Skip to main content

Libéré de l’amertume et de la résignation

Dans cette prédication narrative, Olivier Bader nous emmène au bord de la piscine de Bethesda, dans la peau du paralytique libéré par Jésus.

Je m’appelle Benjamin, mais on m’appelle communément « le paralytique de la piscine de Bethesda ». 

Dans l’Evangile de Jean, on raconte mon histoire, mais de manière un peu sommaire. Je veux vous la raconter de l’intérieur, comment moi je l’ai vécue…

J’ai 38 ans, je suis né paralysé du bas du corps. 

Depuis tout petit, j’ai vécu quasiment à hauteur du sol. Au début, cela me semblait normal, les enfants de mon âge n’étaient pas beaucoup plus hauts. Mais en grandissant, mes camarades prenaient de la hauteur. Forcément, une distance s’est créée entre nous. Ils sont entrés dans la vie avec frénésie, en mouvement constant, leur horizon  n’a cessé de s’élargir.
Ils revenaient vers moi de temps en temps, mais il fallait toujours qu’ils repartent, comme poussés par des affaires très importantes. C’est comme ça, quand on a deux jambes… Ainsi, c’est au travers de leurs récits que je me suis fait une perception des lieux, de Jérusalem, des villages de Judée. Immobilisé, c’est avec l’imagination que j’ai voyagé et visualisé le monde…

Je suis resté de longues années dans la maison familiale ou sur le seuil. Puis un jour, mes parents ont eu l’idée de me conduire à la piscine. La piscine aux cinq portiques. Vous savez, cette piscine dont les eaux bouillonnent de temps en temps. Les gens disent que c’est une eau vertueuse, qui guérit, qui apaise les tourments du corps et de l’âme.

Mes parents espéraient que j’y trouverai un peu de paix et pourquoi pas, une guérison miraculeuse…

Mais voilà, dans cette piscine, il faut pouvoir y arriver. Il y a déjà ces 18 hautes marches qu’il faut descendre. Imaginez, pour moi, chacune d’elle est comme le Mont Sinaï ! 

Et puis, il y a la foule. Il faut se frayer un passage dans la jungle des jambes, des béquilles, de ces corps difformes qui se pressent tous dans la même direction… La foule, vous savez, elle est sans scrupule ni pitié pour ceux qui, comme moi, n’ont que les mains pour avancer et qui traînent leur corps comme une masse inerte.

Dans un premier temps, j’ai observé, j’ai développé des stratégies… J’ai bien essayé de les mettre en œuvre l’une après l’autre, mais sans succès. Il y avait toujours un truc qui ne fonctionnait pas. 

J’ai bien sûr aussi demandé de l’aide. Un  jour un gars bien solide a eu pitié de moi. Il m’a soulevé et porté. Mais à peine arrivé au bord du bassin, l’eau s’est calmée. Il m’a regardé en me disant : il est trop tard. Et il m’a ramené en haut des escaliers. Dans mon abattement, je n’ai pas eu la présence d’esprit de lui demander au moins de me plonger dans cette eau que j’observais depuis des mois, sans l’avoir touché, même une seule fois. Comme j’aurais aimé la sentir couler sur ma peau et alléger un instant le poids de mon être.

Depuis ce jour-là, l’amertume et la résignation se sont solidement installées dans mon cœur et dans mes pensées, comme deux sœurs jumelles qui se répondent l’une à l’autre. L’amertume me soufflait : la vie est bien injuste. Le mouvement et même le mouvement de l’eau ne sont pas pour toi, mais pour les autres. La résignation, pour essayer d’apaiser la morsure de ces pensées, me susurrait : C’est ton destin. Il te faut l’accepter. C’est la meilleure manière de survivre. Parfois, je me disais même : « Dieu l’a voulu ainsi. »

Alors, j’ai fait grandir en moi l’optimisme. J’ai même été complimenté pour ma persévérance et mon abnégation… Alors j’étais fier de moi. Mais, entre nous, je peux vous dire que mon optimisme était une façade pour cacher mon amertume et ma résignation…

Ainsi, je passais mon temps à observer tout ce monde qui se pressait vers ces fameuses eaux. Certains en sortaient rayonnants, mais j’ai vu beaucoup, beaucoup de visages déçus ; j’ai deviné des cris inaudibles, des pourquoi sans réponses. Oui, Bethesda était bien le lieu d’une lutte sans merci entre l’espérance et la désillusion. 

Moi, je ne souffrais plus. Je me tenais à l’écart de cette lutte. La résignation m’offrait ce minimum de confort, de protection qui me permettait bravement de vivre au jour le jour…

Mais mes blessures se sont réveillées d’un coup, lors qu’une rumeur a soufflé à Jérusalem, la rumeur « Jésus »… Pendant des mois, j’ai entendu les récits plus ou moins divergents, plus ou moins amplifiés, des miracles de ce Jésus : l’eau changée en vin à Cana. Franchement, j’ai pensé que c’était une grosse blague. Ensuite, il y a eu la guérison à distance du fils du fonctionnaire d’Hérode… Et d’autres récits encore.

Et curieusement, plus on parlait de ce Jésus, plus la piscine de Bethesda se vidait. Quelle concurrence !

Mais ce Jésus, comme les autres, il était toujours en mouvement ! Une fois à Jérusalem, une autre en Galilée ou même en Samarie ! Comme j’aurais aimé le rencontrer. Juste le voir. Mais la résignation m’a vite convaincu de ne pas trop espérer : j’allais encore souffrir inutilement. Ce Jésus n’était pas venu pour moi et n’avait aucune bonne raison de venir à Bethesda.

Et bien je me trompais. Il y est venu. Plus étonnant encore, il est venu vers moi, il m’a regardé, il s’est baissé et m’a questionné. J’en suis resté bouche bée, comme paralysé de la langue et du cerveau ! On m’a alors secoué : Oh Benjamin ! Le maître te demande si tu veux guérir ?

C’est comme si je n’avais pas entendu la question, ou peut-être que je n’avais pas pu l’entendre…  Et là, ce que j’ai répondu était vraiment misérable, une réponse qui me hante encore :

« Seigneur, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l’eau commence à s’agiter ; et, le temps d’y aller, un autre descend avant moi. » 

Il me pose une question et je n’y réponds pas, ni par oui, ni par non. 

Je lui explique ce qu’il pouvait très bien imaginer. D’ailleurs ce n’était pas une explication, c’était une justification…

Pire, ce Jésus qui a fait tant de bien à d’autres, que j’espérais ardemment voir, il est là devant moi et je lui dis que je n’ai personne !

Il me parle de guérison, une réalité extraordinaire, et moi je ne pouvais me détacher de cette piscine et de ces eaux auxquelles je ne croyais plus depuis longtemps…

Bon ! à ma décharge, il faut dire que sa question était provocante, voire même indécente : Veux-tu guérir ? Franchement, 38 ans de paralysie ! 

La guérison, j’ai eu le temps d’y penser, d’espérer au moins un peu plus de mouvement, une condition plus légère, plus digne… 38 ans ! Le temps j’en ai eu, … mais aussi, du temps pour enfouir l’espérance sous un tas de bonnes résolutions. Je m’étais construit une raison qui était devenue prison.

Ce jour-là, Jésus a donné un sacré coup de pied dans ce tas !

Il ne s’est pas arrêté à mes justifications. Il a fait appel à ma volonté, à ma capacité à faire un nouveau choix aujourd’hui, maintenant, et ainsi, il a réveillé ma dignité. Avant même qu’il ne me redresse, je me suis senti un homme debout, aimé, fils du Dieu très haut, moi Benjamin le paralytique !

A moi, l’insignifiant, Jésus m’a demandé ce que je voulais, plus encore ce que j’espérais !

Plus tard, j’ai compris le vrai miracle :

Jésus a été capable de guérir la paralysie de mon esprit et de mon âme.

Il a su faire taire définitivement les sœurs jumelles, vous savez, amertume et résignation. C’est elles qui avaient inspiré ma réponse à Bethesda, c’est à elles que j’avais soumis ma volonté et donné la clé de ma liberté.

Il m’a fait entendre une autre voix,  une voix d’en haut. Il m’a fait percevoir un horizon que je n’espérais plus, un espace de mouvement et de liberté. 

Oui, il ne m’a pas seulement guéri, il m’a libéré. Alléluia. Gloire à Dieu !

Evangile de Jean (5, 1-9) commenté par Olivier Bader, pasteur à Yverdon-les-Bains.

La clé de voûte, c’est Jésus !

Dans cette deuxième méditation, David Bouillon a été inspiré par le verset peint sur la voûte entre la nef et le chœur du temple de Corsier-sur-Vevey : 

Crois au Seigneur Jésus-(Christ) et tu seras sauvé toi et toute ta famille » (Actes 16.31)

Ce verset des Actes est peint sur l’ogive qui sépare la nef du chœur. Remarquons que ce qui est peint n’est pas tout à fait ce qui figure dans nos Bibles actuelles : le mot « Christ » a été ajouté (car il figure dans certains manuscrits grecs). Observons aussi que dans une ogive, une pierre en particulier joue un rôle essentiel : il s’agit de la clé de voûte. Une définition précise : « une clé de voûte est un élément unique qui permet de maintenir la cohésion des multiples éléments l’entourant et ce, par sa seule présence, ses seules caractéristiques intrinsèques ». Et que voyons-nous sur l’ogive de notre église ? C’est le nom de Jésus qui est peint au niveau même de la clé de voûte ! Ce constat suffirait pour que j’arrête ici ma médiation car cette affirmation devrait nous suffire : C’est Jésus qui, par sa seule présence, maintient la cohésion.

Malheureusement la clé de voûte de notre société, et même la clé de voûte de notre Eglise, ce n’est pas Jésus. Pour être plus juste, je devrais dire : ce n’est PLUS Jésus, ou ce n’est PAS SEULEMENT Jésus ! Il me faut donc vous le démontrer.

Je partirai du premier mot de notre verset : « Crois ». Toutes nos existences sont fondées sur un certain nombre de croyances. Pour certains, la croyance principale c’est le travail. Pour d’autres c’est l’anarchie. Pour les scientifiques ce peut être le progrès, pour une entreprise le profit, pour des politiques la croissance. Pour certains théologiens protestants, c’est la démarche critique appliquée à la Bible et à la foi qui constitue l’axiome décisif de leur démarche. Pour notre protestantisme réformé, ce sera encore l’affirmation du pluralisme, considéré comme seule manière de rendre possible la cohabitation de nos spiritualités si diverses. Le danger, c’est que chacun de ces « croire » va tôt ou tard s’ériger en clé de voûte de nos manières de voir le monde ou de résoudre certains problèmes.

Si nous revenons à notre texte du livre des Actes, nous voyons aussi certaines de ces « croyances » diriger la vie de celles et ceux qui s’en réclament. Dans la ville de Philippe, des personnes ont entière confiance dans le don de divination de leur servante ; ils croient que le don de cette femme est pour eux la poule aux œufs d’or. Les habitants de la même ville ont aussi foi en leurs coutumes, et c’est pour cela qu’ils rejettent les Juifs Paul et Silas (l’antisémitisme qui se développe fortement aujourd’hui est donc bien plus qu’une opinion ; c’est une croyance meurtrière). Le geôlier aussi a son système de croyances : il doit répondre sur sa vie des évasions de prisonniers et notre texte montre que cette croyance est suffisamment forte pour le pousser à passer à l’acte !

Mais de même que la prison s’effondre suite au tremblement de terre, nos voûtes dont la clé est constituée de nos croyances ou de nos idéologies, ne peuvent tenir bon face aux grands bouleversements qui traversent tôt ou tard nos vies.

Supposons maintenant que, conformément à ce que je viens de développer, vous choisissiez de placer Jésus comme clé de voûte de votre projet de vie, est-ce que cela suffit à nous prémunir de la ruine ? La réponse est sous vos yeux. En effet, bien que le nom de Jésus soit accompagné d’une grande puissance (voyez que c’est par ce nom que la servante exerçant la voyance a été délivrée v. 17), il convient de préciser les choses. Ce Jésus que Paul annonce au gardien de la prison il le qualifie de « Seigneur » et de « Christ » (si nous acceptons la version peinte dans cette église). Ces deux qualificatifs ont toute leur importance. Dans le langage de la théologie, le débat sera qualifié de christologique. Ce débat n’a pas concerné que les premiers siècles chrétiens et les premiers conciles. Ce débat est d’une grande actualité. N’avez-vous pas parfois entendu Jésus désigné par l’expression « l’homme de Nazareth » ? Derrière cette expression, très juste en elle-même, se cache souvent le malaise de nombreux chrétiens actuels à confesser pleinement la divinité de Jésus. En raison de l’esprit critique qui se veut un rempart contre l’obscurantisme et le fondamentalisme, on privilégie une christologie « basse », c’est-à-dire acceptable car dépouillée de toute vision mythique de Jésus. Le Jésus-Seigneur (en grec : kurios) n’a pas la cote car il serait trop lié à la notion de toute-puissance divine et que c’est ce qui pose problème dans une époque où Dieu semble avoir oublié d’intervenir pour empêcher les pires génocides de l’histoire.

Jésus est aussi confessé devant vous sur cette ogive par le titre de « Christ » (= Messie). Pour le judaïsme, le messie n’a rien d’un personnage de fiction. Au contraire, il est celui qui est attendu dans la trame des jours et de l’histoire pour renverser tout ce que la méchanceté humaine a instauré comme injustice. Pour le geôlier tout acquis à la cause de Rome, empire dont la puissance ne pouvait être contestée par personne, accepter Jésus comme Messie, c’est découvrir au travers des Ecritures que cet empire n’est qu’une illusion et que la crainte qu’il inspire (voyez dans ce chapitre comment tout est dirigé à coups de triques) va laisser place à la joie, cadeau de Dieu, le vrai maître de l’histoire. Ainsi, nous découvrons que Jésus n’est pas seulement le Seigneur, au sens d’un absolu, d’un principe philosophique, il est aussi celui qui bouleverse l’histoire et la conduit à son terme. C’est d’ailleurs pour cela que toutes les idéologies ont toujours cherché à supplanter Jésus et à s’ériger en clé de voûte à sa place.

Ainsi, le salut manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur a pour visée le projet de Dieu de manière globale. Trop souvent nous limitons le salut de Dieu à l’horizon de notre préoccupation immédiate : « tu seras sauvé, toi, ta femme et tes enfants », ou « tu seras sauvé, toi et tes voisins de quartier », ou (pour parler à la manière suisse) « tu seras sauvé, toi et ton canton ! », ou « toi et ta nation ».

En agissant ainsi, ces idéologies s’arrogeaient ce qui est pourtant le privilège de Dieu et de son Fils : le salut. Mais le salut que Paul proclame ne consiste pas à se prémunir de telle ou telle réalité qui nous menacerait. Ce qui doit être sauvé c’est TOI ! Car le problème c’est d’abord TOI et d’abord en TOI ! Dans cette perspective, le geôlier est au même plan que la servante exerçant la voyance. Et il en va de même pour chacun d’entre nous. Confesser Jésus, le reconnaître comme Seigneur et l’accueillir comme Messie, c’est la seule manière de vivre réellement libéré. Comme le soulignait le pasteur Chautems dimanche dernier en commentant la parabole de la brebis perdue : ce qui est au centre de l’annonce de l’Evangile et ce qui mobilise toute l’énergie de Dieu, c’est de retrouver ceux qui sont perdus et qui donc sont privés du salut.

Mais pour conclure il me reste encore à commenter la fin de notre verset : « et toute ta famille ». A un premier niveau qui est celui de notre texte, cela signifie que le salut attaché à l’Evangile n’a rien à voir avec ces démarches individualistes d’épanouissement personnel dont notre société est friande. Le salut que Dieu manifeste en Jésus vise toujours une communauté. Mais ici aussi une remarque sur le texte biblique s’impose : le terme grec traduit par « famille » signifie littéralement « la maison ». Pour vous et moi, cela ne fait pas grande différence, mais dans le langage de la Bible, il en va un peu différemment. La « maison » est d’abord l’affaire de Dieu : « Si le Seigneur ne bâtit la maison… » (Ps 127.1) C’est aussi ce que Nathan annonce à David de la part de Dieu : « C’est le Seigneur qui fera une maison pour toi ! » (2 Samuel 7.11). C’est aussi avec ce terme que Pierre s’adresse à la foule juive le jour de la Pentecôte : « Que toute la maison d’Israël le sache donc bien : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous avez crucifié ! » (Actes 2.36).

Placer Jésus comme clé de voûte de notre projet d’Eglise (locale ou nationale) ; inviter nos contemporains à se détourner de leurs croyances illusoires pour mettre leur foi en Jésus ; confesser droitement qu’il est Seigneur et Messie ; cela est très nécessaire. Mais nous ne verrons des fruits durables que si l’horizon de notre culte et de notre engagement est aussi large que le regard de Dieu : toutes les familles de la terre ! Sans cela, nous ne chercherons souvent qu’à faire perdurer nos paroisses, à maintenir à flots nos dénominations, à perpétuer nos traditions aussi nobles et spirituelles soient-elles.

Puisse cette parole peinte sous nos yeux depuis tant d’années renouveler la vocation de notre communauté et ouvrir notre cœur et notre espérance aux dimensions incommensurables des promesses du Seigneur. Car – comme le disait Jésus à Marthe devant le tombeau de Lazare, et comme il nous le dit face à notre christianisme européen moribond – « Je te dis que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu » ! (Jean 11.40)

Un foi dépassée ?

Dans cette méditation, David Bouillon a été inspiré par le chœur médiéval de l’église de Corsier-sur-Vevey. Il est orné d’anges peints sur les murs et éclairé par un vitrail où est représenté l’agneau immolé triomphant du dragon, vitrail surmonté d’un Christ siégeant en gloire.


En entrant pour la première fois dans ce temple de Corsier en septembre 2017, j’ai immédiatement ressenti la force de ce lieu. Encore aujourd’hui je suis souvent ému aux larmes en raison d’un fort sentiment de la présence de Dieu. Comme je suis professeur de théologie pratique, le réflexe est de m’interroger sur les raisons de cet état de fait. Est-ce le style du culte qui en serait la cause ? Est-ce la place donnée à la louange, à la spontanéité, à la participation… Je crois qu’une des explications qui doit être donnée tient au lieu même où nous rendons un culte au Seigneur.

En effet, l’architecture de ce temple n’a rien de très protestant. C’est normal, cette église fut construite bien avant la Réforme et – en dehors de la sono et du beamer (vidéo-projecteur) – n’a rien de vraiment moderne. N’être ni protestant, ni moderne, c’est plutôt frustrant pour une Eglise Réformée qui se veut toujours à l’avant-garde de la foi. Certes nous cultivons aussi une forme de nostalgie du passé qui, bien qu’il ait pu être glorieux, n’en est pas moins passé. Ainsi, ici à Corsier, nous rendons un culte dans un lieu qui n’est ni franchement protestant ni résolument moderne ! Et nous le faisons aussi d’une manière qui n’est pas rigoureusement calviniste. Et pourtant, nous y ressentons la présence agissante du Seigneur !

Essayons d’imaginer à quoi ressemblerait une église – un temple – qui satisferait aux critères d’une foi protestante d’avant-garde. D’abord, en vertu du principe du « sacerdoce universel des croyants », il n’y aurait plus ce chœur. Car, pour le christianisme d’avant la Réforme, le chœur était l’équivalent du lieu très saint dans le temple : un espace interdit au commun des fidèles et réservé au seul clergé. Mais supposons que malgré tout nous décidions de garder le chœur – ce que les protestants de Corsier ont décidé – il faudrait alors apporter un certain nombre de mises en garde. La première porterait sur la vision du monde qu’il représente : les anges, le Christ en gloire, le triomphe de l’Agneau, l’unité des 4 Evangiles… Tout cela, pour le protestant qui se veut de son temps serait à grandement expliciter. Certains utiliseraient même le mot savant de « démythologisation ». En effet, comment peut-on croire en notre époque héritière des Lumières, qu’il existerait cette sorte de monde invisible dont les représentations de ce chœur sont le signe ? La science se limite à l’étude rationnelle des phénomènes ; les anges, Agneau, dragon ne franchiront donc jamais le seuil de nos laboratoires ni ne se plieront à la mise en éprouvette. Le protestant éclairé et qui ne veut pas basculer dans l’agnosticisme dira donc que tout cela n’est que symbole. Et comme le grand philosophe protestant Paul Ricoeur l’a écrit : « le symbole donne à penser ». Mais donne-t-il à croire ? Le résultat est que si nous devions construire un temple à Corsier selon cette logique moderne, nous risquerions de bâtir un lieu sans y inclure un chœur tel que vous l’avez devant vous. On garderait peut-être quelques photos à titre de souvenir d’une époque révolue, ou alors par souci du patrimoine on maintiendrait les lieux en l’état mais comme une sorte de musée des croyances révolues. Les plus iconoclastes (ce qui est assez protestant) raseraient cet espace en le justifiant de nombreux arguments théologico-philosophiques.

Conclusion : le protestant éclairé n’a pas besoin d’espace sacré, n’a pas besoin d’une vision mythique de l’univers, n’a pas besoin d’un Dieu trônant dans le ciel et jugeant la création (même si le juge est aussi doux qu’un agneau); il refuse de réduire l’abyssale question du mal à l’image naïve d’un dragon piétiné par l’Eglise !

Malheureusement le protestant éclairé risque aussi de ne pas prendre la parole de Dieu au sérieux, ce qui pour un adepte du « sola scriptura » est pour le moins étonnant. Au travers de nos trois lectures, je voudrais dire pourquoi le chœur de Corsier est un témoignage puissant en faveur d’une vision des choses qui, si elle n’est pas moderne, n’en demeure pas moins profondément biblique et fidèle à la Bonne Nouvelle.

Le temple (que ce soit celui de la Bible ou celui où nous sommes) est un lieu de victoire. Dire cela c’est aussi en même temps souligner que pour les croyants de tous les temps, la fidélité au Seigneur suppose un combat et une résistance. Il y a des adversaires et il y a surtout UN adversaire, le malin. Ce dragon représenté vaincu sur le vitrail du chœur.

