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Habaquq : les cinq malheurs de la Société

Voici une prédication de Philippe Decorvet

Textes bibliques : Habaquq 2. 1-4 ; 2.b-20 ; 3.18-19

Le prophète Habaquq n’est pas le prophète le plus connu de la Bible, du moins chez la plupart des fidèles. Certes il a joué un rôle décisif dans la vie de Luther, puisque c’est la phrase du chapitre 2 verset 4 – le juste vivra par la foi – citée par l’apôtre Paul dans l’épitre aux Romains qui sera à l’origine de la Réforme. Mais il y a aussi d’autres raisons pour lire ce prophète dont l’actualité est proprement bouleversante. Le début du chapitre 2 est en effet une description de notre société du 21e siècle étonnante. En lisant ces versets, on pourrait même croire qu’Habaquq, qui a vécu à la fin du 7e siècle avant Jésus-Christ, soit il y a environ 2500 ans, est quasiment notre contemporain ! Que dit-il en effet ?

Malheur à celui qui augmente le fardeau de ses dettes !

Tes créanciers ne se lèverontils pas soudain ?

N’est-ce pas actuel cela ? ça ne vous rappelle rien ?

Et Habaquq ne s’arrête pas là ! Dans ce seul chapitre 2, il va dénoncer à 5 reprises des pratiques semble-t-il courantes à l’époque, mais qui pourraient tout aussi bien décrire notre société actuelle ! Avec même une précision stupéfiante !

Certes, ces 5 « Malheurs » concernent essentiellement les Chaldéens contemporains du prophète, ennemis d’Israël et envahisseurs de leur territoire, Mais ils décrivent aussi prophétiquement et mettent en garde notre société occidentale actuelle ainsi que nos Eglises, si elles n’écoutent pas la Parole du Seigneur qui est aussi pour elles.

Le mot malheur qui est répété 5 fois dans ces quelques versets n’est peut-être pas la meilleure traduction, car il peut faire penser à une malédiction, ce qui n’est pas le cas du mot hébreu. Dans sa traduction de la Bible, André Chouraqui précise que ce mot hébreu – Hoïe – est en fait un cri de deuil. Il s’agit donc moins d’une malédiction que d’un cri de souffrance face à la mort. N’est-ce pas comme les larmes de Jésus, le jour des Rameaux, qui s’écrie en descendant le mont des Oliviers et voyant en face de lui la ville de Jérusalem : si toi au moins tu connaissais les choses qui appartiennent à ta paix…Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t’environneront de tranchées… ils te détruiront toi et tes enfants… (Luc 19.41-44). Et l’évangéliste Luc ajoute : Jésus pleura. Lui aussi a dû s’écrier Hoïe !

Le 1er Malheur, 1er cri de deuil est particulièrement actuel :

Malheur, Hoïe, à celui qui accumule ce qui n’est pas à lui !

Malheur à celui qui augmente le fardeau de ses dettes !

Tes créanciers ne se lèveront-ils pas soudain ? (v 6).

N’est-ce pas exactement ce qui se passe actuellement et qui est à l’origine de la crise actuelle qui frappe ou a frappé de nombreux pays – et non des moindres ? Tout y est : L’augmentation vertigineuse de la dette accompagnée de la réaction aussi violente que soudaine des créanciers à laquelle personne ne s’attendait.

Le premier « malheur », le premier cri de deuil concerne le pouvoir de l’argent. La Bible n’est pas contre la richesse. Beaucoup de grands hommes de Dieu étaient riches. C’était même pour eux signe de bénédiction (cf. Abraham, Jacob, Boaz, Job). Mais l’Ecriture met en garde contre le pouvoir séducteur et corrupteur de l’argent. Cf. Le jeune homme riche (Mc. 10 17-27). C’est le seul homme, avec Lazare et Jean, dont il est dit expressément que Jésus l’aima. Mais cette rencontre entre Jésus et le jeune homme riche révèle aussi la tentation de la richesse. L’apôtre Paul l’a bien compris quand il écrit à son disciple Timothée : l’amour de l’argent est une racine de tous les maux. (1 Tim.6.10). Jésus aussi a souligné la tentation de la richesse ; il a d’ailleurs parlé de l’argent plus que de n’importe quel autre sujet à part le Royaume de Dieu. Et la Bible parle 2084 fois de l’argent et de la richesse, mais seulement à 215 reprises de la foi et 208 du salut (d’après Earl Pitts de JEM).

De tout temps ce fut un problème pour l’Eglise. Voici ce que dit John Wesley dans un texte souvent cité :… Quel remède apporter pour que notre argent ne nous enfonce pas au plus profond de l’enfer ? Il y a un moyen, et pas d’autre sous le ciel. Si ceux qui gagnent tout ce qu’ils peuvent, et épargnent tout ce qu’ils peuvent, voulaient aussi donner tout ce qu’ils peuvent, alors plus ils gagneraient plus aussi ils croîtraient en grâce et plus ils accumuleraient des trésors dans les cieux. (cité par F. Lovsky : Wesley, p.121).

2e Malheur, 2e cri de deuil :

Malheur, Hoïe, à celui qui amasse pour sa maison des gains iniques.

Afin de placer son nid dans un lieu élevé (v.9)

C’est de nouveau une question d’argent. A quoi cela vous fait-il penser ? Les «  nids élevés » que l’on ne peut atteindre et où l’argent est soi-disant en sécurité, ne sont-ils pas les paradis fiscaux modernes ? Il y a là aussi une actualité extraordinaire.

Le second malheur concerne donc la cupidité, l’égoïsme et l’exploitation du prochain. C’est une conséquence de l’amour de l’argent. Le texte donne aussi des précisions très actuelles : En détruisant des peuples nombreux. On pourrait parler de la cupidité des conquistadores espagnols en Amérique du Sud, ou de la cupidité des trafiquants d’esclaves qui est encore pire. Je me suis laissé dire que la Suisse aussi a profité de ce trafic…

Mais Habaquq ne s’arrête pas là ! Après les deux premiers cris concernant l’amour de l’argent et la cupidité, il parle de violence :

3e Malheur, 3e cri de deuil :

Malheur, hoïe, à celui qui bâtit une ville avec le sang (v.9).

Qui fonde une ville avec l’iniquité.

Le 3e malheur concerne la violence et la malhonnêteté

Là encore, ce 3e malheur concerne d’abord, bien sûr, les Babyloniens qui sont les envahisseurs cruels, mais « à travers eux tous ceux qui en tout temps se comportent de la même manière » (Nouveau commentaire biblique, page 806). Si nous étudions l’histoire de nos sociétés, de nos pays, qu’est-ce qui les caractérise ? Comment nos pays se sont-ils construits ? Et si nous regardons les nouvelles, que constatons-nous, sinon la violence ? Pas seulement en Ukraine, en Syrie ou en Afghanistan, mais dans nos quartiers dits sensibles, dans la violence faite aux femmes (viols, etc). Quant à la malhonnêteté, la tromperie etc. !

N’y a-t-il pas là aussi un portrait de nos sociétés actuelles ?

4e Malheur, 4e cri de deuil :

Malheur, hoïe, à qui fait boire son prochain

A toi qui verses ton outre et qui l’enivres,

Afin de voir sa nudité.

Il s’agit encore de violence et de cruauté (v.17) qu’Habaquq compare à des scènes où des soudards se livrent à toute espèce d’ivrognerie ou de sexualité sans aucune limite. Mais les images choisies sont plus que des images. C’est le déferlement de toutes les passions : alcool, sexe, drogue, c’est le déferlement de l’immoralité sous toutes ses formes.

Le 4e malheur concerne l’immoralité.

Je suis frappé de constater à quel point notre société a perdu le sens de la morale. Ce terme est même devenu obscène ! Plus que l’immoralité, c’est l’amoralisme qui est omniprésent aujourd’hui, ce qui est probablement pire.

5e Malheur, 5e cri de deuil :

Malheur, hoïe, à qui dit au bois : Lève-toi

A une pierre muette : Réveille-toi.

Les prophètes ont constamment attaqué l’idolâtrie. Ils ont même souvent manifesté une ironie féroce à l’encontre de ceux qui fabriquent des idoles, de bois ou de pierre (cf. Es. 44.12-18 ou le Psaume 115).

Il brûle au feu la moitié de son bois,

Avec cette moitié il cuit de la viande…

Et avec le reste il fait un dieu, son idole…(Es.44)

Le 5e malheur concerne l’occultisme

Bien sûr, notre société ne se prosterne pas devant des idoles de bois ! Mais la superstition et l’ésotérisme n’ont pas disparu pour autant ! Ils ont simplement pris d’autres formes. Il n’y a qu’à lire les horoscopes dans la plupart de nos journaux. Et que dire des diseuses de bonne aventure, des voyants, des marabouts, des guérisseurs et des charlatans de toutes sortes ! Sans parler d’un occultisme beaucoup plus fort ou des idéologies inquiétantes et violentes qui radicalisent une certaine jeunesse en mal de vivre et à la recherche d’un sens à son existence ? Certes, là encore, la description d’Habaquq concerne d’abord les Chaldéens et la société de son temps, mais n’est-ce pas aussi la description de notre société contemporaine ?

Face à ce constat assez sombre et triste que va faire Habaquq ?

Il va entreprendre essentiellement deux choses :

1.D’abord il n’a pas peur, ni honte de dire son incompréhension et même sa révolte : il adresse à Dieu toute une série de pourquoi, et lui fait part de ses plaintes et de ses doléances :

Jusques à quand ô Eternel ?… J’ai crié et tu n’écoutes pas.

J’ai crié vers toi à la violence, et tu ne secours pas !

Pourquoi me fais-tu voir l’iniquité

Et contempler l’injustice ?…

Aussi la loi n’a pas de vie (ch.1.2-3).

Là encore Habaquq est très actuel. Ces questions, ces pourquoi, ces doléances ne sont-elles pas aussi celles que de nombreuses personnes adressent au Seigneur. L’immensité de la souffrance est un problème que l’on entend souvent : « Si Dieu existait, il n’y aurait pas toute cette violence, toutes ces injustices et tout ce mal ! »

Il n’est pas interdit de se poser toutes ces questions. Habaquq, tout prophète qu’il était, se les est aussi posées. Il vaut beaucoup mieux les exprimer – et les exprimer à Dieu – que de ruminer intérieurement sa colère, son incompréhension, sa frustration et ses doutes !

2.Mais le prophète ne s’arrête pas là. Il ne reste pas passif, il veille, comme il dit : il se met en situation d’écoute et il attend que Dieu lui réponde :

J’étais à mon poste, et je me tenais sur la tour

Je veillais pour voir ce que l’Eternel me dirait.

L’Eternel m’adressa la parole, et il dit : Ecris la prophétie ;

Grave-la sur des tables afin qu’on la lise couramment

Car c’est une prophétie dont le temps est déjà fixé,

Elle marche vers son terme, et elle ne mentira pas :

Si elle tarde attends-la,

Car elle s’accomplira certainement.

Voici, son âme s’est enflée, elle n’est pas droite en lui

Mais le juste vivra par sa foi. (Hab.2.1-4)

Et Dieu a répondu, une réponse extraordinaire, elle projette Habacuc directement en plein Nouveau Testament.

Cette dernière phrase le juste vivra par la foi est en effet citée 3 fois dans le N.T. (Ro.1.17 ; Gal 3.11 ; Heb.10.38) et chaque fois dans un contexte très important qui parle du salut. C’est par la citation de cette phrase que s’ouvre l’épitre aux Romains dont elle est la clé pour comprendre cet écrit fondamental (Ro.1.17). C’est ce texte qui a transformé Martin Luther et a fait de lui le Réformateur qui a transformé l’Europe…

Habaquq, bien sûr, n’a pas vu la totale réalisation de la prophétie que Dieu lui révèle et qui ne se réalisera que 6 siècles plus tard à Bethlehem et à Golgotha, mais il a compris deux choses fondamentales : D’abord que Dieu a la solution à ce qui le tourmente et le révolte. Il n’est pas pris au dépourvu, il connait la situation et il a une solution. Il a un plan de salut qui s’accomplira sûrement. Habaquq peut même déjà le mettre par écrit, Dieu reste souverain.

Ensuite il comprend une deuxième vérité : non seulement Dieu a un plan, mais il interviendra Lui-même. C’est pourquoi dans le 3e et dernier chapitre Habaquq, apaisé, chante et loue son Sauveur :

Mais moi j’exulterai en l’Eternel

Je veux trouver l’allégresse dans le Dieu de mon salut (3,18).

Quelle différence avec les premiers versets de sa prophétie où il clame sa révolte et ses pourquoi ! Quel cheminement Habaquq n’a-t-il pas fait au cours de ces trois brefs chapitres ! Il n’a peut-être pas reçu de réponse rationnelle à ses questions, mais il sait qu’il a un sauveur et que ce sauveur viendra au moment fixé par Dieu car sa promesse est certaine.

Effectivement cette prophétie s’est accomplie à la lettre : Dieu est venu en Jésus-Christ : lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils. (Gal.4.4)Dieu avait bien dit que la prophétie ne s’accomplirait pas tout de suite, mais qu’elle s’accomplirait certainement. Elle s’est accomplie. Jésus est venu. Le Sauveur est là ! « O Jésus ma joie » chantera plus tard J-S Bach.

Habaquq a eu confiance dans les promesses de Dieu. Il a cru sa Parole. Il a cru que Dieu restait souverain même si beaucoup de choses le dépassaient. Il a cru à sa présence et à son amour inconditionnel.

Ce chemin d’Habaquq est aussi le nôtre :

Dire à Dieu ce qu’il y a au fond de nos cœurs.

Recevoir ses promesses, accueillir et croire sa Parole.

Cultiver une vraie relation personnelle avec le Sauveur.

Découvrir le Père.

N’est-ce pas ce dont nos contemporains ont le plus besoin : Retrouver le Père dans un monde orphelin et sans repères.

C’est pour cela que Dieu a envoyé Jésus. Il est le chemin. N’est-ce pas le moment plus que jamais d’écouter le prophète Esaïe qui a souvent été appelé le cinquième évangéliste : Voici le chemin, dit-il au chapitre 30 verset 21 : marchez-y !

Amen

40 jours avec Jésus sur la montagne

Échanger avec d’autres autour de la Bible : oui mais comment ? Voici une proposition née de l’action des « Attestants », l’association soeur du R3 en France.

Le parcours « 40 jours avec Jésus sur la montagne » est résolument biblique, interactif et convivial.

Il invite durant 6 semaines néophytes et lecteurs expérimentés de la Bible à cheminer de manière communautaire et personnelle, à travers le discours « décapant » de Jésus sur la montagne, dans l’évangile selon Matthieu.

Ce parcours est articulé en trois expériences complémentaires à vivre :
– en petit groupe, en 6 rencontres clé en mains : le livret de l’animateur,
– seul, avec 40 lectures bibliques personnelles : le livret du participant,
– en Église tout entière, grâce aux pistes de prédications.

https://www.editionsbiblio.fr/parcours-bibliques/40-jours-avec-jesus/40-jours-avec-jesus-livret-animateurs

Au-devant des fugitifs

Le troisième dimanche de juin est, sur le plan international, le dimanche des réfugiés. Antoine Schluchter, pasteur à La Vallée-de-Joux, nous offre ici une prédication pour élargir l’espace de notre regard et de nos cœurs.

Chaque année, le dimanche des réfugiés est vraiment une bénédiction. C’est l’occasion d’élargir les piquets de nos tentes pour avoir un regard plus circulaire, d’élargir l’espace intérieur nos cœurs pour y faire place à celles et ceux qui ont dû fuir. En 2022, cela a concerné 281 millions de personnes, ce qui correspond au nombre d’habitants cumulés de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Italie. Il y a eu 23 millions de réfugiés de plus qu’en 2017, ce qui fait une augmentation annuelle de 4,6 millions sur les cinq dernières années. C’est-à-dire à chaque fois un peu plus de la moitié de notre population. Voilà une réalité abrupte qui nous décentre de notre horizon habituel. Une réalité dont témoigne la bible tant elle a affecté le peuple élu au cours des siècles. Ainsi, le Deutéronome dit de Jacob : « Notre père, cet araméen errant » (26.5). Car au fin fond, la bible dit le projet de Dieu dans le monde tumultueux des hommes. Elle nous invite à être matelots au cœur des tempêtes, à les affronter et non à les esquiver sur le frêle esquif de nos petites personnes. C’est ce que nous allons aborder à partir de notre série de lectures bibliques avec quatre adjectifs pour guides.

Proactifs 

La personne proactive va au-devant des situations, elle n’attend pas passivement. Le thème de cette année est :« Rapprocher les fugitifs et les bénévoles ». Ce terme de fugitif a eu l’effet d’un uppercut en plein estomac, il m’a coupé le souffle. J’ai ouvert une concordance au mot « fugitif », il a droit à quelques versets. Dont ce passage très interpelant du livre d’Esaïe :

« Vous qui habitez à Téma, allez à la rencontre de ceux qui meurent de soif, apportez-leur de l’eau ; allez au-devant des fugitifs, apportez-leur de quoi manger. Car ils ont fui devant l’épée, devant l’épée que rien ne retient, devant l’arc tendu contre eux, devant la pression du combat. »

Sur une dizaine de chapitres, Esaïe adresse des messages aux contrées avoisinantes qui se terminent par une annonce de la destruction de la terre, façon grand effondrement. Dans notre passage, il s’agit d’un message à l’Arabie, c’est-à-dire le pays de la steppe que traversent des fugitifs –comment ne pas penser au drame des migrants subsahariens ? Le message est on ne peut plus clair, je résume : « aidez-les en chemin ». Des bénévoles avant la lettre, dans le sens le plus profond du terme : des gens qui veulent le bien d’autrui (de benevolens, voulant le bien). Et ils sont proactifs : « allez à leur rencontre, allez au-devant des fugitifs ». Plutôt que d’attendre que ça se passe ou de dire qu’on ne peut rien y faire. Proactifs en aidant des migrants qui traversent les Alpes dans le froid ou des gens de chez nous, fugitifs de bien d’autres malheurs. Avant-hier encore, une petite dame fuyant le deuil et une vie compliquée m’a téléphoné comme régulièrement et on prend un moment, on va au cimetière, on boit un café. Et là, elle m’a demandé une bible : une autre soif apparaît, une faim d’autre chose.  Être proactifs plutôt que passifs envers les assoiffés qui traversent nos contrées.

Préparés 

Car il se pourrait bien qu’un jour, nous soyons des fugitifs à notre tour, passant de spectateurs à premiers concernés, et je ne pense pas que nous y sommes préparés. Victimes, par exemple, de persécution religieuse : « Fuyez dans une autre ville. » Ou de cette mystérieuse « abomination de la désolation » dans les derniers temps. Alors, il n’est tout simplement plus question de rester, tout notre univers bien échafaudé s’écroule d’un coup. Il n’est même plus question d’aller récupérer notre essentiel, juste de fuir et de prier pour que les conditions de la fuite ne soient pas trop dures. Femme enceinte, hiver rude, temps du repos : tout cela, les migrants l’expérimentent. Je repense à un jeune érythréen qui a juste eu le temps de sauter par la fenêtre. Deux ans de voyage atroce, et qu’est-ce qu’il a prié, qu’est-ce qu’il a gardé confiance ! Être proactifs pour aller vers les réfugiés, mais aussi pour être préparés à le devenir.

Rassurants 

Nous nous sommes arrêtés sur la conditions des fugitifs et l’appel à les aider lancé par Esaïe

Nous avons entendu, dans la bouche de Jésus, que nous pourrions le devenir à notre tour. Les passages lus dans les Nombres et le Deutéronome évoquent, eux, l’étape de l’arrivée. Pour ce dimanche des Réfugiés, c’est d’ailleurs le premier mot qui m’était venu : refuge. Avec ces exemples impressionnants de villes-refuge pour les meurtriers involontaires. J’y vois un écho aux conditions de sécurité tellement indispensables aux fugitifs. C’est touchant, cette mise en place de villes dédiées à leur accueil dans l’infrastructure. Il y en avait six parmi les quarante-huit réservées aux Lévites ; cela faisait donc partie du service de Dieu. Trouver, après avoir fui et tout enduré, un lieu sécure, de la chaleur, un espace de paix. Ce qui frappe le plus les Ukrainiens arrivant ici, c’est le calme, l’absence de sirènes. Comme des oasis dans le désert de l’existence. Et ces espaces qui permettent de rassurer sont nécessaires à beaucoup de catégories. D’ailleurs, que de fois nous lisons dans les Écritures : « Soyez sans crainte ». Être rassurants en offrant des communautés-refuge, de la sécurité aux déplacés. 

Bénissants

Nous avons cheminé avec les fugitifs assoiffés, traversant le désert en étant invités à être proactifs. Nous avons entendu que ce pourrait être un jour notre condition en étant invités à y être préparés. Nous avons été invités à leur ouvrir des espaces sécurisés pour les rassurer. Mais peut-on sans autre sauter de fugitif à refuge, réfugié ? Est-ce correct de faire ce type de lien ? – On comprend bien l’importance de trouver refuge pour un fugitif. Mais cela va encore plus loin : ces deux mots ont la même étymologie. Fugitif et refuge proviennent de la même racine. Le fugitif est celui qui fuit un danger, une menace ; le réfugié est celui qui, littéralement, fuit en rebroussant chemin, il quitte l’état de fuite. Il est un fugitif qui marche à reculons jusqu’à un abri sécure. Le refuge stable représente l’état inverse de la fuite éperdue.

Nous avons des refuges dans nos forêts et beaucoup ont servi pendant la Deuxième Guerre.

Il y a eu le temps du Refuge dans notre pays pour les protestants persécutés au 17èmesiècle. C’est bienfaisant comme les oasis au milieu du désert de l’existence. Mais ce n’est pas fait pour durer, s’établir ; ce n’est pas une vie. La vie, la vraie, c’est une existence sans menace permanente. C’est… des espaces ouverts, de la paix, de la lumière, de la plénitude. Quel plus beau signe de sécurité qu’une porte ouverte de maison, de ville même ? On le sait dans notre pays où, de nos jours encore, bien des maisons ne sont pas fermées à clé. En cinglant contraste avec les villes ou les résidences sécurisées en tant d’endroits du monde. Eh bien, en toute fin de bible, il est dit de la Cité de Dieu (quelle vision !):

« Les portes de la ville resteront ouvertes pendant toute la journée ; et même, elles ne seront jamais fermées, car là il n’y aura plus de nuit. »

Plus de nuit menaçante au cœur des déserts et des errances sans fin des fugitifs ni des témoins de l’évangile obligés de fuir et dont les rangs, eux aussi, ne cessent de grossir. Des espaces ouverts : plus de murs infranchissables, plus de barques repoussées. Même plus de villes-refuge, plus besoin d’oasis, il n’y aura plus ni nuit ni désert. Le fleuve de la vie sera dans la ville, la source d’eau vive jaillira pour l’éternité. Et on ne trouvera plus aucune trace des impies et des malfaisants.

Alors frères et sœurs, jusqu’à ce que se réalise cette promesse dans toute son envergure, soyons proactifs auprès des réfugiés de toute sorte, traversant les déserts de l’existence ; cela sous-entend d’aller auprès d’eux. Soyons préparés à tout perdre pour le témoignage comme tant d’autres autour de nous ; cela sous-entend de lâcher nos sécurités. Soyons rassurants pour celles et ceux qui ont besoin d’un refuge ; cela sous-entend de leur ouvrir nos bras, nos cœurs, nos espaces. Et soyons bénissants jusqu’à ce que toutes et tous, chacune et chacun, nous vivions dans la plénitude de la présence divine là où il n’y a plus ni nuit ni cri ni de porte fermée.

LECTURES BIBLIQUES

Dans l’ordre des quatre points de la prédication.

Proactifs : Esaïe 21.13-15 

Préparés : Matthieu 10.22-23 + 24.16-22

Rassurants : Nombres 35.6-8 + Deutéronome 4.41-43

Bénissants : Apocalypse 21.25-27

Dimanche 11 juin 2023 

Vous êtes la lumière du monde

Le Rassemblement pour un renouveau réformé est un mouvement suisse romand. Mais il faut reconnaître que la proportion de Vaudois est écrasante ! Nous sommes donc très reconnaissants de pouvoir faire entendre une voix neuchâteloise par cette prédication d’Ursula Tissot, prononcée dans la Collégiale de Neuchâtel.

Le lectionnaire nous propose pour aujourd’hui trois passages de l’Ecriture :

Es.58, 7-10  Partagez  et recherchez la justice  

Mt 5, 13-16  Soyez le sel, soyez la lumière  

1 Cor. 2, 1-5 Paul dit à la communauté de Corinthe qu’il ne veut rien savoir d’autre parmi eux que Jésus Christ et Jésus Christ crucifié.

Quel dénominateur commun entre ces 3 passages ?

Pour le partage et la justice qui plaît à Dieu, et pour l’injonction d’être le sel et la lumière, ce sont des conseils normaux pour que la vie sur terre soit possible et on voit beaucoup de belles personnes, généreuses, qui cherchent la justice et qui en paient le prix partout dans le monde, car l’amour est un ingrédient naturel de l’humanité. Chaque être humain est capable d’amour, s’il n’a pas été abimé ou blessé ou dressé à la dure. Chaque être humain a aussi un besoin vital d’amour. 

Pas besoin d’être religieux pour cela. 

Quant au 3ème texte, 1 Cor.2 1-5 c’est Paul lui-même qui dit qu’il s’est présenté à la communauté de Corinthe non pas avec des discours prestigieux et empreints de sagesse humaine. Il pensait sans doute à la philosophie ambiante, et il en aurait eu les capacités, mais il s’est présenté à eux faible, craintif et tout tremblant.

Pourquoi ? 

Parce qu’il voulait que la puissance de l’Esprit passe à travers lui, et que cette puissance soit une démonstration de la puissance de Dieu.

Et quel est l’objet de cette puissance ? LE CHRIST CRUCIFIE !

Pourquoi Paul dit qu’il est tout tremblant, plein de peur, en se présentant aux Corinthiens et en leur parlant de sa foi ? 

Parce que son message de la bonne nouvelle, c’est de la pure folie.

  • un Dieu qui s’est fait homme, Jésus 
  • qu’on attendait comme Messie, Christ 
  • et qu’on a crucifié ?

Humainement c’est de la pure folie, surtout quand on sait que la crucifixion, c’était un supplice horrible, dégradant, qui permettait de mettre au rebut les indésirables.

Y a-t-il des gens parmi vous qui disent avec fierté : je suis chrétien et le centre de ma foi, c’est Jésus crucifié ? 

Peut-être qu’ils le disent en tremblant, parce qu’aujourd’hui encore c’est de la folie. C’est risible. Ça fait 2000 ans qu’on prêche une folie. Il y a eu des milliers de crucifiés. Mais je ne connais pas un seul grand personnage qui aurait été crucifié et dont on parle encore aujourd’hui.

