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Déclaration sur le «mariage pour tous» dans l’Eglise

Le 21 octobre 2019, à Zurich, une soixantaine de pasteur-e-s et de théologiens ont signé une déclaration concernant le « mariage pour tous » dans l’Eglise. Deux semaines plus tard, ils étaient plus de 200. A la différence de la « lettre ouverte » qui peut être signée par tous les paroissiens réformés, cette déclaration veut montrer que bon nombre de théologiens et de pasteur-e-s sont consternés par les prises de position des instances dirigeantes de la FEPS (Fédération des Eglises protestantes de Suisse).

Pour signer cette déclaration, cliquez ici
Pour la version en allemand (original) et en français, vous pouvez cliquez sur ce lien :Mt194
Pour une présentation (en allemand) du débat autour de la bénédiction du mariage pour tous, cliquez ici

Pour le revue de presse sur cette déclaration (en français et en allemand), cliquez ici

Voici la version française de cette déclaration :

« N‘avez-vous pas lu…? » ( Mt 19, 4)

Déclaration sur le «mariage pour tous» dans l’Eglise

L’Évangile nous est fondamentalement attesté par la parole des apôtres et des prophètes dans les saintes Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testaments.        Concorde de Leuenberg, 1973
C’est à l’écoute de la Parole de Dieu de l’Ancien et du Nouveau Testament, dans la connais- sance de nos limites et en étant prêts à nous laisser corriger par le témoignage de l’Ecriture Sainte de l’Ancien et du Nouveau Testament et par des motifs de la raison, que nous signons cette déclaration, parce que nous n’acceptons pas la démarche et les déclarations des instances dirigeantes de nos Eglises dans le cadre de la discussion ecclésiale sur le « mariage pour tous ».
1. Rupture radicale. La proposition du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) et des Conseils de différentes Eglises cantonales d’introduire un mariage religieux aussi pour des couples de même sexe est en rupture radicale avec la tradition judéo-chrétienne et avec les confessions chrétiennes en tous temps et en tous lieux.
2. L’Eglise se place au-dessus de l’Ecriture. Lorsque la base d’une telle décision n’est pas l’Ecriture sainte, on quitte le fondement de la théologie chrétienne. Il faut que l’Eglise reste en-dessous de l’Ecriture et non au-dessus. Elle perd sa légitimité lorsqu’elle ne base pas ses décisions sur l’Ecriture.
3. L’opinion publique n’est pas remise en question. Lorsque l’Eglise n’est plus à l’écoute obéissante de la Parole de Dieu, ce sont les changements de l’opinion publique ainsi que les décisions et les définitions de l’Etat qui déterminent les décisions ecclésiastiques sans aucune remise en question. Or, la volonté créatrice de Dieu ne peut en aucun cas être déduite de l’opinion publique. Un courant social dominant ne peut pas servir de cadre d’interprétation des Ecritures.
3. Plus aucune discussion théologique. Au lieu d’une véritable discussion théologique sur différents avis, on voit apparaître un comportement de plus en plus absolu chez ceux qui aimeraient établir un « mariage pour tous » ecclésial.
Dans l’obéissance à Jésus-Christ et en accord avec nos engagements de consécration, lesquels nous réfèrent aux bases de l’Ecriture Sainte de l’Ancien et du Nouveau Testament dans notre responsabilité théologique et éthique, nous faisons observer :
1.  Les décisions doivent avoir des fondements bibliques et théologiques. Les instances dirigeantes de la FEPS et des Eglises cantonales ont le devoir de prendre leurs décisions sur des fondements bibliques et théologiques. Lorsqu’elles suivent l’opinion publique sans tenir compte de ces fondements, nous ne pouvons accepter leurs décisions.
2. La compréhension chrétienne du mariage. Voici ce qui est déterminant – à nos yeux – pour une compréhension chrétienne du mariage, laquelle ne doit pas forcément être conforme à la compréhension mondaine du mariage :
– L’homme et la femme se complètent l’un l‘autre dans l’altérité sexuelle. Cette base formulée dans Genèse 1 et 2 est confirmée par Jésus-Christ lui-même comme alliance du mariage (Mt 19, 4-6; Mc 10, 6-9): « N’avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, fit l’homme et la femme et qu’il dit : ‹ C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair › ? » Ce n’est que dans le cadre de cette complémentarité que la transmission de la vie est possible. La bénédiction de la création (Ge 1,28), sur laquelle est basée la bénédiction du mariage, contient l’aspect de la réception de la vie et de la transmission de la vie comme don de Dieu. La sainteté de la vie humaine est donc une base essentielle qui fonde la protection et la bénédiction particulières du mariage entre un homme et une femme.
– L’état de chute de la création entière (Ro 5, 12–21; 8, 18–25). En ce qui concerne leurs relations avec Dieu, avec leur prochain et avec eux-mêmes (y compris leur propre sexualité), tous les humains sont dans un rapport brisé quant à la volonté créatrice de Dieu. Cet état nous empêche d’identifier immédiatement la volonté originelle de Dieu avec ce que nous constatons dans la nature. Cet état de chute fait partie de notre monde et ne peut pas être complètement vaincu ou guéri dans cette vie. A cause de cela, la vie chrétienne est toujours en tension entre notre propre brisement et l’écoute de la Parole de Dieu ; la vie ne comprend donc pas seulement épanouissement et bonheur, mais aussi tentation et renoncement.
– L’analogie du mariage entre un homme et une femme et de l’union entre Christ et son Eglise – c.à.d. l’attente que l’état de chute de la création soit surmonté (Eph 5, 31 et ss.; Ap 21, 9–14). Le mariage entre un homme et une femme illustre de façon particulière le rapport entre Christ et son Eglise. Dans cette relation aussi, la transmission de la vie est centrale, car Christ est la source de la vie (Jn 4,14 ; Ap 21,6). L’analogie du mariage et de l’union entre Christ et son Eglise débouche dans le Nouveau Testament sur l’espérance en une nouvelle création, dans laquelle l’état de chute de la création sera surmonté.
3. Bénir sans l’ordre de Dieu, c’est abuser de son nom. Un acte de bénédiction ne peut pas être autre chose que l’affirmation de l’engagement de Dieu. Il est donc lié, en ce qui concerne son occasion et sa situation, au commandement divin. Par conséquent, l’Eglise ne peut disposer de la bénédiction de Dieu comme bon lui semble. Bien plus, une bénédiction sans l’ordre de Dieu n’est pas une bénédiction, mais un abus du nom de Dieu, ce dont l’Ecriture nous avertit : « Tu ne prendras pas le nom du Seigneur, ton Dieu, en vain ; car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui prendra son nom en vain » (Ex. 20,7).
4. L’Eglise a un rôle prophétique de veilleur. L‘Eglise est exhortée à rechercher la paix avec tous (voir Ro 12, 18-21). Les évolutions de l’Etat et de la société ne sont pas à refuser systématiquement, mais peuvent être intégrées si elles ne s’opposent pas aux commandements de Dieu (voir Ro 13, 1-6). Toutefois l’Eglise a le devoir d’examiner les évolutions de manière critique à la lumière de l’Ecriture et d’assumer son rôle prophétique de veilleur dans l’Etat et la société.
Conclusion : Nous demandons une discussion ouverte dans l’Eglise, en recherchant l’unité. Nous revendiquons la liberté de conscience pour toutes les personnes actives dans l’Eglise. Ces questions ne doivent pas devenir un critère d’admission pour le ministère pastoral dans les Eglises réformées. Même si, par les déclarations de la FEPS et des Eglises cantonales sur le « mariage pour tous », la pression à agir contre notre conscience et nos convictions théologiques augmentait, en toute humilité et par obéissance à Jésus-Christ, nous ne serons pas disponibles pour des actes ecclésiastiques qui ne sont pas clairement fondés sur l’Ecriture et nous témoignerons résolument par l’annonce de la Parole biblique.
Octobre 2019

Lettre ouverte à l’Assemblée des délégués de la Fédération des Eglises protestantes suisses

Plus de 6 000 réformés ont adressé une lettre ouverte aux membres de la Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS) contre le mariage à l’église de couples du même sexe. 218 pasteurs se sont également déclarés contre le changement de pratique de l’Eglise.

La «lettre ouverte » a été remise au président de l’Assemblée des délégués de la FEPS, Pierre de Salis, le 4 novembre. Cette lettre a été lancée par le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) en Romandie et diffusée en trois langues début octobre de manière informelle.

La lettre a reçu une réponse positive: 6230 personnes des paroisses réformées (plus de 4 300 de Suisse alémanique) l’ont signée. Il y a également 2200 signataires d’autres Eglises, totalisant environ 8 500 personnes.

En voici le contenu :

Mesdames et Messieurs les délégué-e-s,

Vous serez amenés à prendre position sur le « mariage pour tous » lors de votre Assemblée des 4 et 5 novembre 2019. Permettez-nous de vous exprimer nos convictions à ce sujet !

Nous croyons que Jésus-Christ nous appelle à accueillir chaque personne – quelle que soit son orientation sexuelle. Nous croyons aussi qu’il nous appelle à renoncer à tout jugement à l’égard des personnes. Beaucoup de personnes qui ont une orientation LGBT ont été blessées par le jugement de certains chrétiens et nous le regrettons profondément.

Par contre, nous ne pouvons cautionner le mariage entre deux partenaires de même sexe. Il nous semble en désaccord profond avec la révélation biblique.

A la suite du livre de la Genèse, Jésus réaffirme cette vérité fondamentale : le couple humain est constitué d’un homme et d’une femme : « N‘avez-vous pas lu ce que déclare l’Écriture : Au commencement, le Créateur les fit homme et femme » ? (Mt 19,4)

Pour l’apôtre Paul, l’union entre un homme et une femme symbolise même « le grand mystère » de l’union entre le Christ et l’Église (Éphésiens 5,32).

De plus, pour qu’un enfant grandisse dans de bonnes conditions, nous croyons qu’il a besoin d’un père et d’une mère. Ce besoin essentiel doit être respecté.

Au moment où se forme l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), nous rappelons le souci pour l’unité de nos pères et mères de la Réforme : « Nous n‘approuvons que ce qui contribue à établir la concorde et est propre à l‘entretenir ». (Confessio Gallicana, 1559, Article 33). Que votre décision ne blesse pas une partie importante du Corps du Christ !

En conséquence, nous vous demandons – humblement et solennellement – de renoncer à vous prononcer en fa- veur d’une célébration d’un mariage religieux pour un couple de même sexe.

Nous espérons que vous comprendrez que nous ne sommes pas opposés aux personnes qui ont une orientation homosexuelle mais, dans la fidélité à Jésus-Christ, nous ne pouvons légitimer leur mariage. Une Église qui se prononce ouvertement contre l’enseignement du Christ perd son autorité spirituelle et précipite son effritement. Elle se distancie en outre des autres Eglises chrétiennes.

Veuillez agréer, Mesdames, Messieurs, nos respectueuses salutations

Franziska Bader, Cathy Grobéty, Monika Lehmann, Annette Walder, Olivier Bader, Luc Badoux, Martin Hoegger, Hansruedi Lehmann, Gérard Pella, Philippe Rochat, Cleto Rosetti, Peter Schmid, Paul Schorer, Hansurs Walder

Vous pouvez télécharger cette lettre et ajouter – jusqu’au 31 octobre – votre signature et celle de vos proches (ce sera très précieux!) en cliquant sur ce lien : Lettre-Ouverte

La future Eglise suisse sera-t-elle un rouleau compresseur ?

Il suffit de mettre côte à côte le blog de Jean-Marc Tétaz et le mien (sur le site réformés.ch) pour se rendre compte qu’il y a des avis profondément différents sur la délicate question du « mariage pour tous » (Société) et de la bénédiction de ces unions (Eglise). Jean-Marc et moi ne sommes pas des exceptions : cette tension traverse toute l’Eglise réformée (sans parler de l’Eglise anglicane, mennonite ou méthodiste). Elle est clairement reconnue par le Conseil de la Fédération des Eglises protestantes suisses (FEPS) dans le document qui prépare l’Assemblée des délégués des 4-5 novembre 2019 : « Le Conseil est conscient que la pluralité des opinions sur l’homosexualité et des approches des textes bibliques fait partie de l’Église réformée » (p.3).

En « pressant » l’Assemblée de prendre position sur ces questions, le Conseil propose une démarche démocratique : la majorité décidera1.
Le problème, c’est qu’il n’est pas question ici de budget, d’organisation ou de planification mais de convictions théologiques. Par le moyen d’un vote démocratique, certaines convictions vont donc s’imposer au détriment d’autres convictions, en procédant comme un rouleau compresseur : écraser pour aplanir les différences ! Cette regrettable situation suscite en moi plusieurs questions.

Y a-t-il une réelle urgence ?

Qu’est-ce qui motive le Conseil de la FEPS à avancer si rapidement ? Qui a vraiment besoin que toute l’Eglise réformée suisse propose une bénédiction de mariage pour couples de même sexe ? Une infime minorité !
Selon les statistiques officielles de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, il y a eu – pour tout le canton – une demande de bénédiction en 2013, deux en 2014, trois en 2015, une en 2016 et une en 2017. Plutôt que de mettre toute l’Eglise sous pression pour changer sa définition du mariage et ses rites, plutôt que de demander à l’Eglise tout entière d’entrer en choc frontal avec les textes bibliques, n’y a-t-il pas d’autres façons de répondre aux besoins des couples de même sexe ?

Par ailleurs, n’y a-t-il pas une autre façon de prendre des décisions ?

Fort d’une longue expérience de dialogue entre Eglises très différentes, le Conseil oecuménique des Eglises (COE) a adopté le modèle de décision par consensus : « Majoritaires parmi les membres fondateurs du COE, les Eglises protestantes avaient introduit leur manière de prendre des décisions, marquée par l’influence du parlementarisme politique. Dans l’esprit des gens, un synode protestant est en effet assimilé à un parlement, où les décisions sont prises par un vote majoritaire. Ainsi en allait-il également dans les diverses assemblées du COE.

Mais avec l’élargissement du COE aux différentes Eglises orthodoxes dans les années 60 et aux Eglises du Sud, de plus en plus de voix s’élevèrent à l’encontre de cette procédure, qui est étrangère à la manière de faire de beaucoup d’Eglises. En effet, il est difficile de demander à des orthodoxes de voter sur des questions théologiques et éthiques, et les nouvelles Eglises du Sud ont une culture plus proche du consensus que de la méthode parlementaire.

L’introduction de cette méthode est un fruit du travail de la commission spéciale réunissant les orthodoxes et les autres Eglises du COE. Commission qui a été mise en place pour répondre à la crise de la participation orthodoxe, qui menaçait de quitter le COE lors de la dernière assemblée du COE à Harare en 1998. « Elle est la réussite la plus importante de la Commission spéciale », a dit le président du COE à Porto

Alegre. » (Martin Hoegger, « Le modèle du consensus : un changement institutionnel significatif » , www.ler3.ch).
La prise de décision par consensus ne signifie pas que tout le monde doit penser la même chose mais elle permet une lente maturation à l’écoute des autres et à la recherche de la volonté de Dieu.

Pour éviter de se muer en rouleau compresseur qui écrase toute autre conviction, l’Assemblée des délégués de la FEPS a une magnifique occasion de résister à la pression de son Conseil !

Gérard Pella

1 Voir l’interview de Sabine Braendlin sur le site réformés.ch, le 20 août 2019 : « Notre Eglise est prête à prendre une décision »; voir aussi, sur le même site, l’article d’Anne-Sylvie Sprenger,
« Coup de pression pour les délégués de l’Église réformée » du 8 octobre 2019.

Du Forum évangélique réformé au Rassemblement pour un renouveau réformé

Une Assemblée générale du R3

Lorsque le « Landeskirchen Forum », (LKF) a été fondé, sa branche romande a été appelée Forum évangélique réformé (FER). Son but était défini ainsi : « Le FER s’efforce de vivre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ dans le contexte des structures des Églises Évangéliques Réformées, de la transmettre de manière réfléchie par son réseau et ainsi d’en imprégner la société »

Des romands ont participé dès la première rencontre du LKF en juin 2006, à Berne.

A cette occasion, une des oratrices, SŒUR ELISABETH (de la communauté des diaconesses de Saint Loup) a posé cette autre question : « le Saint-Esprit suscite-t-il le Forum évangélique réformé pour que les Églises réformées puissent répondre à nouveau à la question de Jésus : « quand le Fils de l’homme reviendra, trouvera-t-il la foi sur terre » ? Le premier mandat de l’Église n’est-il pas de maintenir et de transmettre la Foi, sans rien en perdre, sans rien en cacher ? »

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Bible et homosexualité : comment interpréter ?

Sur la question de l’homosexualité, force est de constater qu’il y a des lectures de la Bible divergentes dans les Églises réformées. Les prises de position du président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) en faveur du « mariage pour tous », ainsi que celles du Conseil de la FEPS, au mois d’août 2019, ont relancé le débat.

Cela pose la question de l’interprétation des Ecritures : « Qu’est-il écrit ? Comment lis-tu ? », demandait Jésus au légiste. (Luc 10,26). Au sujet du mariage, Jésus a posé cette autre question: « N’avez-vous pas lu qu’au commencement le Créateur les fit homme et femme » (Mat 19,4). La « Déclaration sur le mariage pour tous en Eglise » qui a protesté contre les positions de la FEPS a repris cette question, ainsi que la « Lettre ouverte à l’assemblée des délégués de la FEPS« , sur le même sujet.

Ces questions restent très pertinentes  et ce dossier de Martin Hoegger nous aidera à y voir plus clair.

Que disent donc les Ecritures sur cette question ? Une interprétation des textes bibliques controversés est nécessaire. C’est ce que cet article propose de faire.

Voici quelques points exégétiques et de théologie biblique qui doivent, à mon sens, être approfondis :

– La différence sexuelle voulue par le Créateur, affirmée par la Genèse et reprise par Jésus est-elle une structure radicale de l’être humain ? L’affirmation de Paul que cette caractéristique fondamentale est niée dans l’acte homosexuel est-elle encore pertinente (Rom1) ?

– L’interdit de l’acte homosexuel dans le Lévitique (18,22) garde-t-il une valeur permanente ?

– Quel poids accorder aux lois morales de l’Ancien Testament ? Quelle distinction opérer avec les autres lois cultuelles et de pureté abolies par le Christ ? Quelle relation entre l’Ancien et le Nouveau Testament dans le domaine moral ?

– Quel est le sens de l’éthique du Royaume promulguée par Jésus ? Comment comprendre l’articulation entre la loi et la grâce ?

– Comment comprendre le fait que Jésus n’ait jamais abordé le thème de l’homosexualité ? Est-ce que cela implique qu’il l’approuve ? Aurait-il eu un autre avis sur ce thème que les rabbins de son époque, alors qu’il réaffirme l’interdit de l’adultère (en le radicalisant et en l’intériorisant), tout en manifestant une immense miséricorde envers les adultérins ?

 Lire l’étude ici

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION
1. Préambule : les Ecritures et les autres sources d’autorité
1.1 Questions de méthode.

2. Dans l’Ancien Testament.
2.1 Dans les récits
2.1.1 Genèse 19 et Juges 19
2.1.2 Jonathan et David : I Sam 18,1-5
2.2 Dans les textes législatifs : le Lévitique (18,22 ; 20,13)

3. Dans le Nouveau Testament
3.1 Les évangiles
3.1.1 « Le disciple bien-aimé ».
3.1.2 « Dès l’origine de la création ».
3.1.3 La question de l’altérité
3.1.4 La loi et la miséricorde
3.1.5 Accueillir au nom du Christ…

3.2 Les textes pauliniens
3.2.1 1 Corinthiens 6.9
3.2.2 1 Timothée 1.10
3.2.3 Romains 1,18-32
3.2.4 Une théologie de la création
3.2.5 Soleil d’un monde nouveau
3.3 Qu’est-ce que l’homosexualité pour Paul ?
3.4 La symbolique conjugale

CONCLUSION : QUE DIT LA BIBLE SUR L’HOMOSEXUALITÉ ?

* Pasteur de L’Église réformée du Canton de Vaud, Martin Hoegger est co-président de l’assemblée du R3. Il exerce son ministère dans la communauté de Saint Loup et collabore au projet « Jésus Célébration 2033 ». Il voue aussi une partie de son temps à l’accompagnement spirituel d’artistes.

Son site internet:http://www.hoegger.org

Nous aspirons à la paix, mais…

Prédication d’Olivier Bader.

Nous aspirons à la paix, mais… Nous aspirons tous à vivre en paix avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu.

Il y a des exceptions pathologiques : des personnes qui sont psychologiquement construites de sorte qu’elles recherchent le conflit et qu’elles vivent du conflit…

Ce matin, en traitant du dialogue, c’est surtout de la relation aux autres que j’aimerais parler. 

Mais on pourrait parler de notre relation à nous-mêmes ou à Dieu… Les choses sont liées. Si je ne suis pas en paix avec moi-même, irritable, blessé, sous tension… je serai plus exposé au conflit. Soit, parce que je suis plus vulnérable, soit parce que je deviens déclencheur de conflits…

Et si je suis en froid avec Dieu, comment recevoir cette paix intérieure qui donne des forces, qui permet le pardon ?

Nous aspirons tous à la paix, mais nous peinons à vivre harmonieusement avec les autres. C’est une donnée élémentaire de notre humanité.

Paul : « 19 En effet, le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le fais. 20 Si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est pas moi qui agis, mais c’est le péché qui habite en moi.» Rm 7,19-20

Dans mon ministère, je suis attristé de voir comment les conflits se développent si facilement dans nos relations familiales, professionnelles, et aussi en Eglise !

Ce matin, je ne ferai pas un cours sur les conflits, leurs causes, leurs mécanismes, et moyens de résolution… Je veux simplement parler brièvement de l’origine des conflits et de nos réactions spontanées.

Mais je développerai surtout les appels au dialogue lancés par Jésus et par l’apôtre Paul.

La naissance des conflits

Nous venons de poser ce constat : les conflits ou les situations tendues font partie de la vie quotidienne. 

Ils sont ordinaires, car ils sont liés à nos personnes, à notre manière de communiquer, à notre capacité d’écouter et de comprendre ; ils sont aussi tout simplement liés aux circonstances…

Au départ, il s’agit souvent d’un quiproquo, d’une mésentente, d’intérêts divergents, d’un incident…

Malheureusement, nous avons l’art de transformer des situations insignifiantes en conflits qui peuvent être destructeurs et pleins d’injustice… 

 Pourquoi cette escalade ? Pourquoi une simple « peccadille » devient un « péché » ? Parce que c’est la même racine, même racine latine, et même racine humaine…

La peccadille vient effectivement de peccare, la racine du mot péché. Un peccadillo en espagnol c’est un petit péché…

De même, un petit problème, une mésentente, peut susciter un gros conflit, une crise… 

 

Comment cela se fait-il ?
L’apôtre Paul nous donne une piste de compréhension. Quand Paul dénonce l’usage des tribunaux par les chrétiens, il dit ceci :

« 7 En tout cas, pour vous, c’est déjà un échec d’avoir des procès entre vous ! Pourquoi est-ce que vous ne préférez pas supporter l’injustice ? Pourquoi est-ce que vous ne laissez pas plutôt les autres vous voler/dépouiller? 8 Au contraire, c’est vous qui êtes injustes, c’est vous qui volez/dépouillez les autres ! Et ces autres sont vos frères et sœurs chrétiens ! » 1Co 6 

– Nous ne supportons pas l’injustice…

– Nous ne supportons pas d’être dépouillés.

– Nous tenons à faire valoir nos droits.

– Nous sommes prompt-e-s à défendre nos biens, notre propriété et nos intérêts… 

Ce sont des réflexes de défense, de survie des plus humains, primaires.

C’est une attitude habillée du vêtement bien noble de la justice… « J’ai droit à…, je suis chez moi…, je suis dans mon bon droit »

Cette attitude défensive est perverse :

  • Elle nous aveugle, elle nous centre sur nous-mêmes et ne nous permet pas de considérer l’autre dans son besoin, ses intérêts, voire sa souffrance… On devient très vite intolérant quand on est concerné.
  • Cette attitude nous pousse à nous donner les moyens de défendre nos droits et nous entraîne à nous référer à la loi, au détriment du dialogue. Si mon vis-à-vis est lui aussi convaincu d’être dans son bon droit, cela peut nous conduire devant les tribunaux…

La loi n’est pas mauvaise en soi. Mais elle est aussi dure et froide qu’une pierre tombale.

Nous, êtres humains, sommes sensibles, avec un cœur et ses émotions…

L’apôtre Paul parle précisément d’une émotion que l’on éprouve dans un conflit :

1)Ephésiens 4,25-26 : A l’écoute de soi

25 Alors ne mentez plus. Chacun doit dire la vérité à son prochain, parce que tous ensemble, nous faisons partie d’un même corps. 26 Quand vous vous mettez en colère, ne commettez pas de péché. Votre colère doit cesser avant le coucher du soleil. 

  • Dire la vérité, car nous formons un corps (l’Eglise, mais l’humanité est aussi un corps). Dire la vérité, c’est vivre dans des rapports transparents, c’est prévenir les conflits.
  • La colère est l’expression d’un mal être, d’une frustration, d’une injustice, d’une blessure… La colère n’est pas dénoncée comme un mal. C’est un sentiment légitime et même sain, comme un signal d’alarme… 
  • Cependant, la colère peut donner naissance à la violence, donc au péché…  D’où cet appel solennel à la maîtrise de soi !
  • Il y a même une limite temporelle. Gérer les conflits sans délai ! Ne les laissons pas dégénérer ou s’éterniser. On se sent tellement mieux, quand les choses sont dites et réglées…

La résolution des conflits commence par une écoute de soi, des sentiments qui révèlent un mal être, donc un problème. Je sens de la colère, de la tristesse, de la peur,… attention, c’est un signal d’alarme !