Le lieu du temple, l’édifice en lui-même n’a rien de sacré. Cela évidemment plait au protestant que je suis. Pour la Bible, Dieu ne sacralise pas les pierres et peu importe que le temple d’Esdras soit moins splendide que celui de Salomon. Jésus aussi ne se laissera pas impressionner par le « bling bling » du temple d’Hérode. Ce qui importe, c’est la rencontre avec le Seigneur, c’est d’être édifié sur la « pierre de fondation » qu’est Jésus. Le chœur du temple, même si en français on l’écrit avec un H, nous rappelle que le Seigneur ne veut pas que nous restions sur le seuil, ni même assis dans les bancs de la nef, mais que nous le rencontrions dans le cœur à cœur du chœur ! Et quel message puissant que la table de la Cène soit placée au cœur du chœur.

Ce cœur à cœur n’a rien d’une religion sentimentale. Ce qui est représenté dans ce chœur (anges, évangélistes, Agneau vainqueur) n’est pas uniquement symbolique même si ce ne sont encore que des images. Paul nous proposerait de voir tout cela comme un reflet des réalités éternelles. Mais – nous le savons – un reflet n’est pas une fiction sinon nous renoncerions à nous faire beau devant le miroir. Ce que ce chœur rappelle à notre génération désenchantée, incrédule, soumise au mal et à la mort, c’est qu’il existe un royaume de Dieu, c’est que Dieu est Seigneur, que Jésus est vainqueur, que l’Esprit est le Consolateur. Ceux qui ont construit cette église et décoré ce chœur croyaient réellement à cela. Cette foi enracinée en Dieu et dans sa Parole n’est pas une foi révolue, celle du Moyen Age que la Réforme et la Modernité seraient venues corriger. Au contraire, c’est plutôt notre relativisme protestant, notre agnosticisme intellectuel se prétendant rationnel qu’il s’agit de questionner.

Petite conclusion très pratique : nous allons prendre un chant de louange (JEM 519 A l’Agneau de Dieu soit la gloire). Je vous invite à deux choses…

  1. Pendant le chant, venez déambuler dans le chœur. Approchez de ces réalités éternelles auxquelles nous serons bientôt associés quand le Royaume de Dieu viendra dans toute sa plénitude.
  2. Et si vous restez à votre place, levez les mains en chantant. Ce geste n’est pas réservé à ceux que l’on qualifie de charismatique, mais exprime qu’au-dessus de nous mais aussi tout autour de nous, Dieu est présent et règne. Lever les mains est aussi un geste lourd de sens dans notre monde et dans nos églises qui ne croient plus au ciel.

Pasteur David BOUILLON (UNEPREF), professeur de théologie pratique à la HET-PRO (St-Légier)

Prédication apportée le dimanche 4 mars 2018

Se réincarner ou ressusciter avec Christ ?

Pierre-Yves Paquier se positionne ici très clairement par rapport à la réincarnation à la lumière de l’Evangile. Voyez plutôt !

– Il était mort, il est ressuscité !

Etes-vous conscients, chers paroissiens et auditeurs, qu’une personne sur quatre préfèrerait sans doute m’entendre dire:

– Il était mort, il s’est réincarné !

3 exemples:

Un ami me confiait l’autre jour: – « J’ai de la peine à admettre la résurrection; l’idée de réincarnation me paraît plus abordable ! » 

Des jeunes renchérissaient: – « Au rancart ces vieilles conceptions bibliques, on a certainement plusieurs vies pour s’en sortir !! »

Enfin, un reportage récent affirmait que de plus en plus de gens se font soigner par des thérapies basées sur la réincarnation et sur les vies antérieures. Cela s’appelle la régression.

L’actrice Shirley Mac Laine par exemple prétend qu’elle a vécu 140 fois !

C’est vrai qu’ils sont très nombreux aujourd’hui à être séduits par cette théorie orientale. Beaucoup ont tant de mal à penser que leur vie prendra fin et qu’ils devront mourir un jour, qu’ils préfèrent envisager des «prolongations»…  C’est peut-être un leurre, mais ils ont l’impression que ça leur permet de mieux supporter maladies, drames et injustices de cette terre. 

Ce décor moderniste posé, que faut-il croire, chers amis ? 

Doit-on entrer là-dedans puisque c’est à la mode ? Serait-ce compatible avec l’Evangile, bien que la confession de foi de tout à l’heure parle d’une vie éternelle et non d’un cycle de vies ?  

Pour nous faire une idée, c’est avant tout sur la personne de Jésus-Christ que je voudrais fixer votre attention.

Rejoignons-le en un lieu précis; c’est un endroit où la mort a toujours raison!  Jésus est avec une femme, Marthe, et celle-ci lui fait des reproches à propos d’un certain Lazare. 

– Maître, Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort !

Imaginons maintenant ce qui aurait pu suivre…

Oui, imaginons le Christ posant sa main sur Marthe et disant:

– Allons, calme-toi, tout n’est pas fini, l’âme de ton frère trouvera un autre corps pour une autre vie: tout va continuer ! 

Marthe aurait dû se contenter de cela, et Jésus aurait pris congé.

Ah! et puis j’y pense : il y a cet épisode sur une colline.

2 terroristes d’il y a 2000 ans hèlent ce crucifié épinglé par les Romains. Ca sent la peur, ça sent la fin. Soudain, l’un d’eux, taraudé par ce qui l’attend de l’autre côté, interpelle Jésus. 

Dans le silence du Calvaire, imaginons alors cette réponse:

– Ne t’en fais pas, mon vieux, tu as encore 5 ou 6 existences pour te racheter: ce n’est qu’un mauvais moment à passer !!

Eh! bien le brigand serait mort, désabusé, bien loin du nirvana.

Mes amis, est-ce à cela que près d’un Européen sur 4 veut croire ? Est-ce là votre espérance ?  Est-ce là ce qui a pu transformer les disciples, sidérés qu’un tombeau fût trouvé vide à Jérusalem: un vague sentiment que tout recommence indéfiniment…?  Non.

Ce qui les a changés, c’est d’avoir revu un Vivant !

« Tout le monde se réincarne parce que tout le monde est frustré » ai-je lu. Or cette frustration, seul Jésus-Christ peut la transformer.

Il y a une vie après cette vie, mais ce n’est pas le cycle infernal imaginé par les mystiques orientaux ! 

Vous savez, l’âme survivrait – soi-disant – pour expier les fautes d’une vie précédente: elle pourrait se loger successivement dans une plante, un animal puis dans une catégorie d’être humain…  

Tout cela, pour garder l’illusion qu’on ne disparaît pas et qu’on peut se sauver par paliers, sans jamais savoir ce qui nous attend. 

La foi chrétienne dit tout autre chose :  que le Christ est venu nous rejoindre pour ne pas nous laisser seuls ; qu’il a tout donné et triomphé de la mort, pour que la perspective de ressusciter un jour nous tire en avant et nous fasse aimer la vie !   

Voilà la bonne nouvelle de Pâques, la certitude venue jusqu’à Marthe, au brigand, jusqu’à ce monde triste, jusqu’à nous !

Et Christ a joint les actes à la parole:

– « Marthe, ton frère va se relever de la mort ! » Et il le ressuscite.

Au brigand condamné: – « Tu peux me croire, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ! »  Pensez-vous que le Fils de Dieu aurait dit des balivernes juste avant de mourir ?

Contrairement à Bouddha, notre Seigneur est ressuscité corporellement à son tour. Il s’est fait voir pendant 40 jours…  

C’est quelque chose de fou, de grand, d’authentique. 

Une certitude à côté de laquelle la réincarnation fait pâle figure. Par la résurrection, la porte de la présence divine nous est définitivement ouverte: quelle joie !

Dans un vieux cimetière allemand se trouvait une tombe assez bizarre: c’était celle d’une comtesse qui se vantait qu’il n’y avait plus rien après la mort. Pourtant, dans ses dernières volontés, elle avait demandé qu’on couvre son tombeau d’une épaisse dalle de granit, maintenue à une bordure par des crampons de fer. On y lisait : DEFENSE D’OUVRIR CETTE TOMBE !

Mais voici qu’une graine de printemps, emportée par le vent, vint se loger entre la bordure et la dalle. Personne ne vit rien, personne n’arracha la pousse qui devint arbre. A tel point qu’en grandissant, il fit céder les crampons et brisa la pierre tombale…

Chers amis, que la résurrection heurte ou non votre raison, le fait est qu’une graine peut suffire pour ouvrir le tombeau d’une comtesse. Une parole de Dieu suffira aussi un jour pour tirer de la poussière son être qui ressuscitera. Et le vôtre aussi. 

Tout est là : quelle superbe perspective la résurrection donne au croyant; mais quelle raison de trembler pour l’incroyant ! 

Oui, Jésus rend la vie, mais l’as-tu reçu dans ton jardin secret ?

Un problème bien réel demeure : pour nos contemporains cette résurrection n’est pas évidente à concevoir, elle défie l’entendement : peut-être est-ce votre cas aussi au bout des ondes…

Il y a 19 siècles, à Athènes, cela divisait déjà les esprits. Ecoutez:

«A ces mots de résurrection des morts, les uns se moquèrent, les autres déclarèrent : – Nous t’entendrons là-dessus une autre fois. Certains pourtant crurent…» (Actes 17/32+34).

«Les uns se moquaient de Paul».  Ben voyons ! Comment prendre au sérieux un scoop aussi ahurissant. Logiquement (et les Grecs s’y connaissaient en logique), c’est impensable.

«Pour d’autres,  on verra ça une autre fois». Là, ce n’est pas à proprement parler un refus, mais une façon d’éluder la question. Il faudrait en reparler, mais on a le temps:  – « laissez-nous vivre et nous éclater avant de penser à cela ! »

«Certains pourtant devinrent croyants». J’aime ce pourtant. Il est respectueux des autres positions.  Il signifie que des hommes et des femmes d’il y a 2000 ans ont été convaincus que le Christ était bel et bien revenu à la vie, et que ça les touchait.

Ce matin, je vous demande : Où vous situez-vous ?

Parmi les moqueurs ?  Vous pouvez en rire, ça ne change rien à l’affaire: ce ressuscité nous jugera un jour.

Ou êtes-vous de ceux qui remettent ça à plus tard ? Tu sens bien que ta vie ne peut se limiter à quelques dizaines d’années. Tu réalises qu’une conception purement matérielle de l’existence ne suffit pas. Mais pour l’heure tu as d’autres choses en tête, tu n’as pas envie de parler de ça. Dommage !  

Parce que, tu sais, l’espérance de la résurrection ne se résume pas à une espérance d’accueil après la mort; mais c’est d’abord la joie de savoir Quelqu’un avec toi tous les jours…

Le cadeau de te sentir aimé, rejoint, compris, là où tu en es. Alors, n’attends pas trop longtemps! 

Enfin, 3ème possibilité : tu y crois, toi aussi… Comme à Athènes, Denys, Damaris et d’autres, tu as saisi la vie et l’immense espérance qui viennent du Ressuscité.  

Alors, heureux es-tu, si tu n’as pas besoin de tout savoir sur la vie et sur la mort, de tout comprendre, pour faire confiance à Celui qui s’offre pour être ton chemin, ta vérité et ta vie !   L’important n’est pas de connaître le pays où l’on va, mais d’avoir le bon guide

Mes chers amis, Lazare était mort et enterré: ; Christ lui a rendu la vie. Mais il y a plus : non seulement Dieu ressuscite les morts, mais il peut changer la destinée des vivants, de ceux et celles qui, un jour, l’appellent et lui font confiance !

Ce n’est pas d’un meilleur karma que vous avez besoin, qui que vous soyez, mais d’un Sauveur vivant à vos côtés; car le salut ne s’obtient pas en sautant d’une existence à l’autre, mais en se liant d’amitié ici-bas avec celui qui a dit:

« Quiconque croit en moi vivra, même s’il doit mourir un jour« !

Telle est la Parole de Dieu, bien différente des idées à la mode.

Voilà, ce message n’est sans doute pas plus populaire qu’il y a 2000 ans à Athènes, mais c’est la vérité. Une vérité que l’ancien athée André Frossard faisait miroiter ainsi à Bernard Pivot : 

 » Par hygiène, je pratique le golf (18 trous), 

et par passion, la foi chrétienne qui, elle, 

se joue sur 1 seul trou… 

Avec Jésus-Christ passé par là, je suis sûr de mon affaire ! »

                       Amen

Lectures bibliques :

Luc 23 v39-43

Jean 11 v17-27

Actes 17 v27b-34

Pierre-Yves Paquier, pasteur

Etonnez-vous !

Face au Ressuscité, nous dit Luc Badoux, nous courons deux risques : ne pas croire… ou ne pas nous étonner. A la suite de l’évangile de Luc et de G.F. Handel, il nous invite à redécouvrir l’inouï de la résurrection !

A l’adolescence, j’ai appris une phrase qui m’est restée. Ma maman avait eu la bonne idée de la coller sur une porte, la porte que j’ouvrais le plus souvent : la porte du frigo ! Cette phrase est de St Exupéry : « Tout est dur quand on perd le goût de Dieu. » Oui, j’ai gardé cette phrase. A tous les parents qui cherchent à faire passer un message à leurs adolescents, je ne peux que dire : « Essayez le frigo ! ». 

A force donc d’ouvrir le frigo, je suis devenu pasteur, convaincu que le goût de Dieu, c’est précieux. Ce goût de Dieu, comment le trouver? Comment ne pas le perdre ? Comment ne pas le perdre quand on souffre ou au contraire quand le confort et la facilité nous endorment ? A chacun pour soi-même de répondre à cette question. Mais en ce dimanche après Pâques je vous propose de le faire à la lumière du texte de l’évangile de Luc que nous venons d’entendre : Luc 24.36-48.

Jésus se présente au milieu de ses disciples qui deux jours plus tôt l’ont vu mourir. Il leur dit « La paix soit avec vous. » Mais sa présence produit l’effet inverse. Plutôt que de se retrouver apaisés, ils sont paniqués, saisis de crainte et même de terreur, nous dit Luc. Pour la paix, ça paraît raté. Sauf, sauf, si c’est le point de départ de tout un cheminement. 

On constate en effet, dans nos vies, qu’à l’origine de la foi en Dieu ou d’un approfondissement de notre foi, il y a souvent un moment où on a eu peur, une situation difficile, un manque.
Les situations de manque ou d’épreuve nous rendent réceptifs à Dieu. Elles lui permettent de manifester qui il est. Elles permettent au Christ de nous apporter la paix, la consolation ou une nouvelle manière d’envisager notre vie. C’est précisément ce qui se passe pour les disciples saisis de frayeur et de doutes. 

Mais, pour être gagnés par la paix, il faut qu’ils participent. C’est pourquoi Jésus les interpelle: « Regardez mes mains et mes pieds. Plutôt que de rester dans la peur et dans les doutes, approchez-vous, touchez-moi, éprouvez la réalité de ce que je vous dis. Ne restez pas à distance à ne pas savoir si je suis un fantôme. » 

Jésus a besoin que nous prenions sa résurrection au sérieux et, si nécessaire, que nous vérifiions si ça nous paraît vrai. 

A ses disciples, Jésus propose même de manger quelque chose devant eux. Ils lui donnent alors un morceau de poisson grillé. Il le mange. C’est à ce moment que la frayeur des disciples tourne en joie et en étonnement. Ils n’ont pas encore passé à la foi, mais déjà de la peur à la joie et du doute à l’étonnement. 

C’est un moment décisif. Les moments où l’on peut s’étonner de ce que Dieu a fait sont des moments privilégiés. J’espère que vous en avez connus ou que vous allez en connaître. 

Ça me rappelle une de ces merveilleuses histoires juives qui rapporte qu’au moment où Dieu créa le monde, quatre anges s’approchèrent de lui.
Le premier demanda : « Comment t’y prends-tu ? »
Le deuxième continua en lui disant : « Pourquoi fais-tu cela ? » 

Le troisième enchaîna : « A quoi ça va servir ? »
Le premier était un scientifique, le deuxième un philosophe, le troisième un agent immobilier.
Le quatrième ange observait la scène de la création du monde avec étonnement ; il se mit, lui, à applaudir. 

Devant la résurrection de Jésus, nous sommes souvent comme les trois premiers anges. Il y a en nous un peu de ces différentes questions qui se bousculent. Beaucoup sont comme le scientifique : pour croire au ressuscité, ils veulent savoir comment Dieu s’y est pris. Ils aimeraient qu’on leur démontre que c’est possible. D’autres tiennent davantage du philosophe : pourquoi Dieu aurait-il fait cela ? Est-ce bien raisonnable ? Et puis il y a l’agent immobilier : à quoi ça va servir ? On va les mettre où tous ces ressuscités ? 

J’ai une prière pour nous tous ce matin, pour tous ceux qui veulent avoir en eux le goût de Dieu. Ma prière, c’est qu’il y ait en nous quelque chose du quatrième ange ; cet ange qui s’étonne avant tout, cet ange qui s’émerveille et applaudit devant la résurrection.
Que ce matin soit un temps pour s’étonner devant le Ressuscité. Pour la plupart d’entre nous, nous avons baigné dans une culture chrétienne, nous avons entendu dès l’enfance qu’après sa mort Jésus était ressuscité. Si bien qu’à l’annonce de la résurrection, nous courons deux risques : celui de ne pas croire, mais aussi celui de ne pas nous étonner. Quelle tristesse si la résurrection n’éveille en nous ni étonnement, ni applaudissement. L’Evangile risque alors fort de ne provoquer en nous ni espérance, ni changement de regard sur la vie. 

Les disciples, après avoir été effrayés et incrédules, après avoir été un peu le scientifique, le philosophe et l’agent immobilier, se sont laissés gagner par la joie et l’étonnement. Ils ont été lents à croire, mais ils se sont étonnés.
Attention, s’étonner n’est pas tout. Pour les conduire à la foi et les amener à annoncer sa résurrection au monde, Jésus leur fait franchir encore une étape. Il leur rappelle tout ce qu’il leur a annoncé. Luc nous dit qu’il leur ouvre l’intelligence. Cela nous est décrit comme étant tout un travail. Cela passe par un plongeon dans les Ecritures. Jésus leur explique que ce qui lui arrivé est annoncé dans les livres des prophètes, Esaïe, Jérémie, Zacharie et dans les psaumes. Il explique que sa passion et sa résurrection, c’est l’aboutissement de l’œuvre de Dieu, c’est comme un fruit qui a longtemps mûri, comme une fleur qui éclôt après des mois de préparation. La résurrection n’est pas un événement isolé mais l’aboutissement de l’action de Dieu qui a toujours voulu que la vie triomphe de la mort et que le bien triomphe du mal. C’est par cette immersion dans les textes bibliques que les disciples passent de l’étonnement à une foi construite et solide. Il a fallu que leur foi soit solide pour se laisser envoyer par Jésus comme témoin de sa résurrection devant toutes les nations. Eux qui se cachaient, qui ont conçu non seulement de la peur mais une véritable frayeur devant le Ressuscité, ils vont aller au devant des nations pour témoigner de sa résurrection. 

Il y a trois semaines j’étais à Dehli en Inde avec des collègues pasteurs. On y a notamment rencontré l’évêque de l’Eglise Mar Thomas. Il fait remonter les débuts de leur communauté à l’an 52 après Jésus et au témoignage de l’apôtre Thomas. Vous savez, Thomas, celui des douze qui ne voulait pas croire en la résurrection de Jésus tant qu’il n’aurait pas vu la marque des clous dans ses mains. Apparemment, lorsque Jésus est venu à sa rencontre, l’étonnement et le bouleversement de Thomas ont été assez profonds et sa foi assez solide pour qu’il aille ensuite jusqu’en Inde annoncer qu’en Jésus la vie était plus forte que la mort. Et cela fait 1960 ans que des Indiens, génération après génération, et de plus en plus aujourd’hui, s’étonnent et applaudissent le Ressuscité avant de s’en faire les témoins. 

J’ai aussi découvert récemment la vie de Haendel, le compositeur de musique classique. Haendel avait un caractère prompt. C’est dit poliment. En français courant, il était insupportable, il s’emportait contre les chanteurs qui ne respectaient pas ses consignes. Il mangeait, buvait beaucoup trop. Il avait sûrement des qualités, mais à Londres où il a vécu la deuxième partie de sa vie, on l’appelait le « gros ours ». Et je ne crois pas que c’était un compliment. 

A l’été 1741, Haendel se sent déprimé, fini. Il s’est relevé d’une attaque cérébrale qui l’avait frappé quatre ans plus tôt, mais il ne parvient plus à composer. Il a perdu sa créativité. En revenant de promenade un soir, il découvre le livret qu’un poète lui a laissé, lui proposant d’en faire un oratorio. Un oratorio, c’est une histoire tirée de la Bible et racontée par un choeur. C’est un opéra sans costumes ni décors. Le livret en question cite le prophète Esaïe qui annonce la naissance, la passion puis le relèvement du Messie. 

La lecture de ces textes opère une œuvre profonde en Haendel. L’abattement qui était le sien fait place à l’étonnement puis à l’émerveillement quand il saisit que ce qu’Esaïe annonce 700 ans à l’avance, c’est ce que Dieu a fait en Jésus. Cet état d’émerveillement dure trois bonnes semaines. Haendel ne mange et ne dort quasiment plus. Il compose. Cela fait quatre ans qu’il ne crée plus rien et là, en 25 jours, porté par les paroles d’Esaïe, il compose le Messie avec ses airs devenus immensément célèbres : « For unto us a child is born » = « Un enfant nous est né » ; autre air connu et toujours en anglais : « He shall feed his flock »  = « Il fera paître son troupeau ». 

L’auditeur est ainsi conduit dans la vie de Jésus jusqu’à sa passion puis à l’exultation du célèbre Alléluia. C’est l’étonnement à son comble. « He shall reign for ever and ever. King of kings and Lord of lords » = « Il règnera pour toujours. Roi des rois, Seigneur des seigneurs ». Cet Alléluia, c’est la manière de Haendel d’applaudir à la résurrection. Ensuite Haendel nous fait redescendre de cet Alléluia sonore avec un air très doux qui porte cette confession de foi : « Je sais que mon Rédempteur est vivant ». Haendel s’est d’abord trouvé étonné, surpris à la lecture des textes bibliques. Puis il a été comme emporté par le message de l’Evangile et de la résurrection. Il a applaudi à sa manière, en composant la musique. Il a cru et il s’est fait le témoin du Christ ressuscité. 

À la première représentation du Messie, à Londres, le roi George II, lointain ancêtre d’un petit George fils de William et Kate, s’est levé pendant le chant de l’Alléluia. Personne n’a su pourquoi il le faisait, mais tout le monde a suivi son exemple. La tradition veut aujourd’hui encore que l’auditoire se lève pour cet Alléluia. Ce peut être vécu comme une manière de saluer ou d’applaudir l’œuvre de Dieu dans la résurrection. 