Aujourd’hui on peut encore parler de la lumière, de l’amour, de la paix, même du sel, mais d’une mort qui sauve ???

Et pourtant ça reste le cœur de la foi chrétienne, parce que c’est là que la relation avec Dieu a basculé.

Ce qui est encore plus compliqué à comprendre pour nous que pour les Corinthiens, c’est que la mort du Christ, du messie, s’est faite dans un contexte sacrificiel, et pour notre culture, on ne sait plus ce que c’est qu’un sacrifice RITUEL. 

  • Offrir un agneau pour solliciter un pardon, c’est d’un autre âge !
  • Sceller une alliance par le sang d’un sacrifice, ça se fait encore couramment parmi les peuples traditionnels, et même chez nos ados quand ils veulent marquer une amitié sensée durer pour toute la vie, mais quand on est adulte et responsable, c’est une idée qui ne nous effleure même pas.
  • Que la vie soit dans le sang, oui, mais la société de consommation nous dit tout autre chose et sur tous les tons ; la vie est dans le plaisir, dans l’argent, dans la réussite, dans la nouveauté… 

Achetez la voiture Alaxis, ça va vous changer la vie ! 

Mais la mort du Christ, est-ce que ça change ma vie ?

Ce n’est pas pour rien que le christianisme est en perte de vitesse. Ce n’est pas la seule raison. Mais pour le rationalisme, c’est un obstacle infranchissable qui éloigne beaucoup de gens de la foi chrétienne.

Quand donc Paul dit (et il le dit aussi à nous) : je ne veux savoir parmi vous qu’une chose, c’est Jésus le Messie et Jésus le Messie crucifié, on entend : oui, mais comment en vivre ?

Je le disais : La crucifixion a été le moment où tout a basculé : à l’époque, la relation du peuple de Dieu avec son Dieu s’était dégradée et là elle a été comme remise sur les rails.

Les sacrifices pour le pardon, à faire et refaire chaque année, devenaient obsolètes, car ils ont été remplacés par celui de Jésus, Fils de Dieu, capable d’effacer une fois pour toute le péché fondamental qui est de chercher à plaire à Dieu par l’observance stricte de la loi, gagner son salut et être juste devant Dieu, ce qui est un but inatteignable. 

Dorénavant plus besoin de se sacrifier ou d’offrir des sacrifices, c’est fait une fois pour toutes et l’accès à Dieu est gratuit, c’est la grâce. 

Du même coup, l’alliance de Dieu avec son peuple a été renouvelée dans le sang. Cette alliance que nous célébrons tous les dimanches dans la cène nous garantit la fidélité absolue de Dieu à notre égard.

Du même coup, la mort n’a plus le pouvoir de nous anéantir, puisque le Christ est ressuscité. Il est vivant, et ce qu’il a inauguré sur terre, c’est à nous de le poursuivre. 

 Il est remonté au ciel, en nous ouvrant l’accès au ciel, à Dieu, mais en même temps il vit en nous : je serai avec vous tous les jours, nous a-t-il dit. Il a fait de nous son temple, sa demeure. Et Paul l’affirme parce qu’il en fait l’expérience : ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. 

Mes frères et sœurs : c’est vrai aussi pour nous !

Une strophe d’un de nos cantiques de Pâques le dit très bien : depuis qu’il a vaincu la mort, tout est changé dans notre sort : et le plus faible devient fort (Psaumes et Cantiques 319).

L’irruption du royaume de Dieu, c’est ce basculement-là :  la sagesse du monde est folie pour Dieu, et ça devrait l’être pour nous aussi, 

  • le premier sera le dernier, 
  • soyez comme des enfants pour accueillir le royaume, 

et comme l’a encore expérimenté Paul : 

  • lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort.

Et on connaît le rayonnement de Paul. Cet homme qui a mis toute son énergie pour tuer dans l’œuf l’émergence de l’Eglise et qui a persécuté les premiers chrétiens a fini par évangéliser une grande partie du bassin méditerranéen. 

Paul parle de ce rayonnement en faisant allusion à cette parole : vous êtes la lumière du monde.  

Il l’explicite en disant : que la lumière brille dans l’obscurité (c’est à dire dans le monde) et c’est Dieu lui-même qui a brillé dans nos cœurs. Il a voulu nous éclairer en nous faisant connaître sa gloire, qui brille sur le visage du Christ. Mais ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile (c’est à dire que c’est fragile) Et ainsi on voit bien que cette puissance extraordinaire vient de Dieu et non de  nous. (2Cor, 4, 6-7)

Être des lumières dans le monde, ce n’est pas juste de la déco. C’est une autre qualité de lumière Nous le serons si nous-mêmes nous sommes éclairés par le Christ qui vit en nous. Et de ce fait, nous rayonnons d’une lumière qui n’est pas du monde, que Paul qualifie de puissance extraordinaire

Et ce n’est pas hors de notre portée, puisqu’on n’y est pour rien. C’est la grâce pure.

Sauf que nous avons à accepter et mettre en œuvre le bouleversement des valeurs qui s’est opéré à la croix.   

Voilà pourquoi Paul ne voulait savoir qu’une chose chez les Corinthiens, et cette chose était l’événement de la croix.

C’est facile, mais si ce n’est pas l’œuvre du Saint-Esprit en nous, ça restera, comme pour beaucoup de chrétiens, de l’ordre du savoir et non de l’expérience. 

C’est ce que je souhaite pour chacun et chacune d’entre vous : que le Christ vous habiteet qu’il puisse ainsi rayonner à travers vous sa lumière, son feu.

En étant porteurs de cette lumière, vous ferez voir cette puissance extraordinaire qui vient de Dieu. Ça ne veut pas dire que vous allez faire des éclairs, ou des éclats. Mais votre rayonnement va toucher profondément les gens. Pas forcément en mettant des mots dessus, mais en étant une valeur sûre, même si autour de vous le courant est coupé. 

  • Il y avait des gens comme ça dans les camps de concentration, 
  • il y a des gens comme ça dans les hôpitaux,
  • Il y a des gens comme ça dans des débâcles familiales…

Ces gens-là sont un trésor pour ceux qui les entourent et ils manifestent la gloire de Dieu. C’est bien pour cela que nous sommes sur la terre. Et j’espère que nous en faisons partie.

Perdre le Christ dans le christianisme 

Cet article de Greg Morse a été publié sur le site Desiring God. Nous l’avons trouvé tellement pertinent que nous avons sollicité (et obtenu !) la permission de le traduire et de le publier sur notre site.

La question semble étrange à première vue, mais j’en suis venu à me la poser à moi-même : Suis-je en danger de perdre le Christ dans ma façon de vivre le christianisme ? 

Parmi ceux d’entre nous qui connaissent vraiment Jésus, l’aiment et croient en lui pour la vie éternelle, sommes-nous de ceux qui ont perdu leur premier amour ? La plus grande lumière brille-t-elle maintenant comme la plus petite dans nos cœurs ? Jésus est-il passé sans qu’on s’en rende compte de sa place de grand Objet de notre désir à celle d’un adjectif modifiant d’autres activités ? Les livres sur la vie chrétienne se vendent bien mais les livres sur le Christ lui-même restent généralement en stock. 

Pouvons-nous encore dire en toute vérité : « Mon âme attend le Seigneur plus que les sentinelles n’attendent le matin, oui, plus que les sentinelles n’attendent le matin » (Psaume 130.6) ? La seule chose que nous demandons à notre Seigneur est-elle de contempler sa beauté et de converser avec lui (Psaume 27.4) ? S’il revenait aujourd’hui, cela nous semblerait-il une interruption, ou nous trouverait-il en train de nous demander les uns aux autres : « Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? » (Cantique 3.3) ? Ressentons-nous la douleur de son absence ? Nous manque-t-il ?

Ces derniers temps, j’ai moins regardé par-dessus les murs de ce monde, dans l’attente de sa venue. Au lieu de cela, je me suis occupé de choses bonnes et même de choses pieuses – celles qui sont de lui, à lui et par lui, mais qui ne sont pas lui. À ma grande surprise, je me suis rendu compte que je commençais à perdre le Christ de vue dans mon christianisme. Et le perdre de vue ici semble plus subtil, plus facile, qu’ailleurs. 

Je vais tenter de décrire comment nous pouvons le perdre de vue dans quelques endroits qui nous sont les plus précieux : l’Evangile, les Ecritures, la recherche de la sainteté et l’Eglise.

L’avons-nous perdu dans l’Évangile ? 

J’ai égaré Jésus dans l’Évangile lorsque l’Evangile devient sans visage, lorsqu’il fait partie d’une équation où l’Évangile plus la foi égalent le paradis. Michael Reeves aborde ce point lorsqu’il écrit que Charles Spurgeon « préférait parler de prêcher « le Christ » plutôt que de prêcher « l’Évangile », « la vérité » ou quoi que ce soit d’autre, à cause de la facilité avec laquelle nous réduisons « l’Évangile » ou « la vérité » à un système impersonnel. Le Christ lui-même est, en personne, le chemin, la vérité et la vie ; la gloire de Dieu ; la vie et les délices des saints ; l’époux que l’épouse est invitée à apprécier. » (Spurgeon on the Christian Life, p.71.) 

Si je ne prends pas garde, l’Évangile et la vérité peuvent être réduits à une connaissance exsangue, sans pulsations. Contrairement à ce message impersonnel, Paul décrit l’Évangile de Dieu comme ce que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes, dans les saintes Écritures, au sujet de son Fils, descendant de David selon la chair, et déclaré Fils de Dieu avec puissance, selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection d’entre les morts : Jésus-Christ notre Seigneur. (Romains 1.1-4) 

L’avons-nous perdu dans les Écritures ? 

« Vous sondez les Écritures parce que vous pensez avoir par elles la vie éternelle », a dit Jésus aux Pharisiens, « ce sont elles qui rendent témoignage à mon sujet, mais vous refusez de venir à moi pour avoir la vie » (Jean 5.39-40). Avons-nous pris de mauvaises habitudes de lecture de la Bible, à l’instar de ces pharisiens aveugles ? 

Demandez-vous : « Qu’ai-je vu dans la Bible ces derniers temps ? Vous répondrez peut-être que vous avez appris à vous contenter de ce que vous avez, à souffrir ou à mieux aimer votre femme. Vous avez peut-être exploré l’audace des disciples dans le livre des Actes ou admiré le cœur d’un pasteur dans les Épîtres pastorales. Vous avez peut-être fait preuve d’humilité en parcourant le livre des Philippiens, appris à prier dans les Psaumes ou contemplé votre « assurance du salut » dans 1 Jean. Autant de bonnes leçons. 

Ensuite, demandez-vous : « Qu’ai-je vu du Christ récemment ? Qu’est-ce qui, en lui, a embelli votre cœur et satisfait votre âme ? Laquelle de ses paroles a captivé votre attention ? Laquelle de ses qualités a harponné votre affection ? Qu’est-ce qui, de sa croix, vous a humilié, qu’est-ce qui, de sa résurrection, vous a soutenu, qu’est-ce qui, de son retour, fixe vos yeux sur les cieux, dans l’attente ? 

Je pense que pour la plupart d’entre nous, il sera beaucoup plus facile de répondre à la première question qu’à la seconde. Nous avons beaucoup réfléchi, mais qu’en est-il du Christ lui-même ? Nous parlons beaucoup de la foi, mais que savons-nous de la personne en qui nous croyons ? Les pharisiens se sont penchés sur de nombreux sujets sacrés, mais ils n’ont pas vu le Messie qui se trouvait juste en face d’eux.

Paul n’a pas consacré sa vie à une formule statique, mais Dieu l’a mis à part pour l’Évangile, l’Évangile « concernant son Fils ». Cet Évangile, la puissance de Dieu pour le salut, est la bonne nouvelle d’une personne – Jésus-Christ, le Fils de David annoncé depuis longtemps, crucifié pour le péché, ressuscité avec puissance, monté à la droite du Père, et bientôt de retour.

L’avons-nous perdu en poursuivant la sainteté ? 

Lorsque nous perdons de vue Jésus dans notre sanctification, la ressemblance avec le Christ en vient à signifier une vertu parfaite, et le péché une infraction à une loi impersonnelle. 

Au lieu de voir notre propre amour comme une imitation de l’amour du Christ (Jean 15.12), nous cherchons à posséder un amour générique dans toute son étendue, une patience générale débordante, une joie de base, une douceur et une maîtrise de soi au superlatif. La sainteté devient rapidement une mathématique éthique, où nous prenons un attribut positif et calculons combien il nous en manque encore.

Et lorsque nous pensons au péché, nous en venons à considérer qu’il s’agit simplement d’enfreindre une loi sans âme. Il y a péché lorsque le panneau indiquait que la vitesse était limitée à 80 km à l’heure et que le radar a relevé que nous roulions à 100 km à l’heure. Nous avons enfreint la loi. L’œil froid de la justice nous attrape – une contravention nous est envoyée par la poste.

Au contraire, notre sainteté regarde Jésus, ressemble à Jésus. En contemplant sa gloire, nous sommes transformés en la même image (2 Corinthiens 3.18). Le Père nous a prédestinés à être conformes à la ressemblance de son Fils (Romains 8.29). Nous n’atteignons pas des vertus brillantes pour elles-mêmes ; nous « revêtons le Seigneur Jésus-Christ » (Romains 13.14). Et nous n’obéissons pas à une loi abstraite, mais à sa loi : nous portons les fardeaux les uns des autres « et nous accomplissons ainsi la loi du Christ » (Galates 6.2). Au lieu de confesser le péché comme quelqu’un qui a enfreint la limitation de vitesse, nous confessons le péché contre notre Dieu trinitaire.

L’avons-nous perdu dans l’Église ? 

Notre société de plus en plus post-chrétienne préfère la règle d’or au souverain d’or. L’humanitarisme flatte notre conscience : l’amour du prochain demeure, même si beaucoup prétendent que Dieu est mort. 

Nous devons être connus par notre amour les uns pour les autres, c’est vrai, mais pas seulement par notre amour les uns pour les autres. Nous ne pouvons pas nous concentrer sur l’amour horizontal pour les autres chrétiens et oublier l’amour vertical pour le Christ ; nous ne devons pas prendre au sérieux le deuxième grand commandement de s’aimer les uns les autres comme nous-mêmes tout en ignorant le premier d’aimer Dieu de tout notre être. 

Cette tentation est la même que celle des voyages missionnaires à court terme : creuser le puits, mais oublier l’eau vive. Nous pouvons cuisiner pour le petit groupe, diriger la réunion de prière, rendre visite aux membres isolés, installer les chaises pour la rencontre, répéter pour le culte, organiser un  repas communautaire, envoyer une carte, assister à un enterrement – et perdre de vue Jésus. La communauté chrétienne, pour qu’elle le reste, doit être une communauté fondée sur l’œuvre du Christ, remplie de l’Esprit du Christ et existant pour la gloire du Christ. 

Notre vie communautaire est une vie dans son corps. Jésus « est la tête du corps, de l’Église. Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin de tenir en tout, lui, le premier rang » (Colossiens 1.18). Nous ne sommes pas la meilleure version des clubs sociaux du monde, la meilleure société humaniste avec des platitudes saupoudrées à propos de Jésus. Nous restons sa propriété, ses brebis, son épouse. Lorsque le Roi s’en va, nos chandeliers s’en vont aussi (Apocalypse 2.5).

Chercher l’introuvable 

« L’étude de Jésus-Christ est le sujet le plus noble auquel une âme se soit jamais consacrée », écrit John Flavel. « Ceux qui, comme des enfants, se creusent et se torturent le cerveau à d’autres études, se fatiguent à un jeu de bas étage ; l’aigle joue avec le soleil lui-même. Les anges étudient cette doctrine et s’abaissent pour regarder dans ce profond abîme ». Les anges ne se lassent pas de contempler le Roi dans sa beauté. Et nous ? 

Toi qui es chrétien, bien que tu ne l’aies pas vu, tu l’aimes. « Lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore, vous tressaillez d’une joie ineffable et glorieuse, en remportant, comme prix de la foi, le salut de vos âmes » (1 Pierre 1.8-9). Le connaître, c’est le paradis sur terre et le ciel des cieux. Le bonheur éternel des saints est de voir Dieu sur le visage du Christ et de devenir semblables à ce que nous voyons. Le ciel gravite autour de lui. Allons-nous nous contenter d’un christianisme mal nourri du Christ ? 

Passons notre vie à contempler ses multiples gloires. Puisons dans les richesses du Christ jusqu’à ce que nous vérifiions, nous aussi, qu’elles sont « insondables » (Éphésiens 3.8). Faisons de son amour – qui surpasse toute connaissance – notre sujet de prédilection. Demandons à nos ministres, comme les Grecs à Philippe : « Monsieur, nous désirons voir Jésus » (Jean 12.21). 

Nous avons tous besoin de le voir davantage.

Encore une citation de Flavel : « Il en va de l’étude du Christ comme de l’installation dans un nouveau pays qu’on vient de découvrir ; au début, les gens s’assoient au bord de la mer, sur les bords et les frontières de la terre, et ils y restent. Mais, par la suite, ils cherchent de plus en plus loin dans le cœur du pays. Ah, les meilleurs d’entre nous ne sont encore qu’aux frontières de ce vaste continent ! »

Alors, continuez à voyager, vous qui êtes chrétiens, pour mieux le connaître. Ne vous contentez pas de son éthique, de son conseil matrimonial, de sa vision du monde, sans lui. Vous explorerez ce vaste continent pour les âges à venir, pour l’éternité. Vous aurez ainsi  toujours plus de choses à ajouter (celles qui témoignent de la fidélité biblique) et de choses à rejeter (celles qui élèvent nos façons de faire au-dessus de l’Écriture).

La santé à la dimension du coeur de Dieu

Nous saluons la parution du livre de Raymond Bossy, médecin spécialisé en médecine physique et réadaptation (MPR) à Lausanne : La santé à la dimension du coeur de Dieu, paru en 2022 aux éditions Ourania. Voici, en quelques lignes, la perspective de ce livre :

Vouloir rechercher la guérison selon le projet de Dieu ne consiste pas à ajouter une dimension spirituelle aux soins prodigués par notre système de santé, mais nécessite de comprendre ce qu’est la santé selon Dieu. En approfondissant cette recherche dans la Bible, l’on découvre une santé ayant pour références non pas l’être humain et la durée de sa vie terrestre, mais l’univers entier et l’éternité; une santé ne se définissant pas par un état (de bien-être) de l’être humain, mais par la dynamique de ses relations. 

Cette santé dépasse largement le domaine « médical » et des maladies, du moment qu’elle touche à tous les domaines de notre existence et de notre société.

C’est ce parcours au travers des notions de santé, maladie et guérison selon le cœur de Dieu que se propose d’aborder ce livre, en dégageant des implications concrètes pour aujourd’hui.

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Offre pour les couples

Depuis le mois de septembre 2022, une offre dédiée aux couples a vu le jour dans le Nord-vaudois. Initiée par le pasteur Olivier Bader, de l’Eglise Evangélique Réformée Vaudoise, celle-ci a pour ambition d’offrir des formations, des activités ponctuelles et du soutien personnel, pour aider les personnes – les jeunes en particulier – à construire leur couple et à l’inscrire dans la durée.

Cette activité pourrait se résumer ainsi : Ressources pour les couples forme, soutien et accompagne des couples et des personnes du Nord vaudois dans une éthique chrétienne. Motivé par la conviction que l’amour s’apprend et se consolide au fil du temps, ce service équipe les couples dans leur projet de vie commune.

LES FORMATIONS :
Former un couple est une expérience excitante, car pleine d’émotions et de promesses. Elle est aussi inquiétante, car elle comporte des risques, des doutes et des déceptions. Se posent alors des questions par rapport à soi et à l’autre, espéré ou aimé.
Ressources pour les couples dans le Nord-vaudois propose 3 modules de formation différents, à vivre seul ou en couple.

DES ACTIVITES PONCTUELLES :
Ressources pour les couples organise ponctuellement des événements : soirées thématiques avec témoignages, petit-déjeuner avec garderie, soirée Saint-Valentin, week-end pour couples, … Les thèmes traités sont en rapport avec le célibat, le couple, le mariage ou plus spécifiques, en rapport avec le dialogue, les conflits, la sexualité, la parentalité, la complémentarité au sein du couple.

UN ACCOMPAGNEMENT PERSONNEL :
Ressources pour les couples offre des entretiens individuels ou en couple sur rendez-vous. Ces entretiens sont un espace de dialogue personnel et confidentiel pour :

  • Exposer un souci, une question, une situation compliquée dans la relation à soi, à l’autre, à Dieu
  • Aborder un événement du passé qui reste douloureux
  • Traiter un problème de couple précis ou une situation de crise
  • Faire un « check up » de la relation de coupleLes personnes intéressées seront reçues dans le respect de leurs convictions et de demandes. Si elles le souhaitent, un « accompagnement spirituel » est proposé, une démarche qui intègre leur foi. Selon les besoins et demandes spécifiques, une orientation vers des services spécialisés sera proposée.

Pertinence du projet pour la société :

  • Beaucoup de conseillers conjugaux et thérapeutes pour couples constatent que les couples consultent trop tardivement, quand la crise est déjà profonde. Leur rôle se réduit alors souvent à accompagner les personnes vers le divorce. Même dans les situations les plus favorables, le divorce représente un séisme important tant pour les conjoints, que pour les enfants, avec un coût social préoccupant.
  • Olivier Bader veut offrir des lieux de formation et de sensibilisation avec cette conviction élémentaire : on peut apprendre à former un couple et il existe des outils pour réussir ce qui restera toujours une aventure périlleuse !
  • Il s’adresse en particulier aux jeunes qui veulent poser des fondements solides à leur relation, entre autres en valorisant l’étape de l’« engagement » ; notion à contre-courant d’une compréhension contemporaine de la liberté et de l’épanouissement individuel.
  • On reproche parfois aux communautés religieuses de vivre « hors sol ». Cette offre est connectée à de vrais besoins humains, relationnels et sociaux qui impactent bon nombre de personnes, de familles et au-delà.

 

EERV – Ressources pour les couples

Site : https://www.eerv.ch/region/nord-vaudois/activites/activites-formation/ressources-pour-couples

Contact : Olivier Bader 079 785 90 42.  olivier.bader@eerv.ch

Bourgeonnements

Lors de l’assemblée du Rassemblement pour un renouveau réformé, Martin Hoegger apporté une méditation sur l’appel du prophète Esaïe à voir le bourgeonnement de l’œuvre de Dieu. Le thème du bourgeonnement de nouvelles réalités dans l’Église habite la réflexion actuelle du R3

« Je vais faire du nouveau ; on le voit déjà paraître comme un bourgeon, vous saurez bien le reconnaître ». (Esaïe 43.18)

Cette image du bourgeon apparaissant durant l’hiver est un grand appel à l’espérance et à la confiance.

Dans le froid de l’hiver, il semble que la vie ait disparu, mais c’est durant cette saison que la sève descend dans les racines. Puis elle remonte et produit des bourgeons.

Tout cela est invisible au début, mais à moment donné les bourgeons sont assez gros pour qu’ils soient visibles. Nous ne pouvons qu’assister à l’éclosion du bourgeon. Il ne sert à rien de le tirer pour le faire grandir.

Ainsi en est-il de l’œuvre de Dieu : c’est lui qui agit et non pas d’abord nous.

L’image du bourgeon est donc une invitation à la confiance que Dieu est à l’œuvre quoi qu’il arrive ! Il est à l’œuvre dans les hivers de nos Églises quand il nous semble que la vie de l’Esprit est en veilleuse. L’apparition des bourgeons est donc un appel à la persévérance et à l’attention.

Dans l’Évangile une parabole dit la même chose, celle de la semence qui grandit toute seule :

« Jésus disait encore : « Voici à quoi ressemble le règne de Dieu : quelqu’un jette de la semence dans son champ.

Nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, les graines germent et poussent sans qu’il sache comment.

La terre fait pousser d’elle-même d’abord la tige des plantes, puis l’épi, et enfin plein de blé dans l’épi.

Dès que le blé est mûr, on se met au travail avec la faucille, car le moment de la moisson est arrivé. » (Marc 4,26-29)

Cette parabole nous dit que le croyant peut dormir tranquille. Tout ne dépend pas de lui. La grâce de Dieu est à l’œuvre et il faut lui faire confiance. La grâce de Dieu est première, la réponse humaine seconde. La vie du disciple de Jésus est avant tout une grâce, puis une responsabilité.

Comme les semences sont enfouies dans la terre, les œuvres de Dieu commencent toujours de manière discrète, souvent avec des remises en question et parfois des persécutions. Mais il suffit de deux ou trois personnes unies dans la foi au nom du Christ pour porter des fruits, car le Ressuscité promet sa présence (Mat 18,20)

Ne pas opposer la grâce de Dieu à notre responsabilité

Cette parabole ne se trouve que dans l’évangile de Marc. A la fin de son évangile, Marc met une parabole antithétique, celle du maître qui s’absente, où le croyant est appelé à veiller, prier, travailler et ne pas dormir en attendant le retour du maître (Marc 13,33-37).

Cette autre parabole met donc l’accent sur notre responsabilité, alors que la parabole de la semence qui grandit d’elle-même insiste sur la grâce de Dieu.

Il ne faut pas opposer ces deux paraboles. La graine grandit d’autant mieux si le terreau dans lequel elle est semée est bien préparé ; si elle est bien arrosée et soignée.

En tant que Rassemblement pour un renouveau réformé, nous voulons nous confier en la grâce de Dieu et être attentif aux bourgeons de renouveau et aux pousses d’espérance.

Nous croyons que le Christ continue à aimer et à conduire l’Église réformée en Suisse romande. Comme le dit avec force le « Manifeste bleu » du R3, « nous réaffirmons notre confiance fondamentale dans le Dieu vivant Père Fils et saint Esprit qui continue à prendre soin de son Église ». Je vous invite à lire ou relire ce magnifique chapitre plein d’espérance intitulé « une confiance fondamentale ».

Dieu nous donne en effet des signes réjouissants de renouveau et de vie. Un de ces signes est la Haute École de théologie où nous nous réunissons. Un autre signe est le Forum chrétien romand. Il est un signe réjouissant de communion entre les Églises. Il va d’ailleurs prochainement se réunir dans ces lieux.

Nous croyons aussi que Dieu nous appelle à nous encourager les uns les autres en faisant grandir la semence de la grâce en nous et parmi nous.

Nous croyons qu’il nous appelle à la vigilance en vivant ces deux autres « R » que sont la « Repentance » et la « Résistance », dont parle le rapport du comité du R3.

Le Christ ressuscité au cœur de tout

Comment ? Avant tout en croyant que le Christ est vraiment ressuscité et que sans lui nous ne pouvons rien faire. Mettre en doute la réalité de sa résurrection, comme le font certains théologiens protestants, précipite l’Église dans le néant. Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi et l’Église s’effondre.

