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L’urgence d’une communauté confessante

Willy Honegger est pasteur de l’Église réformée du canton de Zurich. Il est membre du réseau « Bible et confession de foi ». Avec son accord, nous publions ici un extrait d’une longue lettre qu’il a adressé à 180 pasteurs de Suisse, également publiée sur le site du réseau. Il y appelle à des communautés confessantes.

Depuis mon enfance et mon adolescence, dans les années 70 et au début des années 80, le renouveau de l’Église était « le » sujet entre protestants. On recherchait ce renouveau dans une liturgie moderne (nouveaux chants, nouvelles formes de culte, langage plus compréhensible, souvent aussi avec des emprunts aux variétés, etc.)

En tant qu’Église, on voulait rencontrer les personnes d’égales à égales. Le pasteur est alors la plus attentionnée de toutes les personnes, on se focalise sur le « thérapeutique » dans la cure d’âme et le conseil et on évite des déclarations théologiques dites « abruptes », etc. On a essayé de positionner l’Église à la pointe de l’actualité. Les mots clés sont « connexion », « pertinence », « adaptation », « orientation vers le groupe cible » ; ils sont devenus des principes qui guident l’action. Inutile de dire que ces principes se sont transformés en dogmes qui dirigent l’herméneutique.

La fin d’une période

Je pense que nous sommes arrivés à la fin de cette période d’un peu plus de 50 ans. Les moyens de « renouveler » l’Église de cette manière sont épuisés. D’innombrables initiatives ont été prises avec des implications personnelles, des expériences authentiques, davantage de participations, des émotions, plus de concrétisations, beaucoup de professionnalisme, plus d’affinités avec le milieu, etc.

De bonnes idées en sont ressorties. Quelques-unes ont amélioré les relations entre les participants. Les services religieux ont été organisés de manière plus originale, les locaux d’église ont été aménagés de manière plus pratique.

Mais, pendant ce temps, qu’est-il arrivé à la substance de la proclamation de la Parole de Dieu ? Qu’en est-il du contenu de notre témoignage à Jésus-Christ ? Pensions-nous qu’une présentation plus moderne en tant qu’institution entraînerait un renouveau spirituel ? Pensions-nous vraiment qu’une meilleure performance regagnerait une génération sécularisée pour Dieu ?

Une crise massive des fondements de la théologie paralyse la prédication qui doit éveiller la foi. Cette crise existe depuis plus de 150 ans – depuis si longtemps que de nombreux théologiens l’ont même intériorisée. Les attentes envers la vie spirituelle ont déjà subi un « downgrading » (un déclassement) et la pauvreté spirituelle n’est que difficilement reconnue comme telle.

L’abandon de la confession de foi

Dans la deuxième moitié du 19ᵉ siècle, la controverse sur le Symbole des Apôtres a ébranlé une grande partie des Églises nationales réformées en Suisse. En conséquence, la confession de foi apostolique a disparu des services religieux. Ce faisant, on n’abandonnait pas seulement un élément liturgique, mais aussi la perspective biblique sur l’histoire du salut. Depuis l’époque de la Réforme du 16e siècle, le Symbole des Apôtres (ainsi que les autres confessions de foi de l’Église ancienne) est une clé herméneutique importante pour la prédication et l’enseignement dans les Églises protestantes. Ce sacrifice a permis d' »acheter » la reconnaissance des Églises nationales. Dès lors, le protestantisme a évité de nommer cette perte de substance, et encore moins de s’en repentir,

Les directions d’Églises de notre pays ressentent ce manque de substance théologique. Dans leur détresse, elles tentent de donner à l’Église une « dogmatique de substitution » non officielle. Selon mes observations, la triade « climat, genre et anti-discrimination » s’y prête actuellement (d’autres courants de pensée postmoderne peuvent être subsumés dans ces trois domaines).

Depuis bientôt 30 ans, je suis engagé en première ligne dans la politique ecclésiale, comme membre du synode de l’Église réformée de Zurich et, depuis bientôt 10 ans, également comme délégué au synode de l’Église évangélique réformée de Suisse.

J’ai remarqué que la plupart du temps, les directions d’Églises ne sont pas des activistes sur les sujets susmentionnés. Elles nourrissent seulement le vague espoir que l’Église puisse encore marquer quelques points au moyen de ceux-ci. Ou alors, elles se sentent menacées par un sécularisme agressif et exigeant. En tout cas, on n’observe pas chez elles des visages rayonnant de joie. Il n’y a pas non plus de chants sur ces thèmes, ni le sentiment exaltant d’un nouveau départ de l’Église.

Ceux qui se savent tenus à une proclamation fondée sur la Bible se sentent de plus en plus à l’étroit. Jusqu’à présent, il était encore possible de se tourner vers les domaines de la diaconie, de l’assistance spirituelle, du conseil ou de la promotion de la pratique de la piété au sein de l’Église, afin d’échapper aux thèmes controversés de l’esprit du temps. Aujourd’hui, cette « dogmatique postmoderne » s’immisce également dans ces derniers biotopes.

Le « post-évangélisme »

Certains ont cherché une solution dans ce qu’on appelle le « post-évangélisme » : il promettait de faire la paix avec les courants de pensée actuels en combinant l’Évangile et la culture. Les thèmes de la « triade » susmentionnée sont alors considérés comme des thèmes secondaires de la foi. Seul le « coeur de la foi » doit être préservé, en ce sens que le Christ reste toujours au centre. Ce qui demeure du centre de la foi après cette cure de jouvence post-moderne reste cependant nébuleux, Quel « Christ » est en effet encore compatible avec celui-ci ?

D’autres restent méfiants face à cette fausse solution lisse du « post-évangélisme ». Ils ne veulent pas simplement désamorcer le message encombrant de l’Écriture Sainte pour échapper à la colère des dieux postmodernes. Mais, comment le prédicateur peut-il tenir bon s’il est tout seul face à cette marée du courant dominant et accapareur ? Nous devons tous redécouvrir la vieille expression « consolatio fratrum » (la parole réconfortante entre frères et sœurs).

C’est donc avec plaisir que j’attire votre attention sur le réseau « Bible et Confession » www.bibelundbekenntnis.ch. Nous décrivons nos objectifs comme suit : « unir – renforcer – encourager ». Certes, notre mentalité helvétique nous incite à suivre notre propre voie de manière aussi individuelle que possible. A cela s’ajoute l’héritage piétiste qui dit : « Travaille fidèlement en petit comité, sois un modèle en silence, cherche partout la paix ».

Il y a là une sagesse spirituelle. Mais, est-ce que tout est dit sur le combat pour la cause de Jésus dans une société post-chrétienne ? Avons-nous déjà vu des militants progressistes dire : « Chacun d’entre nous doit être un exemple dans son lieu et agir en silence » ?

Pour une communauté confessante

Je pense qu’il est urgent que tous ceux qui ont à cœur une Église réformée adhérant à la vérité de l’ensemble des Écritures s’unissent. Bien sûr, toute union est toujours un compromis. Pour nous, théologiens, c’est un défi que de consentir à une communauté qui n’a pas été conçue dans les moindres détails par nos soins.

Réfléchissez donc dans la prière à la question de savoir si ce n’est pas un impératif de l’heure d’entrer dans une « communauté confessante », en tant que paroisse ! Nous nous trouvons dans une profonde détresse spirituelle dans l’Église et la théologie, à cause de la perte de la Bible, donc aussi de la perte du Christ biblique, et finalement de la perte du Dieu vivant tel que l’Écriture Sainte nous le révèle.

Aborder cela de manière directe nous conduit à une situation de combat spirituel. Ainsi des controverses qui auraient dû avoir lieu depuis longtemps éclatent. Pour y faire face, nous devons faire preuve d’un grand courage. Nous devons être prêts à quitter la « zone de confort » de l’Église !

Bien sûr, nous n’avons peut-être pas le temps de le faire, car le travail quotidien dans le ministère réclame beaucoup de nos forces. Mais, l’effondrement rapide de nos Églises nous conduit à fixer les bonnes priorités. Notre génération pourrait être le témoin oculaire de l’évaporation totale de la substance spirituelle dans notre pays !

Willy Honegger

Sur ce même thème, lire l’article de Martin Hoegger : « L’Eglise réformée peut-elle à nouveau être confessante ».

La prochaine réunion du réseau « Bible et confession de foi » aura lieu le samedi 30 septembre 2023, 9h00 – 17h00, au Theologisch Diakonisches Seminar, à Aarau. Inscription nécessaire au préalable sous : www.bibelundbekenntnis.ch/tagung . Le thème de la conférence sera : « Parlez et ne vous taisez pas« .

Les réunions du réseau « Bible et confession de foi » ne s’adressent pas uniquement aux ministres, mais à toutes les personnes engagées les Églises réformées et libres.

Sur le site www.bibelundbekenntnis.ch, vous pouvez vous inscrire à sa lettre de nouvelles, vous pouvez vous inscrire à sa lettre de nouvelles  

Amour, unité et pèlerinage. Trois mots-clés de Karlsruhe

Qu’est-ce que je retiens de la onzième Assemblée générale du Conseil œcuménique des Églises (COE), qui a rassemblé plus de 4000 chrétiens venant de plus de 250 Églises, au palais des congrès de Karlsruhe, du 31 août au 8 septembre ?

Trois mots me viennent à l’esprit : amour, unité, et pèlerinage.


« Un œcuménisme du cœur »

Certainement le thème « l’amour du Christ mène le monde à la réconciliation et à l’unité » est original, quand on le place dans l’histoire de ces assemblées. « L’amour du Christ », si central dans la foi chrétienne n’avait en fait jamais été thématisé dans le COE.  Après les thèmes centrés sur Dieu des trois dernières assemblées – influence de l’ouverture au dialogue interreligieux – il se focalise sur le cœur de la foi : le Christ ressuscité qui nous aime et nous appelle à être artisans de réconciliation et d’unité. [1] Le temps est maintenant venu de « rendre compte de l’espérance qui est en nous » (1 Pierre 3,15) : si nous voulons rencontrer tous sans exclusion, c’est parce que le Christ est mort et ressuscité pour tous

Ce thème a inspiré à Agnès Abouom, (protestante du Kenya), la présidente du COE, l’expression « œcuménisme du cœur », qui était le fil rouge de cette assemblée. L’évêque Mary Ann Swenson, de l’Eglise méthodiste des USA, vice-présidente du COE, lui fait écho : « J’espère que cette assemblée nous permettra d’être plus parfaits dans l’amour. Que les gens puissent dire comme des premiers chrétiens « regardez comme ils s’aiment » ! » Le COE a voulu affirmer que la recherche de l’unité chrétienne s’enracine dans l’amour du Christ, à recevoir et à vivre entre nous. Il me semble que cela a été un peu vécu durant cette semaine bénie avec des frères et sœurs venus de toutes les Églises et des cinq continents !

L’amour est au centre du beau message final adopté par l’assemblée, dont voici les dernières lignes : « Son amour qui est ouvert à tout le monde, y compris celles et ceux qui font partie des « derniers », des « plus petits » et des « égarés » (en anglais : « the last, the least, and the lost ») … peut nous mener vers un pèlerinage de justice, de réconciliation et d’unité et nous donner des moyens d’agir à travers lui ».

Une unité à consolider et à élargir

Unité » est le deuxième mot que je voudrais évoquer. Unité d’abord avec Dieu ! L’union avec Dieu est en effet la source de l’unité entre nous. Toute l’assemblée était ancrée dans les études bibliques quotidiennes, les prières du matin et du soir où les participants ont prié à la fois ensemble et selon les différentes traditions liturgiques occidentales et orientales. Le coeur de la foi doit être le coeur de l’œcuménisme. Dans ce sens, l’archevêque anglican Justin Welby appelle à « être fort en ce qui concerne le coeur de notre foi, mais détendu en ce qui concerne ses limites ».

Au centre de « l’oasis de paix », la tente des célébrations au nom évocateur, se dressait une icône de la rencontre entre Jésus et la femme Samaritaine, symbole du désir du Christ de rencontrer chaque personne, de la transformer et de la mettre en route.

Les relations sont essentielles pour approfondir la communauté́ fraternelle des Églises membres du COE. L’orthodoxe roumain Ioan Sauca, son secrétaire général en est convaincu. Il souligne en particulier l’importance du Forum chrétien mondial, une plateforme entre le COE, l’Église catholique, l’Alliance évangélique mondiale et les Églises pentecôtistes, permettant d’élargir l’expérience de l’unité chrétienne. Il encourage le COE à continuer à lui apporter son soutien.

Un pèlerinage à travers les vallées obscures

Le thème du « pèlerinage » a été pris comme un paradigme du travail du COE, à la suite de sa 10e Assemblée à Busan (Corée) en 2013. Dès lors, le « Pèlerinage de justice et de paix » a visité de nombreux lieux de souffrances et d’injustices. L’image du pèlerinage renvoie à notre identité. Les premiers chrétiens étaient en effet appelés « les gens du chemin » (Actes 9,2).

Avant l’assemblée, des délégations du COE ont visité certaines plaies sanguinolentes dans le monde d’aujourd’hui, notamment l’Ukraine et le Moyen-Orient. Le pèlerinage de justice et de paix a traversé les « vallées obscures » de l’humanité où le Christ nous attend et nous appelle à vivre son amour, comme les questions climatiques, les injustices économiques, la violence exercée contre les femmes, la marginalisation des personnes vivant avec un handicap, les dégâts de la colonisation et l’exclusion des populations autochtones, et bien d’autres encore.

Avec plusieurs « mea culpa », un sentiment d’humilité a imprégné la vie de prière de l’assemblée. Les chrétiens venus des pays en guerre, ceux qui souffrent de la famine, de l’injustice, des catastrophes climatiques ont pu exprimer leur souffrance et leurs appels ont été entendus !

Les questions doctrinales et morales doivent aussi être discutées dans cet esprit du pèlerinage. Les pèlerins ont le temps : leur temporalité n’est pas celle de la société où il faut donner des réponses immédiates. Par exemple sur le thème de la sexualité, un document invite à une « Conversation sur le chemin de pèlerinage : cheminer ensemble sur les questions de sexualité humaine ».

William Wilson, président de la Pentecostal World Fellowship qui rassemble quelques 650 millions de chrétiens (davantage que les Églises membres du COE) pense que l’unité doit d’abord se vivre dans nos relations les uns avec les autres, puis dans notre mission de témoigner de la réconciliation en Christ. Il appelle à un pèlerinage de réconciliation vers l’année 2033. « En cette année-là nous célébrerons les 2000 ans de la Résurrection du Christ. Pourrons-nous partager ensemble l’amour du Christ ? Faisons des dix prochaines années une décennie de la réconciliation » ! Comme je collaborais aussi au stand tenu par l’initiative JC2033, qui invite à une préparation œcuménique de l’année 2033, nous avons eu un afflux de visiteurs après l’allocution de W. Wilson !

C’est ainsi que le pape François conçoit notamment l’œcuménisme. A chaque assemblée, le « Groupe mixte de travail » entre l’Église catholique romaine et le COE publie son rapport. Il est toujours attendu avec intérêt par les « œcuménistes ». Or cette année, il s’intitule justement : « Marcher, prier et travailler ensemble : Un pèlerinage œcuménique ». Ce titre reprend la méditation donnée par le pape François lors de sa visite au COE, à Genève en juin 2018.

Ce dernier l’a souvent affirmé : « L’œcuménisme se fait en chemin… L’unité ne viendra pas comme un miracle à la fin : l’unité vient dans le cheminement, c’est l’Esprit Saint qui la fait dans le cheminement ». Qu’il inspire à nos Églises les prochains pas de ce pèlerinage !

Les documents de l’Assemblée se trouvent sur https://www.oikoumene.org/fr

Martin Hoegger – www.hoegger.org

[1] Les thèmes des assemblées précédentes étaient :  Harare 1998 : « Tournons-nous vers Dieu, dans la joie de l’espérance ». Porto Alegre 2006 : « Dieu, dans ta grâce, transforme le monde ». Busan – Corée 2013 : « Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix. »

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Un œcuménisme du cœur

Une unité à consolider et à élargir

Un pèlerinage à travers les vallées obscures

JC2033 à l’Assemblée mondiale du Conseil œcuménique. Quelques expériences et leçons.

À propos du choix sur la bénédiction nuptiale par le synode de l’EERV

Par Antoine Schluchter.

Après les analyses et réactions concernant la décision d’une cérémonie de bénédiction nuptiale, sans vouloir les répéter, le soussigné a adressé aux collègues de sa Région (Joux-Orbe) la réflexion ci-dessous:

En Suisse, le mariage pour tous est désormais applicable par les autorités civiles et l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) l’accompagne d’une offre de bénédiction nuptiale ainsi qu’en a décidé son synode.

Ce choix a sa pertinence comme élargissement de la bénédiction des couples partenariés, il prône la valeur évangélique de l’ouverture à tous et permet à l’Eglise d’être en phase avec l’évolution sociétale.

Cela induit cependant un changement d’orientation notoire qui privilégie une expression uniformisante plutôt que d’offrir une pluralité d’expressions faisant place aux différents types d’unions et d’opinions.

Les fidèles attachés à la définition classique du mariage sont désormais marginalisés et le socle de dialogue œcuménique fortement réduit par rapport aux Eglises du pays qui n’ont pas fait ce choix.

Le refus d’une consultation large qui aurait donné une légitimité forte au choix opéré par le synode affaiblit la représentativité de ce dernier par rapport au peuple de l’Eglise et questionne la réalité du système presbytérien-synodal sous sa forme actuelle.

Qu’en est-il de la plurivocité théologique lorsqu’une nouvelle orientation en évince une précédente plutôt que de s’y ajouter ?

Qu’est devenu le trésor du royaume dont le scribe avisé tire des choses anciennes et des choses nouvelles ?

Que va-t-il advenir de celles et ceux d’entre nous n’ayant ni la liberté ni la conviction de prendre en charge ce nouveau type de bénédiction ? La clause de conscience sera-t-elle maintenue ? Marginalisation de la minorité ou choix des forts de supporter les faibles ?

Ces questions sont délicates car elles impliquent des individus dans leur quête et leur désir de servir Dieu et leur prochain.

Allons-nous faire jouer notre diversité de manière constructive dans le respect mutuel, source de tout vivre ensemble authentique ? – Je l’appelle de mes vœux.

Antoine Schluchter

« Le Seigneur conclut une alliance avec Abram» (Gn 15,18). Juifs et chrétiens, héritiers d’une même alliance.

Nous publions le message prononcé par le pasteur Vincent Schmid à l’occasion de la célébration « Dies Judaïcus » (Le jour du Judaïsme), le 13 mars 2022 en l’Église Saint-Antoine de Padoue, Genève

Jusqu’à ce point dans le récit biblique il était question de l’alliance générale que Dieu contracte avec tous les êtres vivants à la suite du déluge, que l’on appelle l’alliance noachique.

Maintenant est mentionnée pour la première fois dans le texte l’alliance spécifique passée avec Abram. Comme vous le savez, dans la Bible une première mention est importante parce qu’elle livre le berceau de sens.

L’alliance dont il s’agit ici a un contenu: la promesse d’un peuple nombreux et la promesse d’une terre pour ce peuple.

Il s’agit d’une initiative de la part de Dieu dans laquelle il engage sa Parole.

Dieu conclut un pacte dont il se porte garant.

Je veux en souligner la dimension juridique. Parce que l’alliance est fondée en Dieu et sa Parole, elle offre une sécurité de droit absolue. La sûreté et la solidité de l’alliance sont sans commune mesure avec ce dont l’homme est capable et ce dernier ne peut en aucune manière la défaire. L’alliance est immuable comme la Parole de Dieu elle-même.

Certes elle sera par la suite rappelée à diverses reprises et complétée au Sinaï par le don de la Loi : un peuple, une terre, une loi…

Mais en aucun cas elle n’est susceptible d’être remise en cause ou remplacée, pour la raison que Dieu ne revient jamais sur sa Parole.[1]

Ces considérations basiques sont de grande conséquence pour les chrétiens que nous sommes, quelle que soit par ailleurs la communion à laquelle nous nous rattachons.  J’en vois trois principales.

Contrairement à une errance théologique que l’on espère définitivement dépassée, il n’y a pas de substitution possible d’une alliance par une autre dans le projet de Dieu. Il est inconcevable qu’un peuple, celui d’Abram, soit remplacé par un autre peuple, celui de Jésus-Christ. Cela est impossible parce que Dieu ne se dédit jamais (ses promesses sont sans repentance écrit l’apôtre) et qu’il ne peut se mettre à maudire un beau matin ce qu’il bénissait la veille. Car alors il ne s’agirait plus du même Dieu.

Donc il appartient aux chrétiens de clarifier leur propre rapport à l’alliance (par exemple qu’appellent-ils « nouvelle alliance », question ouverte ?) et par extension au judaïsme. St Paul encore donne la direction : ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte…

Ensuite s’impose à nous une autre logique de lecture et d’interprétation. Puisque les chrétiens ont tenu à arrimer leurs propres textes à la Bible juive, qu’ils apprennent à lire !

Sachons envisager les Évangiles à partir de la Bible et de la tradition juives et pas l’inverse. C’est la racine qui porte le rameau et pas le contraire. Un peu d’humilité ne nuit pas et surtout ouvre sur de nouveaux champs de compréhension et de nouveaux positionnements.

Enfin le retour des chrétiens à la source juive qui est à l’origine de leur propre élaboration spirituelle est sans doute une condition essentielle de l’avancement de leur dialogue œcuménique interne. Sans cet éclairage décisif, nous risquons fort de tourner en rond.

Prendre conscience de notre relation commune à l’alliance est certainement la clé d’une meilleure compréhension entre nous.

Puisse l’Esprit Saint nous en donner le désir et l’énergie

Amen


[1] Ce point a beaucoup retenu l’attention de Jean Calvin. Dans l’Institution Chrétienne, il affirme que « l’alliance faite avec les Pères anciens en sa substance et vérité est si semblable à la nôtre qu’on peut la dire une même avec icelle ». Il ajoute que « le peuple d’Israël est pareil et égal à nous en la grâce de l’alliance » (II, 10).

Concernant la différence entre les deux Testaments, il écrit « je reçois volontiers toutes les différences que nous trouvons couchées en l’Écriture, mais à telle condition qu’elles ne dérogent rien à l’unité que nous avons déjà mise, comme il sera aisé de voir quand nous les auront traitées par ordre » (II, 11).

Sur la relation entre Jean Calvin et les juifs, lire ci-dessous l’étude de Vincent Schmid.

Mariage pour tous : débat pluraliste ou pensée unique ?

Par Martin Hoegger

A la suite de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), la plupart des Églises réformées de Suisse romande, se sont engagées dans le débat sur le mariage pour tous. Cet engagement, le plus souvent unilatéral, provoque en moi trois questions après avoir consulté les sites internet de ces Églises.

Sur la page d’accueil de l’EERS, on lit en effet cette annonce : « L’EERS confirme son oui en faveur du mariage pour tous », et à droite une invitation à une soirée de réflexion avec ces deux questions : « L’amour pourrait-il être un péché ? Qui sont celles et ceux qui souhaitent le mariage pour tou·te·x·s (sic), et pour quelles raisons ? »

On trouve sur la page internet de l’Église protestante de Genève cette autre affirmation : « Mariage civil pour toutes et tous : L’Église protestante de Genève réaffirme la pleine intégration des couples de même sexe en son sein ».

La page de l’Église évangélique réformée du Canton de Vaud (EERV) n’est pas en reste. Avec son logo aux couleurs arc-en-ciel, elle affirme: « L’Église réformée vaudoise s’engage dans une campagne d’information sur le mariage pour toutes et tous ».

Elle rappelle également « son devoir d’unité en organisant le débat, sa capacité institutionnelle à susciter et à accepter le débat, l’ouverture d’esprit nécessaire à l’expression des différentes sensibilités et appréciations, la richesse d’expressions cohabitant dans l’EERV ».

Toutefois dans sa communication et durant les neuf soirées organisées par le groupe « Église inclusive » une seule position sera déclinée. Ceux qui pensent autrement n’ont pas été invités à débattre parmi les préopinants, alors qu’ils l’avaient demandé.

L’Église réformée évangélique du canton de Neuchâtel ne s’est pas engagée, mais a placé sur la page d’accueil de son site un article sur une « 🌈 Célébration œcuménique en faveur du mariage pour tou·tes ». Est-ce une prise de position implicite ?    L’Église évangélique réformée du canton de Fribourg mentionne aussi cette célébration en annonçant que le synode empoignera le thème de l’élargissement du mariage le 11 septembre prochain. Les liens internet auxquels elle renvoie sont tous en faveur du mariage pour tous.

Comme l’EERV, l’EERS organise des tables rondes sur ce thème. La première a eu lieu au « Lab », à Genève, le 2 septembre dernier. Le pasteur Pierre-Philippe Blaser, membre du conseil de l’EERS a affirmé à cette occasion le désir de son conseil « d’ouvrir le dialogue le plus largement possible » (Minute 7.10 de la vidéo). Mais on n’a entendu qu’un seul son de cloche dans les diverses interventions durant cette rencontre : un oui retentissant au mariage civil pour « tou·te·x·s » !

Seule l’Église réformée évangélique du Valais reste en retrait : aucune allusion au débat en cours sur son site ! Est-elle la mauvaise élève de l’EERS ou exerce-t-elle simplement la vertu de prudence dans un débat clivant ?

L’Église réformée Berne-Jura-Soleure, quant à elle, tout en présumant un oui dans les urnes du 26 septembre et en prévoyant déjà un synode de réflexion sur la question du « mariage religieux pour tous » en octobre 2021, suivi d’un synode décisionnel une année plus tard, ne s’engage pas au sujet de la votation. Elle reconnaît qu’il « existe au sein de notre Église différentes opinions sur la question…et que dialoguer sur ces différentes positions correspond à la tradition réformée ».

On verra de quelle manière cette diversité s’exprimera : la preuve sera donnée par l’acte ! Mais en regard de l’absence de débat équitable à Genève et à Lausanne, du silence (complice ?) de Neuchâtel et de Fribourg, trois questions légitimes surgissent. Je les ai formulées avec un groupe qui s’est réuni récemment.

Comment les conseils d’Églises conçoivent-ils le débat pluraliste ?

En ne présentant qu’une seule position, celle en faveur du mariage pour tous, la communication actuelle de plusieurs Églises est unilatérale. D’autres arguments que ceux affirmés sur les sites internet (ou dans le magazine « Réformés ») n’ont pas eu de place, et à ce stade, cette communication donne l’impression d’une « pensée unique ».

Comment parler alors de « richesse d’expressions cohabitant dans l’Église », si une partie de celle-ci n’est pas représentée et entendue ? Pourquoi le respect du pluralisme dans l’Église – revendiqué à tel point qu’il est presque devenu une « cinquième note » de l’Église – n’est-il pas pratiqué dans le cas présent ?

Cette communication est à mon sens contraire à l’esprit du « discernement par consensus », auquel la Communion mondiale des Églises réformées invite ses Églises membres. Dans cette démarche, le « Hearing » (l’écoute des divers points de vue) est essentiel, mais en l’occurrence d’autres positions n’ont pas été invitées à se faire entendre.  

Notre ecclésiologie « presbytéro-synodale » : qu’est-elle devenue ?

Cette ecclésiologie se caractérise par un va et vient entre la base et le synode. Est-il légitime de relayer la décision du Synode de l’EERS de soutenir le mariage pour tous, et partant, sa célébration ecclésiale, sans consultation de la base de nos Églises ?

Une commission de l’EERV s’était penchée sur cette question en 2006. 90% des réformés d’alors n’étaient pas favorables à la bénédiction d’un mariage de personnes de même sexe, à la suite d’une consultation des paroisses de l’EERV.

J’ai peine à croire que les mentalités dans l’Église réformée aient évolué à ce point que seule une petite minorité y serait aujourd’hui opposée. Par ailleurs, où est-il écrit que l’évolution sociale serait un critère déterminant pour l’Église ?

Pourquoi l’Église réformée devrait-elle prendre position pour ou contre l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe ?