La question n’est vraiment pas de savoir si je suis la victime ou l’auteur, et quelle est ma part de responsabilité : 100%, 50%, 10%, peu importe ! Ce n’est pas la question ! Il y a un problème qui menace la relation entre toi et moi. C’est cela qui compte ! 

Il faut y être attentif et ne pas laisser les sentiments nous aveugler au point de passer à la violence ou d’aller en justice…

2) Matthieu 5,23-24 : Faire le premier pas

Le second texte nous lance un autre appel, complémentaire.

23 « Supposons ceci : tu viens présenter ton offrande à Dieu sur l’autel. À ce moment-là, tu te souviens que ton frère ou ta sœur a quelque chose contre toi. 24 Alors, laisse ton offrande à cet endroit, devant l’autel. Et va d’abord faire la paix avec ton frère ou ta sœur. Ensuite, reviens et présente ton offrande à Dieu. 

  • Jésus s’adresse à un croyant dans l’exercice de sa foi, qui va rendre un culte. Le lien est clairement posé : un conflit avec un frère est un obstacle à la communion avec Dieu… Il rend le geste de foi hypocrite.
  • Ici, il est question de quelqu’un qui nous en veut. Parfois, nous sentons qu’une relation avec quelqu’un est altérée et nous ne savons pas pourquoi… Nous sommes alors appelés à faire le premier pas du dialogue : Que se passe-t-il ?   Ai-je fait quelque chose qui t’a blessé ?…
  • A nouveau, l’enjeu n’est pas de savoir qui a tort ou a raison. Mais l’enjeu est de prendre l’initiative pour rétablir la relation. Relation à l’autre, mais aussi relation à Dieu ! Faire le premier pas !
  • Rien n’est gagné d’avance. La réconciliation est l’affaire des deux, trois personnes ou groupes concernés:

Paul le dit « S’il est possible, et dans la mesure où cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. … » Rm 12,18

Notre responsabilité est donc de faire le premier pas sans délai : « Tu te souviens… laisse ton offrande… va faire la paix… »

3) Matthieu 5,25-26 : Le dialogue sur le chemin du tribunal

Le 3ème texte biblique nous place dans un autre contexte. Le conflit a eu le temps de dégénérer, il est sur la voie de la justice et il n’est plus question de frère dans la foi, mais d’adversaire.

25 « Quand tu es encore sur la route du tribunal avec ton adversaire, mets-toi vite d’accord avec lui. Sinon, il va te livrer au juge, le juge va te livrer à la police, et on va te jeter en prison. 26 Je te le dis, c’est la vérité :  tu ne sortiras pas de là si tu ne paies pas tout l’argent que tu dois ! »

  • Ici, il y a vraisemblablement un tort reconnu. 
  • Mais l’appel est le même : prendre l’initiative du dialogue sans délai ! Trouve un accord, avant que la justice ne tranche avec des conséquences qui peuvent être lourdes…
  • Remarquons aujourd’hui que la justice elle-même offre une voie médiane qui tend à être toujours plus reconnue et pratiquée : la médiation. Les parties en conflits sont placées dans un face à face, selon des règles précises et avec un arbitrage… C’est une pratique qui a des fondements évangéliques, car elle favorise le dialogue, la recherche d’une solution concertée, où chaque partie en conflit se voit responsabilisée pour reconnaître ses torts et trouver une réparation. Enfin, la médiation permet souvent une désescalade, parce qu’au cours du dialogue, la colère peut laisser place à la compréhension…

Conclusion :

Voilà trois textes, trois appels à intervenir à temps, ou à différents moments : 

  • Etre à l’écoute de soi :  que se passe-t-il en moi,   pourquoi suis-je en colère, triste, inquiet… ?
  • Faire le premier pas quand je me rends compte qu’il y a quelque chose qui coince dans ma relation à l’autre. 
  • Il n’est pas trop tard, même quand la justice est sollicitée : sur la route du tribunal, je peux encore prendre l’initiative du dialogue !

                           *.               *.            *.            *.          *.        *.          *.        *        *

 Le rôle de la prière dans les conflits 

L’exemple d’Anne, mère de Samuel

 1 Samuel 1, 1-20

1 A Rama, dans la région montagneuse d’Éfraïm, vivait un Éfraïmite, du district de Souf, appelé Elcana ; il était fils de Yeroam, lui-même fils d’Élihou, petit-fils de Tohou et arrière-petit-fils de Souf. 2 Il avait épousé deux femmes, Anne et Peninna ; Peninna avait des enfants, mais Anne n’en avait pas. 

3 Chaque année, Elcana se rendait de Rama au sanctuaire de Silo pour y adorer le Seigneur, le Dieu de l’univers, et lui offrir un sacrifice. Les deux fils d’Héli, Hofni et Pinhas, étaient prêtres du Seigneur à Silo. 4 Elcana avait l’habitude de donner à Peninna et à chacun de ses enfants un morceau de l’animal sacrifié  5 mais à Anne, il donnait une part de choix, car il l’aimait beaucoup, bien que le Seigneur ne lui ait pas accordé d’enfants. 

6 Quant à Peninna, l’autre femme, elle cherchait sans cesse à vexer Anne pour l’humilier de n’avoir pas d’enfant. 7 Et chaque année, lorsqu’Anne se rendait au sanctuaire du Seigneur, la même scène se répétait. 

Une année, comme Anne se mettait à pleurer et ne voulait rien manger,  son mari lui demanda : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ne veux-tu rien manger ? Pourquoi es-tu si triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? » 

9 Après que l’on eut mangé et bu aux abords du sanctuaire de Silo, Anne se leva. Le prêtre Héli était assis près du montant de la porte. 10 Anne était très affligée. Tout en pleurs, elle pria le Seigneur en prononçant cette promesse : 

« Seigneur, Dieu de l’univers, vois combien je suis malheureuse ! Ne m’oublie pas, aie pitié de moi ! Donne-moi un fils, je m’engage à le consacrer pour toujours à ton service ; ses cheveux ne seront jamais coupés. »

12 Anne pria longuement. Héli l’observait,  il voyait ses lèvres remuer, mais n’entendait aucun son, car elle priait intérieurement. Héli pensa qu’elle était ivre et lui dit : « Resteras-tu encore longtemps dans cet état ? Va faire passer ton ivresse ailleurs ! » — 15 « Non, je ne suis pas ivre, répondit Anne. Je suis une femme malheureuse, mais je n’ai pas bu. Je suis ici pour confier ma peine au Seigneur. Ne me considère pas comme une femme de rien. Si j’ai prié aussi longtemps, c’est parce que mon cœur débordait de chagrin et d’humiliation. » 

17    Alors Héli déclara : « Va en paix. Et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. » — 18 « Et toi, répondit-elle, garde-moi ta bienveillance. » 

Anne s’en alla et accepta de manger. La tristesse avait disparu de son visage. 

19 Tôt le lendemain matin, Elcana et sa famille allèrent se prosterner devant le Seigneur, puis ils retournèrent chez eux, à Rama. Elcana s’unit à sa femme Anne, et le Seigneur exauça la prière de celle-ci. 

20 Anne devint enceinte, puis mit au monde un fils. Alors elle déclara : « Puisque je l’ai demandé au Seigneur, je lui donne le nom de Samuel. »

Prédication

J’ai choisi ce récit, car je le trouve particulièrement beau, très détaillé, c’est une présentation sensible du vécu d’une femme…

a) Les multiples conflits d’Anne

Il présente une femme prisonnière d’un conflit aux multiples facettes, il y a plusieurs personnes ou réalités concernées dans ce récit. C’est souvent le cas dans les situations conflictuelles que nous vivons. Les choses sont rarement simples…

En conflit avec la vie

Dimanche passé, je vous invitais à penser à un conflit que vous vivez actuellement… L’un d’entre vous à la sortie du culte m’a dit : « Moi, je ne suis en conflit avec personne, mais avec la vie… »

Anne est aussi en conflit avec la vie, la nature qui lui refuse un enfant, l’attente la plus forte pour une femme mariée… Anne semble être stérile.

En conflit avec Dieu ?

Anne était-elle aussi en conflit avec Dieu ? Dieu est créateur, auteur de la vie, tout-puissant… Le texte dit bien : « Dieu l’ayant rendue stérile / ayant fermé sa matrice. » Nous pouvons supposer une part de révolte, de colère, au minimum de doute envers Dieu, en particulier dans ce cri : « Ne m’oublie pas ! »

En conflit avec son mari

Anne a la chance d’avoir un mari attentif et aimant : «il lui donnait une part de choix de la viande des sacrifices, car il l’aimait beaucoup, bien que le Seigneur ne lui ait pas accordé d’enfants. »

Il lui donne une part de choix, il l’aime malgré sa stérilité… Mais ce brave Elcana ne comprend pas sa femme, il n’arrive pas à se mettre à sa place et à comprendre son manque, cette déchirure profonde… Sa tentative pour consoler sa femme est symptomatique : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ne veux-tu rien manger ? Pourquoi es-tu si triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? »

Anne n’est pas en conflit direct avec son mari, mais elle se sent ni comprise, ni soutenue par lui…

En conflit avec son entourage

Par contre, sa rivale Peninna est en conflit ouvert avec elle. Peninna ne se gêne pas de lui faire sentir son infirmité. Elle n’est pas une femme… Est-ce une manière de se venger, car Elcana a une préférence pour Anne et qu’elle occupe la seconde place ?

En conflit avec la religion

Comme si la situation d’Anne n’était pas assez lourde, elle vit au sanctuaire de Silo une expérience douloureuse. Le prêtre Héli la croit ivre et lui demande de quitter les lieux.

Même lui, le prêtre, l’homme de Dieu, qui devrait la comprendre et la soutenir, même lui vient jeter de l’huile sur le feu… Du moins dans un premier temps.

Dans sa détresse, Anne a le sentiment d’être une femme :

  • Amputée par la nature, elle est en conflit avec la vie ;
  • Oubliée de Dieu, elle est en crise avec Dieu ;
  • Incomprise par son mari, elle est en tension avec lui ;
  • Méprisée par Pennina, elle est en conflit avec son entourage féminin ;
  • Jugée par Heli, elle se sent rejetée par la religion.

On peut vraiment parler d’un conflit d’identité profond et complexe. Anne est mal dans sa peau, en tension avec Dieu et avec son entourage…

b) Le combat d’Anne

Mais quelle ténacité ! J’aimerais vous inviter à observer son attitude…

Anne aurait pu se laisser sombrer dans la résignation et la dépression. Elle reste active, persévérante dans son combat. Et surtout, elle s’adresse à la bonne personne : Dieu !

Elle aurait pu s’en prendre à la vie, faire des reproches à son mari, s’attaquer à Peninna, agresser le prêtre…

Elle s’adresse à Dieu !

Le texte dit littéralement :

« Anne, le cœur amer, prie et pleure, pleure » v.10

Elle dit à Dieu son humiliation, elle demande à Dieu de la considérer et elle fait une promesse à Dieu : si tu me donnes un fils, je le consacrerai à ton service…

Plus loin le texte est encore très précis au sujet de l’état d’âme d’Anne. Elle dit à Héli :

« Je m’épanche devant le SEIGNEUR. … car c’est l’excès de mes soucis et de mon chagrin qui m’a fait parler jusqu’ici. »

C’est l’excès, le trop plein de souffrance, de chagrin et d’irritation qui conduit Anne dans la prière.

Littéralement Anne dit : «  Je répands mon âme devant le Seigneur… » C’est beau ! On comprend qu’Anne se livre totalement, corps et âme dans la prière…
L’expression commune « vider son sac » prend ici tout son sens !

c) L’apaisement d’Anne

Comment tout cela se termine ? A votre avis, à quel moment le conflit est-il résolu ?

Il est important de noter qu’Anne retrouve la paix en quittant le sanctuaire avec la bénédiction du prêtre Héli.

« Va en paix. Et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. »

Il est dit qu’ « Anne s’en alla et accepta de manger. La tristesse avait disparu de son visage. »

Littéralement : « Elle perdit sa face de tristesse »

C’est la promesse de Dieu qui lui apporte la paix et qui marque l’issue de son combat. Ce n’est pas la naissance d’un fils neuf mois plus tard… Ce n’est pas l’exaucement, la résolution du problème ou du conflit… Cela s’est bien passé en elle, parce qu’Anne a vécu devant Dieu une réconciliation profonde et complète !

d) La réconciliation… 

« Réconciliation »… Nous revenons à ce vocabulaire qui nous relie au Christ.

« Oui, c’est Dieu qui a réconcilié le monde avec lui, par le Christ, sans tenir compte de nos fautes d’êtres humains. » (2 Co 5,19)

J’aimerais résumer le mouvement auquel nous sommes appelés dans des situations de crise ou de conflit. Comment la prière permet une résolution des crises et des conflits en nous, devant Dieu… 

Quand je suis en conflit, je porte un gros sac, bien lourd et plein…

…plein d’émotions : amertume, tristesse, colère, peur, jalousie, mépris de soi, indifférence…

…plein de pensées qui peuvent donner naissance à des intentions. Anne devait certainement se dire :

  • « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ! Si c’est ça ce Dieu d’amour, ben zut alors… »
  • « Je ne vaux rien, je ne suis pas digne d’être femme, j’ai certainement mérité ma condition. La vie ne vaut pas la peine d’être vécue… »
  • « Cette Peninna, quelle garce ! Si j’en ai l’occasion, je lui en collerai une bonne ! »
  • « Mon pauvre mari ! Il n’y comprend rien, il se croit suffisant, il ne voit que lui… »
  • « Héli, si lui aussi me juge et me rejette… Alors là c’est le bouquet. Faut plus qu’il espère me voir au sanctuaire ! »

Que faire avec ce gros sac ?
Certaines personnes se promènent avec ce gros sac, elles s’y accrochent. De temps en temps, sans qu’elles le veuillent, sans s’en rendre compte, il y a quelque chose qui en sort et qui fait mal à un innocent qui passait par là… Un coup de griffe, une parole dure, un jugement,… C’est normal. Ce sac est tellement plein, à l’excès, il déborde.

Il y a des personnes qui vont voir spécialiste après spécialiste et qui déballent leur sac devant chacun … mais qui, aussitôt après, le remballent et le reprennent avec elles, accusant les spécialistes d’impuissance…

A force de porter ce sac, beaucoup s’épuisent, désespèrent et se replient sur eux-mêmes ; d’autres se révoltent et deviennent agressifs, d’autres encore deviennent très durs et cyniques…

Et toi ?

Est-ce que tu entends cet appel de Jésus:
« Viens à moi toi qui es fatigué et chargé et je te donnerai du repos.» Matthieu 11,28

Ou cet appel de l’apôtre Paul :

« Nous vous en supplions, au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »                       2 Corinthiens 5,20

Voilà ce qui se passe quand nous allons au Christ avec notre gros sac :

Lumière : 

Jésus dit « Je suis la lumière du monde qui éclaire tout homme… »

A la lumière du Christ, dans le secret de la prière, nous commençons à voir clair, à comprendre ce qu’il y a dans ce gros sac. Nous pouvons alors commencer le tri, « les-à-fonds ».

Poubelle : 

Il y a des pensées et des intentions qu’il faut rejeter en pleine conscience.

« Seigneur, par ta grâce, je jette cette pensée qui est mauvaise et qui n’est pas de toi. Je renonce à ce projet de vengeance. Je refuse d’entretenir cette idée que je ne vaux rien. Je décide d’arrêter de me plaindre… »

Avec les émotions, c’est différent. Il est bon d’en faire quelque chose. Il faut chercher à les décoder, car elles révèlent des blessures, des fragilités. L’amertume, la tristesse, la colère, la peur, la jalousie, le mépris de soi, l’indifférence… sont souvent des révélateurs de blessures. 

L’amertume et la tristesse d’Anne sont la pointe de l’iceberg. Au fond, il y a un cœur en souffrance, le cœur d’une femme qui vit un manque identitaire : l’incapacité à donner la vie, donc à être pleinement femme.

Quand on comprend l’origine de nos émotions, quand on peut « aller au cœur du problème », souvent, on éprouve un premier soulagement.

Parfois, il  arrive que nous ne sachions pas décoder nos émotions. On peut demander à Dieu de nous y aider: « Seigneur, qu’est-ce qui se passe en moi ? D’où vient ma tristesse, ma peur, … ? » A la lumière du Saint-Esprit, Dieu nous éclairera. Il révèle les points sensibles, les nœuds.

Le Saint-Esprit agit un peu comme les mains de l’ostéopathe : elles parcourent les parties douloureuses de notre corps et soudain, elles s’arrêtent et touchent le point sensible, le lieu où les nerfs sont coincés…

Ce processus de réconciliation devant Dieu, à la lumière du Christ, peut prendre du temps. Nos âmes sont parfois tellement embrouillées, en bataille, que cela peut prendre du temps… Et nous pouvons avoir besoin d’une aide extérieure.

Le manteau de paix :

Mais quand les blessures sont révélées, Dieu peut les soigner… Nous pouvons en être certains. Dieu sait prendre soin de nos personnes toutes entières.

Dieu est fidèle et bon, il nous revêtira du manteau de paix, qui est le signe d’un conflit apaisé, intérieurement résolu.

e) La résolution des conflits

 J’ai beaucoup parlé de la réconciliation intérieure, personnelle, du croyant qui se retrouve face à Dieu.

Qu’en est-il de la résolution « extérieure » ou effective d’un conflit qui implique des tierces personnes ?

Je veux souligner 3 choses :

  1. La résolution d’un conflit est incertaine car elle ne dépend pas uniquement de moi. Pour vivre une réconciliation, il faut deux bonnes volontés. 
  2. Mais la bonne nouvelle, c’est que je peux retrouver la paix, même si l’autre ne cherche pas la résolution. Je peux pardonner à quelqu’un et retrouver la paix, même si cette personne refuse  de reconnaître ses torts. Si je suis fautif et que l’autre refuse de me pardonner, je peux recevoir le pardon de Dieu. Enfin, je peux être victime d’une injustice qui demeure non reconnue par la justice et être en paix. En définitive, le pardon, la paix viennent de Dieu et non des hommes.
  3. Enfin, la semaine passée, j’ai valorisé le dialogue avec mon prochain, comme un chemin évangélique pour résoudre les conflits. 

Suite à une discussion avec l’un d’entre vous, j’aimerais bien préciser que Dieu peut utiliser toutes sortes de chemins pour résoudre des conflits. Le dialogue ou la médiation ne sont pas toujours possibles. Parfois, il est bon de  s’en remettre aux tribunaux. Parfois, il est bon de renoncer à la voie judiciaire quitte à perdre, à être « dépouillé » (cf. 1Co 6,7)…
Dans la prière, Dieu nous suggère la voie qui est la sienne.

O. Bader, pasteur, paroisse Yverdon-Temple

L’importance de la Croix

Prédication de Philippe Decorvet.

Que vous alliez à Sydney, Johannesburg, Séoul, Rio de Janeiro, Kinshasa ou…Lausanne, chaque fois que vous voyez une croix sur un bâtiment vous pouvez être sûrs que c’est un lieu de culte chrétien. Ce bâtiment peut être une magnifique cathédrale gothique, un monastère byzantin ou une simple salle dans un faubourg populaire, mais vous savez que des chrétiens se réunissent là. Ces fidèles peuvent être catholiques, réformés, orthodoxes, baptistes, coptes ou pentecôtistes, ils peuvent parler allemand, coréen, lingala, suédois ou russe, mais la croix est ce qui les identifie et les rassemble. Oui, malgré leurs différences, leurs particularités, leurs divisions et – hélas ! – leurs conflits, toutes les Eglises reconnaissent la croix comme le signe caractéristique du christianisme.

Pourtant, à première vue, cette constatation est étonnante et même choquante. La croix était un instrument de torture et un signe de honte et d’infamie au 1er siècle de notre ère. Les Romains ne pouvaient oublier ce qui s’était passé en l’an 71 avant Jésus-Christ lors de la révolte de Spartacus qui avait  fait trembler Rome et où l’on avait crucifié 6000 esclaves. Quant aux Juifs et aux premiers chrétiens ils avaient encore en mémoire  les horreurs de la prise de Jérusalem en l’an 70 où le futur empereur Titus  avait fait crucifier tellement de gens que l’historien Flavius Josèphe a pu écrire : à peine pouvait-on suffire à faire des croix et trouver de la place pour les planter. Pourquoi donc choisir la croix comme emblème pour l’Evangile qui est un message de paix, d’amour, de pardon et d’unité ? Ce n’est pas pour rien que l’apôtre Paul dit aux Corinthiens que la croix est une folie pour les païens et un scandale pour les Juifs (1 Cor.1.23). Et on peut le comprendre : Que diriez-vous, Mesdames, d’arborer autour du cou un bijou en or, représentant une guillotine ou une potence ? Or la Croix était l’équivalent de cela au premier siècle. Et même bien pire encore !

Mais l’Eglise a très vite compris que dans ce drame de la Croix – car la Croix est réellement un drame –  réside le cœur et le centre de l’Evangile. Et que ce drame est aussi une Bonne Nouvelle et une victoire car c’est là que nous pouvons comprendre qui est Dieu en vérité,  pourquoi Jésus est venu sur la terre et pourquoi nous avons besoin de lui. C’est là aussi que nous pouvons comprendre qui nous sommes en réalité.

La Croix nous révèle d’abord que Dieu est amour et que nous sommes vraiment aimés de lui.  Même, comme dit l’apôtre Paul aux Ephésiens, aimés d’un amour qui surpasse toute connaissance (Eph.3.19). Comme Jésus lui-même l’a dit à ses disciples : Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jean 15.13). Cet amour a bouleversé l’apôtre et a changé sa vie. Il sait que ce n’est pas un amour théorique et vague, mais un amour personnel et précis. Il le dit aux Galates : Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi (Gal.2.20).

Le Fils de Dieu m’a aimé. Paul sait qu’il a été un homme violent, qu’il a persécuté les premiers chrétiens et qu’il a du sang sur les mains. Il sait aussi qu’il a un caractère bien trempé et qu’il lui arrive de se disputer même avec ses meilleurs amis comme Barnabas. Il est même tellement convaincu d’être un homme pécheur qu’il s’estime être le premier d’entre eux ! (1 Tim.1.13). Et voici qu’il découvre que le Fils de Dieu, qu’il a blasphémé et contre lequel il a combattu de toutes ses forces, l’aime lui, tel qu’il est !

Cette première découverte bouleversante est suivie d’une seconde qui l’est encore davantage : le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même. Il a accepté la pire des humiliations et la plus grande des malédictions. Il ne s’est pas contenté de quitter la gloire du ciel pour s’incarner dans une chair semblable à la nôtre – ce qui déjà était une incroyable preuve d’amour –  mais il a été jusqu’à accepter la mort. Librement. Il le dit : personne ne m’ôte la vie, je la donne de moi-même (Jean 10.18). Et quelle mort ! La plus infamante de toutes : celle de la croix.

Enfin l’émerveillement de l’apôtre est à son comble quand il réalise qu’il est, lui, l’objet de cet amour : Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi.  Paul comprend que même s’il avait été seul au monde ou seul pécheur au milieu d’une humanité innocente, Jésus serait venu pour lui et la croix aurait été dressée pour son salut, car Dieu veut  qu’aucune brebis ne se perde. 

Mais ce n’est pas seulement pour l’apôtre Paul que cette parole est vraie, elle l’est pour chacun de nous. Comme le dit l’épître aux Romains : Dieu prouve son amour envers nous : lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous (Rom.5.8). Pour chacun de nous. Qui que nous soyons. Quoi que nous ayons fait. Quel que soit notre passé. Y a-t-il une catégorie d’hommes ou de femmes dont Dieu dise :  « Pour eux ça ne vaut pas la peine d’envoyer mon Fils » ? Y a-t-il des personnes à qui Jésus dirait :     « Je ne suis pas monté  sur la croix pour vous » ? Non, bien au contraire, et nous le savons bien, Jésus appelle chacun : Venez à moi, vous tous…

Quand nous comprenons cela, nous comprenons aussi quelle est notre valeur aux yeux de Dieu. Vous voulez savoir quelle est votre valeur aux yeux de Dieu ? Ecoutez l’apôtre Pierre : Vous avez été rachetés, non par de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ (1 Pi.2.19). C’est ce que l’histoire des deux billets racontés tout à l’heure voulait faire comprendre : Même si nous avons l’impression d’être comme un vieux billet, tout froissé, tout fripé ou tout sale, nous avons une valeur inestimable aux yeux de Dieu. Une valeur telle qu’il n’a pas hésité à envoyer son Fils bien-aimé mourir, pour nous. Quel amour, mon Dieu quel amour ! Y en a-t-il jamais eu de plus grand ?

