme LA PERLE, pour laquelle on peut joyeusement laisser tomber toutes les autres.

6) Non, on n’a pas encore trouvé toutes les richesses de la Personnalité de Dieu !Il n’est pas acquis, comme si on n’avait plus besoin de le chercher. Non, c’est l’Esprit de Jésus qui, durant toute notre vie, va nous guider vers la pleine vérité (Jean 16, 13) sur ce Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, qui il est et ce qu’il veut. Et vers la pleine vérité sur nous, et le plan de Dieu pour ce monde, qu’il veut réaliser à travers nous, afin que son Règne vienne. Dieu EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme le DIEU QUI SE LAISSE CHERCHER … ET TROUVER ! (Esaïe 65, 1-2 p.ex.)

7) Non, il ne suffit pas d’aimer son prochain, et on n’aime pas automatiquement Dieu en aimant son prochain. Il y a bien DEUX commandements, le premier étant : « Aimez le SEIGNEUR ! », et là-dedans, comme fruit venant de cette vigne, il y aura aussi un amour nouveau pour notre prochain, et pour nous-mêmes. Dieu est, et alors il veut être connu, et reconnu, comme DIEU-AIMANT JALOUX, comme les prophètes, surtout Osée, l’ont décrit. 

8) Non, Jésus n’est pas l’homme bon, le modèle à imiter, qui inspirerait si bien nos expériences spirituelles. Il est le seul chemin, la seule vérité et la seule vie, le seul Sauveur, que Dieu a envoyé et veut envoyer maintenant même dans notre cœur. Pour nous habiter et nous transformer vers l’être nouveau que NOUS serons, avec lui, en lui : cette nouvelle « race » des humains selon l’ordre de Melchisédek (Genèse 17, Hébreux 7). Dieu EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme le DIEU QUI FAIT TOUTE CHOSE NOUVELLE. Jésus, le Fils de Dieu, est l’EPOUX et se réjouit de cette union, enfin, avec nous comme son EPOUSE (Apocalypse 21 et 22).

9) Non, c’est le mensonge qui dit qu’il n’y a pas de vérité, et qui exige, quand il dit ça, d’être justement… la Vérité ! Et non, on ne peut pas dire sur Dieu tout ce qu’on veut et le contraire. Oui, on le peut, bien sûr, mais alors on est dans l’illusion ! Et, non, ce désir bizarre de l’EERV de chercher à tout prix une fausse unité, qui ne rassemble pas autour du Christ tel qu’il est, mais autour de toutes les interprétations, les « couleurs », qui existent sur lui et qui, toutes, se valent. Comme si Dieu était le dénominateur commun de nos couleurs, de nos croyances. C’est l’abus de Dieu, ça !

(Dans ce sens j’ai révoqué et annulé cette partie de la promesse de consécration qui dit qu’il faut chercher ce qui rassemble plus que ce qui divise. Je comprends le but de cette formulation mais elle n’est pas biblique. Jésus n’a pas parlé ni agi dans ce sens. Avec lui, nous sommes appelés ensemble à chercher, et nous rapprocher de, la vérité sur Dieu, en l’implorant de se révéler lui-même, encore et encore. Dieu EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme le DIEU DE VERITE.

10) Non, Dieu n’est pas flou. C’est la soi-disant toute-puissance de l’humain qui le rend flou pour cet humain. (Et les gens que je rencontre au Flon et à la prison me montrent qu’il y a un réel changement : les gens perdent leurs repères, ils perdent leur sens de la réalité, tout devient un peu fictif, eux-mêmes inclus. C’est terrible…) Non, Dieu est LA Réalité absolue lui-même. Et justement, tout ce qui ne vient pas de lui est … illusion ! Vient de l’illusion, marche selon l’illusion et aboutit à l’illusion. Dieu est totalement, librement et joyeusement lui-même. Il EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme le DIEU SAINT.

Ainsi, pour résumer, je pense que des poches de résistance, si elles veulent vraiment résister, ont tout simplement la vocation de revenir, encore et encore, à Jésus-Christ, le seul à pouvoir nous dire par son Esprit, qui est ce Dieu. Le seul à pouvoir l’écrire lui-même dans notre cœur. Le seul à pouvoir et vouloir nous transformer, lentement mais sûrement, concrètement, vers lui-même.