Les conseils d’Église ne devraient-ils pas plutôt reconnaître qu’il y a des positions divergentes dans leur Église ? Un conseil devrait exercer son « devoir d’unité » en communiquant qu’il est conscient qu’il y a dans l’Église des convictions et des sensibilités différentes sur ce sujet, ce qui conduit à des réponses différenciées en son sein.

Un conseil doit aussi faire œuvre de paix en ne donnant aucune consigne de vote et en encourageant un débat équitable et si possible serein à ce sujet. Le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) avait déjà appelé à cela le Conseil synodal de l’EERV.

De plus, le silence d’un conseil sur cette question pourrait être interprété comme une prise de position implicite en faveur du mariage pour tous, surtout lorsque le magazine « Réformés » ou d’autres moyens d’information ecclésiaux proposent un traitement unilatéral de ce thème.

J’espère qu’à l’avenir les conseils favorisent un débat équitable en reconnaissant qu’il y a une réelle diversité d’opinions au sein des Églises réformées sur cette question…et sur bien d’autres !

A défaut de cela, la perspective « inclusive » devient excluante pour une large partie de l’Église.

martin.hoegger@gmail.com

Note : cet article a aussi été publié sur mon blog du site Réformés

martin.hoegger@gmail.com

Mariage pour tous : pour un débat équitable dans l’EERV !

Nous sommes surpris concernant le choix du Conseil synodal de soutenir publiquement et unilatéralement le « Mariage pour tous » sur le site de l’Église évangélique réformée du Canton de Vaud (EERV).

Nous sommes surpris parce que nous espérions que le nouveau Conseil synodal chercherait à mieux respecter les divers courants théologiques au sein de notre Église. Or nous constatons qu’une seule position est présentée dans les vidéos qui sont diffusées en première page du site de l’EERV, contrairement à ce qui est annoncé :

« Depuis octobre 2020 le Groupe Église Inclusive a un mandat du Conseil Synodal pour diffuser une information impartiale et objective sur le Mariage pour Toutes et Tous. »

Cet engagement militant en faveur du Mariage pour tous nous semble manquer de respect pour la large diversité présente dans notre Église. Cette prise de position choque non seulement le courant évangélique, mais d’autres courants présents dans le Rassemblement pour un Renouveau Réformé (R3).

Nous estimons en effet qu’une grande partie des paroissiens actifs dans notre Église est mal à l’aise avec ce positionnement. Un sentiment diffus les incite à refuser, mais ils n’arrivent pas à le formuler, car ils sont muselés par le « politiquement correct ».

Pour mémoire, nous rappelons le résultat de la consultation des paroisses de l’EERV au sujet de l’homosexualité. Le rapport du CS de l’époque constate : « Un consensus très large (quasi-unanimité) se dessine quant au refus de cérémonies de mariage pour des couples homosexuels. Le langage exprimant le refus est particulièrement vif et tranché. Il n’est pas rare de voir des précisions disant que ce refus vaut pour toute cérémonie quelle qu’elle soit » (Rapport du Conseil synodal sur l’homosexualité, 26 novembre 2007, p.8).

Pour mémoire encore, nous rappelons la décision du Synode du 22 juin 2013, qui a modifié ainsi l’article 274 du Règlement ecclésiastique :

« La bénédiction de mariage est l’invocation de la bénédiction divine sur un homme et une femme mariés à l’état civil ».

Pour mémoire toujours, nous rappelons trois textes qui ont reçu un large soutien :

D’abord, la « Déclaration de Cugy » signée par plus de 3’000 membres de notre Église au lendemain de la décision du synode de novembre 2012 qui avait décidé d’autoriser la bénédiction des couples de même sexe.

Puis la « lettre ouverte » destinée à l’Assemblée des délégués de la Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS) de novembre 2019. Cette lettre a recueilli en deux semaines plus de 6000 signatures de paroissiens réformés.

Enfin la « Déclaration sur le mariage pour tous dans l’Église » qui rappelle l’autorité des Écritures. Elle a été signée par plus de 200 pasteurs et théologiens des diverses Églises réformées de Suisse, suite aux prises de position de la FEPS. Le R3 y a aussi contribué.

Pour un authentique respect de la diversité – exigence fondamentale d’une approche inclusive – nous demandons au Conseil synodal donc d’adopter un positionnement plus nuancé, qui tienne compte de la réalité du terrain.

D’autre part, puisqu’il affirme son « devoir d’unité en organisant le débat », nous demandons instamment d’inclure, de manière équitable, des personnes qui sont d’un autre avis que le groupe « Église inclusive », dans la tournée cantonale d’information qu’il prévoit en septembre.

Cela nous semblerait plus cohérent…

… avec le passé récent de l’EERV et tous les débats qui ont agité notre Église entre 2008 et 2013,

…  avec la pratique de notre Église de respecter la pluralité des interprétations,

… avec les axes stratégiques que le CS a choisis, en particulier l’accent sur l’enfance et les familles.

Nous n’ignorons pas que la nouvelle loi sur le mariage (pour tous !) cherche à corriger une inégalité entre couples hétéro- et homosexuels mais qu’elle en crée deux nouvelles : entre les couples de femmes et les couples d’hommes (ces derniers n’ayant pas accès à la procréation assistée). Puis, surtout, entre les enfants qui auront une maman et un papa et ceux qui ne pourront pas bénéficier de cette altérité voulue dès l’origine par notre Créateur.

A ce sujet nous partageons l’avis de Suzette Sandoz, ancienne conseillère nationale et membre du synode qu’« en donnant l’impression que le seul problème à résoudre est l’égalité entre les goûts sexuels justifiant le mariage pour tous sans y lier immédiatement – comme l’a fait le législateur – la question du droit à l’enfant pour tous, l’Église trompe son monde. Elle fuit la clarté, elle entretient la confusion, cette confusion qui a, autrefois, contribué à « faire de la Maison de Dieu une caverne de voleurs ». (Réformés, 14 juin 2021).

Rassemblement pour un Renouveau réformé

Martin Hoegger Président de l’assembléeGérard Pella Président du comité

« Mariage pour tous » : Nous avons des choses à dire ensemble !

Nous avons donné la parole à Pierre-Alain Blanc qui réagit à l’article « L’EERV lance la campagne sur le mariage pour tous ». Son texte a pour but d’ouvrir le débat en se confrontant avec la culture, ainsi qu’avec la société et la théologie. P.A. Blanc, de confession catholique, est enseignant dans le canton de Neuchâtel. Il a particulièrement à cœur les implications pédagogiques du débat.

Dans le débat pour le mariage pour tous, on aimerait familiariser le public avec deux arguments implacables, partant du principe que NOUS, bons citoyens, bonnes citoyennes sommes forcément « pour l’Égalité » et « contre la discrimination… », et, que cela suffirait à nous donner bonne conscience et à voter, OUI – comme la majorité bien-pensante – à la votation concernant le mariage civil pour tous.

Les réflexions suivantes ont pour but d’élargir le sujet et constater que les répercussions touchent différents domaines de la science, de la culture et de la société contemporaine.

Approche linguistique

Sur le plan linguistique, le néologisme « Église inclusive » utilisé dans le texte mériterait une précision. Comment expliquer un tel concept à un individu lambda ? L’utilisation d’une langue quelconque s’inscrit dans un « savoir-commun », généré par un groupe de locuteurs ou à une communauté langagière. À entendre les réactions que suscitent la prise de position de L’EERV, on a l’impression, vu de l’extérieur, qu’il s’agit d’un groupe peu homogène.

Définir le mariage de façon précise et claire – ne signifie pas implicitement que les protagonistes d’un mariage « traditionnel » veulent discriminer ou exclure, comme veut le suggérer l’article. Ce point de vue est réducteur. De quel mariage parle-t-on ? Il s’agit, toujours au plan du langage, de trouver une formulation adaptée, de procéder à une distinction sémantique, de se mettre d’accord sur le sens des mots afin de décider, en connaissance de cause.

Approche éducationnelle

Bien que cela ne soit pas le propos de l’article, je pense que l’aspect éducationnel ne doit pas être oublié dans ce débat. Le regard, comme insiste le pape François dans « Amoris Laetitia », doit englober aussi « ce qui fait le cœur de la spiritualité chrétienne : la famille ». Au sein de nos Églises et communautés, un soin particulier est porté à la transmission de valeurs chrétiennes aux jeunes. Par exemple, lors de préparation aux sacrements ou de l’éveil à la foi. L’aspect spirituel, éducatif et social contribue à cette démarche.

Le choix de l’approche pédagogique, surtout en lien avec des thèmes liés à l’affectivité ou à la sexualité, n’est pas anodin. Ce souci d’adopter la bonne mesure fait écho à la « mainmise », aujourd’hui, de la théorie du « gender » dans ce contexte, et, bien sûr en lien avec le rôle que joue ici la famille. De l’adhésion ou non à l’ « idéologie du gender » va dépendre notre position sur le sujet proposé en votation. Beaucoup de Chrétiens n’adhèrent pas à cette vision, sans montrer pour autant une attitude discriminatoire envers la communauté LGBTQ+ que l’EERV a choisi de défendre.

Mais, pour ne pas rester seulement au plan de la critique, il faudrait définir ou envisager quelques aspects qui ne doivent pas manquer dans une approche chrétienne :

  • Au Val-de-Travers, j’étais fasciné, lorsque le pasteur de l’Église réformée évangélique de Neuchâtel – dans le cadre du cours de religion que nous animions ensemble – parlait aux jeunes sur le thème de la création. Les termes choisis, tirés des deux textes bibliques sur la création, renvoient à des principes d’harmonie, de mesure ainsi qu’à des notions de distinction et de complémentarité etc. Je n’avais jamais perçu aussi clairement auparavant cette trame si ordonnée, naturelle, harmonieuse et « très bonne ».
  • Récemment, j’ai pris l’initiative de réagir à la position du comité du parti Vert libéral neuchâtelois sur la question du mariage. Liée à cette notion naturelle et harmonieuse de la création dont il est question plus haut, je leur ai demandé, si le mariage, tel que défini entre un homme et une femme, ne s’apparente pas, d’une certaine manière, à l’optique d’un parti fondé sur des principes naturels, écologiques. La réponse d’un membre du comité ne s’est pas fait attendre. Elle fut claire et définitive. Pour lui, toutes celles et tous ceux qui touchent à la « sacrosainte » égalité n’ont pas droit au chapitre. Ma position posait donc une limite inacceptable aux yeux de mon interlocuteur.
  • Formé à la pédagogie « TeenSTAR » qui a pour but de transmettre le sens d’une sexualité globale et responsable à des jeunes, je me pose la question cruciale suivante : comment transmettre aux générations futures une éthique sexuelle responsable, suscitant l’émerveillement pour la création et au centre de laquelle la question du mariage, du bonheur prendrait sens. Les chrétiens, femmes et hommes, doivent s’engager sur ce terrain si important. Une alliance avec le politique est incontournable si on veut avoir une incidence réelle, par rapport simplement au contenu de l’enseignement prodigué.

Bien que tourné vers l’apprentissage des langues et l’éducation, je conclus mon questionnement par des considérations plus en lien avec le domaine de la théologie et de l’Église, auquel se réfère l’article.

Aspects théologiques et œcuméniques : quelques questions…

  • Le terme de « débat démocratique », auquel fait allusion M. Coduri dans le texte, me surprend. Il parle même d’« une seule théologie ». J’ai toujours supposé que les Chrétiens se référaient à un patrimoine commun… 
  • Chrétiens, ne sommes-nous pas garants de cette vision naturelle, ordonnée, harmonieuse décrite dans les deux textes de la Création ? Et, pour rester concret, comment cela devrait-il se traduire dans la pratique ?
  • Dans une optique œcuménique, je constate que l’article parle de « Notre Église qui se bat contre toute forme de discrimination… ». Je me sens interpellé : l’Église catholique ne partage donc pas ce but ?
  • Que reste-t-il de cette « désobéissance chrétienne et civile », de ces positions courageuses, à contre-courant, « anti-mainstream », pas mondaines du tout, auxquelles des icônes de nos Églises nous ont habitués tout au long de l’histoire ?
  • Quelle attitude doivent adopter les Églises et leurs conseils envers leurs membres lors de votations sur des sujets sociétaux si sensibles ? Comment parvenir à un discernement ? Cette perspective d’opinion unique, n’est-elle pas contradictoire à la liberté de conscience ? Cela ne constitue-t-il pas également une source programmée de conflits qu’il serait préférable d’éviter ? Ne dérapons-nous pas dans le domaine politique lorsque nous attribuons à une Églises le droit de donner un préavis sur un tel sujet ?  
  • Je trouve étonnant et courageux que des groupes catholiques ainsi que différentes sections du Parti évangélique – pas forcément sur la même longueur d’onde sur d’autres sujets – unissent leurs forces, à travers le pays, pour défendre leur vision commune du mariage. Quel impact auraient les chrétiens en faisant émerger une ligne commune, en déterminant un dénominateur commun ?

Nous avons des choses à dire ensemble !

Pierre-Alain Blanc

Note : Les cours sur le thème de l’affectivité dispensés à des adolescent sont essentiellement donnés par des femmes. « TeenSTAR » forme aussi des hommes pour animer les cours. Ces derniers, pourront mieux s’adresser à des garçons, ce qui favorise le lien pédagogique et prend en considération les différences d’approche, selon l’âge et selon le sexe.                                                                                                         


Temps de Coronavirus – temps de retour à Dieu ?

A quoi Dieu nous appelle-t-il dans cette crise sans précédent du Coronavirus ? Pour répondre à cette question, une quarantaine de personnes de divers Églises et mouvements protestants de Suisse romande, convoquées par le Rassemblement pour un Renouveau réformé (R3), se sont réunies pour un temps de vidéoconférence, le soir du 9 décembre 2020.

La réponse était impressionnante par son unanimité : ce temps est avant tout un appel à un retour à Dieu ou à la repentance. Mais qu’est-ce que la repentance ? Comment la vivre ? De quoi faut-il se repentir ? Et comment transmettre cet appel ? 

Une repentance pas seulement écologique

Les médias ont parlé de ce médecin italien qui a retrouvé un chemin vers Dieu alors qu’il était confronté aux ravages de la pandémie. C’est un des symboles de cette période.

En hébreu la racine du mot repentance (Shouv) indique le retour vers Dieu, dit Gérard Pella, président du R3. C’est la même racine pour le mot printemps, le retour de la vie. En grec la metanoia est un changement dans la façon de penser, dans nos attitudes et nos priorités et pas seulement dans notre faire.

Aujourd’hui on insiste sur la nécessité de changer notre rapport à la nature. Mais nous ne pouvons pas nous contenter d’une repentance écologique. La repentance est un retour non seulement vers la création mais avant tout vers le Créateur. « Arrêtez et reconnaissez que je suis Dieu » (Psaume 46,10)

De quoi se repentir ?  Dans les chapitres 9 des livres d’Esdras, de Néhémie et de Daniel se repentir signifie demander pardon à Dieu non seulement pour ses propres péchés mais aussi pour ceux du peuple : « Nous n’avons pas écouté tes paroles, nous n’avons pas suivi tes enseignements que tu nous donnais par tes serviteurs les prophètes » (Dan 9,10 ; Esd. 9,10 ; Neh 9,30).

« Si mon peuple s’humilie… »

Guy Chautems parle au nom du groupe « Prière et discernement » pour qui la prière de Salomon est centrale : « Si mon peuple sur qui est invoqué mon nom s’humilie, prie, et cherche ma face, et s’il se détourne de ses mauvaises voies, – je l’exaucerai des cieux, je lui pardonnerai son péché, et je guérirai son pays » (2 Chroniques 7,14.)

Cette prière a été à la base d’un beau chant de Jeunesse en Mission faisant partie d’un spectacle qui a eu un grand impact dans les années 1980, en particulier en Allemagne.

De quoi faut-il se repentir ? Nous avons besoin que Dieu nous le dise. Les médias nous guettent ; il faut avancer avec prudence.  

Paul Schorer informe que le mouvement « Prière pour la Suisse » s’est aussi basé sur 2 Chroniques 7,14 pour lancer un appel à la repentance suite à des lois contraires aux ordonnances divines décidées en Suisse.

Pascal Veillon rappelle que le premier des quatre sujets de prière de l’Union de prière concerne le réveil de l’Église par la conversion. Cela rejoint la démarche actuelle d’appel à la repentance.

Se centrer sur Jésus-Christ

Pour Hetty Overeem, animatrice d’Evangile en Chemin, la repentance signifie avant tout revenir à Jésus, se centrer sur lui. Le texte qui lui a le plus parlé est la parabole du marchand qui vend tout pour acheter une perle précieuse (Matthieu 13,45-46). « Cette perle est le Christ mort et ressuscité, qui veut habiter en nous, prendre la toute première place, être lui-même notre vie nouvelle, et ainsi nous transformer. Il faut revenir à lui, non pas pour ce qu’il va donner ou faire, mais pour qui il est. Aller vers Jésus pour Jésus ! » dit-elle.

Pour elle, ce qui provoque la repentance n’est pas la crise de la pandémie, mais l’Esprit saint. Le besoin de repentance sera plus fondamental et durable que la crise causée par le Covid-19 : « La repentance continuera à être nécessaire après la production de vaccins. Il y a une vraie urgence dans le cœur de Dieu, car il est grave que nous nous soyons autant éloignés de nous, en réduisant sa réalité. Surtout par nos tentatives de l’adapter à nos critères et nos soi-disant besoins ».

Pierre Bader pense que l’appel à la repentance est un mouvement mondial. Mais de quelle repentance s’agit-il ? Il s’agit de revenir à Jésus. C’est le message urgent pour aujourd’hui; message qu’il faut bien écouter en prenant du temps. Il faut relire les chapitres 16-17 de l’Évangile de Jean qui disent ce que signifie être dans la présence de Jésus.

La repentance, ce n’est pas s’apitoyer sur soi mais dire à Jésus : « tu es le centre de ma vie ». Elle commence dans notre cœur et conduit à un réveil spirituel. « Ou bien la faim de Dieu est le soleil autour duquel j’organise tout ; ou bien Dieu est un objet entre autres qui tourne dans le ciel très encombré de ma vie » (André Sève).

Santé et prospérité, ou sainteté et shabbat ?

L’auteur de cet article a témoigné qu’une clarté s’est faite dans son esprit après la lecture du livre d’Ézéchiel. « Plus je le lisais, plus j’entendais cette parole : revenez à moi » !

Dans ce livre, revenir à Dieu ne signifie pas seulement le chercher comme sauveur, mais le reconnaître dans sa souveraineté et sa sainteté.

Jean-Pierre Besse voit dans cette première pandémie mondiale « un traitement de choc ». A travers elle, Dieu nous appelle à retourner à son amour.  Se repentir c’est se recentrer radicalement sur l’unique Médiateur Jésus plus que sur des valeurs idéales qui peuvent devenir des idole: « Nous repentir reviendra à décider à quel Royaume nous voulons appartenir : celui d’un messianisme sans rédempteur crucifié et donc sans résurrection réelle, centré sur l’homme idolâtré, ou au contraire sur le Royaume du Père et sur le retour en gloire de l’Agneau de Dieu, seul pourvoyeur d’Esprit Saint. « 

Shafique Keshavjee entend aujourd’hui deux mots dans la société : santé et prospérité. Or dans un rêve, il a entendu ces deux autres mots, encore plus fondamentaux : sainteté et shabbat. Parce que nous n’avons pas voulu nous arrêter et reconnaître le Dieu saint, la pandémie nous y oblige actuellement. II vient de terminer un livre à ce sujet.

Dix jours d’écoute

« Face à l’ampleur de cette pandémie, un retour à Dieu s’impose, écrit G. Pella. Il saura nous montrer, lui, dans quels domaines de nos vies – personnelles, communautaires ou sociales – il est urgent de vivre un changement d’état d’esprit, de priorités et de comportement ».

La rencontre de ce soir veut être « une sonnerie de trompettes » appelant à ce retour. Le Rassemblement pour un Renouveau réformé invite à dix jours d’écoute de Dieu à ce sujet, jusqu’au 20 décembre.

Les expériences ou impulsions reçues de l’Esprit peuvent être partagées en écrivant un courriel à gerard.pella@gmail.com

Ces partages permettront de discerner s’il y a lieu de donner une suite à cette première démarche.

Martin Hoegger – martin.hoegger@gmail.com

Pluralisme – Confession de foi – Discernement – Synode – Unité – Vérité

Dialogue avec l’Association théologique évangélique des pasteurs de Berne.

Par Martin Hoegger – www.hoegger.org

Au mois de mars 2020, l’Association théologique évangélique des pasteurs de Berne ( Evangelisch-theologischer Pfarrverein ) m’a demandé de répondre à quelques questions au sujet du Manifeste bleu.  Cette association existe depuis plus de 150 ans, alors que le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) n’existe que depuis 5 ans ! Ses membres sont, en quelque sorte, pour nous des pères et des mères dans notre Église réformée que nous aimons et où nous voulons servir le Christ.

Cet article en allemand

Voici les quelques questions auxquelles j’ai essayé de répondre, ainsi que les diverses parties de cet article:

  1. Le pluralisme est-il la plus haute instance dans l’Église réformée ?

Le protestantisme a plusieurs couleurs

Confesser la foi

Nous sommes « confessants »

Confesser la foi dans un esprit de catholicité

« Lex orandi, lex credendi ».

La foi : connaissance et confiance

2. Qui est derrière le Manifeste bleu ?

Une communauté qui discerne

Le Manifeste bleu, un exercice de discernement

Jésus, modèle de discernement 

Le discernement, fruit du Saint Esprit 

Résister au climat d’affrontement. 

Nécessité d’une théologie du synode

En chemin avec le Christ : la référence à Emmaüs

Les traits d’une Église synodale

Un synode qui prend en compte le Sensus fidei

L’importance des relations

3. Quel lien entre unité et vérité ?

Une anthropologie théologique

Adiaphora ou Status confessionis ?

4. Que dit Romains 1 sur l’homosexualité ?

Relativisme ?

Comment comprendre Romains 1 ?

Une théologie de la création

Soleil d’un monde nouveau

Envoi : acquérir la « compétence d’Emmaüs »

La vie comme un hâte-toi lentement

Nous pouvons envisager notre vie chrétienne dans le monde comme une sorte de « Hâte-toi lentement » ou un parcours à découvrir en sept tableaux. 

Antoine Schluchter

Marc 8.14-21. Luc 9.1.9 ; 13.31-35

Premier tableau : « Le cochon d’Hérode »

« Mieux vaut être le cochon d’Hérode que son fils ! », selon un dicton de l’époque qui joue sur la consonnance entre les mots fils et cochon en grec. Mais que voulait-on dire par là ? Il s’avère qu’Hérode avait fait tuer certains de ses propres enfants, femme, beaux-frères et qu’il avait éliminé tous ses rivaux, dont les prêtres de la dynastie légitime. Il s’agit d’Hérode le Grand, qui gouvernait la Judée au moment de la naissance de Jésus. Pas étonnant, hélas, qu’il ait ordonné le massacre dit des saints innocents. Écho terrifiant avec la cruauté de Pharaon à laquelle Moïse échappe par la main de Dieu. Les chances de survie étaient donc plus élevées pour un cochon qu’un fils ; le cochon n’étant pas un intriguant de nature. Et même si Hérode meurt juste après la naissance de Jésus, son fils lui emboîte le pas. Jean-Baptiste en fera les frais ; les Hérode ne toléraient pas la moindre critique.

Deuxième tableau : Une dynastie tyrannique

Donc Hérode le Grand essaie d’éliminer l’enfant, la famille doit fuir en Egypte et les effets collatéraux sont atroces. Puis, un de ses fils, Hérode Antipas, fait couper la tête à Jean-Baptiste : maudite dynastie ! C’est la marque des tyrans vaniteux et totalement dépourvus de scrupules, motivés par un désir de domination, mais aussi une peur-panique d’être évincés. Ce type de personnage existe depuis que le monde est monde et à tous les niveaux.

On en trouve des versions supposées démocratiques tout aussi violentes et le petit roitelet qui sommeille en nous –prenons garde !—est prompt à tyranniser son entourage. Même chez l’apôtre Paul qui a dû accepter une pénible écharde pour rester humble. En église aussi, le danger et les méfaits de telles attitudes peut faire des ravages.

Troisième tableau : Inversion de températures

À plusieurs reprises ces jours-ci, on a eu droit à des inversions de températures. Il aurait dû faire plus froid en montagne qu’en plaine et c’est le contraire qui s’est produit. Eh bien, on a aussi droit à une inversion inattendue et bienvenue dans ce récit de l’épiphanie : les croyants locaux passent totalement à côté de la naissance du Messie et les religieux sont à la solde du tyran à qui ils doivent leur position. Du coup, ce sont des étrangers, des astrologues païens qui viennent adorer le Roi promis et qui doivent faire face à la ruse d’Hérode.

Quatrième tableau : Vraiment gonflé !

Voilà le monde dans lequel arrivent les Mages, voilà le monde dans lequel nous vivons. Il a certes d’autres facettes, mais avec cette constante indéniable de malfaisance. Un monde de calculs, un monde égocentrique, un monde vaniteux. Gonflé, pétri d’un mauvais levain dont il faut se méfier. Le levain des Pharisiens, précise Jésus, c’est l‘hypocrisie. Dans un autre évangile, il ajoute celui des Sadducéens ; personne n’y échappe et le levain d’Hérode, on perçoit que c’est l’intrigue et la fourberie. Qui, d’ennemis qu’ils étaient, fera de lui l’ami de Pilate sur fond d’exécution sommaire. Alliances improbables ayant pour seul but d’éliminer le gêneur. Elles restent monnaie courante, il suffit d’allumer son poste ou d’ouvrir un journal.

Cela n’empêche pas Hérode, par moments, d’être perplexe. : Jésus est-il le Baptiste ressuscité ? Perplexité de surface qui ne freine en rien les élans sanguinaires du tyran.

Cinquième tableau : Un renard 

 « Rusé comme un renard », dit-on volontiers. « Allez dire à ce renard », balance Jésus aux religieux à la botte d’Hérode. Ils se sont employés à le faire partir de Galilée, là où se trouvait la résidence d’Hérode. Sursaut de compassion ? – Hélas non, tentative d’intimidation. La réponse au renard est à la fois énigmatique et magnifique : « Je chasse des esprits mauvais et j’accomplis des guérisons aujourd’hui et demain. Et le troisième jour, j’achève mon œuvre. »

Jésus n’en a cure, il sait pourquoi il est là, il apporte libération et guérison jusqu’à cet accomplissement –pour ne pas dire ce couronnement– qui, du haut de la Croix, lui fera dire « Tout est achevé ». Il va de l’avant avec détermination ; dans l’épisode qui suit, il pleure déjà sur Jérusalem.

Faisons le point

Avant de changer de salle d’exposition pour les deux derniers tableaux, faisons le point. Nous avons vu les agissements de deux des membres de la dynastie des rois maudits. Le deuxième posera mille questions à Jésus lors de son arrestation ; en vain. Jésus reste silencieux, il n’entre pas dans ce jeu pervers, il ne se compromet pas. Il faut parfois savoir se taire. Le troisième, Hérode Agrippa 1er, mettra à mort Jacques, le frère de Jean et s’entêtera en constatant que cela plaît à la foule… triste ancêtre de l’audimat. Le quatrième et dernier, Hérode Agrippa 2, n’aura quasiment plus de pouvoir. Clap de fin sans gloire.

Ensuite, nous avons vu combien le mauvais levain peut faire des ravages. Levain de l’hypocrisie, du compromis, de la vanité, levain du monde ancien. L’apôtre Paul nous exhorte à être une pâte nouvelle sans levain, et il manie le mortier avec vigueur :

« Il n’y a pas de quoi être fiers ! Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ? Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain ; car le Christ, notre Pâque, a été sacrifié. Célébrons donc la fête, non pas avec du vieux levain, ni avec un levain de malfaisance et de méchanceté, mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité » (I Corinthiens 5.6-8).

Et enfin, nous avons vu la fourberie du renard qui manigance en permanence jusqu’à soumettre les dirigeants religieux pour mieux assouvir ses sombres desseins.