Nous avons besoin d’un renouveau dans la foi dans le Christ ressuscité. Sa résurrection n’est pas un simple chapitre parmi d’autres de la théologie systématique, mais le cœur de la foi, de la spiritualité et du culte de l’Église.

Notre foi dans le Christ ressuscité a deux conséquences :

  • De nous ouvrir à son amour agissant, surprenant et déroutant en lui donnant une confiance absolue, quelles que soient les circonstances, les oppositions, les épreuves ou les lenteurs.
  • De répondre à son amour en nous aimant les uns les autres, comme il nous a aimés.

C’est cela « semer ce qui plaît à l’Esprit saint », non « selon ses propres penchants », afin de récolter la vie éternelle. (Galates 6,7-10). Mais en attendant cette récolte, prenons soin des bourgeons ! Le temps dans lequel nous sommes n’est pas celui de la récolte, mais du bourgeonnement.

Martin Hoegger, président de l’assemblée du R3

Prière

A travers nos crises,

donne-nous la confiance

que ton Royaume grandit,

comme un bourgeon sur un arbre,

comme une semence jetée en terre

Ils poussent jour et nuit

sans qu’on s’en aperçoive.

.

Renouvelle-nous dans la foi

que tu es à l’œuvre et

que tu prépares une récolte.

Nous venons à toi et te disons :

« Transforme-nous et envoie-nous

comme des ouvriers de paix et de justice

dans ta moisson » !

Droit à la mort ?

Une réflexion d’Olivier Bader

Introduction

Je suis régulièrement interpelé par la question du « droit à la mort », lors de mes accompagnements de personnes en fin de vie. 

Les deux extrémités de la vie, la naissance et la mort cristallisent beaucoup de questions d’ordre philosophique, religieux, éthique et scientifique… Peut-être parce que ce sont les deux étapes de la vie que l’être humain maîtrise le moins. Entre deux, l’homme a une certaine influence sur la qualité de sa vie. Mais il ne peut contrôler ni la naissance, ni la mort. Et cela est difficile à accepter.

Aujourd’hui, on ne se contente plus de dire qu’un tel est mort accidentellement ou de mort naturelle. Dans tous les cas, on cherchera à connaître la cause, et souvent, on cherchera à désigner un responsable, voire un coupable. Cela dit beaucoup du regard que l’homme moderne porte sur la mort, qu’il considère comme quelque chose « d’anormal », une fatalité…

J’aimerais ici faire résonner quelques textes bibliques en réponse à cette revendication au contrôle de sa mort.

Psaumes 16 (TOB)

1 Dieu, garde-moi, car j’ai fait de toi mon refuge.

2 Je dis au SEIGNEUR : « C’est toi le Seigneur !
Je n’ai pas de plus grand bonheur que toi ! »

3 Les divinités de cette terre, ces puissances qui me plaisaient tant,

4 augmentent leurs ravages ; on se rue à leur suite.
Mais je ne leur offrirai plus de libations de sang, et mes lèvres ne prononceront plus leurs noms.

5 SEIGNEUR, mon héritage et ma part à la coupe, tu tiens mon destin.

6 Le sort qui m’échoit est délicieux, la part que j’ai reçue est la plus belle.

7 Je bénis le SEIGNEUR qui me conseille, même la nuit, ma conscience m’avertit.

8 Je garde sans cesse le SEIGNEUR devant moi ; comme il est à ma droite, je suis inébranlable.

9 Aussi mon cœur se réjouit, mon âme exulte et ma chair demeure en sûreté,

10 car tu ne m’abandonnes pas aux enfers, tu ne laisses pas ton fidèle voir la fosse.

11 Tu me fais connaître la route de la vie ; la joie abonde près de ta face,
à ta droite, les délices éternelles.

Philippiens 1,23-26

23 Je suis tiraillé entre deux désirs : j’aimerais quitter cette vie pour être avec le Christ, ce qui serait bien préférable ; 

24 mais il est bien plus nécessaire, à cause de vous, que je continue à vivre. 

25 Comme je suis certain de cela, je sais que je resterai, que je demeurerai avec vous tous pour vous aider à progresser et à être joyeux dans la foi. 

26 Ainsi, par ma présence, vous aurez grâce à moi encore plus de raisons d’être fiers dans votre union avec Jésus Christ.

Luc 22, 39-42

39 Jésus sortit et se rendit, selon son habitude, au mont des Oliviers. Ses disciples le suivirent. 

40 Quand il fut arrivé à cet endroit, il leur dit : « Priez afin de ne pas entrer en tentation. » 

41 Puis il s’éloigna d’eux à la distance d’un jet de pierre environ, se mit à genoux et pria 

42 en disant : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe de douleur. Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »

Le droit à la mort ? 

Nous entendons volontiers que mourir dignement est une liberté et un droit. Cela apparaît clairement dans la présentation de l’Association Exit :

« … l’association Exit Suisse romande défend donc :

  • Le droit pour chacun de choisir sa manière de vivre les dernières étapes de sa vie.
  • Le droit du malade d’être maître des dernières étapes de sa maladie.
  • Le droit à une mort digne et humaine. »

Le vocabulaire est clairement revendicatif. Il s’appuie sur un droit qui s’impose comme une évidence…

Mais osons nous poser cette question : Quel droit ai-je sur ma propre mort ou celle d’autrui ? Ai-je le droit de vouloir maîtriser ma mort ? Et cette autre question : Qu’est-ce qu’une « mort digne et humaine » ? Celui qui meurt dans la souffrance ou accidentellement aurait-il une mort moins digne ou moins humaine ? 

C’est une question éthique d’envergure. Je renonce ici à deux tentations :

  • Faire le tour du sujet. Des ouvrages de qualité abordent ce thème de manière complète.
  • Donner les fondements bibliques qui précisent le statut de l’homme et de Dieu face à la vie et à la mort. Autrement dit, les droits de Dieu et les droits de l’homme dans la maîtrise de la vie et de la mort.

Plus simplement, je vais aborder quelques témoignages de personnages bibliques confrontés à la mort. Et vous allez sentir comment, d’un point de vue biblique, l’enjeu n’est pas sur le terrain du droit et de la liberté individuelle, mais de la foi et de l’espérance. Des catégories beaucoup plus puissantes et opérationnelles que nous pouvons l’imaginer au premier abord !

Droit à être vrai devant Dieu

Le thème de la mort est très présent dans les textes bibliques et le thème du suicide n’est pas tabou. Quelques héros bibliques aspirent à la mort. Ecoutez ces citations et demandez-vous : Qu’est-ce que vous entendez dans ces plaintes ? Ont-elles un point commun ?

Nombres 11, Moïse quand le peuple réclame de la viande

14 « Je ne puis plus, à moi seul, porter tout ce peuple ; il est trop lourd pour moi. 

15 Si c’est ainsi que tu me traites, fais-moi plutôt mourir – si du moins j’ai trouvé grâce à tes yeux ! Que je n’aie plus à subir mon triste sort ! » 

1 Rois 19, Elie déprimé

4 Elie s’en alla au désert, à une journée de marche. Y étant parvenu, il s’assit sous un genêt isolé. Il demanda la mort et dit : « Je n’en peux plus ! Maintenant, SEIGNEUR, prends ma vie, car je ne vaux pas mieux que mes pères. » 

Jérémie 20, Jérémie maudit le jour de sa naissance

17 Si seulement Dieu m’avait fait mourir dans le ventre de ma mère !

Elle aurait été ma tombe. Elle m’aurait gardé en elle pour toujours.

18 Pourquoi suis-je sorti du ventre maternel, si c’est pour être spectateur de la peine et de la souffrance et finir ma vie dans l’humiliation ?

Philippiens 1, Paul est en tension avec son envie de mourir et de voir ses souffrances abrégées : 

23 « Je suis tiraillé entre deux désirs : j’aimerais quitter cette vie pour être avec le Christ, ce qui serait bien préférable ; 24 mais il est bien plus nécessaire, à cause de vous, que je continue à vivre. »

On pourrait multiplier les exemples, Jonas, Job, …

Qu’entendons-nous dans ces plaintes ?

  • Un gros ras-le-bol de vivre, un grand découragement, une désillusion de la vie et des hommes, un regret d’être né (Jérémie)
  • De la culpabilité (Elie)
  • Des reproches adressés à Dieu
  • Une aspiration à mourir
  • Un désir d’aller vers Dieu (Paul)

Cependant, nous n’y lisons pas de revendication à mourir dignement sans souffrance… Pas de demande du type : « Mon Dieu, j’ai achevé mon œuvre sur cette terre, maintenant, j’ai le droit de mourir, je ne veux pas souffrir… »

Non, nous avons une autre attitude : celle d’hommes qui souffrent, qui sont profondément déprimés et crient leur désespoir à Dieu en réclamant son intervention.

Fondamentalement, ils utilisent leur doit à être vrais devant Dieu. Ils reconnaissent Dieu comme leur créateur et le maître de la vie. Leur revendication s’inscrit dans un dialogue avec Dieu, aussi cru et direct soit-il !

Toute la différence est là : il y a souffrance, il y a revendication à mourir, mais celles-ci sont adressées à Dieu.

D’un point de vue chrétien, le problème du suicide assisté est qu’il se fonde sur un droit à décider soi-même de sa propre mort par des moyens humains. Il exclut Dieu de fait…

Le Psaumes 16, prière d’abandon

Pour parler de ce dialogue de l’être humain face à la mort, quoi de plus fort que les Psaumes ?! Psaumes 23, 71, 88, 139… Des prières de détresse qui évoquent la solitude et la souffrance qui précèdent la mort.

J’ai choisi le Psaumes 16, car sa structure est parlante :

C’est un psaume qui présente quelques difficultés de traduction. L’auteur est certainement un homme mourant. Cet homme doit d’abord faire face à une tentation, celle des divinités et des idoles :

3 Les divinités de cette terre, ces puissances qui me plaisaient tant,

4 augmentent leurs ravages ; on se rue à leur suite.
Mais je ne leur offrirai plus de libations de sang, et mes lèvres ne prononceront plus leurs noms.

Ici, la tentation est de faire appel à des puissances séduisantes, à la mode et accessibles. Ces idoles sont par définitions des ressources humaines. Elles représentent, dans ce contexte, l’effort de l’homme de se sauver par lui-même.

Le psalmiste dénonce cette tentation et prend position pour Dieu. Littéralement, il se place entre les mains de Dieu son refuge, son bonheur, son espoir, son maître…

Il s’abandonne… S’abandonner à Dieu, c’est arrêter de vouloir maîtriser sa vie et sa mort ! C’est reconnaître Celui qui en est réellement le maître !

1 Dieu, garde-moi, car j’ai fait de toi mon refuge.

2 Je dis au SEIGNEUR : « C’est toi le Seigneur !
Je n’ai pas de plus grand bonheur que toi ! »

5 SEIGNEUR, mon héritage et ma part à la coupe, tu tiens mon destin.

6 Le sort qui m’échoit est délicieux, la part que j’ai reçue est la plus belle.

Quels sont les bénéfices de cet abandon ?
La sagesse :

7 Je bénis le SEIGNEUR qui me conseille, même la nuit, ma conscience (mes reins) m’avertit.

La nuit, le moment où l’angoisse tourmente le malade, le mourant… Dieu donne les pensées qui préviennent, qui fortifient, …

La sécurité :

8 Je garde sans cesse le SEIGNEUR devant moi ; comme il est à ma droite, je suis inébranlable.

9 Aussi mon cœur se réjouit, mon âme (mes entrailles) exulte et ma chair demeure en sûreté,

Dans ces propos, on sent la présence de Dieu et le sentiment de sécurité qu’elle suscite chez cet homme.

L’espérance :

10 car tu ne m’abandonnes pas aux enfers, tu ne laisses pas ton fidèle voir la fosse.

11 Tu me fais connaître la route de la vie ; la joie abonde près de ta face,
à ta droite, les délices éternelles.

Même face à la mort, le psalmiste ne se sent pas abandonné. Il découvre un chemin de vie qui semble se prolonger au-delà de la mort.

Une présence « physique » de Dieu

Cet abandon n’est pas un exercice mystique, une manière de faire abstraction de la souffrance et de se voiler la face. Le vocabulaire utilisé ici est très physique :

  • ma conscience (mes reins) m’avertit.
  • il est à ma droite, je suis inébranlable.
  • mon cœur se réjouit, 
  • mon âme (mes entrailles) exulte 
  • et ma chair demeure en sûreté,

Abandon exprimé par le Christ (à Gesthsémané, Luc 22,42) :

« Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe de douleur. Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »

Abandon exprimé par Paul (2 Corinthiens 5,8-9) :

« Nous sommes pleins de courage, et nous préférerions quitter ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur. Mais nous désirons avant tout lui plaire, que nous demeurions dans ce corps ou que nous le quittions. »

Conclusion :

Il faudrait aussi dire un mot de l’acharnement thérapeutique ou des moyens étonnants pour prolonger l’existence qui sont aussi des tentatives de maîtriser la mort en la repoussant…

Il faudrait encore dire quelque chose de la souffrance des proches des personnes qui demandent le suicide assisté. Même s’il y a dialogue et concertation dans le meilleur des cas, les proches restent souvent avec des sentiments mélangés, pas toujours faciles à digérer.

Je voudrais simplement faire apparaître ici ce basculement de l’enjeu éthique.

Pour le croyant, la question ou le problème n’est pas :

  • Vais-je revendiquer le droit de mettre un terme à ma vie pour ne pas souffrir, ne pas subir et faire subir un état de santé douloureux ?

Mais plutôt :

  • Vais-je revendiquer le droit à être vrai devant Dieu, à solliciter le secours de Dieu pour vivre pleinement ma fin de vie avec Lui?

La mort vécue comme un abandon à Dieu permet de vivre les réalités qui précèdent la mort avec Dieu : la dégradation du corps, les souffrances, le sentiment d’inutilité, le ras-le-bol de vivre, … 

Tout cela peut être vécu dans une vraie présence, avec un vrai vis-à-vis, celui qui est notre maître et créateur et dans un vrai dialogue, celui qui peut apporter réellement le soulagement, la sagesse, la sécurité et l’espérance…

Comme nous l’avons vu avec le Psaumes 16, cette présence de Dieu se manifeste réellement, physiquement et spirituellement. C’est une espérance à vivre au cœur de la vieillesse et de la maladie… Mais, pas seulement ! Tous les jours !
Amen.

Droit à la vie ?

Après avoir abordé la question du droit à la mort, notamment la question de la mort assistée., Olivier Bader nous invite à nous interroger sur une autre revendication contemporaine : le droit à la vie.

J’aimerais introduire ce thème en évoquant deux situations vécues au cours de mon ministère, concernant des parents dans l’attente d’un enfant.

Témoignages de Jérôme et Lucie (prénoms d’emprunt)

J+L sont mariés depuis 1 ans, quand L tombe enceinte. La grossesse se passe normalement jusqu’au moment de l’accouchement. L’accouchement est très long et compliqué. L’enfant meurt pendant les contractions et les médecins doivent intervenir en urgence pour sauver la maman. 

Pour Jérôme, la peur de perdre son épouse le conduit à crier au secours à Dieu, alors qu’il n’est pas croyant. Ce sera pour lui le début d’un chemin de foi qui a abouti au baptême. Elle, croyante convaincue va vivre plusieurs mois de dépression, durant lesquels, elle ne peut pas prier. La foi naissance de son mari l’aidera à émerger.

Témoignage de Marc et Fabienne

M+F ont déjà deux enfants, ils en espèrent 4. Il se réjouissent de la 3ème grossesse jusqu’au moment où ils apprennent la forte probabilité que leur enfant soit trisomique. Une foule de questions se bousculent dans leur tête. Ils nourrissent des hypothèses et des peurs. Leurs convictions chrétiennes par rapport au respect de la vie dès sa conception sont ébranlées. La question de l’avortement est posée par l’entourage. Aussi, ils doivent choisir de faire ou de ne pas faire certains examens. Ils décident de garder l’enfant quoi qu’il arrive.

Vous pourriez certainement ajouter d’autres exemples de couples désireux d’enfants qui doivent renoncer à la parentalité après un long chemin d’espoir et de déception. D’autres couples qui réalisent leur projet au mépris des lois. Enfin, certains qui refusent d’avoir des enfants pour des motifs écologiques ou philosophiques…

Ces exemples posent une question existentielle : 

Donner la vie, est-ce un acquis, un droit, un besoin, un devoir, une obligation, une option… ?

Problématique contemporaine

Autrefois, donner la vie était à la fois un devoir et une contrainte qui allaient de soi. Le mariage imposait la naissance d’enfants tant pour des raisons socioreligieuses, que pour des motifs économiques. Il fallait assurer la descendance et les moyens de vivre. 

D’autre part, la naissance et la vie des enfants étaient accompagnées par beaucoup d’incertitude. Cela a changé.

Si autrefois la maladie et la mort étaient « normales », en particulier chez les enfants, aujourd’hui, elles sont perçues comme anormales. Ainsi, la mort d’un enfant à la naissance ou l’accueil d’un enfant handicapé sont perçus aujourd’hui comme un accident au caractère dramatique… L’impact traumatique chez les couples est donc plus fort.

Si autrefois l’accouchement était un événement à risques (mort de l’enfant ou de la maman, handicap), aujourd’hui, la naissance d’un enfant est un événement très contrôlé ; les risques sont repérés et limités. 

Ainsi, on remarque une revendication à la vie et à la santé plus pressante. 

  • Comment cultiver un regard qui reconnait et intègre pleinement les limites de l’être humain, sa finitude, sa mortalité ? Ceci pour mieux appréhender les risques de la vie et les traumatismes qu’elle peut engendrer.

Je crois que la foi chrétienne peut aider l’homme d’aujourd’hui :

  1. à un regard plus juste et plus humble sur lui-même
  2. et surtout, à faire appel à la Grâce et à en vivre > abandon à Dieu.

Je vous propose quelques textes bibliques pour ancrer notre réflexion :

Job 42 (FC)

Il s’agit des dernières paroles de Job, au terme d’un long dialogue avec Dieu et ses amis. Job reconnait son ignorance quant à la souffrance et la justice de Dieu. Il s’en remet totalement à Dieu.

1 Alors Job répondit au Seigneur :

2 Je sais bien que tout est possible pour toi et que, pour toi, aucun projet n’est irréalisable.

3 Tu as dit : « Qui ose rendre mes projets obscurs en parlant sans rien y connaître ? »

Oui, j’ai parlé de ce que je ne comprends pas, de ce qui me dépasse et que je ne connais pas.

4 « Écoute, disais-tu, c’est à mon tour de parler ; je t’interrogerai et tu me répondras. »

5 Je ne savais de toi que ce qu’on m’avait dit, mais maintenant, je t’ai vu de mes yeux !

6 C’est pourquoi je retire ce que j’ai dit, je suis consolé alors que je suis sur la poussière et sur la cendre.

1 Corinthiens 1 (FC)

Dans ce passage, Paul rend les Corinthiens attentifs à leur condition modeste et au fait que Dieu en fait un sujet de force et de fierté.

 26 Considérez, frères et sœurs, qui vous êtes, vous que Dieu a appelés : il y a parmi vous, du point de vue humain, peu de sages, peu de puissants, peu de personnes de noble origine. 

27 Au contraire, Dieu a choisi ce qui est folie aux yeux du monde pour couvrir de honte les sages ; il a choisi ce qui est faiblesse aux yeux du monde pour couvrir de honte les forts ; 

28 il a choisi ce qui est bas, méprisable ou qui ne vaut rien aux yeux du monde pour détruire ce que celui-ci estime important. 

29 Ainsi, aucun être humain ne peut faire le fier devant Dieu. 

30 Mais Dieu vous a unis à Jésus Christ et il a fait du Christ notre sagesse : c’est le Christ qui nous rend justes devant Dieu, qui nous permet de vivre pour Dieu et qui nous délivre du péché. 

31 Par conséquent, comme le déclare l’Écriture : « Si quelqu’un veut faire le fier, qu’il mette sa fierté dans ce que le Seigneur a fait. »

  1. Un regard juste et humble

L’attitude de Job est exemplaire en ce sens. Ce récit raconte l’histoire d’un homme qui est l’objet d’une sorte de pari entre Satan et Dieu. Il peut être lu à différents niveaux.

Sur le plan théologique, il nous parle de la puissance du mal, de la souffrance, de la justice humaine et divine, du rapport entre actes et malheur et finalement de la grâce de Dieu…

Sur le plan psychologique ou « thérapeutique », ce long dialogue/monologue de Job peut aider celui qui passe par la souffrance à exprimer sa révolte ou son sentiment d’injustice. Durant 40 chapitres, Job se lamente et crie son innocence à Dieu et à ses amis qui cherchent à l’aider. Job et ses amis sont prisonniers d’une théologie de la rétribution, courante dans le Judaïsme de l’époque, comme aujourd’hui encore pour beaucoup.

Cette théologie est très simple, elle établit un lien entre nos actes et la grâce de Dieu. Dieu me bénira si je suis juste et fidèle ; Dieu me punira si je ne pratique pas le bien. Cette pensée est très présente dans l’AT. Entre deux, il y a une théologie un peu plus subtile que j’appelle « pédagogique ». Dieu permet la souffrance et des malheurs pour mon bien, par là il veut me sanctifier, me rendre meilleur…

Personnellement, j’ai résolu de distinguer clairement l’origine du mal et Dieu. Ce sont deux mondes ontologiquement distincts. Je ne peux concevoir que Dieu soit dit amour et qu’il nous envoie le malheur, même pour notre bien.

Je crois à deux vérités toutes aussi mystérieuses et inexplicables l’une que l’autre :

  1. Le mal, la souffrance et la mort appartiennent à notre condition humaine depuis toujours.
  2. Dieu, dans sa qualité de Père, de Fils et d’Esprit, vient à notre secours selon une intervention que je ne peux ni contrôler, ni expliquer.

Mais revenons à Job…

Au terme de ce long dialogue, Job reconnait son humanité et son incapacité à comprendre Dieu :

« Oui, j’ai parlé de ce que je ne comprends pas, de ce qui me dépasse et que je ne connais pas. »

Dans cet aveu, Job fait un premier constat :

Je suis un simple être humain et ne suis pas autoriser à disputer avec Dieu et à lui faire un procès. C’est une attitude d’humilité qui débouche sur la confession du péché.

« 6 C’est pourquoi je retire ce que j’ai dit, je suis consolé alors que je suis sur la poussière et sur la cendre. »

Paul Lui aussi parle de cette humilité. Il invite les Corinthiens à se considérer avec réalisme :

« Considérez, frères et sœurs, qui vous êtes, vous que Dieu a appelés : il y a parmi vous, du point de vue humain, peu de sages, peu de puissants, peu de personnes de noble origine. »

Puis il appelle à l’humilité :

« Ainsi, aucun être humain ne peut faire le fier devant Dieu. »

Mais selon Paul, Dieu fait quelque chose de positif de ce constat :

27 Au contraire, Dieu a choisi ce qui est folie aux yeux du monde pour couvrir de honte les sages ; il a choisi ce qui est faiblesse aux yeux du monde pour couvrir de honte les forts ; 

28 il a choisi ce qui est bas, méprisable ou qui ne vaut rien aux yeux du monde pour détruire ce que celui-ci estime important. 

Jésus, dans les Béatitudes et avec le vocabulaire de la bénédiction dit la même chose : Heureux les pauvres, les doux, les simples, les purs, ceux qui souffrent, …

2) Un regard d’espérance

En disant : « Oui, j’ai parlé de ce que je ne comprends pas, de ce qui me dépasse et que je ne connais pas. » Job fait un second constat.

Dieu est au-delà de ma réalité. En Lui s’ouvre un champ de possibilités que je ne peux pas imaginer. C’est une attitude d’espérance qui débouche sur la confession de foi.

« 2 Je sais bien que tout est possible pour toi et que, pour toi, aucun projet n’est irréalisable. »

« 5 Je ne savais de toi que ce qu’on m’avait dit, mais maintenant, je t’ai vu de mes yeux ! »

On sent que Job, au fil de sa souffrance, a fait l’expérience d’un avant et d’un après. Il a vécu une rencontre avec Dieu : « je t’ai vu de mes yeux ! »

Et une vérité qui semblait très théorique (« 2 Je sais bien que tout est possible pour toi et que, pour toi, aucun projet n’est irréalisable. ») devient une expérience vécue, mais vécue au cœur du malheur !

On retrouve le mouvement de l’abandon à Dieu dont je parlais dans mon article concernant le « droit à la mort ». De la naissance à la fin de la vie, l’être humain est appelé à une humilité face à Dieu, 

  • une humilité qui nous aide à tomber dans les bras de ce Dieu-Père,
  • une humilité qui nous libère de nos revendications, de nos colères envers la vie, les autres, Dieu…,
  • une humilité qui nous oblige à nous attendre à Dieu,
  • une humilité enfin qui nous fait « expérimenter Dieu » : « je t’ai vu de mes yeux ! »

Conclusion :

En introduction, je demandais :

Donner la vie ; est-ce un acquis, un droit, un besoin, un devoir, une obligation, une option… ? Je crois que cela devrait rester de l’ordre d’une aspiration ou d’une espérance.

Le couple peut désirer l’enfant et l’enfant en bonne santé, c’est une aspiration fondamentale que Dieu a placée en l’être humain pour susciter la vie et la transmettre. 

Mais le couple ne peut exiger l’enfant, ni sa santé, pas plus que son développement harmonieux. Il peut l’espérer, prier pour cela et puis s’engager à donner le meilleur de lui-même.

Mais il aura toujours et encore besoin de la grâce de Dieu ! Et c’est bien ainsi. Quelle chance de pouvoir crier, même au cœur des situations difficiles : 

« Mais maintenant, je t’ai vu de mes yeux ! »

Amen !

Amour, unité et pèlerinage. Trois mots-clés de Karlsruhe

Qu’est-ce que je retiens de la onzième Assemblée générale du Conseil œcuménique des Églises (COE), qui a rassemblé plus de 4000 chrétiens venant de plus de 250 Églises, au palais des congrès de Karlsruhe, du 31 août au 8 septembre ?

Trois mots me viennent à l’esprit : amour, unité, et pèlerinage.