Et, en ce qui me concerne, je pense qu’un moyen fantastique pour apprendre cette repentance/résistance, c’est le dialogue avec Dieu comme on le pratique dans Evangile En Chemin , en 4 parties : 

1)Prendre d’abord un temps pour accueillir Dieu dans le silence : « Sois le bienvenu, installe-toi en nous, prends ta place ! Nous sommes heureux et honorées de ta présence que tu nous as promise. Sois là, sois toi, sois tout-toi  –  à nos risques et périls ! »

2)Prendre ensuite un temps pour écouter Dieu dans le silence : « Seigneur, parle-nous de ce que toi, tu veux, le désir de ton cœur pour cette personne ou pour moi, pour ce projet, pour ce problème, pour cette vie et cette situation concrète ? Parle, Seigneur, tes serviteurs écoutent ! »

3)Partager : est-ce que Dieu a mis quelque chose sur le cœur de quelqu’un ? Osons parler de ce qu’on a peut-être reçu, osons sortir de ce que nous pensons de toute façon déjà, osons sortir du politiquement correct, et osons nous tromper ! C’est ok ! Ce n’est pas parce qu’on est dispo et de bonne volonté qu’on va entendre Dieu à 100 %. Il n’y avait que Jésus, je pense, pour qui c’était constamment le cas. Et même pour lui ce n’était pas facile : après 40 jours de jeûne et de prière, il était super disponible et qui c’est qui se pointe ? Satan avec ses illusions ! – Mais, par la grâce du Seigneur, avec l’aide de son Saint-Esprit, nous pouvons apprendre à écouter, peser, trier, discerner, laisser confirmer ou contredire par les autres. Comme un jeu de ballon, au fond !

4)Et enfin, prier. Prier avec ce qu’on a reçu, partagé, et dire aussi nos désirs, nos faims et soifs, pour l’autre comme pour nous-mêmes.

Donc : Accueillir Dieu « gratuitement », pour ainsi dire  –  l’écouter  –  partager entre nous  –  et prier. Résister à l’illusion qui se répand sur notre terre avec une rapidité effrayante. Se repentir en ne se faisant pas piéger par l’illusion et en revenant fermement, jour après jour, à Dieu tel qu’il s’est fait connaître.

N.B. : Hetty avait préparé le texte ci-dessus mais – pour diverses raisons – elle a improvisé une autre intervention, plus courte.

Shafique Keshavjee :

Shafique nous a parlé de l’importance de deux réalités souvent oubliées : le sabbat et la sainteté de Dieu, qui s’expriment de manière saisissante dans cet appel du Psaume 46 : « Arrêtez ! (Sabbat) et sachez que je suis Dieu ! (Sainteté) v. 11.

Guy Chautems :

Depuis la dernière rencontre du R3, en décembre 2020, notre Equipe de prière et de discernement s’est retrouvée six fois (en petit et en grand  groupe) pour rédiger la Version 1 d’un message. Il s’articule autour de la question suivante : « Devant les développements actuels, mis en évidence par la pandémie universelle qui se prolonge, quel est le message que les Églises sont invitées à transmettre aux chrétiens ? »

Nous avons élaboré nos réflexions autour de la question : « Comment entrer dans le temps nouveau « de la fin ? » Ce texte comporte trois points :

1.- Discerner les signes des temps 

Cette pandémie a mis en évidence nos fragilités : celle de notre condition humaine comme celle de la création (climat et biodiversité) ; celle de nos sociétés (conflits de toutes sortes) comme celle de nos économies.

2.- Rester proches des gens et du Christ

Les media nous ont reproché notre silence, nous nous devons de le rompre car Dieu nous a donné sa Parole et nous avons à la transmettre de manière claire. Cette Parole nous appelle à la repentance !  N’avons-nous pas trop parlé de la grâce en oubliant les exigences de Dieu ?