Mais la croix nous fait également comprendre, et tout aussi fortement, que Dieu est un Dieu saint. Et même trois fois saint comme dit l’Ecriture. Le péché et le mal lui sont insupportables, ils ne peuvent trouver place en sa présence : ses yeux sont trop purs pour voir le mal, dit le prophète Habaquq (1.13). La bonté de Dieu ne fait pas de lui un être indulgent et bonasse comme ces parents faibles qui laissent tout faire à leurs enfants sans jamais les reprendre. Pauvres parents que ceux-là. Et pauvres enfants aussi car c’est le plus sûr moyen d’en faire des enfants frustrés, malheureux et parfois délinquants. Non, Dieu n’est pas ce « bon dieu », indifférent au mal et qu’on peut manipuler à sa guise. Il n’est pas ce dieu dont Voltaire disait : « Il pardonne, c’est son métier ». Oui, il pardonne, mais le mal, mais le péché doit être expié, car Dieu est saint. Et c’est cela aussi que révèle la croix. On parle beaucoup de l’amour de Dieu aujourd’hui, mais parle-t-on encore de sa sainteté ? Parler de l’amour de Dieu sans parler aussi de sa sainteté, ce n’est pas parler du Dieu de la Bible. L’Ecriture mentionne sa sainteté quasiment aussi souvent que son amour. Et c’est, je pense, une des raisons de la faiblesse de nos Eglises en Occident que de parler de l’amour de Dieu sans parler de sa sainteté.

Dans la Bible, l’amour de Dieu est toujours indissolublement lié à sa sainteté. Saint, saint, saint est le Seigneur, disent les séraphins qui se tiennent au-dessus du trône de Dieu. Devant cette révélation, le prophète Esaïe ne peut que s’écrier : Malheur à moi, je suis perdu car je suis un homme dont les lèvres sont impures (Esaïe 6.5).  Esaïe se rend compte que devant cette sainteté il ne peut subsister tel qu’il est. Malgré toute sa bonne volonté, malgré tous ses efforts pour s’améliorer, il reste un pécheur. Tout prophète qu’il est, il a besoin d’un Sauveur. Et c’est ce qu’il entrevoit et même ce qu’il prophétise dans le fameux chapitre 53 que nous avons lu tout à l’heure et qui est une annonce de l’œuvre de Jésus à la croix. : Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur Lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris, que nous sommes sauvés (Esaïe 53.5).

Oui, quelle admirable prophétie de la croix, d’autant plus admirable qu’elle a été donnée plusieurs centaines d’années avant la venue de Jésus. Car  que s’est-il passé à  Golgotha ? L’apôtre Pierre le dit : Christ a porté nos péchés en son corps sur le bois (1 Pi.2.24). Encore une fois Dieu est saint. Ses yeux sont trop purs pour voir le mal. Son Royaume n’est pas un moulin dans lequel on entre n’importe comment. Dans une de ses paraboles dites précisément du Royaume, Jésus précise bien que nul  ne peut entrer dans la salle des noces avec un habit souillé (Mat.22.11). Or, comme le dit encore Esaïe : toute notre justice est comme un vêtement souillé (Es.64.5). Comment avoir un vêtement propre, un vêtement lavé, un vêtement neuf qui nous permette d’entrer dans la salle des noces ? Oui, comment être lavé de nos souillures, pardonné de notre péché ? Qui sera assez juste pour satisfaire la justice et la sainteté de Dieu ? Il n’y a pas de juste, pas même un seul rappelle l’apôtre Paul en citant les Psaumes 14 et 53. Comme le dit un théologien anglais : « Le pardon est pour l’homme le plus impérieux des devoirs et pour Dieu le plus crucial des problèmes ». Et Dieu résout ce problème en prenant sur lui, en Jésus-Christ, le seul juste, le poids et la conséquence de nos fautes.

 « La croix est le seul endroit où le Dieu d’amour, de miséricorde et de compassion se révèle de telle manière que sa sainteté et son amour nous apparaissent tous deux comme également infinis » souligne John Stott.

A la croix il y a eu un échange : Jésus, le seul juste, prend sur lui notre vêtement souillé et il nous donne Sa justice. C’est ce que les théologiens appellent la mort substitutive de Jésus. Il prend notre place et nous donne la sienne. Martin Luther l’a bien compris quand il dit cette parole souvent citée : « Jésus, tu es ma justice et je suis ton péché ». 

C’est le cœur du message de la Réforme. Ma justice ne vient pas de moi-même, de mes efforts, de mes œuvres, car tout cela n’est qu’un vêtement souillé. Elle vient de Jésus, le seul juste, qui sur la croix a pris mon péché et m’a donné Sa justice. Comme le dit le refrain de ce merveilleux cantique  « Torrents d’amour et de grâce » : Couvert par ta justice, j’entrerai dans le saint lieu.

Au chapitre 7 de l’Apocalypse l’apôtre Jean raconte la vision qu’il a eu du Royaume de Dieu : Il voit une grande foule de toute nation revêtus de robes blanches.  Et il entend une voix  qui lui dit : ce sont ceux qui ont lavé leurs robes et les ont lavées dans le sang de l’Agneau. C’est, bien sûr, un rappel de Golgotha. Un peu plus loin, au chapitre 22 – et c’est la conclusion du livre, et même de toute la Bible – il nous est dit : Heureux ceux qui lavent leurs robes afin d’avoir part à l’arbre de Vie (Ap. 22. 14). C’est la dernière béatitude de la Bible. Il y en a beaucoup de béatitudes dans la Bible, tant dans l’A.T. que dans le N.T., et celle-là en est l’apogée et les résume toutes. Oui, grâce à la croix de Jésus où il prend mes fautes et me donne son pardon et sa justice j’ai accès à la salle des noces du Royaume de Dieu. C’est cela la Croix, elle transforme le drame en Victoire.

Quand Saul de Tarse a compris cette vérité, ça a tellement changé sa vie que désormais ce fut le cœur de son message partout où il est allé : Quand je suis allé chez vous, dit-il aux Corinthiens, je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié (1 Cor. 2.2). Et il conclut son épître aux Galates par cette déclaration : loin de moi la pensée de me glorifier d’autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ (Gal.6.14).

N’est-ce pas ce message-là que nous avons encore à annoncer aujourd’hui ? Tant de gens se sentent mal dans leur peau, tant de gens souffrent de problèmes d’identité et se sentent seuls, incompris, inutiles, semblables à un billet tout froissé, comme on le disait tout-à-l’heure. La croix vient leur dire : Mais non ! Tu as de la valeur. Tellement de valeur que Jésus est venu pour toi aussi. A la croix cet échange est aussi pour toi. Il prend ta misère, tes complexes, tes fautes et il te donne sa justice. Accueille-le.

Alors, toi aussi tu peux dire : couvert par ta justice j’entrerai dans le saint lieu.

Amen

Textes bibliques :  Esaïe 53. 1-7 ; 1 Cor. 2.1-5 ; 1 Pi.2. 22-25.

 

Les évangéliques dans l’eerv

Les relations entre les différents courants théologiques qui traversent l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) sont un sujet de préoccupation depuis longtemps ; les évangéliques sont souvent mal perçus ou mal compris.

Un groupe de travail constitué de Pierre Bader, Françoise Grand, Christophe Guignard,  Vincent Guyaz, Martin Hoegger, Alain Wirth et Benoît Zimmermann a réfléchi à ce sujet en 2007. Leur conclusion garde toute sa pertinence aujourd’hui !

Pour découvrir leur important travail, cliquez sur le lien ci-dessous :

Evangéliques dans EERV

Comment l’Eglise réformée s’est mise au diapason du 21e siècle et ce que cela implique

Andreas est spécialiste de droit économique dans le domaine judiciaire et son épouse Friederike Matter-Tanski est cheffe de clinique spécialisée en médecine interne et en cardiologie. Ils se partagent entre la Suisse romande (Riex/VD) et la Suisse alémanique (Heiligenschwendi/BE), en raison de leurs  lieux de travail différents, ce qui leur donne une perspective plus large sur la presse réformée en Suisse. Ils nous offrent ici leur analyse de la situation.

Remarques liminaires sur les réflexions qui suivent

Le livre «L’islam con­qué­rant» de Shafique Keshavjee a donné lieu, de la part de certains mi­lieux de l’Eglise réformée et de quelques experts universitaires des faits religieux (philo­so­phes ou so­cio­lo­gues des religions, théologiens, etc.) à ce que M. le Professeur Daniel Mar­­guerat a appelé à juste tit­re un véritable « lynchage organisé ».

Cette situation nous a amenés à formuler deux sortes de réflexions, que le Comité du R3 a été d’accord de reproduire sur ce site. 

** D’une part, à un niveau assez spécifique, nos réflexions se rapportent à un ar­tic­le qui a paru dans le périodique «Réformés» concernant le livre et qui laisse tout simplement perplexe. Cette con­tri­bu­tion est placée, ailleurs sur ce site, sous le titre : «C’est toujours problématique de faire pire que ce que l’on reproche à autrui…»

** D’autre part, l’affaire autour du livre éclaire, à un niveau plus large, certaines évolutions à l’in­ter­ne ou en marge des institutions du monde réformé. Si le Comité du R3 s’est montré prêt à nous accorder de l’es­pa­­ce pour exprimer ce type de réflexions plus amples, ce qui suit ici n’engage que notre res­pon­sabilité à nous, pas celle du R3 dont nous ne som­mes d’ailleurs pas mem­bres. Plu­sieurs points particuliers peuvent prêter à controverse, au sein du R3 et au-delà. Les quelques pa­ges à venir reflètent la manière de voir d’un couple de «pendulaires» entre la Suisse romande et la Suisse alémanique par rapport à deux types de réalités ecclésiastiques dans l’Eglise réformée et à deux jour­naux d’église.

«reformiert» entre une Eglise des « sans foi » et le retour subit d’un fils pro­di­gue 

Depuis bientôt vingt ans, nous nous situons entre la Suisse romande et la Suisse alémanique, en raison de nos lieux de travail différents. Comme si c’était hier, nous nous sou­ve­nons du choc, de la perplexité voire de la honte que nous avons ressentis quand, pour la première fois, nous avons tenu en main et lu attentivement un exemplaire de «saemann» (se­meur), le jour­nal de l’Eglise ré­for­mée bernoise, qui paraît dix fois par année et est diffusé tous mé­na­ges.

«C’est par des gens comme cela et de cette façon-là que l’on parle au nom de notre Eg­li­se?» Cette question initiale est restée intacte après presque deux décennies de lecture attentive du journal et alors qu’il a été renommé «reformiert» il y a quelques années. 

Mais pour­quoi, si ce n’est par masochisme, s’infliger pendant presque 20 ans la lec­ture at­ten­tive d’un journal dans lequel on ne se retrouve ni de près ni de loin? La ré­pon­se est simple: C’est peut-être assez systématiquement contestable et fort peu attrayant, mais c’est quand-même pertinent et significatif en ce sens que cela reflète de manière fiable et précise les directions dans lesquelles dérive un certain protestantisme post-croyant qui s’est largement défait de ses attaches dans un christianisme biblique traditionnel.

On veut atteindre les «distanciés de l’Eglise», mais surtout pas ceux et celles que certains rail­lent comme les «clients potentiels habituels de Jésus», qui, dans une situation de crise ou de dé­tresse, auraient besoin d’une béquille ou d’une planche de salut. Tout au contraire de cela, sont visé-e-s les intellectuel-le-s dans la pleine force de l’âge et au sommet de leur esprit cri­ti­que, surtout les élites culturelles. Tous ces gens, on espère pouvoir les at­ti­rer par le mes­sage – plus ou moins explicite – suivant: «Vous rejetez le christianisme et toutes ses cro­yan­ces tra­di­tion­nelles? Qu’à cela ne tienne, nous n’y croyons pas non plus, et depuis des lustres…»

Si l’on veut atteindre les distanciés du christianisme, la distribution tous ménages fait sens. Mais la question es­sentielle est de savoir si les journalistes et théologiens de «re­for­miert» parviennent effec­tive­ment, avec le genre de discours déployés, à attirer les «sans foi» ou s’ils n’ont pas plutôt ten­dance à se bercer d’illusions, en ne pouvant ou en ne voulant pas voir que presque tout le mon­de jet­te le journal sans autre forme de procès ou alors tout au plus après un survol sommaire.

Au milieu de tant d’incertitudes voire d’insuccès au niveau de son impact réel, «reformiert» a su­bi­te­­ment pu proclamer le retour d’un fils prodigue dans le giron de l’Eglise ré­for­­mée, et pas des moindres, puisqu’il s’agit d’Adolf Muschg, un des tout grands parmi les éc­ri­vains et les intellectuels de la Suisse alé­ma­nique voire de l’ensemble des pays de langue al­le­mande. Avec une délectation à peine dissimulée, «reformiert» rapporte comment Muschg est re­de­ve­nu mem­­­bre de l’Eglise ré­for­mée après en avoir été éloigné durant plus d’un demi-siècle. Et une pho­to im­pressionnante le mon­tre en train de prêcher dans la grande cathédrale (Grossmünster) de Zurich ar­chi-­comble pour l’oc­casion. 

Il y a juste un hic à la chose. Il suffit de relire la prédication qu’il a prononcée à cette oc­ca­sion pour se rendre compte que Muschg est bien trop intelligent et trop lucide pour se laisser em­bri­gader dans ce gen­re de schéma de propagande charpenté de manière quelque peu sim­plis­te. Deux de ses réflexions méritent d’être re­­levées ici:

** Il souligne le grand vide religieux propre à notre début de 21e siècle. En face et à l’en­con­tre de ce vide, l’Eglise réformée représente selon lui un « programme minoritaire » qui se doit d’êt­re soutenu.

** Puis, au beau milieu d’une analyse du texte de Jn 10 sur le bon et les mauvais ber­gers, il pro­non­ce cette phrase-choc: «Si je suis redevenu membre de l’Eglise pro­tes­tante, c’est parce que cette Eglise est aussi éloignée de croire en son propre message que je le suis moi.»

Que l’on soit extérieur par rapport à une Eglise qui croit ou revenu à l’intérieur d’une Eglise qui ne croit plus, où est la différence ? 

« Réformés» se met également au diapason du 21e siècle

Depuis bientôt deux décennies, nous suivons aussi, en Suisse romande, les destinées de «Bon­ne nouvelle», le journal de l’Eglise réformée, renommé «Réformés» il y a quelque temps. Ce chan­ge­ment de nom est révélateur de bien des choses. 

Très long­temps, on avait tenu en main un journal d’Eglise attachant, avec lequel on ne devait pas forcément être d’ac­cord en tous points et articles, mais qui reflétait une pluralité réelle des points de vue et des doctrines, tout en faisant preuve, fois après fois, d’un attachement profond au bien-être de notre Eglise. 

Or, depuis deux ou trois ans au plus tard, et encore bien plus ma­ni­fes­te­ment depuis la mi­se en pla­ce d’une nouvelle équipe dirigeante, cette pluralité s’est appauvrie. C’est une idéo­logisation lourde et unilatérale qui s’est emparée du périodique, du moins dans ses parties générales, en de­hors des comptes-rendus re­latifs aux régions et aux pa­roisses particulières.

Ces parties générales reflètent – peut-être pas exclusivement, mais dans une large mesure – quel­que chose qui va jusqu’à se rapprocher … du grand vide religieux dont parle Muschg. Les thé­ma­tiques ne se situent plus que rarement «dans la dimension verticale», c’est-à-dire celle qui aurait trait à Dieu (y compris dans la relation avec les croyants, pris individuellement ou col­lec­ti­ve­ment). Les sujets couverts tendent à se réduire à des questions de «valeurs» et d’ «engagements», à tout ce qu’il faut fai­re ou éviter, dans telle ou telle optique. 

Et les injonctions éthiques ou mo­ra­les dis­cu­tées pro­vien­nent, pour la plupart, en droite ligne «du monde» extérieur à l’Eglise, du «sièc­le pré­sent». En grande partie, c’est du politiquement correct pour reprendre, en intensité variable, le mê­me gen­re de dis­cours que ceux qu’on trouve chez des femmes socialistes ou de jeunes ac­ti­vistes du cli­mat, de l’environnement, des animaux, ou de toutes sortes de causes minoritaires. 

Qu’est-ce que de tels discours ont de chrétien? Pas nécessairement quoi que ce soit ou alors seu­le­ment au prix de lourds travaux préalables de trans­­formation langagière pour donner un semblant de vo­ca­bu­­laire d’Eglise à quel­que chose qui en est, dans la réalité, pas­sab­le­ment éloigné. Ce qui frap­pe aussi, c’est que de nom­breux «ex­perts» sur lesquels on aime à s’ap­pu­yer dans tous ces ar­ticles ont en fait des «valeurs» voire des idéologies assez rigoureusement étran­gè­res voire hostiles à des con­­si­dé­ra­tions ecclé­sias­ti­ques ou simplement «religieuses».

Ce sont exactement les mêmes mé­ca­nis­mes qui affectent d’ailleurs de plus en plus l’émis­sion de télévision «Faut pas croire».

«reformiert » et l’étrange saga de la pasteure athéiste de Muri-Gümligen

Tout le monde se souvient du néerlandais Klaas Hendrikse, pasteur et néanmoins athéiste con­fes­sant. Plus près de chez nous, la paroisse protestante de Muri-Gümligen, dans l’agglo­mé­ration de Berne, a engagé Ella de Groot, elle aussi hollandaise et pasteure ouvertement athéiste. «re­for­miert» a dûment re­la­té l’évé­ne­ment de cet engagement, nullement pour s’en in­dig­ner, mais plutôt pour s’éton­ner que l’on puisse s’en émouvoir.

A première vue, il y a là une absurdité tout juste féroce. Quel club de golf en­gage­rait comme mo­ni­teur un gaillard qui professe avoir horreur de ce sport et exige de pouvoir ini­tier les mem­bres aux arts martiaux mix­tes? Ou voilà une entreprise d’informatique qui cherche un analyste sys­tè­me et que l’on contraindrait à employer un candidat qui veut utiliser ce poste comme cou­verture pour hacker et saboter les systèmes d’exploitation d’un maximum de so­cié­tés clientes parce qu’il dé­tes­te l’économie capitaliste… Où d’autre que dans l’Eg­li­se ré­for­mée on tolèrerait et même en­co­u­ra­gerait ce genre d’ab­sur­dité en la défendant bec et ong­les avec toutes sortes d’ar­gu­ments à haute teneur morale?

Ce qui est révélateur, d’une part, c’est la raison pour laquelle l’Eglise ré­for­mée ne pourrait plus (et en l’occurrence n’a même pas cherché à) s’opposer à un tel engagement, tout incongru qu’il doive paraître au niveau du simple bon sens: en tant qu’institution liée à l’Etat, l’Eglise ne saurait se sous­­traire à la force péremptoire des impératifs de non-dis­cri­mi­nation et de liberté religieuse, ici au profit de la pasteure. C’est de cette façon précise, entre aut­res, que l’Eg­li­se réformée est mise au diapason de «valeurs actuelles» qui lui sont en fait pro­fon­dé­­ment étran­gères voire hostiles… 

D’autre part, cela vaut aussi la peine de jeter un regard sur la perspective de la pasteure. Elle incarne, au-delà de l’absurdité mentionnée, un mystère profond et une évolution majeure. Jus­qu’à ré­cem­ment, la très grande majorité de ceux et celles qui perdaient la foi tournaient leurs talons et s’en allaient loin de toute Eglise pour ne jamais y revenir. Or là, mystère, voilà une dame qui croit que, toute in­cro­­yante qu’elle se revendique, sa place serait quand même celle de veiller au bien-être du troupeau des fidèles. Cette conviction d’être parfaitement à sa place dans une in­sti­tu­tion dont elle méprise bien des croyances jusque-là centrales, se re­trou­ve maintenant chez des théologiens post-croyants de plus en plus nombreux.

Pour l’essentiel, Ella de Groot avance deux arguments en faveur de sa po­si­tion, qui sont d’ail­leurs très similaires à ceux de Klaas Hendrikse :

** D’un côté, elle fait valoir qu’elle a peut-être juste le tort d’être honnête, contrairement à un grand nombre de ses collègues (aspirants) pasteurs, qui ne croient plus (grand-chose) non plus, mais drapent leur incroyance dans un brouillard linguistique suffisant pour que leurs pa­rois­siens ne s’en aperçoivent pas.

** De l’autre, la pasteure relève que son offre rencontre bel et bien une demande et que ses cul­tes ne sont en tout cas pas moins fréquentés que ceux de tant de ses collègues. On revient à la ques­tion posée par le «retour du fils prodigue» Adolf Muschg: Que l’on soit extérieur à une Eglise qui croit ou (re)venu à l’intérieur d’une Eglise qui ne croit plus, où est la différence?  

 

«Réformés» et l’entrée dans l’Eglise réformée de théologiens «post-croyants et  anti-cléricaux»

Récemment, même les médias séculiers de Suisse romande ont été le théâtre de débats passionnés sur le point de savoir si les facultés de théologie de nos universités sont en fait des sites de fab­ri­cation à la chaîne d’athéistes invétérés. Dans le même ordre d’idées, la question a été soulevée si ou jus­qu’à quel point de tels théologiens post-croyants font revivre le vieux cliché relatif aux so­cia­lis­tes et aux com­mu­nis­tes comme quoi ils seraient tous «mécréants et anti-cléricaux».

Certains de ces théologiens restent dans le cadre de leurs facultés. D’autres vien­nent dans l’Eg­lise ré­formée (en tant que pasteurs et dans toutes sortes d’autres fonctions), ainsi que dans des in­sti­tu­tions proches (maisons d’édition de livres, musées, centres culturels, etc.). Dans les deux grou­pes, il y a sans conteste un nombre certain de théo­lo­giens pour qui une confession de foi tra­di­tion­nelle (du type du Symbole des apôtres ou du Crédo de Nicée-Constantinople) n’est plus qu’une plai­san­terie de mauvais goût et l’essentiel des Evan­gi­les un tissu de mythes et de légendes. 

Loin de nous l’idée que l’Eglise réformée n’ait que des pasteurs qui ne croient plus (grand-cho­se). Qui nous connaît sait en particulier à quel point un bon culte et une pré­dication profonde peuvent nous rendre heureux et reconnaissants. Mais, à côté de ces pas­teur-e-s-là, il y a tous ces autres théologiens, pasteurs ou non, hors de l’Eglise ou dedans sans vraiment (vouloir) y être… 

 

Si l’on souligne ces points, on suscite assez rapidement de l’incompréhension et même de l’in­dig­nation, jus­­­que chez des pasteurs et des laïcs de l’Eglise réformée dont nul ne saurait douter qu’ils se ral­lient encore à une confession de foi traditionnelle. De quel droit se permet-on de porter un verdict, qui doit revenir à Dieu seul, sur les croyances ou la prétendue absence de foi d’autrui?   

L’argument, là encore, est d’une haute teneur morale. C’est un paravent derrière lequel se si­tue, à l’abri de toute critique légitime ou même envisageable, une des zones les plus im­portan­tes de transformation de l’Eglise réformée, et pas forcément pour son bien.

Nul ne doute que notre Eglise, à la suite du Jésus des Evangiles, est appelée à accueillir tous ceux qui veulent y venir, sans rejeter ou condamner qui que ce soit, surtout parmi «les plus pe­tits d’entre vous». Ce qui est ou devrait pouvoir être en débat ici, c’est bien autre chose. 

**On parle de théologiens qui, de leur côté, ne se gênent pas de porter les ju­ge­ments les plus durs, que ce soit sur les textes bib­­­­liques ou sur d’autres manières de croire que la leur, toutes peu «pertinentes» selon eux: fon­da­men­talistes, rétrogrades, moyen-âgeuses, anté-di­lu­viennes, etc.

** De plus, ce n’est nullement la foi individuelle de ces théologiens en tant que per­son­nes qui est en jeu, mais la double question suivante: Qu’est-ce qui fait que nombre de théologiens veulent en­trer, pour contribuer à la mener, dans une Eglise dont ils rejettent pourtant bien des cro­yances jus­que-là centrales? Et: où va notre Eglise, à partir du moment qu’elle est con­dui­te par ce gen­re de théo­lo­­giens?

Deux journaux d’Eglise et une commune « mission à l’envers « …

Dans son livre « What’s so great about Christianity », le politologue américain Dinesh D’Souza se liv­re à ce raccourci saisissant: La théologie académique (ultra-)libérale, c’est de la «mission à l’en­vers»; au lieu de porter le christianisme et la Bible dans le monde, on importe «le mon­de» à l’intérieur du christianisme, au détriment de la Bible. Le raccourci est peut-être trop ab­so­lu en ces termes généraux, mais il reflète assez bien la situation particulière de «reformiert» et de «Ré­for­més», ainsi que de cer­tai­nes sphères dirigeantes de l’Eglise réformée depuis quel­que temps.  

Comme il a été dit plus haut, les deux périodiques reflètent la mar­gi­na­li­sa­tion (quelquefois l’éli­­­mination pure et simple) de la «dimension verticale» qui va de pair avec la reprise de «valeurs » et d’im­pé­ra­tifs moraux extérieurs, étrangers voire hostiles. Partout où de telles évolutions ont lieu, l’Eglise réformée et ses journaux ne représentent plus ce «programme de minorité contre le vide re­li­gieux» dont parle Adolf Muschg, mais succombent devant ce vide et vont jusqu’à importer au sein de l’institution l’hostilité gé­néralisée à l’encontre des Eglises et du christianisme qui prévaut dans la société.