« Un œcuménisme du cœur »

Certainement le thème « l’amour du Christ mène le monde à la réconciliation et à l’unité » est original, quand on le place dans l’histoire de ces assemblées. « L’amour du Christ », si central dans la foi chrétienne n’avait en fait jamais été thématisé dans le COE.  Après les thèmes centrés sur Dieu des trois dernières assemblées – influence de l’ouverture au dialogue interreligieux – il se focalise sur le cœur de la foi : le Christ ressuscité qui nous aime et nous appelle à être artisans de réconciliation et d’unité. [1] Le temps est maintenant venu de « rendre compte de l’espérance qui est en nous » (1 Pierre 3,15) : si nous voulons rencontrer tous sans exclusion, c’est parce que le Christ est mort et ressuscité pour tous

Ce thème a inspiré à Agnès Abouom, (protestante du Kenya), la présidente du COE, l’expression « œcuménisme du cœur », qui était le fil rouge de cette assemblée. L’évêque Mary Ann Swenson, de l’Eglise méthodiste des USA, vice-présidente du COE, lui fait écho : « J’espère que cette assemblée nous permettra d’être plus parfaits dans l’amour. Que les gens puissent dire comme des premiers chrétiens « regardez comme ils s’aiment » ! » Le COE a voulu affirmer que la recherche de l’unité chrétienne s’enracine dans l’amour du Christ, à recevoir et à vivre entre nous. Il me semble que cela a été un peu vécu durant cette semaine bénie avec des frères et sœurs venus de toutes les Églises et des cinq continents !

L’amour est au centre du beau message final adopté par l’assemblée, dont voici les dernières lignes : « Son amour qui est ouvert à tout le monde, y compris celles et ceux qui font partie des « derniers », des « plus petits » et des « égarés » (en anglais : « the last, the least, and the lost ») … peut nous mener vers un pèlerinage de justice, de réconciliation et d’unité et nous donner des moyens d’agir à travers lui ».

Une unité à consolider et à élargir

Unité » est le deuxième mot que je voudrais évoquer. Unité d’abord avec Dieu ! L’union avec Dieu est en effet la source de l’unité entre nous. Toute l’assemblée était ancrée dans les études bibliques quotidiennes, les prières du matin et du soir où les participants ont prié à la fois ensemble et selon les différentes traditions liturgiques occidentales et orientales. Le coeur de la foi doit être le coeur de l’œcuménisme. Dans ce sens, l’archevêque anglican Justin Welby appelle à « être fort en ce qui concerne le coeur de notre foi, mais détendu en ce qui concerne ses limites ».

Au centre de « l’oasis de paix », la tente des célébrations au nom évocateur, se dressait une icône de la rencontre entre Jésus et la femme Samaritaine, symbole du désir du Christ de rencontrer chaque personne, de la transformer et de la mettre en route.

Les relations sont essentielles pour approfondir la communauté́ fraternelle des Églises membres du COE. L’orthodoxe roumain Ioan Sauca, son secrétaire général en est convaincu. Il souligne en particulier l’importance du Forum chrétien mondial, une plateforme entre le COE, l’Église catholique, l’Alliance évangélique mondiale et les Églises pentecôtistes, permettant d’élargir l’expérience de l’unité chrétienne. Il encourage le COE à continuer à lui apporter son soutien.

Un pèlerinage à travers les vallées obscures

Le thème du « pèlerinage » a été pris comme un paradigme du travail du COE, à la suite de sa 10e Assemblée à Busan (Corée) en 2013. Dès lors, le « Pèlerinage de justice et de paix » a visité de nombreux lieux de souffrances et d’injustices. L’image du pèlerinage renvoie à notre identité. Les premiers chrétiens étaient en effet appelés « les gens du chemin » (Actes 9,2).

Avant l’assemblée, des délégations du COE ont visité certaines plaies sanguinolentes dans le monde d’aujourd’hui, notamment l’Ukraine et le Moyen-Orient. Le pèlerinage de justice et de paix a traversé les « vallées obscures » de l’humanité où le Christ nous attend et nous appelle à vivre son amour, comme les questions climatiques, les injustices économiques, la violence exercée contre les femmes, la marginalisation des personnes vivant avec un handicap, les dégâts de la colonisation et l’exclusion des populations autochtones, et bien d’autres encore.

Avec plusieurs « mea culpa », un sentiment d’humilité a imprégné la vie de prière de l’assemblée. Les chrétiens venus des pays en guerre, ceux qui souffrent de la famine, de l’injustice, des catastrophes climatiques ont pu exprimer leur souffrance et leurs appels ont été entendus !

Les questions doctrinales et morales doivent aussi être discutées dans cet esprit du pèlerinage. Les pèlerins ont le temps : leur temporalité n’est pas celle de la société où il faut donner des réponses immédiates. Par exemple sur le thème de la sexualité, un document invite à une « Conversation sur le chemin de pèlerinage : cheminer ensemble sur les questions de sexualité humaine ».

William Wilson, président de la Pentecostal World Fellowship qui rassemble quelques 650 millions de chrétiens (davantage que les Églises membres du COE) pense que l’unité doit d’abord se vivre dans nos relations les uns avec les autres, puis dans notre mission de témoigner de la réconciliation en Christ. Il appelle à un pèlerinage de réconciliation vers l’année 2033. « En cette année-là nous célébrerons les 2000 ans de la Résurrection du Christ. Pourrons-nous partager ensemble l’amour du Christ ? Faisons des dix prochaines années une décennie de la réconciliation » ! Comme je collaborais aussi au stand tenu par l’initiative JC2033, qui invite à une préparation œcuménique de l’année 2033, nous avons eu un afflux de visiteurs après l’allocution de W. Wilson !

C’est ainsi que le pape François conçoit notamment l’œcuménisme. A chaque assemblée, le « Groupe mixte de travail » entre l’Église catholique romaine et le COE publie son rapport. Il est toujours attendu avec intérêt par les « œcuménistes ». Or cette année, il s’intitule justement : « Marcher, prier et travailler ensemble : Un pèlerinage œcuménique ». Ce titre reprend la méditation donnée par le pape François lors de sa visite au COE, à Genève en juin 2018.

Ce dernier l’a souvent affirmé : « L’œcuménisme se fait en chemin… L’unité ne viendra pas comme un miracle à la fin : l’unité vient dans le cheminement, c’est l’Esprit Saint qui la fait dans le cheminement ». Qu’il inspire à nos Églises les prochains pas de ce pèlerinage !

Les documents de l’Assemblée se trouvent sur https://www.oikoumene.org/fr

Martin Hoegger – www.hoegger.org

[1] Les thèmes des assemblées précédentes étaient :  Harare 1998 : « Tournons-nous vers Dieu, dans la joie de l’espérance ». Porto Alegre 2006 : « Dieu, dans ta grâce, transforme le monde ». Busan – Corée 2013 : « Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix. »

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Un pèlerinage à travers les vallées obscures

JC2033 à l’Assemblée mondiale du Conseil œcuménique. Quelques expériences et leçons.

Jésus vient rompre l’équilibre du « chacun chez soi »

Christophe Desplanque, pasteur de l’Eglise Protestante Unie à Alès, commente pour nous l’ évangile de Luc au ch 9, versets 51-62 :

51Or, comme arrivait le temps où il allait être enlevé du monde, Jésus prit résolument la route de Jérusalem. 

52Il envoya des messagers devant lui. Ceux-ci s’étant mis en route entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. 

53Mais on ne l’accueillit pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem. 

54Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu tombe du ciel et les consume ? » 

55Mais lui, se retournant, les réprimanda. 

56Et ils firent route vers un autre village.

57Comme ils étaient en route, quelqu’un dit à Jésus en chemin : « Je te suivrai partout où tu iras. » 

58Jésus lui dit : « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où poser la tête. »

59Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-ci répondit : « Permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » 

60Mais Jésus lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi, va annoncer le Règne de Dieu. »

61Un autre encore lui dit : « Je vais te suivre, Seigneur ; mais d’abord permets-moi de faire mes adieux à ceux de ma maison. » 

62Jésus lui dit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. »

Ces  paroles de Jésus sont prononcées sur le chemin, en route. Nous aussi, en tant que peuple de Dieu, nous sommes en route. Pas encore arrivés.  Tout est donné en Jésus-Christ, mais rien n’est achevé. Tout est accompli une fois pour toutes par Jésus, mais tout reste à faire. Tout est écrit, tout est décidé par Dieu, dans son plan éternel, et pourtant tout est entre nos mains. C’est le côté contradictoire, paradoxal de la vie chrétienne, mais c’est cette contradiction apparente qui nous fait avancer sur le chemin que Dieu veut pour nous.

Et ce chemin n’est pas toujours jonché de pétales de roses ! Ce jour-là, Jésus se heurte à un mauvais accueil, et même à un refus d’hospitalité. Il n’est pas le bienvenu en Samarie pour des raisons ethniques  et religieuses. Juifs et samaritains sont ennemis de longue date, et ils ne se fréquentent pas. Le communautarisme ne date pas d’hier. Notre monde vit dans un climat d’affrontements qui provoquent depuis toujours des millions de morts, de persécutés, de réfugiés. Aujourd’hui plus que jamais des familles idéologiques, des cultures, des volontés opposées entrent en conflit, en débat frontal. La dureté et la violence des attaques est frappante, qu’il s’agisse de violence verbale, ou physique, y compris dans notre pays démocratique. Les temps de crise sont propices au rejet, au repli sur soi, qu’il s’exprime par les armes ou par un vote… Tout change, tous les équilibres sont bouleversés, tout est remis en question, l’économie, l’emploi, le climat, la famille, la notion même d’être humain, l’avenir…, alors chacun cherche un refuge pour préserver ce à quoi il tient, et l’étranger, celui qui pense différemment, qui vit différemment, qui vient d’ailleurs, représente une menace qui fait peur. Cette peur alimente l’hostilité, et même l’agressivité  envers tout ce qui semble menacer le dernier pré-carré de nos équilibres, de nos sécurités, de nos conforts. Et l’Evangile que les disciples de Jésus apportent dérange, ce qui nous pousse parfois à nous taire alors qu’il est urgent de l’annoncer.

Jésus traverse la Samarie, il vient rompre l’équilibre du « chacun chez soi et tout le monde sera en paix ». Ce n’est pas la seule rupture dont parle ce récit de l’Evangile de Luc. Il y est question d’autres affrontements, de conflits entre des volontés opposées, non seulement celles de Jésus et des samaritains, mais aussi entre la volonté de Jésus et celle de ceux qui voudraient le suivre.

Le ministère en Galilée est terminé, Jésus décide fermement de se rendre à Jérusalem, où il sait que l’attendent l’arrestation, un jugement inique, les souffrances et finalement la mort sur la croix. Et sur ce chemin-là, l’hostilité des samaritains qui ne le reçoivent pas sonne comme un signe précurseur. Elle annonce le rejet de Jésus par les hommes. Mais sa volonté d’aller à Jérusalem est inébranlable. Pour exprimer cet état d’esprit, Luc écrit que Jésus « durcit son visage », selon l’expression que retient l’évangéliste,  en l’empruntant à un des chants du serviteur souffrant, dans le livre d’Esaïe.

Jésus est fermement décidé à aller au bout de sa mission et à affronter la mort. Notre Seigneur n’est pas un mou, un tiède, un indécis. Si on ne le reçoit pas dans un village, il ira dans un autre.  Rien ne l’arrêtera.  Une bonne nouvelle se trouve  ici : notre Seigneur va jusqu’au bout de son combat pour nous.

La mission que le Père lui a confiée passe avant tout. Et cette urgence, cette priorité, il la fait comprendre à tous ceux qui veulent le suivre et qui n’ont pas mesuré le prix à payer : par exemple, à celui qui s’engage un peu à la légère à le suivre partout, Jésus rappelle ses conditions d’existence errante, nomade, lui qui vit quasiment comme un SDF. Jésus n’a pas un petit nid douillet où se poser entre deux missions. A celui qui souhaite rendre les derniers devoirs à son père défunt, il enjoint de donner la priorité à l’annonce du Règne du Dieu vivant. Quant à celui qui voudrait, avant de le suivre, se séparer convenablement de son entourage, et donc garder des liens avec sa famille, ses amis, son cadre familier, il le déclare inapte au service du Royaume de Dieu, entièrement tourné vers l’avenir.

Reconnaissons-le, cette exigence jusqu’au-boutiste nous choque, nous met mal à l’aise, nous découragerait même. Cela ressemble, osons le mot, à de la « radicalisation » ! La volonté sans concession de Jésus, cette exigence de dévouement absolu à la cause de l’Evangile serait-elle réservée à quelques fanatiques ? En tout cas elle se heurte aux exigences et aux conditions posées par ceux qui envisagent de suivre le maître : je veux bien te suivre, Seigneur, mais…  j’ai d’autres priorités, tu sais. Nous ne savons pas ce que ces trois candidats disciples ont décidé finalement. Luc ne nous le dit pas. Comme pour poser la question aux lecteurs que nous sommes : toi, que feras-tu ? Que décideras-tu, maintenant que tu sais ce que cela veut dire, suivre Jésus ?

Mais à la différence d’un djihadiste, Jésus ne veut pas user de la force ou de la violence, et il rabroue deux de ses disciples, Jacques et Jean qui en étaient tentés. Jésus est un jusqu’au-boutiste, certes, mais un jusqu’au-boutiste de l’amour. La seule violence dont il fait preuve, c’est celle de sa tendresse infinie pour chaque être humain qu’il rencontre et qu’il vient libérer et sauver d’une vie sans horizon, sans signification, sans profondeur. Car ce qu’il dit, au fond, à ces trois candidats disciples, ce n’est pas : « tu n’es pas digne », « tu ne seras pas à la hauteur », « tu n’es qu’un tiède, un mou » mais c’est plutôt : « n’aie pas peur ». Suis-moi vraiment, c’est-à-dire fais-moi vraiment confiance. Tu sais, le Royaume de Dieu, c’est une aventure qui vaut la peine d’être vécue à fond, jusqu’au bout. Ne laisse rien, surtout pas ton souci de sécurité, t’empêcher de me suivre sur ce chemin-là. Que rien ne te retienne ni ne te retarde.

Si vous avez déjà pris l’avion, vous avez certainement eu l’occasion d’écouter les consignes données avant le décollage. Il est notamment précisé aux passagers ce qu’il faut faire en cas d’évacuation de l’appareil après qu’il aura dû se poser en urgence : gagnez tout de suite les issues de secours, sautez dans le toboggan sans rien emporter avec vous, laissez tout sur place. Parce qu’à vouloir récupérer votre valise ou vos papiers ou autres objets précieux, vous allez perdre ou faire perdre aux autres les quelques secondes nécessaires pour avoir le temps d’échapper à la mort. Ces consignes n’ont qu’un seul but : augmenter les chances que les passagers survivent à un accident aérien.

Serait-il donc aussi vital, serait-il urgent à ce point d’annoncer et vivre l’Evangile au prix, s’il le faut, d’une rupture avec tous les liens, y compris les liens familiaux les plus sacrés ? Oui sans doute, car le monde meurt littéralement de ne pas connaître Dieu, d’être privé de ce seul chemin de Salut, et pour se faire connaître, le Seigneur a décidé de ne pas agir sans nous.

Pour vivre et annoncer l’Evangile du Royaume, il faut en connaître la charte. Quelle est la charte du Royaume de Dieu ? Sa constitution, son principe ? Le voici en une phrase  : Ce que tu donnes, tu le gagnes ; ce que tu veux garder, tu le perds. C’est ce qui est lâché, abandonné, perdu qui prend de la valeur, pas ce qui est conservé, protégé ou défendu. La vie donnée par Jésus sur la croix, parce qu’elle a été donnée, abandonnée pour nous, a une valeur inestimable. L’amour, c’est pareil. Plus vous donnez de votre amour, plus il grandit, plus il augmente. L’Esprit Saint qui anime ceux et celles qui ont mis leur confiance en Jésus-Christ est un Esprit généreux, un Esprit prodigue ! Certains manuscrits anciens reproduisent  cette parole de Jésus après qu’il a réprimandé Jacques et Jean pour leur accès de colère : « vous ne savez pas de quel esprit vous êtes, car le Fils de l’Homme n’est pas venu pour perdre les vies, mais pour les sauver ».

Sommes-nous sur ce chemin-là, ce chemin de confiance et d’obéissance que Jésus nous presse urgemment d’emprunter ? Sommes-nous prêts à y entrer ? Et surtout à y rester ?  AMEN.              

Que faire de notre indignation ?

Comment vivre et témoigner de notre foi sereinement dans ce monde ‘’poil-à-gratter’’ ? Comment dépasser le stade légitime de l’irritation jusqu’à interpeller, sans les dégoûter, nos contemporains dont la vie n’est pas un long fleuve tranquille ? Le passage de Paul à Athènes, capitale de la philosophie et haut-lieu de l’idolâtrie, nous ouvre des pistes.

Prédication d’Antoine Schluchter à partir d’Actes 17, 26-34 : Irritation-Élévation-Proclamation

Il est parfois – souvent ? – irritant de se promener dans le monde des écrans sur la toile, les infos, les réseaux sociaux : que d’éléments légers, superficiels, érigés quasi en normes de référence. On se sent déconnectés, tout change très vite et on n’a pas du tout envie de remettre le Wifi,  il y a quelques années, on aurait dit ‘’remettre la prise’’. C’est en gros ce qui est arrivé à Paul lorsqu’il déambulait dans les rues d’Athènes, avant le Wifi et l’électricité du reste. On ne peut pas dire qu’il se soit extasié devant les statues et autres colonnades au point de rédiger un guide touristique, bien au contraire. Alors c’est vrai, il s’agissait de monuments antiques, pas du Salon du Geek. Mais c’était un autre monde, non sans correspondance d’ailleurs, avec l’actuel. Cette place où on écoutait les dernières nouvelles, une sorte de réseau social, de blog présentiel où tout le monde pouvait y aller de sa proposition sans autorité de surveillance. Avec un fatras de Fake News en lieu et place de la Good News, la Bonne Nouvelle.

J’ai eu, nous avons eu un sentiment assez similaire en passant à Las Vegas. Déversement de touristes, obligation de traverser des casinos, personnes agglutinées devant les tables de jeu et les machines à sou, surabondance de lumières plus criardes les unes que les autres et de sons débiles accompagnés de cris qui l’étaient tout autant et tarifs exorbitants de la moindre assiette pour une famille de cinq. Du coup, en bons grands-parents, nous avons pris le chemin du retour à l’hôtel avec le petit-fils, soulagés de nous retrouver enfin dans la chambre.

Êtes-vous aussi comme cela dans certaines situations, comme nous, comme Paul ? Comment réagissez-vous dans ce monde urticant ? Le cadre ne vous convient décidément pas, tout est tellement aux antipodes de notre foi. Eh bien, Paul est un excellent guide et modèle d’adaptation sans perte du fond car ce n’est pas tout d’avoir une foi claire et solide. Je pense à un ami théologien qui avait eu, enfant, des problèmes de surdité – cela affecte le caractère et influe sur les réactions. Cet ami participait à une conférence dont bien des ténors étaient férocement libéraux.  Il ne disait rien mais ses collègues le sentaient bouillir et à un certain moment cela n’a pas manqué, le couvercle a sauté et il s’est emporté, faisant ainsi perdre toute crédibilité au message qu’il voulait faire passer. L’apôtre Paul, dans ce passage, nous invite à un cheminement en trois stades : celui de l’irritation, celui de l’élévation et celui de la proclamation.

L’irritation, nous l’avons entendu, c’était à la vue de toutes ces idoles et cela se comprend.

Pareil pour les idoles de la consommation, il y en a toujours certaines qui nous irritent au plus haut point. Mais qu’est-ce que Paul en a fait : il a quitté la ville ? Il s’est enfermé dans sa chambre d’hôtel comme nous ? Il a explosé comme notre ami ?

« Athéniens, je vois que vous êtes religieux à tous égards. »

Mensonge ? Dissimulation ? Hypocrisie ? Édulcoration ? – Que ne, ! Paul est passé du stade de l’irritation à celui de l’élévation. Pas seulement parce qu’il est monté à l’Aréopage mais parce qu’il a su piocher chez des penseurs grecs sans s’arrêter à la vision consternante des idoles. Paul n’est pas resté à la surface pour adresser une critique en règle. Il a su trouver des perles, même si ce n’était pas celle de grand prix, chez ces penseurs ;  il les connaissait, pouvait les citer lorsqu’ils parlaient de cette religiosité dans le sens de ce qui relie l’humain à plus haut et plus grand que lui : « En lui, nous avons la vie, le mouvement et l’être. »

C’est splendide et… incontestable. D’une part, l’apôtre ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, il ne noircit pas le tableau parce qui si on s’y prend comme cela, on pensera toujours avoir raison, on se croira courageux mais on ne sera pas invités une seconde fois. Ce sera bien pire que « Nous t’entendrons là-dessus une autre fois. » Et d’autre part, Paul déniche le travail de Dieu chez ces écrivains, dans leur culture – Mon prédécesseur à Villars le faisait avec un art consommé. Il peut s’appuyer sur eux ; l’apôtre se fond dans le moule local. C’est d’ailleurs un autre Grec célèbre, Archimède, qui a dit : « Donnez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde ». Paul soulève l’attention de tout ce monde et poursuit : « Nous sommes de sa race ». Voici qu’ils ne font plus qu’un, eux et lui, le prédicateur de nouveautés.

Toute irritation s’est dissipée pour faire place à l’élévation, la mise en valeur, l’inclusion. C’est tout bonnement magistral. Tout différent de ce missionnaire qui était entré dans la cour d’un temple bouddhiste en Thaïlande et avait crié « Jésus est Seigneur ! » dans sa langue, puis avait continué sa route. Pareil pour ce prédicateur monté au-dessus de Château-d’Oex et qui avait crié : « Repentez-vous ! » Leurs appels n’avaient été suivis d’aucun effet probant.

Vient alors le moment le plus délicat, celui de la proclamation, qui constitue le point critique de basculement. Et là, Paul ne sort pas le petit traité des « Quatre lois spirituelles » et ne cite pas non davantage le mantra évangélique de Jean 3.16 ou la parabole du fils prodigue. Non, il part du Dieu créateur qui ne saurait être enfermé dans une habitation humaine. Il ne saurait avoir besoin de nous et de nos coups de ciseaux dans le bois ou de burin dans la pierre. Il nous a créés à partir d’un seul homme, Il a organisé et maintenu le monde par sa Providence, Il n’est « pas loin de chacun de nous » et bien des humains le cherchent « en tâtonnant ». Du coup, quoi qu’il se soit dit, écrit ou pensé, le temps est venu du grand retournement pour l’accueillir tel qu’il se révèle. Par la metanoia, par un esprit qui change de registre –meta, terme très actuel. Pour se tourner vers Dieu –un langage très accessible aux Grecs pour qui il y avait la physique et, à côté, la métaphysique. En plus, top du top, Dieu a désigné un homme pour cela et l’a marqué du sceau de son approbation de façon irréfutable « en le ressuscitant des morts ! » Là c’est plus dur à avaler, c’est radical, l’échange s’interrompt mais il a eu lieu. Paul a enfoncé un coin dans la porte de la capitale du paganisme et de la philosophie, il a abouti à une vraie proclamation et a ferré quelques disciples dont un certain « Denys l’Aréopagite », certainement une figure de proue de ce haut-lieu d’échange.

Donc, pour nous qui ne sommes ni apôtres ni d’impénitents grands voyageurs, comme grain à moudre dans nos situations courantes, locales, gardons ces trois stades pour guider nos pensées et nos actes : le stade de l’irritation qui est légitime et même souhaitable ; sinon, ne serait-on pas devenus insensibles aux contre-évangiles actuels ? – Mais il ne faut pas s’y complaire ou renoncer à notre mission. Passer au stade de l’élévation, apprendre à connaître le monde de l’autre, l’honorer, faire preuve d’égard, de respect, de perspicacité. Et en arriver au stade final de la proclamation de l’évangile centrée sur la personne de Jésus et non notre- ‘’exceptionnel’’ témoignage… Irritation, élévation, proclamation.

Mais soyons attentifs comme l’a été Paul.  Tout d’abord, la proclamation peut, doit même, être envisagée avec créativité – il n’avait jamais annoncé l’évangile de cette manière auparavant. Ni dilution, ni crispation ou rigidité ; créativité ! Et ensuite, cela peut se passer dans cet ordre mais par forcément. ; en une fois mais pas nécessairement, surtout par chez nous. Mais dans tous les cas de figure, jamais en forçant la porte. Paul a été invité à parler dans un cadre précis dont il a respecté les règles. Cela m’est arrivé quelques fois, dont au Rotary, toujours passionnant. Non comme ayant raison mais en témoignant de ce que le Christ nous apporte. Un autre apôtre, Pierre, nous encourage toutes et tous à adopter cet état d’esprit, cette qualité d’attention : « Soyez toujours prêts à rendre compte de votre espérance devant quiconque vous le demande, mais avec douceur. »


La «cérémonie nuptiale unique» fait réagir le R3

Suite à l’adoption par l’EERV d’un rite de bénédiction unique pour les couples mariés, le R3 exprime son mécontentement.

« Nous avons été bafoués, méprisés, car nous avions proposé quelque chose qui était tout à fait compatible avec le respect des couples de même sexe: différencier les cérémonies en gardant le terme “mariage” pour les couples hétérosexuels.» Selon Gérard Pella, pasteur réformé retraité membre du Rassemblement pour un renouveau réformé (R3), cette position «médiane» au sein de l’Eglise réformée aurait respecté les valeurs du mouvement, mais aussi de bon nombre d’autres croyants. Par ailleurs, le synode de l’Eglise évangélique réformée de Suisse (EERS) avait défini le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme en 2013.

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Ecouter et lire aussi l’interview de Martin Hoegger par RADIO R

Conseil Œcuménique des Eglises : Climat, écologie et théologie : tout est lié !

Par Martin Hoegger

Karlsruhe, 2 septembre 2022. La deuxième journée de l’Assemblée du Conseil œcuménique a célébré l’amour de Dieu pour toute sa création. En 1998, l’Église orthodoxe, suivie de plusieurs Églises, a mis à part le 1er septembre comme  journée consacrée à la création. Des théologiens orthodoxes ont introduit les quelques 4’000 participants à la profonde spiritualité de leur Église sur ce thème si actuel.

Avec le symbole de l’eau, sans laquelle il n’y aurait ni vie physique ni vie spirituelle (cf le baptême) sur terre, la prière matinale a introduit l’assemblée de manière vivante et priante à ce thème. Au cœur de l’action liturgique, on a réuni des récipients d’eau provenant de chaque continent, un « rassemblement des eaux » reflétant l’acte de la création dans le premier chapitre de la Genèse (v. 9)

Alors que les eaux s’entremêlaient, l’assemblée a affirmé à la fois notre dépendance à l’égard de la création et notre union au Christ ressuscité par le baptême. Par lui en qui habite toute plénitude, Dieu a tout réconcilié sur terre et dans les cieux, comme le dit la lecture biblique du jour tirée de la lettre au Colossiens (1,9)

« Le patriarche vert »

Dans son allocution, le « patriarche vert » de Constantinople Bartholomée – « vert » à cause de son engagement écologique – souligne que la résurrection du Christ nous conduit à changer de regard sur le monde : « Le coeur de l’univers est le Christ, pas nous-mêmes. Quand nous sommes transformés par la lumière de sa résurrection, nous devenons capables de découvrir le but pour lequel Dieu a créé chaque personne et chaque chose ».