Déjà de son vivant, Haendel s’est trouvé mondialement connu pour cette œuvre. Mais pour en parler, il a dit « Dieu m’a rendu visite ». Et il lui a paru naturel que les profits considérables de son œuvre soient distribués aux prisonniers, aux orphelins et aux malades. Pour parler de la découverte qu’il avait faite, il a dit : « J’ai été moi-même très malade et je suis maintenant guéri. J’étais prisonnier et j’ai été délivré. » 

Dieu lui a rendu visite. Comme Jésus a rendu visite à Thomas qui, dans sa stupéfaction, s’est exclamé « Mon Seigneur et mon Dieu ». Comme il veut nous rendre visite à nous qui ne sommes sûrement pas plus incrédules que Thomas, nous qui n’avons pas pire caractère que Haendel. 

« Engagez-vous ! » disaient les Romains aux recrues potentielles. 

« Indignez-vous ! » dit le philosophe Stéphane Hessel en regardant le monde. 

Et moi, au nom de l’Evangile, je vous dis : « Etonnez-vous ! L’incroyable s’est produit. Que vous ayez de la facilité ou de la difficulté à croire, étonnez-vous. » C’est l’entrée du chemin de la foi, du chemin de la louange et de l’espérance. C’est souvent en s’étonnant devant la beauté de la création, devant l’œuvre du Dieu Créateur que vient le goût de Dieu. Pour Haendel, c’est en s’étonnant devant le Dieu Sauveur et la résurrection de Jésus que le goût de Dieu est revenu. C’est à partir de son étonnement qu’a grandi en lui l’envie de témoigner du Ressuscité, de la vie plus forte que la mort. C’est ainsi que lui est venue l’envie d’applaudir à la résurrection. 

Chers amis, je vous invite à vous étonner devant la résurrection et à applaudir le Ressuscité. Amen 

Prédication prononcée par Luc Badoux à La Vallée de Joux, dimanche 1er mai 2011.

Les trois lectures bibliques étaient :

Esaïe 52.13 – 53.3 + 53.8-10 ; I Pierre 1.3-5 + 10-11 ; Luc 24.36-48.

Il vit et il crut !

PREDICATION DE PAQUES par Bertrand Amaudruz :

« Il vit et il crut » Jean 20/1-8 

Une foule crie : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » 

Puis la même foule, manipulée : « Crucifie! A mort! »
Des bruits de troupe, bardée de métal, des enfants qui crient, trahison et fuite.

Jésus arrêté, torturé, crucifié. 

Quelques femmes et Jean restent et pleurent. Ils entendent un grand cri : « Pourquoi? » 

Ténèbres, la terre tremble, des morts ramenés à la vie et le silence. 

Le reste des disciples, volatilisés et comme terrés; ils sont paumés ; ils ne comprennent plus ni le sens des paroles de leur Maître ni la fin violente pourtant annoncée. Qui avons- nous suivi? 

Pourquoi lui et pas un autre? 

Avant ces événements, il y en avait eu un autre, essentiel : la réanimation de Lazare, ami de Jésus. Ses soeurs étaient venues en hâte le chercher après le décès de leur frère. Arrivés au tombeau, Jésus avait crié fortement : « Lazare, sors! » 

Lazare arrive à l’entrée du tombeau; Jésus ordonne : « Déliez-le ! ».
A titre d’information les Juifs n’embaumaient pas leurs défunts comme le faisaient les Egyptiens pour leurs célébrités; les Juifs faisaient la toilette du corps. 

Les produits amenés par Joseph d’Arimathée soulignent sa déférence envers le Seigneur: le corps était enveloppé d’un linceul et les linges funéraires étaient enroulés autour de la tête et autour du thorax, avec les bras sur celui-ci ou le long du corps, enfin le dernier sur les chevilles. 

« Il vit et il crut. »
Marie de Magdala arrivant au tombeau est choquée de l’absence du corps de son Seigneur. Des anges lui demandent : « Pourquoi pleures-tu? » Elle voit un homme, un jardinier pense-t-elle, et lui demande : « On a enlevé mon Seigneur, sais-tu où on l’a mis? » « Marie! » lui dit l’homme d’un ton particulier qu’elle devait connaître; sans être remise de ses émotions elle court vers les disciples pour leur annoncer « J’ai vu le Seigneur! »
Les disciples de la première visite du Seigneur dans la maison cadenassée voient une personne se matérialiser devant eux; ils ont un premier mouvement de recul mais Jésus les rassure, leur montre les traces de ses plaies. 

A la seconde visite de leur Maître, toujours dans la maison fermée, il leur donne des signes de sa double réalité et devant la difficulté de Thomas, Jésus lui dit: « Tu veux voir, tu veux toucher? » Humilié et ébloui, celui-ci tombe à genoux. 

Pour les pèlerins d’Emmaüs, il fait route avec eux et lorsqu’il rompt le pain, ils le reconnaissent.
Puis il apparaît à Pierre, à Jacques, à 500 disciples à la fois, à Saul de Tarse de manière foudroyante et à tant de personnes dans toute l’histoire de l’Eglise de toujours. 

Revenons à Pierre et Jean:
Informés par Marie de Magdala, ils accourent au tombeau. Pierre regarde dedans et ne semble rien dire, Jean s’avance ; « il vit…et il crut ». 

Qu’a-t-il donc vu? Et qu’a-t-il donc cru?
Et depuis quand la foi s’éveille-t-elle à ce que l’on voit ?
Si les linges funéraires avaient été bien rangés sur la tablette, qu’aurait-il pu croire?
Et si les linges avaient été jetés à terre, qu’aurait-il pu croire?
Lors de l’épisode de la réanimation de Lazare, Jean était là en témoin direct et il a soigneusement observé comment cela s’est passé:
une fois le tombeau ouvert et Lazare sorti, Jésus a dit : « Déliez-le !». 

Alors quelque temps plus tard, devant le tombeau du Christ, qu’a donc vu Jean?
Il a vu les linges funéraires et le linceul à la place exacte où ils avaient été appliqués au corps de Jésus, donc non défaits ni rangés (comme je l’ai entendu prêcher quelques fois). 

Il est vrai que ce passage est difficile à traduire. Je me réfère sur ce point à une étude très fouillée du professeur André Feuillet dans la revue théologique Hokhma (No 7). Jean a vu des linges et linceuls simplement affaissés, vides. 

Cet homme, très proche du Christ et fidèle lors de la crucifixion, d’une intuition plus sensible, put croire que Jésus était entré dans un autre registre de vie.
Le ressuscité, dès lors, jouera de ce double mode d’être avec ses disciples jusqu’à l’Ascension et au-delà selon son mode d’être toujours très proche. 

Ainsi, l’intention de Jésus a été de faire constater à ses disciples un certain nombre de faits et l’apôtre Jean en parle d’une manière très touchante dans sa première épitre (ch. 1, v. 1-6)
« Ce qui était dès le commencement,
ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du verbe de vie ;

et la vie s’est manifestée et nous avons vu et nous rendons témoignage et nous annonçons la vie éternelle qui était tournée vers le Père
et s’est manifestée à nous ».


Ce qui soutient notre foi est le témoignage de ces témoins de première main. C’est aussi que le Seigneur s’est plié à leurs limites et les a poussés à constater les faits pour passer de la peur à la joie afin de proclamer la Bonne Nouvelle.
Il est de bon ton aujourd’hui de dire, en Suisse romande, que les disciples ont « vu Jésus par la foi » ; j’ajoute : foi qu’ils n’avaient pas! Or les textes sont clairs et disent tout autre chose, à savoir que ces hommes et ces femmes ont été amenés à constater… ( « Touchez-moi, donnez-moi à manger ! » ). 

Et finalement, c’est en faisant coïncider les prophéties de l’Ecriture au sujet de ce qui est arrivé au Christ qu’ils ont reçu la foi pascale.
Quant à nous, qui avons pris au sérieux ces témoignages de première main; nous, témoins de seconde main, sommes illuminés par le même Saint-Esprit. Quel que soit le point où nous en sommes, Il nous rejoint au moment favorable. Cette amitié avec Jésus n’est pas une suite d’efforts mais de désir, de courage et de consentement. 

Belles Pâques et bonne route ! 

Pluralisme – Confession de foi – Discernement – Synode – Unité – Vérité

Dialogue avec l’Association théologique évangélique des pasteurs de Berne.

Par Martin Hoegger – www.hoegger.org

Au mois de mars 2020, l’Association théologique évangélique des pasteurs de Berne ( Evangelisch-theologischer Pfarrverein ) m’a demandé de répondre à quelques questions au sujet du Manifeste bleu.  Cette association existe depuis plus de 150 ans, alors que le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) n’existe que depuis 5 ans ! Ses membres sont, en quelque sorte, pour nous des pères et des mères dans notre Église réformée que nous aimons et où nous voulons servir le Christ.

Cet article en allemand

Voici les quelques questions auxquelles j’ai essayé de répondre, ainsi que les diverses parties de cet article:

  1. Le pluralisme est-il la plus haute instance dans l’Église réformée ?

Le protestantisme a plusieurs couleurs

Confesser la foi

Nous sommes « confessants »

Confesser la foi dans un esprit de catholicité

« Lex orandi, lex credendi ».

La foi : connaissance et confiance

2. Qui est derrière le Manifeste bleu ?

Une communauté qui discerne

Le Manifeste bleu, un exercice de discernement

Jésus, modèle de discernement 

Le discernement, fruit du Saint Esprit 

Résister au climat d’affrontement. 

Nécessité d’une théologie du synode

En chemin avec le Christ : la référence à Emmaüs

Les traits d’une Église synodale

Un synode qui prend en compte le Sensus fidei

L’importance des relations

3. Quel lien entre unité et vérité ?

Une anthropologie théologique

Adiaphora ou Status confessionis ?

4. Que dit Romains 1 sur l’homosexualité ?

Relativisme ?

Comment comprendre Romains 1 ?

Une théologie de la création

Soleil d’un monde nouveau

Envoi : acquérir la « compétence d’Emmaüs »

Pèlerins avec Christ

Méditation de Martin Hoegger

Le pèlerinage, ça marche de nouveau aujourd’hui !

Depuis une trentaine d’années on s’est remis à marcher sur les vieux chemins de pèlerinage en Europe.

Votre serviteur est un de ces pèlerins. Il y a quelques années j’ai traversé la Suisse et l’Espagne en compagnie de deux amis prêtres, sur les traces du chemin de Saint Jacques de Compostelle.

Actuellement avec ma femme Chantal, nous faisons chaque année quelques étapes sur la Via Francigena, en direction de Rome. (Voir ici le petit reportage à notre sujet )

Vous pouvez écouter cette méditation en cliquant ici !

Mais le peuple de Dieu marche depuis toujours. Pour les fêtes du Seigneur, les tribus d’Israël montaient à Jérusalem. Le peuple juif le fait toujours aujourd’hui.

Qu’est-ce qui attire tant dans le pèlerinage ? C’est qu’il allie la vertu de la marche à la découverte de la beauté du monde ; l’effort physique à la démarche spirituelle ; la convivialité humaine à la communion divine.

Le pèlerinage forme une ellipse, avec quatre étapes : le départ, comme séparation du monde ; la marche, comme chemin intérieur ; le but, comme rencontre avec Dieu; le retour à la maison, après avoir vécu une transformation.

Un symbole de la vie chrétienne

En fait le pèlerinage est un symbole de la vie.

Et de la vie en Christ en particulier.

C’est ce qu’a compris l’auteur de la lettre aux Hébreux.

« Pour l’auteur d’Hébreux la vie chrétienne est un pèlerinage jusque dans la présence de Dieu. Toute l’épître tourne autour de l’idée de s’approcher et d’accéder à Dieu », écrit un spécialiste de cette lettre.[1]

Au chapitre onze, l’auteur a parlé des témoins de la foi de l’Ancienne Alliance avec les images du pèlerinage. Abraham et les autres témoins, étaient « étrangers et voyageurs sur cette terre…aspirant à une patrie meilleure, à une patrie céleste » (11,13-16).

Comme pèlerin, Abraham a quitté sa patrie pour une aller vers « une patrie meilleure », (11,15s). Le pèlerinage implique d’abord une séparation d’avec nos habitudes. Puis une destination.

Mais cette patrie meilleure n’est jamais atteinte ici-bas. C’est la « cité construite par Dieu » (11,10), c’est à dire la Jérusalem céleste que la cité de David ne faisait que préfigurer.

De plus sur ce chemin, les fidèles de l’Ancien Testament ont rencontré d’énormes difficultés physiques et spirituelles en chemin: le péché, la possibilité du martyre et la tentation d’abandonner (11,32-40).

Ainsi en ira-t-il de nous qui sommes leurs héritiers spirituels.

Nous avons également à nous détacher, à marcher vers une destination et à affronter les épreuves du pèlerinage.

Leur exemple de foi et de persévérance nous encourage.

Ils sont avec nous, spirituellement, alors que nous aussi avançons dans notre pèlerinage : « Nous avons autour de nous une telle nuée de témoins ». (12,1)

Le combat du pèlerin

On a souvent compris le début du chapitre 12 comme la course de l’athlète dans un stade, mais on peut aussi y voir l’image du pèlerin qui persévère sur son chemin en regardant au Christ, comme exemple de persévérance dans la souffrance. D’où la traduction : « Livrons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée » (12,1).[2]

Comment donc avancer dans cette épreuve du pèlerinage ?

L’auteur de l’épître propose quatre étapes sur ce chemin :

  • Simplifier notre vie
  • Persévérer et nous encourager les uns les autres
  • Se laisser éduquer et transformer
  • Regarder à Jésus

Arrêtons-nous un moment à chacune d’elles !

  • Simplifier notre vie

Un pèlerin ne s’alourdit pas de beaucoup de bagages.

Dans le film « Saint Jacques la Mecque », on voit une scène hilarante où un des pèlerins, au début, porte un immense sac, beaucoup trop lourd. Il est obligé de s’alléger.

Un sage vivait avec seulement quelques objets. Un de ses disciples venu de loin pour le consulter s’en étonne. Le sage lui dit : « pourquoi n’avez vous pas pris vos meubles avec vous ? ». – « Parce que je suis en voyage », lui répond-il ! « Eh bien moi aussi », dit le sage.

Il s’agit donc de simplifier sa vie, de rejeter tout ce qui alourdit notre marche : « Rejetez tout fardeau », dit le texte. Mais il ajoute « et le péché qui sait si bien nous entourer ».

C’est avant tout à un pèlerinage de sainteté auquel nous sommes appelés.

  • Persévérer

Devant l’épreuve le pèlerin est tenté d’abandonner en chemin.

C’est pourquoi l’auteur de la lettre nous appelle à « livrer avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée » (12,1)

Ailleurs il dit : « c’est de persévérance dont nous avons besoin » (Hébr 10,36).

Il y a quelques années nous avons reçu chez nous Thomas, un jeune qui parcourait la Via Francigena en vélo. Il était parti de Cantorbéry pour se rendre à Rome. Nous l’avions invité à rencontrer des jeunes chrétiens et à participer à une célébration œcuménique dans la cathédrale de Lausanne.

Plus tard il nous a écrit combien cela l’avait encouragé, car il était arrivé démoralisé chez nous et avait l’intention de retourner chez lui en Angleterre. D’ailleurs à Rome une grande surprise l’attendait : une rencontre avec le Seigneur !

« Encourageons-nous mutuellement, et cela d’autant plus que vous voyez le jour s’approcher » (Hébr 10,25)

  • Se laisser éduquer et transformer

Un pèlerinage nous éduque et nous transforme. C’est ce que dit notre texte : « C’est en fils que Dieu vous traite. Quel est en effet le fils que son père ne corrige pas » ? (12,7)

Le pèlerinage est une grande école de vie. Celui qui retourne chez lui n’est plus comme avant. Il a compris le sens de la vie et essaye désormais d’en vivre.

Ainsi en va-t-il dans la vie chrétienne : nous avançons dans la mesure où nous nous transformons.

Je me souviens du choc que j’ai perçu en arrivant à l’aéroport de Genève en revenant de Saint Jacques de Compostelle. J’étais frappé par l’agitation de ce lieu et par l’énervement des touristes. Alors que j’éprouvais en moi une grande paix !

Cette paix, je n’en doute pas, venait de la communion avec le Christ que j’avais vécue si fortement durant ce pèlerinage. Le fruit d’un pèlerinage est la paix et la justice (12,10-11). Il nous transforme pour ressembler de plus en plus à Jésus, le prince de la paix.

Ceci me conduit à la quatrième étape, la plus importante :

  • Regarder à Jésus

L’auteur nous invite à avancer dans notre pèlerinage « les regards fixés sur celui qui est l’initiateur de notre foi et qui la mène à son accomplissement, Jésus…Oui pensez à celui qui a enduré de la part des pécheurs une si grand opposition contre lui, afin de ne pas vous laisser accabler par le découragement » (12,2-3).

Jésus-Christ, selon lui, est en effet le pèlerin en chef, le premier qui a fait le voyage et donné un sens et une importance à celui-ci en tant que pèlerinage. 

Il est le précurseur qui prépare la voie, le pionnier ou le premier de cordée ouvrant une voie que d’autres peuvent suivre. Et il est aussi le perfectionneur qui termine ce qu’il a commencé en traversant les épreuves dans la confiance et l’amour.

Ressuscité il est avec nous tous les jours et prie sans cesse pour nous !

En lui, nous sommes fils dans le Fils. Or « le Fils et les fils marchent ensemble, associés et solidaires dans la même entreprise. Nous avons part au Christ » (3,14), comme un pasteur et son troupeau (13,20: « le grand berger des moutons »); ils forment un même et unique groupe de marche…Il trace la route, il l’a parcourue le premier, il l’inaugure et la consacre (10:19-20); les croyants n’ont qu’à le suivre pour pénétrer à leur tour dans le ciel », écrit C. Spicq dans son grand commentaire.[3]

ENVOI

Lors de la célébration au Centre œcuménique de Genève, le 21 juin dernier, le pape François a commenté l’injonction répétée deux fois de l’apôtre Paul à « marcher selon l’Esprit » (Gal 5,16,25). Et il a médité sur le sens du pèlerinage qui est le grand thème du Conseil œcuménique des Eglises (« Un pèlerinage de justice et de paix »)

« Marcher demande le souci des compagnons de voyage, car ce n’est qu’ensemble qu’on marche bien. Marcher exige une conversion de soi continue, sortir de soi et sa quiétude…Marcher ensemble, prier ensemble, travailler ensemble : voilà notre route principale. Il est déjà possible de marcher dès maintenant selon l’Esprit », a-t-il dit. (lire son commentaire ici)

Alors avançons ensemble en simplifiant notre vie, en persévérant et en nous encourageant mutuellement, en nous laissant transformer et, surtout, en regardant à Jésus qui nous a précédés sur ce chemin et qui nous accompagne en priant sans cesse pour nous !

Une prière

Nous sommes en marche vers toi, Seigneur,

Dans un pèlerinage de sainteté, de justice et de paix,

Et tu nous appelles à nous entraider,

A nous attendre et à témoigner de ta tendresse pour tous.

Sur ce long chemin, tu nous prépares un festin,

Une table dressée avec le pain et le vin.

En te donnant à nous, tu renouvelles nos forces

Pour vivre ta justice et ta paix avec tous.

Béni sois-tu, car déjà maintenant nous avons part

A la richesse et à la plénitude de ton Royaume.

Nous sommes en communion avec toi,

Le Père, le Fils et l’Esprit saint

Et avec toutes les forces du ciel.

C’est pourquoi, avant de nous approcher

Pour recevoir le pain et le vin du pèlerin

Nous avons besoin d’être simplifiés et libérés

dépoussiérés et pardonnés.

Nous avons besoin de ton pardon et de ta libération.

Oui, Seigneur, en ce moment de silence,

Viens toi-même nous visiter et nous renouveler !

Dossier sur le pèlerinage

[1] Voir C. Sims, You have come to Mount Zion : Pilgrimage in the Presence of God in the Epistle of Hebrews, Queen’s University, Belfast, 2008, p. 343. Cité en Gordon Cambell, Le pèlerin en chef et les pèlerins : la solidarité entre le Christ et ceux qui marchent à sa suite dans l’épître aux Hébreux. Revue Réformée, juillet 2018, No. 287, p. 44

[2] G. Campbell, art cit, p. 49-50

[3] L’Epître aux Hébreux, Paris, Gabalda, 1942, Vol I, p. 30

L’Eglise sourde et aveugle

Cette prédication du pasteur Willi Honegger offre un diagnostic bouleversant de l’Eglise d’Europe occidentale mais il ouvre aussi, dans la foulée du message d’Esaïe, une perspective pleine d’espérance.

Le « néanmoins » de la promesse de Dieu sur l’Eglise pitoyable et misérable 

La deuxième partie du livre d’Esaïe (chapitres 40 à 55) a été un réconfort pour moi au cours des trois dernières années, de façon toute particulière.

 La condition de la population y est décrite de manière impressionnante. Mais la promesse de Dieu, plus grande et plus puissante que n’importe quel effort humain, se trouve au-dessus de ce peuple de Dieu chancelant et près de mourir.

Nous allons regarder un passage d’Esaïe 42 ce matin, avec la confiance que nous y découvrirons l’état de l’Eglise et plus encore, que nous y expérimenterons la puissance de Dieu, qui rend les morts vivants.

Esaïe 42: 18-25 :

18Sourds, écoutez ! Aveugles, regardez et voyez !

19Qui est aveugle, sinon mon serviteur ? Qui est sourd comme le messager que j’envoie ? Qui est aveugle comme celui qui a trouvé la paix, aveugle comme le serviteur du SEIGNEUR ?

20Tu as vu beaucoup de choses, mais tu n’y as pas pris garde ; on a ouvert les oreilles, mais on n’a pas entendu.

21Le SEIGNEUR a pris plaisir, à cause de sa justice, à rendre la loi grande et magnifique.

22Et voilà un peuple pillé et dépouillé ! On les a tous pris au piège dans des fosses, cachés dans des maisons de détention ; ils ont été pillés, et il n’y a personne pour les délivrer ! ils sont dépouillés, et il n’y a personne pour dire : Restitue !

23Qui parmi vous prêtera l’oreille à cela ? Qui prêtera attention, pour écouter à l’avenir ?

24Qui a livré Jacob à ceux qui le dépouillent, et Israël aux pillards ? N’est-ce pas le SEIGNEUR, contre qui nous avons péché ? Ils n’ont pas voulu suivre ses voies et ils n’ont pas écouté sa loi.