Dans un tel contexte, il devient plus compréhensible que nombre de théologiens post-croyants (voi­­re ouvertement athéistes) ne cherchent plus à se tenir éloignés de l’Eglise réformée, mais res­­sentent un devoir moral (autant qu’intellectuel) de l’investir pour la «missionner à l’envers», et la «réformer» de l’intérieur, en fonction de l’esprit du temps. Vu depuis cette optique, le pas­teur n’a plus beaucoup en commun avec la vieille image du bon berger qui veillerait sur le bien-être de son troupeau de fidèles. Au lieu de cela, c’est un influenceur et un «disrupteur», lanceur d’alerte (un peu) et leader-activiste (beaucoup) qui ouvre les yeux de ses suiveurs sur toutes les zones d’om­bre propres aux façons traditionnelles et fondamentalistes de croire, puis les conduit de l’ob­scu­ran­tis­me vers des valeurs et des engagements enfin au diapason de not­re temps.

 

Dans ce nouvel ordre, « reformiert » et «Réformés» montrent, loin à la ronde et pour l’ensemble de l’Eglise (y.c. le Synode et le Conseil synodal), où se situent désormais les frontières du pos­sible et du licite et quels sont les «don’ts » et les « no-go » propres aux anciennes manières de croire et de s’engager. A ce titre, ces pé­riodiques pourvoient régulièrement de nouvelles thé­ma­tiques «disruptives».  De plus, ils font entrer dans les sphères de réflexion propres à l’Eglise, et à titre d’experts, les théologiens des facultés uni­­versitaires, notamment de ceux qui sont  post-croyants et anti-clé­ri­caux.

Ces théologiens sont appelés à donner leurs jugements sur les textes bibliques en lien avec les thématiques discutées. Ils le font généralement en mal puisque les textes sont dits être (plus ou moins) racistes, sexistes, violents, obscurantistes ou autrement pré-rationnels. Plus rare­ment, on emprunte le chemin inverse et instrumentalise des passages isolés et reformatés des Ecri­tu­res au profit des activismes en vogue: la fuite de la «sainte famille» en Egypte prouverait que nous som­mes  tous des réfugiés; quant au «plus ni homme ni femme, car vous êtes tous un en Jésus-Christ» de Gal 3,28, il est «abracadabré» au point de lui faire dire que là se trou­verait le berceau d’une justice enfin rendue à tous les sexes et genres. En dehors de ces deux ex­trêmes? Peut-être pas grand-chose…

Mais où est le lien avec le «lynchage organisé» du livre «L’islam conquérant»?

Ce qui précède permet de mieux cerner un certain nombre d’enjeux stratégiques et de batailles discursives autour de ce que les Alémaniques appellent «Deutungshoheit», litté­ra­le­ment la «sou­veraineté en matière d’interprétation» par rapport à un phénomène donné. Plus pro­saï­que­ment, il s’agit du pouvoir de dicter aux autres comment ils doivent voir et com­prendre les choses.

L’affaire du livre de Shafique Keshavjee a montré, peut-être plus clairement que d’autres épisodes récents, comment la vi­sion propre à un certain de nombre de théologiens post-croyants et anti-cléricaux actifs dans ou ve­nant des facultés de théologie a été non seulement répercutée et amplifiée par «Ré­for­més», mais – entre autres à partir de ce journal – tend à s’imposer aux sphères dirigeantes de l’Eg­lise réformée (notamment le Synode et le Conseil synodal). 

** Ces sphères dirigeantes vont-elles (continuer à) ne voir la question de l’islam que sous l’angle réduit – voulu par ces quelques théologiens et autres universitaires – du politiquement correct et d’une religion minoritaire discriminée? 

** Vont-elles, conformément aux pressions d’une «mission à l’envers», se croire obligées de se distancer de toute apparence d’une «Eglise à l’ancienne », prétendument obscurantiste et rétro­gra­de, lorsqu’elle s’attacherait à défendre ses propres intérêts et ceux du christianisme?

Ces questions n’impliquent pas la moindre hostilité contre l’islam ou les musulmans, pas plus que l’on en trouverait dans le livre de Shafique Keshavjee. La nécessité de soulever ces ques­tions mon­tre à quel point il est devenu compliqué, même au sein de l’Eglise réformée, d’échap­per à une décrédibilisation globale et sommaire de toutes critiques de l’islam, même de celles qui sont nu­an­cées et légitimes face à des problèmes spécifiques bien réels et concrets posés par certaines ma­nières de vivre cette religion.   


En guise de conclusion: peut-on vraiment savoir où va notre Eglise en ce début de 21
e siècle?

Tout ce qui précède tient essentiellement en deux points:

** Ce qui est exprimé, d’une part, c’est une certaine lecture des journaux d’Eglise «reformiert» et «Réformés»;

** D’autre part, il est dit que ces journaux non seulement reflètent, mais influencent – et pas de peu seulement – les décisions et orientations prises par les sphères dirigeantes de notre Eglise, no­tam­ment le Synode et le Conseil synodal.

Face à cela, une contre-argumentation implique assez naturellement les mêmes deux facettes:

** D’un côté, certains vont dire que notre vision de ces périodiques est contestable et ten­dan­ci­eu­se, en tout cas purement subjective et individuelle.

** De l’autre, il va certainement être dit qu’il ne faut quand même pas surestimer le pouvoir et l’influence d’un journal d’Eglise; la « vraie vie » de notre Eglise serait ailleurs et irait dans des di­rections tout autres que ce qui est décrit plus haut.

Peut-être. C’est ce dont il serait intéressant de pouvoir débattre.

Il y a un dernier point à soumettre à cette discussion nécessaire. C’est le jugement – à notre sens hau­tement significatif et lourd d’implications – émis par un représentant d’une des sphè­res di­ri­gean­tes face à ce que l’on pourrait appeler la tendance confessante au sein de notre Eglise: «Vous êtes des intolérants. Et dans notre Eglise tolérante, il n’y pas de place pour les in­to­lé­rants.»

Ce qui rend une telle déclaration si révélatrice et lui donne toute son importance, c’est qu’elle ex­pri­me en un raccourci saisissant où va une Eglise dominée par le politiquement correct et la «mis­sion à l’envers». Ceux qui sont décriés comme des traditionalistes et des fondamentalistes risquent de se bercer d’illusions s’ils croient qu’on leur accordera encore longtemps le pouvoir de contester et de déplorer les directions que prend «leur Eglise». Là où le réveil risque d’être brutal, c’est quand ils verront qu’ils sont encore tout au plus tolérés dans une Eglise post-cro­yante «mis­sion­née à l’envers», et seulement pour autant qu’ils se cantonnent dans leurs pa­rois­ses, elles-mêmes méprisées comme les derniers refuges d’un tra­di­tio­n­nalisme ap­pelé à dis­paraître.

 

En face de telles éventualités, il y a tout ce qu’il est peut-être possible de faire pour mettre cette Eglise au diapason du présent et de l’avenir de Jésus-Christ. En dépit de toutes les apparences con­traires, c’est Lui le Seigneur de notre Eglise. Il est vivant, Il est vraiment ressuscité en ce début de 21e siècle. Et Il viendra et reviendra vers Son Eglise, non pas depuis un quelconque pas­sé, mais dans et depuis ce qui est encore à venir.

C’est toujours problématique de faire pire que ce que l’on critique chez autrui…

Andreas et Friederike Matter-Tanski réagissent à l’article de Réformés (mars 2019) qui critiquait sans appel le livre de Shafique Keshavjee : L’islam conquérant.

« Qu’est-ce qui ne va pas, dans cet ouvrage?  » , demande la journaliste. Pour répondre à cette question, l’article accorde beaucoup de place à un professeur honoraire en théologie. Le peu d’estime qu’il a pour le livre s’achemine vers un jugement péremptoire, une condamnation totale et sans appel: « Tout l’ouvrage manque de distance historique et de connaissances » . Là déjà, on flirte avec les connotations attentatoires à l’honneur de Shafique Keshavjee en tant qu’écrivain érudit, expert reconnu de l’interreligieux depuis des décennies. Et la question de- meure entière: Qui des deux en sait davantage ou moins concernant l’islam, le Coran et les hadiths? Il en va de même des autres   « chercheurs de renom » cités à charge.

Tout au long de l’article, la journaliste accumule ses propres critiques féroces:   « pensée hasardeuse » ,  « (résumé) extrêmement réducteur » , etc. Puis, comme s’il y avait toujours état de pénurie dans le procès à charge, elle croit encore devoir se faire la rapportrice d’un bon nombre d’autres prétendus jugements d’experts à l’encontre du livre, attribués pudiquement à  » différents chercheurs et théologiens » . Et ça y va allègrement:   « caricature » ,  « imposture »,  « démarche bancale » ,  « tissu de fadaises » . Sans la moindre exception, ces délicates amabilités sont sommaires, sans nuance et aggressivement dépréciatives, alors qu’elles naviguent sous le couvert d’un anonymat parcimonieusement courageux. Là, au plus tard, l’affaire cesse d’être anodine. Car en tout cas le dernier des jugements dépréciatifs relatés est clairement injurieux, les deux qui le précèdent peut-être ou probablement aussi. Or, à force de colporter des injures anonymes, on s’aventure dans une zone où l’on commence à risquer de s’attirer des ennuis juridiques.

Beaucoup de ce que l’on lit des dits théologiens et chercheurs dans l’article est si carica- turalement sommaire, si hostilement unilatéral, si  « extrêmement réducteur », comme dirait la journaliste, que deux sortes de questions se posent par rapport à eux. D’une part: si, dans leur activité académique courante, ils traitent les Ecritures comme ils viennent d’approcher le livre de Shafique Keshavjee, il y a des craintes et du scepticisme à avoir concernant la crédibilité scientifique de leur travail d’exégèse et de critique des textes. D’autre part: est-ce que c’est à des auteurs de prises de position pareilles que peuvent faire confiance les décideurs de l’Etat à titre d’ « experts » quand il s’agit de trancher des questions relatives à la religion, que ce soit le christianisme ou l’islam?

Mais l’affaire a aussi révélé plusieurs problèmes liés à  « Réformés » . Peut-être le plus grave est le suivant: En l’occurrence, le journal a pris des libertés avec plusieurs impératifs usuels de déontologie journalistique. Espérons que les responsables de la publication sauront apporter au plus vite les correctifs nécessaires (excuses entre autres pour les injures anonymes colportées, espace adéquat accordé à Shafique Keshavjee pour s’exprimer face à un autre journaliste, moins enclin aux procès unilatéraux à charge).

Andreas et Friederike Matter-Tanski Riex VD et Heiligenschwendi BE

Il faut choisir son regard

Par Hetty Overeem, Evangile en chemin

Pour devenir pasteure j’étais obligée de passer par les études de théologie (j’ai aimé !) et par l’approche historico-critique. Quand celle-ci aide à mieux comprendre les textes bibliques dans leur contexte, elle renvoie à l’identité de Dieu : il va si loin dans son amour qu’il n’hésite pas à révéler Sa Réalité à travers des auteurs très humains, y compris leur culture environnante, leur personnalité, leurs préférences et leurs allergies.

Mais cette approche a dérapé dans une emprise sur Dieu : à force de se focaliser sur l’aspect humain dans les textes, on ne tient plus compte de la Réalité de Dieu, qui se voit soumis à la réalité humaine et adapté à ses critères. Cette lecture qui se prétend « scientifique » se pose en maîtresse absolue, dénigrant toute autre approche. Elle fait de gros dégâts dans ma vie et ma foi comme dans celles des églises réformées. Car elle mène, non pas à une interrogation saine, mais à un climat d’orgueil, de doute et de méfiance envers Dieu. C’est un regard, ou mieux, un esprit d’incrédulité –  et j’ai besoin de m’en délier.

Car dans cet esprit les actions réelles de Dieu dans l’histoire deviennent des expériences subjectives. L’espérance dans le Dieu vivant, qui réalise son plan et ses promesses concrètement dans l’histoire humaine et donc aussi concrètement dans notre histoire, se réduit comme peau de chagrin à un vague espoir que « demain sera meilleur ». Le salut glisse du roc solide dans la mer agitée d’une spiritualité humaine confuse.

SOS ! Il y a deux manières de voir qui s’opposent mais que nous faisons coexister dans une fausse notion de tolérance et d’amour. On peut réduire la Réalité de Dieu à notre réalité humaine : c’est l’illusion garantie. On peut voir la réalité humaine aimée, portée, enveloppée, prise au sérieux mais aussi limitée par la Réalité de Dieu. C’est ce regard que proposent les Ecritures.

Je choisis le deuxième, même si c’est un réel effort de remplacer chaque jour la perspective soi-disant « naturelle » (la « chair ») par celle de l’Esprit de Vérité. Mais c’est vital, sinon nous serons les esclaves du même esprit d’incrédulité qui enferme le monde. C’est vital de sortir de cette prison, cet état de  victime, où nous nous laissons être coupés en deux par deux manières de voir qui s’excluent mutuellement. 

Nous ne pouvons pas glorifier Dieu en le laissant être lui-même    et en même temps le coincer dans une « spiritualité » qui n’est qu’un prolongement de nous, car c’est abuser de Dieu. Nous ne pouvons pas nous réjouir de la Vérité déjà révélée en Jésus-Christ, même si la plénitude est encore à découvrir    et en même temps maintenir la « vérité » comme quoi il y a seulement  « notre » vérité qui n’engage que nous. Nous ne pouvons pas grandir dans l’écoute et le discernement de la volonté de Dieu pour nous    et en même temps rester dans nos idées et habitudes. Nous ne pouvons pas chercher le Royaume de Dieu    et d’abord notre avis à nous. Nous ne pouvons pas nous laisser souffler par l’Esprit où il veut    et nous laisser piéger par des objectifs à formuler, à atteindre, à contrôler selon des critères opposés à cet Esprit. Nous ne pouvons pas joyeusement dire au monde que Jésus-Christ est mort et ressuscité pour nous sauver –  et penser que cela pourrait tout aussi bien ne pas être vrai. Nous ne pouvons pas remplacer l’Evangile par des valeurs, ni remplacer l’Amour pour Dieu (le premier commandement!) par l’amour pour le prochain. Il faut choisir son regard.     Viens, Saint-Esprit ! Donne-nous le tien ! 

« L’islam conquérant ». Un lanceur d’alerte !

Avec beaucoup de finesse et d’érudition, Shafique Keshavjee montre la grande variété de l’islam contemporain. Il montre que seule une minorité de musulmans glisse ou risque de glisser dans la violence. Seule une minorité adhère à ces trois dimensions de l’islam qui sont bien présentes dans les textes musulmans : une spiritualité communautaire, un projet politique et une stratégie militaire. La majorité des musulmans pratique seulement la première de ces dimensions : l’islam comme spiritualité communautaire. Shafique Keshavjee nous permet par là d’éviter aussi bien la diabolisation de tous les musulmans que l’angélisme béat qui nous assure que l’islam est une religion de paix qui n’a rien à voir avec la violence. Une minorité de musulmans se nourrit des textes violents de l’islam et rêve de dominer le monde en conformité avec l’exemple de leur prophète.

J’aimerais souligner ici un paragraphe de cet excellent livre :

«  Que des musulmans cherchent à promouvoir partout la Vérité d’Allah et de son prophète est compréhensible. Ils sont certains que cette Vérité est la meilleure et qu’elle mène au paradis. Mais que des non-musulmans, par ignorance de la complexité de l’islam et de leurs propres racines, leur ouvrent les portes sans discernement et sans exigences éthiques est autrement plus grave. » (p. 196). A mon sens, Shafique Keshavjee ne cherche pas à discréditer l’islam ni à changer les musulmans mais à alerter les responsables politiques et médiatiques. Il n’est pas polémique mais prophétique : ouvrez les yeux ! Pour le bien des musulmans et des non-musulmans, ne laissez pas la minorité violente prendre racine chez nous.

A mon avis, la mollesse et l‘aveuglement des Occidentaux sont nos pires ennemis ! En voici un exemple : Qu’un père de famille musulman dise à l’institutrice de son fils qu’il n’apprécie pas qu’on parle de Noël à l’école est compréhensible. Que l’institutrice renonce pour cela à toute mention de Noël est gravissime. Un autre exemple : qu’un responsable musulman critique le livre de Shafique Keshavjee est compréhensible. Que des théologiens réformés se posent en défenseurs de l’islam relève de l’aveuglement.

Gérard Pella, Attalens

Le nouveau livre de Shafique Keshavjee ne laisse personne indifférent. Il a déjà suscité bon nombre de réactions, plus ou moins lucides. L’article de Camille Andres publié dans Réformés de mars 2019 était particulièrement tendancieux. Il a suscité de nombreuses réactions, dont plusieurs n’ont pas pu être publiées. En voici deux parmi tant d’autres :

C’est toujours problématique de faire pire que ce que l’on critique chez autrui…

 » Qu’est-ce qui ne va pas, dans cet ouvrage? « , demande la journaliste. Pour répondre à cette question, l’article accorde beaucoup de place à un professeur honoraire en théologie. Le peu d’estime qu’il a pour le livre s’achemine vers un jugement péremptoire, une condamnation totale et sans appel: « Tout l’ouvrage manque de distance historique et de connaissances « . Là déjà, on flirte avec les connotations attentatoires à l’honneur de Shafique Keshavjee en tant qu’écrivain érudit, expert reconnu de l’interreligieux depuis des décennies. Et la question de- meure entière: Qui des deux en sait davantage ou moins concernant l’islam, le Coran et les hadiths? Il en va de même des autres  » chercheurs de renom  » cités à charge.

Tout au long de l’article, la journaliste accumule ses propres critiques féroces:  » pensée hasardeuse « ,  » (résumé) extrêmement réducteur « , etc. Puis, comme s’il y avait toujours état de pénurie dans le procès à charge, elle croit encore devoir se faire la rapportrice d’un bon nombre d’autres prétendus jugements d’experts à l’encontre du livre, attribués pudiquement à  » différents chercheurs et théologiens « . Et ça y va allègrement:  » caricature « ,  » imposture « ,  » démarche bancale « ,  » tissu de fadaises « . Sans la moindre exception, ces délicates amabilités sont sommaires, sans nuance et aggressivement dépréciatives, alors qu’elles naviguent sous le couvert d’un anonymat parcimonieusement courageux. Là, au plus tard, l’affaire cesse d’être anodine. Car en tout cas le dernier des jugements dépréciatifs relatés est clairement injurieux, les deux qui le précèdent peut-être ou probablement aussi. Or, à force de colporter des injures anonymes, on s’aventure dans une zone où l’on commence à risquer de s’attirer des ennuis juridiques.

Beaucoup de ce que l’on lit des dits théologiens et chercheurs dans l’article est si carica- turalement sommaire, si hostilement unilatéral, si  » extrêmement réducteur « , comme dirait la journaliste, que deux sortes de questions se posent par rapport à eux. D’une part: si, dans leur activité académique courante, ils traitent les Ecritures comme ils viennent d’approcher le livre de Shafique Keshavjee, il y a des craintes et du scepticisme à avoir concernant la crédibilité scientifique de leur travail d’exégèse et de critique des textes. D’autre part: est-ce que c’est à des auteurs de prises de position pareilles que peuvent faire confiance les décideurs de l’Etat à titre d’ « experts  » quand il s’agit de trancher des questions relatives  » à la religion « , que ce soit le christianisme ou l’islam?

Mais l’affaire a aussi révélé plusieurs problèmes liés à  » Réformés « . Peut-être le plus grave est le suivant: En l’occurrence, le journal a pris des libertés avec plusieurs impératifs usuels de déontologie journalistique. Espérons que les responsables de la publication sauront apporter au plus vite les correctifs nécessaires (excuses entre autres pour les injures anonymes colportées, espace adéquat accordé à Shafique Keshavjee pour s’exprimer face à un autre journaliste, moins enclin aux procès unilatéraux à charge).

Andreas et Friederike Matter-Tanski Riex VD et Heiligenschwendi BE

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Je suis choqué par la lecture de cet article tant sur le fond que sur le ton.

Ce texte subjectif et tendancieux ne se réfère d’ailleurs qu’à l’opinion de personnes ne partageant pas les thèses de Shafique Keshavjee. Ne présenter ce livre que par un trou de la lorgnette paraît fallacieux et certainement pas à la hauteur de ce que l’on attend de Réformés.

On a envie de dire:évidemment…

Tiens, aujourd’hui 4 avril 2019, article de 24 heures sur le livre, Qatar Papers: comment l’émirat finance l’islam en France et en Europe de Christian Chesnot et Georges Malbrunot….

Yves-Richard Demaurex

 

L’islam conquérant et les millions du Qatar

Je trouve intéressant de rapprocher 2 articles récents de 24Heures. L’un consacré au livre éclairé de Shafique Keshavjee « L’islam conquérant », l’autre, intitulé « L’argent du Qatar inonde l’islam suisse… ».  

Jolie coïncidence de voir le livre et les allégations de deux journalistes français venir à la rescousse du théologien vaudois, critiqué pour avoir redit que les visées d’extension étaient dans l’ADN coranique de l’islam! Deux éclairages complémentaires. Car c’est bien la même réalité qui est décryptée, dévoilée et analysée, mais par une approche et sous des angles de vue assez différents. 

Assez rigolo que l’on goûte à l’enquête montrant les liens avérés entre les millions du Qatar et l’avancée des mosquées en Europe, et que, simultanément, on attaque M. Keshavjee qui désigne le même plan conquérant, mais d’un point de vue éthico-théologique! 

Il me paraît que beaucoup font preuve d’une étonnante et navrante naïveté en voyant l’islam s’implanter doucement mais sûrement chez nous. Une avancée en terrain spirituel. Une percée par la haute finance. 

On peut respecter ce phénomène de civilisation, tout en ne refusant pas d’ouvrir les yeux sur une tactique d’infiltration religieuse que les géo-politiciens sérieux ont mis en lumière. L’Angleterre et la France ont déjà largement passé au vert, -le PSG aussi!- et ce mouvement suit son cours.

Shafique Keshavjee nous avertit en homme connaisseur, sincère et respectueux. Mais bien sûr il est plus facile d’attaquer un théologien à la voix prophétique parmi ses contemporains que de descendre en flèche des journalistes révélant la volonté de réislamisation des communautés musulmanes d’Europe…

Ne dit-on pas que l’argent obtient tout? Quand notre pays, la Suisse, se réveillera au milieu d’une Europe pourrie-gâtée par les gros sous du Qatar, il sera peut-être trop tard. Les croissants auront remplacé les croix, les cloches de nos églises se seront tues devant le muezzin, et… la majorité suivra le Coran.

Pierre-Yves Paquier, Aubonne   

Marqueurs d’espérance

Pouvoir donner un sens à sa souffrance est capital ! C’est ce que proposent Alain Décoppet et Marie-Antoinette Norwich dans cette magnifique méditation à deux voix.

C’est une très grande joie pour la MEB (Mission Evangélique Braille) de présenter, ici, dans le chœur de cette cathédrale, les 44 gros volumes composant la Traduction Œcuménique de la Bible en braille. Les aveugles lisant le braille vont pouvoir désormais accéder à l’ensemble de cette Bible. Pour ceux qui ne savent pas le braille, une version audio est en préparation : le Nouveau Testament est disponible, l’Ancien est en cours. Qu’est-ce qui nous pousse à ce grand effort à la fois financier et humain pour que les aveugles puissent accéder à la Bible ? C’est que nous avons la conviction que la Bible permet aux aveugles d’entendre une Parole de Dieu qui donne un sens à leur vie, leur révèle qui est Dieu et par là leur permet de se situer et de trouver leur place par rapport à Dieu et aux autres hommes.

Pouvoir donner un sens à sa souffrance est capital : c’est ce que le prophète Jérémie a fait pour son peuple :

311 En ce temps-là — oracle du SEIGNEUR —, je deviendrai Dieu pour toutes les familles d’Israël, et elles, elles deviendront un peuple pour moi.

2Ainsi parle le SEIGNEUR :
Dans le désert, le peuple qui a échappé au glaive gagne ma faveur.
Israël va vers son rajeunissement.

3 De loin, le SEIGNEUR m’est apparu:
Je t’aime d’un amour d’éternité,
aussi, c’est par amitié que je t’attire à moi.

4 De nouveau, je veux te bâtir,
et tu seras bâtie, vierge Israël.
De nouveau, parée de tes tambourins,
tu mèneras la ronde des gens en fête.
5 De nouveau, tu planteras des vergers
sur les monts de Samarie ;
ceux qui auront planté feront la récolte.

6 Il est fixé, le jour où les gardiens crieront
sur la montagne d’Éphraïm:
Debout ! montons à Sion,
vers le SEIGNEUR notre Dieu.

7 Ainsi parle le SEIGNEUR:
Acclamez Jacob, dans la joie,
réservez un accueil délirant
à celui qui est le chef des nations !
Clamez, jubilez, dites :
Le SEIGNEUR délivre son peuple,
le reste d’Israël.

8 Je vais les amener du pays du nord,
les rassembler du bout du monde.
Parmi eux, des aveugles, des impotents,
des femmes enceintes et des femmes en couches,
ils reviennent ici, foule immense.

9 Ils arrivent tout en pleurs,
ils crient : « Grâce ! » et je les pousse :
je les dirige vers des vallées bien arrosées
par un chemin uni où ils ne trébuchent pas.
Oui, je deviens un père pour Israël,
Éphraïm est mon fils aîné. Jérémie 31. 1-9

 Ces versets font partie de ce qu’on appelle le livre de la Consolation qui comprend les chapitres 30 à 33 de Jérémie. Ils ont été proclamés dans l’une des périodes les plus sombres de l’histoire d’Israël : nous sommes entre les années 588 et 586 avant Jésus-Christ ; le roi de Babylone a envahi le royaume de Juda, Jérusalem est assiégée. Pendant des années, Jérémie avait averti ses concitoyens que s’ils ne revenaient pas à Dieu, cette catastrophe allait arriver. Maintenant il sait que la ville sera prise, ses habitants massacrés ou emmenés en captivité en exil… Mais là, dans ces moments très sombres, lui qui avait tout le temps annoncé la venue du malheur, transmet maintenant de la part de Dieu un message d’encouragement et d’espérance.