Il appelle à un changement radical, en refusant de réduire notre vie spirituelle à nos intérêts personnels et en questionnant nos habitudes de consommation par rapport aux ressources de la création.

L’unité chrétienne appelle à une action écologique commune.

Dans la ligne de Bartholomée, le métropolite Emmanuel de Chalcédoine (également du patriarcat de Constantinople) est convaincu que la recherche de l’unité chrétienne doit aussi conduire à une conversion vis à vis de la création. Nous sommes les intendants non seulement de l’Église mais aussi de la création.

L’année dernière, avec le pape François et l’archevêque de Cantorbéry Justin Welby, Bartholomée a signé une déclaration commune appelant les Églises à se réconcilier et à s’engager ensemble à être de bons intendants de la création. « Si nous ne devenons pas maintenant davantage sobres, nous devrons payer des conséquences terribles. La situation actuelle appelle à l’action commune. L’écologie est une conséquence de notre foi en Christ », affirme Mgr Emanuel.

Dans son rapport, le théologien orthodoxe Ioan Sauca, secrétaire général par intérim du Conseil œcuménique a aussi partagé sa conviction que les questions climatiques et écologiques sont une question théologique. Par son incarnation, le Christ a en effet tout assumé. Le dessein de Dieu en Christ englobe également la réconciliation et la guérison de la création. « Je ne mâcherai pas mes mots : notre planète sera inhabitable dans 50 ans si nous ne modifions pas notre comportement ».

La voix des jeunes

L’assemblée a donné la parole à des jeunes, du nord au sud, de l’est à l’ouest. Julia Rensberg, déléguée de l’Église de Suède, vient du peuple Sami au nord de la Scandinavie. Les autochtones de l’Arctique voient le réchauffement climatique bien plus qu’ailleurs. La justice climatique et le respect des peuples autochtones sont intimement liés. Pour elle, la réconciliation commence par dire la vérité. Il faut que la vérité soit dite sur la colonisation des peuples autochtones. Le Christ aime toute la création et veut la guérir à travers notre pratique de la vérité.

Bjorn Warde, délégué de l’Église presbytérienne de Trinité-et-Tobago, aime les Caraïbes, un endroit magnifique dont il veut prendre soin mais qui subit une forte dégradation environnementale. Elle le résultat de nos actions irréfléchies. « Nous savons que nous n’avons pas été de bons intendants de la création. La coopération entre Églises est essentielle et la voix des jeunes n’est pas suffisamment entendue ».

« Il est très important pour moi de sensibiliser au changement climatique », a déclaré Subin Tamang, un Népalais de 25 ans. « Je vois les effets dans mon pays où les paysans ne peuvent pas récolter le blé et le riz à cause de la sécheresse ».

Avec 25 autres jeunes de moins de 30 ans il a participé au « Groupe Climat » durant l’Assemblée des jeunes qui a précédé l’Assemblée générale. « Ce qui m’a le plus marqué, c’est d’entendre des gens de Fidji, des Philippines et de la région du Pacifique. Les niveaux élevés de l’océan les ont déjà affectés et cela préfigure ce qui nous arrivera. Je crains que les îles des Caraïbes ne disparaissent », a déclaré Tia Phillip, ajoutant : « Dans 50 ans, c’est à l’échelle de ma vie, et de celle de mes neveux et nièces ».

Au Népal, Tamang anime un groupe de jeunes de l’Église baptiste sur le changement climatique. Il s’engage pour que les Églises aient un rôle à jouer pour aider les communautés à s’adapter aux changements climatiques.

Les « conversations Carbone »

Au grand stand de l’Église évangélique réformée de Suisse, un « Brunnen » (nom des ateliers durant l’assemblée) présente les « Conversations carbone », un travail de sensibilisation pour réduire l’empreinte de carbone, soutenu par l’Entraide protestante suisse et l’Action de Carême, du côté catholique. https://voir-et-agir.ch/pour-les-paroisses/conversations-carbone/ La méthode vient d’Angleterre et s’est popularisée dans les Églises comme dans les organisations laïques.

Elle part du constat que la connaissance des faits ne suffit pas pour changer ses habitudes dans la nourriture, la consommation ou la mobilité. Il faut se rencontrer pour en parler. Des groupes de 8 à 10 personnes se réunissent à quatre reprises pendant deux heures avec deux facilitateurs.

Cette méthode permet de discuter sans tomber dans le conflit ou la culpabilisation. Dans une analyse, l’université de Berne a constaté que les gens qui y ont participé ont réduit leur empreinte de manière significative

Les monastères, modèles d’une écologie intégrale.

Une assemblée permet de rencontrer d’innombrables personnes, connues ou inconnues, proches ou lointaines. J’ai eu la joie de rencontrer une amie de longue date, sœur Anne-Emmanuelle, prieure de la communauté protestante de Grandchamp. Elle me partage ce qui s’y vit en termes d’écologie. Inspirée par les travaux de la théologienne catholique Elena Lasida, elle pense, avec ses sœurs, que les monastères, dans leur manière de vivre, peuvent être un modèle d’écologie intégrale, une source d’inspiration pour tous.    

Pour elle le lien entre l’écologie et la vie monastique ne se situe pas d’abord au niveau des pratiques « bio » ; il se situe au niveau des quatre relations : à Dieu, à soi, aux autres, à la nature.

S. Emmanuelle se réfère aussi à l’enseignement du pape François dans « Laudato si » qu’elle résume ainsi : tout est lié, tout est don, tout est fragile. La vie monastique, dans son intention profonde, est facteur d’unification de la personne et des personnes entre elles, alors que dans le monde actuel tout est éclaté. En ce sens, un monastère est un lieu paradigmatique de l’écologie intégrale, un lieu où elle peut s’incarner pleinement. Les monastères sont de véritables écosystèmes.

Un arbre, une marche et une prière

A la fin de la plénière sur l’amour de Dieu dans la création, un cèdre est offert par Agnes Abuom, la présidente du Conseil œcuménique, à Frank Mentrup, le maire de Karlsruhe. Il sera planté dans le « Jardin des religions », créé il y a quelques années pour marquer les 300 ans de la ville. Un autre cèdre aussi vieux que la ville s’y trouve déjà. Cet arbre a ce message : « vous ne pouvez pas vivre sans moi » !

Après la plénière, le groupe des jeunes sur le climat a organisé une marche symbolique le long de la zone des tentes d’exposition, avec un appel à la solidarité et l’action sur notre style de vie: « Notre création n’est pas à vendre. C’est le temps de parler moins et d’agir davantage », a conclu une oratrice indienne.

A la fin de cette riche journée, les participants aux vêpres orthodoxes pour la journée de la création ont dit cette prière, avec laquelle je conclus ce deuxième article :

« Protège l’environnement, toi qui nous aimes, car c’est grâce à lui que nous vivons, qui nous sommes animés et que nous existons, nous qui habitons la terre selon ton conseil, afin que nous soyons préservés de la destruction et de l’anéantissement !

Entoure, Christ Sauveur, toute la création de la puissance de ton amour pour les hommes et sauve la terre que nous habitons de la destruction imminente, car c’est en toi que nous, tes serviteurs, avons placé notre espérance » !

Image : la séance plénière sur la création (COE, Hillert)

Assemblée mondiale du Conseil œcuménique des Églises : quelles attentes ?

Quelles sont les attentes du Conseil œcuménique des Églises, ainsi que des autorités locales pour l’Assemblée générale à Karlsruhe qui s’ouvre aujourd’hui, 31 août jusqu’au 8 septembre ? Voici les réponses de quelques personnalités, lors de la première conférence de presse. Trois mots me semble les résumer : rencontre, dialogue et réconciliation.

L’attente d’Agnès Abuom, modératrice du Comité central du COE est que la rencontre de Karlsruhe permette la « célébration du Créateur et de la Vie ». Que les personnes s’accueillent en s’écoutant les unes les autres et que ce qui se vivra ici puisse l’aider à mieux vivre dans son Église et son pays ! Elle souligne l’importance de bien écouter les personnes de peuples indigènes. Elle a été en effet marquée par l’assemblée préparatoire qui leur a été consacrée.

L’évêque Mary Ann Swenson, de l’Eglise luthérienne des USA, vice modératrice du même Comité, espère que cette assemblée nous permettra d’être plus parfaits dans l’amour et de grandir dans le discipulat. « Nous voulons y vivre un oecuménisme du cœur. Que les gens puissent dire comme des premiers chrétiens « regardez comme ils s’aiment », car il y a tant de violences dans le monde ».

Pour le Métropolite roumain orthodoxe Nifon, autre vice-modérateur, une assemblée est l’occasion de partager les joies et les tristesses de la foi chrétienne. Le progrès de l’unité chrétienne visible est son attente principale, mais il ne faut pas négliger les souffrances de ce monde. « Pour les alléger il nous faut être unis. Des éléments humains peuvent diviser les Églises, mais il faut que les Églises travaillent à exprimer la foi qui les unit, pas seulement ce qui les distingue les unes des autres ».

Le théologien orthodoxe Ioan Sauca, secrétaire général par intérim du COE, est convaincu que la rencontre entre chrétiens est indispensable. « Nous ne devons pas attendre d’être d’accord sur tous les points de doctrine pour agir ensemble sur les questions brûlantes actuelles et dans la nouvelle réalité géopolitique. Les Églises font partie de ce monde divisé. Elles ont à apporter un témoignage de réconciliation et d’unité. Lorsque le monde nous regarde, il ne regarde pas à notre théologie, mais à ce que nous pouvons faire ensemble afin qu’il puisse croire ».

A une question portant sur la relation du COE avec l’Église orthodoxe russe qui a soutenu la guerre en Ukraine, il rappelle que le COE est une plateforme pour le dialogue. C’est pourquoi son Comité central, dans sa rencontre de juin dernier, a décidé de ne pas la suspendre. Il a été réjoui par le fait que des jeunes ukrainiens et russes qui ont participé à l’assemblée des jeunes mangent ensemble, malgré les divisions politiques et sociales.

A une autre question concernant l’impossibilité de prendre ensemble la cène (ou l’eucharistie), Il souligne l’importance d’avoir une foi christologique et trinitaire commune – comme l’indique la base théologique du COE – et il critique le relativisme théologique.

L’évêque Petra Bosse-Huber, de l’Église protestante d’Allemagne (EKD) et présidente du comité d’accueil local, espère que le message de l’assemblée sera « Dieu aime la vie, donc il a besoin de nous ». Elle se rappelle que les Églises allemandes ont été invitées à participer à la première assemblée du COE en 1948, au lendemain de la guerre provoquée par son pays. Aujourd’hui, qu’en sera-t-il de l’Église orthodoxe russe ?

Quant à l’évêque Heike Springhart, de l’Église protestante de Baden, elle appelle au dialogue sur les thèmes actuels, pas seulement sur l’estrade, mais aussi dans la rue. « Que nous puissions partager des histoires de réconciliation comme nos parents l’ont fait au lendemain de la deuxième guerre mondiale ».

L’archevêque catholique de la région Stefan Burger espère que cette assemblée permettra des relations de confiance, qui sont le présupposé de bonnes relations œcuméniques.

Enfin, pour le maire de Karlsruhe Frank Mentrup, c’est un grand honneur de recevoir cette assemblée. « Qu’elle soit une fête de la foi chrétienne dans la diversité mondiale ! Que le dialogue qui sera vécu dans cette assemblée soit un exemple pour les autres religions et la société entière et que cette rencontre nous aide à développer une compréhension spirituelle de la nécessité du dialogue », dit-il.

Cette première riche journée a vu la visite du président du gouvernement fédéral allemand, ainsi que les remarquables conférences de la présidente Abuom et du secrétaire général Sauca, ainsi que des interventions de représentants des communautés juive et musulmane. Elle s’est terminée par une joyeuse célébration œcuménique. J’y reviendrai dans le prochain article.

Martin Hoegger – martin.hoegger@gmail.com

L’urgence de la metanoia : « Arrêtez et reconnaissez que je suis Dieu ! »

Par Gérard Pella : L’évangile de Luc nous raconte une des apparitions de Jésus Ressuscité à ses disciples.  Il leur ouvre l’intelligence pour qu’ils comprennent la Bible et sachent ce qu’ils allaient pouvoir/devoir communiquer au monde en son Nom. 

Je prie qu’il nous ouvre aussi l’intelligence.

45Alors il leur ouvrit l’intelligence pour qu’ils comprennent les Écritures, 

46et il leur dit : « Voici ce qui est écrit : le Christ souffrira, et ressuscitera d’entre les morts le troisième jour, 

47et l’on proclamera son nom devant toutes les populations, en commençant par Jérusalem ; on appellera chacun à changer de vie (metanoia) et à recevoir le pardon des péchés. 

48Vous êtes témoins de tout cela. 

49Et j’enverrai moi-même sur vous ce que mon Père a promis. Et vous, restez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez remplis de la puissance d’en haut. »

Luc 24, 45-49 NFC

Leur message essentiel aura 4 piliers comme une table solide a 4 pieds :

La mort et la résurrection de Jésus

La metanoia et le pardon des péchés

Je vous propose de mettre aujourd’hui le projecteur sur la metanoia.

Pourquoi est-ce que je me mets à utiliser un mot grec au lieu de parler français ?

Parce que c’est un mot très délicat à traduire :

  • Certaines traductions comme la Bible Segond parlent ici de repentance. C’est juste… mais la repentance est souvent comprise de façon moralisatrice : on a très mal agi, alors on doit se repentir. Du coup, ce mot prend de sombres connotations.
  • D’autres traductions comme la Bible en Français Courant parlent de « changer de comportement ». C’est juste… mais c’est un peu superficiel. On peut se comporter différemment sans que notre attitude profonde ait changé. Comme le révèle Jésus, on peut être très respectable au niveau du comportement mais adultère au niveau du regard.
  • D’autres traductions encore, comme la TOB, parlent ici de conversion. C’est juste… mais on risque de penser que la conversion, c’est pour les autres, pour ceux qui ne sont pas encore chrétiens ; et que c’est réglé une fois pour toutes, la conversion.
  •  

Voilà pourquoi je préfère parler aujourd’hui – comme l’évangile – de metanoia :

Meta = une particule qui indique le changement :

On la retrouve dans « métamorphose » (changement de forme) ; « métastase » (changement de position) : ou « métavers » (changement d’univers).

Et noia indique ce qui est changé : ce mot vient du grec « noûs », qui a plusieurs sens :

l’intelligence (c’est le mot que Luc utilise au v. 45 : il leur ouvrit l’intelligence) mais aussi l’état d’esprit, la mentalité, l’attitude profonde.

Metanoia signifie donc « changement de façon de penser, changement de mentalité ou changement d’attitude profonde qui conduit à un changement de comportement ».

L’importance de la metanoia

Je découvre dans ce passage de l’évangile de Luc l’importance de la metanoia ; elle est au cœur du message chrétien. C’est la metanoia qui donne accès au pardon. 

Plusieurs traductions ont gommé le fait que c’est la metanoia qui conduit au pardon. La TOB, par exemple, traduit : « on prêchera en son nom la conversion (metanoia) et le pardon », alors que Luc parle explicitement de « metanoia en vue (eis) du pardon des péchés ».

Comme beaucoup de pasteurs ou d’évangélistes, j’ai surtout appelé les gens à la foi ; je leur ai surtout parlé de l’amour de Dieu, tel qu’il s’est manifesté en Christ, pour les inviter à mettre leur confiance en lui. Le salut par la foi seule, c’est non seulement protestant, c’est biblique !

Mais, avec le recul, je me rends compte que la foi sans metanoia, c’est insuffisant.

Prenons un exemple : quelqu’un est attiré – plus ou moins consciemment – par la puissance. Quand il se met à croire en Jésus, sans metanoia, il va continuer à vénérer la puissance : il va rechercher la puissance spirituelle, ou le pouvoir (et même le pouvoir dans l’Eglise !). Et s’il n’y parvient pas, il se consolera avec une voiture puissante !

Autre exemple : quelqu’un recherche avant tout la sécurité. Quand il se met à croire en Jésus, sans metanoia, il va se servir de Jésus pour se sécuriser mais il restera aux commandes et refusera tout ce qui, dans la Bible ou dans la vie, bousculera sa sécurité. Il empêchera le Seigneur de le faire sortir de sa zone de confort !

Le mécanisme est le même avec l’amour de l’argent, le besoin de séduire ou la peur du changement. Sans metanoia, ce sont ces réalités qui vont orienter nos choix, nos pensées ou nos soucis. L’Évangile nous appelle au changement de nos attitudes profondes :

la metanoia, ce n’est pas seulement me repentir pour ce que j’ai fait de mal ; c’est aussi me distancer de ce que j’ai cru ou pensé de faux ; c’est encore me démarquer de toutes mes idoles plus ou moins conscientes.

J’en déduis deux conséquences :

1° L’Église est pleine de chrétiens qui ont besoin de metanoia !

Dans son livre, L’évangélisation des profondeurs, Simone Pacot montre bien que nous sommes souvent évangélisés en surface seulement. Il y a tout un chemin de metanoia et de guérison pour laisser l’Esprit Saint nous changer en profondeur.

2° C’est un processus qui dure toute notre vie et réclame une vigilance constante. D’où les derniers mots de la première épitre de Jean :

« Gardez-vous des idoles ! »

Cet appel à la metanoia fait donc partie du cœur du message que Jésus confie à ses disciples. De tout temps !

Mais il revêt une urgence particulière aujourd’hui.

L’urgence de la metanoia

Le monde est gravement malade en ce moment : la pandémie de covid-19, la guerre en Ukraine, le dérèglement climatique, la crise énergétique… Nous commençons tous à en ressentir certains effets, même dans un pays aussi privilégié que la Suisse.

Lorsque quelqu’un est atteint d’une maladie grave, on se contente rarement d’un seul médicament, ni même d’une seule thérapie. On agit de plusieurs manières, à plusieurs niveaux. Par exemple, on combine chirurgie, chimiothérapie, régime alimentaire, rythme de vie.

Or, en Occident, on cherche avant tout à résoudre ces crises au niveau matériel : médical, économique, technique, militaire. On semble croire par exemple qu’il suffira de panneaux solaires, de voitures électriques et de pompes à chaleur pour que tout soit résolu ! C’est bien, mais il faut compléter ces thérapies « matérielles » : il faut que le changement soit plus profond, plus profond même qu’un changement de comportement ou de consommation. 

Ces crises, ou cette crise en plusieurs vagues, appellent un changement spirituel, une metanoia, un retour vers le Seigneur.

Comme les prophètes

Vous avez peut-être entendu l’appel prophétique de Tom Bloomer et de l’Equipe de Prière et Discernement (EPED) ou celui de Werner Woivode. Ils sont convaincus que Dieu nous appelle de façon insistante à la metanoia. Ils rejoignent ainsi les prophètes de l’Ancien Testament, qui interprètent les événements politiques ou climatiques comme des appels à revenir au Seigneur. C’est comme si toute la création criait de sa part : « Arrêtez et reconnaissez que je suis Dieu ! » (Ps 46, 11).

Lisez par exemple les deux premiers chapitres de Jérémie ou de Joël. Pour ces prophètes, c’est l’infidélité du peuple qui provoque la sécheresse, la famine ou les invasions ennemies. D’où l’appel à la metanoia. 

Écoutons l’interpellation du prophète Joël :

12La vigne est desséchée, les figuiers sont flétris. Grenadiers, dattiers ou pommiers, tous les arbres fruitiers sont rabougris. Toute joie s’est éteinte parmi les humains.

13Prenez vos habits de deuil et pleurez, vous les prêtres ! Lamentez-vous, vous qui êtes chargés du service de l’autel ! Venez, passez la nuit dans la tristesse, vous, les serviteurs de notre Dieu, car on n’apporte plus à la maison de Dieu ni offrandes de blé, ni offrandes de vin. 

14Ordonnez un temps de jeûne, convoquez une assemblée solennelle ; réunissez les anciens et toute la population dans la maison du Seigneur, notre Dieu, adressez-lui vos supplications.                        Joël 1, 12-14 (NFC)

J’ai été longtemps réticent à croire que les crises d’aujourd’hui pourraient être des appels que Dieu nous adresse : « Revenez à Moi ! » Jésus nous révèle un Dieu tellement bon et prêt à pardonner. C’est vrai… mais c’est une lecture partielle du Nouveau Testament. La bonté de Dieu n’efface pas sa sainteté.

Comme Jésus

Jésus lui-même partage la conviction des prophètes de l’Ancien Testament. Comme Jérémie, Jésus pleure sur son peuple parce qu’il voit venir le malheur qu’il a attiré sur lui par sa fermeture spirituelle :

41Quand Jésus fut près de la ville et qu’il la vit, il pleura sur elle, 

42en disant : « Si seulement tu comprenais toi aussi, en ce jour, comment trouver la paix ! Mais maintenant, cela est resté caché à tes yeux ! 

43Car des jours viendront pour toi où tes ennemis t’entoureront d’ouvrages fortifiés, t’assiégeront et te presseront de tous côtés. 

44Ils te détruiront complètement, toi et ta population ; ils ne te laisseront pas une seule pierre posée sur une autre, parce que tu n’as pas reconnu le temps où Dieu est venu te secourir ! »                                                    Luc 19, 41-44 (NFC) 

Comme Paul

L’apôtre de la grâce, de la justification par la foi seule, ne gomme pas non plus la sainteté de Dieu qui nous appelle à la metanoia :

21Car, si Dieu n’a pas épargné les Juifs, les branches naturelles, prends garde, de peur qu’il ne t’épargne pas non plus. 

22Remarque comment Dieu montre à la fois sa bonté et sa sévérité…

Romains 11, 21-22 (NFC) 

Comme l’Apocalypse

Toute l’Apocalypse proclame en même temps le salut offert par la grâce de Dieu et le jugement motivé pas sa justice :

4Le troisième ange versa sa coupe dans les fleuves et les sources des eaux, qui se changèrent en sang. 

5J’entendis alors l’ange qui a autorité sur les eaux dire : « Toi le saint, qui es et qui étais, tu es juste car tu as exercé ces jugements. 

6Les gens ont en effet répandu le sang de ceux qui t’appartiennent et celui des prophètes, et maintenant tu leur as donné du sang à boire. Ils ont ce qu’ils méritent ! » 

7Puis j’entendis une voix qui venait de l’autel et disait : « Oui, Seigneur Dieu souverain, tes jugements sont vrais et justes ! »

8Le quatrième ange versa sa coupe sur le soleil ; on lui donna alors de brûler les êtres humains par son feu. 

9Et les êtres humains furent brûlés par une chaleur terrible ; ils insultèrent le nom du Dieu qui détient de tels fléaux en son pouvoir, mais ils refusèrent de changer de vie pour lui rendre gloire.                          Apocalypse 16, 4-9 (NFC) 

Ils refusèrent la metanoia ! 

Dans sa révolte, l’humanité blessée refuse la metanoia. 

Et nous ? 

Nous avons le privilège de vivre dans un pays qui a officiellement choisi de mettre à part un jour spécialement consacré à la reconnaissance envers Dieu, à la metanoia et à la prière ; c’est le Jeûne fédéral, qui se dit en allemand : Dank- Buss- und Bet-tag. Plusieurs responsables chrétiens ont la conviction que nous pouvons et devons prendre très au sérieux ce jour-là, tout spécialement en 2022, pour y exprimer notre metanoia. 

Pouvez-vous envisager de mettre ce jour à part pour Dieu ?

En particulier la période entre 15h et 16h où, dans toute la Suisse, des chrétiens se tourneront humblement vers le Seigneur Vivant.

De quoi devons-nous « nous repentir » ?

La fiche que vous trouverez à la fin de ce message évoquera plusieurs domaines où la metanoia peut s’avérer nécessaire. A vous de voir là où le Seigneur vous appelle à changer et à revenir à Lui. C’est un chemin de discernement à parcourir – avec l’aide de la Bible et du Saint-Esprit – en vue du Jeûne fédéral.

Il se peut que vous soyez aussi fidèles et intègres que Daniel et que vous ne voyiez pas pour quoi vous devriez implorer le pardon de Dieu. Vous pourriez alors suivre l’exemple de Daniel. Il se sent pleinement solidaire de son peuple infidèle et demande pardon pour lui dans le livre de Daniel au chapitre 9 :

« Nous n’avons pas imploré l’Eternel, notre Dieu.

Nous ne nous sommes pas détournés de nos fautes, 

nous n’avons pas discerné ta vérité. (v. 13).

Seigneur, écoute !

Seigneur, pardonne !

Seigneur, sois attentif !

Agis et ne tarde pas, par amour pour toi, ô mon Dieu !

Car ton Nom est invoqué sur ta ville et sur ton peuple » (v.19). 

(Daniel 9, Traduction Colombe)

Attention ! Risques de malentendus

On pourrait tordre le message de Tom Bloomer en pensant que la metanoia va atténuer les effets de la crise. On se livrerait alors à une metanoia utilitaire !

On pourrait également tordre le message de Werner Woivode en pensant que la metanoia est un moyen de provoquer le réveil de l’Eglise. Ce serait alors une façon d’obtenir quelque chose de Dieu.

Rappelons donc avec l’Ancien Testament que la metanoia est essentiellement un mouvement de retour au Seigneur. Non pas utilitaire mais relationnel.

Jérémie le formule très clairement :

20Comme une femme infidèle à son mari, vous avez été infidèles envers moi, gens d’Israël. C’est moi le Seigneur, qui le déclare. 

21On entend des voix sur les hauteurs dénudées : ce sont les gens d’Israël. 

Ils pleurent et ils supplient, car ils ont fait fausse route. Ils ont oublié le Seigneur, leur Dieu.

22Revenez à moi, enfants infidèles, je vous guérirai de votre trahison ! 

Jérémie 3, 20-22a (NFC)

L’essentiel de la metanoia consiste à se détourner de toutes nos idoles pour nous tourner résolument vers le Seigneur, l’accueillir pour qui il EST et non pour ce qu’il FAIT ou devrait faire.

La seule raison d’aimer le Seigneur, c’est le Seigneur lui-même !

********

 45Alors Jésus leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les Écritures. 

46Et il leur dit : Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour 

47et que la repentance (metanoia) en vue du pardon des péchés serait prêchée en son nom à toutes les nations à commencer par Jérusalem.   

Luc 24 (Traduction Colombe)

Dans quels domaines de ma vie la metanoia est-elle nécessaire ?