25Aussi a-t-il versé sur Israël l’ardeur de sa colère et la violence de la guerre ; celle-ci l’a embrasé de toutes parts, et il n’a rien compris ; elle l’a dévoré, et il n’a pas réfléchi. ©Nouvelle Bible Segond

Face à de tels passages de l’Ancien Testament, le théologien se met habituellement à couvert: on parle ici d’une manière beaucoup trop tranchée, ce qui menacerait l’existence d’un employé de l’Eglise.

On peut entendre de telles analyses –  implacables – de l’état de l’Eglise tout au plus dans la bouche de pasteurs retraités, dont l’existence économique est assurée. Cependant, le deuxième Esaïe parle de cette façon au peuple de l’ancienne alliance, à son Israël!

Je veux explorer ces quatre thèmes :

1. L’Eglise sourde et aveugle

2. L’Eglise exploitée et pillée

3. L’aube commence

4. L’Eglise sous la Parole de Dieu

1) L’Eglise sourde et aveugle

Nous voulons maintenant prendre l’altitude la plus élevée possible (sinon ce qui est dit conduit aux plus grands malentendus): ce n’est pas l’Eglise paroissiale A, B ou C qui est au pilori, pas même telle ou telle Eglise d’Etat ; pas non plus la FEPS ni l’EKD.

Non, nous parlons de tout le protestantisme de l’Europe occidentale et de son histoire de dégradation, qui dure depuis 200 ans; de son infirmité due à la malnutrition; de son manque de circulation sanguine et d’approvisionnement en oxygène par la perte du grand héritage biblique.De sa négligence et de sa misère parce qu’il a laissé tomber la Bible, de sa douloureuse déception parce qu’il a soumis la Bible de son propre chef au rationalisme et au relativisme dégradants. Il a fait cela dans l’espoir désespéré que cela lui vaudrait l’affection de l’esprit de ce monde…Et maintenant, il s’asseoit pitoyablement au bord du chemin de l’histoire et s’étonne que ce Zeitgeist, par lequel il était encore autrefois courtisé, lui montre une épaule froide et le laisse tomber!

Oui, je veux parler de cet état général ce matin. Esaïe a quelque chose à nous dire ; son puissant message trouve parmi nous ses destinataires.

Cette péricope commence de manière frappante:

« Qui est aveugle, sinon mon serviteur ? Qui est sourd comme le messager que j’envoie ? Qui est aveugle comme celui qui a trouvé la paix, aveugle comme le serviteur du SEIGNEUR ?

Tu as vu beaucoup de choses, mais tu n’y as pas pris garde ; on a ouvert les oreilles, mais on n’a pas entendu. » (vv. 19-20)

Le «second Esaïe» a, je crois, deux façons d’utiliser le terme « Serviteur / Serviteur du Seigneur »: l’une est celle des chants dits du « Serviteur de Dieu » dont le Nouveau Testament témoigne à l’unanimité que Jésus-Christ est pré-photographié en eux. L’autre est le peuple d’Israël au moment du « second Esaïe ». Ici, c’est clairement le second usage.

Sourd est le peuple de Dieu : ce n’est pas une description flatteuse, que le prophète Esaïe choisit pour  introduction!

Oui, je sais: les experts en communication nous conseillent vivement de nous adresser aux gens uniquement  avec des messages positifs. Mais de grandes parties de la Bible ne s’y conforment pas: elles comptent sur le travail du Saint-Esprit,qui renouvelle  le cœur et transforme merveilleusement les sentiments – même si cela doit parfois être précédé de chocs.

Je me permets donc de nous livrer à tous la parole des Saintes Ecritures sans aucune restriction; sans me demander si notre estomac va l’apprécier mais en faisant confiance que Dieu suscite une vie nouvelle par son Esprit.

Non, il n’est vraiment pas nécessaire de faire passer la Bible par tous les processus de filtrage herméneutique possibles pour la rendre acceptable.

Sourd est le peuple de Dieu – sourd à la parole de Dieu! Je ne peux pas refuser ce diagnostic. Cela s’applique largement à l’état intérieur du protestantisme occidental: une grave déficience auditive à l’égard de la Bible est le moins qu’on puisse dire.

Non, ce n’est pas le monde éloigné de Dieu qui est à la racine de ce problème. L’Eglise elle-même a provoqué cette surdité:

il y a des pasteurs et des théologiens qui « enterrent » la Bible au profit de soi-disant messages positifs, que l’auditeur aime entendre. La Sainte Écriture devient alors un trésor qui offre des illustrations avec lequel la sagesse humaine est présentée.

Les paroissiens exigent avec ferveur des expériences spirituelles ainsi que des thèmes pertinents pour la vie. Ils ne se rendent pas compte que – ce faisant – ils veulent entendre plus de choses sur eux-mêmes et ne rien entendre de Dieu. Et leurs bergers découragés ne réagissent pas.

 Quand on lit au culte les textes bibliques sur l’I-Phone ou les tablettes, c’est cool ! Mais sait-on encore que chaque texte de l’Ancien Testament se trouve dans le même livre que le message de Jésus-Christ? Vous pouvez voir cela quand vous avez  toute la Bible dans vos mains!

(mais cet engouement pour  la numérisation n’est pas la cause, c’est un symptôme du problème – même si le symptôme est très visible !)

«Qui est aveugle sinon mon serviteur ?», voilà comment le Prophète confronte sa communauté.

Le nouveau protestantisme est presque complètement aveugle à la grande histoire de Dieu avec son humanité. Je parle de l’histoire biblique du salut,

le grand cadre dans lequel tout est intégré. Tout a commencé avec la création, la création du cosmos. Et tout conduit à la rédemption et à la perfection – à la venue de Jésus Christ en puissance et gloire, au nouveau ciel et à la nouvelle terre.

Si le prédicateur ne vit pas de cette image d’ensemble, sa prédication devient impuissante et mesquine: elle dégénère en une collection de sujets.

Elle se termine par des appels moraux et des commentaires contemporains ennuyeux. Et le même prédicateur ne devrait pas être surpris si sa communauté n’a plus qu’une image fatiguée et déiste de Dieu.

Il s’agit encore une fois du même mécanisme: la surdité comme l’aveuglement de l’Eglise a son origine dans son noyau le plus profond.

La surdité et l’aveuglement de la théologie se transfèrent à la communauté et au monde.

2) L’Eglise exploitée et pillée

Le choix des paroles du prophète devient encore plus percutant. Dramatique est l’image avec laquelle il compare le peuple de Dieu: « … voilà un peuple pillé et ravagé ; on les a tous séquestrés dans des fosses… cachés dans des cachots … voués au pillage… et il n’y a personne qui les sauve… Voués au ravage et personne ne dit: Restitue! »[cf. verset 22].

Le prophète compare le peuple de Dieu avec une caravane, qui est attaquée sur le chemin par les bédouins: tout est pillé, les gens sont bâillonnés et emprisonnés dans des terriers. Cependant, aucun membre de la famille ne s’en soucie, aucune action de secours n’est en marche, personne ne négocie avec les voleurs pour offrir une rançon.

« Telle est ta condition », dit le prophète à son peuple,

« Et pourtant, vous prétendez que tout va bien.

Vous refusez la vérité sur votre véritable situation ! »

Est-ce l’état de la chrétienté occidentale?

Oui, je suis prêt à souscrire à cette description, bien que – et je dois l’avouer ouvertement – ce soit incroyablement difficile pour moi d’accepter cela.

Pourquoi est-ce si difficile d’accepter cette description?

Mentionnons quelques raisons à cela :

a) On s’est habitué à cette condition depuis trop longtemps. Quatre à cinq générations se sont écoulées depuis que nos Eglises ont effectivement abandonné la christologie classique; depuis que l’on adopte, à la place de l’histoire du salut biblique,  la moralité de l’homme de bien et ses nobles actions.

Bien sûr, il y a toujours eu des parties confessantes, par exemple le Piétisme.

Mais, même là, on a souvent – sans  s’en rendre compte – contribué à cette évolution. Les chrétiens piétistes croyant à la Bible sont perdus quand il s’agit de répondre aux défis de la modernité. Pour se protéger, certains disent – à propos de l’agenda du « genre » par exemple :

« Seule ma relation avec Dieu est importante,  je ne veux pas me prononcer sur d’autres choses! »

«… piégés dans des cavernes … … cachés dans des cachots …»

      Esaïe n’aurait pas pu mieux décrire cette retraite impuissante à l’intérieur. L’individu chrétien ne peut pas être accusé puisqu’il entend rarement autre chose que ce sanctuaire de pieuse intériorité.

b) Il est trop douloureux d’admettre cette condition. Se pourrait-il que ce soit notre Eglise? 

« Non, cela ne doit pas être, nous devons voir cela comme positif! » C’est ainsi que s’expriment beaucoup de gens d’Eglise en utilisant le médicament du déni de la réalité. Quelque chose de grave se passe ici: la résignation devient partie intégrante de la culture de l’Eglise et par là un motif qui influence l’action.

c) Il me semble qu’Esaïe va encore plus loin avec son analyse pointue. Il devient encore plus radical: la cécité à la Parole de Dieu fait qu’on devient même aveugle quant à notre propre condition!

Comment se fait-il qu’on ne puisse plus voir à quel point l’état de l’Eglise est pathétique?

C’est simple: Parce qu’on a perdu la mesure de ce que l’Eglise pourrait être.

Quand on ne le sait plus, on devient aveugle. Par exemple, un pasteur de ma région m’a dit à quel point la fusion de deux paroisses était un grand succès,

parce qu’un seul culte a lieu  maintenant et que les paroissiens doivent faire moins d’effort.

Esaïe parle de pillage et de proie ici.

Oui, c’est comme ça – si vous voulez et pouvez le voir :

les voleurs sont actuellement euphoriques au travail!

Le sujet qui nous concerne tous aujourd’hui (le mariage pour tous) fournit le meilleur matériau d’illustration pour ceci:

le mariage entre mari et femme a toujours été par définition un concept théologique, religieux. Quand l’Etat a introduit le mariage civil au 19ème siècle, il n’a même pas songé à réinventer le mariage ; il a repris ce que la vision biblique-chrétienne de l’être humain considérait comme un mariage. Et cela non seulement pour le mariage, mais pour l’image de l’homme en général: l’être humain créé comme homme et femme, la naissance et la mort, la filiation, la parentalité, la parenté, etc.

Nous assistons maintenant à un changement de paradigme complet! D’autres esprits, des traditions de pensée laïques et païennes s’emparent de ces zones:ils réclament l’autorité de redéfinir tout cela! Les voleurs et les pillards sont euphoriques au travail!

Mais ça ne suffit pas. A l’Eglise – qui devrait présenter sa propre image de l’homme – une interdiction stricte de parole est accordée. Beaucoup de membres de notre Eglise, qui ont un esprit libéral, disent:

« Ce n’est pas si grave ! Nous pouvons encore faire beaucoup de bien dans notre monde.Nous sommes autorisés à modérer ce processus d’auto-dissolution. Si nous sommes à la pointe de la lutte contre les tabous, on nous accorde même des privilèges et une attention particulière ».

Beaucoup résisteraient avec véhémence à cette présentation, bien qu’ils se soient longtemps soumis à ce diktat. D’autres voient cela, mais ils manquent de force et d’autorité pour proclamer ici la Parole du Dieu vivant. Oui, la puissante proclamation de l’Evangile a l’effet d’un exorcisme en temps de confusion. 

Nous sommes tous témoins, de nos jours, de bouleversements de dimensions inimaginables: cela ressemble beaucoup à ce qui s’est passé dans les régimes totalitaires, lorsqu’on voyait et exploitait avec une « précision » démoniaque la faiblesse de l’Eglise.

Seule la clarté de la Parole de Dieu peut ici nous aider, une Parole prêchée par des serviteurs fidèles, une Parole qui exorcise en appelant dans la bonne direction une Eglise aveuglée et confuse!

3) L’aube se lève

Nous sommes profondément secoués lorsque cette parole d’Esaïe pénètre vraiment en nous. Mais la consolation qui y est cachée est encore plus profonde.La promesse qui se lève précisément au-dessus de l’Eglise humiliée et pillée est puissante, quand elle se regarde dans le miroir de la Parole de Dieu. 

« Qui a livré Jacob au ravage et Israël aux pillards?

N’est-ce pas l’Éternel, lui envers qui nous avons péché … lui dont on n’a pas voulu suivre les chemins? » [verset 24]

En tant que membres d’Eglise, nous nous sommes habitués à interpréter le déclin de l’Eglise par des moyens laïques:Nous avons utilisé la sociologie pour cela (individualisation croissante de la société). 

Nous avons recherché la consolation dans l’histoire culturelle (changement de valeurs, augmentation de la prospérité, mobilité).

L’histoire intellectuelle et la psychologie nous ont aussi fourni des raisons (le moi moderne se suffit à lui-même, la communauté est contraignante, etc.)

Oui, personne ne devrait se fermer à ces connaissances.Mais est-ce que cela suffit à tout expliquer et interpréter?

La disparition de l’Eglise de multitude peut être en partie expliquée de cette manière. Mais est-ce que cela suffit à expliquer l’émiettement des communautés de pratiquants et la disparition rapide de la connaissance de la Bible?

Seule la Parole de Dieu ouvre nos yeux sur l’ensemble du tableau concernant l’évolution de l’Eglise. Le prophète Esaïe ne propose pas ces explications laïques. Il dit seulement une chose ahurissante:

 « N’est-ce pas le SEIGNEUR contre lequel nous avons péché? »

Il porte notre regard sous la couverture de la misère spirituelle. Nous voyons là les abysses de l’état du peuple de Dieu: les racines de la pauvreté de l’Eglise, ce ne sont pas les aléas de l’histoire culturelle et intellectuelle. C’est l’Eglise elle-même qui récolte ce qu’elle a semé.

L’Eglise de notre temps refuse de se poser cette question. C’est compréhensible, car elle ne voudrait pas entendre la réponse. Pourtant la Bible, la Parole de Dieu, nous pose ces questions. Voilà pourquoi l’Eglise se réveille seulement lorsque la Bible est reçue dans son intégralité. Elle ne retrouve la vie que lorsqu’elle puise à nouveau l’eau des sources profondes, leur histoire et leur expérience d’au moins 3000 ans.

Oui, cela nous amène à l’aube: le discernement de notre véritable état. Regarder dans les yeux la vérité concernant notre situation nous conduit à la repentance et au retour vers le Seigneur et chef de l’Eglise. Oser croire que c’est uniquement grâce à LUI que SON église est reconstruite. Ce chemin dans les profondeurs est une grâce. Si cela est donné à l’Église, elle y expérimente la plénitude de la miséricorde divine.

4) L’Eglise sous la Parole de Dieu

Une phrase s’illumine au milieu de ce texte ; c’est le pivot de ce message sévère:

 «Le SEIGNEUR a pris plaisir, à cause de sa justice, à rendre la loi grande et magnifique.»[Verset 21]

Qu’est-ce que Dieu rend grande et magnifique? SON instruction. C’est le mot hébreu « Torah »qui est utilisé ici :

 les commandements de la Bible, les ordres de Dieu; ce que nous ne savons pas de nous-mêmes, ce que Dieu a révélé dans SA parole.

Il découle donc de la foi de l’Ancien Testament – et par conséquent aussi du Nouveau Testament – une toute nouvelle approche du monde et du travail quotidien: on peut garder ou enfreindre les commandements de Dieu; et les deux comportements ont des conséquences : bénédiction ou malédiction.

Même notre vie moderne est basée sur cette conviction de la foi chrétienne (quoique sous une forme laïque): nos actions ont des conséquences et l’irresponsabilité mène à la misère.

Maintenant, cette vision du monde moderne est en crise: nous voyons toujours que nos actions humaines ont des conséquences directes. Mais la foi en ce seul Dieu, qui tient toute chose dans SON ordre, a été perdue. Avec arrogance notre génération prétend inventer elle-même ses valeurs. Cependant, cette « grandiose » conscience de soi ne voit pas que c’est par là que toute la structure se brise.

Fait intéressant, les gens postmodernes pensent que derrière la nature il y a une loi éternelle à l’œuvre; que tu ne peux pas aller contre la nature tout le temps, sinon, elle ripostera brutalement un jour. Cette prise de conscience mène de nos jours à l’écologie: on discerne que, derrière la matière (ici la nature), il y a une loi invisible.

Par contre, en ce qui concerne les humains, l’existence d’une loi naturelle est souvent niée. Il y a pourtant aussi une écologie des humains. L’homme a aussi une nature qu’il doit respecter et qu’il ne doit pas manipuler. [Je dois le terme «écologie humaine» à Benoît XVI, qui l’a utilisé dans un contexte légèrement différent].

Comment se fait-il que les idéologies de genre se propagent si rapidement, aussi et surtout parmi des gens très engagés pour le droit de la nature et du monde animal? Pourtant, personne ne dirait: « Cet étalon est maintenant une jument, et ce taureau est maintenant une vache! » C’est une contradiction que beaucoup ne voient pas: on reconnaît un ordre éternel pour la nature, mais pour les humains chacun bricole ses valeurs.

Si les commandements de Dieu sont remplacés par des valeurs humaines, nous perdons notre sécurité et notre dignité. Ensuite, tout dépend de quelles valeurs et normes sont actuellement en vogue – les hauts et les bas peuvent arriver rapidement! Nous perdons donc également la confiance les uns dans les autres; parce que je ne sais plus quelles normes et valeurs mon prochain m’appliquera …!

La foi chrétienne nous enseigne l’unité de la réalité:

le même Dieu qui a donné à la nature ses lois nous donne aussi, à nous humains, des commandements et des valeurs. Le même Esprit qui a conçu et créé le monde est présent dans chaque culte rendu à Jésus-Christ.

L’invisible (Dieu) était là en premier, tout en est découlé. C’est pourquoi nous, les humains, ne fabriquons pas nos propres valeurs, nos commandements et nos normes. Nous les recevons d’en haut, de nulle part ailleurs :

«Le SEIGNEUR a pris plaisir… à rendre la loi grande et magnifique.»[V. 21]

La crise de l’Eglise est une crise de la confiance en Dieu:

le Dieu qui prêché  depuis les chaires protestantes n’est en grande partie plus le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, qui s’est révélé en Jésus-Christ.

Plus précisément: la crise de l’Eglise est le découragement de ses prédicateurs. Ce découragement recule devant l’étude vraiment approfondie de la Bible, parce que le prédicateur remarque très bien intuitivement:

« Si je me plonge dans son message pénétrant, je vais devoir prêcher ce qui dérange mon Eglise, ce qui me fait peur et ce qui prive également mes auditeurs de sommeil. »

C’est ici – au cœur de la théologie et de la prédication – que doivent prendre place notre conversion et notre repentance: 

« Je me démarque de mes propres dieux et des représentations de Dieu qui ne contiennent que quelques oligo-éléments chrétiens et je me tourne vers le seul et vrai Dieu, que les chérubins, dans la vision du temple d’Ésaïe (ch 6), proclament constamment « saint, saint, saint! » »

Je sais que bon nombre de ceux qui assistent fidèlement à nos cultes nous disent:

«Surtout, je veux avoir une relation cool avec Jésus,

 c’est la chose la plus importante, ça me rend heureux ! »

Mais maintenant, les choses cool sont hors de propos. Nous faisons face à des temps orageux où on ne nous demande pas si cela nous rend heureux. On nous demande d’être témoins de la vérité. Un prédicateur, un théologien doit dire la vérité : la vérité sur Dieu, la vérité sur Jésus-Christ, la vérité sur les commandements de la Bible, la vérité sur notre espérance; et la vérité sur ce que signifie la bénédiction et ce qui peut devenir une malédiction!

Oui, c’est vrai: en faisant cela, vous vous mettez en danger. Cela vous met en porte-à-faux avec les faiseurs d’opinion; et, après cela, ils rendront votre vie inconfortable.

Vous voulez cela ? En tant qu’Eglise, voulons-nous cela?

Celui qui suit Jésus le veut – il doit le vouloir – parce que la loyauté envers Jésus est plus importante pour lui que toute autre chose: parce que Jésus l’a fait, nous n’avons pas à avoir peur.

Ce passage choquant d’Esaïe 42 est loin d’être sans réconfort et sans espoir;

il est intégré entre ce que Dieu dit avant et après:

 «Je ferai marcher les aveugles sur un chemin inconnu d’eux…

 Je transformerai devant eux les ténèbres en lumière. »

(Ésaïe 42,16)

« … Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi! » (Esaïe 43,1)

Il est difficile de trouver une plus grande consolation dans la Bible. Un formidable message d’espoir est exprimé ici.

Si l’Eglise contemporaine n’avait à se plaindre que de petits bobos par ci par là, le salut dont nous aurions besoin serait également modeste. Mais maintenant nous sommes devant les ruines d’une maison détruite

 et devant les éclats de tableaux de valeurs cassés.

 Le Dieu Tout-Puissant nous appelle ici: « Tu es à moi! »

 Oui, ce qui nous est promis ici n’est rien de moins que la résurrection des morts. Ce qui est arrivé au Christ arrive aussi à SON Église : de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière.

 Que Dieu ait pitié de nous et qu’il nous donne une grande capacité de repentance !

AMEN

(lundi 21 octobre 2019, église Zurich-Hirzenbach)

 par le pasteur Willi Honegger, Bauma


“Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur du Christ.”

Cette prédication de Pierre Bader nous permet de prendre conscience que nous rapetissons souvent Jésus à notre mesure. En explorant la notion de « crainte de Dieu », il nous permet d’entrevoir sa grandeur et sa sainteté.

*.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.

Quand on parle de la crainte de Dieu, cela peut réveiller de mauvais souvenirs. Son usage dans certaines spiritualités ou Eglises a défiguré le visage de Dieu et a un peu traumatisé certains d’entre nous.

Et pourtant l’absence de crainte de Dieu est une erreur toute aussi fondamentale. A plusieurs reprises, la Bible dit 

La crainte de l’Eternel est le commencement de la sagesse.”  Psaume 111.10 ou Proverbes 9.10

 Commençons par savoir de quoi nous parlons

Nous opposons facilement “la crainte de Dieu” style très Ancien Testament (foudre, tonnerre, guerres et morts, etc..) à l’amour de Jésus dans le Nouveau Testament (« comme il est mignon le petit Jésus dans sa crèche! »).

Mais nous faisons une erreur théologique et historique: le “petit Jésus” trône au ciel aujourd’hui.