Certes, le peuple d’Israël va subir les conséquences de son refus de revenir à Dieu ; les versets précédant notre passage (Jr 30.23-24), parlent d’une tempête qui va s’abattre sur Juda, mais le prophète voit aussi le jour où « le peuple qui a échappé au glaive » reviendra de Babylone à Sion. Dieu va lui faire grâce, lui pardonner. Ce n’est donc pas qu’un retour physique vers la terre des ancêtres, mais un retour vers Dieu : « Montons à Sion, vers le SEIGNEUR notre Dieu » (Jr 31.6). Dieu ouvre ainsi un accès à sa présence à tous ceux qui reviendront. Et ce qui est extraordinaire, c’est que parmi tous ceux qui reviennent, Jérémie voit des aveugles, des impotents, des femmes enceintes, des femmes en couche. Que viennent faire ces aveugles, tous ces gens handicapés, fragiles ou fragilisés, tous ces laissés pour comptes… dans cette foule immense qui rentre de Babylone à Juda. 

Ce sont des marqueurs d’espérance. En médecine, un marqueur est une caractéristique dont la présence est signe de l’existence, par exemple, d’un gène donné. Ici, la présence de ces aveugles et autres personnes fragiles est la preuve qu’il y a de l’espérance. En effet, pour rentrer de Babylone en Israël, il y avait un long trajet à parcourir, le terrible désert de Syrie à traverser. Pour se lancer sur ce chemin de retour, il fallait la conviction que l’effort en valait la peine et que c’était possible. Les aveugles qui s’y lançaient était des signes d’espérance pour les autres. Je crois que dans la Bible, les aveugles sont des marqueurs d’espérance, car si eux qui ont de la peine, se lancent dans une action, c’est le signe que c’est possible pour les autres. Dans le récit de la prise de Jérusalem par David (2 Sa 5.6-9), alors que le roi assiège la ville, de l’intérieur, les habitants de Jérusalem lui envoient ce message : « Tu n’entreras ici qu’en écartant les aveugles et les boiteux ». Comment comprendre ce texte ? Plusieurs interprétations sont possibles, mais celle de la TOB, citée ici, laisse entendre que toute la population est bien motivée, tout entière mobilisée contre David, y compris les aveugles, et qu’il lui faudra les écarter pour entrer dans la ville. Ici, comme dans notre passage de Jérémie, ils ont compris qu’il y avait un enjeu important et que cela valait la peine de s’y engager. Jérémie annonce en effet une nouvelle alliance, un peu plus loin dans ce chapitre (Jr 31.31-34), mais cela est déjà clairement annoncé dans la formule d’alliance qu’on trouve au début de ce chapitre : « En ce temps-là, je serai le Dieu de toutes les familles d’Israël, et eux seront mon peuple » (Jé 31.1). 

Dans cette nouvelle alliance, les aveugles et autres handicapés auront un accès direct à Dieu. Dans l’ancienne alliance, la Torah protégeait certes les handicapés contre ceux qui auraient voulu profiter de leur handicap pour les berner, mais elle leur interdisait d’être prêtre, donc de s’approcher de Dieu. Dans la nouvelle alliance, l’accès à Dieu leur est ouvert : Jésus est bien dans cette ligne en racontant la parabole des invités aux festins lue tout à l’heure (Lc 14.16-24). Et dans le récit de l’entrée de Jésus à Jérusalem, tel qu’il nous est raconté par Matthieu (21.1-15), les aveugles et les boiteux sont entrés dans le temple, lieu de la présence de Dieu, avec les enfants qui criaient « Hosanna ! »

Dans les siècles passés, l’Église a été souvent un précurseur pour aider les aveugles et leur faire la charité, et il ne faudrait pas oublier cela, car ce fut un progrès pour les personnes handicapées ou fragilisées. Il n’y a qu’à aller dans des pays où l’Évangile n’a pas marqué la culture comme chez nous, pour voir le sort qui leur est réservé… Mais les aveugles ont fréquemment reproché aux chrétiens que cette manière de leur faire la charité était souvent humiliante. Saint Vincent de Paul était très conscient de ce problème, quand, instruisant ses filles de la charité, il leur disait : « Les pauvres à qui vous faites la charité, aimez-les tellement qu’ils vous pardonnent la charité que vous leur faites ».

Mais Jésus va plus loin : en leur ouvrant les portes du temple, il leur donne un accès direct au service de Dieu. Si l’Église sait généralement assez bien prendre soin des aveugles, en revanche, elle a assez de peine à leur faire une place dans le service de Dieu. Bien sûr, les contraintes budgétaires auxquelles elles sont confrontées ne les encouragent pas dans ce sens. Mais je crois qu’elles se privent ainsi de richesses que le Seigneur aimerait leur donner. Un ami m’a raconté avoir connu, dans les années 1950, un responsable provincial de l’ordre des Carmes qui avait eu un AVC et était diminué dans sa capacité de travail. Mais ses frères l’avaient quand même choisi comme provincial parce que c’était un homme de prière et doué d’une grande sagesse et d’un grand discernement spirituel. A leurs yeux, cela valait plus que des compétences techniques. Heureuse l’Église qui sait, comme le Seigneur, regarder au cœur et ne s’arrête pas à ce qui frappe les yeux (1 S 16.7).

La force des handicapés et des fragilisés est qu’ils apprennent à compter sur le Seigneur pour vivre leur vie chrétienne. Ce n’est pas qu’ils soient plus saints que les valides, mais ils y sont en quelque sorte contraints. Leur handicap devient une force, un atout. « Heureux les fêlés, car ils laissent passés la lumière » dit avec humour une béatitude moderne… mais ça fait réfléchir !…

Quand un handicapé frappe à la porte d’une Église, cela n’est pas si simple, cela peut poser des problèmes, demander de l’imagination. De l’imagination, il en a fallu à la Communauté de Saint-Loup, quand, il y a quelques dizaines d’années, Sœur Violette, une diaconesse infirmière, a commencé à perdre la vue. Je l’ai connue au début de mon ministère, il y a bientôt quarante ans. Sa cécité ne lui permettait plus de travailler comme infirmière, alors la communauté lui a confié l’aumônerie des malades. Elle les visitait au chevet de leur lit, les écoutait et leur apportait une parole de réconfort. Je l’entends encore raconter que son handicap visuel était devenu un atout entre les mains de son Seigneur. « En effet, disait-elle en substance, quand je rencontre un malade, je ne peux pas le juger ou le cataloguer d’un regard. Il ne se sent pas enfermé dans mon regard et ose se confier plus librement… »

Je vais maintenant laisser la place à Marie-Antoinette Lorwich, malvoyante, qui est aumônière de rue à Payerne et à Moudon au service de l’Église catholique. Elle vous dira comment son handicap est un atout entre les mains de son Seigneur pour le service des marginaux et des gens de la rue…

Alain Décoppet

Perdre la vue, c’est perdre ses repères. On devient comme les exilés de Jérémie qui sont mis à l’écart, en marge de la société. On se sent fragiles et vulnérables, et on commence à se poser un certain nombre de questions. Que vais-je devenir ? Que vais-je faire à l’avenir ? Mes interrogations étaient surtout professionnelles. Je travaillais dans une banque et ne pouvais plus exercer ma profession. Je me suis donc tournée vers des métiers qui pouvaient être exécutés par des malvoyants ou aveugles, puisque c’est ainsi que mon avenir se dessinait. Mais, pendant que je cherchais un métier, c’est une vocation que j’ai trouvée. Dieu m’a rejointe et m’a appelée à travailler auprès des plus pauvres, des plus fragiles.

Je ne serai jamais assez reconnaissante à l’Église Catholique du Canton de Vaud de m’avoir ouvert les portes et accueillie avec mon handicap. Je ne sais pas si c’est du courage ou de l’audace qu’ils ont eu, car je ne vois qu’à 10 % ; mais ils ont entendu mon appel à travailler dans la rue auprès de personnes souffrant de dépendances, telles que l’alcoolisme ou la toxicomanie, ou de maladies psychiques. On y rencontre aussi un grand nombre de personnes seules à la recherche de liens. Je ne développerai pas ici ce que j’ai mis en place pour aller à la rencontre de ces personnes, car lorsque je me rends à la gare, je ne fais aucune différence entre un passager CFF et une personne en fragilité. Aujourd’hui, ce n’est pas moi qui les cherche, c’est eux qui me trouvent et me reconnaissent.

Je crois profondément que nous, les handicapés de la vue (malvoyants ou aveugles), avons une grande force, si en plus nous sommes croyants : c’est celle de pouvoir voir avec les yeux du cœur, les yeux de Dieu :

  • Les yeux qui ne jugent pas
  • Les yeux qui aiment sans condition
  • Les yeux de Miséricorde qui savent que Dieu a déjà tout pardonné

Pour voir de cette manière, il faut oser se laisser regarder par Dieu et transformer par son Amour. Ainsi, quand on s’approche de ces personnes avec ces yeux-là, une grande confiance s’installe entre nous. La confiance est le moteur de l’espérance, et lorsque celle-ci est présente, tout peut ressusciter ! Comme l’a dit St-Luc, l’envie de se rendre au festin revient. Le désir, le sens de la vie, de nouveaux projets peuvent naître. C’est une grande joie de pouvoir accompagner toutes ces personnes que Dieu met sur ma route et avec lesquelles je noue de vraies relations fraternelles.

Je terminerai en citant St-Exupéry qui avait écrit : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ». Aujourd’hui, j’ai deux essentiels dans ma vie : celui de voir avec les yeux de Dieu et celui d’écouter la voix/voie du Seigneur.

Marie-Antoinette Norwich

CECCV – Célébration de dédicace de la TOB 2010 en braille

Cathédrale de Lausanne – 3 juin 2018

Indifférence, tiédeur ou… ?

Prédication du pasteur Daniel Fatzer

 

Indifférence et tiédeur…

Il existe dans notre beau canton un petit village terrorisé ! Pas terrorisé aujourd’hui… mais il y a trois siècles ! Ce village a subi un orage d’une violence rare qui a bouleversé ses habitants, qui ont décidé, suite à cet événement traumatisant, de célébrer un culte de repentance, chaque année à la date du dit orage…
J’ai eu le privilège d’y être prédicateur invité, 3 siècles après le dit orage !

…3 siècles, vous rendez vous compte ! Et la tradition tient bon…même si l’on peut bien imaginer que l’esprit de repentance n’y a plus tout à fait la même force que 300 ans auparavant ! Il s’agit de Chavannes-le-Veyron, entre Cossonay et L’Isle.

J’ai choisi de parler aux citoyens de ce village à partir de l’Apocalypse, comme je le fais ce matin au milieu de nous.

Savez-vous par quoi l’Eglise en Suisse est persécutée, selon un brillant théologien du 20ème siècle ?

PAR L’INDIFFERENCE

Nous, Eglise du Christ, nous générons de l’indifférence dans la population ! Voire même un rejet franc si l’on en croit ce que nous disait Aude Chollet à ce même lutrin il y a quelques dimanches !

Peut-être bien que nos concitoyens de Chavannes-le-Veyron connais-saient cela à leur manière, il y a trois siècles déjà : une certaine indiffé-rence aux choses essentielles, à savoir nos vies, le sens qu’elles ont, notre mort, plus ou moins imminente, notre relation avec Dieu…

Et si la tradition de Chavannes-le-Veyron dit vrai, l’ « orage épouvantable » qui a détruit les récoltes, a secoué tous les habitants de leur torpeur intérieure… au point qu’ils décident ensemble de remettre les choses essentielles au centre de leur vie, et de s’en souvenir au moins une fois par an (au mois de juin, mois du terrible orage).
Magnifique acte de repentance, càd de retour à celui qui nous dépasse…alors qu’après cet orage ils auraient pu se retourner contre Dieu, au lieu de retourner à lui !

A ce sujet une histoire bien vaudoise:
Un paysan de chez nous sort de sa ferme pour contempler ses champs dévastés après un gros orage…et le visage noir de colère tourné vers le sol, mais les yeux fulminants tournés vers le ciel de dire : « j’accuse personne, mais c’est pas malin ! »

Peut-être bien qu’à Chavannes-le-Veyron quelques-uns ont réagi comme ce paysan fâché, mais pas la majorité. Ils sont retournés au fond d’eux-mêmes et vers leur Dieu qu’ils avaient mis à distance.

Eh bien, le livre de l’Apocalypse est bourré d’histoires de ce genre, aussi terrifiantes, sinon plus, que le terrible orage destructeur de juin à Chavannes-le-Veyron. Avec l’Apocalypse, on peut jouer à se faire peur, si l’on veut, en mettant en valeur tous les événements terrifiants qui y sont décrits.

MAIS LA N’EST PAS L’ENJEU DU LIVRE DE L’APOCALYPSE !

Ecoutons ce qui est dit aux chrétiens de cette petite ville d’Asie mineure, aujourd’hui situées en Turquie, qui s’appelle Laodicée. Il s’agit, ma foi, de gens comme vous et moi…
14« Écris à l’ange de l’Église qui est à Laodicée : « Voici le message de ce-lui qui est vraiment le Oui de Dieu. Il est le témoin fidèle qui dit la vérité, il est à l’origine de tout ce que Dieu a créé.15Je connais tout ce que tu fais : tu n’es ni froid ni brûlant. Si seulement tu pouvais être froid ou brûlant ! 16Mais comme tu es tiède, ni froid ni brûlant, je vais te vomir de ma bouche. 17Tu dis : je suis riche, j’ai gagné beaucoup d’argent, je n’ai besoin de rien. Mais en fait, tu es malheureux, tu mérites la pitié, tu es pauvre, aveugle et nu, et tu ne sais même pas cela. 18C’est pourquoi, voici ce que je te conseille : achète chez moi de l’or que le feu a rendu pur, et tu de-viendras riche. Achète des vêtements blancs pour te couvrir, ainsi tu ne seras pas nu et tu n’auras plus honte. Achète un médicament pour le mettre dans tes yeux, et tu verras clair. 19Tous ceux que j’aime, je les corrige et je les punis. Montre donc plus d’ardeur et change ta vie ! 20Voilà : je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je mangerai avec lui et il mangera avec moi. 21Moi, je suis vainqueur et je suis allé m’asseoir avec mon Père sur son siège royal. Alors, les vainqueurs, je les ferai asseoir aussi sur mon siège royal.

(Apoc 3/ 14-22)

Comme vous pouvez le constater dans ce message de Jésus à l’Eglise de Laodicée, l’enjeu n’est pas la terreur, même si elle est terrible, mais LA TIEDEUR.

L’Apocalypse n’est pas un livre terrorisant, mais un livre tranchant !
Il tranche entre la tiédeur et la chaleur, entre la tiédeur et la froideur…
Et il nous avertit, nous qui connaissons le Christ : le pire pour nous, ce n’est pas la froideur, mais la tiédeur…
Peut-être donc que tous nos concitoyens qui sont froids par rapport à Dieu sont en meilleure position que nous, si nous sommes tièdes !!! Incroyable, non ?….
Cela voudrait dire que nous qui allons encore dans une église, rarement ou souvent, nous sommes probablement plus éloignés du Royaume de Dieu qui vient que tous ceux qui passent leur dimanche ailleurs que dans une église !!!!

Un livre qui tranche, qui surprend, qui dérange, en tout cas nous, qui le lisons encore !!!!

Si le Royaume de Dieu qui vient compte pour nous, il nous reste 2 options : sortir de cette église et nous refroidir le plus possible spirituellement, ou alors descendre au plus profond de nous-même, en suppliant que l’Esprit nous visite pour nous mettre en « Burn in », différemment du « Burn out » qui touche tant de gens aujourd’hui, moi y compris au début de cette année.

Et, pour un peuple comme le nôtre, le peuple vaudois, dont la devise est « prudence, prudence » ou encore « modération, modération » ou encore « juste milieu-juste milieu »…

…ou alors pour nous comme peuple suisse, fiers de notre neutralité, voilà que l’Apocalypse nous bouscule énergiquement et nous somme de nous geler ou de nous chauffer. Si on est croyant, on ne peut l’être qu’à fond !!!!!

Et si un orage terrifiant ou une autre catastrophe devait nous tomber sur la tête, ce n’est pas pour nous effrayer, mais pour nous réveiller…nous sortir de nos létargies, nous secouer, et nous reconduire à l’ardeur de notre premier amour pour le Christ.

En cette législature où notre EERV se préoccuppe d’évangélisation, il semble bien que ce livre soit une lecture incontournable, non pas pour évangéliser le monde d’abord, mais bien nous, les tiédasses, les « brouillardeux » comme disent les Combiers en parlant des gens de la plaine…afin que nous entrions dans la clarté et la chaleur de notre foi au Christ et de notre service à sa suite !!!!!

Oh là là !
Le Ps 68 nous présente Dieu comme le Père des orphelins et le défenseur des veuves… Serons-nous du côté de ce Dieu qui donne une famille à ceux qui sont abandonnés et qui libère les captifs ? Lui qui fait tomber une pluie bienfaisante sur nos terres desséchées…

SERONS NOUS RESOLUMENT DU CÔTE DE CE DIEU-LA?
OU ALLONS NOUS CROUPIR, PUIS MOURIR, DANS NOTRE TIEDEUR, NOS PRUDENCES ET NOTRE NEUTRALITE ANCESTRALE ?

C’EST LA QUESTION QUE NOUS LAISSE LE LIVRE DE L’APOCALYPSE DANS SON CHAPITRE 3…
A NOUS DE VOIR !!!!!
A MOI DE VOIR, AVEC MOI-MÊME.

AMEN

Daniel Fatzer

Livre de Shafique Keshavjee sur l’Islam

     Le livre de S. Keshavjee sur l’Islam conquérant est désormais disponible:

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L’islam intrigue, interroge, inquiète. Qu’est-ce que l’islam ? Dans ce brillant livre de synthèse, l’auteur présente la grande diversité des musulmans contemporains. Puis, à partir des textes fondateurs de l’islam, largement méconnus du grand public, l’auteur met en lumière la structure conquérante de l’islam comme système global. Selon ses textes fondateurs et son histoire, l’islam est à la fois une spiritualité communautaire, un projet politique et une stratégie militaire. Finalement, l’auteur compare les fondations de l’islam et du christianisme.

POINTS FORTS

+ un ouvrage pédagogique, facile à lire

+ une mise en lumière des violences cachées de l’islam et de l’Occident

+ un texte respectueux des personnes et critique des Systèmes

+ des questions pointues pour les décideurs politiques, les musulmans et les chrétiens

+ un appel à chercher la vérité qui libère

L’AUTEUR

Après une triple formation en sciences sociales et politiques, en théologie et en sciences des religions, Shafique Keshavjee a été pasteur et professeur de théologie en Suisse romande. Une partie de sa famille est musulmane, une autre est chrétienne. Fondateur d’une maison pour le dialogue et ancien membre de la Constituante vaudoise, il est aussi l’auteur de plusieurs livres publiés notamment aux éditions du Seuil à Paris, dont le best- seller Le roi, le sage et le bouffon. Le grand Tournoi des religions.

 

COMMANDE

L’islam conquérant, 232 pages, au prix de 19.00 CHF en Suisse et 14.90 EUR ailleurs en Europe, peut être commandé dans toutes les librairies.

Il est vendu aussi en format epub au prix de 9.90 CHF / 8.99 EUR sur des sites en ligne tels www.amazon.fr ou www.maisonbible.ch

Enracinez-vous en Lui !

Prédication du pasteur Guy Chautems

Enracinez-vous en lui

Col.2.6-7

Lectures : Colossiens 1.12-20 & Colossiens 2.6-7

 

Ainsi, comme vous avez reçu Jésus-Christ, le Seigneur, vivez en lui ; enracinez-vous et construisez-vous en lui, affermissez-vous dans la foi, conformément à ce qui vous a été enseigné, et abondez en actions de grâces.

(Colossiens 2.6-7)

« Enracinez-vous en lui ! » Paul dans ces quelques lignes aborde la question de notre identité.

A première vue il avait l’air bien dans sa peau, ce jeune homme participant à une retraite paroissiale. Il avait entendu le message du matin où nous abordions la question de notre identité.  Comme tous les autres, il avait été invité – en silence – à faire un retour sur ses racines, sur ses origines en particulier familiales. Tout à coup, dans le silence, il s’est écrié en colère : « Mes racines, de la merde ! J’en ai marre ! Stop ! » Enfant de parents divorcés, d’un père mis en prison. Abandonné, transbahuté d’une famille vers une autre famille, d’un foyer vers un autre foyer, il ne voulait plus réfléchir à son histoire passée !

Frères et sœurs, sommes-nous à l’aise avec notre identité, familiale, conjugale, personnelle ? Sommes-nous fiers de nos parents, de nos grands- parents, de notre conjoint, de nos enfants ? Sommes-nous heureux d’être Suisse, ou Français, ou Allemand, ou encore d’un autre pays de cette planète ? Sommes-nous satisfait de notre scolarité, de nos apprentissages, du terreau de notre vie ? Car nos racines, celles qui nous donnent notre identité, plongent bien dans notre histoire avec ses beautés et ses misères, avec ses réussites et ses échecs !

L’apôtre Paul annonçant l’Evangile aux Colossiens a certainement rencontré de nombreuses personnes travaillées par leur identité, en recherche de leurs racines. Il a entendu l’histoire de ses paroissiens, il a pleuré avec les uns, il s’est réjoui avec les autres, mais à tous il a annoncé une bonne nouvelle, une extraordinaire nouvelle : votre vie est appelée à être transplantée dans un terreau exceptionnel… dans la vie même du Christ ! Son histoire deviendra votre histoire ! Ses racines deviendront vos racines !

 

La transplantation

Jésus est venu, il a pris corps d’homme, pour faire l’œuvre du Père : nous déraciner comme le jardinier déracine l’arbre afin de le transplanter dans une bonne terre. Voici comment Paul annonce cette bonne nouvelle ; il écrit :

 

 13Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour ; 

14en lui nous sommes délivrés, nos péchés sont pardonnés (Col.1)

 

Cette transplantation, disons-le haut et fort, c’est Dieu qui l’opère !

Mais il ne le fera pas sans notre accord ! Notre volonté doit être mise en route. Nos petits-enfants nous ont demandé de raconter notre vie. Voici ce que Denise écrit au sujet de cette mise en route.

En 1956, Billy Graham vient à Genève pour une grande convention. C’est un événement extraordinaire, car à l’époque les évangélistes américains ne viennent que rarement chez nous. En outre il n’y a pas de TV, de DVD ou de cassettes, pas de séminaires et JEM est inconnu. Tout notre groupe de jeunes paroissiens part en bateau pour Genève ; de là direction Plainpalais. La salle est bondée.

Le message de Billy Graham est précis : « Etes-vous prêts à suivre Jésus, à donner votre vie pour lui ? » Puis il fait un appel. Pour moi c’est clair, je me lève d’un bond et je descends les gradins pour aller tout devant. C’est la première fois que j’ai l’occasion de prendre une telle décision. Je suis très émue, mais ce moment va changer ma vie.

 

Mettre notre volonté en action ce n’est pas l’affaire d’un jour ! Notre volonté doit être musclée ! Elle doit se mettre en route chaque jour. Car les tempêtes ne manquent pas. « Enracinez-vous en Christ ! » Dans son message, adressé aux Colossiens, l’apôtre leur fait clairement entendre que cette transplantation doit être maintenue, contre vents et marée. Enracinez-vous ! Quand un ouragan survient, prenez une décision : plantez vos racines, encore plus profond, dans la vie même du Christ !

 

J’aimerais en souligner l’importance !

Après le décès de ma maman en 1968, avec Denise, j’ai continué de visiter régulièrement mon père malgré le fait qu’il était souvent agressif dans ses propos et qu’il ne s’intéressait nullement à ce que nous faisions. Notre foi le dérangeait !  Deux ans avant sa mort, contrarié par je ne sais quoi, mon père s’écria: « De toute manière tu n’es pas mon fils ! » Bousculé, stupéfait, fâché aussi je me suis écrié :

– Alors de qui suis-je le fils ?

– D’un tel, qui a fréquenté ta maman !

– Es-tu sûr de ce que tu dis ?

Il se tait ! Je m’écrie alors :

– Nous allons faire une recherche ADN !

– Cela ne sert à rien, de toute manière c’est trop cher, me répond-il !

 

Pendant quelques jours je suis bouleversé ! Je m’interroge sur mes racines, sur mon identité ! Et petit à petit la paix revient, je n’ai pas besoin de faire des recherches ADN, je n’ai plus besoin de me questionner. J’ai été arraché au pouvoir des ténèbres et j’ai été transplanté dans un nouveau terreau, dans une nouvelle histoire ! Je dois veiller à ne pas mettre mes racines dans une autre terre, chahutée, pleine de ronces et de pierres !

 

Demeurer enraciné

Comment demeurer enraciné ? Car les plus grands arbres ne sont pas à l’abri des ouragans ?