  • Ma relation avec Dieu :

Si souvent, nous nous servons de lui pour nous rassurer, nous consoler ou nous justifier. Il nous appelle à l’accueillir pour qui IL EST (plutôt que pour ce qu’il FAIT ou devrait faire)

  • Ma réponse à la Parole de Dieu :

« Vous m’appelez : “Seigneur ! Seigneur ! ”, mais vous ne faites pas ce que je dis. Pourquoi donc ?     Luc 6,46 (Parole de Vie)

2 exemples :

1.Jésus nous appelle à aller et faire des disciples dans toutes les nations (Mt 28, 18-20). Mais « nous nous sommes enfermés dans les ghettos de nos églises » (J-P Besse).  « Nous sommes surchargés par d’innombrables événements organisés par l’Église, alors que la véritable mission de l’Église, qui est d’évangéliser le monde est presque entièrement négligée. » (Oswald J. Smith)

2.Jésus nous appelle à aimer notre prochain comme nous-mêmes mais nous fermons souvent les yeux sur la misère et l’injustice qui nous entourent. Voir Mt 25, 41-46.

« Comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l’Église ait donné naissance à une société, à une civilisation, à une culture en tout inverses de ce que nous lisons dans la Bible ? »  (J. Ellul, La subversion du christianisme, p. 9).

  • Ma relation avec les autres humains : 

Si souvent elle est polluée par ce que Paul appelle « les œuvres de la chair » :

19On sait bien à quoi conduisent les penchants humains :

la débauche, l’impureté et les actions honteuses, 

20le culte des idoles et la magie, l’hostilité, les querelles, les jalousies, les colères, les rivalités, les discordes, les divisions, 

21l’envie, les beuveries, les orgies et bien d’autres choses semblables. Je vous avertis maintenant comme je l’ai déjà fait : 

les personnes qui agissent ainsi n’auront pas de place dans le règne de Dieu.                                             Galates 5, 19-21 (N F C )

  • Mon rapport à l’argent, au pouvoir, à la performance, au bien-être… est souvent idolâtre : c’est l’une ou l’autre de ces réalités qui détermine mes choix, mes soucis, mes projets.

« Gardez-vous des idoles ! » (1 Jean 5, 21)

  • Mon rapport à la nature, création de Dieu

Au lieu d’être un bon jardinier pour la création, l’être humain s’est révélé être un prédateur. La crise climatique et environnementale sont les fruits de cette attitude destructrice. Là aussi, un changement d’attitude en profondeur conduisant à des changements de comportement (= une traduction de metanoia !) s’avère indispensable.          

Gérard Pella, été 2022


9
 Le Seigneur ne retarde pas (l’accomplissement de) sa promesse, comme quelques-uns le pensent. Il use de patience envers vous, il ne veut pas qu’aucun périsse, mais (il veut) que tous arrivent à la repentance/metanoia. 

2 Pierre 3 (Traduction Colombe) 

Déclin des paroisses : la théologie entre-t-elle en ligne de compte ?

Par Martin Hoegger

3 août 2022

Des paroisses reliées au « Rassemblement pour un renouveau réformé«  (R3) en Suisse romande, comme celle reliées aux « Attestants » en France, à « Unio Reformata » en Belgique, ainsi qu’au « Landeskirchen Forum » en Suisse allemande, se portent bien et font preuve d’un dynamisme réjouissant.

Comment l’expliquer ? Parmi plusieurs facteurs se pose la question de la théologie. Est-ce grâce aux positions théologiques plus confessantes de ses membres et de ses ministres que ces paroisses maintiennent le nombre de leurs fidèles ou grandissent ?

Lire la suite sur le blog de Martin Hoegger dans Réformés.ch

À propos du choix sur la bénédiction nuptiale par le synode de l’EERV

Par Antoine Schluchter.

Après les analyses et réactions concernant la décision d’une cérémonie de bénédiction nuptiale, sans vouloir les répéter, le soussigné a adressé aux collègues de sa Région (Joux-Orbe) la réflexion ci-dessous:

En Suisse, le mariage pour tous est désormais applicable par les autorités civiles et l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) l’accompagne d’une offre de bénédiction nuptiale ainsi qu’en a décidé son synode.

Ce choix a sa pertinence comme élargissement de la bénédiction des couples partenariés, il prône la valeur évangélique de l’ouverture à tous et permet à l’Eglise d’être en phase avec l’évolution sociétale.

Cela induit cependant un changement d’orientation notoire qui privilégie une expression uniformisante plutôt que d’offrir une pluralité d’expressions faisant place aux différents types d’unions et d’opinions.

Les fidèles attachés à la définition classique du mariage sont désormais marginalisés et le socle de dialogue œcuménique fortement réduit par rapport aux Eglises du pays qui n’ont pas fait ce choix.

Le refus d’une consultation large qui aurait donné une légitimité forte au choix opéré par le synode affaiblit la représentativité de ce dernier par rapport au peuple de l’Eglise et questionne la réalité du système presbytérien-synodal sous sa forme actuelle.

Qu’en est-il de la plurivocité théologique lorsqu’une nouvelle orientation en évince une précédente plutôt que de s’y ajouter ?

Qu’est devenu le trésor du royaume dont le scribe avisé tire des choses anciennes et des choses nouvelles ?

Que va-t-il advenir de celles et ceux d’entre nous n’ayant ni la liberté ni la conviction de prendre en charge ce nouveau type de bénédiction ? La clause de conscience sera-t-elle maintenue ? Marginalisation de la minorité ou choix des forts de supporter les faibles ?

Ces questions sont délicates car elles impliquent des individus dans leur quête et leur désir de servir Dieu et leur prochain.

Allons-nous faire jouer notre diversité de manière constructive dans le respect mutuel, source de tout vivre ensemble authentique ? – Je l’appelle de mes vœux.

Antoine Schluchter

Déclaration du Rassemblement pour un renouveau réformé suite au synode du 18 juin 2022 de l’Église évangélique réformée du Canton de Vaud sur le mariage pour tous

« Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait » (Romains 12,2).

A la suite du Synode de l’Église évangélique réformée du Canton de Vaud (EERV) tenu le 18 juin 2022 à Bavois, le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) :

  • Veut accueillir avec affection et sensibilité, en accompagnant selon l’Évangile – si elles le souhaitent – les personnes homosexuelles ou homosensibles. Il reconnaît leur aspiration à être aimées telles qu’elles sont et à avoir leur place dans la communauté chrétienne. (cf « Le Manifeste Bleu », p. 32)
  • Affirme que l’Église n’est pas tenue d’adapter sa compréhension du mariage aux évolutions morales enregistrées par la législation civile.
  • Reste attaché à la définition de la bénédiction du mariage telle qu’énoncée en 2013 par le Synode de l’EERV comme « l’invocation de la bénédiction divine sur un homme et une femme », telle qu’enseignée dans la Bible et confirmée par Jésus-Christ : « N’avez-vous pas lu qu’au commencement, le Créateur fit l’homme et la femme » ? (Matthieu 19,4)
  • S’interroge sur la rapidité avec laquelle le synode de l’EERV, par sa décision, a renoncé à cette définition pour se conformer à l’évolution sociale, au lieu de chercher un discernement qui respecte la diversité des compréhensions du mariage au sein de l’EERV.
  • Proteste au sujet du caractère unilatéral des documents préparatoires au synode, clairement en faveur d’une bénédiction nuptiale des personnes de même sexe. Il constate aussi  qu’un débat de fond n’a pas eu lieu durant ce synode.  
  • Appelle le prochain Synode du mois de novembre à introduire une « clause de conscience » pour les ministres et les personnes exerçant un service dans l’EERV qui refusent une telle célébration. Cette question ne doit pas non plus devenir un critère d’admission pour un ministère dans l’Église.
  • Invite ceux-ci, dans l’attente du prochain Synode, à signer la « Déclaration sur le mariage pour tous dans l’Église » qui demande en toute humilité et par obéissance à Jésus-Christ, à ne pas se rendre disponibles pour des actes ecclésiastiques qui ne sont pas clairement fondés sur l’Écriture. Laquelle Déclaration a déjà été signée par plus de 200 ministres.
  • Rappelle avec la « Lettre ouverte à la Fédération des Églises protestantes de Suisse » (2019), signée par plus de 8500 personnes, qu’une Église qui se prononce ouvertement contre l’enseignement du Christ perd son autorité spirituelle et précipite son effritement.
  • Constate avec tristesse que l’EERV et d’autres Églises réformées en Suisse se distancient de la plupart des Églises chrétiennes sur cette question, ajoutant ainsi des obstacles à la communion ecclésiale.
  • Exhorte le Conseil synodal et le Synode à exercer leur ministère d’unité en respectant la diversité des points de vue présents dans l’EERV sur ce sujet clivant.

Malgré les déceptions accumulées ces dernières années sur ces questions, nous continuerons à appeler la lumière de Jésus-Christ sur notre Église réformée.

Que Dieu nous donne de veiller sur nos cœurs plus que tout ! 

Que l’Esprit saint nous inspire « à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix, en confessant la vérité dans l’amour pour grandir vers le Christ », en vue d’un témoignage chrétien vivant et cohérent dans notre société (Éphésiens 4,1-16) !

Lausanne, le 21 juin 2022.

Rassemblement pour un renouveau réformé

Et si la bible questionnait notre rapport à la nourriture ?

Ce sujet de la nourriture touche chacun. On mange tous trois fois par jour sans parler des snacks. Notre société très axée sur la santé nous enjoint de manger moins, plus équilibré, moins de sucre, moins gras, plus de légumes sans oublier les fibres … tout cela décliné en autant de régimes que vous voulez.  En plus il faudrait que notre nourriture soit locale et produite de façon durable. Il y a là bien plus que 10 commandements !

Et la bible, elle dit quoi de tout ça ?

Cette prédication de Luc Badoux va nous permettre d’y voir plus clair.

Dans le Lévitique et le Deutéronome, Dieu adresse des interdits alimentaires à son peuple. Dieu ordonne cette discipline de vie pour créer un peuple saint, un peuple à part qui lui soit consacré. Israël va ainsi se distinguer des peuples alentour. La nourriture casher devient un signe distinctif qu’Israël appartient à Dieu, à un Dieu jaloux qui demande la fidélité à son peuple. Manger casher pour les Juifs, c’est une manière d’inviter Dieu à table, de lui faire une place dans cet acte qu’on répète plusieurs fois par jour.  

Dans les interdits alimentaires d’Israël il y a aussi une manière d’humaniser notre rapport à la nourriture. On ne mange pas comme des bêtes. On ne se jette pas sur la nourriture comme des fauves. Dans l’interdiction de cuire le chevreau dans le lait de sa mère, l’idée est de séparer le lait porteur de vie, de la viande qui est liée à la mort d’un animal. 

Mais tous ces interdits ont des implications sociales. Ainsi l’apôtre Pierre, comme tout Juif de son époque, ne peut pas partager la table avec des étrangers. Il ne peut ni entrer chez eux ni manger avec eux, pas même avec ceux qui craignent le Dieu d’Israël, qui le prient et qui lisent la Torah. Les prescriptions alimentaires que Pierre doit respecter l’obligent à se tenir à l’écart des Romains ou des Grecs qui sont devenus croyants. Respecter ces prescriptions, c’est séparer les chrétiens et les humains en général entre les purs et les impurs. 

Par la vision qu’il accorde à Pierre ( Actes 11.1-18), Dieu renverse la table. Il balaie de très anciennes habitudes. Pierre peut dès lors entrer chez Corneille et partager la table avec lui. 

D’un peuple qu’il avait mis à part et qui devait rester séparé, Dieu fait un peuple mis à part pour renouveler toute l’humanité. Il en ressort une leçon essentielle : Pour être le sel de la terre, les croyants doivent se mêler aux autres, se mêler à leurs fêtes et manger avec eux, manger avec les païens. Le bouleversement est majeur.

Qu’en est-il au 21ème siècle ? Une bonne moitié des habitants de notre terre continue de regarder les autres manger en les considérant comme impurs. Les Juifs mangent casher, les musulmans halal et certains boudhistes et hindous sont véganes. Dans ces grandes religions, la nourriture reste un marqueur très important qui permet de distinguer entre les purs et les impurs. 

Ne pas manger de porc, ne pas boire d’alcool, respecter le ramadan, manger végane, c’est contraignant, mais ça constitue des marqueurs très puissants pour dire une appartenance communautaire. Cela donne de la cohésion à une communauté religieuse mais ça exclut de façon forte ceux qui mangent différemment. 

Qu’en est-il pour nous chrétiens ? Y a-t-il des aliments interdits ou obligatoires ? Des nourritures permises ou encouragées ? 

Je vous propose d’y réfléchir à partir de la révélation que reçoit Pierre.

« Tu peux manger de tout. Il n’y a plus pour toi de nourriture impure. Se mettre à table doit devenir pour toi une occasion de rencontrer les autres et pas une barrière entre eux et toi. » Voila le message que Dieu adresse à Pierre. Ce message, Paul l’exprimera en disant : Il n’y a plus ni Juif, ni Grec mais seulement des humains invités les uns et les autres aux noces de l’agneau. 

Cela a des conséquences majeures sur notre manière de nous nourrir : 

  1. Chers frères et sœurs, on peut manger de tout. Sans tabou. On peut partir à la rencontre d’autres cultures et se mettre à table avec eux en toute liberté. Dieu vient décompliquer notre rapport à la nourriture. Notre fidélité à lui ne se joue pas dans le fait de prendre tel ou tel aliment. 
  2. La nourriture était un lieu de séparation entre Juifs et païens. Dieu enlève cette séparation en écartant la notion de pur et d’impur qui était attachée à la nourriture. Notre manière de manger ne doit pas être un lieu de démarcation religieuse avec les autres. Ce ne doit pas être un lieu d’exclusion des autres ou de soi-même. 

Je propose même d’aller un peu plus loin. Je me souviens qu’à 4 ans, un de nos enfants était rentré en pleurs de l’anniversaire d’une copine. Pourquoi ? Il y avait de la pizza. Et elle n’était pas casher. C’est-à-dire qu’elle n’était pas comme maman la faisait. Elle n’était pas comme d’habitude. C’était désécurisant. S’en sont suivies 10 ans de batailles homériques pour sortir de ce rapport compliqué à la nourriture.  Je ne sais pas ce qui se trouve derrière les peurs et les dégoûts que nous pouvons éprouver en relation avec de la nourriture. Moi, j’ai connu ça avec le gras dans la viande chez mes grands-parents paysans. Et je ne serai pas très à l’aise tout à l’heure au repas communautaire si vous me mettez une tête de mouton dans l’assiette ! C’est légitime d’avoir des préférences ou de ne pas aimer les choux de Bruxelles. L’enjeu n’est pas d’aimer le gras ou le céleri. Chacun ses goûts. Mais pour les parents que nous avons été, il était important que notre fils puisse aller à un anniversaire sans craindre ce qu’il aurait à manger. C’était important qu’à l’idée d’un repas, la joie de la rencontre soit plus forte que la peur de la nourriture. Nous ne voulions pas que, pour nos enfants, la nourriture soit une barrière mais qu’elle soit un trait d’union. Et il me semble là qu’on rejoint la vision que l’apôtre Pierre a reçue de Dieu qui est venu enlever des tabous et décompliquer le rapport à la nourriture. Tant qu’à se distinguer des autres, que ce soit pour les choses essentielles. 

Comme à l’époque des premiers chrétiens, beaucoup de choses se jouent aujourd’hui autour de la nourriture. Je l’ai dit : 

  • on veut une nourriture saine
  • on veut une nourriture qui respecte l’environnement
  • on se questionne sur notre rapport au monde animal  

Il est bon de se questionner sur ces différents aspects de notre alimentation. La production industrielle de nourriture échappe à nos regards. Souvent on ne connaît ni la composition de ce que l’on mange, ni l’origine des ingrédients, ni le traitement qui est réservé aux animaux. Cela soulève des vraies questions pour qui veut respecter la création de Dieu. Mais dans tout cela, rappelons-nous le message de Paul à propos de la viande sacrifiée aux idoles : ce n’est pas un aliment qui nous rapprochera de Dieu. Et il ajoute : nous ne perdrons rien si nous n’en mangeons pas, et nous ne gagnerons rien non plus si nous en mangeons. 

Chers amis, veillons à ne pas imposer aux autres notre régime comme le seul légitime. Si devant Dieu il n’y a plus ni Juifs ni Grecs, il n’y a certainement pas non plus de carnivores, de végétariens et de véganes. 

Soyons attentifs à cela à l’heure où la manière de se nourrir prend pour certains les aspects d’une religion, avec l’idée que certains en mangeant font le bien et d’autres le mal ; ça peut vite conduire dans nos têtes à une séparation entre purs et impurs. 

Soyons attentifs aussi à ne pas tomber dans le jugement en regardant les autres manger différemment de nous. Ceux qui font attention de manger sainement risquent de se sentir supérieurs à ceux qui mangent du fast food. Et les bons vivants risquent de juger ceux qui font des régimes. Et ceux qui font des régimes risquent de juger ceux qui ont des kilos en trop. 

Jésus, lui, nous dit : « Il n’y a rien de ce qui est extérieur à une personne qui puisse la rendre impure en entrant en elle. Mais ce qui sort d’une personne, les paroles et les jugements qui naissent dans son cœur, voilà ce qui la rend impure. »

La sainteté ne se joue pas dans notre assiette ou au bout de notre fourchette, mais dans nos coeurs.

Chers amis, que l’on soit végane ou carnivore, puissions-nous en prendre de la graine ou en faire notre beurre ! Et demandons à Jésus, notre Seigneur, un regard sur les autres et leur manière de manger qui soit libre de jugement et de sentiment de supériorité. Que notre rapport à la nourriture ne mette pas de barrière entre les autres et nous mais qu’elle soit un trait d’union. 

                                                                                                  Amen

Textes bibliques de référence pour cette prédication :

Lév 11.1-8

Marc 7.14-19

Actes 11.1-18

Romains 14.1-4

« Le Seigneur travaille avec eux »

Cette prédication de Guy Chautems pour la période de l’Ascension et Pentecôte nous invite – nous réformés en particulier – à entrer résolument dans une transmission de l’Evangile de qualité A+++ en prenant au sérieux les 3 verbes qui devraient orienter toute la vie de l’Eglise : Aller, Annoncer, Aimer.

Marc 16.9-20 : « Allez dans le monde entier, annoncez la Bonne Nouvelle à tous. »

12 hommes pour accomplir cette  tâche ! Quelle folie ?

Et qui plus est, 12 hommes durs à la comprenette ! Jésus ne vient-il pas de le leur dire : « Vous ne croyez pas et vous ne voulez rien comprendre ! Vous n’avez pas cru ceux qui m’ont vu vivant ! »

Comment réussiront-ils ?  Oui, comment réussiront-ils ?

Marc nous le dit en quelques mots : Assis à la droite de Dieu,  le Seigneur travaille avec eux et il leur donne le pouvoir de faire des choses étonnantes. 

Il faut l’Ascension, il faut que Jésus prenne sa place auprès du Père, il faut qu’il nous donne l’Esprit Saint pour  que les disciples réussissent leur mission : amener la vie là où il y a la mort (Ez. 37) . Il faut l’Ascension de Jésus pour que le Règne de Dieu s’étende sur les cinq continents… pas à pas.

Il est monté au ciel, il s’est assis à la droite de Dieu le Père !

Ils réussiront ! OUI !  Marc résume le secret de cette réussite en ces mots :

« Le Seigneur travaille avec eux et il leur donne le pouvoir de faire des choses étonnantes. »

Mais cette réussite est soumise à une triple obéissance :

Aller – Annoncer – Aimer

Avec ces trois verbes je résume l’ordre de mission tel que nous le rapporte Marc : « Allez dans le monde entier, annoncez la Bonne Nouvelle à tous… » voilà pour les deux premiers  A. Et voici pour le dernier, aimer : « en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais, ils parleront des langues nouvelles….Ils poseront les mains sur la tête des malades, et les malades seront guéris. »

Les agences de notation du ciel ne donneront un triple A  qu’à ceux et celles qui prendront au sérieux ces trois impératifs. Et il y aura des A+++ ! Je vous propose d’examiner  ces trois ordres en sachant ceci : le Seigneur, élevé à la droite du Père, travaille avec nous seulement lorsque nous les prenons vraiment  au sérieux, alors il nous donne le pouvoir de faire des choses étonnantes !

Allons

S’il y en a un qui a pris au sérieux cet ordre, c’est bien l’apôtre Paul . On estime qu’il a  parcouru 8000 km. à pied et 10’000 km. en bateau. Et dans quelles conditions ! Sur terre comme sur mer les voyages étaient autrement plus difficiles qu’aujourd’hui (2 Cor.11) . A partir du jour où Paul  a reconnu le Christ comme son Sauveur et Seigneur, il a pris au pied de la lettre l’ordre de Jésus : « Allez dans le monde entier, annoncez la bonne Nouvelle à tous ! » 

Mais cet ordre concerne-t-il vraiment chaque chrétien ?  

Première réponse  qui en soulagera plusieurs ! Le Seigneur n’appelle pas n’importe qui à parcourir le monde ! Ecoutons Paul écrire aux Ephésiens : « C’est le Seigneur qui fait don de certains comme apôtres, ….d’autres comme évangélistes. » (Eph. 4.11) Il y a des ministères, ils sont donnés à l’Eglise. N’importe qui n’est pas appelé  à courir le monde pour annoncer l’Evangile.

Deuxième réponse qui remet la pression ! Au début du livre des Actes Luc nous raconte la violente persécution qui se déchaina contre l’Eglise de Jérusalem et la fuite de nombreux chrétiens dans les territoires voisins et il écrit : « Les croyants qui s’étaient dispersés parcouraient le pays en proclamant le message de la Bonne Nouvelle. » (Actes 8.4)

Je suis persuadé que tous les chrétiens souhaitent prendre au sérieux cet impératif  « allez dans le monde entier ».  Car il est évident que le Seigneur ne travaille et ne travaillera qu’avec les communautés qui obéiront  à cet ordre. Alors comment être sérieux avec cet ordre du Seigneur ?

Frères et Sœurs, tout commence par la prière : « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le propriétaire de la moisson d’envoyer davantage d’ouvriers dans sa moisson. » (Matth.9.37-38).

Commençons donc par prier, non pas du bout des lèvres mais en sachant les exigences attachées à notre prière ! Car nous vivons un temps où les Eglises réformées doivent enterrer définitivement  leurs peurs face – par exemple – aux ministères des évangélistes ! Demander au Seigneur  un ou des évangélistes qui iront à la rencontre de ces couches de la population que nous n’atteignons plus, c’est être prêt à leur donner une place dans nos priorité et peut-être un salaire.

Nous vivons un temps où chaque réformé doit oser cette prière :  » Seigneur, la moisson risque de se perdre, envoie davantage d’ouvriers dans ta moisson ! » Mais celui qui prie doit savoir le risque qu’il court ! Lequel me direz-vous ? Le risque que le Seigneur m’envoie moi, l’intercesseur,  à la rencontre de mes voisins, de mes collègues de travail. Mais soyons sans crainte ! « Ouvre ta bouche, aie de l’audace, dit le Seigneur, si je t’envoie alors tu verras s’ouvrir le cœur de ceux et celles auxquels tu t’adresseras. »

Note : Il nous faut noter les transformations profondes de notre société qui ont modifié de manière profonde la carte de nos champs de mission. D’abord  les flux migratoires ont amené des personnes de toutes les nations à quelques kilomètres de chez nous. Ensuite le développement fulgurant d’internet donne à tout un chacun de pouvoir atteindre les extrémités du monde en un clic de souris. 

Annonçons

En 1975, si je ne me trompe pas,  j’ai été pour de longues années le dernier président de la commission d’Evangélisation de notre Eglise réformée Vaudoise. Nous avons démissionné en bloc ! Le conseil Synodal d’alors ne faisait plus confiance à notre travail ! Nous voulions répandre la bonne Nouvelle de la Croix et de la Résurrection, appeler à la conversion ! Malheur à nous car nous étions classés, étiquetés ! Au nom du pluralisme nous étions de plus en plus mis de côté !

Presque 40 ans plus tard, après trois livres consacrés à la désertification de nos paroisses[1], vous vous souvenez des 40 années de désert, le synode de notre Eglise réformée vaudoise, va proposer à nos paroisses une année de « jachère » ! Les Conseils de paroisse vont être appelés à mettre la pédale douce  sur tout ce qui est secondaire afin de faire apparaître ce qui est prioritaire ! [2] Une année de « jachère » ! Il faudra avoir le courage d’abandonner certaines activités ! Ce ne sera pas facile! Mais je me réjouis de l’objectif proposé à toutes les paroisses : prendre au moins une année de prière, de réflexion pour « entrer en évangélisation ».

Au final, nos paroisses risquent fort d’opérer ce tournant de 180° à partir de 2014 – 2015, 40 ans après la disparition du dernier poste d’aumônier d’évangélisation de notre Eglise en la personne d’Alain Burnand. La peur du prosélytisme nous a fait perdre 40 ans !  Puissent tous les ministres et les conseillers de paroisse qui ont eu peur de faire – comme ils disaient – du prosélytisme, avoir pris leur retraite, ce qui facilitera bien les choses pour entrer dans une annonce respectueuse mais franche de l’Evangile. Vous remarquerez que cette prédication date de 2012… et que, 10 ans plus tard, nous ne constatons pas d’engagement significatif de l’Eglise réformée pour l’évangélisation…

Pourquoi avoir peur de mettre nos compatriotes au courant d’une bonne nouvelle ? Pourquoi avoir peur de les inviter à une conversion ? Jésus est mort sur une Croix  à notre place ! Car devant Dieu nos révoltes, nos doutes, nos abandons, notre autosuffisance, notre mépris de sa parole, notre orgueil ne méritent que  le jugement le plus sévère, à savoir la mort ! Mais il  a été jugé, condamné, mis sur une Croix, lui le Fils de Dieu pour chacun de nous.  Si tu lui fais confiance, si tu t’attaches à lui non seulement tu bénéficieras d’un pardon pour toujours, d’une grâce pour toujours, mais ce pardon, cette grâce travailleront à tel point ton cœur que pas à pas tu vivras des transformations étonnantes ! Attache-toi à celui qui t’aime et qui est mort à ta place, écoute sa parole, prie-le ! Il a commencé une œuvre en toi, une œuvre extraordinaire et il l’achèvera. Ce qu’il a commencé, il l’achève toujours.

Voilà la bonne nouvelle, voilà le message qu’il faut annoncer.

Et si toute une Eglise, si de nombreuses paroisses doivent prendre du temps pour changer de cap, toi, moi, nous pouvons vivre ce virage aujourd’hui. 

Aimons

Prosélytisme, quel vilain mot, ne trouvez-vous pas ! Voici comment le dictionnaire Larousse le définit : « Zèle ardent pour recruter des adeptes, pour tenter d’imposer ses idées. » 

Chers amis, vous ne risquerez jamais de « faire du prosélytisme » si vous mettez en pratique le 3ème A de l’ordre missionnaire de Jésus : « Ils chasseront les esprits mauvais, ils parleront des langues nouvelles… Ils poseront les mains sur la tête des malades, et les malades seront guéris. »

Chassons les mauvais esprits et amenons la lumière là où règnent les ténèbres, l’amour là où il y a la discorde, la joie là où il y a la tristesse, la paix là où il y a la guerre.