Dans l’Apocalypse, Jean décrit sa rencontre avec Jésus: il entend “une puissante voix telle une trompette” puis “une voix comme la voix des océans”. Il voit quelqu’un qui ressemble à un homme mais dont les yeux sont comme une flamme ardente, dont le visage resplendit comme le soleil avec une épée qui sort de sa bouche.

La vue du “petit Jésus” fait tomber Jean dans la sidération, une des réactions psychologiques et physiologiques à un danger mortel! (Apocalypse 1.9-20)

Il est vrai que le Nouveau Testament fait un usage restreint de l’expression « crainte de Dieu ». Cependant, c’est ce sentiment qui habite les disciples lorsque Jésus démontre par un miracle la présence et l’action de Dieu.

Dans cette relation avec Dieu, la crainte est équilibrée par la confiance. À maintes reprises, quand Dieu se manifeste à un individu, il l’invite à ne pas avoir peur. Il y a là une tension: quand Dieu se manifeste, une crainte apparaît; cependant l’appel à ne pas avoir peur est une invitation à s’approcher et plutôt qu’à fuir cette Présence. 

On entre à genoux dans le lieu très saint

Les sacrificateurs savaient que le grand sacrificateur mourrait instantanément s’il se trouvait sans protection en présence de la gloire de Dieu.

Une tradition nous rapporte que, lorsqu’il allait derrière le voile du lieu très saint, il fallait qu’il y ait assez de fumée pour tout cacher: ne pas voir le Seigneur et ne pas être vu de lui était une sécurité supplémentaire.

Quand Pierre expérimente la pêche miraculeuse, au lieu de se réjouir, il n’en mène pas large : « Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus et dit : «Seigneur, éloigne-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur.» En effet, lui et tous ceux qui étaient avec lui étaient remplis de frayeur à cause de la pêche qu’ils avaient faite.  Il en allait de même pour Jacques et Jean, les fils de Zébédée, les associés de Simon.” Luc 5, 8-10

Jésus ne va pas le rassurer pour le débarrasser de sa crainte de Dieu mais pour lui permettre d’entrer dans sa destinée:  Jésus dit à Simon : «N’aie pas peur, désormais tu seras pêcheur d’hommes.»  Alors ils ramenèrent les barques à terre, laissèrent tout et le suivirent.” Luc 5, 10-11

Nous ne pouvons entrer dans la présence de Dieu que grâce à la croix

Jésus est celui qui nous ouvre la chemin vers le Père; son sacrifice seul nous permet de nous tenir dans la présence de Dieu. 

En ce sens, la croix n’est pas l’antidote à la crainte de Dieu, comme si la grâce venait contrecarrer cette crainte. 

Non, la croix permet de se présenter devant notre Seigneur: elle n’est pas la fin de cette révérence de sa Majesté.

Au jour du jugement, nous serons tellement heureux de porter le vêtement de sa grâce qui couvrira ce que nous n’oserons pas montrer devant la gloire de Dieu.

Dans l’Ancien Testament, la notion de “gloire  » correspond à un mot hébreu qui désigne une réalité qui a du poids. Quand le Seigneur apparait, le poids extraordinaire de sa Présence est expérimenté par les humains et c’est bien ainsi!

Pourquoi la crainte de Dieu est-elle si nécessaire aujourd’hui? 

Si il fut une époque où la crainte de Dieu servait surtout à tenir les gens sous la coupe de l’Eglise ou du roi, aujourd’hui, tout a bien changé. Personnellement, la crainte des autorités se rappelle à moi surtout quand je vois un flash sur l’autoroute!

 Pourtant j’aimerais vous dire pourquoi la crainte de Dieu est tellement nécessaire aujourd’hui.

1. La crainte de Dieu parce que Dieu est Dieu

Vous vous rappelez l’image du buisson ardent. Le feu de cet arbuste est évidemment l’image de Dieu lui-même. Dieu est un feu dévorant (cf. Hébreux 12.29) et on ne joue pas avec le feu!

Mais quelle sorte de feu ? Un feu de colère, de punition, de destruction, de vengeance ? 

Non, la colère de Dieu a été “solutionnée” par le sacrifice de Jésus. Il n’y a plus de colère de Dieu pour ceux qui sont en Christ. Dans le feu du buisson ardent, c’est la passion de son Amour qui brûle. Ce qui nous pousse à la crainte de Dieu, ce n’est pas sa colère mais sa bonté et son pardon.

Mais le pardon se trouve auprès de toi afin qu’on te craigne” Psaume 130.4

2. La crainte de Dieu parce qu’elle est l’antidote à la crainte des hommes

Paul écrit aux Galates, qu’il est en train de confronter avec courage:  Car, maintenant, est-ce que je cherche la faveur des hommes ou celle de Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ?” Galates 1.10

C’est une des question constantes dans ma vie: pourquoi est-ce que je choisis cette solution plutôt que celle-là? pourquoi ce choix théologique plutôt que celui-ci? 

Je crois aussi qu’il y a une question d’ambiance spirituelle. Excusez ce vocabulaire, j’essaye de définir ainsi une réalité culturelle en même temps que spirituelle qui affecte nos valeurs et nos comportements. Je devrais d’abord dire “mes valeurs et mes comportements » !

Je me souviens de cette amie qui voyage dans la monde entier. Elle me disait “j’annonce Jésus sans honte et sans peur dans le monde. Quand je reviens en Suisse, il y a une crainte des hommes en moi! Et pourtant je reste la même.”

Je crois que l’Eglise réformée a les défauts de ses qualités: si elle sait être très attentive aux humains, à la culture et à la société, le revers de cette médaille est la crainte des hommes qui l’habite tellement. Ce souci incapacitant d’être accepté influence énormément nos choix notamment éthiques. J’ai souvent l’impression que cette peur des humains est la source de beaucoup de nos décisions, bien plus qu’une lecture attentive de la Bible.

Dans l’Apocalypse, il y a 2 grandes menaces sur le peuple de Dieu: la persécution et la séduction 

Si les chrétiens de nombreux pays subissent la persécution, dans notre société occidentale, c’est bien plutôt la séduction qui est à l’œuvre : notre accès constant aux médias nous rend particulièrement influencés par les courants de pensée actuels. Difficile à partir de là de se démarquer et d’oser une pensée chrétienne différente.

Face à ce choix entre l’approbation des hommes ou celle de Dieu, Paul est radical:

Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur du Christ. 

C’est exclusif et cela nécessite donc de notre part un choix clair.

La radicalité de l’Évangile

L’Évangile ne se laisse pas maîtriser ou dompter. On ne peut pas récupérer Jésus dans nos systèmes. Nous avons tous “choisi” une théologie: pourquoi celle-là plus qu’une autre ? En fait seul Jésus est la “bonne théologie”. L’appel de Jésus est dérangeant; lorsqu’il ne l’est plus, il y a fort à parier qu’il ne s’agit alors plus tellement de l’Évangile mais beaucoup de nos théologies  !

Cette radicalité ne peut cependant jamais être une excuse pour notre manque d’amour ou de sagesse. 

3. La crainte de Dieu pour nous défier d’aller jusqu’au bout.

Nous connaissons tous ces obéissances partielles et ces compromis dont nous nous accommodons.Cela ne signifie pas que notre obéissance sera parfaite, sinon nous n’aurions plus besoin de Jésus; mais il s’agit d’aller jusqu’au bout de nos obéissances.

Il y a ces traits de caractère que nous tolérons en nous et dont nous savons pourtant qu’ils n’honorent pas Dieu et ne servent pas à aimer les humains.

Paul dira ailleurs : Ayant donc de telles promesses, bien-aimés, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, en achevant notre sanctification dans la crainte de Dieu”. 2 Corinthiens 7.1

La crainte de Dieu nous aide à être conséquents.

Nous pouvons renverser ces ambiances et ces forteresses spirituelles en répondant clairement à la question que Paul pose :

“Est-ce que je cherche la faveur des hommes ou celle de Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ?

Parce que la conséquence est radicale: 

Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur du Christ.

Prédication faite à Corsier-sur-Vevey en novembre 2019 par Pierre Bader. D’autres prédications sont disponibles sur le site de la paroisse de Corseaux-Corsier : https://corsiercorseaux.eerv.ch

Après la décision de la FEPS

– Nous déplorons la décision de l’Assemblée des délégués de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS ): « approuver l’ouverture du mariage aux couples de même sexe au plan civil ». (Lire ici)

Elle bouleverse toute la compréhension chrétienne du mariage : un homme et une femme unis par Dieu (Mt 19,4).

– Nous constatons avec reconnaissance que plus de 6’200 paroissien-ne-s des Eglises réformées de toute la Suisse ont accepté de signer notre « lettre ouverte à l’assemblée des délégués de la FEPS» et appelé les délégués à « renoncer à se prononcer en faveur d’une célébration d’un mariage religieux pour un couple de même sexe ». 

– Nous sommes heureux d’avoir pu collaborer par-dessus les frontières linguistiques de notre pays, tant pour la « lettre ouverte » que pour la « déclaration sur le mariage pour tous dans l’Eglise ». Cette dernière a recueilli la signature de plus de 200 pasteur-e-s et théologien-ne-s. Cette collaboration nous semble prometteuse pour l’avenir.

-Nous sommes préoccupés par les conséquences spirituelles de cette décision de la FEPS. Elle met à mal l’unité interne de notre Église et les relations avec la grande majorité des autres Églises. Elle risque aussi d’accélérer encore l’effritement de notre Eglise et de saper son autorité spirituelle : « Si j’en étais encore à vouloir plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur du Christ » (Galates 1,10).

– Comme les débats vont se poursuivre (au Parlement pour ce qui concerne le « mariage civil » et dans les Synodes cantonaux pour la cérémonie religieuse), nous vous remercions d’avance pour votre soutien fraternel et spirituel et pour tout ce que vous pourrez entreprendre pour rappeler le vrai sens du mariage.

Pour le R3 :  Cathy Grobéty Martin Hoegger Gérard Pella Philippe Rochat

Déclaration sur le «mariage pour tous» dans l’Eglise

Le 21 octobre 2019, à Zurich, une soixantaine de pasteur-e-s et de théologiens ont signé une déclaration concernant le « mariage pour tous » dans l’Eglise. Deux semaines plus tard, ils étaient plus de 200. A la différence de la « lettre ouverte » qui peut être signée par tous les paroissiens réformés, cette déclaration veut montrer que bon nombre de théologiens et de pasteur-e-s sont consternés par les prises de position des instances dirigeantes de la FEPS (Fédération des Eglises protestantes de Suisse).

Pour signer cette déclaration, cliquez ici
Pour la version en allemand (original) et en français, vous pouvez cliquez sur ce lien :Mt194
Pour une présentation (en allemand) du débat autour de la bénédiction du mariage pour tous, cliquez ici

Pour le revue de presse sur cette déclaration (en français et en allemand), cliquez ici

Voici la version française de cette déclaration :

« N‘avez-vous pas lu…? » ( Mt 19, 4)

Déclaration sur le «mariage pour tous» dans l’Eglise

L’Évangile nous est fondamentalement attesté par la parole des apôtres et des prophètes dans les saintes Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testaments.        Concorde de Leuenberg, 1973
C’est à l’écoute de la Parole de Dieu de l’Ancien et du Nouveau Testament, dans la connais- sance de nos limites et en étant prêts à nous laisser corriger par le témoignage de l’Ecriture Sainte de l’Ancien et du Nouveau Testament et par des motifs de la raison, que nous signons cette déclaration, parce que nous n’acceptons pas la démarche et les déclarations des instances dirigeantes de nos Eglises dans le cadre de la discussion ecclésiale sur le « mariage pour tous ».
1. Rupture radicale. La proposition du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) et des Conseils de différentes Eglises cantonales d’introduire un mariage religieux aussi pour des couples de même sexe est en rupture radicale avec la tradition judéo-chrétienne et avec les confessions chrétiennes en tous temps et en tous lieux.
2. L’Eglise se place au-dessus de l’Ecriture. Lorsque la base d’une telle décision n’est pas l’Ecriture sainte, on quitte le fondement de la théologie chrétienne. Il faut que l’Eglise reste en-dessous de l’Ecriture et non au-dessus. Elle perd sa légitimité lorsqu’elle ne base pas ses décisions sur l’Ecriture.
3. L’opinion publique n’est pas remise en question. Lorsque l’Eglise n’est plus à l’écoute obéissante de la Parole de Dieu, ce sont les changements de l’opinion publique ainsi que les décisions et les définitions de l’Etat qui déterminent les décisions ecclésiastiques sans aucune remise en question. Or, la volonté créatrice de Dieu ne peut en aucun cas être déduite de l’opinion publique. Un courant social dominant ne peut pas servir de cadre d’interprétation des Ecritures.
3. Plus aucune discussion théologique. Au lieu d’une véritable discussion théologique sur différents avis, on voit apparaître un comportement de plus en plus absolu chez ceux qui aimeraient établir un « mariage pour tous » ecclésial.
Dans l’obéissance à Jésus-Christ et en accord avec nos engagements de consécration, lesquels nous réfèrent aux bases de l’Ecriture Sainte de l’Ancien et du Nouveau Testament dans notre responsabilité théologique et éthique, nous faisons observer :
1.  Les décisions doivent avoir des fondements bibliques et théologiques. Les instances dirigeantes de la FEPS et des Eglises cantonales ont le devoir de prendre leurs décisions sur des fondements bibliques et théologiques. Lorsqu’elles suivent l’opinion publique sans tenir compte de ces fondements, nous ne pouvons accepter leurs décisions.
2. La compréhension chrétienne du mariage. Voici ce qui est déterminant – à nos yeux – pour une compréhension chrétienne du mariage, laquelle ne doit pas forcément être conforme à la compréhension mondaine du mariage :
– L’homme et la femme se complètent l’un l‘autre dans l’altérité sexuelle. Cette base formulée dans Genèse 1 et 2 est confirmée par Jésus-Christ lui-même comme alliance du mariage (Mt 19, 4-6; Mc 10, 6-9): « N’avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, fit l’homme et la femme et qu’il dit : ‹ C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair › ? » Ce n’est que dans le cadre de cette complémentarité que la transmission de la vie est possible. La bénédiction de la création (Ge 1,28), sur laquelle est basée la bénédiction du mariage, contient l’aspect de la réception de la vie et de la transmission de la vie comme don de Dieu. La sainteté de la vie humaine est donc une base essentielle qui fonde la protection et la bénédiction particulières du mariage entre un homme et une femme.
– L’état de chute de la création entière (Ro 5, 12–21; 8, 18–25). En ce qui concerne leurs relations avec Dieu, avec leur prochain et avec eux-mêmes (y compris leur propre sexualité), tous les humains sont dans un rapport brisé quant à la volonté créatrice de Dieu. Cet état nous empêche d’identifier immédiatement la volonté originelle de Dieu avec ce que nous constatons dans la nature. Cet état de chute fait partie de notre monde et ne peut pas être complètement vaincu ou guéri dans cette vie. A cause de cela, la vie chrétienne est toujours en tension entre notre propre brisement et l’écoute de la Parole de Dieu ; la vie ne comprend donc pas seulement épanouissement et bonheur, mais aussi tentation et renoncement.
– L’analogie du mariage entre un homme et une femme et de l’union entre Christ et son Eglise – c.à.d. l’attente que l’état de chute de la création soit surmonté (Eph 5, 31 et ss.; Ap 21, 9–14). Le mariage entre un homme et une femme illustre de façon particulière le rapport entre Christ et son Eglise. Dans cette relation aussi, la transmission de la vie est centrale, car Christ est la source de la vie (Jn 4,14 ; Ap 21,6). L’analogie du mariage et de l’union entre Christ et son Eglise débouche dans le Nouveau Testament sur l’espérance en une nouvelle création, dans laquelle l’état de chute de la création sera surmonté.
3. Bénir sans l’ordre de Dieu, c’est abuser de son nom. Un acte de bénédiction ne peut pas être autre chose que l’affirmation de l’engagement de Dieu. Il est donc lié, en ce qui concerne son occasion et sa situation, au commandement divin. Par conséquent, l’Eglise ne peut disposer de la bénédiction de Dieu comme bon lui semble. Bien plus, une bénédiction sans l’ordre de Dieu n’est pas une bénédiction, mais un abus du nom de Dieu, ce dont l’Ecriture nous avertit : « Tu ne prendras pas le nom du Seigneur, ton Dieu, en vain ; car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui prendra son nom en vain » (Ex. 20,7).
4. L’Eglise a un rôle prophétique de veilleur. L‘Eglise est exhortée à rechercher la paix avec tous (voir Ro 12, 18-21). Les évolutions de l’Etat et de la société ne sont pas à refuser systématiquement, mais peuvent être intégrées si elles ne s’opposent pas aux commandements de Dieu (voir Ro 13, 1-6). Toutefois l’Eglise a le devoir d’examiner les évolutions de manière critique à la lumière de l’Ecriture et d’assumer son rôle prophétique de veilleur dans l’Etat et la société.
Conclusion : Nous demandons une discussion ouverte dans l’Eglise, en recherchant l’unité. Nous revendiquons la liberté de conscience pour toutes les personnes actives dans l’Eglise. Ces questions ne doivent pas devenir un critère d’admission pour le ministère pastoral dans les Eglises réformées. Même si, par les déclarations de la FEPS et des Eglises cantonales sur le « mariage pour tous », la pression à agir contre notre conscience et nos convictions théologiques augmentait, en toute humilité et par obéissance à Jésus-Christ, nous ne serons pas disponibles pour des actes ecclésiastiques qui ne sont pas clairement fondés sur l’Ecriture et nous témoignerons résolument par l’annonce de la Parole biblique.
Octobre 2019

Lettre ouverte à l’Assemblée des délégués de la Fédération des Eglises protestantes suisses

Plus de 6 000 réformés ont adressé une lettre ouverte aux membres de la Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS) contre le mariage à l’église de couples du même sexe. 218 pasteurs se sont également déclarés contre le changement de pratique de l’Eglise.

La «lettre ouverte » a été remise au président de l’Assemblée des délégués de la FEPS, Pierre de Salis, le 4 novembre. Cette lettre a été lancée par le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) en Romandie et diffusée en trois langues début octobre de manière informelle.

La lettre a reçu une réponse positive: 6230 personnes des paroisses réformées (plus de 4 300 de Suisse alémanique) l’ont signée. Il y a également 2200 signataires d’autres Eglises, totalisant environ 8 500 personnes.

En voici le contenu :

Mesdames et Messieurs les délégué-e-s,

Vous serez amenés à prendre position sur le « mariage pour tous » lors de votre Assemblée des 4 et 5 novembre 2019. Permettez-nous de vous exprimer nos convictions à ce sujet !

Nous croyons que Jésus-Christ nous appelle à accueillir chaque personne – quelle que soit son orientation sexuelle. Nous croyons aussi qu’il nous appelle à renoncer à tout jugement à l’égard des personnes. Beaucoup de personnes qui ont une orientation LGBT ont été blessées par le jugement de certains chrétiens et nous le regrettons profondément.

Par contre, nous ne pouvons cautionner le mariage entre deux partenaires de même sexe. Il nous semble en désaccord profond avec la révélation biblique.

A la suite du livre de la Genèse, Jésus réaffirme cette vérité fondamentale : le couple humain est constitué d’un homme et d’une femme : « N‘avez-vous pas lu ce que déclare l’Écriture : Au commencement, le Créateur les fit homme et femme » ? (Mt 19,4)

Pour l’apôtre Paul, l’union entre un homme et une femme symbolise même « le grand mystère » de l’union entre le Christ et l’Église (Éphésiens 5,32).

De plus, pour qu’un enfant grandisse dans de bonnes conditions, nous croyons qu’il a besoin d’un père et d’une mère. Ce besoin essentiel doit être respecté.

Au moment où se forme l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), nous rappelons le souci pour l’unité de nos pères et mères de la Réforme : « Nous n‘approuvons que ce qui contribue à établir la concorde et est propre à l‘entretenir ». (Confessio Gallicana, 1559, Article 33). Que votre décision ne blesse pas une partie importante du Corps du Christ !

En conséquence, nous vous demandons – humblement et solennellement – de renoncer à vous prononcer en fa- veur d’une célébration d’un mariage religieux pour un couple de même sexe.

Nous espérons que vous comprendrez que nous ne sommes pas opposés aux personnes qui ont une orientation homosexuelle mais, dans la fidélité à Jésus-Christ, nous ne pouvons légitimer leur mariage. Une Église qui se prononce ouvertement contre l’enseignement du Christ perd son autorité spirituelle et précipite son effritement. Elle se distancie en outre des autres Eglises chrétiennes.

Veuillez agréer, Mesdames, Messieurs, nos respectueuses salutations

Franziska Bader, Cathy Grobéty, Monika Lehmann, Annette Walder, Olivier Bader, Luc Badoux, Martin Hoegger, Hansruedi Lehmann, Gérard Pella, Philippe Rochat, Cleto Rosetti, Peter Schmid, Paul Schorer, Hansurs Walder

Vous pouvez télécharger cette lettre et ajouter – jusqu’au 31 octobre – votre signature et celle de vos proches (ce sera très précieux!) en cliquant sur ce lien : Lettre-Ouverte

La future Eglise suisse sera-t-elle un rouleau compresseur ?

Il suffit de mettre côte à côte le blog de Jean-Marc Tétaz et le mien (sur le site réformés.ch) pour se rendre compte qu’il y a des avis profondément différents sur la délicate question du « mariage pour tous » (Société) et de la bénédiction de ces unions (Eglise). Jean-Marc et moi ne sommes pas des exceptions : cette tension traverse toute l’Eglise réformée (sans parler de l’Eglise anglicane, mennonite ou méthodiste). Elle est clairement reconnue par le Conseil de la Fédération des Eglises protestantes suisses (FEPS) dans le document qui prépare l’Assemblée des délégués des 4-5 novembre 2019 : « Le Conseil est conscient que la pluralité des opinions sur l’homosexualité et des approches des textes bibliques fait partie de l’Église réformée » (p.3).

En « pressant » l’Assemblée de prendre position sur ces questions, le Conseil propose une démarche démocratique : la majorité décidera1.
Le problème, c’est qu’il n’est pas question ici de budget, d’organisation ou de planification mais de convictions théologiques. Par le moyen d’un vote démocratique, certaines convictions vont donc s’imposer au détriment d’autres convictions, en procédant comme un rouleau compresseur : écraser pour aplanir les différences ! Cette regrettable situation suscite en moi plusieurs questions.

Y a-t-il une réelle urgence ?