Sixième tableau : Le serpent et la colombe

La question qui se pose à nous semble étrange en-dehors du contexte, mais c’est la question-clé : comment être pâte nouvelle au milieu des renards ? Nous connaissons les appels à donner aussi sa tunique, à tendre l’autre joue. Nous connaissons ces béatitudes promises aux doux, aux artisans de paix, aux persécutés. Cet évangile de la non-violence dans le sens le plus fort et le plus noble qui soit. Nous connaissons le sort qui attendait Jésus et qui était pour lui un achèvement : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »

Pareil pour nous ? – De façon ultime oui, cela peut se présenter ; mais déjà comme devise, donner sa vie, s’ouvrir aux autres dans un esprit de service plutôt que de la garder pour soi. Cela dit, il y a des temps et des moments différents. Les disciples envoyés en mission ne doivent prendre ni bourse ni sac ni épée ; mais par la suite oui, quand le danger menace. Cet envoi en stage pratique semble suivi de paroles portant aussi sur l’avenir dans lesquelles Jésus décrit la dangerosité de la mission et donne ce conseil : « Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez donc rusés comme les serpents et candides comme les colombes. Prenez garde aux hommes ! »

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Après le cochon et le renard, voici des brebis, des loups, des serpents et des colombes. La ménagerie s’élargit et l’imagerie aussi. Des brebis au milieu des loups, on perçoit tout de suite que c’est délicat. Le tandem serpent-colombe surprend encore davantage, tant il semble improbable. Surtout l’appel à ressembler à des serpents ; depuis la Genèse, un frisson nous parcourt l’échine. Ce dicton était en fait connu, le serpent était traditionnellement associé à la sagesse et la colombe à la candeur.

Septième et dernier tableau : Une sorte de Hâte-toi lentement

Vivre notre foi est une sorte de Hâte-toi lentement constamment en tension entre prudence et élan : être avisés, faire preuve de sagesse, de finesse, d’une certaine ruse même, mais en osant foncer sans se laisser dicter le ton par des mesures d’intimidation. Comme la peur de perdre un soutien de taille ou une aura selon nos choix d’église au risque de devenir les conseillers d’Hérode plutôt que de se laisser conseiller par Jésus ? Avoir cette sorte de détachement, de confiance non calculée, de simplicité. Les Mages, déjà, ont su faire preuve de candeur pour suivre l’étoile et se montrer particulièrement avisés pour repartir par un autre chemin : avisés d’en-haut !

C’est un splendide tissage, un cocktail audacieux, une puissante interpellation à entrer dans l’année nouvelle avec une sagesse à l’opposé de la ruse des fourbes et une simplicité à l’opposé des calculs intéressés menant le monde par le bout du nez. Car si l’épiphanie est  une manifestation de la royauté du Christ, doux et débonnaire, elle est aussi la manifestation des pires instincts qui ont cours dans ce monde. Alors, comme les Mages, laissons-nous mettre en route avec candeur jusque vers Jésus et soyons avisés en prenant d’autres chemins pour être ses témoins au cœur du monde. Autres que la fourberie, l’intérêt, le calcul, la crainte, la timidité : les chemins candidement audacieux de l’évangile.

Prédication pour la Réformation

C’est la 507ème fois qu’a lieu l’anniversaire de l’événement fondateur de la Réforme,

à savoir le placardage des 95 thèses de Luther : « Disputatio pro declaratione virtutis

indulgentiarum ».

Pasteur Gilles Boucomont

Saint Paul de Barbès, 31 octobre 2025

Jean 14,1-7

1 « Ne soyez pas troublés, leur dit Jésus. Vous avez confiance en Dieu, ayez aussi

confiance en moi. 2 Il y a beaucoup de lieux où demeurer dans la maison de mon

Père ; sinon vous aurais-je dit que j’allais vous préparer une place ? 3 Et si je vais

vous préparer une place, je reviendrai et je vous prendrai auprès de moi, afin que là

où je suis, vous soyez également. 4 Vous connaissez le chemin qui conduit où je vais.

» 5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment en

connaîtrions-nous le chemin ? » 6 Jésus lui répondit : « Moi, je suis le chemin, c’est-

à-dire la vérité et la vie. Personne ne vient au Père autrement que par moi. 7 Si vous

me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Et à partir de maintenant vous le

connaissez, vous l’avez vu. »

2 Corinthiens 3,17

16 Il est écrit : « Lorsqu’on se tourne vers le Seigneur, tout est dévoilé. » 17 Or le

Seigneur, ici, c’est l’Esprit ; et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté.

18 Nous tous, le visage dévoilé, nous contemplons en Christ, comme dans un miroir,

la gloire du Seigneur ; ainsi, nous sommes transformés pour être semblables au

Seigneur, et nous passons d’une gloire à une gloire plus grande encore. Voilà en effet

le Seigneur, qui est l’Esprit.

Prédication

C’est la 507ème fois et depuis la 500ème il est à craindre qu’il puisse

y avoir un certain caractère répétitif voire rébarbatif dans les propos du prédicateur.

Mais prenons le risque de nous poser la question fondamentale de chaque 31 octobre

dans les cénacles protestants : « Finalement, que s’est-il passé ce jour-là ? »

Faire mémoire d’un événement historique n’est pas célébrer une fête puisque Luther

lui-même aspirait à ce que l’on ne fête que des événements de la vie du Christ.

Pourtant vous pourrez convenir que le geste du placardage des thèses à Wittenberg

est une date dans l’histoire du peuple de Dieu telle qu’elle s’écrit, page après page,

depuis la clôture du canon des Écritures.

Je voudrais vous proposer de lire ces 95 thèses en partant du principe suivant : elles

constituent une réforme de l’accès au « droit au salut ».

Depuis que nous avons emménagé à l’est d’Eden, Dieu ne cesse de se préoccuper

d’administrer la rédemption, la justification, et le salut d’une humanité dont la

principale persévérance est celle de pécher assidûment. La Bible est donc à certains

égards un traité juridique présentant les modalités successives de l’administration

d’un « droit au salut », au travers des siècles ?

Il y eut la série des alliances générationnelles, avec Adam, Caïn, Noé, Abraham, Isaac

et les autres. Leur salut était contractuel : à chaque génération, prononcé et

reprononcé comme un bail emphytéotique qui se renouvelle explicitement avec

régularité.

Puis il eut l’alliance mosaïque avec la loi comme pierre angulaire, ne nécessitant plus

la reconduction explicite du contrat tous les 35 ans. La revivification de cette alliance

imposa le surgissement du ministère prophétique qui eut une fonction de « gardien

de la paix », qui vous rappelle la Loi.

Ce n’est plus une nouvelle alliance, mais la re-proclamation d’une alliance ancienne.

En Jésus-Christ vint l’alliance définitive, par son ministère messianique puis son

œuvre à la croix, par sa sortie du tombeau et le don de son Esprit. Tout était accompli.

Tout était accessible à chacun à tout moment.

Voici donc « l’économie du salut pour les nuls » que nous sommes.

Ce caractère définitif de l’alliance en Christ fut malheureusement maltraité par

l’évolution de l’Église, du fait de son étrange projet qui a consisté à inventer la

chrétienté.

« Christ annonçait le Royaume et c’est l’Église qui est venue ».

L’Église s’est mise à administrer l’économie de la rédemption, et le lien monétaire est

devenu, bon an mal an, le point de contact entre une Église prestataire et des fidèles

bénéficiaires. Mammon avait gagné malgré l’avertissement du Christ : « Nul ne peut

adorer Dieu et Mammon ».

Et Christ avait raison, car Dieu a failli quitter le devant de la cène.

La catholicité de l’Église fut avant tout impériale, bien plus que miséricordieuse, grâce

à Constantin et quelques autres acteurs voulant à tout prix offrir à l’Église un César.

L’alliance impériale avait fait monter la cote de Mammon, le Dieu de l’argent, ce qui

acheva le travail préparatoire à l’advenue de Luther. Il ne restait à ce dernier que

d’entrer en scène à une époque où la théologie du salut se résumait dans le fameux

précepte : « Hors de l’Église point de salut », là où l’apôtre Paul aurait été plus enclin

à dire « Hors du Christ, point de salut ».

C’est ce décalage qui fut insupportable au moine de Wittenberg.

Sa Dispute sur les indulgences est l’analyse d’une trahison économique.

En 1517 le salut en chrétienté fonctionnait comme un business de la grâce, administré

par l’Église, avec son système de placement sacramentel, les obligations et actions

des indulgences, etc. Rentabilité garantie d’une assurance-vie.

Luther, lui, rejeta cette logique transactionnelle : pour lui, le salut n’est pas un verdict

du droit pénal canonique (rendu par l’Église), mais un jugement direct de Dieu, fondé

sur la foi seule (sola fide) et la grâce seule (sola gratia).

Rien de nouveau puisque tout est déjà présent chez Paul ; mais disons que ce n’était

plus vécu.

Malgré la difficulté à honorer la cible synodale, il ne semble plus qu’il y ait quelque

trace d’un salut monnayable dans nos assemblées dominicales. Nous restons

vigilants sur le marketing parfois agressif de quelques conseils presbytéraux, et

observons de loin les réformes financières du Vatican ou les errements d’une

théologie de la prospérité dans les synagogues de Mammon, pour parler comme

l’Apocalypse. Tout cela est bien loin. Oui l’Église est à sa place quand elle n’est plus

le lieu où se négocie ou se vend le salut, mais qu’elle est bien l’assemblée de ceux

qui ont déjà bénéficié du salut.

Alors la Réforme est-elle terminée ?

Cela nous serait vexant car nous avons quand même beaucoup enseigné les

troisièmes années de catéchisme sur le Semper Reformanda.

La Réforme est achevée, mais elle est encore à faire

Disons qu’elle a changé de front. Et permettez-moi de vous livrer ici l’esquisse d’une

interprétation quant au lieu théologique de sa relocation.

Depuis quelques siècles, la Vérité unique administrée par le Seigneur via l’Eglise a été

contestée en son unicité. A surgi l’idée qu’il existerait plutôt des vérités qu’une seule.

Kant l’a pressenti en distinguant entre le noumène (la chose en soi, inaccessible) et le

phénomène (ce qui apparaît dans notre expérience). Mais c’est au XXème siècle que

deviendront vraiment distincts les concepts de Réel et de réalité, notamment avec

Lacan, pour qui le Réel est précisément ce qui échappe à la représentation et au

langage, ce qui résiste à la symbolisation (par opposition à la réalité). Les

phénoménologues déploieront le concept avec Husserl ou Heidegger.

Il n’y a plus de vérité singulière, il n’y a que des vérités plurielles.

Mais aujourd’hui, à l’ère de la post-vérité, ou des vérités alternatives décrétées depuis

le bureau oval, avec le potentiel de manipulation de l’information que donnent les

plateformes électroniques et les réseaux sociaux, avec l’intelligence artificielle qui

fascine autant qu’elle inquiète, nous sommes en quelques années allé beaucoup plus

loin. Jusque-là les révolutions du rapport au réel prenaient un ou deux siècles.

Maintenant elles prennent un ou deux ans voire… un ou deux mois.

Et voici que quelques prophètes contemporains nous annoncent bien plus que la

post-vérité : la post-réalité.

À l’heure où certains s’identifient à des licornes ou, ce soir, à des potirons, on sent

que le câble de la connexion au réel a lâché.

Sans prétendre à livrer ici une 96ème thèse, je crois que le lieu où l’Eglise a rendez-

vous pour sa propre réforme, mais surtout pour tenir la posture prophétique que le

Christ lui a donnée, c’est un renouveau de la pensée critique. Et ce lieu de la nouvelle

Réforme est non seulement à offrir à nos frères et sœurs des assemblées dominicales,

mais aussi à un monde sans pères ni repères qui ne comprend plus rien à ce qu’il vit.

Qu’en est-il de la pensée critique ?La première séquence de la Réforme, bénéficiant des vents favorables de la

Renaissance, a participé et élaboré du XVIème au XXème siècle à une version-test de

la pensée critique autour du concept qui habille les cinq solas de la Réforme : Penser

ce que l’on croit.

Penser ce que l’on croit ne veut pas dire élaborer des théologies, ou fonder une

apologétique. Penser ce que l’on croit, c’est avant tout se demander s’il est bon de

croire ce que l’on croit, s’il est juste de croire ce que l’on croit, s’il est souhaitable de

continuer à croire ce que l’on croit.

Je le disais, il s’agissait de prémices à une pensée critique aboutie, telle que nous

devons la chercher aujourd’hui. Comme Kant préparait Husserl, la Réforme, en

pensant ce qu’elle croyait, nous a préparés à faire face courageusement au désarroi

des 97% de la population actuelle (dont nous sommes tous ici), qui sont depuis la fin

de l’été 2025 incapables de faire la différence entre une image réelle, non retouchée,

et une totalement virtuelle produite par une intelligence artificielle.

Ce n’est pas si anecdotique qu’il y paraît. Car pour celui qui ne sait plus trancher si

une image est vraie ou fausse, vient s’étioler rapidement son sens de la vérité, au bout

de quelques dizaines d’expériences frustrantes.

Je ne sais plus ce qui est vrai ou faux.

Je ne suis plus capable de discerner le vrai du faux.

Il ne faudra pas plus d’un an pour que notre accro au smartphone, ne sachant plus

distinguer le vrai du faux, abandonne même le désir de distinguer le vrai du faux.

Et là, une faille civilisationnelle majeure, en moins d’un an, aura cassé vingt siècles de

maturation collective.

Chercher le vrai ne sert plus à rien.

Depuis cinq siècles de Réforme, nous cherchons au jour le jour à ajuster notre

discernement quant à ce qu’il est vrai, juste, bon, souhaitable de penser et croire. Et

en une poignée de mois, la majorité de nos congénères vont simplement abandonner

la bataille qui nous confiait le si beau rôle de « chercheurs de vérité ».

La phase 2 du plan « pensée critique » a commencé.

L’effort de 500 ans de Réforme nous a préparés pour ce moment ; sans que nous le

comprenions vraiment, et sans que nous en ayons suffisamment pris la mesure. Ou

en tout cas pas suffisamment vite. L’urgence est pour aujourd’hui, l’urgence est pour

demain, car dans quelques mois il sera trop tard.

Penser ce que l’on croit.

Penser ce que l’on voit.

Articuler la pensée en gardant l’ambition que le Réel ne soit jamais détruit par la

réalité, que le vrai ne soit jamais délégitimisé par les vérités, que la profusion des

images ne soit pas la seule vérité pour des cerveaux mal formés.

Il est urgent que nos Églises (mais c’est aussi vrai pour nos collèges, nos universités,

nos médias) ne manquent pas ce rendez-vous car c’est très précisément ce pour quoi

la Réforme a existé : contester le détournement des fins ultimes (le salut) par les

moyens intéressés (les indulgences), contester les délires de Mammon et des Césars pour se laisser mettre en chemin par Jésus le Christ, celui qui n’ « a » pas la vérité

mais qui est la Vérité.

Nous devons l’enseigner à nos enfants : ce qui se passe ce soir avec les citrouilles,

les toiles d’araignées et les balais n’est pas une blague ni un folklore, c’est une post-

vérité qui veut installer dans vos cerveaux le logiciel qui dit que la mort a vaincu les

vivants, qu’il n’y a pas d’enjeu, que le mort n’est pas un ennemi, alors que Jésus le

Seigneur nous dit l’inverse.

Nous devons aussi l’enseigner à nos adolescents : regarder une vidéo créée par l’IA,

où se dandine le président de la République, puis un ancien président en habit à

rayures blanches et noires, puis les chefs d’Etat des principales nations, comme dans

une boîte de nuit ridicule, n’est pas… « trop drôle, regarde Papa, la tête de Brigitte

Macron », il s’agit d’une décrédibilisation subtile mais très puissante de toutes les

formes d’autorités établies, et de ce qui structure au niveau symbolique une société.

Nous devons apprendre cela à nos paroissiens : telles ou telles théologies qui se

moquent des Écritures depuis le lieu de leur suffisance pseudo-intellectuelle ne sont

pas intéressantes, ni divertissantes ; elles contribuent juste à vous éloigner de l’Esprit

du Christ, qui était là dès le commencement du monde pour poser l’humanité sur une

fondation solide.

Alors, ce n’est pas seulement notre formation intellectuelle ou le brio de quelques

penseurs qui nous aidera à faire aboutir cette dernière phase de la Réforme. C’est le

seul Esprit de Dieu, l’Esprit du Père et du Fils, celui qu’on appelle Esprit-Saint ou

Saint-Esprit. Pourquoi, parce qu’il est la seule instance dynamique qui puisse

influencer nos corps, nos âmes et nos esprits pour pouvoir résister aux tentations et

séductions devenues omniprésentes et omnipotentes sur nos cœurs et nos cerveaux.

Le Saint-Esprit, Esprit du Christ, est le seul qui puisse nous donner l’ultime

discernement, la capacité à comprendre vraiment ce que nous vivons, à percer le

brouillard de la confusion qui est devenu tellement dense que nous ne savons plus

qui nous sommes. Et nous ne savons plus quoi penser ni quoi croire.

Refonder la nouvelle pensée critique avec l’Esprit-Saint pour moteur, voilà la Réforme

qui se présente à nous aujourd’hui.

Pas après-demain car il sera trop tard.

Aujourd’hui.

Ce n’est pas Martin Luther qui a enclenché la Réforme,

c’est Dieu par sa Parole et son Souffle Saint.

Qu’il nous soit en aide pour la présente bataille.

Amen

Communication avec les morts – Notre interpellation

Réaction sur le cycle de conférences pour la Toussaint 2025

Le Centre culturel des Terreaux, financé en partie par l’EERV, proposait pour la Toussaint 2025 un cycle de conférences qui encourageait la recherche de communication avec les défunts.

Il nous a semblé important de réagir à cette dérive, d’autant plus que cela se passait dans une ancienne Église libre.

Vous trouverez donc – ci-dessous – trois documents :

  1. Une lettre adressée à M. Jacques Besson, président du Conseil de fondation des Terreaux.
  2. Notre interpellation aux membres du Conseil synodal et du Synode.
  3. La réponse du Conseil synodal

Priez avec nous pour que cette démarche de protestation porte des fruits.

Le comité du R3


7 semaines pour nous ouvrir au Saint-Esprit

Ce livre, écrit par Gérard Pella, nous invite à explorer les bases de la foi chrétienne et notamment l’importance du Saint-Esprit dans une relation vivante avec Dieu.

Par un parcours à vivre pas à pas, et durant sept semaines, cet ouvrage vous permettra d’animer des rencontres en groupe. Mais il peut aussi se savourer comme un livre de spiritualité à lire et à vivre à son rythme.

Pour nous encourager à nous ouvrir au Saint-Esprit, le Souffle de Dieu au cœur de nos vies, Gérard Pella nous offre un solide ancrage biblique et théologique.

Avec un langage simple et des images parlantes, il nous partage les fruits savoureux qu’il a récoltés durant 40 ans de ministère. Au cours de ce service, il a eu l’occasion d’éprouver les démarches proposées par ce livre dans de nombreuses églises.

Ce livre est en vente pour 10 CHF auprès de la Maison de la Bible (pour la Suisse) ou des éditions La Cause (pour la France).

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Dans cette prédication de Vendredi saint, Luc Badoux relit le récit de la Passion à partir des phrases des différents protagonistes qui résonnent encore aujourd’hui.

L’histoire humaine est comme une vallée dans laquelle résonnent toujours les mêmes cris. Les situations changent, mais les mêmes mots reviennent en écho à ceux prononcés à Jérusalem, en l’an 30 de notre ère. 

Le Grand-prêtre d’Israël a demandé :

Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? C’est clair, il mérite la mort.

Quelque part dans le monde, des mots semblables à ceux du Grand-prêtre sont repris aujourd’hui :

– Pourquoi chercher des témoins ? De toute façon, il ne mérite pas de vivre.

Les raisons de ceux qui veulent une justice expéditive sont nombreuses : envie de vengeance, envie de faire couler le sang pour apaiser la colère, pour rétablir l’ordre, pour asseoir son autorité, et parfois pour défendre l’honneur de Dieu. 

D’autres, pour se sortir sans dommage d’une situation délicate disent comme Simon Pierre :

Non, je ne connais pas cet homme. Je ne vois pas qui c’est. 

Ils ajoutent peut-être encore : D’ailleurs, je me suis toujours méfié de lui.  

Le monde, une longue vallée, et partout des hommes, des femmes qui renient, qui retournent leur veste. Et bien sûr aussi des hommes, des femmes qui sont reniés, trompés, abandonnés. Ils forment une longue chaîne dont parfois nous faisons partie. Une chaîne dont un des maillons a été renié trois fois par son compagnon le plus solide. « Non, je ne connais pas cet homme » a dit Pierre. Pierre qui un peu plus tôt prétendait suivre Jésus jusque dans la mort. 

Et lorsqu’un homme qui a trahi, ouvre les yeux sur lui-même et déclare comme Juda :

J’ai péché en livrant un sang innocent.

On lui répond comme à Juda : 

Que nous importe. C’est ton affaire.

Débrouille-toi ! Parce que les lâches, les têtes chaudes, les faibles, les traîtres, on les utilise, mais on ne les respecte pas. Ceux qui ne savent pas boire, on les utilise pour rire. Mais on ne les respecte pas. Ceux qui ne savent pas compter, on leur prête l’argent qu’ils veulent, quitte à les étrangler après. 

Ceux ou celles qui ne résistent pas à notre charme, on les séduit, on les conquiert pour satisfaire sa passion, mais ensuite on les laisse tomber. 

D’autres personnes se désolent en disant : J’ai foutu ma vie en l’air et celle de ma famille. Je me suis trompé. J’ai trahi la confiance qui m’avait été faite. On leur répond : – Que nous importe. C’est ton affaire. Il fallait réfléchir avant.

Partageons ses vêtements, tirons au sort. Il faut bien que qqn prenne ses habits. 

Il y a toujours quelqu’un pour se dire : Si ce n’est pas moi qui tire parti de cette situation, ce sera qqn d’autre. Pourquoi pas moi ?

Si ce n’est pas moi qui fais ça, quelqu’un d’autre le fera à ma place. Il faut savoir tirer les marrons du feu. 

Si ce n’est pas moi qui court le plus vite. Ce sera quelqu’un d’autre. Logique de notre monde monde où partager signifie souvent prendre sa part. Etre sûr de ne pas être perdant. 

Cette logique laisse des gens dépouillés, nus. Des gens dont la nudité fait écho à celle d’un homme nu sur une croix. Il est encore vivant, mais on se répartit déjà ses vêtements. 

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

En butte à la souffrance physique, à l’abandon de ses proches, à la solitude de celui qui meurt, Jésus se sent abandonné par Dieu. Il rejoint tous ceux qui partout et tout au long de l’histoire se sont sentis abandonnés par Dieu. Et il crie avec eux, il angoisse avec eux, et il meurt avec eux. 

Mon Dieu, mon Dieu, tu m’as abandonné. Ce n’est pas possible autrement. Une telle solitude, un tel poids, un ciel aussi bas, ça n’est pas possible autrement.  

L’histoire humaine est une vallée dans laquelle résonnent toujours les mêmes cris, qui conduisent à un même appel : 

– Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Vendredi Saint : Jésus se mêle à la masse de tous les condamnés du monde. 

Vendredi Saint : Jésus partage l’opprobre des méprisés

Vendredi Saint : Jésus se charge de la même lourdeur que tous les reniés du monde.

Vendredi Saint : Seule plage de lumière : le traître, lui, reconnaît sa faute.

Vendredi Saint : Juda reste seul avec sa faute, personne n’est là pour accueillir son repentir.

Vendredi Saint : Jésus, nu, dépossédé de tout, assiste au partage de son habit. Il est compagnon de ces pauvres à qui on prend le peu qu’ils ont. 

Vendredi Saint : d’où vient la tristesse et le sérieux que nous affichons ? 

Si notre tristesse a pour seule source la mort de Jésus, alors nous n’avons pas compris ce qui s’est passé ce jour-là. 

Si la mort de Jésus ne nous rend pas sensibles à ceux qui subissent l’injustice, à ceux que l’on trahit, c’est qu’on n’a pas compris ce qui s’est passé au Golgotha. 

C’est que nous sommes enfermés dans une logique religieuse : comme si la mort de Jésus n’était un malheur que parce qu’il était le fils de Dieu.  

La mort de Jésus est un malheur parce que chaque humain qui meurt dans la violence et la honte est un malheur. 

La passion et la mort de Jésus récapitulent toutes les injustices vécues et subies sur terre. 

Si la mort de Jésus ne nous fait pas nous révolter contre la souffrance et la mort, le viol et la déportation des gens d’aujourd’hui, alors nous sommes les descendants de Pilate qui s’est lavé les mains de la mort de celui qui était devant lui. 

Dans la longue vallée de l’histoire humaine, les mêmes drames se répètent inlassablement. Mais depuis Vendredi Saint, les reniés et les méprisés, les déportés et les dépouillés ne sont pas seuls dans leur malheur. Depuis ce jour-là le Fils de Dieu souffre, s’indigne et gémit avec eux. A leur révolte et à leurs larmes, viennent se joindre celles de Dieu, le Père. A celle de Dieu doivent venir s’ajouter notre révolte et nos larmes à nous, les frères et sœurs du Christ et de toutes celles et ceux qui souffrent aujourd’hui.                          

Textes bibliques lus avant cette prédication :

Mt 26.57-75 : Jésus devant Caïphe ; reniement de Pierre

Mt 27.1-31 : Suicide de Juda ; Jésus devant Caïphe

Mt 27.32-50 : crucifixion et mort de Jésus

Echos de la journée Nicée

Le 22 mars 2025, nous avons vécu une belle journée d’étude internationale, proposée par quatre mouvements confessants protestants : L’Ancre (Alsace), Les Attestants (France), Le R3 (Suisse) et Unio Reformata (Belgique). « Aujourd’hui, qui dis-tu que je suis ? » 1700 ans après Nicée.

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous pourrez accéder aux enregistrements vidéos des 3 exposés :

* Le témoignage du NT concernant Jésus, par François Rochat

** La christologie de Nicée, par Pierre-Sovann Chauny

*** Un témoignage fidèle pour notre temps, par Julien Coffinet
https://lesattestants.fr/retour-sur-la-journee-du-22-mars/?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTEAAR1hhtcc2LFzFL4Qqw4g5KT8jfa_9cF07aknzNAHDif1JrXUNPxDmYO7Zc8_aem__uQxZ6nPRY7d_ZRBpQo2zA

Dans les locaux de la HET-PRO, à St-Légier, le R3 a conclu la journée par une célébration, avec deux axes principaux :

* La célébration de Jésus, vraiment Dieu et vraiment homme. Des prières cueillies dans différentes Eglises à des siècles différents nous ont conduits dans la prière. Voir les textes ci.-dessous.

** La reconnaissance de la face sombre de Nicée : son anti-judaïsme. Voir l’article https://www.ler3.ch/wp-admin/post.php?post=1804&action=edit

Pour célébrer Jésus,

vraiment Dieu et vraiment homme

Confession de Thomas :

« Mon Seigneur et mon Dieu » (Jean 20.28).

Ephrem : Gloire à Toi ! (4ème siècle) 

Je tombe à tes genoux, Seigneur, pour t’adorer.

Je te rends grâces, Dieu de bonté, 

Je t’implore, ô Dieu de sainteté.

Devant Toi je fléchis les genoux.

Tu aimes les hommes, et je te glorifie, ô Christ, Fils unique et Seigneur de toutes choses, qui seul es sans péché.

Tu t’es livré pour moi, pécheur et indigne, à la mort, et à la mort de la croix. De la sorte, Tu as délivré les âmes des entraves du mal.

Que te rendrai-je, Seigneur, pour tant de bonté ?

Gloire à toi, ô ami des hommes !

Gloire à toi, ô miséricordieux !

Gloire à toi, qui absous les péchés !

Gloire à toi, qui es venu pour sauver nos âmes !

Gloire à toi, qui t’es fait chair dans le sein de la vierge !