Je suis enraciné, comme Denise, depuis le jour où j’ai accueilli Jésus, mais je continue de m’enraciner en parlant de LUI, en racontant son histoire qui est mon histoire, et quelle belle histoire ! C’est ce que Paul nous invite à faire pour tenir bon face aux tempêtes :

 

Ainsi, comme vous avez reçu Jésus-Christ, le Seigneur, vivez en lui ; enracinez-vous et construisez-vous en lui, affermissez-vous dans la foi, conformément à ce qui vous a été enseigné, et abondez en actions de grâces. (Colossiens 2.6-7)

 

« Abondez en actions de grâces ! »

C’est toujours une belle histoire que celle du jour où nous nous avons reçu le Christ. C’est toujours une belle histoire que celle qui a ouvert notre cœur au Seigneur. L’enseignement entendu au départ, il nous faut le reprendre, le vivre… il nous conduira toujours à rendre grâces.

 

Enracinez-vous en LUI, c’est une invitation à ne pas laisser passer une journée sans évoquer cette transplantation extraordinaire, sans en être fier… C’est une invitation à pousser de nouveaux bourgeons, à mettre de nouvelles fleurs, à porter de nouveaux fruits.

Je suis fier de mon identité, je la préfère à celle des plus grandes familles de France formée des portraits prestigieux de tous les Louis et des Charles, aussi téméraires fussent-ils ! Vous vous rendez compte : Nous avons comme frères et sœurs tous les saints de la Bible : Noé, Abraham, David, Jérémie, Esaïe, Zacharie, Paul, Matthieu, Luc, Jean, Marc et tous les autres… et encore ceux qui suivent : Saint Augustin, Calvin, Luther, mère Térésa… Voilà pourquoi, comme le dit Paul aux Colossiens : « avec joie nous pouvons rendre grâce au Père qui nous donne de partager l’héritage des saints dans la lumière » (Col.1.12). Certains diront peut-être : « C’est quoi cet héritage ? » C’est la certitude que tout ce qui est à Christ nous appartient !

Dans la galerie de nos mémoires, vous saisissez bien : dans la galerie de nos mémoires, là accrochons avec joie les portraits de tous ces saints… en reconnaissant qu’ils étaient des hommes comme nous mais que Dieu a honoré leur foi.  Quel héritage et quelles racines…

 

Voilà ce que Paul nous invite à faire afin de tenir bon dans les difficultés.

 

J’ai entendu un jour quelqu’un faire le plus beau compliment qui soit à une maman qui avait adopté une petite-fille : « Comme elle vous ressemble ! » s’exclamait cette personne qui ne savait rien de l’adoption !

« L’héritage des saints… » :  il y a ceux qui ont longuement fréquenté Paul, ou Luc, ou saint Augustin… et qui pensent comme Paul, qui agissent comme Luc, qui s’expriment comme saint Augustin … à tel point que l’on dira de tel penseur : « Oh ! c’est un Augustinien… » ou encore plus couramment c’est un thomiste, un disciple de saint Thomas … mais quand on dit de toi : C’est un chrétien, une chrétienne – c’est notre nom de famille  ne l’oublions pas –

c’est parce que tu participes à l’héritage extraordinaire que Jésus t’a fait en te transplantant dans  le terreau, dans la famille des saints…dont il est le chef. Tu penses comme le Christ, tu vis comme le Christ.

 

Conclusions
Premièrement : transplanté dans la vie, dans l’histoire, dans la famille de Jésus, le Père et le Fils et le Saint-Esprit, je veux porter toutes mes racines vers sa vie. Je veux dire ma fierté d’appartenir à cette nouvelle famille. Et surtout, avant tout, je veux être fier de Jésus, fier du Père, fier du Saint-Esprit, fier des apôtres et des prophètes de tous les siècles.

 

Deuxièmement : Parce que ce n’est pas nous qui opérons la transplantation de notre terreau d’origine dans celui du Royaume appartenant au Christ, parce que c’est une œuvre que Dieu accomplit à l’heure où nous disons oui à Jésus, oui à sa mort pour le pardon de nos péchés, oui à l’action de son Esprit pour nous faire naître à une vie nouvelle. Parce que c’est une œuvre extraordinaire qui nous assure le salut, si quelqu’un n’avait jamais vécu cette transplantation ici ce matin, qu’il redise après moi cette prière :

 

« Seigneur je reconnais que sur le terrain de mon histoire j’ai souvent porté de mauvais fruits, parfois par ignorance, parfois en toute connaissance de cause. J’accepte que tu m’arraches à ce terreau, j’accepte que tu purifies mes racines, j’accepte que tu me transplantes dans ton histoire et dans ta vie. Et je crois que maintenant c’est toi qui le fais.  Amen. »

 

Questions :

1.- Sommes-nous à l’aise avec notre identité, familiale, conjugale, personnelle ? Sommes-nous fiers de nos parents, de nos grands-parents, de notre conjoint, de nos enfants ? Sommes-nous heureux d’être Suisse, ou Français, ou Allemand, ou encore d’un autre pays de cette planète ? Sommes-nous satisfait de notre scolarité, de nos apprentissages, du terreau de notre vie ?

2.- C’est Dieu qui nous transplante, mais il ne le fait pas sans notre volonté !

Avons-nous vécu cette transplantation ? Comment cela s’est-il passé ?

Avons-nous conscience d’avoir l’ADN du Christ ?

3.- Quelle place la reconnaissance d’appartenir au Christ prend-elle dans nos vies ?  Manifestons-nous cette reconnaissance chaque jour ? Comment le faites-vous ?

4.- « L’héritage des saints… » :  Tout ce qui est à Christ nous appartient !  Avez-vous conscience d’être héritier ? De quelle partie de cet héritage jouissez-vous ? De quelle partie de cet héritage ne jouissez-vous pas encore ? Pourquoi ?

 

Guy Chautems,  Le Mont 13 août 2017

Noël à Bethlehem

Prédication de Gérard Pella

 

Noël à Bethlehem

 

Philippe a reçu un super aquarium pour Noël.

Un aquarium d’eau salée avec de magnifiques poissons de mer.

Il a dû apprendre à les soigner comme un véritable petit chimiste… pour surveiller les niveaux de nitrate et d’ammoniaque.

Il a appris à filtrer l’eau régulièrement à travers des fibres de verre et du charbon de bois.

Il a soigneusement exposé ses poissons à la lumière ultraviolette.

Il leur a donné des vitamines, des antibiotiques, des sulfamides et des enzymes…

Et pourtant, chaque fois que son ombre se penchait sur l’aquarium, les poissons prenaient la fuite pour aller se cacher sous le coquillage le plus proche.

Il avait beau soulever le couvercle à heures régulières, trois fois par jour, pour saupoudrer leur nourriture, ils ont continué à avoir peur de lui comme si son seul désir était de leur faire du mal.

Ils n’ont pas compris tout ce que Philippe faisait pour eux.

Ils n’ont pas pu le voir autrement que comme un géant qui les menace…

Pour leur faire comprendre ses intentions,

Pour se faire connaître vraiment,

Philippe aurait dû devenir un poisson…

Parce qu’un poisson ne peut pas comprendre un humain[1].

 

Un géant qui nous menace…

N’est-ce pas ainsi que les humains voient Dieu ?

Souvent, trop souvent…

 

« N’ayez pas peur ! »

C’est la première parole de l’ange aux bergers.

N’ayez pas peur de Dieu…

Il n’est pas une menace.

Il est…  comment dire ? Il est une lumière, une présence, une source, un sauveur.

 

« Je viens vous annoncer une bonne nouvelle…

qui sera une grande joie pour tout le peuple, dit l’ange.

Il vous est né aujourd’hui dans la ville de David un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. »

Le Seigneur qui s’est fait tout petit.

Dans cet enfant, c’est Dieu lui-même qui vient nous rejoindre,

Nous consoler,

Nous révéler son vrai visage.

 

« Il est venu sur nos chemins

Illuminer nos lendemains, dit le poète.

Il est venu comme un voisin

Donner l’amour au creux des mains. »[2]

 

Ceci n’est pas un conte de fées pour distraire les enfants ou faire rêver les parents.

Cette présence du Christ Seigneur nous est donnée à nous aussi aujourd’hui.

Pas comme un morceau de chocolat, qu’on n’aurait qu’à déballer et consommer.

C’est plus subtil,

Plus profond,

Plus durable aussi !

Comment recevoir le Christ aujourd’hui ?

 

Je vais tenter de répondre de manière indirecte.

Si je répondais directement, cela ressemblerait à une recette et cela vous ennuierait…

 

Il y a de nombreuses années que je prêche la Bonne Nouvelle de Noël comme pasteur.

Mais cette année, pour la première fois de ma vie, je reviens de Bethlehem !

J’y étais en effet, il y a quelques semaines, avec un groupe de pasteurs et diacres de Suisse romande.

Permettez-moi de vous donner quelques impressions de cette visite.

D’abord j’ai été frappé que Bethlehem se souvienne toujours de cette naissance de Jésus malgré des siècles de domination romaine, puis arabe, puis croisée, puis ottomane, puis britannique, puis israélienne.

 

Nous avons pris le bus de Jérusalem à Bethlehem.

Environ une demi-heure de trajet jusqu’au mur.

Là, terminus, tout le monde descend, pour passer à pied le check-point qui permet de traverser le mur.

Un contrôle serré et impersonnel parce que les soldats sont protégés derrière des vitres teintées et nous parlent par haut-parleur.

Il s’agit d’un passage dans le mur gigantesque qui sépare Bethlehem de Jérusalem,

Le mur qui est censé protéger Israël des Palestiniens.

 

Ce mur me semble être le symbole de notre nature humaine dans ce qu’elle a de plus dur :

La séparation,

la haine,

la violence,

l’humiliation des autres parce que nous avons peur d’eux.

Il faut traverser le mur de la haine et de la peur pour aller à Bethlehem.

C’est peut-être un premier élément de réponse.

 

Parvenus de l’autre côté du mur, nous avons marché une demi-heure environ jusqu’à la basilique de la nativité.

Pendant ce trajet, c’est la nature humaine dans ce qu’elle a de plus fragile et vulnérable que nous avons rencontré.

De nombreux signes de délabrement et de misère :

Les voitures qui dégagent une horrible odeur parce qu’elles sont vétustes et n’ont pas de catalyseur.

Les containers en piteux état.

Les marchands qui nous supplient d’acheter quelque chose parce que les touristes ne viennent plus à cause de la guerre.

Les enfants qui ne vont plus à l’école parce que les maîtres ne reçoivent plus de salaire depuis des mois. Alors ils viennent mendier…

 

Quel rapport tout cela peut-il avoir avec Jésus ?

« Il est venu sur nos chemins, dit le poète,

Porter la croix de nos douleurs.

Il est venu comme un voisin

Manger le pain de nos labeurs.

 

Il est venu dans notre nuit

Lumière qui danse sous nos pas.

Il est venu dans notre nuit

Dresser l’aurore sur nos croix. »

 

A Bethlehem, Il est venu dans notre condition humaine,

avec ses duretés et ses fragilités,

et il a choisi d’être avec nous tous les jours,

jusqu’à la fin des temps.

 

Revenons à notre récit :

Pour entrer dans la basilique de la nativité, j’ai dû me baisser…

Pour la première fois de ma vie, la porte d’une église était plus petite que moi.

On m’a expliqué que cette église avait autrefois une grande porte, comme notre église ici à St-Martin, mais que les occupants la profanaient en y entrant en armes sur leurs chevaux.

N’est-ce pas tout un symbole… ?

 

Pour aller vers le Christ,

Descendre de nos chevaux…

Quitter nos armes…

Et plier le genou devant Celui qui s’est abaissé jusqu’à nous.

 

1 D’après Philip Yancey, Ce Jésus que je ne connaissais pas, Editions Farel, 2001, p. 35.

[2] Y.Gardette, dans Psaumes et cantiques no 439.

« Qualité de vie et avenir de l’EERV »

Qualité de vie et avenir de l’EERV

 (Recherche auprès de quelques collègues et laïcs)

 Par le pasteur Etienne Roulet  

                  

                                                      Introduction

 Les Eglises se vident ?

J’ai souvent lu ou entendu ces propos ces derniers temps. Lorsque c’est dans la presse, je ne m’étonne pas, celle-ci aime les thématiques qui « accrochent » et font réagir. Lorsque ces propos viennent de nos autorités d’Eglise, je m’interroge : est-ce là notre seul message à la société vaudoise du 21ème siècle ? D’autant que cette affirmation s’accompagne souvent de corollaires présentés comme inévitables : il faudra réduire le nombre de paroisses et de cultes, et fermer des temples. Où sont la confiance et l’espérance ?

Je suis bien conscient que certaines paroisses vivent des temps difficiles et que certaines assistances au culte dominical sont misérables. Mais il y en a d’autres qui se portent bien et dont les lieux de culte se remplissent chaque dimanche matin. Et pour celles qui ont de la peine, n’y a-t-il pas d’autres solutions que de « fermer boutique » ? Y a-t-il là comme une fatalité ?

Quand j’évoquais le fait que certaines paroisses, comme celle de la Vallée de Joux, ont la chance de vivre bien, on me répondait souvent que :

  • c’est parce que c’est la Vallée (milieu sociologique et situation géographique particulière)
  • c’est parce ce sont des « évangéliques » (sic) (fort sentiment d’appartenance communautaire)
  • c’est grâce aux pasteurs (sous-entendu : là où cela va moins bien, c’est de leur faute !)

Ces trois arguments ne me convainquaient pas, car je connais (ayant fait depuis 6 ans des remplacements dans plusieurs endroits) des paroisses qui vont bien, mais qui ne sont pas à la Vallée et ne sont pas « évangéliques » (il faudrait d’ailleurs interroger ce genre d’étiquette que je trouve réductrice, cf. plus bas en p. 10). Quant à la responsabilité du (des) pasteur(s), elle est certes indéniable, mais l’argument est un peu facile.

J’ai donc eu envie de réfléchir (et de faire réfléchir) plus loin, et d’interroger quelques personnes sur cette thématique, avec l’accord du Conseil régional de la région 6.

 

Titre, enjeux et limites

 Dans certains milieux (bien « évangéliques » ceux-là), on parle de facteurs de succès ou de facteurs de croissance pour expliquer les raisons qui permettent à une vie communautaire de bien se développer. Je n’aime pas les termes de succès ou de croissance, l’Eglise n’étant pas une multinationale qui doit engranger des bénéfices, et dont les courbes statistiques seraient le seul horizon de réflexion. Mais la question reste pertinente.

Je préfère parler de qualité de vie et c’est là l’enjeu de ma recherche : essayer de déterminer quels sont les facteurs qui permettent (ou ont permis) à telle communauté locale de grandir, ou en tous cas de ne pas diminuer (et sans porter un quelconque jugement de valeur sur les autres !). Il faudrait évidemment mieux cerner ce que l’on entend par qualité de vie, quels en sont par exemple les indicateurs et comment on les évalue. De manière simple (simpliste ?) je dirais que cela se mesure tant quantitativement (présence au culte et autres activités, nombre d’enfants et jeunes, recrutement aisé de moniteurs, catéchètes, etc.), que qualitativement (des paroissiens heureux et désireux de se rencontrer, fort sentiment d’appartenance, voire fierté d’être réformé). Mais ce préalable à la recherche devrait évidemment être approfondi.

J’ai ajouté comme autre enjeu l’avenir de l’EERV, car je suis persuadé que cet avenir n’est pas fait que de diminutions et de fermetures, et que des communautés en difficulté peuvent retrouver cette qualité de vie dont d’autres bénéficient. Mais quels seront les changements nécessaires et les adaptations inévitables ? Vers quoi va-t-on ou désire-t-on aller ? La réponse à ces questions déterminera la formation à apporter à nos jeunes ministres et l’aide à offrir aux paroisses en difficulté (cf. questions ci-dessous)

 

Les limites de cette réflexion sont nombreuses :

  • je n’ai aucune formation de sociologue de la religion et aucune prétention à proposer des résultats ayant valeur statistique et scientifique sérieuse
  • je n’ai interrogé que quelques personnes (cf. ci-dessous) et dans un temps limité
  • les questions elles-mêmes (cf. ci-dessous) pouvaient prêter à confusion
  • je ne me suis intéressé qu’à la situation des paroisses, mais cela ne signifie évidemment pas que les services communautaires et les aumôneries ne participent pas eux (elles) aussi, mais d’une manière différente, à la qualité de la vie de l’EERV.

 

Ma seule ambition est de lancer une réflexion en souhaitant que d’autres (plus experts) la poursuivent et l’étendent. Je ne connais pas tout ce qui se vit et se développe au niveau cantonal de notre Eglise (le projet Khi par exemple), mais jusqu’ici je n’avais pas trouvé d’indice que  ce type de recherche était mené (mes excuses si je me trompe !).

 

Clés de lecture

Avant de commencer, j’avais tout de même cherché quelques éléments qui pourraient me permettre d’établir un cadre de référence, auquel comparer les résultats obtenus. J’en ai retenu trois :

  • Simon Weber (que j’ai rencontré en premier et que je remercie de son accueil) m’a indiqué les 8 facteurs de croissance établis (sauf erreur de ma part) dans l’Eglise anglicane :

Conviction / Leadership / Formation et développement / Accueil et convivialité / Accent sur l’enfance et la jeunesse / Engagement des laïcs / Disposition au changement / Adéquation au contexte (social notamment).

Dans le même sens, Gérard Pella m’a indiqué un  ouvrage d’un théologien allemand (Ch. Schwartz) proposant une liste assez semblable, quoique avec des accents différents :

Responsabilités déléguées / Service selon les dons / Spiritualité enthousiaste / Structure efficace / Cultes édifiants / Groupes de maison / Evangélisation adaptée / Relations amicales.

  • Simon Weber m’a également proposé une formule que je trouve intéressante :

Il faut passer aujourd’hui d’une Eglise de proposition à une Eglise de lien.

 Elle est significative car l’expression Eglise de proposition date d’à peine 20 ans : à l’époque d’Eglise à Venir (EàV), il fallait passer d’une Eglise de tradition à une Eglise de proposition. On pensait alors que, si les gens ne venaient plus participer par habitude, il suffisait de leur proposer des offres de qualité pour les intéresser. 20 ans après, cela ne suffit plus, l’offre étant pléthorique sur le marché du religieux. Nos contemporains recherchent essentiellement du lien, à l’heure où tout le monde est connecté avec le monde entier, sauf peut-être à soi-même et à son voisin (telle est du moins mon interprétation).

 

  • Olivier Calame enfin, dans une série de soirées à Vallorbe animées avec Ariane Baehni, a proposé trois scénarios pour évoquer l’avenir de l’Eglise, en utilisant une métaphore navale (entre « … » les explications d’Olivier, entre (…) mes commentaires)
  • Une Eglise-naufrage, mot-clé : fidélité

« On ne peut rien faire pour résister sans nous renier, il vaut mieux disparaître pour renaître plus tard »  (ER: on se résout donc à une disparition inévitable et on prépare une « fin en beauté »)

  • Une Eglise-cuirassé, mot-clé : solidité

« En cas de crise, tout le monde reviendra, restons fermes sur nos positions »  (ER: on renforce donc les structures actuelles pour tenir le coup, en attendant des jours meilleurs)

  • Une Eglise-flottille, mot-clé : souplesse

« Adoptons des structures légères quand c’est encore possible »  (ER: on envisage et prépare donc une structure différente et beaucoup plus souple, l’important étant de vivre et d’avancer ensemble « dans le même courant »).

 

Personnes rencontrées et questions

Je l’ai dit plus haut, cette recherche est limitée. J’ai donc choisi de rencontrer une bonne vingtaine de personnes, dans une quinzaine de lieux d’Eglise. Par souci d’avancer plus facilement je n’ai fait appel qu’à des gens que je connaissais (et qui me connaissaient). Ce sont des ministres et des laïcs, d’âges différents, de lieux d’Eglise différents (ville-campagne-montagne) et de sensibilités différentes (réformée classique, liturgique  ou « évangélique »). J’ai également pris l’option de ne questionner que des gens qui proviennent de paroisses « qui vont bien », pour éviter d’apparaître comme un inquisiteur qui « vient voir ce qui ne va pas ». Une recherche plus poussée devrait évidemment combler cette lacune-là.

 

A chacune ou chacun j’ai posé 4 questions. J’ai choisi des questions ouvertes pour ne pas (si possible) induire les réponses :

  • Quels sont pour vous les facteurs qui font que votre communauté se porte bien ?

(C’est une question très générale, qui fait plus appel au ressenti qu’à une analyse précise des facteurs, en relation avec un cadre de référence déterminé; les réponses sont donc assez diverses et non exhaustives)

  • Quelle vision avez-vous de notre Eglise dans 20 ans ?

(Là aussi la question reste générale et peut signifier ou bien : que souhaitez-vous (ou      craignez-vous), ou bien : quel avenir pensez-vous inévitable ? les deux types de réponses se retrouvent dans le résultat)

  • Quelle formation faudra-t-il proposer aux ministres (en fonction des facteurs et de la vision recensés ci-dessus) ?

(Pour les futurs pasteurs, la question ne porte pas sur le niveau d’études académiques   je pars du principe qu’elle sera toujours de niveau universitaire; elle porte plus sur la formation pratique délivrée par l’OPF)

  • Comment venir en aide aux paroisses qui vivent des temps difficiles ?

(Cette question part de l’idée, déjà exprimée plus haut, que la suppression ou la fermeture de lieux d’Eglise ne sont pas inévitables; on peut imaginer que des communautés se soutiennent entre elles et que les plus fortes aident les plus fragiles).

 

A partir de là

Je vais donc, dans une première partie, faire la synthèse des réponses reçues, question par question, en essayant de faire droit à chacune, et en les mettant en perspective avec les clés de lecture recensées plus haut.

Dans une seconde partie, je me livrerai personnellement au même exercice de réponse aux 4 questions, avec des commentaires comparatifs avec la 1ère partie, et proposerai deux autres réflexions personnelles.

 

Une brève conclusion tentera de mettre le tout en perspective.

 

1ère partie : les réponses recensées

 

Question 1 : Quels sont pour vous les facteurs qui font que votre communauté se porte bien ?

(Je mets en italiques gras les termes utilisés par mes interlocuteurs et qui se retrouvent dans les diverses clés de lecture présentées plus haut)

Les réponses qui reviennent le plus souvent peuvent se regrouper en un certain nombre de thématiques :

 

  • Tout ce qui touche à l’identité, la conviction, la vision d’Eglise et la motivation : être (ou devenir) une communauté qui sait qui elle est, ce qu’elle croit, ce qu’elle souhaite devenir, en affichant clairement ses convictions et sa motivation, et en se fixant des objectifs. L’Eglise ne doit plus faire « profil bas » mais s’affirmer avec élan et enthousiasme (culture du témoignage), proposer une identité forte et attractive.
  • L’importance de la vie spirituelle : formation à la vie de prière personnelle et au développement communautaire, offre de cultes diversifiés (tous âges), participatifs (rôles des laïcs) et attractifs (musique, accueil, …), pour stimuler la fidélité et la confiance. La prédication se centre sur la vie des gens, en prise avec l’actualité, pour transmettre une Parole pertinente.
  • L’accent mis, dans la communauté, sur le lien : garder, soigner le lien, les relations courtes, le sentiment d’appartenance, et ainsi faciliter l’intégration des nouveaux et des jeunes, par l’accueil et la convivialité. Développer une culture de la joie et du plaisir, de l’écoute et de l’accompagnement, des relations amicales, de la visite, de l’ « être vrai », une vraie théologie communautaire.
  • La construction de la communauté est souvent évoquée comme indispensable : il ne s’agit pas seulement de structures efficaces, mais de savoir discerner les charismes des laïcs et déléguer des responsabilités, pour que chacun-e soit à sa place, et bien formé-e à sa tâche. C’est tout le domaine de l’engagement des laïcs et du service selon les dons. Le rôle principal de leadership est dévolu au conseil de paroisse, qui doit être fort et soudé, et savoir discerner quelle est la place de chacun. C’est dans ce cadre solidaire que s’inscrivent les ministres avec leur personnalité et leurs charismes.
  • Toujours au chapitre de la communauté, deux éléments de base apparaissent très souvent : l’accent à mettre sur les familles, (enfance et jeunesse notamment), et les groupes de maison (ou groupes de partage). Ces deux « lieux d’Eglise » sont indispensables pour soutenir la vie communautaire et le sentiment d’appartenance. Les camps-famille sont souvent des moteurs essentiels de la vie paroissiale.
  • En contrepoint à ce qui pourrait apparaître comme un recentrement sur l’interne, la plupart des interlocuteurs soulignent la nécessité de rester une Eglise ancrée dans le tissu local (village, quartier), en adéquation au contexte social et ses réalités, qu’il faut analyser de manière pertinente. Etre capable de « sortir vers… » pour répondre aux besoins des gens (pas seulement des membres de la communauté). On ne peut plus attendre que les gens viennent, il faut « aller les chercher ».
  • Plusieurs soulignent enfin que, pour se développer, les communautés locales ont besoin d’une structure ecclésiale plus souple, plus en réseau, permettant la mobilité et l’esprit d’entreprise (disposition au changement), par la liberté d’action et la délégation de compétence. On retrouve là l’idée de l’Eglise-flotille.

 

Question 2 : Quelle vision avez-vous de notre Eglise dans 20 ans ?

(Comme dit plus haut, les réponses peuvent exprimer soit le souhait ou la crainte, soit une prévision réaliste de ce qui adviendra de toute façon).