Qu’est-ce qui motive le Conseil de la FEPS à avancer si rapidement ? Qui a vraiment besoin que toute l’Eglise réformée suisse propose une bénédiction de mariage pour couples de même sexe ? Une infime minorité !
Selon les statistiques officielles de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, il y a eu – pour tout le canton – une demande de bénédiction en 2013, deux en 2014, trois en 2015, une en 2016 et une en 2017. Plutôt que de mettre toute l’Eglise sous pression pour changer sa définition du mariage et ses rites, plutôt que de demander à l’Eglise tout entière d’entrer en choc frontal avec les textes bibliques, n’y a-t-il pas d’autres façons de répondre aux besoins des couples de même sexe ?

Par ailleurs, n’y a-t-il pas une autre façon de prendre des décisions ?

Fort d’une longue expérience de dialogue entre Eglises très différentes, le Conseil oecuménique des Eglises (COE) a adopté le modèle de décision par consensus : « Majoritaires parmi les membres fondateurs du COE, les Eglises protestantes avaient introduit leur manière de prendre des décisions, marquée par l’influence du parlementarisme politique. Dans l’esprit des gens, un synode protestant est en effet assimilé à un parlement, où les décisions sont prises par un vote majoritaire. Ainsi en allait-il également dans les diverses assemblées du COE.

Mais avec l’élargissement du COE aux différentes Eglises orthodoxes dans les années 60 et aux Eglises du Sud, de plus en plus de voix s’élevèrent à l’encontre de cette procédure, qui est étrangère à la manière de faire de beaucoup d’Eglises. En effet, il est difficile de demander à des orthodoxes de voter sur des questions théologiques et éthiques, et les nouvelles Eglises du Sud ont une culture plus proche du consensus que de la méthode parlementaire.

L’introduction de cette méthode est un fruit du travail de la commission spéciale réunissant les orthodoxes et les autres Eglises du COE. Commission qui a été mise en place pour répondre à la crise de la participation orthodoxe, qui menaçait de quitter le COE lors de la dernière assemblée du COE à Harare en 1998. « Elle est la réussite la plus importante de la Commission spéciale », a dit le président du COE à Porto

Alegre. » (Martin Hoegger, « Le modèle du consensus : un changement institutionnel significatif » , www.ler3.ch).
La prise de décision par consensus ne signifie pas que tout le monde doit penser la même chose mais elle permet une lente maturation à l’écoute des autres et à la recherche de la volonté de Dieu.

Pour éviter de se muer en rouleau compresseur qui écrase toute autre conviction, l’Assemblée des délégués de la FEPS a une magnifique occasion de résister à la pression de son Conseil !

Gérard Pella

1 Voir l’interview de Sabine Braendlin sur le site réformés.ch, le 20 août 2019 : « Notre Eglise est prête à prendre une décision »; voir aussi, sur le même site, l’article d’Anne-Sylvie Sprenger,
« Coup de pression pour les délégués de l’Église réformée » du 8 octobre 2019.

Du Forum évangélique réformé au Rassemblement pour un renouveau réformé

Une Assemblée générale du R3

Lorsque le « Landeskirchen Forum », (LKF) a été fondé, sa branche romande a été appelée Forum évangélique réformé (FER). Son but était défini ainsi : « Le FER s’efforce de vivre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ dans le contexte des structures des Églises Évangéliques Réformées, de la transmettre de manière réfléchie par son réseau et ainsi d’en imprégner la société »

Des romands ont participé dès la première rencontre du LKF en juin 2006, à Berne.

A cette occasion, une des oratrices, SŒUR ELISABETH (de la communauté des diaconesses de Saint Loup) a posé cette autre question : « le Saint-Esprit suscite-t-il le Forum évangélique réformé pour que les Églises réformées puissent répondre à nouveau à la question de Jésus : « quand le Fils de l’homme reviendra, trouvera-t-il la foi sur terre » ? Le premier mandat de l’Église n’est-il pas de maintenir et de transmettre la Foi, sans rien en perdre, sans rien en cacher ? »

Lire la suite

Bible et homosexualité : comment interpréter ?

Sur la question de l’homosexualité, force est de constater qu’il y a des lectures de la Bible divergentes dans les Églises réformées. Les prises de position du président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) en faveur du « mariage pour tous », ainsi que celles du Conseil de la FEPS, au mois d’août 2019, ont relancé le débat.

Cela pose la question de l’interprétation des Ecritures : « Qu’est-il écrit ? Comment lis-tu ? », demandait Jésus au légiste. (Luc 10,26). Au sujet du mariage, Jésus a posé cette autre question: « N’avez-vous pas lu qu’au commencement le Créateur les fit homme et femme » (Mat 19,4). La « Déclaration sur le mariage pour tous en Eglise » qui a protesté contre les positions de la FEPS a repris cette question, ainsi que la « Lettre ouverte à l’assemblée des délégués de la FEPS« , sur le même sujet.

Ces questions restent très pertinentes  et ce dossier de Martin Hoegger nous aidera à y voir plus clair.

Que disent donc les Ecritures sur cette question ? Une interprétation des textes bibliques controversés est nécessaire. C’est ce que cet article propose de faire.

Voici quelques points exégétiques et de théologie biblique qui doivent, à mon sens, être approfondis :

– La différence sexuelle voulue par le Créateur, affirmée par la Genèse et reprise par Jésus est-elle une structure radicale de l’être humain ? L’affirmation de Paul que cette caractéristique fondamentale est niée dans l’acte homosexuel est-elle encore pertinente (Rom1) ?

– L’interdit de l’acte homosexuel dans le Lévitique (18,22) garde-t-il une valeur permanente ?

– Quel poids accorder aux lois morales de l’Ancien Testament ? Quelle distinction opérer avec les autres lois cultuelles et de pureté abolies par le Christ ? Quelle relation entre l’Ancien et le Nouveau Testament dans le domaine moral ?

– Quel est le sens de l’éthique du Royaume promulguée par Jésus ? Comment comprendre l’articulation entre la loi et la grâce ?

– Comment comprendre le fait que Jésus n’ait jamais abordé le thème de l’homosexualité ? Est-ce que cela implique qu’il l’approuve ? Aurait-il eu un autre avis sur ce thème que les rabbins de son époque, alors qu’il réaffirme l’interdit de l’adultère (en le radicalisant et en l’intériorisant), tout en manifestant une immense miséricorde envers les adultérins ?

 Lire l’étude ici

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION
1. Préambule : les Ecritures et les autres sources d’autorité
1.1 Questions de méthode.

2. Dans l’Ancien Testament.
2.1 Dans les récits
2.1.1 Genèse 19 et Juges 19
2.1.2 Jonathan et David : I Sam 18,1-5
2.2 Dans les textes législatifs : le Lévitique (18,22 ; 20,13)

3. Dans le Nouveau Testament
3.1 Les évangiles
3.1.1 « Le disciple bien-aimé ».
3.1.2 « Dès l’origine de la création ».
3.1.3 La question de l’altérité
3.1.4 La loi et la miséricorde
3.1.5 Accueillir au nom du Christ…

3.2 Les textes pauliniens
3.2.1 1 Corinthiens 6.9
3.2.2 1 Timothée 1.10
3.2.3 Romains 1,18-32
3.2.4 Une théologie de la création
3.2.5 Soleil d’un monde nouveau
3.3 Qu’est-ce que l’homosexualité pour Paul ?
3.4 La symbolique conjugale

CONCLUSION : QUE DIT LA BIBLE SUR L’HOMOSEXUALITÉ ?

* Pasteur de L’Église réformée du Canton de Vaud, Martin Hoegger est co-président de l’assemblée du R3. Il exerce son ministère dans la communauté de Saint Loup et collabore au projet « Jésus Célébration 2033 ». Il voue aussi une partie de son temps à l’accompagnement spirituel d’artistes.

Son site internet:http://www.hoegger.org

Nous aspirons à la paix, mais…

Prédication d’Olivier Bader.

Nous aspirons à la paix, mais… Nous aspirons tous à vivre en paix avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu.

Il y a des exceptions pathologiques : des personnes qui sont psychologiquement construites de sorte qu’elles recherchent le conflit et qu’elles vivent du conflit…

Ce matin, en traitant du dialogue, c’est surtout de la relation aux autres que j’aimerais parler. 

Mais on pourrait parler de notre relation à nous-mêmes ou à Dieu… Les choses sont liées. Si je ne suis pas en paix avec moi-même, irritable, blessé, sous tension… je serai plus exposé au conflit. Soit, parce que je suis plus vulnérable, soit parce que je deviens déclencheur de conflits…

Et si je suis en froid avec Dieu, comment recevoir cette paix intérieure qui donne des forces, qui permet le pardon ?

Nous aspirons tous à la paix, mais nous peinons à vivre harmonieusement avec les autres. C’est une donnée élémentaire de notre humanité.

Paul : « 19 En effet, le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le fais. 20 Si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est pas moi qui agis, mais c’est le péché qui habite en moi.» Rm 7,19-20

Dans mon ministère, je suis attristé de voir comment les conflits se développent si facilement dans nos relations familiales, professionnelles, et aussi en Eglise !

Ce matin, je ne ferai pas un cours sur les conflits, leurs causes, leurs mécanismes, et moyens de résolution… Je veux simplement parler brièvement de l’origine des conflits et de nos réactions spontanées.

Mais je développerai surtout les appels au dialogue lancés par Jésus et par l’apôtre Paul.

La naissance des conflits

Nous venons de poser ce constat : les conflits ou les situations tendues font partie de la vie quotidienne. 

Ils sont ordinaires, car ils sont liés à nos personnes, à notre manière de communiquer, à notre capacité d’écouter et de comprendre ; ils sont aussi tout simplement liés aux circonstances…

Au départ, il s’agit souvent d’un quiproquo, d’une mésentente, d’intérêts divergents, d’un incident…

Malheureusement, nous avons l’art de transformer des situations insignifiantes en conflits qui peuvent être destructeurs et pleins d’injustice… 

 Pourquoi cette escalade ? Pourquoi une simple « peccadille » devient un « péché » ? Parce que c’est la même racine, même racine latine, et même racine humaine…

La peccadille vient effectivement de peccare, la racine du mot péché. Un peccadillo en espagnol c’est un petit péché…

De même, un petit problème, une mésentente, peut susciter un gros conflit, une crise… 

 

Comment cela se fait-il ?
L’apôtre Paul nous donne une piste de compréhension. Quand Paul dénonce l’usage des tribunaux par les chrétiens, il dit ceci :

« 7 En tout cas, pour vous, c’est déjà un échec d’avoir des procès entre vous ! Pourquoi est-ce que vous ne préférez pas supporter l’injustice ? Pourquoi est-ce que vous ne laissez pas plutôt les autres vous voler/dépouiller? 8 Au contraire, c’est vous qui êtes injustes, c’est vous qui volez/dépouillez les autres ! Et ces autres sont vos frères et sœurs chrétiens ! » 1Co 6 

– Nous ne supportons pas l’injustice…

– Nous ne supportons pas d’être dépouillés.

– Nous tenons à faire valoir nos droits.

– Nous sommes prompt-e-s à défendre nos biens, notre propriété et nos intérêts… 

Ce sont des réflexes de défense, de survie des plus humains, primaires.

C’est une attitude habillée du vêtement bien noble de la justice… « J’ai droit à…, je suis chez moi…, je suis dans mon bon droit »

Cette attitude défensive est perverse :

  • Elle nous aveugle, elle nous centre sur nous-mêmes et ne nous permet pas de considérer l’autre dans son besoin, ses intérêts, voire sa souffrance… On devient très vite intolérant quand on est concerné.
  • Cette attitude nous pousse à nous donner les moyens de défendre nos droits et nous entraîne à nous référer à la loi, au détriment du dialogue. Si mon vis-à-vis est lui aussi convaincu d’être dans son bon droit, cela peut nous conduire devant les tribunaux…

La loi n’est pas mauvaise en soi. Mais elle est aussi dure et froide qu’une pierre tombale.

Nous, êtres humains, sommes sensibles, avec un cœur et ses émotions…

L’apôtre Paul parle précisément d’une émotion que l’on éprouve dans un conflit :

1)Ephésiens 4,25-26 : A l’écoute de soi

25 Alors ne mentez plus. Chacun doit dire la vérité à son prochain, parce que tous ensemble, nous faisons partie d’un même corps. 26 Quand vous vous mettez en colère, ne commettez pas de péché. Votre colère doit cesser avant le coucher du soleil. 

  • Dire la vérité, car nous formons un corps (l’Eglise, mais l’humanité est aussi un corps). Dire la vérité, c’est vivre dans des rapports transparents, c’est prévenir les conflits.
  • La colère est l’expression d’un mal être, d’une frustration, d’une injustice, d’une blessure… La colère n’est pas dénoncée comme un mal. C’est un sentiment légitime et même sain, comme un signal d’alarme… 
  • Cependant, la colère peut donner naissance à la violence, donc au péché…  D’où cet appel solennel à la maîtrise de soi !
  • Il y a même une limite temporelle. Gérer les conflits sans délai ! Ne les laissons pas dégénérer ou s’éterniser. On se sent tellement mieux, quand les choses sont dites et réglées…

La résolution des conflits commence par une écoute de soi, des sentiments qui révèlent un mal être, donc un problème. Je sens de la colère, de la tristesse, de la peur,… attention, c’est un signal d’alarme !

La question n’est vraiment pas de savoir si je suis la victime ou l’auteur, et quelle est ma part de responsabilité : 100%, 50%, 10%, peu importe ! Ce n’est pas la question ! Il y a un problème qui menace la relation entre toi et moi. C’est cela qui compte ! 

Il faut y être attentif et ne pas laisser les sentiments nous aveugler au point de passer à la violence ou d’aller en justice…

2) Matthieu 5,23-24 : Faire le premier pas

Le second texte nous lance un autre appel, complémentaire.

23 « Supposons ceci : tu viens présenter ton offrande à Dieu sur l’autel. À ce moment-là, tu te souviens que ton frère ou ta sœur a quelque chose contre toi. 24 Alors, laisse ton offrande à cet endroit, devant l’autel. Et va d’abord faire la paix avec ton frère ou ta sœur. Ensuite, reviens et présente ton offrande à Dieu. 

  • Jésus s’adresse à un croyant dans l’exercice de sa foi, qui va rendre un culte. Le lien est clairement posé : un conflit avec un frère est un obstacle à la communion avec Dieu… Il rend le geste de foi hypocrite.
  • Ici, il est question de quelqu’un qui nous en veut. Parfois, nous sentons qu’une relation avec quelqu’un est altérée et nous ne savons pas pourquoi… Nous sommes alors appelés à faire le premier pas du dialogue : Que se passe-t-il ?   Ai-je fait quelque chose qui t’a blessé ?…
  • A nouveau, l’enjeu n’est pas de savoir qui a tort ou a raison. Mais l’enjeu est de prendre l’initiative pour rétablir la relation. Relation à l’autre, mais aussi relation à Dieu ! Faire le premier pas !
  • Rien n’est gagné d’avance. La réconciliation est l’affaire des deux, trois personnes ou groupes concernés:

Paul le dit « S’il est possible, et dans la mesure où cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. … » Rm 12,18

Notre responsabilité est donc de faire le premier pas sans délai : « Tu te souviens… laisse ton offrande… va faire la paix… »

3) Matthieu 5,25-26 : Le dialogue sur le chemin du tribunal

Le 3ème texte biblique nous place dans un autre contexte. Le conflit a eu le temps de dégénérer, il est sur la voie de la justice et il n’est plus question de frère dans la foi, mais d’adversaire.

25 « Quand tu es encore sur la route du tribunal avec ton adversaire, mets-toi vite d’accord avec lui. Sinon, il va te livrer au juge, le juge va te livrer à la police, et on va te jeter en prison. 26 Je te le dis, c’est la vérité :  tu ne sortiras pas de là si tu ne paies pas tout l’argent que tu dois ! »

  • Ici, il y a vraisemblablement un tort reconnu. 
  • Mais l’appel est le même : prendre l’initiative du dialogue sans délai ! Trouve un accord, avant que la justice ne tranche avec des conséquences qui peuvent être lourdes…
  • Remarquons aujourd’hui que la justice elle-même offre une voie médiane qui tend à être toujours plus reconnue et pratiquée : la médiation. Les parties en conflits sont placées dans un face à face, selon des règles précises et avec un arbitrage… C’est une pratique qui a des fondements évangéliques, car elle favorise le dialogue, la recherche d’une solution concertée, où chaque partie en conflit se voit responsabilisée pour reconnaître ses torts et trouver une réparation. Enfin, la médiation permet souvent une désescalade, parce qu’au cours du dialogue, la colère peut laisser place à la compréhension…

Conclusion :

Voilà trois textes, trois appels à intervenir à temps, ou à différents moments : 

  • Etre à l’écoute de soi :  que se passe-t-il en moi,   pourquoi suis-je en colère, triste, inquiet… ?
  • Faire le premier pas quand je me rends compte qu’il y a quelque chose qui coince dans ma relation à l’autre. 
  • Il n’est pas trop tard, même quand la justice est sollicitée : sur la route du tribunal, je peux encore prendre l’initiative du dialogue !

                           *.               *.            *.            *.          *.        *.          *.        *        *

 Le rôle de la prière dans les conflits 

L’exemple d’Anne, mère de Samuel

 1 Samuel 1, 1-20

1 A Rama, dans la région montagneuse d’Éfraïm, vivait un Éfraïmite, du district de Souf, appelé Elcana ; il était fils de Yeroam, lui-même fils d’Élihou, petit-fils de Tohou et arrière-petit-fils de Souf. 2 Il avait épousé deux femmes, Anne et Peninna ; Peninna avait des enfants, mais Anne n’en avait pas. 

3 Chaque année, Elcana se rendait de Rama au sanctuaire de Silo pour y adorer le Seigneur, le Dieu de l’univers, et lui offrir un sacrifice. Les deux fils d’Héli, Hofni et Pinhas, étaient prêtres du Seigneur à Silo. 4 Elcana avait l’habitude de donner à Peninna et à chacun de ses enfants un morceau de l’animal sacrifié  5 mais à Anne, il donnait une part de choix, car il l’aimait beaucoup, bien que le Seigneur ne lui ait pas accordé d’enfants. 

6 Quant à Peninna, l’autre femme, elle cherchait sans cesse à vexer Anne pour l’humilier de n’avoir pas d’enfant. 7 Et chaque année, lorsqu’Anne se rendait au sanctuaire du Seigneur, la même scène se répétait. 

Une année, comme Anne se mettait à pleurer et ne voulait rien manger,  son mari lui demanda : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ne veux-tu rien manger ? Pourquoi es-tu si triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? » 

9 Après que l’on eut mangé et bu aux abords du sanctuaire de Silo, Anne se leva. Le prêtre Héli était assis près du montant de la porte. 10 Anne était très affligée. Tout en pleurs, elle pria le Seigneur en prononçant cette promesse : 

« Seigneur, Dieu de l’univers, vois combien je suis malheureuse ! Ne m’oublie pas, aie pitié de moi ! Donne-moi un fils, je m’engage à le consacrer pour toujours à ton service ; ses cheveux ne seront jamais coupés. »

12 Anne pria longuement. Héli l’observait,  il voyait ses lèvres remuer, mais n’entendait aucun son, car elle priait intérieurement. Héli pensa qu’elle était ivre et lui dit : « Resteras-tu encore longtemps dans cet état ? Va faire passer ton ivresse ailleurs ! » — 15 « Non, je ne suis pas ivre, répondit Anne. Je suis une femme malheureuse, mais je n’ai pas bu. Je suis ici pour confier ma peine au Seigneur. Ne me considère pas comme une femme de rien. Si j’ai prié aussi longtemps, c’est parce que mon cœur débordait de chagrin et d’humiliation. » 

17    Alors Héli déclara : « Va en paix. Et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. » — 18 « Et toi, répondit-elle, garde-moi ta bienveillance. » 

Anne s’en alla et accepta de manger. La tristesse avait disparu de son visage. 

19 Tôt le lendemain matin, Elcana et sa famille allèrent se prosterner devant le Seigneur, puis ils retournèrent chez eux, à Rama. Elcana s’unit à sa femme Anne, et le Seigneur exauça la prière de celle-ci. 

20 Anne devint enceinte, puis mit au monde un fils. Alors elle déclara : « Puisque je l’ai demandé au Seigneur, je lui donne le nom de Samuel. »

Prédication

J’ai choisi ce récit, car je le trouve particulièrement beau, très détaillé, c’est une présentation sensible du vécu d’une femme…

a) Les multiples conflits d’Anne

Il présente une femme prisonnière d’un conflit aux multiples facettes, il y a plusieurs personnes ou réalités concernées dans ce récit. C’est souvent le cas dans les situations conflictuelles que nous vivons. Les choses sont rarement simples…

En conflit avec la vie

Dimanche passé, je vous invitais à penser à un conflit que vous vivez actuellement… L’un d’entre vous à la sortie du culte m’a dit : « Moi, je ne suis en conflit avec personne, mais avec la vie… »

Anne est aussi en conflit avec la vie, la nature qui lui refuse un enfant, l’attente la plus forte pour une femme mariée… Anne semble être stérile.

En conflit avec Dieu ?

Anne était-elle aussi en conflit avec Dieu ? Dieu est créateur, auteur de la vie, tout-puissant… Le texte dit bien : « Dieu l’ayant rendue stérile / ayant fermé sa matrice. » Nous pouvons supposer une part de révolte, de colère, au minimum de doute envers Dieu, en particulier dans ce cri : « Ne m’oublie pas ! »

En conflit avec son mari

Anne a la chance d’avoir un mari attentif et aimant : «il lui donnait une part de choix de la viande des sacrifices, car il l’aimait beaucoup, bien que le Seigneur ne lui ait pas accordé d’enfants. »

Il lui donne une part de choix, il l’aime malgré sa stérilité… Mais ce brave Elcana ne comprend pas sa femme, il n’arrive pas à se mettre à sa place et à comprendre son manque, cette déchirure profonde… Sa tentative pour consoler sa femme est symptomatique : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ne veux-tu rien manger ? Pourquoi es-tu si triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? »

Anne n’est pas en conflit direct avec son mari, mais elle se sent ni comprise, ni soutenue par lui…

En conflit avec son entourage

Par contre, sa rivale Peninna est en conflit ouvert avec elle. Peninna ne se gêne pas de lui faire sentir son infirmité. Elle n’est pas une femme… Est-ce une manière de se venger, car Elcana a une préférence pour Anne et qu’elle occupe la seconde place ?