Gloire à toi, qui fus ligoté !

Gloire à toi, qui fus flagellé !

Gloire à toi, qui fus bafoué !

Gloire à toi, qui fus cloué à la croix !

Gloire à toi, qui fus enseveli, et qui es ressuscité !

Gloire à toi, qui fus prêché aux hommes… !

Gloire à toi, qui es monté au ciel !

Gloire à toi, qui es assis à la droite du Père ;

tu reviendras avec la majesté du Père et les saints anges,

pour juger, en cette heure effroyable et terrible, toutes les âmes qui ont méprisé ta sainte passion.

Les puissances du ciel seront ébranlées, tous les anges, les archanges,

Chérubins et Séraphins apparaîtront avec crainte et tremblement devant ta gloire ;

les fondements de la terre chancelleront et tout ce qui respire frémira devant ta souveraine majesté.

Ephrem  (306-373) est l’auteur le plus important de l’Église syrienne. « Cette prière expose la profession de foi de Nicée (325) sous forme poétique. » Cité par Attila Jakab, 20 siècles de prières chrétiennes, Editions du Signe, 1999, p. 67.

Saint Augustin (5ème siècle) : « Je t’ai connu, ô Christ, et je te rends grâce »

Je T’ai connu, Dieu unique, 

mon Sauveur et mon Rédempteur.

Je crois que Tu es né du Père avant tous les siècles.

Je crois vraiment que Tu as créé toutes choses dès le commencement, afin que les hommes Te reconnaissent, 

Dieu unique, notre Seigneur Jésus-Christ, conçu de la Vierge Marie par la coopération du Saint-Esprit,

homme vraiment fait d’une âme raisonnable et d’une chair qui devait mourir.

Certes, Dieu unique, Tu étais vraiment impassible et immortel mais, par amour pour nous, Tu as revêtu notre humanité, Tu es devenu mortel.

Pour le salut du genre humain, Toi, l’unique Fils de Dieu,

Tu as daigné souffrir la passion, la mort, sur le bois de la croix, pour nous, pour nous sauver d’une mort irrémissible.

Jusque dans l’enfer où étaient nos parents, Tu es descendu ;

Et le troisième jour, Tu es sorti victorieux des Enfers,

Tu es ressuscité de la terre ;

Tu as repris ce corps que nos péchés avaient jeté dans le tombeau et, selon les Écritures, Tu as repris vie le troisième jour, ô Toi qui es aujourd’hui à la droite du Père.

Là, nous T’adorons, nous croyons en Toi, Dieu véritable, Jésus-Christ fait homme, Fils unique de Dieu.

C’est de là que Tu dois revenir un jour.

Nous T’attendons, ô Juge du monde, à la fin des siècles.

(…) Ô Christ, Tu es la vie même, 

Tu es notre Résurrection !

Nous attendons en Toi le Sauveur, ô Seigneur Jésus-Christ, qui viendras échanger notre corps de misère en un corps glorieux.

Ô Christ, nous T’adorons et nous croyons en Toi !

Soliloques et méditations, p.97 s. ; cité dans Prière des fils d’Abraham, Cerf, 1992, p. 147 s.

Grégoire de Narek : Mon Dieu et mon Roi  (10ème siècle) 

Jésus-Christ, Toi le Dieu de tous,

Saint qui reposes dans les âmes des saints,

Consolation des affligés et propitiation des pécheurs.

Toi qui connais toutes choses

avant qu’elles ne viennent à l’existence,

envoie la puissance protectrice de ta droite

et délivre-moi des affres de la nuit et du démon pervers.

Par le sceau du signe de ta Croix,

Tu nous as baptisés

en vue de la grâce de l’adoption

Et tu nous as façonnés

en nous formant à l’image de ta gloire.

Que par ces dons divins Satan soit confondu,

Détruites ses machinations,

Écartés les pièges,

Vaincus les ennemis,

Rejetées les armes effilées ;

Que soit levée la brume,

Dissipées les ténèbres,

Que s’évanouisse le brouillard !

Que ton bras nous protège sous son ombre

Et que ta droite nous appose son sceau !

Tu es, en effet, compatissant et miséricordieux,

Et ton Nom a été invoqué sur tes serviteurs.

A Toi avec le Père par ton Esprit-Saint,

Gloire et domination. 

Dans les siècles des siècles !

Amen.

Grégoire est le saint par excellence de l’Arménie. Il vécut à l’une des rares époques où le pays connaissait la paix et la prospérité. Mort en 1010. Texte tiré de ses Élégies. Attila Jakab, 20 siècles de prières chrétiennes, Éditions du Signe, 1999, p. 161.

Prière de Saint Patrick : Prière de protection (10ème siècle)

Que le Christ me protège aujourd’hui…

Le Christ avec moi.

Le Christ devant moi.

Le Christ derrière moi.

Le Christ en moi.

Le Christ au-dessous de moi.

Le Christ à ma droite.

Le Christ à ma gauche.

Le Christ en largeur.

Le Christ en longueur.

Le Christ en hauteur.

Le Christ dans le cœur de tout homme qui pense à moi.

Je me lève aujourd’hui

Par une force puissante, l’invocation à la Trinité

La confession de l’Unité

Du créateur du monde.

Au Seigneur est le salut.

Au Christ est le salut.

Que ton salut, Seigneur, soit toujours avec nous. Amen !

Attila Jakab, 20 siècles de prières chrétiennes, Éditions du Signe, 1999, p. 131.

Negro spiritual : « Jésus, mon ami » (19ème siècle) 

Ô Jésus, mon Sauveur,

Ô Jésus, je compte sur Toi.

Au milieu de mes soucis, de mon chagrin,

Au milieu de ma peur.

Dans la nuit d’esclavage

Je me tourne vers Toi.

J’ai des soucis, des soucis,

L’esprit plein de soucis.

Dans les jours de malheur,

C’est Jésus mon ami.

Dans les jours de danger,

C’est LUI, l’intime ami.

Il court à mon secours,

Il m’aide à tout souffrir.

Si Jésus ne m’aide pas,

Certes je vais mourir.

Attila Jakab, 20 siècles de prières chrétiennes, Éditions du Signe, 1999, p. 308.

Communauté (protestante) de Pomeyrol : Contemplation (20ème siècle)

Ô Jésus-Christ

Conçu du Saint-Esprit

Né de la Vierge Marie

Vrai Dieu et vrai homme

Tous : Gloire à Toi, Seigneur !

Ô Jésus-Christ

Attendu par Moïse

Annoncé par les prophètes

Révélé aux temps marqués

Tous : Gloire à Toi, Seigneur !

Ô Jésus-Christ

 Transfiguré sur la montagne

 Élevé en croix au Golgotha

 Ressuscité du tombeau scellé

Tous : Gloire à Toi, Seigneur !

Ô Jésus-Christ

Le glorifié au sein du Père

Le vivant aux siècles des siècles

 Le vainqueur de Satan, 

du péché et de la mort

Tous : Gloire à Toi, Seigneur !

Communauté de Pomeyrol, Petite liturgie quotidienne, Oberlin, 1996, p.194.

Steve Brown (évangélique)  : Centrés sur Jésus (21ème siècle) 

Jésus, 

Tu es ma vigne. Je suis un de tes sarments.

Je suis en Toi et Tu es en moi.

Merci de me donner accès aujourd’hui à tout ce que Tu es et à tout ce que Tu as.

Mon désir le plus profond est de cheminer chaque instant de cette journée avec Toi. Je ne veux pas avancer tout seul aujourd’hui, ni demain d’ailleurs.

J’aspire à voir ton œuvre accomplie en moi et par moi pour ta gloire.

Je reconnais que sans Toi, je ne peux rien faire qui soit valable et durable.

Remplis-moi, Saint-Esprit, de la plante de mes pieds jusqu’au sommet de ma tête. Que ta puissance me remplisse, me transforme, déborde pour inonder les autres, et produise du fruit qui te glorifie, pour ta seule gloire.

Tout cela, je le prie au nom de Jésus, celui dont le joug est facile et le fardeau léger.           Amen.

Steve Brown, Centrés sur Jésus, Éditions HET-PRO, 2022, p.42.


[1]

La face sombre de Nicée : son antijudaïsme

Nicée et l’antijudaïsme

« Il y a des éléments centraux de la foi chrétienne qui sont passés sous silence à Nicée et dans sa Confession de foi. L’évocation d’Israël passe à la trappe. Le récit des alliances, celui de la libération d’Égypte, les prophètes, tout cela est omis. Les textes de Nicée passent directement de la création à l’incarnation. C’est parfaitement délibéré parce que l’antijudaïsme est extrêmement fort au IVe siècle. » Christophe Chalamet, dans Réformés, mars 2025, p. 18.

« Nicée représente donc un moment décisif dans l’histoire de la substitution chrétienne, où l’Église chrétienne, en alliance avec l’empereur romain, a formellement renoncé à sa constitution bilatérale. De manière consciente et décisive, l’Église s’est détournée du peuple juif et s’est tournée vers l’empire romain. » Mark Kinzer, Scrutant son propre mystère, Parole et Silence, Paris, 2016, p. 281.

« Ce souci de séparation d’avec le judaïsme est également un facteur très important dans les disputes sur la date de Pâques et dans la résolution de cette question controversée à Nicée. Les débats à ce sujet sont complexes. En simplifiant, deux positions sont en présence : celle qui fixe la célébration annuelle de la résurrection du Christ le jour de la Pâque juive : le 14 Nisan. C’est la position « quartodécimaine » en vigueur dans les Églises d’Orient.

L’autre position, majoritaire, est celle qui veut que la fête de la résurrection soit toujours célébrée un dimanche. Les pères du concile de Nicée ont clairement opté pour ce point de vue. La règle obligatoire décidée à Nicée a été de fixer la fête le premier dimanche suivant la pleine lune, après l’équinoxe de printemps.

L’argument central pour justifier cette décision est que l’opinion minoritaire est à rejeter parce qu’elle se fonde sur la pratique juive de datation. Un virulent antijudaïsme s’exprime explicitement dans la Lettre du Concile de Nicée aux Égyptiens, trouvée parmi les écrits d’Athanase, et surtout dans la Lettre de Constantin aux Églises.

A Nicée, l’Église ne s’est pas seulement opposée aux juifs, mais les a aussi exclus et dénigrés. Bientôt, elle les persécutera, préparant ainsi l’antisémitisme séculier encore plus virulent qui culminera dans la Shoa. » Martin Hoegger, « Le concile de Nicée et le judaïsme », p. 9 et 1.

Tout l’article de Martin Hoegger mérite d’être lu : https://www.hoegger.org/article/nicee-judaisme/

Lors de la journée du 22 mars 2025 à la HET-PRO, nous avons demandé pardon à Dieu pour cet antijudaïsme qui a traversé les siècles:

Dieu, notre Père,

Tu as choisi de bénir toutes les nations par Abraham et sa descendance.

Tu as choisi le peuple d’Israël d’entre tous les peuples. (Deutéronome 10,15)

Tu as choisi Marie, jeune fille juive, pour donner naissance à Jésus dans une famille juive.

Nous venons te demander pardon d’avoir si souvent bafoué tes choix depuis le concile de Nicée.

Ô Seigneur, pardonne tout le mépris, toute la haine, toute la violence que les chrétiens ont manifestés envers le peuple juif au travers des âges.

Chant 61-19 : ô Seigneur pardonne !

 Nous reconnaissons, Père, que l’Église a souvent prêté sa voix aux puissances des ténèbres qui cherchent à anéantir Israël, ton peuple.

Chant 61-19 : ô Seigneur pardonne !

Avec Israël dans le livre de Daniel, nous te prions :

« Seigneur, Dieu grand et redoutable, toi qui gardes l’alliance et la fidélité envers ceux qui t’aiment et qui observent tes commandements.

Nous avons péché, nous avons commis des fautes, 

nous avons agi en méchants et en rebelles, 

nous nous sommes détournés de tes commandements et de tes règles.

Nous n’avons pas écouté tes serviteurs, les prophètes, qui ont parlé en ton nom. (…)

A toi, Seigneur, la justice, et à nous la honte. (…)

Au Seigneur, notre Dieu, la compassion et le pardon, 

Car nous avons été rebelles envers lui. » 
(Daniel 9, 4-9, NBS).

Chant 61-19 : ô Seigneur pardonne !

Avec l’apôtre Paul, nous confessons que Jésus, le Messie, a détruit le mur de séparation entre les Juifs et les non-juifs, entre les circoncis et les non-circoncis, entre Israël et l’Église :

« 13 Par l’union avec Jésus Christ, vous qui étiez loin, vous avez été rapprochés par le Christ qui a versé son sang. 14Oui, c’est lui qui est notre paix, lui qui a fait de ceux qui sont Juifs et de ceux qui ne le sont pas un seul peuple. En donnant son corps, il a abattu le mur qui les séparait et qui en faisait des ennemis. 

16Par sa mort sur la croix, le Christ les a tous réunis en un seul corps et il les a réconciliés avec Dieu ; par la croix, il a détruit la haine.  18C’est en effet par le Christ que nous tous, ceux qui sont Juifs et ceux qui ne le sont pas, nous avons libre accès auprès de Dieu, le Père, grâce au même Esprit saint. »

(extraits d’Ephésiens 2,13-18, NFC)

« Aujourd’hui, qui dis-tu que je suis ? » 1700 ans après Nicée, avec le R3 (Suisse), les Attestants (France), l’Ancre (Alsace-Lorraine) et Unio Reformata (Belgique).

Israël, l’islam et nous. Apports de Jacques Ellul

Par Shafique Keshavjee

« Israël, Chance de civilisation… » est un ouvrage qui rassemble des articles d’Ellul rédigés entre 1967 et 1992. Ces textes consacrés au peuple juif, à l’État d’Israël, au conflit israélo-arabe et à l’islam restent d’une étonnante actualité. Le but de cet article est de présenter certains de ces textes et d’en évaluer la pertinence pour nous aujourd’hui.

Ma grâce te suffit !

par Gérard Pella

La comparaison est souvent douloureuse… quand elle est en notre défaveur !

« Regarde ta sœur, elle y arrive très bien ; pourquoi pas toi ? »

« Ce collègue est nettement plus efficace que toi… »

Ou, plus subtilement encore :

« Cette jeune fille est très douée ! », sous-entendu : « mais pas toi… »

« Cette église est formidable ! », sous-entendu : « mais pas la tienne… »

Une comparaison douloureuse, voilà ce que l’apôtre Paul a parfois vécu, lui aussi. On en trouve plusieurs indices dans la Deuxième épitre aux Corinthiens, qui est quasiment tout entière une justification de son ministère. Il écrit :

Nous n’oserions pas nous déclarer égaux ou nous comparer à quelques-uns de ceux qui se recommandent eux-mêmes. 2 Corinthiens 10.12 (SG21).

J’estime n’avoir été en rien inférieur à ces super-apôtres.   2 Corinthiens 11.5 (SG21).

Si je reviens chez vous, je ne ménagerai personne, puisque vous cherchez une preuve que Christ parle en moi (ou par moi, Bible en Français Courant)  2 Corinthiens 13.3 (SG21)

Comparé à de « super-apôtres », qui parlent bien mieux que lui, Paul doit défendre son ministère parce qu’ils sont en train d’égarer cette jeune communauté de Corinthe. Pour cela, il ne fait pas appel à ses qualités ni aux résultats impressionnants de son ministère. Il aurait pu mentionner toutes les conversions dont il a été témoin ainsi que toutes les communautés qu’il a fondées. Non, il parle plutôt de ce qu’il a reçu que de ce qu’il a réussi.

Il mentionne l’appel et l’autorité qu’il a reçus du Seigneur (chapitre 10), les souffrances qu’il a endurées (chapitre 11) et les révélations qu’il a reçues (chapitre 12). C’est un extrait de ce chapitre (les versets 6 à 13) que nous allons chercher à comprendre.

Ces révélations étaient si extraordinaires que Paul a reçu une écharde dans la chair pour lui éviter tout orgueil (v.7). 

Quelle est cette mystérieuse écharde ?

La Bible Segond 21 constate qu’il y a une grande diversité d’interprétations : « Nous ne savons pas en quoi consiste l’écharde dont Paul souffre dans son corps, parce qu’il ne le précise pas. Certains ont suggéré qu’il pourrait s’agir de paludisme, de crises d’épilepsie ou d’une maladie des yeux (cf. Ga 4.13-15). » (Note à propos des versets 7-8).

Pour Paul, cette écharde douloureuse a une fonction bien particulière :

Parce que ces révélations étaient extraordinaires, pour m’éviter tout orgueil, il a été mis une écharde dans ma chair, un ange de Satan chargé de me frapper, pour m’éviter tout orgueil. 2 Corinthiens 12.7 (TOB).

Deux fois dans le même verset, Paul précise que l’écharde a pour but de lui éviter tout orgueil. 

« Y a-t-il un seul serviteur de Christ qui ne puisse mentionner quelque ‘écharde dans la chair’, visible ou cachée, physique ou psychologique, de laquelle il a supplié d’être délivré, mais que Dieu lui a donnée pour le garder humble et donc efficace à son service ? Chaque croyant doit apprendre que la faiblesse humaine et la grâce divine vont de pair.»  (Philip E. Hughes, Nouveau Commentaire Biblique, St-Légier, Éditions Emmaüs, 1978, p.1139). 

J’ai quant à moi de la peine à concevoir que le Seigneur nous envoie une maladie. Il me semble plus juste de voir les choses comme le livre de Job : Dieu permet à Satan de nous mettre à l’épreuve au moyen d’une maladie.

Satan se retira alors de la présence de l’Éternel. Puis il frappa Job d’un ulcère purulent, depuis la plante des pieds jusqu’au sommet du crâne. Job 2.7 (SG21). 

Voilà ce qui pourrait amener Paul à comprendre son écharde – s’il s’agit d’une maladie – comme un ange de Satan.

Ce qui est sûr, c’est que l’écharde est quelque chose qui nous blesse, nous fait souffrir et nous invite à l’humilité.

Quand je ne suis pas exaucé…

Paul a prié le Seigneur d’éloigner cette écharde de lui. Trois fois. Mais il n’a pas été exaucé. Le grand apôtre Paul a fait une expérience qui nous arrive à tous : j’ai prié… mais je n’ai pas été exaucé. 

Ça fait mal de ne pas être exaucé quand on a prié non seulement trois fois mais 3 ans ou 30 ans. Il n’y a que les super-apôtres qui prétendent qu’ils sont toujours exaucés. La réalité, l’humble réalité, c’est pourtant que nous ne sommes pas toujours exaucés, même quand on est aussi fidèle et consacré que Paul. Vous connaissez certainement des chrétiennes ou des chrétiens exemplaires qui ont vécu des épreuves très douloureuses. A commencer par Jésus !

Le non-exaucement fait parfois encore plus mal que l’écharde… L’écharde de Paul n’a pas été enlevée mais il a reçu une parole de la part du Seigneur : Ma grâce te suffit !

C’est incroyablement fort ! Quel chemin il nous faut parcourir pour arriver à croire que la grâce nous suffit. Si souvent, elle ne nous suffit pas : nous voudrions la santé, la sécurité, la prospérité… et si possible une vie réussie et des objectifs atteints. La grâce de Dieu ne nous suffit pas.

Il ne nous suffit pas de recevoir l’amour de Dieu, sa présence dans la souffrance ; nous voudrions que la souffrance cesse. Il ne nous suffit pas de recevoir son pardon dans la honte ; nous voudrions que nos défauts disparaissent. Il ne nous suffit pas de recevoir sa tendresse dans les conflits ; nous voudrions que les conflits s’apaisent. Il ne nous suffit pas de recevoir sa force dans la faiblesse ; nous voudrions être forts !

Et pourtant, dit le Seigneur, ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse (v.9, TOB).

C’est un miracle ! Un autre miracle que la guérison, mais un miracle tout de même. 

Dans la faiblesse se manifeste parfois une force qui nous soutient ; dans la faiblesse transparait parfois un rayonnement qui vient de plus haut. Comme l’écrit une chrétienne gravement handicapée par la sclérose en plaques :

« Il arrive parfois, et comme par instant, que de l’épreuve jaillisse la preuve d’un élan qui nous maintient debout » (Sandra).

Le témoignage de Joni 

Joni est une jeune fille de 17 ans, pleine de vie au moment de son accident. En plongeant, elle a heurté le fonds de la mer et se retrouve tétraplégique, c’est-à-dire paralysée non seulement des jambes mais des bras et des mains. A plusieurs reprises, elle est encouragée par ses amis à espérer une guérison miraculeuse. Son église organise une nuit de prière ; elle reçoit l’imposition des mains ; à plusieurs reprises on intercède pour elle avec une foi entière. Mais rien ne se passe. A chaque fois, Joni doit digérer sa déception – voire sa dépression – quand elle n’est pas exaucée.

Un de ses amis, Steve, étudie dans une École Biblique. Il l’aide beaucoup à accepter sa situation et à garder confiance en Dieu en ouvrant avec elle les Écritures. Un jour, il lui apprend que le mot grec que la Bible utilise pour parler de la puissance de Dieu est dunamis,

un terme grec qui se retrouve à la fois dans le mot dynamite et dynamo. Il lui montre, Bible en mains, que la puissance de Dieu se manifeste parfois comme de la dynamite : c’est alors le miracle, la guérison, l’exaucement. Gloire à Dieu ! Mais sa puissance se manifeste parfois aussi comme une dynamo[1] : elle produit juste la lumière nécessaire pour que nous puissions avancer dans la nuit.

Joni comprend ainsi que la puissance de Dieu se manifeste comme une dynamo dans sa vie. Elle accepte sa situation et commence à communiquer sa foi de manière rayonnante, alors même qu’elle est dans un fauteuil roulant, totalement dépendante de son entourage. La puissance du Seigneur donne toute sa mesure dans sa faiblesse. Son témoignage a touché des milliers de personnes.[2]

Quand nous ne sommes pas exaucés, nous ressentons de la tristesse, du découragement, de la révolte parfois. Je vous propose de ne pas en rester là, de ne pas nous replier sur nous même, mais de demander au Seigneur de nous donner, comme il l’a fait pour Paul ou pour Joni, une parole qui vienne éclairer notre chemin. Dieu peut nous parler de tant de façons différentes. Demandons-lui avec confiance une parole qui nous permette de rester dans la confiance en Lui.


[1] Sur un vélo, la dynamo est un petit appareil qui produit de l’électricité grâce au frottement du pneu contre sa roulette. Cette électricité permet d’alimenter le phare du vélo.

[2] Joni Eareckson et Joe Musser, Joni, Genève, L’Eau Vive Edition, 1991.

Aujourd’hui, qui dis-tu que je suis? 1700 ans après Nicée. Bienvenue le 22 mars !

« Et vous, qui dites vous que je suis ? » (Matt.16,15) demandait Jésus à ses disciples, dans les Evangiles.

Répondre à la question « Qui est Jésus-Christ ? » est d’autant plus d’actualité qu’elle est centrale pour le christianisme. En elle se dessinent les contours d’une foi qui proclame le Christ seul médiateur entre Dieu et l’humanité. Cette question a été au cœur du concile de Nicée, en 325, où elle a trouvé sa réponse dans l’affirmation de la divinité du Christ. A Nicée est scellée une compréhension trinitaire de Dieu qui restera à travers les siècles le ferment essentiel de l’unité chrétienne, et qui fait définitivement du christianisme un monothéisme singulier.

Notre époque marquée par toutes sortes de quêtes identitaires pourrait-elle se passer de cette question ? Comment ne serait-elle pas concernée ? 1700 ans après, la confession de foi de Nicée n’a pas perdu son actualité. Parce que ses affirmations ont nourri toutes les Eglises, y compris celles de la Réforme, elles ont encore quelque chose à nous dire et méritent d’être formulées dans un langage plus contemporain. 

En proposant une journée de réflexion et d’échanges à cette occasion, les mouvements confessants des Eglises protestantes de France, de Belgique et de Suisse invitent à revisiter cette source à même d’irriguer et d’affermir encore la foi des chrétiens du 21ème siècle. Et ce, alors qu’il était normatif à l’époque de la Réforme, le Credo de Nicée est devenu facultatif dans plusieurs Églises réformées. 

Plusieurs lieux de rendez-vous le 22 mars. Elle se déroulera simultanément dans quatre lieux (France, Belgique, Suisse, Alsace).

Pour la Suisse :

  • ST-LÉGIERHaute Ecole de Théologie de Suisse romande, Route de Fenil 40, 1806
    S’inscrire : auprès de David Bouillon : david.bouillon@het-pro.ch +41 78 735 17 69

Cette journée s’articule autour de trois conférences de 45 minutes chacune, suivi d’un atelier sur le même thème :

  • Depuis la Suisse, Le Christ dans le Nouveau testament par François Rochat, Pasteur et docteur en théologie
  • Depuis la Belgique, Le Christ dans le symbole de Nicée par Pierre-Sovann Chauny, Professeur à la Faculté Jean Calvin (Aix en Provence) et contributeur du blog Par la foi.
  • Depuis la France, Un témoignage fidèle pour notre temps, comment dire aujourd’hui la foi exprimée par Nicée dans des concepts et un vocabulaire audible par nos contemporains) par Julien Coffinet (directeur de La Cause)

Le programme détaillé

Ouverture des portes à partir de 8h30. 9h.00 : Accueil 9h30-9h45 : Introduction
9h45-10h30 : Le témoignage concernant Jésus dans le NT
10h30-11h00 : Ateliers
11h00-11h15 : Pause
11h15-12h00 : Le Christ dans le symbole de Nicée
12h00-12h30 : Ateliers
12h30-14h00 : Pique-nique
14h00-14h45 : Un Témoignage fidèle pour notre temps
14h45-15h30 : Ateliers
15h45-17h00 : Célébration et conclusion

Lire aussi de Martin Hoegger : Le Rassemblement pour un Renouveau Réformé et le credo de Nicée-Constantinople

Pour Noël 2025

Cette magnifique histoire est parvenue à notre connaissance le 24 décembre. Trop tard pour vous l’offrir à Noël 2024. Elle viendra volontiers enrichir vos célébrations ou vos fêtes de famille l’an prochain !

Le visiteur de Noël

Au soir du 24 décembre 1698, dans une auberge des Cévennes, quatre soldats, quatre  « dragons », s’apprêtaient à quitter avec regret dans une salle chaude et joyeuse la grande cheminée où rôtissaient des chapelets d’oies dodues.

Par ordre du Roi Soleil, ils devaient réduire à merci les protestants de cette région qui n’avaient pas abjuré leur foi après la Révocation de l’Édit de Nantes et par conséquent déclarés « hors-la-loi ».

Un soir, l’intendant du Languedoc Bâville les avait chargés d’une mission : mettre la main sur un meneur, un certain Laurent Ravanel, inspiré et prédicant au Désert, peigneur de laine de profession, compagnon de Cavalier, et connu pour les assemblées clandestines qu’il tenait dans la région. Leur plan était de lui tomber dessus par surprise. Ils partirent à pied dans la montagne, déguisés en bergers.

Luttant contre les tourbillons de neige, ils parvinrent péniblement à une bergerie à l’entrée du hameau où habitait ce Ravanel.

Leur jeune capitaine, Gabriel de Vignancourt de Pétigny-Pervanchelles, avait décidé de garder pour lui la gloire de ce fait d’armes; il enjoignit à ses hommes de rester dans la bergerie, prêts à accourir au premier signal. 

Et le voilà parti, seul, vers la maison du rebelle ; il appuie sur le loquet et la porte s’ouvre.  La fille de Ravanel était là, devant lui, une enfant, âgée de sept ou huit ans tout au plus. Pâle et droite dans un grand châle noir, pétrifiée devant ce visiteur du soir à la dégaine peu rassurante qui débarquait chez elle.

A la vue de ce berger inconnu, couvert de neige, au visage fermé, elle eut peur, la fille du prédicant. Que faisait là cet étranger ? Mais son doux visage s’éclaira d’un sourire… et elle se jeta à son cou ! 