Nous voulons rester proches des gens et, dans le même temps, centrer toute notre attention sur le Christ « assis à la droite du Père. » La radicalité des enjeux actuels nous place à une croisée de chemin avec une question : « A quel Royaume et à quel Roi voulons-nous appartenir ? »  

A un Royaume qui a le vent en poupe, en termes de nombre d’adhérents, celui du Dragon agissant au travers de la Bête (Ap.13), ou au Royaume de ceux qui ont reçu le sceau de l’Agneau en refusant la marque de la Bête au péril de leur sécurité et de leur liberté. 

3.- Emprunter des chemins nouveaux

Nous appelons chacun à se tourner vers le Christ ressuscité, qui trace les chemins de la repentance et de la confiance sur les trois plans de nos décisions : personnelles, ecclésiales et sociétales.

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Après avoir présenté la version 1 de notre document à notre équipe, Tom Bloomer et Pierre Amey nous ont engagés à apporter un message plus solennel (un message choc !) et à ne pas négliger la prophétie donnée en 2019, lors du rassemblement  Discerner les temps, appelant chacun à se tourner vers Dieu ! Voici l’avertissement que Tom adressait alors aux Eglises :

Notre monde va au-devant d’un jugement, d’un ébranlement profond. Nous allons connaitre une crise économique importante dans les mois à venir. Et cette fois, la Suisse elle-même ne sera pas épargnée. Prions que Sa grâce nous garde et nous soutienne.

Une année plus tard, suite àla demande insistante des organisateurs du même séminaire, voici ce que Tom a ajouté avec humilité :  

Cette crise économique mondiale sera peut-être aussi grave que celle de 1929. Elle va provoquer des faillites, la criminalité va augmenter et des famines pourraient survenir. Cette crise pourrait durer 7 ans (vaches maigres. Cf. Joseph, Exode). Alors soyons sages et faisons des réserves ! Et il a ajouté :  Ce temps pourrait être raccourci par la repentance et l’intercession : 2 Chroniques 7.14 « Si mon peuple, celui qui porte mon nom, s’humilie, prie et me cherche et s’il renonce à ses mauvaises voies, je l’écouterai du haut du ciel, je lui pardonnerai son péché et je guérirai son pays. » 

Lors de notre rencontre du 19 mars 2021, nous avons interrogé Tom sur ces sept années de vaches maigres ! Voici sa réponse : « Cette conviction est venue progressivement. L’été 2020, j’ai fait une expérience similaire à celle décrite par Paul à Athènes, lorsqu’il parle de son irritation charnelle devant l’argumentation des Athéniens. De nombreuses personnes affirmant que tout s’arrangerait bien vite, sans un retour à Dieu, mon irritation a grandi et l’appel à la repentance du Seigneur est devenu de plus en plus clair. Par la suite, les analyses de nombreux spécialistes ont confirmé la justesse de mon écoute. »

Quant au message de Pierre, voici en résumé  ce qu’il a partagé: « Notre situation est semblable à celle du temps de Jérémie le prophète. L’Eternel en avait assez de la religiosité idolâtre. Alors Jérémie a parlé :  Votre monde va changer, je vais déporter la jeunesse à Babylone, mettre fin aux institutions civiles et religieuses corrompues. Je vais anéantir votre temple rempli d’idoles et détruire vos murailles sécuritaires. Ne pouvant croire cela, rois, prêtres, prophètes et peuple ont jeté Jérémie dans une citerne. Persuadés que Dieu ne leur ferait jamais ça, ils ne pouvaient recevoir des paroles encore plus insensées du prophète :  A Babylone, construisez, cultivez et enfantez (Jérémie 29.5,7). Pire encore ! Jérémie a versé de l’huile sur le feu de la révolte populaire en déclarant : Le tyran et envahisseur Nebucadnetsar est le serviteur de Dieu pour amener le peuple à la repentance (Jr 27.6). »

Pierre Amey a résumé son exhortation ainsi : Oui, la Covid déporte notre monde. Alors, peuple de Dieu, repens-toi et lève-toi. Construis, cultive, enfante, proclame et vis l’Évangile.

Note : Pour visionner les prédications données par Tom et Pierre au CET Tavannes, se rendre sur le site: https://www.cet.ch/messages-youtube/ 

  • la prédication de Tom se trouve sous le 27.09.2020
  • la prédication de Pierre sous le 25.10.2020.