Il est plus difficile dans ce chapitre de trouver des consensus et peut-être que la coloration ecclésiale joue plus de rôle dans la vision de l’avenir (notamment en ce qui concerne une restructuration de notre Eglise).

Tout le monde est conscient que notre « socle de base » s’effrite et que nous serons moins nombreux, la question du soutien financier de l’Etat étant forcément une inconnue importante.

Il faudra donc développer une nouvelle forme d’Eglise, toujours ouverte au dialogue avec le monde et la société, toujours accueillante à tous (proximité de terrain), mais probablement plus confessante. Il s’agira donc (comme évoqué à la question 1) de revenir à l’essentiel du témoignage chrétien, dans une identité affirmée et assumée. Certains parlent à ce sujet d’un « réveil spirituel » nécessaire et d’une nouvelle « évangélisation ». Mais d’autres craignent le congrégationalisme et sont attachés au principe du « service public ».

 

A partir de là, deux visions se différencient :

  • celle, plus « presbytérienne », qui valorise la communauté locale, considère les fusions de paroisses comme dommageables (signe de repli), mais envisage la coexistence de communautés territoriales avec d’autres se regroupant plus par affinité. C’est la logique du réseau.
  • celle, plus « synodale », qui verrait bien des ensembles paroissiaux plus grands, ou plus spécifiques (cf. les lieux-phares), avec des pools de ministres pour les desservir et des événements forts pour les visibiliser. C’est une logique plus structurelle et centralisée.

Mais de manière plus commune à tous, on note le souhait de structures allégées dans l’Eglise, d’une plus grande liberté sur le terrain, en raison de la mobilité toujours plus grande des fidèles. Le rôle des laïcs sera de plus en plus prépondérant. La qualité de l’offre et le professionnalisme des acteurs sera déterminant.

Plusieurs enfin évoquent la nécessité de résoudre dans notre Eglise les tensions entre sensibilités théologiques, en ouvrant un dialogue plus clair et constructif avec celle dite « évangélique » (œcuménisme intra-protestant).

 

Question 3 : Quelle formation faudra-t-il proposer aux ministres ?

(Rappel : la question portait sur la formation pratique délivrée par l’OPF. Même si certains l’ont mentionnée comme une opportunité intéressante, je n’entre pas ici en débat sur la question de la future HET-PRO de St-Légier).

 

Le premier groupe de réponses est intéressant, car il porte sur la formation spirituelle des futurs ministres : ils auront besoin de fortifier leur foi personnelle par des temps de ressourcement, pour être mieux à même de rayonner, et de soigner leur propre développement personnel pour vivre dans la joie et la sérénité, et être au besoin capable de remise en question. Une personne a même parlé de développer la « sainteté personnelle » (= exigence du comportement), une autre souhaite que les ministres « apprennent la volonté du Christ » avant d’être des prestataires de service.

Un deuxième groupe de réponses tourne autour de la notion de leadership et de capacité de témoignage personnel, soit être en premier lieu des témoins de l’Evangile dans la militance et la clarté des positions. On souhaite des « missionnaires » plus que des assistants sociaux, dans une perspective et une connaissance de la mission de l’Eglise universelle.

La compétence théologique doit s’accompagner d’une bonne connaissance du  monde contemporain et de ses enjeux, d’une compétence d’ « analyse du terrain » pour pouvoir offrir une prédication incarnée et  pertinente.  Dans ce sens, quelqu’un soulignait l’enrichissement d’une autre formation professionnelle préalable.

 

Assez logiquement ensuite, les capacités d’écoute et d’empathie sont fortement désirées : gestion des relations humaines et des émotions, connaissances pédagogiques et psycho-sociales, écoute des besoins. On souhaite aussi des personnalités aptes à construire, former et animer la communauté, à discerner les dons, en collaboration avec les autres ministres et les responsables laïcs (travail en réseau).

La maîtrise des outils de communication actuels est évidemment requise, mais aussi la capacité de communiquer simplement dans le face à face. De même il est souhaité une attitude de souplesse et un esprit de service et de disponibilité. Il faut apprendre à travailler et accepter les contraintes (horaires par ex.) du ministère.

Le seul thème ou des divergences apparaissent (et c’est lié à la vision de l’avenir de l’Eglise, entre logique de réseau et logique de centralisation, cf. § 2), est le suivant : certains demandent qu’on forme toujours et d’abord des généralistes, capables d’être à l’aise un peu partout (ce serait la demande prioritaire des paroissiens), d’autres pensent plutôt à des formations de spécialistes, les profils de postes devant être adaptés aux compétences.

 

Question 4 : Comment venir en aide aux paroisses qui vivent des temps difficiles ?

Cette question a surpris certains interlocuteurs, comme si elle concernait d’abord les autorités de l’Eglise, et devait donc se résoudre par des mesures de réorganisation.

D’autres ont commencé par dire qu’il est toujours difficile d’aider (risque d’être mal perçu pour l’un ou jugé pour l’autre, ou manque de forces ministérielles). Il faudrait, de la part de ces communautés en difficulté, beaucoup d’humilité pour oser demander et avoir envie de vivre autre chose, et du côté des autres paroisses, beaucoup de douceur et de tendresse pour déculpabiliser.  Mais une fois le débat ouvert, on recense plusieurs idées intéressantes :

  • aider à analyser le terrain et les raisons des difficultés, pour repérer les vrais besoins et rebâtir de zéro, tout en valorisant le positif existant (diagnostic)
  • offrir un réseau de soutien (prière), de ressourcement et d’écoute mutuelle, pour lutter contre la déprime et redonner espérance (spiritualité)
  • offrir de vrais liens de fraternité, par des échanges, des visites (cultes, fêtes paroissiales), des témoignages, des partages d’expériences (solidarité)
  • proposer des collaborations ponctuelles pour relancer une activité ou un groupe : événement local, évangélisation, jeunesse, catéchisme, groupes de maison, camps-familles (action)
  • demander aux autorités de renforcer l’équipe ministérielle, même temporairement, et aux collègues de la région de manifester leur soutien et leur solidarité (appui).

 

De manière générale, l’avis est qu’il ne faut surtout pas « abandonner le terrain » (cf. regroupement de paroisses, fermeture de lieux de cultes). Au contraire il faut soutenir en priorité les plus faibles et réinventer l’utilisation régulière de tous les lieux de cultes. On parle aussi de « parrainage » d’une petite communauté par une plus grande, ou de « paroisses-associées », en reconnaissant la légitimité d’une structure légère et adaptée au lieu.

 

En résumé :

En recensant toutes mes notes prises autour de la question 1, j’ai été frappé, d’une part par le nombre de références implicites aux clés de lecture présentées en introduction (que je n’avais évidemment pas citées dans l’entretien et qui n’étaient pas forcément connues comme telles), et surtout par le fait qu’il n’y a aucune différence ou ligne de partage entre des visions à coloration évangélique, ou plus réformée classique. Les mêmes constats sont faits, à des nuances près, par tout le monde ou presque.  Ceci est très important et encourageant.

Les réponses à la question 2 sont à la fois convergentes en ce qui concerne l’avenir de l’Eglise et la nécessité de reformuler une identité spirituelle claire et affirmée, et divergentes quant à l’ecclésiologie future. Mais le consensus se refait autour de deux souhaits : l’allègement des structures de l’Eglise et l’unité entre sensibilités spirituelles différentes.

A la question 3 on a l’impression que les futurs ministres devraient savoir tout faire et être quasi parfaits (!). L’intérêt me semble être l’accent prioritaire mis sur la personnalité et la foi vécue du jeune ministre, avant les compétences techniques. Généraliste ou spécialiste, la question reste ouverte.

La question 4 permet de voir le réel souci spirituel et fraternel pour les paroisses en difficulté. Il est non seulement possible mais nécessaire de ne pas les « laisser tomber ». Ce devrait être une priorité d’Eglise.

 

2ème partie : mes propres réponses

 

Note : J’ai évidemment essayé dans l’interview de ne pas induire les réponses à partir de mes propres opinions, mais c’est parfois difficile (notamment lorsqu’on reformule une question mal comprise). Je le dis honnêtement car je me retrouve dans la plupart des réponses don- nées. Et là ou les réponses partaient dans des directions différentes j’expliciterai mes choix.

 

Question 1 : Quels sont pour vous les facteurs qui font que votre communauté se porte bien ?

Globalement je me retrouve bien dans tout ce qui a été dit et je ne vois aucune contradiction dans les différentes qualités énumérées.

Je retiendrai particulièrement la notion de lien. Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille renoncer à une recherche théologique (et donc une prédication) ou des activités de qualité, mais les paroissiens, dans le  monde et la société éclatée d’aujourd’hui, ont un besoin grandissant de liens de proximité, sans compter que la foi est d’abord lien personnel avec Dieu, avant d’être savoir théologique.

L’autre élément qui me semble particulièrement important est l’accent mis sur la famille et le groupe de maison. Pour moi, ce sont les cellules de base de toute communauté locale, qui lui donnent sa vie interne, et sans lesquelles le culte risque de n’être qu’une assemblée disparate d’individus isolés. (La famille est d’ailleurs le thème actuel de réflexion de la Cevaa, sous le titre « Famille, Evangile et Culture, dans un monde en mutation »; un séminaire sur ce thème a réuni en septembre 2016 à Sornetan des délégués de toutes les Eglises membres en Europe). Quant aux groupes de maison ils sont non seulement des lieux de prière et de partage, mais aussi les premiers lieux de l’entraide et du soutien mutuel entre paroissiens. J’aime bien donc la définition de la paroisse proposée par le « Manifeste bleu » du rassemblement réformé (R3) quand il dit qu’elle est une « communion de communautés ».

Enfin je découvre la nécessité de construire la communauté locale à partir d’une vision partagée, se traduisant ensuite dans des convictions et une militance active. Je vois bien que notre Eglise n’a pas été formée jusqu’ici dans ce sens, et que nous devrons apprendre à le faire.

 

Question 2 : Quelle vision avez-vous de notre Eglise dans 20 ans ?

Je partage bien sûr la prévision que beaucoup de choses vont changer et qu’il faudra être ouverts à ces changements, avec discernement mais aussi confiance. Quels que soient les aléas à venir, je suis convaincu que « Dieu n’abandonne pas son Eglise » et que nous ne devons pas être dans un état d’esprit de repli, mais plutôt de renouveau et d’approfondissement.

Je suis aussi assez persuadé que nous allons vers la fin de la territorialité comme principe de base du découpage des paroisses. Il y aura bien sûr toujours des communautés liées à un territoire (dans les zones rurales ou de montagne notamment), mais en ville cela aura de moins en moins de sens. D’autres types de « paroisses » rassembleront des fidèles autour d’une sensibilité ecclésiale ou d’un projet particulier (type « lieux-phares » actuels). L’important sera d’assurer le lien spirituel entre les différentes formes et éviter le communautarisme.

Nous allons donc, me semble-t-il, vers une ecclésiologie plus congrégationaliste. Ou, dit autrement, l’équilibre de notre système presbytéro-synodal tendra plutôt vers le premier pôle (alors qu’aujourd’hui il me semble qu’on cherche à renforcer le second). Par rapport aux deux variantes présentées plus haut (cf. bas de p. 5), je suis convaincu que c’est la première (logique du réseau) qui s’affirmera, dans le sens aussi de l’Eglise-flotille. Et je partage amplement la demande d’allègement des structures de l’Eglise pour favoriser l’esprit d’entreprise sur le terrain. Pour le résumer en une formule : « resserrons les liens, pas les boulons » !

Je pense enfin (cela n’a, à mon souvenir, pas été évoqué) qu’il faudra préparer et former des laïcs à être prédicateurs. Beaucoup d’autres Eglises de la Réforme connaissent ce système, et nous avons la chance de disposer de plusieurs dizaines de diplômés du Séminaire de culture théologique, tout à fait aptes à cette fonction.

 

Question 3 : Quelle formation faudra-t-il proposer aux ministres ?

Comme la majorité de mes interlocuteurs, je relève la nécessité d’une formation spirituelle et personnelle équilibrée des futurs ministres. La formation théologique est certes un préalable indispensable, mais cela ne suffit pas, ce n’est pas cela qui emporte l’adhésion des paroissiens.

Ce que j’ajouterai c’est que nous devrons passer d’une vision « fonctionnaire » à une vision « missionnaire » du ministère. Comme j’ai déjà utilisé ailleurs cette expression et que j’ai entendu des réactions, je l’explicite : le mot « fonctionnaire » n’est pas péjoratif, il désigne simplement quelqu’un qui a été formé pour offrir une prestation de qualité à un public plus ou moins large et ciblé, mais en des lieux et des horaires définis; il attend donc sa « clientèle », espérant que la publicité faite sera suffisamment attractive; c’est l’ Eglise de proposition (cf. ci-dessus, haut de p. 3). Le mot « missionnaire » (à dégager évidemment de tout son passé colonial) désigne quelqu’un qui n’attend pas pour aller à la rencontre des autres, qui est libre des contraintes d’horaire et de lieu, et qui se rend disponible pour aller vers les autres annoncer son message. C’est le ministre d’une Eglise de lien.

Pour cela la formation pratique doit mettre le plus rapidement possible les stagiaires en situation de responsabilité réelle pour les sortir de leur « zone de confort ». La formation devrait également leur donner la possibilité de s’ouvrir à la dimension universelle de l’Eglise par des stages à l’étranger,  y compris dans des zones de précarité. Quant à l’alternative : former des généralistes ou des spécialistes, j’opte résolument pour le premier terme.

 

Question 4 : Comment venir en aide aux paroisses qui vivent des temps difficiles ?

Je suis frappé du fait que, lorsque nous parlons de l’Eglise (au sens de l’EERV), on évoque immédiatement la région, le synode, le conseil synodal … mais jamais la paroisse voisine ! Or une paroisse n’est pas d’abord une circonscription administrative, reliée à l’ensemble par le haut. J’emprunte ici aussi une formule au Manifeste du R3 : « l’Eglise est une communauté de

communautés », qui doivent être solidaires entre elles. Il suffit de relire les Actes des Apôtres pour redécouvrir cette réalité. Je ne peux évidemment pas être en lien direct et régulier avec toutes les paroisses de l’EERV, mais au minimum avec celles de ma région. Et me préoccuper de ce qu’elles vivent, et donc me soucier particulièrement de celles qui vivent des difficultés. C’est dans ce sens que j’accueille avec intérêt les diverses propositions faites ci-dessus (p. 7).

Et qu’on ne vienne pas me dire qu’ « on n’a pas le temps » ! Si c’est une priorité, on prend le temps (et ce sera réciproque). On peut déjà simplement prier régulièrement les unes pour les autres (et se le dire). On peut ensuite se visiter, au moins une fois par an lors d’une fête paroissiale, comme le font les membres de chœurs  mixtes assidus aux soirées des sociétés de leur giron. Mais ces liens horizontaux (et donc hors contrôle hiérarchique) seront-ils acceptés et encouragés par les niveaux d’autorité supérieurs ?

Sur le plan stratégique de l’avenir de notre Eglise, il me paraît inquiétant de commencer par parler de diminution, fermeture, fusion, etc… donc de repli. C’est une attitude de défaite, alors que  nous proclamons une Bonne  Nouvelle qui devrait être contagieuse. Au contraire, cherchons comment « habiter » chaque lieu de culte, au moins une fois par semaine (prière, groupe biblique, etc…). Et s’il ne reste dans un village ou dans un quartier qu’un petit groupe de fidèles, laissons-lui une autonomie d’organisation suffisante, quitte à ce qu’il soit rattaché administrativement à un plus grand ensemble (église-associée), ou soit « parrainé » par une autre communauté. Dans une Eglise-flotille, peu importe la taille de chaque embarcation, l’important est que ce soit le même Souffle qui gonfle leurs voiles !

 

Deux réflexions personnelles

J’aimerais ajouter ici deux réflexions qui m’ont accompagné en arrière-fond durant toute cette recherche, et qui ne sont pas sans lien avec la thématique:

 

Qui sont les « évangéliques » ?

J’ai dit en introduction que je n’aimais pas cette étiquette qu’on colle facilement à un certain nombre de nos fidèles. J’y ressens surtout de la méfiance ou de la crainte « qu’ils n’envahissent nos communautés », ce qui n’est guère « évangélique » justement ! Je n’appartiens pas à cette sensibilité ecclésiale, mais elle a tout mon respect, comme toutes les autres d’ailleurs (liturgique, sociale, libérale, etc…), et il faut apprendre à la connaître. Pour cela il est utile de lire la notice de la p. 40 du Manifeste bleu déjà cité.

Ce que je constate (et ai vécu en remplacement dans deux paroisses ces dernières années), c’est que nous avons un certain nombre de fidèles qui ont eu un bout de parcours spirituel dans une assemblée évangélique, ou qui se reconnaissant dans ce courant. Mais s’ils sont dans notre Eglise, c’est par choix, justement parce qu’elle leur convient du point de vue théologique et ecclésiologique. Certains sont venus chez nous après une déception dans leur communauté d’origine, d’autres pour recevoir un enseignement biblique plus solide, d’autres par lien de famille… mais ils sont attachés à nos convictions et formes d’Eglise. Ce sont de vrais réformés.

En plus ils sont un fort sentiment d’appartenance communautaire et un engagement solide dans nos paroisses, ils sont donc à compter parmi nos fidèles les plus engagés. Dans un temps où le nombre de fidèles parfois se raréfie, ce n’est pas à négliger, sans compter l’aspect de générosité financière. Il ne m’étonnerait pas d’ailleurs qu’ils soient de plus en plus nombreux ces prochaines années dans nos instances synodales. Avec eux nous pouvons bâtir une Eglise théologiquement  réformée et ecclésialement professante.

J’ai retrouvé dans ma bibliothèque (et relu avec intérêt) un ouvrage de 1977 du théologien allemand Jürgen Moltmann, intitulé  « Un nouveau style de vie, le renouveau de la communauté». Dans son dernier chapitre il dit ceci : « l’avenir de la Réforme repose … sur son aile gauche, … celle dont sont issues les communautés libres dans le protestantisme. C’est là que se situe la terre encore largement inconnue et inhabitée de la communauté ».

 

L’héritage de l’Eglise libre vaudoise

Dans le même temps où je menais cette réflexion, nous avons fêté le 50ème anniversaire de la fusion des Eglises nationale et libre du canton de Vaud. J’ai assisté avec intérêt à la soirée officielle du 15 mars et lu avec bonheur le livre du professeur JP. Bastian.

Ce qui m’a frappé dans l’histoire de l’Eglise libre vaudoise, c’est qu’elle a été, pendant plus de 120 ans à la fois une Eglise réformée multitudiniste et une Eglise professante missionnaire, tout en étant fortement engagée sur le plan social, éducatif et sanitaire du canton de Vaud. Son arrière-fond spirituel et ecclésial était bien le Réveil du début du 19ème siècle, mais sa théologie est toujours restée clairement réformée, alors que sur le plan de l’ecclésiologie, elle se définissait elle-même comme un « faisceau d’églises ».

L’engagement personnel et financier était impressionnant : le nombre de membres adultes inscrits n’a jamais atteint 6000 personnes, mais celles-ci finançaient non seulement les paroisses et les pasteurs, mais encore leur faculté de théologie (la « Môme ») et la mission (l’ancêtre du DM). Certes il y avait de grandes familles fortunées, et le revers de la médaille était l’emprise de ces dynasties sur la vie de l’Eglise…

Quant à la Faculté de théologie, elle était d’un niveau académique égal à celui de la Faculté nationale, de nature résolument réformée, mais se voulait en même temps une école pastorale, avec une vie spirituelle de faculté incluant étudiants et professeurs. Aujourd’hui on peut toujours rêver !

Je cite ici JP. Bastian dans sa conclusion : « Alors que l’Eglise  réformée territoriale est en train de s’éroder, son avenir est à la minorité professante de culture multitudiniste. Aujourd’hui l’option libriste se présente d’une étonnante actualité pour la réflexion de ceux qui ne désirent tomber ni dans la secte et le fondamentalisme, ni se dissoudre dans l’apathie ».

 

Conclusion

J’ai commencé en posant la question « où sont la confiance et l’espérance » ? Je conclus en disant : arrêtons avec les cris d’alarme et bâtissons l’avenir avec notre foi en la grâce de celui qui nous a réunis en Eglise. Avançons avec légèreté et persévérance. Ne commençons pas par fermer, diminuer, supprimer… mais inventons et réinvestissons. L’avenir de l’EERV est dans un renouveau spirituel, pas dans une énième réorganisation structurelle. Soyons fiers de notre Seigneur, de notre foi et de notre Eglise.

 

Etienne Roulet, Vaulion le 24 mai 2016.

Une vision pour l’Eglise

Voici un texte du pasteur Etienne Roulet. Tout en s’enracinant dans la situation actuelle de l’EERV et de ses structures, la réflexion présentée et les pistes suggérées dépassent largement le contexte vaudois, raison pour laquelle il nous a paru bon de le mettre ainsi à la disposition de tous.

Une vision pour notre Eglise

Notre synode de l’EERV a refusé en mars 2018 (à 60% contre 40%) l’entrée en matière sur le rapport du CS concernant les dotations. Cela n’était jamais arrivé depuis très longtemps et montre l’ampleur du malaise.  Il faudra donc remettre l’ouvrage sur le métier, et surtout changer fondamentalement de vision ecclésiale.

Car avant de parler dotations, il faut se demander à partir de où se construit l’Eglise et quelles tâches sont à confier à chaque niveau. Les réflexions ci-dessous essaient de montrer, modestement, un chemin possible. Je crois qu’elles sont compatibles avec le principe presbytéro-synodal, sachant qu’il n’y a pas qu’une interprétation de ce terme. Mais je remarque que « presbytéro » vient avant « synodal », et qu’on ne dit pas une « Eglise synodo-presbytérale » ! Il y a donc une priorité évidente.

 

La communauté de base

Commençons par le commencement : quelle est la seule cellule ecclésiale (on dit aussi « lieu d’Eglise ») indispensable et nécessaire, si ce n’est la communauté de base (je dirai plus loin pourquoi je n’utilise pas le terme de « paroisse ») , celle qui rassemble les croyants dans la prière et le partage, autour de la Parole, le lieu où l’on se fortifie et s’encourage au témoignage ? Quand un régime athée essaie de détruire l’Eglise et interdit tout rassemblement, il reste toujours des réunions communautaires clandestines. Une communauté de base peut donc subsister sans la structure supérieure, alors que cette structure (régionale, cantonale, voire plus haut) est inutile s’il n’y a plus rien à la base. C’est donc à l’évidence là qu’il faut mettre l’essentiel des forces pour que l’Eglise continue, malgré les difficultés, à remplir sa mission. Sinon les fidèles et les ministres se décourageront et la mission se perdra.

On pourrait d’ailleurs affiner l’analyse en disant qu’à l’intérieur d’une telle communauté, il faut des plus petites cellules vivantes (familles, groupes de maison, de prière, de jeunes, etc…) pour nourrir l’ensemble. Une communauté de base est déjà une « communauté de communautés » selon l’expression heureuse du R3.

Alors pourquoi ne pas parler de « paroisse » ? Simplement parce que ce terme est trop connoté « espace géographique » (on est membre de telle paroisse parce qu’on habite sur son territoire). Cela convenait à la sociologie religieuse jusqu’à une ou deux générations en arrière. Et cela convient toujours aux régions rurales ou de montagne du canton, là où les villages sont encore des lieux forts de socialisation (pensons à La Vallée, au Pays d’En Haut, à Sainte-Croix). Mais plus du tout en région urbaine et dans une société de mobilité importante. De plus en plus on s’attache à un lieu d’Eglise par affinité spirituelle ou liturgique (Le Mont, Romainmôtier, etc.), et je suis persuadé qu’on va de plus en plus vers une Eglise de membres confessants, qui choisiront librement leur lieu d’insertion, et qu’il faudra donc adapter notre organisation. J’imagine très bien dans 10 ans une liste de membres inscrits dans chaque lieu d’Eglise, indépendante du lieu de domicile, qui donnera droit à la participation à ses diverses instances.

C’est donc à partir de cette base essentielle qu’il faut imaginer l’architecture de l’Eglise, selon le principe de subsidiarité. Mais une subsidiarité qui va de bas en haut (on ne délègue au niveau supérieur que ce que l’on ne peut pas faire tout seul) et non de haut en bas (on ne confie à la base que ce que l’on ne peut pas faire plus haut).

 

La région

Avec Eglise à Venir (2000) elle a pris le relais des anciens arrondissements et se trouve le lieu de nécessaires et importantes collaborations. Mais la région n’est pas un « lieu d’Eglise ». C’est un espace de communion, d’encouragement, de partage de tâches autrement impossibles, et un espace  indispensable pour les ministres pour qu’ils se sentent appuyés et non isolés. Mais ce n’est pas, et ne doit pas être, un lieu autonome de décision. Idéalement d’ailleurs on pourrait imaginer que le conseil régional soit composé des président-e-s de conseils de paroisse. C’est eux-elles qui savent le  mieux de quoi les communautés de base ont besoin pour se fortifier. Il faut donc accroître les collaborations et les synergies, mais toujours depuis le bas. Et que les communautés les plus fortes viennent en aide aux autres lorsqu’elles sont en difficulté.