Le dragon surpris restait coi, ne sachant que dire, regardant autour de lui : sur la nappe blanche de la table, un bouquet de houx jaillissait d’un pichet, deux assiettes de faïence, un bougeoir d’étain, une chandelle allumée ; tout n’était que paix et sérénité.

– Entrez, je vous attendais, dit la petite.

– Où est ton père ?

– Parti dans la montagne pour l’office de Noël ; mais vous prendrez bien la soupe de castagnes, toute chaude et des beignets de sarrasin au miel, avec un bon vin chaud épicé à la girofle ?

– Tu m’attendais, dis-tu ?

– Bien sûr, c’est vous le visiteur de Noël.

– Le « visiteur de Noël » ? 

– Oui, celui que Mamée m’avait annoncé.  

Elle me disait souvent : « Si un visiteur frappe à ta porte un soir de Noël, ouvre-lui vite ; c’est peut-être un fugitif qui court dans la montagne pour échapper à ceux qui nous persécutent, et que le Seigneur nous envoie. Ou c’est peut-être un ange qui parcourt la terre pendant la sainte Nuit pour annoncer la Bonne Nouvelle de la naissance du Sauveur. Il doit toujours y avoir pour lui une assiette à remplir de soupe chaude et un bon feu pour qu’il y délasse ses pieds. Après, il te bénira toi et les tiens ».

Un peu gêné, l’homme détourna la conversation :

– Comment t’appelles-tu petite ?

– Droulette, pour vous servir.

– Eh bien, Droulette, j’ai faim et j’ai froid. Sers moi donc à dîner ; nous attendrons ton père ensemble.

– Mon papa aussi doit avoir faim et froid dehors par une nuit pareille, mais il faut bien qu’il aille porter la Parole de Dieu à tous ceux qui se cachent dans les grottes, poursuivis, traqués.

Par reflexe, le dragon demanda : 

– Dans quelles grottes, le sais-tu ? Mais aussitôt, il se mordit la lèvre.

Comme si elle n’avait pas entendu, la petite poursuivit :  

– C’est terrible quand ils se font prendre, si vous saviez ! Ils sont jetés en prison, envoyés aux galères et le plus souvent massacrés. Je tremble chaque fois que je vois partir mon papa, car je ne sais jamais s’il va revenir, comme beaucoup d’autres, mais je suis si heureuse que le Seigneur se serve de lui pour donner de l’espérance et de la lumière à tous ces pauvres gens.

En entendant ces mots, Gabriel de Vignancourt ne put porter sa cuillère à la bouche. Tout à coup, il ne pouvait plus rien avaler !  Il se rappelait une « assemblée » surprise en pleine nuit et transformée en carnage ; il entendait les cris de ceux qu’ils avaient transpercés, les supplications des femmes, épouses et mères, les hurlements des enfants et les dernières paroles du prédicant : 

– Vignancourt, Vignancourt, pourquoi nous persécutes-tu, toi qui te dis chrétien ?

Il n’avait plus faim, il avait hâte de partir. Mais Droulette, déçue, disait :

– Mon papa ne vous verra donc pas, mais… (elle hésitait, n’osait pas formuler sa requête…) mais pourriez-vous, avant de partir, me lire la belle histoire de Noël ?

Devant la mine ahurie de Gabriel, la petite fille ajouta :

– Je comprends le français, mais je ne le lis pas encore très bien. Papa rentre tard, fatigué, il n’aura pas le temps. Alors si vous ne voulez pas me lire la Bible, je n’aurai pas de Noël. S’il-vous-plait. 

Et en prière, elle joignit ses deux petites mains. Le brillant officier était incapable de prononcer une parole. 

Elle plaça alors devant lui un pauvre bouquin relié de parchemin usé, mal imprimé, corné. C’était le livre interdit, écrit en français ! 

Gabriel osait à peine le feuilleter, saisi d’une crainte et d’un respect étranges. Mais comment refuser à cette innocente ? Et malgré lui, il commença :

« Il y avait dans cette contrée des bergers qui couchaient aux champs, la nuit, pour garder leur troupeau. Un ange du Seigneur leur apparut… »

Lorsqu’il eut fini, il resta un long moment rêveur. Les paroles de Noël chantaient dans son cœur, éveillant de lointaines et étranges résonances. Il lui semblait qu’une enfance inconnue se glissait dans sa mémoire radieuse et pure.

– Je crois que… je crois que je ne pourrai pas être des vôtres ce soir, petite, si tu voulais m’excuser auprès de ton père…

Ne recevant pas de réponse, il leva les yeux. Droulette dormait, la joue posée sur ses bras repliés, une joue rose comme un pétale de fleur. Les cheveux bouclés se répandaient sur la table, pareils à une toison d’agneau. 

Gabriel sourit. 

– Dors ma Droulette, dors. N’aie pas peur, aie confiance ; je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ton père soit épargné. Je le jure sur cet Évangile qui nous est commun. 

Il chercha et trouva une plume et de l’encre et écrivit sur la page de garde du livre saint :

– Le visiteur de Noël priera pour toi et pour ton père.

Puis il ajouta en guise de post-scriptum : 

– Il faut vous cacher, d’autres visiteurs – moins bienveillants – pourraient venir.

S’inclinant alors devant la mignonne endormie, aussi profondément qu’il l’eût fait à Versailles, il quitta celle qui serait désormais dans son cœur, la petite sœur qu’il n’avait jamais eue.  Il ouvrit la porte et s’enfonça dans la nuit. 

Dans la bergerie, ses camarades se tenaient recroquevillés sous leurs manteaux.

– Holà ! cria Gabriel dans les ténèbres, allons-nous en, j’ai tout retourné dans cette maison, je n’ai trouvé personne. Ah, on les a prévenus de notre visite et ils ont dû s’enfuir. Rentrons en ville, nous trouverons peut-être quelques restes de ce réveillon qui nous est passé sous le nez. 

Et il les entraîna sans peine.  Le chemin lui parut moins dur qu’à l’aller, car il portait en lui  une force et une lumière nouvelles. 

Et à mesure que Gabriel avançait vers son destin, là-bas, de l’autre côté de la montagne, un homme descendait rapidement, un livre sous le bras, vers une pauvre maison où l’attendait une petite fille endormie et confiante.

L’aube de Noël se lèverait bientôt. La mille six cent nonante-huitième aube depuis la naissance d’un petit enfant pour qui les anges avaient proclamé :

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »

Extrait de  Protestants dans la Ville    

Lu sur le site les Avents de Nicole et Pierre

Adaptation : Bernard Locoge

Elle a tout donné !

Gérard Pella médite cette étonnante page de l’Evangile, où Jésus regarde les gens mettre de l’argent dans le tronc…

Vous imaginez ?

Jésus regarde ce que les gens mettent dans le tronc !

Il voit ceux qui mettent une jolie somme.

Il voit aussi une dame qui met deux petites pièces, toutes petites, quelques centimes.

Vous imaginez la situation aujourd’hui ?

Si Jésus regardait ce que nous donnons pendant l’offrande, ce serait gênant !

Surtout que Jésus constate non seulement ce que nous donnons mais ce que nous gardons pour nous :

« En vérité, je vous le déclare, cette veuve pauvre a mis plus que tous ceux qui mettent dans le tronc. Car tous ont mis en prenant sur leur superflu : mais elle, elle a pris sur sa misère pour mettre tout ce qu’elle possédait, ce qu’elle avait pour vivre » (v.43-44).

On peut se demander si cette veuve s’est sentie obligée de donner tout ce qui lui restait quand on lit, deux versets plus haut, que Jésus reproche aux scribes de « dévorer les biens des veuves » (v.40).

Il faut reconnaître que certaines obligations religieuses pèsent parfois très lourd.  Je pense à la dîme en l’occurrence.

C’est une pratique magnifique qui consiste à consacrer à Dieu le dixième de son revenu pour répondre non seulement aux besoins religieux mais aussi sociaux et communautaires, comme l’indique Deutéronome 14 :

v.22 : Tu prélèveras chaque année la dîme sur tout le produit que tu auras semé et qui aura poussé dans tes champs.

v.23 : Devant le Seigneur, ton Dieu, au lieu qu’il aura choisi pour y faire demeurer son nom, tu mangeras la dîme de ton blé, de ton vin nouveau et de ton huile, et les premiers-nés de ton gros et de ton petit bétail. (…)

v.27 : Quant au lévite qui est dans tes villes, lui qui n’a ni part ni patrimoine avec toi, tu ne le négligeras pas.

v.28 : Au bout de 3 ans, tu prélèveras toute la dîme de tes produits cette année-là, mais tu les déposeras dans ta ville ;

v.29 : alors viendront le lévite (…), l’émigré, l’orphelin et la veuve qui sont dans tes villes, et ils mangeront à satiété, pour que le Seigneur ton Dieu te bénisse dans toutes tes actions. »

C’est magnifique, vous ne trouvez pas ?

C’est magnifique si cela reste un appel, mais ça peut devenir écrasant si cela devient une obligation imposée sans discernement. Prenons un exemple :

Si on impose la dîme à tous, la personne qui a un revenu de 10’000 francs donnera une grosse somme… mais il lui restera 9’000 francs pour vivre, tandis que la personne qui a un revenu de 3’000 francs donnera une plus petite somme… mais cela prendra sur son nécessaire.

Voilà ce que Jésus fait remarquer à ses disciples :

  • Les riches prennent sur leur superflu
  • La veuve prend sur son minimum vital.

Il est donc injuste d’imposer à tous la même chose.

Notez bien ! Nous naviguons toujours entre les deux extrêmes, entre le rigorisme qui impose la dîme et le laxisme qui se contente de donner le minimum.

Vous me permettez de vous poser une question indiscrète ? Dans votre budget, il y a certainement une ligne pour la santé et notamment les assurances maladies qui augmentent si douloureusement. Est-ce qu’il y a aussi une ligne pour les dons ou est-ce que vous donnez simplement un peu de votre superflu e temps en temps ?

L’apôtre Paul encourage clairement ses lecteurs à donner, mais à donner sans contrainte :

2 Corinthiens 9 :

v.6 : « Qui sème chichement

chichement aussi moissonnera

et qui sème largement

largement aussi moissonnera !

v.7 : Que chacun donne selon la décision de son cœur, sans chagrin ni contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie. »

Si je reviens à notre page de l’Évangile de Marc, je constate qu’elle ne se contente pas de parler d’argent. Qu’est-ce que nous y découvrons ?

3 choses :

  1. D’abord que Jésus regarde et valorise les petites gens, comme cette veuve sans argent. Ces personnes que nous aurions tendance à négliger parce qu’elles n’ont rien à offrir, ou trois fois rien…
    Jésus, dans la même page de l’Évangile, met en garde ses disciples contre les scribes « qui tiennent à occuper les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les dîners ».
    Et, juste après, il met en valeur cette femme apparemment insignifiante.
    Aujourd’hui encore, nous avons tendance à donner plus d’importance à ceux qui occupent les premières places, dans le sport, les Jeux Olympiques ou Paralympiques ont mis en valeur celles et ceux qui ont réussi à prendre les premières places. 

Mais c’est le cas également dans l’économie, dans la politique ou dans l’Église : on s’intéresse à celles et ceux qui occupent les premières places plutôt qu’à celles et ceux qui sont relégués dans l’ombre. Ce n’est pas l’Évangile !

  • Jésus regarde et valorise les petits gestes.
    Cette dame donne les deux plus petites pièces de monnaie qui existent à l’époque.  Elle doit se dire : je suis désolée, je n’ai rien de plus à donner.
    Elle doit peut-être même se sentir inutile, minable, comme certaines personnes qui ont beaucoup donné d’elles-mêmes quand elles étaient actives et qui se retrouvent en EMS. Elles se sentent inutiles et se demandent « A quoi est-ce que je sers ? », « Qu’est-ce que je peux encore apporter aux autres ? ».

Jésus regarde et valorise les petites gens et les petits gestes.
Il valorise le peu que tu peux encore donner !

  • Jésus ne culpabilise pas, il motive !
    Effectivement, c’est étonnant : Jésus ne critique pas ceux qui donnent de leur superflu, mais il donne en exemple celle qui donne tout ce qu’elle a.
    L’Évangile est là : non pas avec les scribes qui savent mais avec celles et ceux qui se donnent.

Vous en connaissez ?

Ils incarnent l’Évangile !

Je pense à cette dame qui a accompagné son mari atteint d’Alzheimer de toutes ses forces, jusqu’à ce qu’elle soit hospitalisée pour des problèmes cardiaques. Il a fallu cela pour qu’elle puisse se résoudre à le confier à un EMS.

Je pense à ce couple qui accompagne depuis tant d’années leur fils autiste. Tout leur emploi du temps, toutes leurs vacances sont impactés par cette prise en charge.

Je pense à cette maman qui est au bout du rouleau à force d’espérer et de veiller sur son fils handicapé.

Je pense à ce couple qui a galéré pendant 7 ans avec leur fille anorexique. Quand, enfin, elle s’en est sortie, c’est le père qui a craqué et qui a eu besoin de soins.

Vous me direz peut-être : ce n’est pas raisonnable ; ils en font trop !
Comme cette veuve pauvre qui donne tout ce qui lui reste. Elle en fait trop !

Comme ces Églises qui connaissent la persécution parce qu’elles se donnent au lieu de se cacher. Ce n’est pas raisonnable !

Jésus les regarde et les valorise parce que c’est la façon de vivre qu’il a choisie, lui aussi. Ce n’est pas raisonnable :

« Lui qui est de condition divine

Il s’est dépouillé lui-même

Prenant la condition de serviteur » (Philippiens 2.6-7).

Il a tout donné pour des humains qui le bafouent…

« Mon corps, donné pour vous…

Mon sang, versé pour vous et pour la multitude, pour le pardon des péchés »

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »

Gérard Pella, pasteur.

Prédication du 20 octobre 2024 à Corsier. Marc 12 : 38-44 (TOB)

Jeûne Fédéral : pour quoi prions-nous ?

Ces dernières années, le R3 a prêté avec conviction sa voix aux diverses initiatives qui cherchent à mettre en valeur le Jeûne Fédéral. Cette année, nous étions nombreux à la Cathédrale de Lausanne dimanche 15 septembre pour célébrer le Seigneur. Le message apporté par Gilles Geiser, pasteur à Aigle, nous a interpellés.Il exprime très simplement et très profondément le sens de la metanoia/repentance et de l’intercession qui caractérisent cette journée solennelle.

Le monde dans lequel je vis est un monde qui cherche à gommer les différences. La culture dans laquelle je vis est une culture qui cherche à éluder les différences.

Parce qu’elles nous énervent. Ça m’énerve que ma femme soit si différente de moi ! … et elle pareil !
Elles nous énervent, nos différences, elles nous irritent, elles nous scandalisent parfois.

Parce qu’elles nous rappellent qu’on a été créés différents.
Alors on nivelle, on gomme, on fait du semblable. Entre les sexes, entre les genres, entre les différentes manières de penser.

C’est notre monde, c’est notre culture, et ça m’impacte plus que ce que je crois ; ça teinte nos réflexions, nos pensées, nos conceptions du monde de manière bien plus profonde que ce qu’on pense.

Sauf qu’elle est bonne, la différence. Elle est voulue de Dieu. J’ai aimé ma femme … parce qu’elle est différente de moi !
On est différents, les uns des autres. Même valeur, bien sûr … mais combien de différences !

Et elle est normale, cette différence, elle est riche, elle est belle, elle est voulue de Dieu, elle est fondatrice de l’amour.
En créant ce monde, Dieu a créé la différence ! et quelles multitudes de différence, de diversité de couleurs, de goûts, d’espèces, de paysages, de fleurs, de senteurs.

La différence n’est pas à craindre nous dit la Bible. Elle est à aimer. Parce qu’elle est voulue de Dieu. Elle est même fondatrice de l’amour.

Le danger, dans notre culture, c’est qu’à force de gommer les différences on va finir par gommer l’amour.

Mais je crois que ce désir de gommer les différences entre nous, il vient de plus loin. Il est le pâle reflet conscient d’une envie plus profonde et inconsciente… celle de gommer les différences en nous et Dieu.

Cette envie de croie qu’entre Dieu et nous, la différence n’est pas si grande. On nivelle…

Soit pour se faire nous, l’égal de Dieu … ça reste un des plus grands désirs de l’humanité … mais force est de constater qu’on n’y arrive pas.

Soit alors on essaye de faire de Dieu l’égal de nous.
Un Dieu pas si fidèle que ça « oui, il a promis des choses… mais bon, hein ? on en promet tous, non ? » 

Pas si juste que ça : « oui… Dieu est juste… mais il accepte un peu les pots-de-vin, quand même … on peut s’arranger, hein ? » Pas si saint que ça « oui, il a dit qu’il était saint… intolérant au mal … mais on va tous aller au paradis, non ? … »

Et on gomme les différences entre Dieu et nous, on le crée à notre image, on renverse la logique de la phrase et du sens de nos vies.

Sauf que … c’est Dieu !

« A qui me comparerez-vous ? De qui me rendrez-vous l’égal ? C’est moi qui suis Dieu, et il n’y en a pas d’autre. Oui, moi seul, je suis Dieu, et comparé à moi il n’y a que néant. » Esaïe 46, versets 5 et 9.

C’est Dieu ! Il est devenu homme, en Jésus-Christ. Oui. Pour nous sauver. Oui. Mais il n’a jamais cessé d’être Dieu !

Infinie, sa sagesse. Inatteignable, sa justice. Eternel son amour. Plus haut que les cieux sa gloire.
Plus profond que les mers sa compassion.
Absolue sa présence. Infini son savoir. Sans fond, sa compassion. Sans limite, sa puissance. Translucide, sa sainteté. C’est Dieu !

La repentance, elle a lieu dans un coeur humain quand il est mis en face de l’absolue pureté des qualités infinies de Dieu.

On ne se repent pas parce qu’on a pris conscience du mal qu’on a fait.
On se repent parce qu’on a pris conscience de l’infinie sainteté de ce Dieu qui nous aime et qui nous a créés.

Ensuite, on regarde à nous, et on prend bien conscience qu’il va falloir plus qu’un bricolage pour faire de nous des hommes capables de rencontrer Dieu.

On se repent quand on prend conscience que, face à son infinie justice, notre bricolage de trois « notre Père » et des prières avant les repas, ça ne suffira pas.
Pas plus que le fait de construire une église ou d’y aller.

Ou d’organiser un jour de jeûne pour notre pays.
Il va falloir qu’on reçoive une justice et un pardon qui vient d’ailleurs que de nous.
On se repent quand on prend conscience que, face à qui Il est, Lui, la seule manière de pouvoir entrer en relation avec Lui, c’est de recevoir une justice qu’on n’a pas confectionnée nous-mêmes. Sa justice qu’il a acquise, Lui, par sa vie.

C’est Dieu ! Justice infinie qui ne pourra jamais tolérer l’injustice, même infime, de nos coeurs.
Absolue fidélité, infinie droiture, qui ne peut tolérer ne serait-ce qu’un infime début de coeur tordu.

Et combien de coeurs tordus ? ici ?
Combien d’infidélité, de mensonges, de méchanceté, de violence, de rabaissement, de cruauté, de meurtres, d’occultisme, de marchandage d’êtres humains, d’impureté sensuelle ou virtuelle en Suisse, cette année ? … Il les a toutes vues !
Combien de meurtres dans le canton de Vaud ?
Combien d’insultes dans ma commune ?
Combien d’égoïsme dans ma vie ?

Une journée de jeûne, ça ne va pas suffire pour rattraper tout ça. Sauf qu’on n’organise pas une journée de jeûne pour rattraper quoi que ce soit.
On organise une journée de prière pour revenir à Dieu.

La repentance, ce n’est pas une baguette magique qui nous permet de rapiécer et blanchir un habit complètement sale et déchiré – en une prière !

La repentance, c’est la prise de conscience que, devant l’infinie justice d’un Dieu à qui rien n’échappe … la seule solution, c’est de recevoir de Lui ce qu’on ne peut mériter, un habit de justice, confectionné par sa vie d’obéissance absolue au Père, qu’on se sentira même indigne de porter … mais qu’il nous donne et qui nous recouvre.
Un habit spirituel qu’on n’aurait jamais pu fabriquer.
Cet habit de justice que Jésus, par sa vie sur terre, nous a acquis, et qu’il donne par son Esprit à tous ceux qui mettent leur foi en lui.

Et on peut le recevoir, par la foi ; parce qu’Il s’est donné, par amour.

Le but d’un jour de prière pour la Suisse, ce n’est pas que la Suisse revienne à ses valeurs, à ses principes, à son passé. Comme si la Suisse était elle-même une idole à protéger !
Le but d’un jour de prière pour la Suisse, c’est que la Suisse revienne à Dieu.

Et le seul chemin pour y parvenir, c’est celui de la Repentance.

Pas pour que Dieu nous bénisse… qu’il nous envoie la richesse, la paix et la prospérité … comme si on cherchait ces choses-là plus que lui-même ! Non !

On ne prie pas pour que Dieu bénisse la Suisse.
On prie pour que la Suisse revienne à Dieu. C’est différent. On prie pour que la Suisse revienne aux choix, aux décisions, aux voies que, de toutes façon, Dieu va bénir parce qu’il l’a promis.
À Sa droiture, Sa compassion, Sa générosité, Sa conception du soin de la veuve, de l’orphelin, de l’étranger et du pauvre.
Et ça nous remet tous en question. Moi le premier.

Le but d’un jour de prière pour la Suisse, ce n’est pas que la Suisse revienne à ses valeurs, à ses principes, à son passé.
Le but d’un jour de prière pour la Suisse, c’est que la Suisse revienne à Dieu. Même si ça nécessite qu’on perde certaines richesses, parce qu’elles étaient fondées sur l’injustice.

Oh, je sais … c’est tellement plus défiant que le fait de prier pour que Dieu bénisse notre pays … parce qu’on a tous envie de vivre dans un pays prospère et avec si possible moins de problèmes qu’en France !

Sauf que Dieu ne bénira pas un pays qui désobéit à ses voies. Ne nous méprenons pas ! Il ne l’a pas fait pour son peuple, son propre peuple, dans l’Ancien Testament, n’espérons pas qu’il le fasse pour la Suisse 2000 ans plus tard !

Dieu bénit les peuples, les pays, les cantons, les familles, les églises, les entreprises, les écoles, les clubs, les associations qui obéissent à ses voies.

Cela passe par la crainte de son nom ; cela passe par l’écoute de sa Parole. Cela passe par un retour à Dieu véritable et puissant de toute une communauté et de ses dirigeants.

Alors prions pour que nous, notre pays, nos autorités, nos familles, nos églises revenions à Dieu et à ses voies que, assurément, bénira.

« Si mon peuple, sur qui est invoqué mon nom, s’humilie, prie et me cherche. Je l’exaucerai des cieux, j’effacerai son péché, et son pays je guérirai. »

Gilles Geiser, septembre 2024.

Le Credo de Nicée dans le protestantisme : évacué, facultatif ou normatif?

Par Martin Hoegger

Quelle est l’actualité du concile de Nicée et la place donnée à son credo affirmant la divino-humanité du Christ ? Voici une question cruciale qui se pose aux Églises protestantes, à l’occasion des 1700 ans du concile tenu en 325 à Nicée dans la Turquie actuelle. Dès le début, l’identité de Jésus a été un « signe de contradiction ».

Normatif à l’époque de la Réforme, le Credo de Nicée est devenu facultatif dans plusieurs Églises réformées. L’anniversaire de sa promulgation sera l’occasion pour elles de réfléchir à nouveau à son importance dans la recherche de l’unité des chrétiens.

Ci-dessous vous pouvez télécharger ma contribution lors du séminaire en ligne du 8 février 2024, auquel ont participé plus de 500 personnes: « Commémorer le Concile de Nicée : le début d’un nouveau départ?

Lire ici ma contribution au séminaire

Elle est suivie d’une étude plus circonstanciée sur le même thème: Lire ici mon étude longue (21 pages)

Lire aussi de Martin Hoegger : Le Rassemblement pour un Renouveau Réformé et le credo de Nicée-Constantinople

 Comment comprendre l’affirmation « Pas d’autre credo que la Bible »?

Par Carl R. Trueman

De nombreux chrétiens ont sans doute déjà entendu l’expression « pas d’autre credo que la Bible« . Peut-être un pasteur l’a-t-il utilisée lors de sa prédication ou quelqu’un l’a-t-il utilisée lors d’une étude biblique ou d’une conversation sur ce que les chrétiens sont censés croire. Cette affirmation est concise et claire. Mais la question clé est de savoir si c’est un principe fidèle et utile pour guider notre réflexion en tant que chrétiens sur la vérité et l’autorité chrétiennes.

Une vérité importante

Avant de critiquer la manière dont le principe « pas d’autre credo que la Bible » est parfois utilisé, il convient tout d’abord de comprendre quelle vérité importante ceux qui l’utilisent tentent à juste titre de protéger. Cette vérité est l’autorité unique et la suffisance de la Bible en tant que source et critère de la doctrine chrétienne. Ce principe scripturaire trouve son origine dans la Réforme, lorsque les réformateurs protestants ont affirmé que de nombreuses affirmations de l’Église médiévale – par exemple le purgatoire, les indulgences et la théorie élaborée de la transsubstantiation – non seulement n’étaient pas justifiées par les Écritures, mais étaient même incompatibles avec l’enseignement scripturaire. Il s’agissait d’inventions ou de spéculations d’une Église qui prétendait avoir accès à une tradition de vérité chrétienne indépendante de la révélation biblique.

Dans ce contexte, l’expression « Pas d’autre credo que la Bible » met en lumière une vérité importante : la Bible fournit le contenu de la doctrine chrétienne et les principes permettant de juger si une affirmation doctrinale est vraie ou non. La justification se fait-elle par la foi ? Oui, car Paul l’enseigne dans l’épître aux Romains. Peut-on acheter la faveur de Dieu par l’achat d’une indulgence ? Non. Non seulement la Bible n’enseigne jamais cela, mais elle enseigne le contraire, comme dans le cas de Simon le magicien dans Actes 8. Il faut donc saluer le désir de protéger la suffisance scripturaire.

Mais cela signifie-t-il que les credo et les confessions – des déclarations de foi qui résument l’enseignement biblique – sont problématiques et ne devraient pas avoir leur place dans l’Église ? L’utilisation d’un credo ou d’une confession signifie-t-elle nécessairement que l’autorité unique de l’Écriture a été compromise ? Ce n’est pas le cas. Et il est important de comprendre pourquoi.

Premièrement, nous devons tous reconnaître qu’aucun chrétien n’a « d’autre credo que la Bible » dans un sens complet et exhaustif. Pour comprendre pourquoi, il suffit de réfléchir au fait que personne ne croit simplement à la seule Bible. Certes, tous les chrétiens, du plus grand érudit biblique au plus humble des nouveaux croyants, croient que la Bible signifie quelque chose. Nous le savons parce qu’aucun prédicateur ne se contente de lire la Bible en chaire. Il l’explique et l’applique à l’assemblée. Et aucun chrétien témoignant auprès de ses amis ou de ses voisins ne se contente de leur donner la Bible ; il propose également de leur expliquer comment la Bible doit être comprise. Et ce que nous pensons que la Bible signifie est notre credo et notre confession, que nous l’écrivions ou non.

La relation entre les credo et l’Écriture

Une fois que nous avons reconnu cette vérité fondamentale, la vraie question n’est pas de savoir si les credo et les confessions sont de bonnes choses. La question est plutôt de savoir si le credo ou la confession que nous avons reflète ou non l’enseignement de la Bible. Et c’est là qu’il est utile de comprendre comment les credo et les confessions sont liés à l’Écriture. Ils ne sont pas antérieurs à l’Écriture, en tant que cadre ayant une autorité ultime sur le sens de la Bible. Ils ne constituent pas non plus un courant distinct de la révélation divine qui se tiendrait seul et aurait sa propre autorité. Ce sont des résumés de l’enseignement biblique et donc, en théorie du moins, corrigibles à la lumière de l’enseignement de l’Écriture.