Françoise Perrin :

Françoise nous a parlé de Prière pour la Suisse et – en particulier – de la Muraille de Prière : chaque jour, un canton prend le relais du canton précédent dans une chaîne de prière continuelle. Voir https://www.gebet.ch/fr/priere/muraille-de-prieres/

Philippe Rochat :

Etre une poche de résistance

Par rapport à cette notion de poche de résistance, j’ai à cœur de partager avec vous un témoignage de vie. C’est un témoignage sur une période de 30 ans, vécue en couple et en partie avec nos enfants avant qu’ils ne partent pour être des témoins là où ils se sont établis. L’histoire se déroule dans notre village d’Echichens, là où nous vivons, là où nous rencontrons jour après jour, par la force des choses et naturellement, d’autres personnes du village. Et je peux dire maintenant avec assurance là où Dieu nous veut. Ce témoignage est donc à Sa gloire.

Il y a maintenant plus de 30 ans qu’un couple du village, Philippe et Meya Corthay, ont mis en route quelque chose qui n’était pas clair pour moi à l’époque : nous rencontrer au domicile des uns et des autres pour louer Dieu, pour prier les uns pour les autres, pour prier pour le village, la région et les autorités, tant civiles qu’ecclésiales. Avec également des temps de repentance.  

Leur désir était – et il est toujours ! – d’apprendre à se mettre à l’écoute de Dieu avant de prier, ainsi que de nous encourager à devenir « des anciens aux portes de la ville ». 

Dans le cadre de ce groupe, nous avons aussi beaucoup investi pour approfondir des thèmes, tel que celui de l’argent par exemple. Apprendre à réaliser quelle est la puissance spirituelle qui nous empêche d’entrer dans la liberté par rapport à la dîme, par exemple, puissance qui nous dit et nous redit que nous allons manquer de ce dont nous avons besoin  et qui nous pousse à engranger. 

Durant ces rencontres et au fil des années, nous avons  réalisé combien l’Eglise Réformée,  pour rester populaire, a laissé pénétrer l’esprit du monde en son sein. Nous avons pu constater que peu à peu croissait la confusion entre le péché et le pécheur et, par-dessus tout, que l’Ecriture Sainte était transformée. Cela a amené bien des souffrances, des divisions. Cependant, ceci a aussi eu un côté positif, car cela nous a unis comme chrétiens du village. Et dans une certaine mesure cela nous a conduits à devenir une poche de résistance. Par la prière.

En parallèle de ce groupe de prière « général » (qui réunit des chrétiens de différentes communautés), un groupe d’hommes et un groupe de dames, toute appartenance communautaire confondue, se sont également mis en place. Plus de 30 ans déjà… Et cela continue. Que de moments de joie ! De libérations ! Mais aussi que de patience nécessaire pour voir se réaliser certains projets… ou pour continuer à espérer ! Là aussi, il y a une notion de résistance : contre le doute, le découragement, la division, ou – pire encore – la recherche de victoires pour son propre compte.

Il y a 4 ans environ, nous avons reçu, nous semble-t-il, une nouvelle mission : celle de créer un réseau avec TOUS les chrétiens de la  Commune. A l’image des clubs de foot de notre pays, qui parfois renoncent à leurs maillot local pour revêtir le maillot national, et ont à jouer ensemble, sous le même maillot, pour « marquer des buts » ensemble. Ce réseau, que nous appelons Echichens.Connexion, s’est donné la charte suivante :

ConneXion est un réseau multiconfessionnel de chrétiens souhaitant concrétiser leur amour pour le prochain en créant des opportunités de nouer des contacts avec les habitants du village par le biais d’aides diverses, d’ateliers thématiques et d’évènements conviviaux ; par leur exemple, ils rayonnent la vie chrétienne au quotidien et sont en mesure de proposer des moyens d’information et de formation. 

Ainsi, tout membre de Connexion, environ une cinquantaine de personnes, peut à tout moment au moyen d’un protocole de communication défini :

  • Informer les autres membres d’un événement villageois à faire connaître 
  • Exprimer un besoin pour lui-même ou un voisin
  • Présenter un projet pour le village et exprimer une demande de ressources nécessaires (spirituelles, pratiques, financières,…)

Les autorités communales ont été mises au courant de cette association Connexion et nous avons été encouragés.