Parlons des langues nouvelles, apprenons  la langue de notre interlocuteur, laissons le Saint Esprit  nous introduire dans le monde, dans les problèmes, dans les joies aussi de ceux que nous allons rencontrer. Ecoutons avant de parler, efforçons-nous de comprendre avant de partager nos idées.

N’imposons ni nos idées, ni nos gestes, mais apprenons à poser des actes d’amour… si le Seigneur réclame nos mains pour une œuvre de guérison, offrons-lui nos mains.

Conclusion

Une promesse  magnifique nous est donnée à la fin de l’Evangile de Marc !

« Le Seigneur travaille avec eux et il leur donne le pouvoir de faire des choses étonnantes… ».  Obéissons et  laissons le Seigneur nous étonner !  Rien n’est plus beau que de voir le Seigneur à l’œuvre dans les vies de ceux  pour lesquels nous prions. 

Mais pour terminer il est important de souligner encore un point !

Pour déborder il faut être plein !

Pour proclamer la Bonne Nouvelle il faut qu’elle remplisse notre cœur.

Pour travailler avec nous, pour faire des choses étonnantes, le Seigneur s’attend à ce que nous soyons rempli de l’Esprit Saint ! 

Dans ce temps de l’Ascension soyons donc ouverts, les cœurs grands ouverts à la venue de l’Esprit.

 Questions pour les groupes de partage

L’ordre de mission donné par Jésus aux siens tel que Marc nous le transmet peut se résumer dans ces trois impératifs : 

Allons – Annonçons – Aimons

1.- En quoi le premier impératif me concerne-t-il ? 

D’abord au niveau de la prière lorsque je prends au sérieux la demande de Jésus : « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le propriétaire de la moisson d’envoyer davantage d’ouvriers dans sa moisson. » (Matth.9-37-38)

Ensuite au niveau de l’envoi ! Autrefois ceux qui partaient en mission se rendaient dans des pays lointains. Aujourd’hui toutes les nations  sont venues à nous au travers des flux migratoires. Serais-je appelé à témoigner de ma foi à tel ou tel étranger habitant près de chez moi ?

2.- Le second impératif doit me conduire à affirmer, avec respect, mais aussi avec audace que le Christ est le seul chemin qui  conduit au salut éternel ! Quelles sont les difficultés que j’éprouve à dire clairement cette Bonne Nouvelle ! Demandons à Dieu de les surmonter !

3.- Aimer : c’est amener la lumière là où règnent les ténèbres, l’amour là où il y a la discorde, la joie là où il y a la tristesse, la paix là où il y a la guerre ! Je vous invite, dans la prière, à intercéder pour telle ou telle personne qui se trouve  en difficulté. Vous demanderez au Seigneur de vous inspirer afin de lui venir en aide.

Guy Chautems 


[1] « L’avenir des réformés » de Jörg Stolz et Edmée Baillif – Labor et Fides – (éd.originale  all. 2010) ;

Turbulences  – les Réformés en crise – Editions Ouverture – Le Mont-sur-Lausanne –  2012 ;

Le temps presse –  de Virgile  Rochat – Labor et Fides – 2012.

[2] Je pense que nous avons tous vu ces jachères de nos campagnes parfois étonnantes, tellement elles sont fleuries. Elles sont indispensables pour maintenir dans notre pays  la diversité de la vie.

Issa ou Jésus ? Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine.

Une prédication de Vincent Schmid, Temple de Malagnou, 11/4/2021

Lectures : Daniel 12 :1-4 et 1Co 15 , 12-19

Le weekend de Pâques dernier, un journal romand a cru de bon ton de publier en pleine page un article intitulé : « Jésus, trop bien pour être crucifié ? ».[1] Le papier, émanant d’une agence de presse protestante – (malchance pour nous…) – fait l’éloge d’une figure littéraire du Coran qui se nomme Issa et qui est une construction musulmane tardive à propos de Jésus. Il s’agit d’une construction très problématique puisque selon le Coran cet Issa/Jésus n’est jamais mort sur la croix et n’est jamais ressuscité. Il était trop bien pour ça, selon l’article manifestement admiratif.

Passons sur l’indélicatesse dont témoigne une telle publication à l’égard du lectorat chrétien le jour de Pâques. La provocation fait vendre, vieille ficelle… Ce qui est grave à mes yeux est qu’à aucun endroit de l’article cette construction n’est mise en perspective. La vérité n’est jamais dite, à savoir qu’il s’agit en fait d’une attaque en règle contre l’essence même de la foi chrétienne. En forgeant leur Issa, le ou les rédacteurs du Coran savaient parfaitement qu’ils visaient au cœur de ce qui constitue l’Évangile. Ils ont voulu décrédibiliser Jésus-Christ au profit de leur prophète.

Cet Issa/Jésus n’est pas un possible trait d’union entre les cultes et cultures, comme le prétend un certain irénisme naïf à la mode, mais tout le contraire. Il s’agit d’une fin de non-recevoir et d’un rejet catégorique de ce que Saint Paul affirme : « Si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine… »

Quelques remarques maintenant à propos de ce passage des Corinthiens.

Première remarque

On n’a pas attendu le Coran pour avoir des doutes à propos de la résurrection de Jésus. Il y en a dans l’Église de Corinthe qui disent que… ; il y a Hyménée et Philète; il y a la figure de Thomas dans l’Évangile de Jean et le commentaire qui l’accompagne ; il y a celles qui pensent qu’on a volé le corps ; il y a les philosophes d’Athènes qui éclatent de rire au nez de Paul ; il y a le gouverneur romain Festus qui s’inquiète de sa santé mentale…

On ne peut vraiment pas dire que les textes du Nouveau Testament éludent la difficulté ! En face du doute raisonnable, ils placent le saut de la foi, ce qui est la seule et unique alternative.
Tout le monde comprend que l’enjeu est considérable. En effet quelque chose (la résurrection de Jésus) qui ne peut faire l’objet d’aucune explication naturelle donne son sens à ce que nous chrétiens croyons et disons.

Deuxième remarque

La résurrection n’est pas au départ une idée chrétienne… Ce ne sont pas les chrétiens qui l’ont inventée, on y croyait bien avant eux et en dehors d’eux. On la trouve déjà sous la plume du prophète Daniel. Depuis elle n’a cessé de prendre de l’importance au point de devenir un pilier de la foi juive. Le Talmud expose que chaque passage de la Bible, n’importe lequel, implique la résurrection mais nous n’avons pas suffisamment de finesse d’esprit pour l’apercevoir.

C’est une idée au fond assez simple, étroitement liée au Dieu créateur. Si Dieu est celui qui a créé une fois, au commencement du monde et des choses, pourquoi n’aurait-il pas la capacité de créer à nouveau ? Rien ne l’empêche. Les maîtres anciens recourent à l’image du souffleur de verre. Si un vase de verre créé par le souffle de l’homme vient à se briser, il peut être refondu et recréé. A plus forte raison, le souffle de Dieu peut recréer ce qui est mort, littéralement ressusciter ses créatures.

Seulement cette résurrection est située d’ordinaire à la fin des temps. A Jésus qui lui dit : Ton frère (Lazare) se relèvera de la mort, Marthe répond : Je sais qu’il se relèvera lors de la résurrection des morts, au dernier jour. C’est la conception orthodoxe à l’époque de Jésus.

Mais cette conception orthodoxe reste dans le domaine des idées, elle est abstraite, lointaine, renvoyée à la fin de l’Histoire. J’attire votre attention sur ce point très important.

Troisième remarque

J’en viens à la formule de Paul : Si Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine. Vaine est un adjectif qui n’a pas été choisi au hasard. Une chose vaine est une chose sans réalité, sans contenu, sans efficacité. Une simple illusion. Si Christ n’est pas ressuscité notre foi est une illusion.

Ici Paul nous fait sursauter. Il a l’air de penser que toute notre foi se résume à la seule résurrection de Jésus. Mais est-il impensable d’imaginer une foi sans Jésus-Christ ressuscité ? Que devient tout le reste ? Car enfin on n’a pas attendu le matin de Pâques pour croire en Dieu! Que devient le Dieu créateur de la Genèse? Que devient le Dieu éthique qui inspire à Moïse ses commandements ? Que devient le Dieu intérieur, intime, que Jésus a appelé « mon Père » ? Est-ce que ça, ce n’est rien à croire, vain, illusoire ?

Je me permets de répondre à la place de Paul : Toutes ces croyances orthodoxes sont belles et bonnes mais elles restent dans le domaine des idées abstraites, elles constituent une forme d’idéologie parmi d’autres, pas plus.

Ce que veut dire l’apôtre est ceci. Il est vain de croire que Dieu a agi il y a très longtemps dans le passé et de spéculer qu’il agira à la fin des temps s’il n’agit pas ici et maintenant dans la vie des hommes pour la transformer. La résurrection de Jésus est la manifestation au présent de la créativité divine, ininterrompue depuis le commencement des jours et jusqu’à la fin des jours. Le tombeau vide a donné une réalité, un corps c’est le cas de le dire, à une idée religieuse qui préexistait. Ce qui était abstrait est devenu concret. Comme au Sinaï, au jardin de Gethsémané Dieu a agi, Dieu a parlé. De nouveau.

Du coup effectivement l’Ecriture sainte, de la première ligne à la dernière, ne parle que de cette réalité, celle de l’action de Dieu ici-bas.

Ou bien Dieu a les moyens d’agir ou il ne les a pas. Ou bien il est celui dont le prophète Jérémie dit que lui seul a le pouvoir de créer quelque chose de nouveau en ce monde ou bien il n’a pas ce pouvoir. Ou bien il est une énergie spirituelle qui se déploie ou bien rien du tout. Dans ce dernier cas oui, c’est une illusion, les Écritures sont un recueil d’émouvantes historiettes. Il n’y a rien à prêcher, rien à croire, plutôt que de perdre notre temps dans cette assemblée, nous ferions mieux d’aller boire un café – pour autant que les cafés soient ouverts…

Quatrième remarque

Il y a des conséquences dont la principale est celle-ci : Si le Christ n’est pas ressuscité, vous êtes encore dans le péché.
Qu’est-ce à dire ?
Dans le péché nous demeurons prisonniers la culpabilité, écrasés par le poids de nos fautes, sans jamais pouvoir nous en dégager. Une vie dans le péché est une vie dans laquelle le pardon n’existe pas. Pas de pardon donc pas deuxième chance, pas de recommencement, pas de changement véritable, pas de relance de la vie.

Vous me demanderez: Qu’a à voir cette histoire de pardon ici? Tout, absolument tout. Qu’est ce qui se passe quand on accorde le pardon à quelqu’un qui vous a offensé et qui vous le demande ? On recrée une nouvelle relation. On rétablit quelque chose qui était mort.

Donc si Dieu n’a pas la capacité de ressusciter maintenant, il n’a pas non plus celle de pardonner efficacement. Le pardon est une forme de re-création, de résurrection intérieure, qui apaise ma relation avec les autres et m’allège suffisamment pour que je puisse poursuivre le fil de mon existence ? Tel est le cœur de l’expérience chrétienne.

Si le pardon reste abstrait, rien ne change et la culpabilité s’accumule. Si le pardon est efficace, alors il y a un relèvement et je peux connaître une nouveauté de vie.

Pour le dire autrement, si le Christ n’est pas réellement ressuscité, la grâce est un vain mot ! On retombe dans le système des mérites et de la quête éperdue (ô combien vaine elle aussi !) de l’autojustification et de l’impossible innocence. Exactement ce que nos Réformateurs ont combattu.

Ce n’est pas faire injure à la religion à laquelle se réfère l’article que j’ai cité en commençant de rappeler qu’elle se présente comme un système judiciaire des mérites et des œuvres particulièrement rigoureux. Un code pointilleux, culpabilisant et punitif (en islam l’enfer commence dès la mise en terre du défunt !) qui divise tout en permis / défendu, pur / impur, etc…. C’est le retour à la malédiction de la Loi contre laquelle Paul s’est élevé tout au long de ses écrits.

Voilà pourquoi si Christ n’est pas ressuscité, nous demeurons dans le péché.

Peut-être vous me trouverez ce matin un ton un peu polémique. Je ne le pense pas. Notre époque mondialisée est en train de connaître, par la force de choses, des changements de civilisation. Sans qu’elle l’ait cherché d’aucune façon, la foi chrétienne se trouve questionnée publiquement dans son contenu par des croyances autres, étrangères. Elle ne peut faire autrement, sous peine d’extinction, que d’assumer une part de controverse, de manière certes toujours mesurée, courtoise mais ferme. Belle opportunité pour se redéfinir pour ce XXIème siècle.

Se redéfinir et bien sûr vivre ce qu’on croit.
En luttant contre les puissances et les dominations qui maintiennent les êtres humains sous leur joug. En sachant pardonner quand il le faut, en répondant au mal par le bien, et en pariant sur les victoires toujours provisoires de la vie dans l’espérance qu’elles auront la victoire finale. Amen.

Vincent Schmid, Temple de Malagnou, 11/4/2021


[1] « Jésus, trop bien pour être crucifié ? » sur 24H du 4 avril 2021 par Anne-Sylvie Sprenger , Agence de presse Protestinfo

L’enracinement

Nous publions un stimulant article du pasteur Vincent Schmid qui appelle l’Eglise réformée à retrouver ses racines, par une claire confession de foi et un culte renouvelé.

Quelle que soit la société qui se profile, notre Église réformée y sera forcément minoritaire. Indépendante des pouvoirs politiques, elle ne tiendra que par son centre, par ce qui la constitue de façon spécifique, par la clarté de son message et la vigueur de sa foi.

Elle tirera sa force d’inspiration de la tradition dont elle est dépositaire, vivant et diffusant le message de l’Évangile dans la ligne de la Réforme.

Au sein de la société globale, elle jouera le rôle de témoin de la présence secrète de Dieu (Ellul) dans ce monde ambigu en répercutant une Parole adressée à tous.

Elle sera l’Église Source, un peu à l’image de ce que furent les abbayes au Moyen Age.
La source sera disponible pour quiconque viendra s’y abreuver, durablement ou transitoirement.

A quelqu’un qui lui demandait ce que les protestants devraient faire pour améliorer leur communication, le publicitaire Jacques Séguéla a fait cette réponse étonnante: « Les protestants doivent faire ce qu’ils savent faire, le faire bien et le faire savoir. »

A nous de jouer !

Lire ici cet article en entier

« Le Seigneur conclut une alliance avec Abram» (Gn 15,18). Juifs et chrétiens, héritiers d’une même alliance.

Nous publions le message prononcé par le pasteur Vincent Schmid à l’occasion de la célébration « Dies Judaïcus » (Le jour du Judaïsme), le 13 mars 2022 en l’Église Saint-Antoine de Padoue, Genève

Jusqu’à ce point dans le récit biblique il était question de l’alliance générale que Dieu contracte avec tous les êtres vivants à la suite du déluge, que l’on appelle l’alliance noachique.

Maintenant est mentionnée pour la première fois dans le texte l’alliance spécifique passée avec Abram. Comme vous le savez, dans la Bible une première mention est importante parce qu’elle livre le berceau de sens.

L’alliance dont il s’agit ici a un contenu: la promesse d’un peuple nombreux et la promesse d’une terre pour ce peuple.

Il s’agit d’une initiative de la part de Dieu dans laquelle il engage sa Parole.

Dieu conclut un pacte dont il se porte garant.

Je veux en souligner la dimension juridique. Parce que l’alliance est fondée en Dieu et sa Parole, elle offre une sécurité de droit absolue. La sûreté et la solidité de l’alliance sont sans commune mesure avec ce dont l’homme est capable et ce dernier ne peut en aucune manière la défaire. L’alliance est immuable comme la Parole de Dieu elle-même.

Certes elle sera par la suite rappelée à diverses reprises et complétée au Sinaï par le don de la Loi : un peuple, une terre, une loi…

Mais en aucun cas elle n’est susceptible d’être remise en cause ou remplacée, pour la raison que Dieu ne revient jamais sur sa Parole.[1]

Ces considérations basiques sont de grande conséquence pour les chrétiens que nous sommes, quelle que soit par ailleurs la communion à laquelle nous nous rattachons.  J’en vois trois principales.

Contrairement à une errance théologique que l’on espère définitivement dépassée, il n’y a pas de substitution possible d’une alliance par une autre dans le projet de Dieu. Il est inconcevable qu’un peuple, celui d’Abram, soit remplacé par un autre peuple, celui de Jésus-Christ. Cela est impossible parce que Dieu ne se dédit jamais (ses promesses sont sans repentance écrit l’apôtre) et qu’il ne peut se mettre à maudire un beau matin ce qu’il bénissait la veille. Car alors il ne s’agirait plus du même Dieu.

Donc il appartient aux chrétiens de clarifier leur propre rapport à l’alliance (par exemple qu’appellent-ils « nouvelle alliance », question ouverte ?) et par extension au judaïsme. St Paul encore donne la direction : ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte…

Ensuite s’impose à nous une autre logique de lecture et d’interprétation. Puisque les chrétiens ont tenu à arrimer leurs propres textes à la Bible juive, qu’ils apprennent à lire !

Sachons envisager les Évangiles à partir de la Bible et de la tradition juives et pas l’inverse. C’est la racine qui porte le rameau et pas le contraire. Un peu d’humilité ne nuit pas et surtout ouvre sur de nouveaux champs de compréhension et de nouveaux positionnements.

Enfin le retour des chrétiens à la source juive qui est à l’origine de leur propre élaboration spirituelle est sans doute une condition essentielle de l’avancement de leur dialogue œcuménique interne. Sans cet éclairage décisif, nous risquons fort de tourner en rond.

Prendre conscience de notre relation commune à l’alliance est certainement la clé d’une meilleure compréhension entre nous.

Puisse l’Esprit Saint nous en donner le désir et l’énergie

Amen


[1] Ce point a beaucoup retenu l’attention de Jean Calvin. Dans l’Institution Chrétienne, il affirme que « l’alliance faite avec les Pères anciens en sa substance et vérité est si semblable à la nôtre qu’on peut la dire une même avec icelle ». Il ajoute que « le peuple d’Israël est pareil et égal à nous en la grâce de l’alliance » (II, 10).

Concernant la différence entre les deux Testaments, il écrit « je reçois volontiers toutes les différences que nous trouvons couchées en l’Écriture, mais à telle condition qu’elles ne dérogent rien à l’unité que nous avons déjà mise, comme il sera aisé de voir quand nous les auront traitées par ordre » (II, 11).

Sur la relation entre Jean Calvin et les juifs, lire ci-dessous l’étude de Vincent Schmid.

Le Jeûne fédéral, un appel à la reconnaissance, la repentance et l’intercession

Introduction

Depuis le milieu du XXe siècle, l’Occident se déchristianise à grande vitesse. Des changements sans précédent se sont opérés dans la société, changements qui impliquent notamment une dégradation de la famille, avec ses conséquences tragiques. Jamais, depuis le début de notre ère, nous n’avons connu autant de divorces, et la notion du mariage entre un homme et une femme est remise en question. L’avortement est devenu un droit plutôt qu’une exception. L’individualisme et l’égocentrisme sont devenus pour beaucoup de nos contemporains un style de vie.

Cette évolution touche naturellement la Suisse. Elle interpelle le groupe CH-CH, « Chrétiens pour la Suisse », formé de personnes issues des quatre régions linguistiques du pays, groupe convaincu qu’il faut revenir à Dieu en tant que peuple et, pour ce faire, se réapproprier une journée particulière : le Jeûne fédéral, dont nous rappelons l’histoire dans les lignes qui suivent.

Historique

C’est en 1832 que la Diète fédérale[1] a décrété le Jeûne fédéral comme une « journée d’actions de grâces, de pénitence et de prière » pour tout le pays.

Il s’agissait d’un jour de jeûne national observé, depuis lors, le 3e dimanche de septembre. Cette journée mise à part invite le peuple suisse à se présenter devant Dieu dans la reconnaissance, la confession et la repentance, ainsi que dans l’intercession en faveur du pays, de son peuple et de ses autorités.

Le Jeûne fédéral nous invite solennellement à nous arrêter et à nous consacrer à l’écoute de Dieu, seul, en couple, en famille ou en communauté, dans le lieu où nous sommes appelés à le vivre, devenant ainsi un multiplicateur de l’évènement. 

La célébration de ce Jeûne est construite autour des trois thèmes de la liturgie, comme l’évoque son identification en allemand : « Dank-,Buss- und Bettag ».

En français, ces trois thèmes sont : 

  • la reconnaissance envers Dieu pour les nombreux bienfaits qu’il nous accorde,
  • la confession et la repentance, à l’image de l’engagement du prophète Daniel ou de Néhémie, pour les dérives et les mauvais choix de leur peuple,
  • l’intercession, en faveur du peuple suisse, du pays et de toutes les autorités en place.

Dieu nous promet une réponse ! Il promet d’écouter, de pardonner les iniquités confessées, et de relever le pays en le guérissant de ses maladies et de ses blessures, comme il le stipule dans 2 Chroniques 7.13-14 :  » Quand je fermerai le ciel et qu’il n’y aura point de pluie, quand j’ordonnerai aux sauterelles de consumer le pays, quand j’enverrai la peste parmi mon peuple, si mon peuple sur qui est invoqué mon nom s’humilie, prie et cherche ma face, et s’il se détourne de ses mauvaises voies, je l’exaucerai des cieux, je lui pardonnerai son péché, et je guérirai son pays.

Mes yeux seront ouverts désormais, et mes oreilles seront attentives à la prière faite en ce lieu « .

A noter que cette sainte convocation faite au peuple suisse d’observer un jeûne, pour exprimer sa reconnaissance à Dieu après une victoire, ou sa contrition dans le malheur, avait déjà existé, de manière ponctuelle, au cours des siècles précédents. En cela, l’histoire suisse ne diffère probablement pas de celle de bien d’autres pays. Par contre, la décision de l’inscrire au calendrier et de reconduire cette convocation chaque année est, elle, tout à fait originale. A notre connaissance, seul un pays connaît institution semblable : Israël. En effet, la fête du Yom Kippour – le jour du Grand Pardon – fixée elle aussi au tout début de l’automne, est une convocation solennelle, amenant tout le pays à se souvenir du Seigneur. Dans les faits, aujourd’hui encore, tout le pays s’arrête et le jeûne est observé par une grande partie de la population juive.

Que l’on comprenne bien mon propos : je ne compare pas la Suisse à Israël et je ne présente pas non plus le peuple suisse comme étant une nation exceptionnelle. Mais je fais le constat que la Suisse actuelle est l’héritière d’ancêtres qui ont reconnu que « Si l’Eternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain » (Psaume 127.1), des hommes qui se sont approchés de Dieu, en toute simplicité et humilité, lui demandant conseil et protection. 

Ainsi, je suis convaincu que mes amis lecteurs d’autres pays francophones liront avec profit ce qui suit, pour autant qu’ils le relient avec des éléments de leur propre histoire, y retrouvant l’empreinte de Dieu et discernant de quelle manière l’Eglise pourrait également y faire (re)vivre un temps de jeûne, d’action de grâces, de repentance et d’intercession.

Dieu a fait alliance avec la Suisse

La Suisse, dans toute sa diversité, a été fondée sur un Pacte d’alliance qui a été scellé en 1291 « au nom du Dieu Tout-Puissant ». Les décisions prises par nos pères, dans l’intérêt commun et au profit de tous, l’ont été en comptant sur l’implication de Dieu pour en assurer la pérennité, autant qu’il le jugera bon.

Mentionnons ici quelques signes visibles de cette alliance :

  • Le Pacte de 1291 perdure aujourd’hui par la grâce de Dieu. Ce texte fondateur exprime l’engagement pris par chaque communauté impliquée de s’entre-aider dans l’épreuve ou l’agression, d’exercer la justice en son sein, de refuser toute interférence de juges étrangers, et de faire appliquer les décisions prises concernant les conflits.
  • La formation de ce pays, comprenant quatre langues nationales, et qui n’a connu que peu de guerres de conquête, tient du miracle. Car malgré les séparations dues à un relief tourmenté, à des langues différentes, à des cultures qui s’opposent parfois et à vingt-six entités cantonales relativement indépendantes les unes des autres, la Confédération helvétique s’est efforcée, au cours des siècles, de demeurer unie en cherchant à reconnaître et respecter son étonnante diversité. Ne pouvons-nous pas y discerner la main de Dieu ?
  • La Constitution, révisée en 1999, reprend l’esprit du Pacte et place l’organisation politique de l’Etat et des institutions, sous l’autorité du nom du Dieu Tout-Puissant. Il me paraît utile d’en citer ici le préambule : « Au nom de Dieu Tout-Puissant ! Le peuple et les cantons suisses, conscients de leur responsabilité envers la Création, résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix, dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde, déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité, conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures, sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres, arrêtent la Constitution que voici… »
  • Un drapeau unique, de par sa forme carrée, et de par sa croix qui rappelle l’unité des Confédérés et la valeur identique que chaque membre – issu des quatre régions linguistiques de la Confédération – possède, mais qui rappelle aussi bien l’instrument sur lequel Jésus-Christ a payé le prix ultime qui permet à celui ou celle qui le demande d’être réconcilié(e) avec Dieu et de recevoir sa véritable identité.
  • Une devise, qui exprime la solidarité («Un pour tous, tous pour un»), nous rappelle que la « force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ». J’aime y ajouter, en me référant au Pacte et au préambule de la Constitution: « Tous en Un ». Ainsi, pour nous, cette devise pourrait être : « Un pour tous, tous pour un, tous en UN ».
  • Une vérité quotidienne : « Dominus providebit ». Cette devise est gravée sur la tranche de notre pièce de 5 CHF. Nous proclamons souvent, sans le savoir, cette parole de vérité chaque fois que nous l’utilisons : « Dieu pourvoira » ! C’est aussi un appel à faire confiance à Dieu en tout temps et en toutes choses, et à demeurer généreux.
  • Une Fête de réconciliation nationale, le 1er août : peu de gens le savent, mais cette Fête nationale a eu comme objectif, au départ, de réunir les Suisses divisés par la guerre du Sonderbund, conflit majeur qui avait opposé les cantons catholiques ayant fait sécession au reste de la Confédération. La tradition des feux, témoin aujourd’hui du rassemblement de la population dans chaque commune, remonte au Moyen Age, où ils étaient utilisés comme moyen de communication et d’alarme. En 1891, pour la première fête nationale officielle, les autorités ont demandé à tous les cantons de « respecter un programme commun », où il est notamment demandé « de sonner les cloches des églises à 19 heures et d’organiser des feux de joie sur les hauteurs. »
  • Un hymne national – un cantique à la gloire de Dieu – dont voici, à titre d’exemple, la troisième strophe : « Lorsque dans la sombre nuit, la foudre éclate avec bruit, notre cœur pressent encore le Dieu fort. Dans l’orage et la détresse, il est notre forteresse. Offrons-lui des cœurs pieux…, Dieu nous bénira des cieux… »[2].
  • Des hommes de Dieu d’exception, parmi lesquels nous pouvons citer Frère Nicolas de Flue (qui a vécu au 15e siècle, homme pieux, animé d’un profond amour de sa patrie et qui, par ses conseils de modération a permis à la jeune Confédération d’éviter une guerre civile), le Général Guillaume-Henri Dufour (celui par qui a été neutralisée la révolte du Sonderbund, au milieu du 19e siècle, et dont le principal souci a été de limiter les pertes humaines), Henry Dunant (fondateur de la Croix-Rouge), et enfin le Général Henry Guisan (commandant de l’armée suisse durant la guerre 39-45). 