En conflit avec la religion

Comme si la situation d’Anne n’était pas assez lourde, elle vit au sanctuaire de Silo une expérience douloureuse. Le prêtre Héli la croit ivre et lui demande de quitter les lieux.

Même lui, le prêtre, l’homme de Dieu, qui devrait la comprendre et la soutenir, même lui vient jeter de l’huile sur le feu… Du moins dans un premier temps.

Dans sa détresse, Anne a le sentiment d’être une femme :

  • Amputée par la nature, elle est en conflit avec la vie ;
  • Oubliée de Dieu, elle est en crise avec Dieu ;
  • Incomprise par son mari, elle est en tension avec lui ;
  • Méprisée par Pennina, elle est en conflit avec son entourage féminin ;
  • Jugée par Heli, elle se sent rejetée par la religion.

On peut vraiment parler d’un conflit d’identité profond et complexe. Anne est mal dans sa peau, en tension avec Dieu et avec son entourage…

b) Le combat d’Anne

Mais quelle ténacité ! J’aimerais vous inviter à observer son attitude…

Anne aurait pu se laisser sombrer dans la résignation et la dépression. Elle reste active, persévérante dans son combat. Et surtout, elle s’adresse à la bonne personne : Dieu !

Elle aurait pu s’en prendre à la vie, faire des reproches à son mari, s’attaquer à Peninna, agresser le prêtre…

Elle s’adresse à Dieu !

Le texte dit littéralement :

« Anne, le cœur amer, prie et pleure, pleure » v.10

Elle dit à Dieu son humiliation, elle demande à Dieu de la considérer et elle fait une promesse à Dieu : si tu me donnes un fils, je le consacrerai à ton service…

Plus loin le texte est encore très précis au sujet de l’état d’âme d’Anne. Elle dit à Héli :

« Je m’épanche devant le SEIGNEUR. … car c’est l’excès de mes soucis et de mon chagrin qui m’a fait parler jusqu’ici. »

C’est l’excès, le trop plein de souffrance, de chagrin et d’irritation qui conduit Anne dans la prière.

Littéralement Anne dit : «  Je répands mon âme devant le Seigneur… » C’est beau ! On comprend qu’Anne se livre totalement, corps et âme dans la prière…
L’expression commune « vider son sac » prend ici tout son sens !

c) L’apaisement d’Anne

Comment tout cela se termine ? A votre avis, à quel moment le conflit est-il résolu ?

Il est important de noter qu’Anne retrouve la paix en quittant le sanctuaire avec la bénédiction du prêtre Héli.

« Va en paix. Et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. »

Il est dit qu’ « Anne s’en alla et accepta de manger. La tristesse avait disparu de son visage. »

Littéralement : « Elle perdit sa face de tristesse »

C’est la promesse de Dieu qui lui apporte la paix et qui marque l’issue de son combat. Ce n’est pas la naissance d’un fils neuf mois plus tard… Ce n’est pas l’exaucement, la résolution du problème ou du conflit… Cela s’est bien passé en elle, parce qu’Anne a vécu devant Dieu une réconciliation profonde et complète !

d) La réconciliation… 

« Réconciliation »… Nous revenons à ce vocabulaire qui nous relie au Christ.

« Oui, c’est Dieu qui a réconcilié le monde avec lui, par le Christ, sans tenir compte de nos fautes d’êtres humains. » (2 Co 5,19)

J’aimerais résumer le mouvement auquel nous sommes appelés dans des situations de crise ou de conflit. Comment la prière permet une résolution des crises et des conflits en nous, devant Dieu… 

Quand je suis en conflit, je porte un gros sac, bien lourd et plein…

…plein d’émotions : amertume, tristesse, colère, peur, jalousie, mépris de soi, indifférence…

…plein de pensées qui peuvent donner naissance à des intentions. Anne devait certainement se dire :

  • « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ! Si c’est ça ce Dieu d’amour, ben zut alors… »
  • « Je ne vaux rien, je ne suis pas digne d’être femme, j’ai certainement mérité ma condition. La vie ne vaut pas la peine d’être vécue… »
  • « Cette Peninna, quelle garce ! Si j’en ai l’occasion, je lui en collerai une bonne ! »
  • « Mon pauvre mari ! Il n’y comprend rien, il se croit suffisant, il ne voit que lui… »
  • « Héli, si lui aussi me juge et me rejette… Alors là c’est le bouquet. Faut plus qu’il espère me voir au sanctuaire ! »

Que faire avec ce gros sac ?
Certaines personnes se promènent avec ce gros sac, elles s’y accrochent. De temps en temps, sans qu’elles le veuillent, sans s’en rendre compte, il y a quelque chose qui en sort et qui fait mal à un innocent qui passait par là… Un coup de griffe, une parole dure, un jugement,… C’est normal. Ce sac est tellement plein, à l’excès, il déborde.

Il y a des personnes qui vont voir spécialiste après spécialiste et qui déballent leur sac devant chacun … mais qui, aussitôt après, le remballent et le reprennent avec elles, accusant les spécialistes d’impuissance…

A force de porter ce sac, beaucoup s’épuisent, désespèrent et se replient sur eux-mêmes ; d’autres se révoltent et deviennent agressifs, d’autres encore deviennent très durs et cyniques…

Et toi ?

Est-ce que tu entends cet appel de Jésus:
« Viens à moi toi qui es fatigué et chargé et je te donnerai du repos.» Matthieu 11,28

Ou cet appel de l’apôtre Paul :

« Nous vous en supplions, au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »                       2 Corinthiens 5,20

Voilà ce qui se passe quand nous allons au Christ avec notre gros sac :

Lumière : 

Jésus dit « Je suis la lumière du monde qui éclaire tout homme… »

A la lumière du Christ, dans le secret de la prière, nous commençons à voir clair, à comprendre ce qu’il y a dans ce gros sac. Nous pouvons alors commencer le tri, « les-à-fonds ».

Poubelle : 

Il y a des pensées et des intentions qu’il faut rejeter en pleine conscience.

« Seigneur, par ta grâce, je jette cette pensée qui est mauvaise et qui n’est pas de toi. Je renonce à ce projet de vengeance. Je refuse d’entretenir cette idée que je ne vaux rien. Je décide d’arrêter de me plaindre… »

Avec les émotions, c’est différent. Il est bon d’en faire quelque chose. Il faut chercher à les décoder, car elles révèlent des blessures, des fragilités. L’amertume, la tristesse, la colère, la peur, la jalousie, le mépris de soi, l’indifférence… sont souvent des révélateurs de blessures. 

L’amertume et la tristesse d’Anne sont la pointe de l’iceberg. Au fond, il y a un cœur en souffrance, le cœur d’une femme qui vit un manque identitaire : l’incapacité à donner la vie, donc à être pleinement femme.

Quand on comprend l’origine de nos émotions, quand on peut « aller au cœur du problème », souvent, on éprouve un premier soulagement.

Parfois, il  arrive que nous ne sachions pas décoder nos émotions. On peut demander à Dieu de nous y aider: « Seigneur, qu’est-ce qui se passe en moi ? D’où vient ma tristesse, ma peur, … ? » A la lumière du Saint-Esprit, Dieu nous éclairera. Il révèle les points sensibles, les nœuds.

Le Saint-Esprit agit un peu comme les mains de l’ostéopathe : elles parcourent les parties douloureuses de notre corps et soudain, elles s’arrêtent et touchent le point sensible, le lieu où les nerfs sont coincés…

Ce processus de réconciliation devant Dieu, à la lumière du Christ, peut prendre du temps. Nos âmes sont parfois tellement embrouillées, en bataille, que cela peut prendre du temps… Et nous pouvons avoir besoin d’une aide extérieure.

Le manteau de paix :

Mais quand les blessures sont révélées, Dieu peut les soigner… Nous pouvons en être certains. Dieu sait prendre soin de nos personnes toutes entières.

Dieu est fidèle et bon, il nous revêtira du manteau de paix, qui est le signe d’un conflit apaisé, intérieurement résolu.

e) La résolution des conflits

 J’ai beaucoup parlé de la réconciliation intérieure, personnelle, du croyant qui se retrouve face à Dieu.

Qu’en est-il de la résolution « extérieure » ou effective d’un conflit qui implique des tierces personnes ?

Je veux souligner 3 choses :

  1. La résolution d’un conflit est incertaine car elle ne dépend pas uniquement de moi. Pour vivre une réconciliation, il faut deux bonnes volontés. 
  2. Mais la bonne nouvelle, c’est que je peux retrouver la paix, même si l’autre ne cherche pas la résolution. Je peux pardonner à quelqu’un et retrouver la paix, même si cette personne refuse  de reconnaître ses torts. Si je suis fautif et que l’autre refuse de me pardonner, je peux recevoir le pardon de Dieu. Enfin, je peux être victime d’une injustice qui demeure non reconnue par la justice et être en paix. En définitive, le pardon, la paix viennent de Dieu et non des hommes.
  3. Enfin, la semaine passée, j’ai valorisé le dialogue avec mon prochain, comme un chemin évangélique pour résoudre les conflits. 

Suite à une discussion avec l’un d’entre vous, j’aimerais bien préciser que Dieu peut utiliser toutes sortes de chemins pour résoudre des conflits. Le dialogue ou la médiation ne sont pas toujours possibles. Parfois, il est bon de  s’en remettre aux tribunaux. Parfois, il est bon de renoncer à la voie judiciaire quitte à perdre, à être « dépouillé » (cf. 1Co 6,7)…
Dans la prière, Dieu nous suggère la voie qui est la sienne.

O. Bader, pasteur, paroisse Yverdon-Temple

L’importance de la Croix

Prédication de Philippe Decorvet.

Que vous alliez à Sydney, Johannesburg, Séoul, Rio de Janeiro, Kinshasa ou…Lausanne, chaque fois que vous voyez une croix sur un bâtiment vous pouvez être sûrs que c’est un lieu de culte chrétien. Ce bâtiment peut être une magnifique cathédrale gothique, un monastère byzantin ou une simple salle dans un faubourg populaire, mais vous savez que des chrétiens se réunissent là. Ces fidèles peuvent être catholiques, réformés, orthodoxes, baptistes, coptes ou pentecôtistes, ils peuvent parler allemand, coréen, lingala, suédois ou russe, mais la croix est ce qui les identifie et les rassemble. Oui, malgré leurs différences, leurs particularités, leurs divisions et – hélas ! – leurs conflits, toutes les Eglises reconnaissent la croix comme le signe caractéristique du christianisme.

Pourtant, à première vue, cette constatation est étonnante et même choquante. La croix était un instrument de torture et un signe de honte et d’infamie au 1er siècle de notre ère. Les Romains ne pouvaient oublier ce qui s’était passé en l’an 71 avant Jésus-Christ lors de la révolte de Spartacus qui avait  fait trembler Rome et où l’on avait crucifié 6000 esclaves. Quant aux Juifs et aux premiers chrétiens ils avaient encore en mémoire  les horreurs de la prise de Jérusalem en l’an 70 où le futur empereur Titus  avait fait crucifier tellement de gens que l’historien Flavius Josèphe a pu écrire : à peine pouvait-on suffire à faire des croix et trouver de la place pour les planter. Pourquoi donc choisir la croix comme emblème pour l’Evangile qui est un message de paix, d’amour, de pardon et d’unité ? Ce n’est pas pour rien que l’apôtre Paul dit aux Corinthiens que la croix est une folie pour les païens et un scandale pour les Juifs (1 Cor.1.23). Et on peut le comprendre : Que diriez-vous, Mesdames, d’arborer autour du cou un bijou en or, représentant une guillotine ou une potence ? Or la Croix était l’équivalent de cela au premier siècle. Et même bien pire encore !

Mais l’Eglise a très vite compris que dans ce drame de la Croix – car la Croix est réellement un drame –  réside le cœur et le centre de l’Evangile. Et que ce drame est aussi une Bonne Nouvelle et une victoire car c’est là que nous pouvons comprendre qui est Dieu en vérité,  pourquoi Jésus est venu sur la terre et pourquoi nous avons besoin de lui. C’est là aussi que nous pouvons comprendre qui nous sommes en réalité.

La Croix nous révèle d’abord que Dieu est amour et que nous sommes vraiment aimés de lui.  Même, comme dit l’apôtre Paul aux Ephésiens, aimés d’un amour qui surpasse toute connaissance (Eph.3.19). Comme Jésus lui-même l’a dit à ses disciples : Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jean 15.13). Cet amour a bouleversé l’apôtre et a changé sa vie. Il sait que ce n’est pas un amour théorique et vague, mais un amour personnel et précis. Il le dit aux Galates : Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi (Gal.2.20).

Le Fils de Dieu m’a aimé. Paul sait qu’il a été un homme violent, qu’il a persécuté les premiers chrétiens et qu’il a du sang sur les mains. Il sait aussi qu’il a un caractère bien trempé et qu’il lui arrive de se disputer même avec ses meilleurs amis comme Barnabas. Il est même tellement convaincu d’être un homme pécheur qu’il s’estime être le premier d’entre eux ! (1 Tim.1.13). Et voici qu’il découvre que le Fils de Dieu, qu’il a blasphémé et contre lequel il a combattu de toutes ses forces, l’aime lui, tel qu’il est !

Cette première découverte bouleversante est suivie d’une seconde qui l’est encore davantage : le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même. Il a accepté la pire des humiliations et la plus grande des malédictions. Il ne s’est pas contenté de quitter la gloire du ciel pour s’incarner dans une chair semblable à la nôtre – ce qui déjà était une incroyable preuve d’amour –  mais il a été jusqu’à accepter la mort. Librement. Il le dit : personne ne m’ôte la vie, je la donne de moi-même (Jean 10.18). Et quelle mort ! La plus infamante de toutes : celle de la croix.

Enfin l’émerveillement de l’apôtre est à son comble quand il réalise qu’il est, lui, l’objet de cet amour : Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi.  Paul comprend que même s’il avait été seul au monde ou seul pécheur au milieu d’une humanité innocente, Jésus serait venu pour lui et la croix aurait été dressée pour son salut, car Dieu veut  qu’aucune brebis ne se perde. 

Mais ce n’est pas seulement pour l’apôtre Paul que cette parole est vraie, elle l’est pour chacun de nous. Comme le dit l’épître aux Romains : Dieu prouve son amour envers nous : lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous (Rom.5.8). Pour chacun de nous. Qui que nous soyons. Quoi que nous ayons fait. Quel que soit notre passé. Y a-t-il une catégorie d’hommes ou de femmes dont Dieu dise :  « Pour eux ça ne vaut pas la peine d’envoyer mon Fils » ? Y a-t-il des personnes à qui Jésus dirait :     « Je ne suis pas monté  sur la croix pour vous » ? Non, bien au contraire, et nous le savons bien, Jésus appelle chacun : Venez à moi, vous tous…

Quand nous comprenons cela, nous comprenons aussi quelle est notre valeur aux yeux de Dieu. Vous voulez savoir quelle est votre valeur aux yeux de Dieu ? Ecoutez l’apôtre Pierre : Vous avez été rachetés, non par de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ (1 Pi.2.19). C’est ce que l’histoire des deux billets racontés tout à l’heure voulait faire comprendre : Même si nous avons l’impression d’être comme un vieux billet, tout froissé, tout fripé ou tout sale, nous avons une valeur inestimable aux yeux de Dieu. Une valeur telle qu’il n’a pas hésité à envoyer son Fils bien-aimé mourir, pour nous. Quel amour, mon Dieu quel amour ! Y en a-t-il jamais eu de plus grand ?

Mais la croix nous fait également comprendre, et tout aussi fortement, que Dieu est un Dieu saint. Et même trois fois saint comme dit l’Ecriture. Le péché et le mal lui sont insupportables, ils ne peuvent trouver place en sa présence : ses yeux sont trop purs pour voir le mal, dit le prophète Habaquq (1.13). La bonté de Dieu ne fait pas de lui un être indulgent et bonasse comme ces parents faibles qui laissent tout faire à leurs enfants sans jamais les reprendre. Pauvres parents que ceux-là. Et pauvres enfants aussi car c’est le plus sûr moyen d’en faire des enfants frustrés, malheureux et parfois délinquants. Non, Dieu n’est pas ce « bon dieu », indifférent au mal et qu’on peut manipuler à sa guise. Il n’est pas ce dieu dont Voltaire disait : « Il pardonne, c’est son métier ». Oui, il pardonne, mais le mal, mais le péché doit être expié, car Dieu est saint. Et c’est cela aussi que révèle la croix. On parle beaucoup de l’amour de Dieu aujourd’hui, mais parle-t-on encore de sa sainteté ? Parler de l’amour de Dieu sans parler aussi de sa sainteté, ce n’est pas parler du Dieu de la Bible. L’Ecriture mentionne sa sainteté quasiment aussi souvent que son amour. Et c’est, je pense, une des raisons de la faiblesse de nos Eglises en Occident que de parler de l’amour de Dieu sans parler de sa sainteté.

Dans la Bible, l’amour de Dieu est toujours indissolublement lié à sa sainteté. Saint, saint, saint est le Seigneur, disent les séraphins qui se tiennent au-dessus du trône de Dieu. Devant cette révélation, le prophète Esaïe ne peut que s’écrier : Malheur à moi, je suis perdu car je suis un homme dont les lèvres sont impures (Esaïe 6.5).  Esaïe se rend compte que devant cette sainteté il ne peut subsister tel qu’il est. Malgré toute sa bonne volonté, malgré tous ses efforts pour s’améliorer, il reste un pécheur. Tout prophète qu’il est, il a besoin d’un Sauveur. Et c’est ce qu’il entrevoit et même ce qu’il prophétise dans le fameux chapitre 53 que nous avons lu tout à l’heure et qui est une annonce de l’œuvre de Jésus à la croix. : Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur Lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris, que nous sommes sauvés (Esaïe 53.5).

Oui, quelle admirable prophétie de la croix, d’autant plus admirable qu’elle a été donnée plusieurs centaines d’années avant la venue de Jésus. Car  que s’est-il passé à  Golgotha ? L’apôtre Pierre le dit : Christ a porté nos péchés en son corps sur le bois (1 Pi.2.24). Encore une fois Dieu est saint. Ses yeux sont trop purs pour voir le mal. Son Royaume n’est pas un moulin dans lequel on entre n’importe comment. Dans une de ses paraboles dites précisément du Royaume, Jésus précise bien que nul  ne peut entrer dans la salle des noces avec un habit souillé (Mat.22.11). Or, comme le dit encore Esaïe : toute notre justice est comme un vêtement souillé (Es.64.5). Comment avoir un vêtement propre, un vêtement lavé, un vêtement neuf qui nous permette d’entrer dans la salle des noces ? Oui, comment être lavé de nos souillures, pardonné de notre péché ? Qui sera assez juste pour satisfaire la justice et la sainteté de Dieu ? Il n’y a pas de juste, pas même un seul rappelle l’apôtre Paul en citant les Psaumes 14 et 53. Comme le dit un théologien anglais : « Le pardon est pour l’homme le plus impérieux des devoirs et pour Dieu le plus crucial des problèmes ». Et Dieu résout ce problème en prenant sur lui, en Jésus-Christ, le seul juste, le poids et la conséquence de nos fautes.

 « La croix est le seul endroit où le Dieu d’amour, de miséricorde et de compassion se révèle de telle manière que sa sainteté et son amour nous apparaissent tous deux comme également infinis » souligne John Stott.

A la croix il y a eu un échange : Jésus, le seul juste, prend sur lui notre vêtement souillé et il nous donne Sa justice. C’est ce que les théologiens appellent la mort substitutive de Jésus. Il prend notre place et nous donne la sienne. Martin Luther l’a bien compris quand il dit cette parole souvent citée : « Jésus, tu es ma justice et je suis ton péché ». 

C’est le cœur du message de la Réforme. Ma justice ne vient pas de moi-même, de mes efforts, de mes œuvres, car tout cela n’est qu’un vêtement souillé. Elle vient de Jésus, le seul juste, qui sur la croix a pris mon péché et m’a donné Sa justice. Comme le dit le refrain de ce merveilleux cantique  « Torrents d’amour et de grâce » : Couvert par ta justice, j’entrerai dans le saint lieu.

Au chapitre 7 de l’Apocalypse l’apôtre Jean raconte la vision qu’il a eu du Royaume de Dieu : Il voit une grande foule de toute nation revêtus de robes blanches.  Et il entend une voix  qui lui dit : ce sont ceux qui ont lavé leurs robes et les ont lavées dans le sang de l’Agneau. C’est, bien sûr, un rappel de Golgotha. Un peu plus loin, au chapitre 22 – et c’est la conclusion du livre, et même de toute la Bible – il nous est dit : Heureux ceux qui lavent leurs robes afin d’avoir part à l’arbre de Vie (Ap. 22. 14). C’est la dernière béatitude de la Bible. Il y en a beaucoup de béatitudes dans la Bible, tant dans l’A.T. que dans le N.T., et celle-là en est l’apogée et les résume toutes. Oui, grâce à la croix de Jésus où il prend mes fautes et me donne son pardon et sa justice j’ai accès à la salle des noces du Royaume de Dieu. C’est cela la Croix, elle transforme le drame en Victoire.

Quand Saul de Tarse a compris cette vérité, ça a tellement changé sa vie que désormais ce fut le cœur de son message partout où il est allé : Quand je suis allé chez vous, dit-il aux Corinthiens, je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié (1 Cor. 2.2). Et il conclut son épître aux Galates par cette déclaration : loin de moi la pensée de me glorifier d’autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ (Gal.6.14).

N’est-ce pas ce message-là que nous avons encore à annoncer aujourd’hui ? Tant de gens se sentent mal dans leur peau, tant de gens souffrent de problèmes d’identité et se sentent seuls, incompris, inutiles, semblables à un billet tout froissé, comme on le disait tout-à-l’heure. La croix vient leur dire : Mais non ! Tu as de la valeur. Tellement de valeur que Jésus est venu pour toi aussi. A la croix cet échange est aussi pour toi. Il prend ta misère, tes complexes, tes fautes et il te donne sa justice. Accueille-le.

Alors, toi aussi tu peux dire : couvert par ta justice j’entrerai dans le saint lieu.

Amen

Textes bibliques :  Esaïe 53. 1-7 ; 1 Cor. 2.1-5 ; 1 Pi.2. 22-25.

 

Les évangéliques dans l’eerv

Les relations entre les différents courants théologiques qui traversent l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) sont un sujet de préoccupation depuis longtemps ; les évangéliques sont souvent mal perçus ou mal compris.