La théologie systématique dispose d’une paire de termes pour décrire cette relation entre l’Écriture et les confessions. Elle appelle la première la norme normative (Norma normans) et la seconde la norme normée (norma normata). Le premier terme protège le bien que représente l’expression « pas d’autre credo que la Bible » : l’autorité unique et ultime de la Bible pour formuler l’enseignement chrétien et juger de la véracité de toute formule doctrinale.

La seconde, cependant, met en évidence une réalité pratique importante : les Églises (et les chrétiens individuels) fonctionnent dans la pratique en énonçant des doctrines chrétiennes sans toujours ressentir le besoin de citer tous les textes bibliques pertinents ou d’offrir un exposé élaboré sur la manière dont, par exemple, la doctrine de la Trinité est tirée de l’Écriture. En bref, l’un des objectifs des confessions est de fournir un « modèle des saines paroles « , pour reprendre l’expression de Paul, qui expose, en bref, une vérité biblique importante (Cf 2 Tim 1,13 : « Retiens dans la foi et dans la charité qui est en Jésus Christ le modèle des saines paroles que tu as reçues de moi »).

 L’utilisation d’uncredo ou d’une confession signifie-t-elle nécessairement que l’autorité unique de l’Écriture a été compromise ?

Le meilleur scénario pour les chrétiens est donc de reconnaître que nous avons tous des credo et des confessions – nous pensons tous que la Bible signifie quelque chose et que son enseignement peut être formulé de manière concise et résumer la position de la Bible sur toute une série de sujets importants. Mais nous ne devons pas nous arrêter là. À partir de cette reconnaissance, nous nous tournons vers les grands credo et confessions de l’Église pour voir quels « modèles des saines de paroles  » ont été utiles tout au long de l’histoire pour maintenir l’Église fidèle au message de l’Évangile.

Le temps n’est pas une garantie de vérité, mais si un credo – disons celui des Apôtres ou de Nicée – a servi l’Église pendant plus de 1 500 ans, cela en dit long sur la cohérence de son contenu avec ce que dit la Bible. Bien sûr, une Église peut aujourd’hui produire sa propre déclaration de foi. Mais pourquoi réinventer la roue alors qu’il existe déjà des credo et des confessions qui ont fait leurs preuves ?

En outre, l’adoption par une Église d’un credo ou d’une confession historique présente des avantages supplémentaires. Elle rappelle à la congrégation que l’Evangile n’est pas réinventé chaque dimanche. Elle pousse également chaque chrétien à s’identifier à d’autres frères et sœurs à travers le monde aujourd’hui et à travers les âges.

Le presbytérien qui affirme la Confession de Westminster, l’anglican qui affirme les Trente-neuf Articles et le luthérien qui affirme le Livre de la Concorde s’identifient également à de grandes et vastes traditions chrétiennes et se voient ainsi rappeler qu’ils font partie d’une histoire beaucoup plus vaste.

Les credo et les confessions offrent de nombreux autres avantages – doctrinaux, ecclésiastiques et doxologiques – aux chrétiens d’aujourd’hui et à l’Église moderne, mais j’espère que ce qui précède suffira à aiguiser votre appétit pour en savoir plus. Tous ceux qui s’intéressent à la transmission de la foi de génération en génération et de lieu en lieu trouveront dans ces grands documents une aide incommensurable.

Carl R. Trueman (PhD, Université d’Aberdeen) est professeur d’études bibliques et religieuses au Grove City College (USA). Il est l’auteur de « Crisis of Confidence : Reclaiming the Historic Faith in a Culture Consumed with Individualism and Identity ».

Cet article est une traduction de « Unpacking No Creed but the Bible », paru en mars 2024. Voir  https://www.crossway.org/articles/unpacking-no-creed-but-the-bible/

La Trinité et toi !

Cette prédication d’Olivier Delachaux, pasteur à Vevey, nous permet d’aborder de façon toute simple le mystère de la Trinité.

Il y a quelques années, alors que je travaillais avec le comité international de la Croix-Rouge, j’ai eu le privilège d’habiter pendant toute une année avec un collègue de travail musulman nommé Abdou Latif – ce qui signifie serviteur de Dieu – dont je garde un très beau souvenir. Et si le temps ne m’était compté, j’aurais mille et une anecdotes à vous raconter. Mais je me contenterai de vous narrer son air navré le jour où, au cours d’une de nos nombreuses discussions, nous avons parlé de la Trinité. Je l’entends encore, après avoir développé la grandeur et la transcendance d’Allah, me dire dans un grand sourire en secouant la tête : « Dieu ? Avec un fils ? Et en plus une mère, nooon vraiment !». 

Si un Dieu trinitaire est inimaginable pour un musulman – de même que pour un juif – il est loin d’être évident pour tous les chrétiens. Et je me souviens d’un de mes professeurs en théologie qui nous expliquait que le concept de trinité datait des premiers conciles chrétiens. 

Mais, si l’on sonde attentivement les Ecritures, force est de constater que la Trinité est, me semble-t-il, à plusieurs reprises suggérée, et ceci dès le début des Ecritures.
C’est ce que dans un premier temps je vous suggère de voir en nous appuyant sur deux textes de l’A.T. et un du N.T. pour, dans un second, considérer les implications concrètes qu’un Dieu un en trois personnes peut avoir dans notre vie de tous les jours. Et nous le ferons en utilisant l’icône de la trinité de Roublev, que vous trouvez sur le feuillet de culte.

Dans Genèse 18, Abraham s’adresse à trois personnes, tantôt en employant le singulier, tantôt en employant le pluriel. Ecoutez plutôt : 

v. 1 : L’Eternel (singulier) apparut à Abraham.
v. 2 : Abraham leva les yeux et vit trois hommes (pluriel).
v.3 : Il dit : « si j’ai trouvé grâce à tes yeux accepte de t’arrêter chez moi… (singulier).
v. 4 : Alors Abraham dit : «Reposez-vous sous cet arbre» (pluriel). 

Avouez, c’est troublant non ?

Un autre passage de la Genèse – tout aussi troublant – et suggérant lui aussi un Dieu en trois personnes, se trouve au v. 26 du 1er chapitre. Je cite « Dieu dit : Faisons l’homme à notre image et notre ressemblance (pluriel). v. 27 : Et Dieu créa l’homme à son image. » (singulier). 

L’auteur du livre de la Genèse était-il un cancre en grammaire ou ces fautes de syntaxe sont-elles volontaires et porteuses de sens ? 

La réponse se trouve peut-être dans l’évangile selon Marc, lorsque Jésus apparaît pour la première fois dans l’espace public. A quelle occasion était-ce ? Oui c’était lors de son baptême. En effet à la première apparition du Fils dans l’espace public, le Père se fait immédiatement entendre, je cite des extraits de Marc 1/10-11 : «une voix survint des cieux et dit : celui-ci est mon Fils » et simultanément l’Esprit se fait voir en descendant sous la forme d’une colombe. Ici point de grands développements dogmatiques sur la Trinité, juste une évidence. Le Fils apparaît et le Père et l’Esprit apparaissent immédiatement à leur tour dans son sillage, le plus naturellement du monde. 

Et comme pour encore renforcer le tout, les dernières paroles de Jésus – et nous savons tous que les dernières paroles d’un homme ont un poids tout particulier – mentionnent la Trinité : « Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit» (Matthieu 28/19).

Oui la Trinité est bien au cœur des Ecritures. Une Trinité au coeur de laquelle la relation prime et de laquelle sortent 2 commandements relationnels résumant les 613 commandements de la loi judaïque. Ces deux commandements ? L’amour du prochain et l’amour de Dieu. 

Et c’est là que nous en arrivons à l’icône de la Trinité de Roublev. 

Je vous invite maintenant – pour ceux qui sont d’accord de se prêter à ce jeu – à placer votre doigt sur le pied le plus avancé de l’ange de droite. Etes vous sur le bon pied ? Si oui, je vous invite alors à faire glisser votre doigt le long du dos de l’ange de droite et de continuer le mouvement en passant par la tête de l’ange du milieu puis par celle de l’ange de gauche pour enfin redescendre le long de son dos et arriver au pied le plus avancé de ce même ange de gauche. 

Quelle est la figure géométrique que vous avez dessiné avec votre doigt ? Oui un cercle. Mais un cercle incomplet. Un cercle dans lequel il manque le morceau de circonférence entre le pied de l’ange de gauche et le pied de l’ange de droite. Entre ces deux pieds, il y a un espace que peut-être le peintre a laissé intentionnellement libre pour que le spectateur s’y glisse. Et en se glissant dans cet espace il accède alors à la coupe. Une coupe de laquelle déborde l’amour infini qui circule de façon circulaire entre les trois personnes de la Trinité. Un Dieu un en trois personnes dont l’essence est relation. Relation dans laquelle chacun dit à l’autre : toi. 

Le Père dit au Fils : toi ; le Fils dit à l’Eprit : toi ; l’Esprit dit au Père : toi. Et ainsi de suite dans un éternel mouvement, tel une perpétuelle valse à trois temps où chacun cède la place à l’autre en virevoltant et en disant toi toi toi, toi toi toi, toi toi toi. 

Alors contemplant cette danse trinitaire disant la communion d’amour qui brûle au coeur de la divinité, l’humain est invité à se placer au centre de l’icône de Roublev, à se délecter goulûment de la grâce qui déborde de la coupe et à apprendre à danser à son tour en disant à son semblable : toi, toi, toi; toi, toi, toi; toi, toi, toi. 

Amen

Pour une compréhension plus large et plus profonde du Saint-Esprit

Cet exposé du professeur Nicolas Thomas Wright nous offre une vision à la fois solidement biblique et surprenante du ministère du Saint-Esprit et – par conséquent – de celui des chrétiens. Accrochez-vous : il n’est pas tout simple mais vaut la peine !

Introduction

La Bible fournit une grande variété d’images pour nous aider à comprendre l’Esprit. Elle nous parle du vent, avec les termes ruach en hébreu et pneuma en grec, qui signifient à la fois « vent » et « esprit ». A Pentecôte, l’Esprit se manifeste comme des langues de feu, ce qui nous rappelle la colonne de feu dans le désert ou le feu qui descend du ciel quand Elie prie. Au baptême de Jésus la colombe nous rappelle la colombe que Noé a envoyée pour voir si la nouvelle création apparaissait après le méga-baptême du déluge. Sans oublier l’eau, les fleuves d’eau vive que Jésus promet à ceux qui croient en lui.

Dans leur façon de prendre en compte les données bibliques, les chrétiens disent parfois des choses justes mais en les articulant de manière fausse. Je pense à ce jeu qui consiste à reconstituer une image en suivant les numéros qui sont disposés sur une feuille. Si vous suivez les numéros consciencieusement, vous trouverez l’image adéquate. Mais il est aussi possible de relier les points d’une autre façon et d’aboutir à une image différente, que vous aviez peut-être à l’esprit au départ. Vous pourriez par exemple finir par dessiner une girafe à la place d’un lion. C’est ce que nous avons fait parfois en parlant de l’Esprit.

Le christianisme occidental a souvent vécu dans un monde radicalement divisé entre « naturel » et « surnaturel », où le but consiste à quitter la  » terre » pour aller au « ciel » ; dans l’intervalle, un Dieu plutôt distant intervient parfois, puis se retire à nouveau. Les gens parlent alors de l’Esprit comme s’il intervenait du dehors. Ce faisant, ils relient les points de manière erronée. Dans l’Écriture, on voit effectivement le Saint-Esprit qui nous surprend en agissant de manière souveraine (on-off) mais on le voit aussi à l’œuvre de manière plus profonde et plus stable, comme l’énergie qui fait advenir la nouvelle création.

Je propose donc de comprendre l’Esprit comme le souffle puissant de la nouvelle création. Quand la nouvelle création arrivera pleinement – les nouveaux cieux et la nouvelle terre qui nous sont promis – ce sera l’oeuvre de l’Esprit, lui dont la puissance a ressuscité Jésus, lui qui maintenant déjà produit la nouvelle création en nous (même si c’est pénible et coûteux) et par nous, par notre mission dans le monde. Pour bien comprendre cette mission, dynamisée par l’Esprit, je propose de la concevoir dans une perspective biblique beaucoup plus large, celle de la création et de la nouvelle création. Nous comprendrons mieux la théologie de la mission du Nouveau Testament si nous en visitons les racines dans l’Ancien Testament. Nous verrons comment la promesse biblique d’une nouvelle création et l’impulsion missionnelle suscitée par l’Esprit font partie du plan du créateur depuis le début et trouvent tout leur sens dans cette perspective.

Création et tabernacle

La création originelle est présentée comme la construction d’un temple. Dans le monde ancien, quand on a construit un temple, on y place une image du dieu, pour que ce dieu puisse être présent et agissant dans le monde environnant et pour que le monde puisse voir et vénérer ce dieu. Dans la Genèse, le Dieu Créateur place l’être humain, homme et femme, pour être son image dans le monde. Il est placé à la jonction entre les cieux et la terre, pour exprimer les louanges de la terre devant le trône des cieux et pour être le moyen par lequel la sagesse aimante des cieux va irriguer la terre. Toute la mission du peuple de Dieu est l’application spécifique, dans des circonstances nouvelles, de cette vocation humaine originelle. La célébration et la mission sont la vocation bi-directionnelle de celui qui porte l’image de Dieu.

A ce sujet, les conceptions occidentales du christianisme ont dessiné une girafe au lieu d’un lion : une girafe qui symbolise la vision du monde platonicienne, qui étire son cou toujours plus haut, en s’éloignant du sol pour toucher le monde soi-disant « surnaturel ». L’AT ne voit pas les choses ainsi ; il présente la vocation humaine dans des passages à connotation royale, comme le Psaume 8, qui expriment la vocation humaine comme étant de dominer le monde, les animaux en particulier. Cette fonction, qui est réservée au roi dans le monde ancien, est maintenant démocratisée ; c’est tous les humains qui sont appelés à être des porteurs de l’image.

Les théologiens occidentaux, marqués par l’héritage platonicien, ont eu beaucoup de peine à comprendre cette mission. La mission de Dieu dans le monde ne signifie pas que Dieu fait tout et que nous nous contentons de regarder. Mais elle ne signifie pas non plus que c’est à nous de tout faire, par nos propres forces, avec Dieu comme simple spectateur. Le souffle puissant de l’Esprit signifie à la fois que Dieu est à l’œuvre et que nous agissons, précisément parce qu’il y a une connivence – puisque nous sommes les porteurs de son image – entre ce que Dieu veut faire pour et par nous et ce que nous voulons faire lorsque nous sommes en harmonie avec lui (in tune with God).

Évidemment, en disant « quand nous sommes en harmonie avec Dieu », nous voyons immédiatement le problème ! La Bible montre, page après page, que les humains ont tourné le dos à leur vocation, ont écouté la voix du serpent, ont été chassés du jardin… et que les rois et prêtres d’Israël, eux aussi, ont abandonné leur véritable vocation et ont été exilés à leur tour. Que répond la Bible face à ce problème ? La réponse n’est pas que nous pouvons nous échapper du monde et aller au ciel. La réponse, c’est que le royaume de Dieu a été mis en route, « sur la terre comme au ciel », et que – par le Messie et par l’Esprit – le Dieu créateur a renouvelé la vocation originelle de l’être humain : être porteur de son image.

La puissante Présence divine dans le tabernacle

Reprenons les grandes lignes du projet de Dieu : au travers d’Abraham et de sa famille, Dieu veut créer une grande famille, vaste comme le monde. Et, par ce pays particulier qu’il lui promet, Dieu revendique tout le monde créé. La famille et le pays d’Abraham sont donc des poteaux indicateurs qui manifestent l’intention du créateur d’inonder et de transformer la création tout entière par son amour puissant. 

Dieu, le Créateur, veut renouveler les cieux et la terre de fond en comble ; mais comme il a choisi dès le départ de faire un monde où les éléments centraux de son projet doivent advenir par l’intermédiaire des humains porteurs de son image, il a appelé un peuple à être le peuple du ciel et de la terre. Il le prépare donc pour le Tabernacle, dans lequel sa Présence demeurera avec eux, au milieu d’eux, pour les conduire vers le pays de la Promesse. Le Tabernacle est donc construit, malgré le péché du veau d’or. Le Tabernacle est un modèle réduit du cosmos (cf. Philon) que Dieu vient remplir de sa présence (Exode 40).

Le temple de Salomon est lui aussi un modèle réduit de la création. Ce n’est pas un lieu de repli hors du monde, c’est un poteau indicateur de ce que Dieu veut faire pour toute la création : la terre sera remplie de la connaissance de la gloire Dieu comme la mer que comblent les eaux (Habacuc 2,14). Pour les premiers chrétiens, cette promesse a été accomplie en Jésus et elle est en train de s’accomplir par le souffle puissant de l’Esprit.

Jean et Paul : l’Esprit et la nouvelle création

En Jésus, la présence divine est enfin revenue ; c’est là une conviction centrale des premiers chrétiens. « La Parole est devenue chair et elle a planté sa tente (tabernacle) au milieu de nous » (Jean 1,14). Ce langage fait référence au tabernacle/temple et indique que, dans la personne de Jésus, la nouvelle création a commencé.

Ce que Dieu accomplit de manière unique en Jésus, il le fait ensuite par Jésus, par son souffle puissant, pour ceux qui suivent Jésus. Dans l’Évangile de Jean en particulier, nous trouvons la promesse de l’Esprit, qui va susciter la nouvelle naissance, générant une forme renouvelée d’existence humaine et mandatant les disciples de Jésus pour la mission, qui est précisément la mission de la nouvelle création dans le monde. 

En Jean 7, les fleuves d’eau vive coulent de Jésus comme ils coulent du Temple dans la vision d’Ezéchiel. Et les disciples, une fois que la mort de Jésus les aura purifiés, verront à leur tour l’Esprit jaillir de leur cœur. 

Quand Jésus souffle sur eux, en Jean 20, il procède comme Dieu lorsqu’il soufflait dans les narines des premiers humains le souffle de vie. Mais il s’agit maintenant de la vie de la nouvelle création, la vie par laquelle le projet originel de la création, contrecarré par le péché et l’idolâtrie des humains, reprend son cours. 

Quand Jésus dit aux disciples : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20,21) et quand il les équipe de son Esprit pour qu’ils puissent assumer cette responsabilité, il exprime qu’ils doivent être pour le monde entier ce que lui, Jésus, a été pour Israël. Ils doivent être le peuple du nouveau Temple, le peuple du nouvel exode, un peuple dans lequel souffle l’Esprit de la nouvelle création. Voilà pourquoi leur tâche solennelle de pardonner ou de retenir les péchés est si important.

Dans l’épître aux Ephésiens, le Saint-Esprit est décrit comme le « gage de notre héritage » (1,14). Quel héritage ? Les chrétiens d’Occident ont souvent répondu : le ciel ! Mais, ce faisant, ils dessinaient plutôt une girafe qu’un lion, sous l’influence du platonisme, ou même du gnosticisme, opposant le ciel et la terre. Ephésiens dit au contraire que le projet de Dieu est de « tout réunir sous l’autorité du Messie, aussi bien ce qui est dans le ciel que ce qui est sur la terre. » (1,10). Le ciel et la terre ne doivent pas être dissociés ; ils doivent être réunis et l’Esprit est à la fois le signe et le moyen qui rend cet avenir déjà présent.

Si nous sommes appelés à être le peuple en qui le ciel et la terre se réunissent, cela devra se manifester par une façon de vivre qui reflète l’image de Dieu (ch.4) et par l’unité de l’Église, juifs et païens réunis en un seul corps (ch.2). Si vous vous engagez dans ce projet, préparez-vous au combat spirituel (ch. 6).

« Quand le souffle puissant de la nouvelle création rassemble les disciples de Jésus de toutes sortes en une seule famille, les autorités du monde, qu’elles soient spirituelles ou politiques, sont confrontées à une réalité qui les laisse sans voix. La nouvelle création parle d’elle-même. » (p.11).

Dans l’épître aux Romains (chapitre 8), le ministère de l’Esprit ne vise pas à produire simplement des expériences religieuses ; il ne se borne pas à ouvrir le cœur des gens dans le but que leur âme puisse aller au ciel quand leur corps sera mort. Son objectif final est le renouvellement du monde par le renouvellement des humains. Dieu a toujours eu pour but de gouverner le monde par l’intermédiaire de l’humanité, rendue conforme à l’image de son Fils (v.29). « Nous sommes appelés à être enfin ce sacerdoce royal, participant à la louange que la création rend à Dieu mais aussi au règne souverain de Dieu sur la création. Voilà la véritable vocation de l’Église, voilà sa mission dans le souffle de l’Esprit : non pas attraper les gens pour les faire sortir du monde et entrer dans un ciel platonicien, mais – grâce au souffle de l’Esprit – être des agents de renouveau pour les humains et pour toute la création, ici et maintenant. » (p.12).

Nous participons à cette mission de porteurs de l’image de Dieu, conduits par l’Esprit vers la nouvelle création, de deux manières : la souffrance et la prière. Nous sommes « héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui afin de prendre aussi part à sa gloire » (Romains 8,17 SG21). Cette souffrance n’est pas juste un mauvais moment à passer avant d’accomplir notre tâche réelle. Comme ce fut le cas pour Jésus, la souffrance est la façon dont la douleur, la honte et la peine du monde sont concentrées sur le « temple-en-personne » (Jésus) ou le « temple-peuple », la communauté remplie de l’Esprit, pour que le nouveau monde puisse naître.

Parce que notre vocation est d’être le sacerdoce royal, notre vocation sacerdotale consiste à porter les prières et les louanges de la création devant le trône de Dieu. Mais si la création est dans la peine et la lamentation, qu’est-ce que cela implique ? Cela signifie que l’Église sera aussi dans la peine et la lamentation au cœur de la souffrance du monde. Et parce que nous sommes le peuple du nouveau tabernacle, le peuple dans lequel la gloire divine est revenue sous la forme de l’Esprit, l’Esprit gémit en nous qui attendons notre adoption, la rédemption de nos corps et le renouvellement de toute la création. Le gémissement et la lamentation sont au centre de notre façon de vivre la vocation exprimée dans le Psaume 8. Ce n’est pas la seule chose que signifie une mission conduite par l’Esprit ; mais si cette mission n’est pas centrée ainsi, elle n’est pas fidèle à l’Évangile. Le cri de Jésus (mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?) est prolongé par l’Esprit dans l’Église : le gémissement de l’Esprit dans le cœur de l’Église, au cœur de la souffrance humaine. « Et celui qui scrute les cœurs sait quelle est l’intention de l’Esprit : c’est selon Dieu en effet que l’Esprit intercède pour les saints » (Romains 8,27).

En tant que peuple du Nouvel Exode, qui est conduit par l’Esprit vers la nouvelle création, nous sommes appelés à partager et à porter la souffrance du monde par une prière torturée et souvent sans paroles.

            Les gens parlent parfois de l’Esprit comme s’il nous était donné pour que nous nous sentions heureux et détendus. Cela peut effectivement arriver mais cette attente ressemble étrangement à une tentative d’utiliser l’Esprit pour répondre aux aspirations occidentales modernes. Dans le NT, l’Esprit a conduit Jésus au désert après son baptême et l’Esprit conduit l’Église dans des lieux de souffrance et de danger pour que la nouvelle création puisse se manifester précisément dans ces endroits où l’on en a le plus besoin. Nous ne devrions pas être surpris que l’Esprit nous conduise dans des remises en question, des gémissements et des douleurs d’accouchement. L’Église est appelée à se tenir là où le monde souffre, précisément pour que l’Esprit, la présence vivante du Dieu aimant, puisse être là, gémissant vers le Père depuis les profondeurs de la souffrance du monde, de notre propre souffrance, des perplexités et des douleurs de l’accouchement du monde nouveau. Voilà ce qui advient lorsque le Souffle puissant de la nouvelle création nous est donné par le Père de Jésus, le Messie crucifié et le Seigneur ressuscité.

            Nous sommes appelés à être le peuple du « déjà et pas encore » : pas le genre de charismatiques joyeux et superficiels qui peuvent revendiquer l’Esprit pour des solutions instantanées dans toutes les situations (pensez à Jésus qui refuse d’appeler les anges à la rescousse dans le jardin de Gethsémané), mais des charismatiques sages et mûrs qui se servent du parler en langues, de la prophétie et de tout ce qui vient du souffle de l’Esprit pour accomplir la mission plus large d’être un sacerdoce royal qui exprime sa prière de lamentation au cœur de la lamentation du monde. Le but de tout ceci n’est pas que nous puissions quitter ce monde pour nous envoler vers un endroit sûr quelque part ailleurs. Le but, c’est que le monde nouveau puisse venir au jour à partir des entrailles agonisantes du monde ancien.

Cet exposé du professeur Wright (“The Powerful Breath of the New Creation”) a été publié dans l’ouvrage collectif Veni, sancte Spiritus ! Contributions théologiques à la mission de l’Esprit, Münster, Aschebdorff Verlag, 2018, pages 1 à 15. Il est résumé ici en français par Gérard Pella.

Le fil à plomb, une critique d’Israël ?

Le fil à plomb. C’est une très belle image que le prophète Amos reçoit du Seigneur (Amos 7.7-17). Il voit un fil à plomb qui permet de mesurer si le mur que l’on construit monte droit. Luc Badoux nous permet d’approfondir cette métaphore et de l’appliquer à notre vie. Dans le contexte politique actuel, cette métaphore est explosive !

Amos est précisément chargé par le Seigneur de faire savoir à Israël que leur mur ne monte pas droit, que la société qu’ils bâtissent et les rapports humains qu’ils établissent ne s’élèvent pas de façon droite. 

On est en 760 av JC. Amos arrive de son village de Técoa, situé dans le Royaume de Juda où il est berger. Il monte dans le Royaume d’Israël plus prospère que Juda. Il monte dans le Nord comme en France on monte à Paris. Puisqu’à ce moment-là le grand voisin qu’est l’Assyrie a d’autres chats à fouetter que de menacer Israël, les gens de Samarie peuvent s’adonner au commerce. Certains font beaucoup d’argent. C’est un temps d’opportunités économiques. Amassia, prêtre du sanctuaire royal de Bethel participe à cette prospérité. L’important pour Amassia comme pour le roi, c’est que le mur qu’Israël élève monte haut.

Amos vient lui dire de la part du Seigneur que peu importe la hauteur du mur, il doit monter droit, en respectant les droits du plus faible.

Amos ne dit pas les choses aussi poliment que moi aujourd’hui. Ses propos sont incendiaires. Ce qu’il annonce à Amassia qui refuse de l’écouter fait froid dans le dos : « Ta femme sera réduite à se prostituer, tes fils et tes filles seront massacrés, toi-même tu mourras en pays païen et la population d’Israël sera déportée loin de sa patrie. » 

Il faut dire qu’Amassia de son côté méprise Amos et la parole qu’il porte. Ce petit berger venu d’une région pauvre du sud d’Israël ne récolte que son mépris. Amassia veut renvoyer Amos d’où il vient. Amassia incarne l’arrogance des puissants, de ceux qui savent, de ceux qui sont bien établis. Il ne voit pas ce que vient faire au temple ce berger sans instruction, cet empêcheur de commercer en rond. Que peut-il comprendre de Dieu, lui qui ne voit pas tout ce que fait Amassia pour que le sanctuaire de Bethel prospère ? 

Amassia a deux problèmes : c’est premièrement que Dieu ne s’intéresse pas d’abord à la prospérité du sanctuaire de Bethel et deuxièmement que le sanctuaire de Bethel n’impressionne pas Amos. Ce que Dieu donne de voir à Amos, c’est l’injustice sociale, c’est le riche qui vend comme esclave le pauvre qui lui doit de l’argent. Amos découvre un système juridique qui humilie les faibles. Il voit aussi les moeurs sexuelles débridées des pères et des fils qui couchent avec une même femme. Ce qui le frappe, c’est l’absence d’égards pour les plus petits, l’absence de compassion pour les gens en difficulté, l’absence de respect pour les commandements de Dieu. Amos arrive en Israël avec un regard neuf et extérieur, et au travers de lui, c’est le Seigneur qui regarde Israël. Le Seigneur ne se laisse pas impressionner par la prospérité de Samarie mais par le niveau d’injustice. Le Seigneur veut que la prospérité profite à tous. Ce qu’il veut c’est la compassion. Légalement, le pauvre qui doit de l’argent et ne peut pas le rembourser est en situation d’être vendu pour payer sa dette, c’est vrai. Mais un riche qui fait cela à son frère en Israël déshonore le Seigneur, même s’il est dans la légalité. L’important aux yeux du Seigneur n’est pas que le mur que construit Israël monte haut, c’est qu’il monte droit. 