Une alliance négligée

Force m’est cependant de constater que ce bel héritage est aujourd’hui largement méconnu, voire renié, quand ce n’est pas raillé et méprisé. Depuis bientôt 190 ans toutefois, l’appel de nos autorités perdure. Il invite la population, et en particulier le peuple de Dieu, à mettre à part le troisième dimanche de septembre pour vivre une halte, un jeûne à l’écoute de Dieu, dans tout le pays.

  • À l’heure de l’abondance et de la consommation, que reste-t-il du Jeûne fédéral?

En 1919 déjà, la presse s’étonne qu’il ne reste rien des traditions d’hier. Ainsi peut-on lire dans « Le Conteur vaudois », journal d’archives, que le jour du Jeûne fédéral, en 1843, pour avoir une place assise au temple « il fallait y pénétrer longtemps avant la sonnerie ». A Morges (sur la Côte vaudoise), par exemple, la cérémonie du dimanche commençait dès huit heures avec la lecture de la Bible, suivie du sermon du pasteur (« assez… long » souligne le chroniqueur). Ensuite on chantait des psaumes, puis venaient les discours des magistrats de la ville… jusqu’à la fin des solennités à seize heures sonnées[3] ».

Aujourd’hui, la presse ne s’étonne plus de rien. Le Jeûne fédéral n’intéresse, dans certains cantons, que par le fait que le lundi du Jeûne est férié, ce qui gratifie la population d’un long week-end, propice à la détente et aux voyages ! Mais, malgré le constat d’indifférence et de mépris du plus grand nombre à ce sujet, je crois que Dieu a à cœur que nous vivions à nouveau, dans toute la Suisse, cette journée particulière afin qu’il puisse concrétiser et libérer sur nous ses promesses !

En effet, comme au temps du roi Salomon, nous subissons les aléas climatiques, la maladie ou la pandémie qui touche notre corps, notre âme et nos biens, la pression des maladies et des ravageurs sur nos cultures, etc.

L’Eglise et l’Etat étant maintenant séparés, c’est la responsabilité de l’Ecclésia[4] de Jésus-Christ de faire connaître et d’organiser ce jour solennel, en invitant le plus grand nombre à s’impliquer dans des actions concrètes. Celles-ci peuvent avoir lieu dans les chefs-lieux cantonaux, de districts, de commune, afin d’exprimer toute la diversité et la complémentarité suscitées par le Saint-Esprit.

Voyons quelques domaines dans lesquels nous pouvons exprimer notre reconnaissance, notre repentance et notre intercession :

  1. La famille : couple, enfants, vie (de la conception à la mort), la jeunesse avec ses problèmes d’identité, d’orientation professionnelle…
  2. L’enseignement : par l’école, l’apprentissage, les HES, les universités, la recherche…
  3. Le domaine de la santé, l’influence des entreprises pharmaceutiques…
  4. La sécurité : la police, la protection de la population, l’armée…
  5. L’économie : les entreprises, les métiers de la terre, les industries, les finances…
  6. Les médias: les journaux, TV, spectacles, expositions…, le domaine des arts, celui du sport… 
  7. La politique et ses orientations, le système judiciaire…
  8. L’Ecclésia, soit l’église, qui est représentée dans chacun de ces sept domaines.

Motifs de repentance particuliers, propres à la Suisse[5]

Ces divers motifs de repentance ont été mis en évidence lors d’une rencontre avec le pasteur Baudraz, des Geneveys-sur-Coffrane, qui nous a interpellés sur le caractère unique du Jeûne fédéral et sur le défi que représentait sa réactualisation sur tout le territoire suisse. Lui-même les portait sur son cœur et les confessait régulièrement. Je me devais de les rappeler ici :

  • Le mépris des pères.
  • Le mépris des alliances élaborées par Dieu : en effet, notre société rejette les valeurs qui ont contribué à donner à la Suisse sa stabilité et sa prospérité dans tous les domaines de son développement. Cette attitude se traduit par le mépris et le rejet des valeurs spirituelles et économiques de la société, développées par nos pères durant des décennies, voire des siècles.
  • Un égoïsme et un individualisme, qui produisent le repli sur soi.
  • La puissance de Mammon, qui manipule nos choix.
  • Une compréhension souvent inadéquate de la neutralité, qui nous empêche de nous impliquer, par peur, ou qui nous pousse, comme chrétiens, à nous désintéresser de la sphère politique, où pourtant tout se décide.

Saisir l’occasion de revenir à Dieu

C’est en 1986, sous l’impulsion de Heinz Suter (de Jeunesse en mission), que j’ai eu l’occasion de rencontrer le pasteur Baudraz, mentionné ci-dessus. Celui-ci nous a rappelé, lors de divers entretiens, qu’il était prioritairement du devoir de la communauté de Jésus que de convoquer et de célébrer ce Jeûne, prophétisant qu’un tel retour à Dieu allait lui permettre de réaliser ses promesses en faveur du pays. Et de rappeler notamment cette promesse de guérison du pays, énoncée dans 2 Chroniques 7.13-14, et citée plus haut.

Depuis lors, cet appel habite mon cœur de manière permanente et profonde, et il a motivé plusieurs actions menées avec des personnes partageant la même vision. La plus spectaculaire de celles-ci a été le rassemblement organisé par le groupe CH-CH, «Chrétiens pour la Suisse» qui, sous la présidence de Kurt Bühlmann, directeur du Forum des Hommes, a rassemblé sur la prairie du Grütli[6] plus de 700 personnes, lors du Jeûne fédéral de 1998.

Cet évènement nous a permis de marquer les 150 ans de la Constitution. En ce lieu historique, cher au cœur de tous les patriotes suisses, nous avons lu toute la Bible dans les quatre langues nationales, célébré le Jeûne fédéral par la louange et la reconnaissance, la confession et la repentance, et intercédé en faveur du pays et de ses autorités durant 24 heures.

  • Quelle conscience avons-nous des enjeux liés au Jeûne fédéral ?

Je suis convaincu de l’importance de cette sainte convocation, rappelée par notre calendrier et soutenue par nos autorités. Dans les temps troublés que nous vivons, temps de grande confusion dans lesquels les pouvoirs politiques et économiques cherchent à imposer leur vision du monde, vers qui d’autre que Dieu pouvons-nous nous tourner ?

Cependant Dieu pose ses conditions : celles de nous arrêter, de nous rassembler afin d’invoquer son Nom ensemble, dans l’unité, en nous humiliant et en nous détournant de nos mauvaises voies. Quelles promesses, mais aussi quelles responsabilités pour nous, si nous croyons à l’actualité de cette Parole !

Nous constatons que l’Ecclésia – l’Eglise de Jésus-Christ – est souvent divisée, paralysée et silencieuse face aux grands problèmes que génère une société qui s’éloigne toujours plus des valeurs qui ont inspiré, depuis 730 ans, le développement et la stabilité de la Confédération.
L’Ecclésia n’a-t-elle pas besoin, de toute urgence, d’une révélation inspirée d’En-Haut pour revisiter ses paradigmes, ses fondamentaux, et oser vivre les valeurs du Royaume des cieux car, faut-il le rappeler, «…la Création attend avec un ardent désir, la révélation des fils de Dieu » (Romains 8.20).

Comme lors de la signature du pacte de 1291, les temps que nous vivons sont difficiles. Hier comme aujourd’hui, où que nous nous tournions, nous sommes confrontés à des questions qui touchent au plus profond de notre existence humaine. 

Discuter des réponses adéquates au terrorisme, de la place de la Suisse face à l’Union européenne, de la fragilité de notre approvisionnement en nourriture, du bon usage de nos ressources énergétiques ou encore de la nouvelle définition de la famille, c’est toujours revenir à la question fondamentale de notre influence potentielle sur la communauté du pays.

  • Quel impact ai-je sur la société à travers mes choix ? 
  • Quel impact avons-nous en tant que communauté chrétienne ? 
  • Quel message pouvons-nous apporter concrètement dans ce monde en perte de repères ? 

Le Jeûne fédéral, pour nous disciples de Jésus-Christ, offre à tous les citoyens suisses l’exceptionnelle occasion de s’arrêter, afin d’examiner notre vie personnelle et notre vie communautaire devant Dieu.

C’est la responsabilité du chrétien que je suis – et de tous les chrétiens vivant dans notre pays – d’apporter notre reconnaissance à Dieu pour tous ses bienfaits, de nous repentir de nos péchés et iniquités et d’intercéder dans l’unité et la diversité pour nos autorités, nos concitoyens et notre pays.

  • Comment allons-nous répondre à l’appel lancé par ces lignes ?
  • Qu’allons-nous entreprendre de concret cette année ?
  • Allons-nous arriver à nous arrêter de manière spontanée, seul ou en communauté, pour célébrer ensemble le Jeûne fédéral dans toute la Suisse ?

Conclusion

Je crois que le Jeûne fédéral est appelé à occuper à nouveau une place de choix dans notre cœur, afin que l’esprit qu’il évoque nous habite toute l’année et nous motive à nous impliquer pour ce magnifique pays que Dieu nous a confié et qu’il a protégé et gardé au cours des siècles, malgré nos infidélités.

En regardant une carte de l’Europe, avec cet îlot en son centre, je suis convaincu qu’il est porteur d’une destinée particulière que nous avons ensemble à découvrir jour après jour, afin de la dynamiser.

Avec mes frères et sœur de l’équipe « CH-CH : Paul-Henri Chevalley, Meya Corthay, mon épouse, Marc Früh, Maxime Jaquillard, Milco Margaroli, Christian Meier, Etienne Rochat, Norbert Valley», je vous invite par ces quelques mots à reconsidérer l’importance de ce jour unique, afin d’en porter la vision et de contribuer à le mettre à part, pour le célébrer année après année.

Nous désirons voir les « feux des veilleurs, que nous sommes appelés à être, s’allumer », comme lors du 1eraoût, et pouvoir assister à des actes concrets, visibles, de reconnaissance, de repentance et d’intercession dans nos communes, nos districts et nos cantons.

Philippe Corthay

Echichens


1 Assemblée des députés des cantons suisses (jusqu’en 1848).

[2] Au cours des dernières décennies, les paroles de l’hymne national ont soulevé de plus en plus de critiques, non seulement au sein de la classe politique, mais également dans la population. On leur reproche leur caractère trop engagé, trop « chrétien », en décalage avec une société qui ne partage plus ces convictions. Un concours a été lancé en vue d’en renouveler le texte ; il a débouché sur de nouvelles paroles, pleines de bons sentiments, mais qui ne satisfont à peu près personne. A tel point que l’ancien texte est encore chanté aujourd’hui dans de nombreuses communes.

[3] FUTUR/CH, Plaidoyer pour la restauration du Jeûne fédéral, Ph. Corthay.

[4] Ecclésia était le mot grec que les premiers disciples de Jésus utilisaient pour parler de l’église. Pour eux, l’Ecclésia n’était ni un bâtiment, ni un moment durant la semaine. L’Ecclésia, c’est le rassemblement de ceux qui ont répondu à l’appel de Jésus et qui ont tout quitté pour transformer le monde avec lui.

[5] Certains de ces motifs de repentance seront néanmoins tout à fait pertinents pour des lecteurs « non suisses » !

[6] La Prairie du Grütli se situe en Suisse centrale, au bord du Lac des Quatre-Cantons. C’est sur cette prairie que les premiers confédérés se seraient réunis, à la fin du XIIIe siècle, pour sceller l’alliance qui deviendra la Confédération helvétique.

Menu 3 étoiles pour temps de l’Avent

Antoine Schluchter, pasteur à La Vallée de Joux, commente ici de manière originale Luc 3.10-18, en reprenant des éléments forts du dernier livre de Marek Halter : « Un monde sans prophètes ».

Jeudi 9 décembre 2021 dans la Feuille de La Vallée, on trouvait un courrier des lecteurs intitulé :« Mais où sont passées les étoiles ? » Il ne s’agissait pas d’un cri d’alarme du responsable de l’Observatoire de La Capitaine, mais de l’observation d’un jeune homme concernant les décorations de Noël ; nos nouvelles suspensions lumineuses ne comportent en effet plus d’étoiles et cela lui donne l’impression que La Vallée perd un peu plus son âme. Les étoiles : à la fois des lumières et des points de repère dans la nuit. Des points de repère, on en a besoin, surtout en cette saison sous notre hémisphère mais aussi dans la saison que traverse actuellement notre monde. Une des paroles du texte du prophète Esaïe garde son acuité glaçante : 

« On regarde la terre, et l’on ne voit que détresse, obscurité, sombre oppression, nuit d’égarement. » (Esaïe 8.23)

Ce verset précède la prophétie annonçant cet « enfant qui nous est né » et il faut bien noter qu’ils associent l’obscurité à la détresse et à l’oppression. Le prophète n’évoque pas là une forme de déprime liée au manque de luminosité. C’est d’ailleurs pour cette raison que les Maîtres juifs ont ajouté au calendrier des fêtes instaurées dans la bible celle de Hannoucca, la fête de la lumière au cœur de l’hiver. On ne peut qu’y être sensibles, vu que le Christ est la lumière du monde et qu’à le suivre, on ne marche pas dans l’obscurité. Alors, quelle lumière l’évangile de ce matin projette-t-il sur notre terre ? Quelles étoiles fait-il briller pour nous repérer sous le ciel obscur ? Le projectionniste, comme dimanche passé, c’est Jean-Baptiste et en effet, il éclaire, il dévoile, il avertit, il clarifie. Luc résume son arrivée sur la scène publique en une phrase :

« C’est en leur adressant beaucoup d’autres appels encore que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple. » 

Donc Jean annonce la bonne nouvelle, littéralement en grec il évangélise mais comment ? En   adressant au peuple des appels ou des exhortations ou des encouragements ; le terme a toutes ces nuances. C’est un discours non pas lisse, dans l’air du temps mais rugueux, confrontant pour le temps et pour les gens du temps ; Jean-Baptiste est vraiment un prophète. Le dernier a-t-on beaucoup dit vu que Jésus est venu dans la foulée. Mais alors, y a-t-il encore des voix prophétiques de nos jours ? Que remarque-t-on quand on « regarde la terre », quand on observe ce qui s’y passe ? Il n’y a pas meilleurs observateurs que nos frères juifs dont le penseur Marek Halter. Il observe le cours du monde, il le confronte aux Ecritures et il a une parole percutante. En particulier dans son dernier livre intitulé « Un monde sans prophètes », publié aux éditions Alerte, ça ne s’invente pas. Selon lui, c’est parce qu’on ne se réfère plus à plus grand que soi : Dieu ou un idéal. Les dirigeants n’ont plus vraiment de figures d’opposition fortes (ni même de majorité). Tant que ça va à peu près, on suit sans broncher ce qui est véhiculé par les coutumes, les médias, les réseaux sociaux et personne pour secouer les consciences : un monde sans prophètes !

Nous allons donc nous appuyer sur Jean, le prophète de l’Avent, mais aussi nous référer à Marek Halter qui établit des passerelles avec notre époque pour discerner quelles étoiles-points de repère ils font briller. 

L’étoile du grand retour

La première, c’est l’étoile du grand retour. Jean a proclamé un baptême de repentance, il a engendré un mouvement de repentance dans le sens d’un changement de direction, d’un retournement, d’un retour vers Dieu. Son message est clair, il ne dévie pas, on sait où le trouver… et on vient en foule le trouver dans un état d’esprit à l’inverse de l’orgueil ou de la suffisance. Marek Halter dit que le bon dirigeant n’est pas celui qui ne se trompe pas mais celui qui reconnaît ses erreurs en écoutant le prophète et en corrigeant le tir.

À propos de passerelles, dans quel désert se poster pour avoir un tel impact ? Après la chute de Ceausescu en Roumanie, j’ai rencontré un vieux moine qui vivait dans une cabane perdue. Eh bien, les nouveaux dirigeants venaient le consulter parce qu’il avait résisté au despote et qu’il avait une parole claire, une parole de prophète. Dans la bible, le désert représente un espace de solitude qui permet la rencontre. La solitude du dépouillement, de nos jours c’est une sacrée passerelle.  Comment faire pour que nos communautés offrent une forme de déconnexion à tout ce qui circule en vue d’une reconnexion à l’essentiel ? Avoir un message clair dans un lieu précis pour faire office d’étoile du grand retour : dans nos célébrations, nos groupes de maisons, nos vies individuelles et familiales.

L’étoile du cœur de la cible

La deuxième étoile-point de repère, à propos de message clair, consiste à avoir une parole ciblée. Jean a une parole générale pour les foules et une parole pour des catégories particulières. Les foules, c’est la masse, certains parlaient jadis de masses laborieuses. Plutôt des petites gens mais avec, en fait, un gros pouvoir d’achat. Représentant donc un important marché pour faire tourner la machine. Jean a une parole ciblée. Aux foules dans leur diversité, il parle de partage de la nourriture et du vêtement, soit des besoins de base. Aux collecteurs d’impôts d’équité et aux soldats de respect.

Dans le fond, et là que de passerelles, c’est un message de partage et de refus des abus. Que ce soit en gardant tout pour soi ou en abusant de son pouvoir. C’est assez impressionnant que Jean invite à manifester ainsi la repentance. On a peut-être trop tendance à la réduire à la dimension spirituelle. Mais là, le retour vers Dieu se traduit par une attitude nouvelle envers le prochain. Marek Halter indique qu’être prophète n’était pas de tout repos. La plupart ont été tués ou ont dû s’exiler. Mais, ajoute-t-il, les rois qui les avaient rejetés ne leur ont pas survécu. 

Il me semble que les exhortations de Jean lorgnent vers des thèmes très actuels. Les communautés de partage, le recyclage, les ressources mises en commun, un exercice sans faille de la justice, la dénonciation des abus, le respect de chacun. Cette étoile est l’étoile-point de repère du cœur de la cible : il s’agit de viser juste et d’oser appeler au changement. En nous engageant résolument sur ce chemin aux passerelles multiples.

L’étoile messianique

La troisième étoile est l’étoile messianique qui n’est pas en sucre glacé. C’est un messie qui vient faire le tri et brûler la paille dans un feu qui ne s’éteint point. On représente volontiers Jésus comme semeur, on l’imagine engranger le bon grain mais moins avec une fourche ou une pelle à vanner. Pourtant ne dira-t-il pas qu’il est venu « allumer un feu sur la terre » ? L’étoile messianique est rugueuse, interpellante. Ce qui est intéressant, c’est que Jean donne d’abord des instructions pratiques et qu’ensuite seulement, il parle du Messie. Avec, il faut le reconnaître, un accent très fort sur le jugement. Il ne pouvait pas en aller autrement car pour lui, le Messie allait inaugurer les temps nouveaux en mettant un terme à l’histoire humaine par le jugement. Il fallait donc tout mettre d’aplomb dans sa vie pour l’accueillir.

Comparativement, Jésus ajoutera une bonne dose de miséricorde et surtout de temps en inaugurant le temps de la grâce qui a déjà duré deux millénaires depuis lesquels le message du salut retentit sur toute la face de la terre. C’est véritablement une divine surprise.

Menu 3 étoiles

Notre Menu 3 étoiles nous offre de bons points de repère dans la nuit du monde. 

L’étoile du grand retour nous invite à accueillir le Seigneur de façon renouvelée et à nous poster à la marge des modes et des pensées dominantes pour offrir aux humains en quête un espace de déconnexion du superficiel –ou tout simplement du passager– en vue d’une connexion à l’essentiel, qui est éternel.

L’étoile du cœur de la cible nous invite à accueillir les appels prophétiques jusqu’au cœur de nos existences pour les laisser se déployer dans ce qu’il nous est donné de vivre et de partager. En osant une parole ciblée et des engagements concrets.

L’étoile messianique est celle qui doit briller au firmament et constituer le repère fondamental à ne jamais perdre de vue – pour nous – et à ne jamais occulter – pour autrui.

Nos frères et sœurs juifs l’attendent encore comme bien des humains dans ce monde qui a grandement besoin de la lumière, de l’éclairage des prophètes. L’interview de Marek Halter à laquelle je me réfère a été faite dans le cadre de l’émission juive « À l’origine » (France 2) qui avait pour titre ce dimanche-là « Hannouca, la lumière des prophètes ». Laissons-nous éclairer !

Relevez la tête !

Prédication du premier dimanche de l’Avent, prononcée à Romainmôtier par le Pasteur Antoine Schluchter.

Nous sommes rassemblés à l’invitation du même Seigneur pour nous mettre à l’écoute d’une même parole d’évangile que le reste du monde. Même Seigneur, même parole divine, même monde : l’œcuménisme dans ce qu’il a de meilleur. Ce matin, nous sommes confrontés, chahutés par la force des mots rudes de Jésus. Incontournable étape pour que la Bonne Nouvelle nous atteigne et nous convertisse. Cette prédication tentera de faire écho à la substance du passage d’évangile en particulier : Luc 21.25-38

Au rythme d’une de ses paroles-phare :

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

En cette fin d’année où la nuit étend son emprise et le froid ses morsures.

En cette pandémie où d’innombrables questions lacèrent nos certitudes.

Comme le peuple élu a jadis traversé la solitude de siècles sans parole divine.

Comme tant de peuples promis au bonheur ploient sous le joug de leurs oppresseurs.

Comme tant de femmes depuis la nuit des temps subissent sans mot dire.

Comme trop d’enfants brimés d’insouciance et grevés d’affection dépérissent.

Comme tant d’humains errent sans le moindre repère.

Jusqu’à nos églises en souffrance, en perte de sens, en manque de reconnaissance.

Nos nuques se raidissent, nos dos se voûtent.

Sous les courbatures du doute.

Les crispations de la désespérance.

Le souffle court, le cœur lourd, nous avançons tête basse.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Quand la danse des astres devient folle et angoissante.

Et les signes de dérèglement clignotent au tableau de bord du monde.

Et le grand astre nous darde de ses rayons brûlants.

Et des tonnes d’engins tournoient au-dessus de nos têtes.

Quand la mer s’agite en d’insupportables fracas.

Et les tempêtes se multiplient, grossissent, déferlent.

Et les eaux se réchauffent et les fleuves s’assèchent.

Et les feux et nos activités déstabilisent ce qui a toujours été.

Et se réveillent de leur engourdissement originel des organismes menaçants.

Quand les puissances des cieux et les fondements de la terre seront ébranlés.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Déjà paraît le signe du figuier aux bourgeons prégnants.

Déjà sortent de terre des semences gorgées d’évangile.

Déjà la nuit se dilue.

Déjà l’horreur compte ses heures.

Déjà l’adversaire recule et prend la fuite.

Déjà s’inversent les forces en jeu.

Déjà point l’espérance du fruit mûr.

Déjà retentit le chant des moissonneurs.

Déjà se lève la génération des promesses réalisées.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Encore pourtant subsistent les illusions éphémères.

Encore les appels aux excès dévoreurs de foi et porteurs d’irrespect.

Encore les déséquilibres répétés entre puissants infatués et petits méprisés.

Encore ces nourritures qui nous laissent sur notre faim.

Encore ces ivresses qui donnent à nos cœurs la gueule de bois.

Encore ces lourdeurs qui entravent notre délestage.

Tentant vainement de voiler la proximité du règne.

Et l’imperturbable pérennité des paroles du Maître.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Le grand dénouement aux images implacables.

Les couleurs aux contrastes virulents, les traits forcés à souhait.

Du jour qui prend à l’improviste.

Jetant son filet sur le monde en son entier.

Qui pourrait y échapper ?

Avec quelle dignité ?

De sa bouche sort l’épée de feu.

Dans sa main la pelle à vanner.

Il vient dans son règne.

Qui pourrait lui résister et devant lui subsister ?

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Il vient, le temps des certitudes.

Il prend corps, le temps des promesses égrenées au long du texte.

« Alors on verra le fils de l’homme venant sur une nuée 

dans toute sa puissance et sa gloire. »

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche. »

« Sachez que le règne de Dieu est proche. »

Il est venu le temps de se lever, ceinture aux reins et bâton à la main.

« Tenez-vous sur vos gardes de peur que vos cœurs ne s’alourdissent. »

« Restez éveillés dans une prière de tous les instants. »

Les promesses divines fendent les brumes et traversent les tempêtes.

Elles nous piquent de leur souffle glacial et gonflent nos voiles.

Nous mettant en état de vigilance, d’éveil, de prière.

Invitation à faire grandir entre nous et rayonner autour de nous l’amour du Christ.

Jour après jour dans l’attente de son jour.

Et la nuit tombée, à le rejoindre priant au mont des Oliviers.

Pour mieux, le jour venu, dès l’aube naissante, rejoindre le peuple des humains.

L’accueillir en nos synagogues.

Car c’est tout à fait certain, nous sommes cette génération qui…

« …ne passera pas que ces choses n’arrivent. »

Comme celles qui nous ont précédés et –qui sait ? —celles qui suivront.

Génération de sauvés en espérance et –qui sait ? —en plénitude.

Génération proche de la délivrance.

Génération de prière et de vigilance.

Les enjeux sont fixés.

Les épreuves annoncées.

Le chemin tracé, balisé du tout premier Avent au tout dernier.

Marchons-y ensemble accompagnés, attentifs, rassérénés.

Le regard vers le but fixé.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Romainmôtier, célébration œcuménique régionale, dimanche 21 novembre 2021

Pasteur Antoine Schluchter

IQRI : Institut pour les Questions Relatives à l’Islam

L’Institut pour les questions relatives à l’Islam (IQRI) est un groupe de travail du Réseau évangélique suisse.
Il a pour but de mettre à disposition de quiconque s’intéresse à l’islam des ressources susceptibles de favoriser compréhension et respect mutuel entre musulmans et chrétiens, sans cacher leurs différences ou leurs divergences.

Islam et christianisme englobant tous les aspects de la réalité, les documents présentés sur ce site ne traitent pas seulement des convictions théologiques qui les rapprochent ou les distinguent mais aussi de l’impact que ces convictions ont sur la réalité culturelle, sociale, politique et économique.

Tout en reconnaissant que d’autres groupes étudient l’Islam et les questions qui en relèvent à partir de points de vue religieux ou philosophiques différents, l’IQRI fonde son approche sur une perspective chrétienne, protestante évangélique.