Parmi les tâches communes, nécessaires selon le principe de subsidiarité, il y a celles des services communautaires : enfance, catéchèse, diaconie, Terre nouvelle, etc… Il faut bien sûr les garder, mais laisser aux régions, selon leur situation et leur génie propre, la possibilité de les organiser autrement : il n’est pas nécessaire partout d’y consacrer un % de poste à part, on peut très bien répartir la mission sur plusieurs ministres locaux, travaillant en teams (système bien plus productif que celui du « spécialiste »). Ou, à l’inverse, on pourrait demander à chaque ministre de Service Communautaire un % de ministère conséquent sur une paroisse. Même le poste de coordinateur peut être réparti sur 2-3 collègues, je l’ai vécu et c’était positif.

C’est donc là, s’il y a diminution de postes indispensable, qu’il faut faire porter les économies, et non sur les postes de communautés de base.

 

Le canton

Comme la région, le canton  doit être un lieu de partage, de communion, et bien sûr le niveau où se définissent les règles indispensables (théologiques, liturgiques, disciplinaires, etc…) pour la vie en commun et la cohésion ecclésiale.

Il y a trois types de postes cantonaux : les aumôneries (la plupart en missions communes), les postes de coordination de tel secteur (enfance, jeunesse, TN, etc…)  et les postes de gestion-administration. Les aumôneries (EMS, hôpitaux, prisons, hautes écoles, etc…) sont à considérer comme des communautés de base, même si leur population évolue plus rapidement qu’ailleurs et ne fait parfois que passer. Les diminutions devaient donc y être exceptionnelles.

Pour les postes de coordination sectorielle, il faut appliquer le principe de subsidiarité défini plus haut : seulement ce qui est indispensable pour fédérer les initiatives et créer une dynamique cantonale. Mais la créativité vient toujours d’en bas, elle ne s’élabore pas dans des bureaux. Il  n’y a pas besoin de ministres cantonaux pour animer des retraites, former des conseils de paroisse ou des laïcs adultes, ou faire des expériences de laboratoire.

Quant aux postes de gestion-administration, je suis persuadé qu’on peut alléger considérablement, certains postes s’auto-alimentant eux-mêmes. Même le Conseil synodal pourrait diminuer ses %, en laissant certaines responsabilités aux niveaux inférieurs (exemple : pourquoi diable les membres du CS veulent-ils être présents dans toutes les installations ministérielles, alors que c’était traditionnellement le rôle des préfets et des conseils d’arrondissements ?).

 

Quelques images pour terminer 

J’emprunte une métaphore navale à un ami coordinateur : voulons-nous une Eglise-flotille, dont l’unité est le souffle de l’Esprit qui les pousse, ou une Eglise-cuirassier, qui a une grosse force de feu mais peu de mobilité ?

Autre image (personnelle) : en Eglise, vaut-il  mieux resserrer les liens ou les boulons ?

Enfin je mets ici la vision ecclésiale de l’Eglise libre vaudoise (dont on a beaucoup vanté les mérites en 2017) : elle se définissait comme un « faisceau d’Eglises (locales) » !

 

ER / 13 mars 2018

« Survivre, vivre, vivifier ! »

Survivre, vivre, vivifier à la suite du Christ

 par Shafique Keshavjee

 

Etre tiraillé(e)… Personne n’aime l’être.

Etre tiraillé entre son idéal de soi, son idéal d’Eglise, son idéal de l’autre et la rugueuse réalité de chacun. Etre tiraillé par son immense besoin d’être aimé, d’être apprécié et par le même besoin tout aussi immense chez l’autre.

Ces tiraillements, l’apôtre Paul, comme tout être humain, les a connus. Et c’est paradoxalement dans un autre tiraillement qu’il a trouvé un chemin de détente, de repos.

« Je suis pris dans ce dilemme, a-t-il écrit, j’ai le désir de m’en aller et d’être avec Christ, et c’est de beaucoup préférable, mais demeurer ici bas est plus nécessaire à cause de vous  » (Philippiens 1/23-24).

Après son expérience du Christ, mort et ressuscité pour lui, Paul était tiraillé. Par le Christ, il avait goûté quelque chose d’une plénitude de bonheur, d’un Amour lumineux qui l’accueillait tel qu’il était. Et cette expérience avait créé en lui un détachement par rapport à ce monde et suscité la soif de voir Dieu, non pas comme dans un miroir, mais enfin face à face.

Paul savait désormais que son identité véritable n’était pas dans tout ce qu’il allait faire, dire ou écrire, mais bien dans cette communion avec la Source de la Tendresse, que l’Esprit Saint lui donnait de savourer déjà.

Dès lors, Paul avait hâte de trouver en abondance cette vie infinie du Christ au-delà de sa propre mort. Et en même temps, et c’est là qu’est tout le dilemme et le tiraillement, Paul savait que Dieu lui-même l’appelait à rester sur terre pour vivifier l’Eglise et le Monde.

Etre chrétien, c’est être tiraillé. Tiraillé entre le désir de s’en aller, de mourir, pour être pleinement avec le Christ et le désir de rester sur terre pour que ceux qui sont autour de nous progressent dans leur qualité de vie.

Vous qui demandez aujourd’hui la consécration ou l’agrégation, comme Paul, vous avez goûté à l’amour du Christ. Vous savez dès lors, comme tout chrétien, que le sens de votre vie est caché dans l’épanouissement de la vie des autres. Vous êtes là pour moi, pour nous, pour notre bonheur. Et nous sommes là, pour vous, pour d’autres, pour le bonheur de tous.

Ainsi, le sens de notre vie sur terre est de vivifier, de transmettre une joie de vive. Or, pour le faire en qualité, il importe que nous-mêmes nous sachions vivre, et parfois, plus fondamentalement, que nous arrivions déjà à survivre. Régulièrement, dans les différents temps de la vie, douloureux ou gratifiants, je me remémore ces trois verbes profondément liés: survivre, vivre, vivifier.

Le plus pénible, mais probablement le plus riche en découvertes, c’est survivre.

Il y a des jours, des semaines, et parfois des mois, où pour nous tout a goût de cendres. Nous expérimentons la vanité des choses, le non goût de ce qui devrait être savoureux. Comme Elie face à Jézabel, les circonstances à affronter paraissent trop rudes. « Je n’en peux plus! » crions-nous avec lui. Pour Elie, l’ennemi n’était pas uniquement hors de lui, mais en lui. Elie était devenu son propre ennemi. « Prends ma vie, Seigneur, car je ne vaux pas mieux que mes pères » et peut-être nous faut-il rajouter « pas mieux que mes collègues… ». Elie expérimentait du dégoût non seulement par rapport à d’autres, mais surtout par rapport à lui-même. Certes, une telle expérience de remise en question peut être salutaire quand elle permet de retrouver sa juste place par rapport à son entourage. Je ne suis ni meilleur, ni pire. Mais parfois le dégoût, au lieu de devenir source de vie, peut devenir source de mort, en s’étendant à tout, à Dieu lui-même. Les Pères de l’Eglise connaissaient bien cette expérience d’une pulsion de mort, de lassitude, qui s’insinue en tout et qui peut conduire au désespoir, à la dépression, parfois même jusqu’au suicide. Dans cette expérience d’enfer, ou ce qui revient au même, dans cette expérience d’enfermement, tout signe d’espoir semble anéanti.

Or, la seule réponse à l’enfermement, c’est la communication du coeur et du corps.

– Communiquer avec Dieu, en lui exposant nos plaies et nos plaintes. Et quand nos propres prières deviennent vides, nous associer aux prières des Psaumes, aux Lamentations d’un Jérémie ou d’un Job.

– Communiquer bien sûr avec d’autres, avec un autre capable d’empathie.

« Heureux le ministre, heureux l’homme ou la femme qui trouve sur sa route une oreille attentive, sans surdité, et qui l’aide à sortir de sa propre absurdité ».

– Communiquer finalement, et ce n’est pas le moins important, avec la nature, avec son propre corps. Très pratiquement, cela peut dire se rendre dans un lieu que l’on aime. Ou tout simplement, manger, boire et dormir. La première réponse de l’ange à la détresse d’Elie fut, de manière touchante, de lui donner à manger et à boire. Puis Elie s’est recouché. Et une deuxième fois, la scène se répète. C’est alors seulement qu’Elie devient capable de disponibilité à ce que Dieu voulait lui dire. Le Saint-Esprit est parfois moins spirituel que nous, ou pour être plus précis, sa spiritualité passe aussi par nos corps.

Survivre, c’est être délié. C’est accueillir une brèche dans son enfermement afin que la Vie puisse à nouveau bourgeonner dans le désert.

La seule espérance qui nous permet de tenir le coup et de continuer, c’est de croire avec tous les autres témoins qui ont vécu cela avant nous, que le désert n’est pas un but mais un passage, qu’au-delà du désert, il y a une Terre promise, et qu’au coeur du désert, il y a des oasis.

Par le Christ qui nous a précédés dans l’agonie, dans l’échec, dans l’absurdité et dans la mort, Dieu nous donne une promesse formidable. Puisque même le désert de la mort a été traversé par une puissance de résurrection, alors tous les déserts, quels qu’ils soient, auront une fin.

Si survivre c’est avoir faim, alors vivre c’est savourer. Dans notre société stressante, voire parfois dans notre Eglise stressante, nous passons constamment de la pression à la dépression. Nous sommes tellement préoccupés par le survivre ou par le fait de vivifier que nous ne prenons tout simplement plus le temps de vivre. Vivre, c’est prendre le temps de jouir, de jubiler. Pour l’apôtre Paul, vivre, c’est Christ, c’est laisser la Vie même du Christ jaillir en nous.

Or Jésus a dit :
« Comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, celui qui me mangera vivra par moi » (Jean 6/57).

C’est parce que Jésus est nourri par la volonté festive de son Père qu’il est par excellence le Pro-Fête, le Communicateur de la Fête de Dieu au coeur des défaites humaines.

« O Eglise de Jésus-Christ, si seulement tu pouvais redevenir festive! »

C’est parce que Jésus est nourri par Dieu lui-même qu’il peut s’offrir en nourriture pour nous. Participer à la Sainte Cène, à l’Eucharistie, c’est entrer dans une longue transformation intérieure de nos vies. A partir de ce Centre où le Christ se donne à goûter, où par le pain et le vin il se laisse savourer, nous découvrons progressivement que tout dans la vie peut devenir comme un sacrement. Vivre, c’est tout savourer comme des signes de la Beauté de Dieu.

Une fleur, un fruit, un paysage, une mélodie, une capacité en soi qui s’épanouit, un enfant, surtout quand il dort, une expression nouvelle sur un visage, une rencontre vraie… autant de lieux où une communion savoureuse est possible si nous prenons le temps d’en jouir.

La bonne heure du bonheur, c’est maintenant !

Si survivre, c’est avoir faim et vivre c’est savourer, alors vivifier, c’est partager son pain, c’est devenir soi-même pain de vie que d’autres peuvent savourer. Comme au temps de Jésus, il y a aujourd’hui beaucoup de personnes harassées et prostrées. Les besoins sont immenses et la moisson est abondante. Dans nos Eglises, dans notre pays, dans tant d’autres pays, les souffrances peuvent être grandes, immensément grandes.

Vivifier, c’est permettre à d’autres de passer de la survie à la Vie et devenir à leur tour des personnes vivifiantes. Cela commence par un sourire chaleureux, une parole d’encouragement, un remerciement. Cela se poursuit par toutes les activités que notre Eglise organise : des cultes aux catéchismes, des activités diaconales à Terre Nouvelle. Tout ce que nous faisons n’a qu’un seul objectif, celui de vivifier. Et cela demande beaucoup d’humilité.

En effet, vivifier, c’est accepter que le pain offert à l’autre ne le transforme pas en un double de moi-même, mais le nourrisse pour qu’il accède à lui-même. Vivifier, c’est laisser le Saint-Esprit libérer des énergies et des dons qui jusqu’alors étaient étouffés ou ignorés. Le plus grand danger qui guette notre Eglise comme toute institution, c’est la rigidité : territoriale, paroissiale, architecturale, musicale, liturgique, ministérielle. Quand nos richesses d’Eglise deviennent des obstacles à l’éclosion de nouvelles richesses, au début certes fragiles, alors nous cessons de vivifier.

Vous savez que lorsque Alexandre le Grand vint visiter Diogène dans son simple tonneau, il lui demanda :

« Que puis-je faire pour toi ?  » Celui-ci lui répondit : « Ecarte-toi de mon soleil ».

Vivifier, c’est arrêter de faire de l’ombre aux autres par nos personnes et par nos réalisations afin que le Soleil de Dieu les réchauffe et les épanouisse. Vivifier, c’est relier en s’écartant soi-même.

Pour terminer, deux mots encore pour vous qui aujourd’hui allez être consacrés ou agrégés. Avec nous, vous avez accepté d’être tiraillés des deux côtés comme l’apôtre Paul. Avec nous, vous vous engagez à participer à cette vivification de l’Eglise et du Monde. Nous nous réjouissons de vos dons spécifiques et sommes heureux d’être collaborateurs avec vous. Notre prière pour vous, c’est que le fait de Vivifier jamais ne vous empêche de vivre et que, dans les temps de Survie par lesquels vous passerez, vous puissiez vous souvenir précisément que ces temps passent.

Et pour que cette prière ne soit pas trop abstraite, sachez comme Elie dans le désert que vous n’êtes pas seuls. Même si nous sommes loin d’être des anges, aujourd’hui, demain, nous serons nombreux à être vos compagnons de route. En tout temps, osons nous solliciter les uns les autres, pour un repas, pour un coeur à coeur, pour un partage de vie, pour une prière commune. Car ensemble, à la suite du Christ, dans l’Eglise et dans le Monde, nous sommes appelés à survivre, à vivre et à vivifier.

Amen

Prédication basée sur Philippiens 1: 21-26

Culte de consécration à la Cathédrale de Lausanne

3 novembre 1995

 

Eviter la tentation ?

Par Gérard Pella

Vous le savez probablement, la formulation du Notre Père est en train de changer. Depuis Pâques 2018, nous sommes invités à dire « Ne ne nous laisse pas entrer en tentation ! » plutôt que « Ne nous soumets pas à la tentation ! »

L’initiative de ce changement est partie de l’Eglise catholique et le Synode de l’EERV (Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud) l’a accepté en novembre 2017. Sans grand enthousiasme – il est vrai – mais avec un authentique désir d’unité entre chrétiens.

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Etre disciple : à la fois un don et une vocation. L’appel d’Arusha.

Par Martin Hoegger*

Qu’est ce que je retiens de ma participation à la 14e Conférence mondiale sur la mission et l’évangélisation du Conseil œcuménique des Églises, en Tanzanie ? D’abord l’approfondissement du thème du « discipulat » comme nous y invite « l’appel d’Arusha à vivre en disciples ». Etre chrétien est avant tout une relation avec le Christ qui transforme nos vies, nos relations avec Dieu, les uns avec les autres et avec la création. De cette relation, nul ne doit être exclu. Le Christ nous utilise et nous envoie vers tous pour en faire connaître la beauté et la plénitude !

Dans ce dernier article j’aimerais souligner trois dimensions, parmi d’autres. Cette Conférence a confirmé un élargissement de l’œcuménisme et a été marquée par l’Afrique. Elle a aussi été jeune et priante.

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Embrasser la Croix pour se transformer!

Par Martin Hoegger*

Le moment le plus fort de la conférence missionnaire d’Arusha fut, pour moi, la matinée consacrée au message de la croix et de la résurrection. Dans bien des pays, des chrétiens payent cher leur appartenance au Christ. Suivre le Christ en tant que son disciple signifie aussi embrasser la Croix, d’où jaillit l’Esprit saint. Un bel approfondissement du thème de la conférence : « Agir selon l’Esprit saint : appelés à être des disciples transformés ».

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Témoins du Christ sur sept continents

Par Martin Hoegger*

Nombreux ont été les témoins du Christ durant la Conférence sur la mission et l’évangélisation tenue à Arusha, Tanzanie, du 8 au 13 mars dernier. En voici une sélection venant de sept continents. En marche pour un rapide tour du monde sur le thème de l’évangélisation en écoutant  des voix d’Amérique Latine, des Etats Unis, de Chine, de Grèce, du Congo, des îles Fidji et du Groenland !

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La formation à la mission dans l’éducation théologique.

par Martin Hoegger*

 Arusha 14 mars 2018. Jusqu’où l’éducation théologique est-elle missionnaire? Comment peut-elle contribuer à la formation à la mission? Comment ces questions se posent-elles dans l’apprentissage de la théologie ? Telles ont été quelques une des questions auxquelles ont répondu des spécialistes en missiologie, lors la 14e conférence missionnaire mondiale organisée par le Conseil œcuménique des Eglises.

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Quelle compréhension de la mission, 70 ans après la création du Conseil œcuménique des Eglises ?

choeur2.ArushaPar Martin Hoegger*

Arusha, 9 mars 2018. Un des évènement pour marquer le 70e anniversaire du Conseil œcuménique des Eglises – la presse s’en est fait l’écho – sera, le 21 juin prochain, la visite du pape François au siège de cette institution genevoise rassemblant à ce jour 348 Eglises protestantes et orthodoxes…

Plus discrète est la Conférence mondiale qui a lieu ces jours à Arusha, au pied du mont Kilimandjaro. Plus de mille personnes y participent, venant de toutes les Eglises, également de l’Eglise catholique et des Eglises pentecôtistes-évangéliques.

L’organisatrice de cette rencontre, la Commission sur la mission et l’évangélisation, reliée au COE, est en effet plus large que ce dernier.

« Tenir cette conférence cette année, nous dit Olav Tveit, le secrétaire général, c’est rappeler qu’au cœur du COE, il y a l’appel de Dieu à la mission ».

Avec précision, le pasteur norvégien affirme qu’unité et mission vont ensemble : « Une Eglise unie est nécessaire pour témoigner du Christ et servir le monde qui souffre ».

Cet événement permet donc de faire le point sur la compréhension qu’ont les Eglises de la mission. En fait au début du siècle dernier, la mission a séparé les Eglises, c’est pourquoi il y eut la première assemblée missionnaire d’Edinbourg en 1910, une des sources du mouvement œcuménique et missionnaire moderne.

Alors quelle(s) compréhension(s) de la mission 70 après la fondation du COE ?

Tout d’abord, toujours selon Tveit, la mission n’est pas une stratégie. Il en va du salut et du partage du don le plus précieux: l’amour de Dieu en Jésus-Christ qui nous réconcilie avec lui et les uns avec les autres. Participer à cette mission de réconciliation est la raison d’être de l’Eglise. C’est pourquoi tout commence par la prière.

Puis le salut doit se manifester dans notre manière de vivre ensemble aujourd’hui. Salut et libération ne sont pas à opposer.

Réfléchir sur la mission implique donc aussi de répondre aux défis de paix et de justice, de se préoccuper de la question des réfugiés et de la relation avec les membres des autres religions. C’est l’accent mis par le COE.

 

Œcuménique et évangélique : ces deux approches sont-elles irréconciliables ?

Pour le théologien protestant coréen Joosep Keum, directeur de la Commission sur la mission et l’évangélisation, l’opposition entre la compréhension œcuménique (comme engagement socio-politique) et évangélique (comme annonce du salut) de la mission n’est plus pertinente. Il faut développer une nouvelle synergie entre les deux approches.

L’archevêque syriaque orthodoxe du Kerala, Mor Geevarghese Coorilos, président de la même commission, rebondit : « Nous ne croyons pas en la dichotomie artificielle entre oecuménisme et évangélicalisme. Des pentecôtistes et des évangéliques sont membres de notre commission. Hier la contribution principale a été donnée par une pentecôtiste. Ici nous faisons converger les deux courants ».

Voici deux autres indices de cette nouvelle convergence ! La conférence du centenaire de la conférence d’Edimbourg (en 2010) a été organisée conjointement par le Conseil pour l’unité des chrétiens de l’Eglise catholique, l’Alliance évangélique mondiale et le COE.

« D’une seule voix, les Eglises ont alors déclaré que le Royaume de Dieu est le but de la mission, que l’Eglise participe à la Mission de Dieu et que la mission est intégrale, à savoir qu’elle concerne tous les domaines de l’existence », affirme J. Keum.

D’autre part un important document « le Témoignage chrétien dans un monde multireligieux – Recommandations de conduite» a été publié conjointement par le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, le COE et l’Alliance évangélique mondiale.

Dimitra Koukoura, professeure orthodoxe d’homilétique à Thessalonique précise d’ailleurs que le mot « évangélique » vient d’Évangile. La tâche de tous les chrétiens est de transmettre la Bonne nouvelle : « Les chrétiens doivent obéir à ce commandement du Maître. Cela nous unit tous. Le message à annoncer est le même, quelle que soit la confession ».

 

Mission depuis les marges

Toutefois, après deux jours de cette conférence d’Arusha, l’approche œcuménique prime clairement sur l’évangélique. Malgré des temps remarquables de prière, les problématiques sociales, politiques, économiques, écologiques sont très présentes.

Quand deux fleuves se rejoignent, leurs eaux ne se mélangent pas tout de suite. De même il faut un certain temps pour que les deux approches s’intègrent véritablement.

Le document missiologique le plus important de la Commission sur la mission et l’évangélisation est « Ensemble pour la vie ».

Il appelle en particulier à vivre la mission à partir des marges. Un concept missiologique devenu central. « Dieu a choisi les marges pour s’incarner. A la suite du Christ, il faut s’y immerger, dit J. Keum. La mission à partir des marges renouvelle notre vie de disciples. Il n’est d’autre voie que la kénose pour la mission et le mouvement œcuménique ».

Si les Eglises écoutent ensemble la Parole de Dieu et se mettent à l’écoute de ceux qui sont marginalisés, elles initient un « pèlerinage de justice et de paix » qui est un chemin d’unité. Ce thème du pèlerinage imprègne tous les documents actuels du COE.

Il se rapproche d’ailleurs de la pensée du pape François qui rappelle régulièrement que « l’unité se fait en marchant » en sortant ensemble pour rejoindre les périphéries existentielles.

Son message lu par le secrétaire du Conseil pour l’unité des chrétiens, Mgr Brian Farrell, appelle les Eglises à discerner ensemble où l’Esprit saint nous conduit, dans un monde qui a tellement changé, ces dix dernières années.

Le message du patriarche de Constantinople Bartholomée appelle, en revanche, à vivre la mission à partir du centre qui est la liturgie eucharistique, où s’exprime la plénitude de la vie. Mais ensuite « la liturgie après la liturgie » nous envoie vers nos prochains, en particulier les plus déshérités. La « philanthropie » est donc aussi au cœur de la vie chrétienne.

Concluons ce bref survol du sens de la mission avec Justin Welby, le charismatique primat de la communion anglicane qui a aussi envoyé un message vidéo. Il y appelle à un grand réveil. Comme le thème de la conférence est la « transformation », il témoigne : « dans ma vie la plus grande transformation a été l’expérience de la nouvelle naissance. C’est l’œuvre de l’Esprit saint pas la nôtre ».

 

* Pasteur de l’Eglise réformée du Canton de Vaud, Martin Hoegger est co-président de l’assemblée du R3. Il exerce son ministère dans la communauté de Saint Loup et collabore au projet « Jésus Célébration 2033 ». Il voue aussi une partie de son temps à l’accompagnement spirituel d’artistes.

 

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Pas de mission sans disciples transformés, dans la force de l’Esprit !

Par Martin Hoegger*

Arusha, Tanzanie, 8 mars 2018. La première journée de la Conférence mondiale sur la mission et l’évangélisation organisée par le Conseil œcuménique des Eglises (COE) a été consacrée à l’approfondissement du thème : « Agir selon l’Esprit : appelés à être des disciples transformés ».

Tour à tour la vie dans l’Esprit saint, l’appel à être disciples et le thème de la transformation ont reçu des éclairages stimulants. Prenons-les, les uns après les autres !

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«La spécificité HES réside dans son double ancrage académique et professionnel»

Jean Decorvet, recteur de la HET-PRO ©HET-PRO
Jean Decorvet, recteur de la HET-PRO

Depuis l’automne passé, le cursus de l’école biblique Emmaüs a été complètement revu pour devenir Haute École de théologie HET-PRO. Une fois les premiers titres délivrés sur ce nouveau programme, les responsables prévoient de demander la reconnaissance comme haute école spécialisée (HES) de leur institut de formation.

Les facultés de théologie des universités de Lausanne et Genève ont déjà fait savoir qu’elles ne collaboreraient pas avec ce «nouveau» venu. Recteur de la HET-PRO, Jean Decorvet répond par écrit aux questions de Protestinfo.

Réactions au dossier « Orientations sexuelles » du journal « Réformés »

Le R3 se veut et se vit comme une dynamique de communion et d’encouragement entre croyants de couleur bleue (entre bleu clair et bleu plus foncé, il y a déjà pas mal de nuances !). Le désastreux dossier du magazine Réformés (février 2018) nous oblige à exprimer haut et fort notre désaccord. Avec beaucoup de réticences, parce que cela risque d’alimenter l’idée que le R3 est un mouvement réactionnaire. Mais nous ne pouvons pas garder le silence devant une telle manipulation.

Nous vous proposons donc deux contributions :

* Des lettres à la rédaction parvenues à notre connaissance. Elles ne représentent qu’un petit échantillon des nombreuses réactions envoyées à la rédaction de Réformés mais elles présentent une grande diversité d’approches ;

* Un excellent dossier biblique de Martin Hoegger : « Comment interpréter les Ecritures sur la question de l’homosexualité ? »