Pour comprendre cela et ce que cela implique, il faut que tous – et les prêtres en premier – recherchent le regard du Seigneur et sa Parole. «Réveillez-vous, gens d’Israël, sachez que le Seigneur ne reste pas enfermé dans le sanctuaire, il en sort et regarde autour de lui. » Le Dieu dont Amos parle é Amassia va au marché et il observe comment les marchands se comportent. Il va dans les rues et voit les maisons des riches et les conditions dans lesquelles vivent les pauvres. Il observe les gens, leur fidélité, les comportements entre hommes et femmes, leur rapport à la sexualité. Il en conclut que les sacrifices que lui offrent les Israélites sont sans valeur. Ils ne correspondent pas à l’offrande d’un coeur bien disposé.

Israël a besoin du fil à plomb de la Parole de Dieu. Israël doit s’en saisir et se demander devant Dieu comment gérer la richesse et la prospérité. Mais Amassia, tout prêtre qu’il est, ne veut pas de ce fil à plomb. C’est pour cela qu’il disqualifie Amos en le traitant d’agitateur politique parce qu’il parle de compassion et de justice. « Si Amos veut jouer les prophètes, qu’il le fasse chez lui, à Juda. » « Qu’Amos retourne dans son village de Técoa, que Dieu reste au sanctuaire et les vaches seront bien gardées. » Voila ce que veut Amassia en bon gestionnaire du temple. Résultat : tout le monde pourra continuer à mener sa vie comme il l’entend.  

Mais, au travers d’Amos, c’est le Seigneur lui-même qui sort de ce sanctuaire où tous essaient de l’enfermer. C’est lui qui vient avec son fil à plomb juger de la droiture de ce que chacun construit et c’est lui qui annonce que sa colère sera dévastatrice pour beaucoup.  

Je pense qu’ici dans la paroisse, on boit du petit lait en entendant ça. Parce qu’on sait bien que Dieu ne nous donne pas rendez-vous seulement le dimanche au culte ou quand nous le prions. Et on se propose d’aller secouer nos politiciens et le Synode et le Conseil synodal et de leur apporter un fil à plomb.

C’est juste ! Nous avons la responsabilité d’exercer un rôle prophétique dans le monde et jusque dans l’Eglise, de porter le fil à plomb de la Parole de Dieu partout où des murs sont dressés haut sans monter droits. Dieu nous donne sa parole pour que nous interpelions le monde, les médias et l’Eglise. Et je pense que l’on a tous en tête des points précis sur lesquels nous voyons notre monde perdre le nord. Ce rôle prophétique demande du courage, de la pugnacité, de la clairvoyance pour s’engager dans les bons combats. Les lettres de Paul nous appellent à prier pour nos autorités mais Amos nous ouvre aussi le chemin pour les interpeler. C’est ce que fait le R3, le Rassemblement pour un renouveau réformé que préside Gérard Pella et dont plusieurs fidèles ici sont membres. 

Mais la 1ère étape sur ce chemin d’interpellation, c’est toujours de commencer par … soi-même, par appliquer le fil à plomb à sa propre vie. Nous courons en effet tous le risque de nous focaliser sur ce que le fil à plomb démontre quant aux compromissions des autres suivant l’histoire de la paille et de la poutre. 

Je pense qu’on a tous des domaines dans lesquels on veille à être droit, à exercer la droiture selon Dieu. Et d’autres domaines auxquels on est moins sensibles.

Pour appliquer le fil à plomb de la parole de Dieu à nos vies, c’est important qu’on ne disqualifie pas les interpellations d’autres chrétiens qui mettent des accents différents des nôtres. Sinon, on risque de faire exactement comme le riche et cultivé Amassia faisait avec Amos qui venait du Sud sous-développé. Attention à l’arrogance de ceux qui savent, des nantis, de ceux qui par une longue appartenance à l’Eglise ont domestiqué Dieu et sa Parole. Derrière celui qui nous interpelle, c’est peut-être le Seigneur qui nous parle. 

Moi qui suis pasteur, un homme cultivé, d’une famille bien établie dans un pays prospère, j’ai un profil un peu trop proche de celui d’Amassia pour ne pas prendre très au sérieux les paroles menaçantes d’Amos pour moi-même.

Ainsi, avant de penser à tout ce que les autres ont à changer, dans la société qui s’éloigne de Dieu ou dans l’EERV, je dois me saisir du fil à plomb de la Parole de Dieu pour ma propre vie. Qu’en est-il de mon rapport à l’argent et à la propriété. Qu’en est-il de mon rapport aux plus démunis qui habitent tout près de chez moi (à la rue Général Guisan) ? Qu’en est-il de la construction morale de ma vie ? des relations dans ma famille ? de la façon dont on y prend soin des aînés ? Que le fil à plomb de la Parole de Dieu me préserve – et vous avec moi – de fermer les yeux sur ce qui m’arrange et de faire du Seigneur quelqu’un que l’on écoute pour les autres mais pas pour soi-même. Qu’il nous préserve de domestiquer sa Parole et d’en faire une Parole inoffensive quand elle s’attaque à nous. 

Chers amis, y a-t-il un domaine de nos vies dans lequel le mur que nous construisons ne monte pas droit ? 

Et une fois qu’on a utilisé le fil à plomb de la Parole de Dieu pour nos propres vies, il nous faut oser porter courageusement la parole prophétique à ceux pour qui on la reçoit. Veillons à le faire à la manière de Jésus puisque ce n’est pas d’Amos dont nous sommes les disciples mais de Jésus qui annonce d’abord une bonne nouvelle en disant :   « Heureux ceux qui ont faim et soif de vivre comme Dieu le demande,
 car Dieu exaucera leur désir ! 7 Heureux ceux qui ont de la compassion pour autrui,
 car Dieu aura de la compassion pour eux ! » Matthieu 5 6

Le Rassemblement pour un Renouveau Réformé et le credo de Nicée-Constantinople

Par Martin Hoegger, président de l’Assemblée du R3

Saint Loup, 6 février 2024

Cette assemblée est la dernière que je préside, après 10 ans de service, depuis la naissance de notre association jusqu’à ce jour où je passe le flambeau à Cyril Ansermet. Je le remercie ainsi que Steve Tanner, le secrétaire de l’Assemblée, tout comme le comité du R3.

Cela a été une joie d’être avec vous dans cette petite vigne que le Seigneur nous a confiés : le renouveau spirituel de nos Églises réformées en Suisse romande que nous aimons et voulons servir. Je continuerai modestement à œuvrer dans cette vigne en prenant la responsabilité de la communication par internet de notre association.

A cette occasion, je ne voudrais pas faire un bilan, mais plutôt regarder vers l’avenir. A commencer par l’année 2025, où les 1700 ans du Concile de Nicée seront commémorés. Au-delà de 2025, vers 2033, le grand Jubilé des 2000 ans de la résurrection du Christ.

J’ai participé à un séminaire en ligne international et interconfessionnel sur le Concile de Nicée, où j’ai apporté une contribution en tant que chargé de cours en œcuménisme à la Haute École de théologie. (Lire ici : Le Credo de Nicée dans le protestantisme : évacué, facultatif ou normatif?)

Le « Manifeste bleu » du Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) commence par citer les deux symboles de la foi : « En réponse au « Venez à moi » de Jésus-Christ, nous réaffirmons notre adhésion aux deux confessions de foi dans lesquelles des générations de chrétiens ont reconnu l’identité de Dieu, son Être et son Agir : le Symbole des Apôtres et le Symbole de Nicée-Constantinople ».[1]

Quelle est l’actualité de ce symbole de Nicée-Constantinople ? Voici une question cruciale qui se pose aux Églises réformées qui, dans leur grand pluralisme, le relativisent.

Dès le début, l’identité de Jésus a été un « signe de contradiction ». La question de Jésus « qui dites-vous que je suis » est posée à toutes les générations (Mat 16,15).

Le concile de Nicée a tenté de répondre à cette question de Jésus sur son identité en affirmant fortement et de manière non équivoque, sa divinité, à une époque où elle était niée, à des degrés divers.

Cette confession – contestée dès le début – est « articulus stantis et cadentis ecclesiae » – l’article par lequel l’Église tient ou tombe. Une Église sans le Dieu devenu Homme, mort et réellement ressuscité ne tiendra pas, s’il n’est pas au cœur de son identité.

Au temps de la Réforme du 16e siècle, les réformateurs ont confessé de manière unanime la foi définie à Nicée, la considérant comme une interprétation fidèle des Écritures. Ils ont reconnu que les Pères de Nicée ont préservé le kérygme et se sont compris dans une continuité fidèle. Le dogme christologique défini à Nicée est pour eux le contexte normatif et permanent pour l’explication de la foi chrétienne.

Mais à partir du siècle des Lumières, le statut normatif des confessions de foi est mis en cause dans plusieurs Églises réformées. On conteste aux confessions leur prétention à « régler la foi » dans l’enseignement de l’Église, tant les confessions de foi des Églises réformées que celles de Nicée-Constantinople et d’autres confessions de l’Église ancienne.

Par la suite, un grand nombre de théologiens réformés ont rejeté le dogme nicéen. Et les Églises réformées ont cesser d’exiger l’adhésion à ce symbole pour la consécration au ministère et la célébration du baptême. Avec comme conséquence qu’il devenait possible d’exercer le ministère sans confesser la divinité du Christ.

Ces dernières années, la part d’un modernisme extrême a grandi – et plus encore, peut-être la tolérance, voire la bienveillance, qu’on a pour lui. C’est un fait acquis dans les synodes des Églises réformées en Suisse de lui offrir une large plateforme.

Toutefois, malgré cette évolution libérale, le courant confessant s’est maintenu, avec plus ou moins de vigueur, dans les Églises réformées en Suisse et dans d’autres pays de l’hémisphère nord, bien qu’il soit aujourd’hui minoritaire. Le R3 en témoigne.

Alors quel est le sens, pour nous, du Jubilé des 1700 ans du Concile de Nicée ?

La repentance est une composante essentielle de la tradition des jubilés. Dans l’Ancien Testament l’année jubilaire commence et se termine en au jour du Grand Pardon (Lév. 25,8s).

J’espère que le Jubilé des 1700 ans de Nicée en 2025 sera l’occasion pour les Églises réformées de commencer à se repentir du contre-témoignage de leur pluralisme exacerbé. La tolérance à l’égard de la négation – ou de sa compréhension symbolique – de la divinité du Christ dans l’Église détruit le fondement de l’unité chrétienne.

Une repentance à vivre dans l’esprit de « l’œcuménisme réceptif », comme le dit Paul Murray : « à partir de l’accueil humble, lucide et bienveillant de ses propres limites, de ses blessures, de ses déchirures et de ses résistances, chaque tradition pourra aller à la rencontre de l’autre en se demandant comment cet autre peut l’enrichir, la « réparer » et même la guérir ».[2]

Et cette repentance ne peut être que l’œuvre de l’Esprit saint qui ouvre nos cœurs et y verse son témoignage qui seul peut nous convaincre de la véritable identité de Jésus. C’est pourquoi l’année 2025 sera une année de l’Esprit saint, à invoquer comme jamais. (1 Jean 5, 6-7).

Qui sait ce que Dieu pourrait nous accorder si nous prions, cherchons humblement sa face et nous détournons de plus de deux siècles de compromis théologiques ? (cf 2 Chron 7,14)

Cependant, ce qu’il nous faut aussi voir est que cela n’est pas seulement l’affaire de théologiens et de pasteurs réformés, mais de tout disciple de Jésus-Christ et de toutes les Églises. Tous nous avons à nous demander si la question de Jésus nous concerne : « Quand le fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Luc 18,8).

D’où la nécessité pour toutes et tous de vivre une dimension pénitentielle en 2025… dans le pèlerinage vers 2033, le grand jubilé des 2000 ans de la Résurrection du Christ.  


[1] « Le Manifeste bleu, » p. 11s https://www.ler3.ch/manifeste/  Le R3 est le partenaire réformé de la Haute École de théologie de Suisse romande où j’enseigne la théologie œcuménique.

[2] Citation de Paul Murray, grand promoteur de cette féconde démarche œcuménique. Voir Introduction à l’œcuménisme réceptif (Receptive Ecumenism). Lumen Vitae 2022/4 (Volume LXXVII), p 371.

Lire aussi de Martin Hoegger : Le Credo de Nicée dans le protestantisme : évacué, facultatif ou normatif?

Il faut choisir !

Pour devenir pasteure j’étais obligée de passer par les études de théologie (j’ai aimé !) et par l’approche historico-critique. Quand celle-ci aide à mieux comprendre les textes bibliques dans leur contexte, elle renvoie à l’identité de Dieu : il va si loin dans son amour qu’il n’hésite pas à révéler Sa Réalité à travers des auteurs très humains, y compris leur culture environnante, leur personnalité, leurs préférences et leurs allergies.

Mais cette approche a dérapé dans une emprise sur Dieu : à force de se focaliser sur l’aspect humain dans les textes, on ne tient plus compte de la Réalité de Dieu, qui se voit soumis à la réalité humaine et adapté à ses critères. Cette lecture qui se prétend « scientifique » se pose en maîtresse absolue, dénigrant toute autre approche. Elle fait de gros dégâts dans ma vie et ma foi comme dans celles des Eglises réformées. Car elle mène non pas à une interrogation saine, mais à un climat d’orgueil, de doute et de méfiance envers Dieu. C’est un regard, ou mieux, un esprit d’incrédulité –  et j’ai besoin de m’en délier.

Car dans cet esprit les actions réelles de Dieu dans l’histoire deviennent des expériences subjectives. L’espérance dans le Dieu vivant, qui réalise son plan et ses promesses concrètement dans l’histoire humaine et donc aussi concrètement dans notre histoire, se réduit comme peau de chagrin à un vague espoir que « demain sera meilleur ». Le salut glisse du roc solide dans la mer agitée d’une spiritualité humaine confuse. SOS ! 

Il y a deux manières de voir qui s’opposent mais que nous faisons coexister dans une fausse notion de tolérance et d’amour. On peut réduire la Réalité de Dieu à notre réalité humaine : c’est l’illusion garantie. On peut voir la réalité humaine aimée, portée, enveloppée, prise au sérieux mais aussi limitée par la Réalité de Dieu. C’est ce regard que proposent les Ecritures.

Je choisis le deuxième, même si c’est un réel effort de remplacer chaque jour la perspective « naturelle » (la « chair ») par celle de l’Esprit de Vérité. Mais c’est vital, sinon nous serons les esclaves du même esprit d’incrédulité qui enferme le monde. C’est vital de sortir de cette prison, cet état de  victime, où nous nous laissons être coupés en deux par deux manières de voir qui s’excluent mutuellement. 

Nous ne pouvons pas glorifier Dieu en le laissant être lui-même – et le coincer dans une « spiritualité » qui n’est qu’un prolongement de nous, car c’est abuser de Dieu. Nous ne pouvons pas nous réjouir de la Vérité déjà révélée en Jésus-Christ, même si la plénitude est encore à découvrir  –  et maintenir la « vérité » comme quoi il y a seulement  « notre » vérité qui n’engage que nous. Nous ne pouvons pas grandir dans l’écoute et le discernement de la volonté de Dieu pour nous  –  et rester dans nos idées et habitudes. Nous ne pouvons pas chercher le Royaume de Dieu  –  et défendre d’abord notre avis à nous. Nous ne pouvons pas nous laisser souffler par l’Esprit où il veut  –  et nous laisser piéger par des objectifs à formuler, à atteindre, à contrôler selon des critères opposés à cet Esprit. Nous ne pouvons pas joyeusement dire au monde que Jésus-Christ est mort et ressuscité pour nous sauver –  et penser que cela pourrait tout aussi bien ne pas être vrai. Nous ne pouvons pas remplacer l’Evangile par des valeurs, ni remplacer l’Amour pour Dieu (le premier commandement!) par l’amour pour le prochain. Il faut choisir son regard.   –  Viens, Saint-Esprit ! Donne-nous le tien ! 

Hetty Overeem

40 jours avec Jésus sur la montagne. Programme pour groupe de maison

Échanger avec d’autres autour de la Bible : oui mais comment ? Le parcours « 40 jours avec Jésus sur la montagne » est résolument biblique, interactif et convivial. Il invite durant 6 semaines néophytes et lecteurs expérimentés de la Bible à cheminer de manière communautaire et personnelle, à travers le discours « décapant » de Jésus sur la montagne, dans l’évangile selon Matthieu.

Ce parcours est articulé en trois expériences complémentaires à vivre :

– en petit groupe, en 6 rencontres clé en mains : le livret de l’animateur,

– seul, avec 40 lectures bibliques personnelles : le livret du participant,

– en Église tout entière, grâce aux pistes de prédications.

A commander ici : https://www.editionsbiblio.fr/parcours-bibliques/40-jours-avec-jesus/40-jours-avec-jesus-livret-participants

Préface par la pasteure Caroline Schumpf

Le livret d’animation de groupes de maison fait partie d’un parcours conçu pour des groupes de maison. Ce programme s’articule en trois temps : un livret de lectures bibliques à usage personnel, un guide d’animation pour des petits groupes et des pistes de prédications pour l’Église rassemblée. Le tout fonctionne comme un guide de randonnée qui nous invite à faire un bout de chemin avec Dieu. Il nous accompagne à travers 40 propositions de lecture et de méditation du Sermon sur la montagne, dans l’évangile selon Matthieu.

Cette randonnée, vous l’avez compris, vous ne la ferez pas seul(e). Vous serez en compagnie de frères et sœurs en Christ lors du culte et des rencontres en petits groupes (groupes de maison, groupes de quartier, mini-églises…).

Le Psaume 133.1-2 le dit très justement: « Oui, il est bon, il est agréable pour des frères et des soeurs d’être ensemble ! C’est comme le parfum de l’huile précieuse versée sur la tête du grand-prêtre Aaron; elle descend sur sa barbe, puis jusqu’au col de son vêtement. C’est comme la rosée qui descend du mont Hermon sur les montagnes de Sion. » Vivre la foi ensemble est aussi doux que de l’huile précieuse: aussi rafraîchissant que de la rosée.

Car la vie chrétienne n’est pas un long fleuve tranquille ! Et nous ne pouvons pas vivre notre foi seul(e) dans notre coin. Ce serait comme extraire une braise d’un feu, elle ne tarderait pas à s’éteindre. Il est bon de s’entourer de soeurs et de frères qui traversent des difficultés, se posent des questions, peuvent encourager, soutenir par la prière…

Grandir dans la foi, c’est d’abord être en relation, avec le Christ et avec les autres. Ce parcours auquel vous êtes conviés a donc aussi une dimension collective.

Rendre à César…

L’idée de ce parcours comme son organisation sont largement inspirées d’un ouvrage publié en 1995 par le pasteur Rick Warren pour sa communauté de Saddleback en Californie sous le titre : Une Église motivée par l’essentiel, et de son deuxième livre paru en 2022: Une vie motivée par l’essentiel (en anglais Purpose Driven Life)[1]. Ces deux ouvrages proposent, sous la forme d’une retraite personnelle et communautaire de 40 jours, une réflexion sur les thèmes fondamentaux de la foi chrétienne. Depuis leur parution, ces livres ont été utilisés dans de nombreux pays, dans un grand nombre d’Églises chrétiennes et traduits en diverses langues. L’auteur a accepté avec joie que le parcours que vous tenez entre les mains s’inspire de sa démarche initiale.

Les trois dimensions du ministère de Jésus

Jésus a vécu et déployé son ministère dans trois dimensions qui forment trois cercles concentriques : tout d’abord, Jésus s’adresse à la foule au bord du lac de Tibériade ou à Jérusalem, prêchant la Parole, proclamant la bonne nouvelle du royaume et donnant son enseignement en paraboles. Souvent, à la suite de ces moments collectifs, il emmène le petit groupe de ses disciples à l’écart. Là, il répond à leurs questions et leur donne des explications. Dans ce cercle resserré, la parole est plus libre, les disciples osent interroger Jésus, dire leur incompréhension et leurs doutes. Enfin, les évangiles nous relatent des moments où Jésus s’isole pour prier, pour converser avec son Père. Ainsi Marc nous dit: « Le lendemain, Jésus se leva bien avant l’aube et sortit de la maison. Il s’en alla dans un lieu désert et là, il se mit à prier. » (Marc 1.35)

Un parcours en Église

La démarche proposée ici combine les trois dimensions évoquées plus haut:

L’enseignement, le discours à la foule : une prédication hebdomadaire est destinée à toute la communauté assemblée pour le culte. Elle permet de nourrir la réflexion de chacun.

Le temps en petits groupes : une rencontre hebdomadaire (groupes de maison, groupes de quartier, mini-églises…) invite à partager avec d’autres personnes nos questions, nos trouvailles et ce que nous apprenons de Dieu. Ces rencontres suivies permettent aussi d’aller plus loin dans la vie fraternelle, qui est l’ADN de l’Église.

Le temps d’intimité avec Dieu : un temps personnel quotidien avec Dieu, pour lie la Bible, réféchir et prier. Dans ce coeur à coeur avec le Père, notre foi s’enracine plus profondément dans la Parole, notre prière devient plus ajustée,  notre intimité avec Dieu se renforce.

Une expérience qui a porté des fruits

Durant près d’une dizaine d’années, l’Église protestante unie de Nantes, dans laquelle j’ai exercé mon ministère de pasteure, a vécu ces parcours de 40 jours durant le temps du Carême, temps propice au retour sur soi et à la prière.

De nombreuses personnes, peu habituées aux études bibliques traditionnelles ou peu disponibles pour des rencontres régulières en cours d’année, ont saisi l’occasion pour entrer dans l’aventure. Car le parcours ne durait que 5 à 6 semaines.

Les prédications des dimanches étaient disponibles pour les absents, un livret pour le temps personnel était distribué ou envoyé à chacun, les rencontres en petits groupes de quartier se déroulaient dans la semaine. Là, des personnes de différentes générations, d’horizons spirituels et d’origines sociales et culturelles divers ont expérimenté le partage, la vulnérabilité et la prière les uns pour les autres. Elles se sont encouragées dans la foi, soutenues dans leurs épreuves e leurs doutes, elles ont appris tout simplement à mieux se connaître. Elles on construit une véritable fraternité en Christ.

Pour permettre au plus grand nombre de participer à cette dynamique en Église durant ces 40 jours, toutes les autres propositions régulières (Parcours Alpha réunions de prière ou autre) ont été suspendues. Pendant ces 5 à 6 semaines, parcours a été notre priorité.

Le présent livre d’animation propose de vivre cette démarche à partir du Serm sur la montagne que l’on trouve dans l’évangile selon Matthieu du chapitre 5 chapitre 7.

Que le Seigneur bénisse chacune et chacun dans ce temps mis à part, individu lement et collectivement. Qu’il renouvelle votre foi durant ces 40 jours su montagne avec Jésus.

Caroline Schrumpf, pasteure de l’Église protestante unie de France

En ce qui concerne l’animation de groupes, la méthode s’inspire en partie de la pédagogie  des Parcours Alpha, du site animationbiblique.org et du Livre dédié, Editions LLB. Le présent parcours fait fréquemment référence aux ouvrages de Dietrich Bonhoeffer : Vivre en disciple: le Prix de la Grâce, et De la Vie communautaire, Éditions Labor et Fides.


[1] Une vie motivée par l’essentiel, Édition: Ourania, Maison de la Bible, 2015

Revitaliser l’Eglise

L’association soeur du R3 en France – « Les Attestants » – a organisé un Forum en octobre 2023 sur le renouveau de l’Eglise. Voici un article intéressant sur le Réveil dans le Nouveau Testament, précédé par l’introduction de son président René Le Negro:

 » Au moment où l’Église protestante unie de France entre dans la phase finale de sa réflexion synodale sur l’Église et les Ministères, nous avons voulu centrer notre Forum 2023 sur les mêmes thèmes tout en y apportant un éclairage particulier.

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Face à ce torrent de haine, une prière

Bouleversés par l’attaque barbare du Hamas contre Israël le 7 octobre, bouleversés aussi par la violence de la riposte israélienne, nous nous sentons impuissants face à ce torrent de haine et nous vous recommandons cette prière de Shafique Keshavjee pour ces deux peuples qui se détruisent mutuellement.

Toi l’Infini au-delà de tout,
dans nos quêtes hésitantes, veuille purifier nos prières.
Toi la Source proche de tous,
dans nos gémissements, nous te confions nos misères.
Tu es le Dieu de l’Univers que tous les peuples cherchent en tâtonnant.
Tu es le Dieu d’Israël et d’Ismaël qui, hélas, croient Te servir en se combattant.

À cause de Ta fidélité, Seigneur,
nous croyons que le peuple juif a une place légitime sur cette Terre d’Israël.
Par Ta générosité divine, elle lui avait été promise,
et par l’animosité humaine, elle est devenue compromise.
Nous croyons aussi que Ta promesse pour le peuple juif n’est pas contre le peuple palestinien.

Que l’un et l’autre trouvent, à travers ces abyssales crises, des espaces qui s’harmonisent.

À cause de Ta justice, Seigneur,
nous reconnaissons que les souffrances de nombreux Palestiniens sont inacceptables. Quand l’État d’Israël est coupable, ouvre ses yeux pour qu’il en prenne conscience et qu’il ait le courage de réparer le mal qu’il a causé.
Nous reconnaissons aussi que les souffrances de nombreux Juifs sont intolérables. Quand les autorités palestiniennes sont coupables, ouvre leurs yeux pour qu’elles en prennent conscience et qu’elles aient le courage de réparer le mal qu’elles ont provoqué.

À cause de Ton amour, Seigneur,
nous Te supplions de mettre fin à ce torrent de haine qui inonde cette région et le monde. Aide-nous à ne jamais choisir entre les victimes palestiniennes ou juives.
Nous confessons que Toi le Dieu des prophètes et de Jésus de Nazareth,
Tu es toujours du côté des personnes souffrantes et meurtries.
Ouvre nos cœurs à la compassion pour toutes et tous.

Nous t’en supplions, Dieu de l’Univers et de notre Terre, veuille manifester ta fidélité au cœur de nos infidélités, ta justice au cœur de nos injustices, ton amour au cœur de nos haines.

Écoute nos quêtes et nos gémissements pour tous les Juifs et Palestiniens, comme pour tous les peuples de la Planète.
Qu’au-delà des brutalités extrêmes qui embrasent notre monde,
nous puissions nous tourner, enfin et humblement, vers ta fidélité, ta justice et ton amour. Amen

Nombreux sont celles et ceux qui ont rejeté toute forme de révélation, tant celles-ci sont sources de violences et de haine. La Bible des juifs appelle à saisir les enfants de leurs ennemis et à les écraser contre le roc (Psaume 137/9). Le Nouveau Testament des chrétiens affirme que les juifs qui rejettent Jésus sont les ennemis de tous les hommes (1 Thessaloniciens 2/15). Le Coran des musulmans considère que les infidèles parmi les gens des Écritures (juifs et chrétiens) sont les êtres les plus abjects de l’humanité (Coran 98/6). Ces textes terribles, pris hors de leur contexte, n’ont cessé d’alimenter la haine et de justifier la violence qui explosent aujourd’hui encore à la face du monde. D’autres, au-delà des brutalités humaines, continuent à espérer en la fidélité, la justice et l’amour de Dieu, tels que proclamés par les prophètes et manifestés dans la vie de Jésus de Nazareth. Cette prière est inspirée par cette espérance.