Le dernier projet mis en route a été un encouragement exprimé aux résidents et aux collaborateurs du home pour personnes âgées d’Echichens. Ce sont plus de 170 petits cornets de « biscuits faits maison » qui ont été confectionnés à l’intention des pensionnaires du home, chacun accompagné d’un message d’espérance et une offre de contact. Et plus de 130 litres de jus de pomme en provenance d’une ferme locale ont été mis à disposition du personnel pour les temps de pause. Là aussi avec un message de remerciement et d’espérance.

Le défi est grand de nous unir entre chrétiens sans vouloir faire croire que nous souhaitons créer une nouvelle communauté. Il faut apprendre en même temps à réaliser que la moisson est grande en dehors de l’Eglise (puisque l’Eglise n’est pas un but en soi) et savoir toutefois rester engagé dans notre communauté afin d’être nourri, envoyé et béni (pour celles et ceux qui font partie d’une communauté où cela se passe). 

Nous vivons également depuis plus de 5 ans des rencontres mensuelles de témoignages et de louange dans le bâtiment de l’église d’Echichens, rencontres qui se terminent par une agape. 

Maintenant, nous pensons que nous pouvons entrer dans une nouvelle étape afin de rejoindre les personnes qui ne fréquentent aucune communauté chrétienne. Nous croyons que Dieu nous ouvre une porte au travers de liens créés avec le gérant du restaurant du village, ainsi qu’avec son épouse. Nous désirons bien sûr soutenir son entreprise (dès que possible, selon l’évolution des conditions sanitaires) et en même temps offrir un cadre neutre comme lieu de rencontre aux personnes que nous inviterons. Le projet a été bien accueilli par le gérant. Ce n’est donc plus qu’une question de temps pour mettre en route cette prochaine phase.

Nous constatons que la situation actuelle est aussi favorable pour nous approcher de notre prochain et créer de nouveaux contacts. Il y a comme une vulnérabilité apparente, souvent même prononcée par les personnes que nous rencontrons. Ceci nous encourage pour le projet « restaurant ». 

Dans mon quartier, nous avons aussi commencé un groupe d’étude de l’Evangile de Marc (avec le manuel Evangile à la Maison). Toujours dans le quartier, une personne a « tout à coup » demandé le baptême. Il s’agit d’une personne avec laquelle nous étions en relation « éloignée » depuis plusieurs années, mais qui soudain a décidé de rejoindre nos rencontres des dimanches soirs. 

Dernièrement encore, une personne de l’administration communale m’a téléphoné pour que nous apportions de l’aide à une personne dans l’embarras à cause du Covid. 

Ainsi, nous réalisons peu à peu que les prières commencées il y a plus de 30 ans ouvrent des portes, espérées, et souvent de manière inattendue. 

30 ans, pour un être humain, c’est long. Mais c’est une  affaire de patience qui est possible, parce que nous savons que la Victoire est déjà remportée.  Paul aux Romains dit ceci : que par Jésus Christ, nous sommes maintenant établis dans la grâce de Dieu, avec la perspective d’avoir part à la gloire de Dieu. Finalement, je crois que ce n’est pas seulement une affaire de patience. Il s’agit également demander la capacité à résister à toutes formes d’attaques, actives ou passives, évidentes ou sournoises, du monde visible ou invisible.

J’ai essayé de définir, pour moi, les caractéristiques principales du résistant :

  • Je dois résister à l’indépendance vis-à-vis du Père, indépendance qui se crée bien souvent subtilement au travers des événements de vie, ou encore au travers de ce que je considère comme des réussites.
  • Je dois résister au genre de dépendance au Père où je le vois uniquement pour ce qu’il peut m’apporter au lieu de L’aimer pour qui Il est, pour Lui-même.

La Victoire a été remportée. Encourageons-nous à en être les porteurs, surtout dans les courants contraires. Pour Sa gloire. Ainsi soit-il !

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Les contributions spontanées des participants nous ont également beaucoup réjouis. Cette rencontre virtuelle a permis à des participants d’autres cantons et d’autres mouvements (Attestants, Ancre, Unio Reformata) de participer. Nous bénissons le Seigneur !

Mars 2021