Pour approfondir, voir le blog de Shafique : https://skblog.ch/

Nous portons aussi à votre connaissance cette prière des femmes pour la paix :

Un grand petit miracle s’est produit, presque totalement ignoré par les médias : des milliers de femmes hébraïques, musulmanes et chrétiennes ont marché ensemble en Israël pour la paix.
Dans la nouvelle vidéo officielle du mouvement Women Wage Peace, la chanteuse israélienne Yael Deckelbaum chante la chanson « Prayer of the Mothers » aux côtés de femmes et de mères de toutes religions, montrant ce que la musique peut changer. Un miracle entièrement féminin qui vaut mille mots.

L’Ancien Testament est-il encore nécessaire à la foi chrétienne?

Voici une prédication de Luc Badoux

Textes bibliques : Exode 3.1-10 : Moïse et le buisson ardent; Hébreux 3.1-6

Imaginez que l’on fasse seulement avec le Nouveau Testament (NT).

Au plan pratique : on aurait une bible plus compacte qui tient dans la poche.

Mais surtout au plan du message : on aurait

  • Moins de textes de guerre ;
  • Plus les sacrifices d’animaux qui sont d’un autre temps ;
  • un message universel sans passer par un peuple élu. 

Alors, que faire de l’Ancient Testament (AT), on le garde ou pas ?

Ma question vous paraît peut-être incongrue voire idiote, parce qu’on est nombreux à recevoir depuis tout petit la Bible comme un tout. Mais sachez qu’au 2ème siècle, au temps de l’église primitive, la question s’est posée très sérieusement. Alors que la Bible n’existait encore pas comme un livre constitué, un certain Marcion a proposé de considérer la torah, l’AT comme le livre des juifs et le NT comme le livre des chrétiens. Dans sa compréhension, Marcion opposait le Dieu de justice de l’Ancien Testament au Dieu d’amour du Nouveau Testament. Se voulant très spirituel, il se désintéressait du Dieu créateur au profit du seul Dieu de miséricorde. Mais en l’an 144 à Rome, les anciens de l’Église à Rome ont déclaré que vouloir séparer le Dieu qui se manifeste dans l’AT et le NT était une erreur, une hérésie. Au travers de ces anciens, c’est Dieu par son Esprit-Saint qui veillait sur le message de l’Évangile.

Je vous fais faire maintenant un saut de l’an 144 jusqu’en 1944 dans l’Allemagne nazie. Pendant le nazisme, une partie de l’Eglise s’est perdue. Mais pas l’Église confessante et le pasteur Dietrich Bonhoeffer, emprisonné pour son opposition farouche à Hitler. Il a écrit :

« C’est seulement quand on connaît l’impossibilité de prononcer le nom de Dieu qu’on a le droit de prononcer finalement celui de Jésus-Christ. … Celui qui veut être et sentir trop rapidement selon le Nouveau Testament n’est pas chrétien à mon avis. »

Cette impossibilité de prononcer le nom de Dieu, c’est ce que les Juifs vivaient. Ils avaient développé pour Dieu un respect si profond, mêlé de crainte, qu’ils n’osaient pas prononcer son nom. Ils avaient saisi quelque chose de la sainteté de Dieu. Une sainteté qui risquait de les anéantir, de les consumer s’ils s’en approchaient trop, de façon légère. Ils avaient compris que l’on ne peut pas apprivoiser Dieu, le dompter ou le mettre dans sa poche. Il est Dieu, le Créateur de toutes choses, le Tout-puissant.

Selon Dietrich Bonhoeffer, il faut prendre conscience de tout cela pour prononcer valablement le nom de Jésus-Christ. Il s’agit de comprendre qu’en Jésus, c’est le Dieu saint qui s’approche de nous, lui dont Israël n’osait même pas prononcer le nom.

Ce Dieu saint s’est pourtant révélé petit à petit à Israël. Au fil de l’histoire du peuple, au fil de ses malheurs, de ses guerres, de ses famines, de ses rivalités internes, Dieu leur a parlé et il s’est fait connaître à eux. Tout cet AT nous permet de prendre la mesure de ce que représente la venue de Jésus sur terre : Le Dieu immense, saint et juste, choisit de s’approcher de nous et de devenir un homme.

Les non-croyants, les juifs et les musulmans qui ne veulent pas croire en Jésus-Christ voient souvent mieux que nous ce qu’il y a d’incroyable et d’extraordinaire dans la venue de Jésus.

Alors chers amis, faisons attention de toujours discerner en Jésus, le Dieu saint, celui que l’on ne peut pas apprivoiser, dompter ou amadouer.

Ceux qui aujourd’hui pensent connaître Jésus tout en faisant de lui un grand humaniste ou un sage ou un prophète ont besoin de l’AT.

Tout comme ceux qui pensent pouvoir ramener Dieu à l’état de copain ou de meilleur pote.

Un immense malentendu à propos de Jésus peut surgir si on ne lit du NT que certaines pages et que l’on évacue l’AT. On risque de ne donner à la vie et à la foi chrétienne qu’une dimension horizontale centrée sur les relations humaines. L’AT nous rappelle la transcendance, la présence de Dieu dans le monde, de Dieu qui existe indépendamment de nous.

Pour comprendre qui est Dieu qui se manifeste en Jésus-Christ, il faut prendre l’entier de la révélation, AT et NT.

L’AT va notamment nous permettre de comprendre que si Dieu s’approche de nous, s’il nous aime d’un amour total, il n’est pas pour autant le plus cool de nos copains mais notre Seigneur.

Pour cela je vous invite à reprendre l’histoire de l’Exode et à voir comment Dieu s’est approché de Moïse.

  1. Il se fait connaître par un buisson ardent qui ne se consume pas. Dieu ne se consume pas, il demeure. Ni le feu qui brûle, ni le temps qui nous vieillit, n’ont de prise sur lui. Dieu est Celui qui est, qui était et qui vient.
  2. « Moïse, Moïse !» Il appelle Moïse par son nom. Dieu connaît Moïse alors que Moïse ne sait rien de Dieu. Lorsque, juste après, Moïse lui demandera son nom, Dieu déclarera : Je suis qui je suis. Les Israélites comprendront alors qu’une part de Dieu nous reste inaccessible. On ne peut pas mettre la main sur Dieu.
  3. « Enlève tes sandales » Dieu fait découvrir à Moïse sa sainteté en lui ordonnant de ne pas s’approcher du buisson et d’enlever ses sandales. Dieu n’est pas notre pote à qui on vient taper sur l’épaule. Là où est Dieu, là où Dieu s’incarne, on touche au sacré. Voilà pourquoi, pour nous chrétiens, seul l’être humain, créé à la ressemblance de Dieu est sacré et intouchable.
  4. « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. » Dans sa rencontre avec Moïse, il se révèle comme le Dieu de ses ancêtres, le Dieu qui était avant lui, le Dieu qui nous précède en toutes choses.
  5. « J’ai vu comment on maltraite mon peuple. » Dieu voit. Il voit ce qui se passe sur terre. Il voit comment les hommes se traitent les uns les autres. Et en réponse aux cris qui montent à lui, il intervient. Le Dieu qui vient délivrer Israël de la main des Égyptiens et Jésus qui vient nous délivrer du péché ne sont qu’un. Le Fils ne fait que révéler qui est le Père depuis toujours. Le Dieu de miséricorde ne surgit pas de nulle part avec Jésus.
  6. « Je suis venu délivrer les Israélites du pouvoir des égyptiens et les conduire vers un pays beau et vaste. » En Jésus comme dans l’histoire d’Israël, il est le Dieu fort qui conduit hors de tous les esclavages jusqu’à la terre et la vie promise.
  7. « Je t’envoie maintenant vers le Pharaon » Dieu appelle Moïse à son service et il l’envoie pour faire sortir Israël de l’esclavage. Jésus qui vient à nous ne fait pas autre chose. Il nous appelle à son service et nous envoie dans le monde. La révélation de Dieu en Jésus-Christ ne tombe pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une longue chaîne d’interventions de Dieu qui exprime sa fidélité et qui nous fait comprendre que Dieu ne lâchera pas l’humanité. De Moïse jusqu’à Jésus, Dieu se révèle comme un berger tenace qui ne lâche pas son bâton de berger et qui n’abandonne pas les siens.

Chers amis, l’Ancien Testament, on peut aussi l’appeler le Premier Testament. Le Premier Testament, la première alliance est nécessaire pour recevoir la nouvelle alliance.

Amen

Luc Badoux

Corsier, dimanche 7 novembre 2021

Reconfiguration de l’oecuménisme

Par Martin Hoegger

« Une proximité au plan éthique apparemment plus forte entre catholiques et évangéliques pourrait-elle les rapprocher de manière significative » ? se demande Philippe Girardet.[1] C’était au lendemain d’un « clash » entre le Conseil national des Évangéliques de France (CNEF) et la Fédération protestante de France (FPF) à l’occasion d’un rassemblement protestant lors du 500e anniversaire de la Réformation, où un culte « inclusif » avait été prévu sans que le CNEF ait été mis au courant.[2]

Le sociologue Sébastien Fath constate que « moralement plus conservateurs que les réformés et les luthériens, les évangéliques apparaissent plus proches des positions défendues par le pape et les évêques sur des questions comme l’avortement, la famille, l’homosexualité ».[3]

Selon ce dernier le fait que le message des uns et des autres se soit recentré sur le kérygme chrétien, à savoir l’Évangile du salut en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, crucifié et ressuscité, a permis cette recomposition œcuménique. Ce que S. Fath dit des évangéliques s’applique d’ailleurs aussi au courant confessant à l’intérieur des Églises protestantes. Sur les points centraux de la foi et sur les questions éthiques, ce dernier se découvre bien plus proche du catholicisme et de l’orthodoxie que du courant protestant libéral.[4]

C’est ce que confirme Pierre Jova, journaliste (catholique) à l’hebdomadaire La Vie, lors d’une rencontre sur la communion ecclésiale organisée par le mouvement des « Attestants ».[5] Ce mouvement – comme la Fraternité de l’Ancre en Alsace Lorraine et le Rassemblement pour un renouveau réformé en Suisse romande – a voulu garder l’unité de l’Église dans la délicate question de la bénédiction des couple homosexuels. Alors que cette question a provoqué des schismes dans les Églises réformée, anglicane et méthodiste unie aux USA.[6] Cela a été une leçon pour le catholicisme français. Également une chance pour l’Église protestante unie de France qui a ainsi été gardée de devenir « un club libéral ».

« L’unité nous est déjà donnée entre chrétiens confessants, affirme-t-il. Ce qui est central est la confession du Christ. La solidité doctrinale est un ferment de communion. Les Attestants sont la preuve que la communion se vit déjà. L’Église est appelée à être inclusive mais jamais au détriment de la vérité chrétienne ».[7]

A noter aussi que la réponse de l’Église catholique au document du Conseil œcuménique des Églises – L’Église, vers une vision commune – constate que l’œcuménisme est en difficulté en raison de ces différences dans le domaine moral.[8]

Jetons un coup d’œil du côté de l’Église orthodoxe ! Lors d’un comité central du Conseil œcuménique des Églises (février 2008), le représentant de l’Église orthodoxe russe, l’archevêque Hilarion Alfeyev, a lancé un « coup de gueule » contre ce qu’il appelle le « christianisme libéral ».[9] Après sa prise de parole, je l’ai interviewé tout comme un autre orthodoxe, plus modéré dans ses affirmations : Léonid Kishkovsky.[10]

H. Alfeyev souligne les dangers d’un christianisme « politiquement correct », qui non seulement capitule devant les normes morales séculières, mais promeut aussi des systèmes de valeurs étrangères à la tradition chrétienne. Y a-t-il une limite à cette accommodation de la longue tradition chrétienne, demande-t-il ?

Les « partenaires stratégiques » de l’orthodoxie sont d’abord les catholiques, mais aussi les protestants qui défendent les valeurs traditionnelles et qui se trouvent surtout dans les Églises du Sud.[11] H. Alfeyev voit aussi d’un bon œil les travaux du Forum chrétien mondial qui élargit l’œcuménisme aux Églises évangéliques et pentecôtistes.

Lors de l’assemblée mondiale du COE à Busan en 2013, H. Alfeyev, devenu métropolite de Volokolamsk et président du Département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, a prononcé un discours intitulé La voix de l’Église doit être prophétique. Il a mis sur table la question qui, à bien des égards, a dominé toute l’Assemblée : les valeurs morales du christianisme et la manière dont les Églises membres du COE s’y réfèrent et les reconfigurations œcuméniques auxquelles elles conduisent. Cette question a également été indirectement abordée par d’autres intervenants de l’Assemblée[12].

L’autre regard, plus modéré, est celui de Léonid Kishkovsky, théologien orthodoxe américain, d’origine russe, ancien président de Christian Churches Together (CCT), la branche du Forum chrétien mondial aux États-Unis. Sa longue expérience du dialogue œcuménique lui fait constater que si tous les chrétiens sont motivés par l’Évangile, son application conduit à des conclusions très différentes : « J’ai de bons amis qui se disent libéraux. Avec eux il y a des points de convergences, mais d’autres points où l’entente n’est pas possible ».

Il pense que la distinction entre d’un côté le christianisme traditionnel avec l’orthodoxie et le catholicisme et de l’autre le christianisme progressiste représenté par le protestantisme, doit être nuancée. D’une part, on rencontre dans le catholicisme certaines positions encore plus libérales que dans le protestantisme ; d’autre part il y a un débat intense à l’intérieur des Églises protestantes sur les questions de foi et d’éthique.[13]

Le Forum chrétien mondial témoigne de cette reconfiguration de l’œcuménisme. Participant actif, Kishkovsky y a découvert les nombreux points communs dans les enseignements dogmatiques et éthiques fondamentaux entre la théologie évangélique/pentecôtiste et l’orthodoxie. « Même si le pentecôtisme pose beaucoup de questions ecclésiologiques et missiologiques à l’Église catholique en Amérique latine et à l’orthodoxie dans les pays de l’Est, ce fut une expérience rafraîchissante pour tous. Nous avons acquis une nouvelle capacité d’écoute et reconnu que nous avions des stéréotypes les uns à l’égard des autres ».

Selon lui, ce qui fait problème aujourd’hui ne sont pas tant les positions théologiques, mais les idéologies. Et l’idéologie conservatrice est aussi problématique que l’idéologie libérale. « Il y a dans l’idéologie du libéralisme quelque chose de destructeur de la vie de l’Église, pourtant je ne peux juger les personnes, car parfois – je dois l’avouer – je rencontre des libéraux qui sont, à mon sens, des chrétiens vivant une sainte vie ».

Les personnes sont autre chose que l’idéologie. Certes il y a une part de vérité dans chacun des différents courants qui défendent la famille, l’institution, etc, mais l’idéologie conservatrice est aussi mortelle. Sa conclusion est qu’il nous faut être beaucoup plus à l’écoute de l’Écriture et de la prière et essayer de surmonter les clivages idéologiques.

Une conclusion que je partage pleinement ! Sans cesse l’Église est en effet tentée par les idéologies – qu’elles soient marxiste, « LGBTetc.. », « Woke », « Cancel culture », conservatrice, « monde russe »[14], etc… En revanche le chemin que nous propose l’Évangile est concret. Il s’agit de suivre Jésus dans son style de vie, en dialogue constant avec la Parole de Dieu. Il n’est pas entré dans le jeu des idéologies de son temps : Pharisiens contre Sadducéens, Esséniens contre Zélotes. Cheminer selon le style de Jésus signifie marcher dans l’Esprit saint, qui est l’âme de l’œcuménisme et donne « d’examiner toutes choses et retenir ce qui est bon » (1 Thess 5,19)


[1] Un protestantisme fortement divisé. Quelle influence sur la relation œcuménique catholique-protestante ? En : Institut supérieur d’études œcuméniques, Nouveaux territoires de l’œcuménisme. Cerf, Paris, 2019, p. 159

[2] Clément Diedrichs, directeur du CNEF a alors dit : « Nous sommes d’accord pour partir de ce qui nous unit, et notamment de la Bible, mais si ce socle commun n’est plus assuré, nous ne pouvons pas ne pas le dire car nous nous trouvons plus sur le même fondement théologique. Or, sur la question de l’homosexualité, la Bible est très claire ». Ibid. p. 158.

[3] Sébastien Fath, « Vers un œcuménisme de la piété kérygmatique ? Recompositions évangéliques/catholiques. En Ibid, p. 76

[4] Ibid, p. 69-73

[5] « La communion, un défi », 7 février 2021. https://www.ler3.ch/la-communion-un-defi-rencontre-annuelle-des-attestants/

[6] Le premier jour de l’année 2022, la plus vieille Église réformée des USA, la Reformed Church in America, s’est divisée à la suite des décisions prises sur l’ordination et le mariage homosexuel. 43 congrégations ont quitté cette dénomination pour former l’Alliance of reformed Churches. 123 autres sont en pourparlers pour rejoindre cette alliance. cf. Kathryn Post, Reformed Church in America Splits as Conservatives Form New Denomination. Christianity To-day, 7 janvier 2022. https://www.christianitytoday.com/news/2022/january/reformed-church-in-america-rca-alliance-of-reformed-churche.html 

[7] Cf https://www.ler3.ch/la-communion-un-defi-rencontre-annuelle-des-attestants/

[8] Churches Respond to The Church: Towards a Common Vision, Volume 2, Edited by Rev. Dr Ellen Wondra, Rev. Dr Stephanie Dietrich, Dr Ani Ghazaryan Drissi, Geneva, 2021, WCC Publications, pp. 202-204, 211

[9] A lire dans Europaica No. 139, http://orthodoxeurope.org/page/14/139.aspx

[10] Cf. Martin Hoegger, « Deux regards orthodoxes sur le christianisme libéral ». Chrétiens en Marche. No 99, Juillet-Septembre 2008, p. 3.   

[11] cf. Europaica No. 93, 14 avril 2006, http://orthodoxeurope.org/page/14/93.aspx

[12] Son article en Ecumenical Review 65:4 (2013), p. 489-496 aborde cette question.

[13] Le Manifeste bleu du R3 atteste de ce débat !

[14] A ce sujet, voir la déclaration des théologiens orthodoxes (inspirée de la Déclaration de Barmen) contre l’idéologie du « monde russe » défendu par le patriarche Kyril de l’Église orthodoxe russe, lequel a légitimé l’agression de la Russie contre l’Ukraine en février 2022.    https://publicorthodoxy.org/wp-content/uploads/2022/03/Declaration-sur-le-Monde-russe-et-lUkraine.pdf

L’Église réformée peut-elle être à nouveau confessante ?

Par Martin Hoegger

Dans un autre article, j’ai présenté le « Manifeste bleu », comme une des couleurs de l’Église réformée en Suisse romande. Et j’ai proposé de désigner les membres de notre Église qui se retrouvent dans ce texte comme des « réformés confessants ». D’autre part, récemment, dans la même ligne que la mienne, le pasteur zurichois Willy Honegger a plaidé pour « l’urgence d’une communauté confessante ».

Dès le milieu du 19e siècle, les Églises réformées de Suisse ont abandonné la récitation du Symbole des apôtres lors de la célébration du baptême et ont renoncé à demander aux pasteurs de souscrire à une confession de foi au moment de leur consécration. Même si des confessions de foi sont incluses dans des liturgies, leur récitation communautaire est dès lors à la libre disposition des célébrants. Il devint licite d’utiliser d’autres confessions que le symbole des apôtres, mais aussi de renoncer à tout usage d’une quelconque confession de foi.[1]

Malgré cette évolution, un courant confessant s’est maintenu, avec plus ou moins de vigueur dans nos Églises réformées.

Une expérience œcuménique forte que j’ai vécue durant les dix ans où j’étais délégué de la Fédération des Églises protestantes de Suisse à l’assemblée de la Communauté de travail des Églises chrétiennes en Suisse (CTECH) était à l’occasion du dialogue sur la Reconnaissance mutuelle du baptême signée en 2014 entre plusieurs Églises membres de la CTECH.[2]

Je me souviens de la stupeur des délégués des autres Églises lorsqu’ils ont découvert que les Églises réformées en Suisse avaient renoncé à toute confession de foi au moment du baptême. Cela a créé une crise entre les délégués qui ont été contraints à tenir compte de la particularité protestante.[3]

Dès le début du mouvement œcuménique moderne, lors de la Conférence de Foi et Constitution à Lausanne, en 1927, des voix réformées libérales se sont élevées pour protester contre l’inclusion des deux Confessions de foi de l’Église ancienne (Les symboles des Apôtres et de Nicée-Constantinople) comme base théologique du mouvement œcuménique.

Que diraient-elles aujourd’hui alors que le COE a introduit le symbole de Nicée-Constantinople dans sa Constitution lors de l’assemblée mondiale de Porto Alegre en 2006, comme critère déterminant si une Église peut en devenir membre ? L’acceptation de ce symbole de foi, dans sa forme originale, est maintenant devenue obligatoire pour toutes les Églises membres du COE. Ce symbole est devenu la base commune de tout dialogue multilatéral sous l’égide de COE.[4] Les Églises réformées en sont-elles conscientes ?

Elles le sont, en tout cas, dans le dialogue avec l’Église orthodoxe. En effet, pour donner suite à la proposition de Thomas F. Torrance, représentant l’Alliance réformée mondiale, ce même symbole a été accepté comme base de ce dialogue, ce qui a permis des convergences en matière de théologie trinitaire et de christologie.[5]

Plus proche de nous, le « Manifeste bleu » commence par citer les deux symboles de la foi : « En réponse à ce « Venez à moi » de Jésus-Christ, nous réaffirmons notre adhésion aux deux confessions de foi dans lesquelles des générations de chrétiens ont reconnu l’identité de Dieu, son Être et son Agir : le Symbole des Apôtres et le Symbole de Nicée-Constantinople ».[6]

Pour Oscar Cullmann la reconnaissance des confessions de foi de l’Église ancienne par les Réformateurs apporte un correctif au biblicisme.[7] Les maintenir a aujourd’hui une grande signification œcuménique, selon W. Pannenberg.[8] Les réciter régulièrement durant le culte enracine la foi dans les consciences et la structure. Pour J.J. Von Allmen, il est « impossible à l’Église de se rassembler sans faire l’aveu de ce qu’elle est, de ce qu’elle fait et de ce qu’elle croit :…elle est celle qui trouve sa raison d’être à confesser le Père le Fils et le Saint Esprit » ».[9]

Pluralisme ou pluralité?

Pour se renouveler, l’Église réformée ne sera – pour utiliser des termes allemands – ni « Konfessionslos », sans confession de foi, ni « Konfessionsfrei », c’est-à-dire libre de choisir la confession de foi qui nous convient ou qui correspond à nos convictions. La première option est celle du libéralisme théologique. Dans un texte polémique intitulé « Réciter le “credo”? – je préfère me taire » sur le site d’Évangile et Liberté, Bernard Reymond appelle à « respecter la liberté doctrinale qui caractérise nos Églises réformées actuellement ».[10]

La deuxième option est la voie choisie par la Fédération des Églises protestantes de Suisse  (devenue en 2019 l’Église évangélique réformé de Suisse) dans un « livre outil » qui propose une diversité de confessions de foi dont aucune n’est obligatoire et qui essayent de ménager la chèvre et le chou avec des textes dont les christologies sont contradictoires.[11] C’est aussi le projet d’un rapport sur le pluralisme de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud.[12]

Cependant, si de nouvelles confessions voient le jour – pratique fréquente dans le protestantisme – Von Allmen note qu’une des conditions est qu’elles ne « donnent pas l’impression de tricher » en escamotant certaines affirmations des Crédos traditionnels, comme l’incarnation et la résurrection du Christ, sa divinité ou son retour en gloire.[13]

Les réformés confessants affirment qu’il n’est pas légitime de tenir ensemble des confessions de foi qui incluent des affirmations contradictoires, comme le veut le pluralisme théologique.

En revanche une légitime pluralité théologique qui inclut des affirmations complémentaires doit être soutenue. En bref : le pluralisme inclut des énoncés contradictoires alors que la pluralité inclut des énoncés complémentaires.

Le dialogue entre la Fédération luthérienne mondiale et la Communion mondiale des Églises réformées invite justement à mettre en valeur la pluralité légitime qui s’exprime dans les Confessions de foi de l’Église ancienne, comme dans les textes confessionnaux de la Réforme :

« Luthériens et réformés partagent un héritage commun d’écrits confessionnels existant dans une diversité dogmatiquement réconciliée, donc légitime. Ils partagent une compréhension de l’Écriture qui est contextuelle par nature. Ils sont donc unis, et non divisés, par cette diversité légitime des écrits confessionnels. Unis dans un héritage commun d’actes et d’écrits confessionnels, luthériens et réformés sont unis dans la confession de l’Évangile de Jésus-Christ ».[14]

En affirmant qu’il est « confessant », le Manifeste bleu du Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) se situe dans cet héritage que luthériens et réformés partagent pour l’essentiel. Il se joint à d’autres mouvements protestants en Europe, comme les Attestants et la Fraternité de l’Ancre en France, Unio Reformata en Belgique, le Landeskirchen Forum et Bibel und Bekenntnis en Suisse, ou encore l’Evangelisch Werkverband aux Pays Bas.[15]

Lors de la publication du Manifeste bleu, nous – des membres du R3 –  avons visité plusieurs évêques et responsables catholiques et orthodoxes de Suisse romande pour le leur présenter. Dans l’ensemble ils ont accueilli avec reconnaissance ce document, expression d’un protestantisme confessant avec lequel, pour l’essentiel, ils se reconnaissent en communion de foi.

Martin Hoegger

martin.hoegger@gmail.com


[1] Voir la page de l’Église réformée Berne-Jura-Soleure à ce sujet : http://www.refbejuso.ch/fr/fondements/les-confessions-de-foi

[2] Sur la Déclaration de Riva San Vitale, voir https://agck.ch/fr/la-reconnaissance-reciproque-du-bapteme/

[3] Voir mon texte où je pose quelques questions aux réformés à partir du dialogue de la CTECH sur cette question : https://www.academia.edu/11365877/Un_%C3%A9largissement_de_la_reconnaissance_mutuelle_du_bapt%C3%AAme

[4] Comme en témoigne le travail de la commission Foi et Constitution Confesser la foi commune. Explication œcuménique de la foi apostolique telle qu’elle est confessée dans le Symbole de Nicée. Paris, Cerf, 1993.

[5] Cf. Lukas Visher, éd. Agreed Statements from the Orthodox-Reformed Dialogue. Word Alliance of Reformed Churches, Geneva, 1998, p. 12. Sur l’historique de ce dialogue, lire: Joseph D. Small, “Orthodox and Reformed in Dialogue: the agreed statement on the Holy Trinity”, In: The Witness of Bartholomew I, Ecumenical Patriarch, William G. Rusch, ed. Grand Rapids: Eerdmans Publishing, 2013.

[6] Manifeste bleu, p. 11s

[7] L’unité par la diversité, Cerf, Paris, 1986, p. 35

[8] « Die Bedeutung des Bekenntnisses von Nicae-Konstantinopel für den oekumenischen Dialog heute », Oekumenische Rundschau, 1982, p. 129ss.

[9] Célébrer le salut. Labor et Fides – Cerf, Genève, Paris, 1984, p. 205-206

[10] https://www.evangile-et-liberte.net/elements/archives/151.html

[11] Voir : Confessions de foi réformées. Un livre-outil. OPEC, 2009

[12] L’EERV s’interroge sur son identité. Réformés 4 déc. 2018

[13] Op. Cit. p. 219. Il donne comme exemple trois confession de l’Église réformée de France) parues en 1963. On pourrait aujourd’hui en rajouter des dizaines !

[14] Communion. On being the Church. Report of the Lutheran–Reformed Joint Commission between the Lutheran World Federation (LWF) and the World Communion of Reformed Churches (WCRC), 2006–2012. §153-154. https://www.lutheranworld.org/sites/default/files/DTPW%20Reformed-Lutherans%202014_0.pdf

[15] La Revue Hokhma consacre son numéro 117/2020 à ces mouvements confessants. Sur le R3, en particulier, voir l’article de Gérard Pella sur « Le rassemblement pour un Renouveau réformé » et le mien « Du Forum évangélique réformé au R3 ».