Un groupe de travail constitué de Pierre Bader, Françoise Grand, Christophe Guignard,  Vincent Guyaz, Martin Hoegger, Alain Wirth et Benoît Zimmermann a réfléchi à ce sujet en 2007. Leur conclusion garde toute sa pertinence aujourd’hui !

Pour découvrir leur important travail, cliquez sur le lien ci-dessous :

Evangéliques dans EERV

Comment l’Eglise réformée s’est mise au diapason du 21e siècle et ce que cela implique

Andreas est spécialiste de droit économique dans le domaine judiciaire et son épouse Friederike Matter-Tanski est cheffe de clinique spécialisée en médecine interne et en cardiologie. Ils se partagent entre la Suisse romande (Riex/VD) et la Suisse alémanique (Heiligenschwendi/BE), en raison de leurs  lieux de travail différents, ce qui leur donne une perspective plus large sur la presse réformée en Suisse. Ils nous offrent ici leur analyse de la situation.

Remarques liminaires sur les réflexions qui suivent

Le livre «L’islam con­qué­rant» de Shafique Keshavjee a donné lieu, de la part de certains mi­lieux de l’Eglise réformée et de quelques experts universitaires des faits religieux (philo­so­phes ou so­cio­lo­gues des religions, théologiens, etc.) à ce que M. le Professeur Daniel Mar­­guerat a appelé à juste tit­re un véritable « lynchage organisé ».

Cette situation nous a amenés à formuler deux sortes de réflexions, que le Comité du R3 a été d’accord de reproduire sur ce site. 

** D’une part, à un niveau assez spécifique, nos réflexions se rapportent à un ar­tic­le qui a paru dans le périodique «Réformés» concernant le livre et qui laisse tout simplement perplexe. Cette con­tri­bu­tion est placée, ailleurs sur ce site, sous le titre : «C’est toujours problématique de faire pire que ce que l’on reproche à autrui…»

** D’autre part, l’affaire autour du livre éclaire, à un niveau plus large, certaines évolutions à l’in­ter­ne ou en marge des institutions du monde réformé. Si le Comité du R3 s’est montré prêt à nous accorder de l’es­pa­­ce pour exprimer ce type de réflexions plus amples, ce qui suit ici n’engage que notre res­pon­sabilité à nous, pas celle du R3 dont nous ne som­mes d’ailleurs pas mem­bres. Plu­sieurs points particuliers peuvent prêter à controverse, au sein du R3 et au-delà. Les quelques pa­ges à venir reflètent la manière de voir d’un couple de «pendulaires» entre la Suisse romande et la Suisse alémanique par rapport à deux types de réalités ecclésiastiques dans l’Eglise réformée et à deux jour­naux d’église.

«reformiert» entre une Eglise des « sans foi » et le retour subit d’un fils pro­di­gue 

Depuis bientôt vingt ans, nous nous situons entre la Suisse romande et la Suisse alémanique, en raison de nos lieux de travail différents. Comme si c’était hier, nous nous sou­ve­nons du choc, de la perplexité voire de la honte que nous avons ressentis quand, pour la première fois, nous avons tenu en main et lu attentivement un exemplaire de «saemann» (se­meur), le jour­nal de l’Eglise ré­for­mée bernoise, qui paraît dix fois par année et est diffusé tous mé­na­ges.

«C’est par des gens comme cela et de cette façon-là que l’on parle au nom de notre Eg­li­se?» Cette question initiale est restée intacte après presque deux décennies de lecture attentive du journal et alors qu’il a été renommé «reformiert» il y a quelques années. 

Mais pour­quoi, si ce n’est par masochisme, s’infliger pendant presque 20 ans la lec­ture at­ten­tive d’un journal dans lequel on ne se retrouve ni de près ni de loin? La ré­pon­se est simple: C’est peut-être assez systématiquement contestable et fort peu attrayant, mais c’est quand-même pertinent et significatif en ce sens que cela reflète de manière fiable et précise les directions dans lesquelles dérive un certain protestantisme post-croyant qui s’est largement défait de ses attaches dans un christianisme biblique traditionnel.

On veut atteindre les «distanciés de l’Eglise», mais surtout pas ceux et celles que certains rail­lent comme les «clients potentiels habituels de Jésus», qui, dans une situation de crise ou de dé­tresse, auraient besoin d’une béquille ou d’une planche de salut. Tout au contraire de cela, sont visé-e-s les intellectuel-le-s dans la pleine force de l’âge et au sommet de leur esprit cri­ti­que, surtout les élites culturelles. Tous ces gens, on espère pouvoir les at­ti­rer par le mes­sage – plus ou moins explicite – suivant: «Vous rejetez le christianisme et toutes ses cro­yan­ces tra­di­tion­nelles? Qu’à cela ne tienne, nous n’y croyons pas non plus, et depuis des lustres…»

Si l’on veut atteindre les distanciés du christianisme, la distribution tous ménages fait sens. Mais la question es­sentielle est de savoir si les journalistes et théologiens de «re­for­miert» parviennent effec­tive­ment, avec le genre de discours déployés, à attirer les «sans foi» ou s’ils n’ont pas plutôt ten­dance à se bercer d’illusions, en ne pouvant ou en ne voulant pas voir que presque tout le mon­de jet­te le journal sans autre forme de procès ou alors tout au plus après un survol sommaire.

Au milieu de tant d’incertitudes voire d’insuccès au niveau de son impact réel, «reformiert» a su­bi­te­­ment pu proclamer le retour d’un fils prodigue dans le giron de l’Eglise ré­for­­mée, et pas des moindres, puisqu’il s’agit d’Adolf Muschg, un des tout grands parmi les éc­ri­vains et les intellectuels de la Suisse alé­ma­nique voire de l’ensemble des pays de langue al­le­mande. Avec une délectation à peine dissimulée, «reformiert» rapporte comment Muschg est re­de­ve­nu mem­­­bre de l’Eglise ré­for­mée après en avoir été éloigné durant plus d’un demi-siècle. Et une pho­to im­pressionnante le mon­tre en train de prêcher dans la grande cathédrale (Grossmünster) de Zurich ar­chi-­comble pour l’oc­casion. 

Il y a juste un hic à la chose. Il suffit de relire la prédication qu’il a prononcée à cette oc­ca­sion pour se rendre compte que Muschg est bien trop intelligent et trop lucide pour se laisser em­bri­gader dans ce gen­re de schéma de propagande charpenté de manière quelque peu sim­plis­te. Deux de ses réflexions méritent d’être re­­levées ici:

** Il souligne le grand vide religieux propre à notre début de 21e siècle. En face et à l’en­con­tre de ce vide, l’Eglise réformée représente selon lui un « programme minoritaire » qui se doit d’êt­re soutenu.

** Puis, au beau milieu d’une analyse du texte de Jn 10 sur le bon et les mauvais ber­gers, il pro­non­ce cette phrase-choc: «Si je suis redevenu membre de l’Eglise pro­tes­tante, c’est parce que cette Eglise est aussi éloignée de croire en son propre message que je le suis moi.»

Que l’on soit extérieur par rapport à une Eglise qui croit ou revenu à l’intérieur d’une Eglise qui ne croit plus, où est la différence ? 

« Réformés» se met également au diapason du 21e siècle

Depuis bientôt deux décennies, nous suivons aussi, en Suisse romande, les destinées de «Bon­ne nouvelle», le journal de l’Eglise réformée, renommé «Réformés» il y a quelque temps. Ce chan­ge­ment de nom est révélateur de bien des choses. 

Très long­temps, on avait tenu en main un journal d’Eglise attachant, avec lequel on ne devait pas forcément être d’ac­cord en tous points et articles, mais qui reflétait une pluralité réelle des points de vue et des doctrines, tout en faisant preuve, fois après fois, d’un attachement profond au bien-être de notre Eglise. 

Or, depuis deux ou trois ans au plus tard, et encore bien plus ma­ni­fes­te­ment depuis la mi­se en pla­ce d’une nouvelle équipe dirigeante, cette pluralité s’est appauvrie. C’est une idéo­logisation lourde et unilatérale qui s’est emparée du périodique, du moins dans ses parties générales, en de­hors des comptes-rendus re­latifs aux régions et aux pa­roisses particulières.

Ces parties générales reflètent – peut-être pas exclusivement, mais dans une large mesure – quel­que chose qui va jusqu’à se rapprocher … du grand vide religieux dont parle Muschg. Les thé­ma­tiques ne se situent plus que rarement «dans la dimension verticale», c’est-à-dire celle qui aurait trait à Dieu (y compris dans la relation avec les croyants, pris individuellement ou col­lec­ti­ve­ment). Les sujets couverts tendent à se réduire à des questions de «valeurs» et d’ «engagements», à tout ce qu’il faut fai­re ou éviter, dans telle ou telle optique. 

Et les injonctions éthiques ou mo­ra­les dis­cu­tées pro­vien­nent, pour la plupart, en droite ligne «du monde» extérieur à l’Eglise, du «sièc­le pré­sent». En grande partie, c’est du politiquement correct pour reprendre, en intensité variable, le mê­me gen­re de dis­cours que ceux qu’on trouve chez des femmes socialistes ou de jeunes ac­ti­vistes du cli­mat, de l’environnement, des animaux, ou de toutes sortes de causes minoritaires. 

Qu’est-ce que de tels discours ont de chrétien? Pas nécessairement quoi que ce soit ou alors seu­le­ment au prix de lourds travaux préalables de trans­­formation langagière pour donner un semblant de vo­ca­bu­­laire d’Eglise à quel­que chose qui en est, dans la réalité, pas­sab­le­ment éloigné. Ce qui frap­pe aussi, c’est que de nom­breux «ex­perts» sur lesquels on aime à s’ap­pu­yer dans tous ces ar­ticles ont en fait des «valeurs» voire des idéologies assez rigoureusement étran­gè­res voire hostiles à des con­­si­dé­ra­tions ecclé­sias­ti­ques ou simplement «religieuses».

Ce sont exactement les mêmes mé­ca­nis­mes qui affectent d’ailleurs de plus en plus l’émis­sion de télévision «Faut pas croire».

«reformiert » et l’étrange saga de la pasteure athéiste de Muri-Gümligen

Tout le monde se souvient du néerlandais Klaas Hendrikse, pasteur et néanmoins athéiste con­fes­sant. Plus près de chez nous, la paroisse protestante de Muri-Gümligen, dans l’agglo­mé­ration de Berne, a engagé Ella de Groot, elle aussi hollandaise et pasteure ouvertement athéiste. «re­for­miert» a dûment re­la­té l’évé­ne­ment de cet engagement, nullement pour s’en in­dig­ner, mais plutôt pour s’éton­ner que l’on puisse s’en émouvoir.

A première vue, il y a là une absurdité tout juste féroce. Quel club de golf en­gage­rait comme mo­ni­teur un gaillard qui professe avoir horreur de ce sport et exige de pouvoir ini­tier les mem­bres aux arts martiaux mix­tes? Ou voilà une entreprise d’informatique qui cherche un analyste sys­tè­me et que l’on contraindrait à employer un candidat qui veut utiliser ce poste comme cou­verture pour hacker et saboter les systèmes d’exploitation d’un maximum de so­cié­tés clientes parce qu’il dé­tes­te l’économie capitaliste… Où d’autre que dans l’Eg­li­se ré­for­mée on tolèrerait et même en­co­u­ra­gerait ce genre d’ab­sur­dité en la défendant bec et ong­les avec toutes sortes d’ar­gu­ments à haute teneur morale?

Ce qui est révélateur, d’une part, c’est la raison pour laquelle l’Eglise ré­for­mée ne pourrait plus (et en l’occurrence n’a même pas cherché à) s’opposer à un tel engagement, tout incongru qu’il doive paraître au niveau du simple bon sens: en tant qu’institution liée à l’Etat, l’Eglise ne saurait se sous­­traire à la force péremptoire des impératifs de non-dis­cri­mi­nation et de liberté religieuse, ici au profit de la pasteure. C’est de cette façon précise, entre aut­res, que l’Eg­li­se réformée est mise au diapason de «valeurs actuelles» qui lui sont en fait pro­fon­dé­­ment étran­gères voire hostiles… 

D’autre part, cela vaut aussi la peine de jeter un regard sur la perspective de la pasteure. Elle incarne, au-delà de l’absurdité mentionnée, un mystère profond et une évolution majeure. Jus­qu’à ré­cem­ment, la très grande majorité de ceux et celles qui perdaient la foi tournaient leurs talons et s’en allaient loin de toute Eglise pour ne jamais y revenir. Or là, mystère, voilà une dame qui croit que, toute in­cro­­yante qu’elle se revendique, sa place serait quand même celle de veiller au bien-être du troupeau des fidèles. Cette conviction d’être parfaitement à sa place dans une in­sti­tu­tion dont elle méprise bien des croyances jusque-là centrales, se re­trou­ve maintenant chez des théologiens post-croyants de plus en plus nombreux.

Pour l’essentiel, Ella de Groot avance deux arguments en faveur de sa po­si­tion, qui sont d’ail­leurs très similaires à ceux de Klaas Hendrikse :

** D’un côté, elle fait valoir qu’elle a peut-être juste le tort d’être honnête, contrairement à un grand nombre de ses collègues (aspirants) pasteurs, qui ne croient plus (grand-chose) non plus, mais drapent leur incroyance dans un brouillard linguistique suffisant pour que leurs pa­rois­siens ne s’en aperçoivent pas.

** De l’autre, la pasteure relève que son offre rencontre bel et bien une demande et que ses cul­tes ne sont en tout cas pas moins fréquentés que ceux de tant de ses collègues. On revient à la ques­tion posée par le «retour du fils prodigue» Adolf Muschg: Que l’on soit extérieur à une Eglise qui croit ou (re)venu à l’intérieur d’une Eglise qui ne croit plus, où est la différence?  

 

«Réformés» et l’entrée dans l’Eglise réformée de théologiens «post-croyants et  anti-cléricaux»

Récemment, même les médias séculiers de Suisse romande ont été le théâtre de débats passionnés sur le point de savoir si les facultés de théologie de nos universités sont en fait des sites de fab­ri­cation à la chaîne d’athéistes invétérés. Dans le même ordre d’idées, la question a été soulevée si ou jus­qu’à quel point de tels théologiens post-croyants font revivre le vieux cliché relatif aux so­cia­lis­tes et aux com­mu­nis­tes comme quoi ils seraient tous «mécréants et anti-cléricaux».

Certains de ces théologiens restent dans le cadre de leurs facultés. D’autres vien­nent dans l’Eg­lise ré­formée (en tant que pasteurs et dans toutes sortes d’autres fonctions), ainsi que dans des in­sti­tu­tions proches (maisons d’édition de livres, musées, centres culturels, etc.). Dans les deux grou­pes, il y a sans conteste un nombre certain de théo­lo­giens pour qui une confession de foi tra­di­tion­nelle (du type du Symbole des apôtres ou du Crédo de Nicée-Constantinople) n’est plus qu’une plai­san­terie de mauvais goût et l’essentiel des Evan­gi­les un tissu de mythes et de légendes. 

Loin de nous l’idée que l’Eglise réformée n’ait que des pasteurs qui ne croient plus (grand-cho­se). Qui nous connaît sait en particulier à quel point un bon culte et une pré­dication profonde peuvent nous rendre heureux et reconnaissants. Mais, à côté de ces pas­teur-e-s-là, il y a tous ces autres théologiens, pasteurs ou non, hors de l’Eglise ou dedans sans vraiment (vouloir) y être… 

 

Si l’on souligne ces points, on suscite assez rapidement de l’incompréhension et même de l’in­dig­nation, jus­­­que chez des pasteurs et des laïcs de l’Eglise réformée dont nul ne saurait douter qu’ils se ral­lient encore à une confession de foi traditionnelle. De quel droit se permet-on de porter un verdict, qui doit revenir à Dieu seul, sur les croyances ou la prétendue absence de foi d’autrui?   

L’argument, là encore, est d’une haute teneur morale. C’est un paravent derrière lequel se si­tue, à l’abri de toute critique légitime ou même envisageable, une des zones les plus im­portan­tes de transformation de l’Eglise réformée, et pas forcément pour son bien.

Nul ne doute que notre Eglise, à la suite du Jésus des Evangiles, est appelée à accueillir tous ceux qui veulent y venir, sans rejeter ou condamner qui que ce soit, surtout parmi «les plus pe­tits d’entre vous». Ce qui est ou devrait pouvoir être en débat ici, c’est bien autre chose. 

**On parle de théologiens qui, de leur côté, ne se gênent pas de porter les ju­ge­ments les plus durs, que ce soit sur les textes bib­­­­liques ou sur d’autres manières de croire que la leur, toutes peu «pertinentes» selon eux: fon­da­men­talistes, rétrogrades, moyen-âgeuses, anté-di­lu­viennes, etc.

** De plus, ce n’est nullement la foi individuelle de ces théologiens en tant que per­son­nes qui est en jeu, mais la double question suivante: Qu’est-ce qui fait que nombre de théologiens veulent en­trer, pour contribuer à la mener, dans une Eglise dont ils rejettent pourtant bien des cro­yances jus­que-là centrales? Et: où va notre Eglise, à partir du moment qu’elle est con­dui­te par ce gen­re de théo­lo­­giens?

Deux journaux d’Eglise et une commune « mission à l’envers « …

Dans son livre « What’s so great about Christianity », le politologue américain Dinesh D’Souza se liv­re à ce raccourci saisissant: La théologie académique (ultra-)libérale, c’est de la «mission à l’en­vers»; au lieu de porter le christianisme et la Bible dans le monde, on importe «le mon­de» à l’intérieur du christianisme, au détriment de la Bible. Le raccourci est peut-être trop ab­so­lu en ces termes généraux, mais il reflète assez bien la situation particulière de «reformiert» et de «Ré­for­més», ainsi que de cer­tai­nes sphères dirigeantes de l’Eglise réformée depuis quel­que temps.  

Comme il a été dit plus haut, les deux périodiques reflètent la mar­gi­na­li­sa­tion (quelquefois l’éli­­­mination pure et simple) de la «dimension verticale» qui va de pair avec la reprise de «valeurs » et d’im­pé­ra­tifs moraux extérieurs, étrangers voire hostiles. Partout où de telles évolutions ont lieu, l’Eglise réformée et ses journaux ne représentent plus ce «programme de minorité contre le vide re­li­gieux» dont parle Adolf Muschg, mais succombent devant ce vide et vont jusqu’à importer au sein de l’institution l’hostilité gé­néralisée à l’encontre des Eglises et du christianisme qui prévaut dans la société.

Dans un tel contexte, il devient plus compréhensible que nombre de théologiens post-croyants (voi­­re ouvertement athéistes) ne cherchent plus à se tenir éloignés de l’Eglise réformée, mais res­­sentent un devoir moral (autant qu’intellectuel) de l’investir pour la «missionner à l’envers», et la «réformer» de l’intérieur, en fonction de l’esprit du temps. Vu depuis cette optique, le pas­teur n’a plus beaucoup en commun avec la vieille image du bon berger qui veillerait sur le bien-être de son troupeau de fidèles. Au lieu de cela, c’est un influenceur et un «disrupteur», lanceur d’alerte (un peu) et leader-activiste (beaucoup) qui ouvre les yeux de ses suiveurs sur toutes les zones d’om­bre propres aux façons traditionnelles et fondamentalistes de croire, puis les conduit de l’ob­scu­ran­tis­me vers des valeurs et des engagements enfin au diapason de not­re temps.

 

Dans ce nouvel ordre, « reformiert » et «Réformés» montrent, loin à la ronde et pour l’ensemble de l’Eglise (y.c. le Synode et le Conseil synodal), où se situent désormais les frontières du pos­sible et du licite et quels sont les «don’ts » et les « no-go » propres aux anciennes manières de croire et de s’engager. A ce titre, ces pé­riodiques pourvoient régulièrement de nouvelles thé­ma­tiques «disruptives».  De plus, ils font entrer dans les sphères de réflexion propres à l’Eglise, et à titre d’experts, les théologiens des facultés uni­­versitaires, notamment de ceux qui sont  post-croyants et anti-clé­ri­caux.

Ces théologiens sont appelés à donner leurs jugements sur les textes bibliques en lien avec les thématiques discutées. Ils le font généralement en mal puisque les textes sont dits être (plus ou moins) racistes, sexistes, violents, obscurantistes ou autrement pré-rationnels. Plus rare­ment, on emprunte le chemin inverse et instrumentalise des passages isolés et reformatés des Ecri­tu­res au profit des activismes en vogue: la fuite de la «sainte famille» en Egypte prouverait que nous som­mes  tous des réfugiés; quant au «plus ni homme ni femme, car vous êtes tous un en Jésus-Christ» de Gal 3,28, il est «abracadabré» au point de lui faire dire que là se trou­verait le berceau d’une justice enfin rendue à tous les sexes et genres. En dehors de ces deux ex­trêmes? Peut-être pas grand-chose…

Mais où est le lien avec le «lynchage organisé» du livre «L’islam conquérant»?

Ce qui précède permet de mieux cerner un certain nombre d’enjeux stratégiques et de batailles discursives autour de ce que les Alémaniques appellent «Deutungshoheit», litté­ra­le­ment la «sou­veraineté en matière d’interprétation» par rapport à un phénomène donné. Plus pro­saï­que­ment, il s’agit du pouvoir de dicter aux autres comment ils doivent voir et com­prendre les choses.

L’affaire du livre de Shafique Keshavjee a montré, peut-être plus clairement que d’autres épisodes récents, comment la vi­sion propre à un certain de nombre de théologiens post-croyants et anti-cléricaux actifs dans ou ve­nant des facultés de théologie a été non seulement répercutée et amplifiée par «Ré­for­més», mais – entre autres à partir de ce journal – tend à s’imposer aux sphères dirigeantes de l’Eg­lise réformée (notamment le Synode et le Conseil synodal). 

** Ces sphères dirigeantes vont-elles (continuer à) ne voir la question de l’islam que sous l’angle réduit – voulu par ces quelques théologiens et autres universitaires – du politiquement correct et d’une religion minoritaire discriminée? 

** Vont-elles, conformément aux pressions d’une «mission à l’envers», se croire obligées de se distancer de toute apparence d’une «Eglise à l’ancienne », prétendument obscurantiste et rétro­gra­de, lorsqu’elle s’attacherait à défendre ses propres intérêts et ceux du christianisme?

Ces questions n’impliquent pas la moindre hostilité contre l’islam ou les musulmans, pas plus que l’on en trouverait dans le livre de Shafique Keshavjee. La nécessité de soulever ces ques­tions mon­tre à quel point il est devenu compliqué, même au sein de l’Eglise réformée, d’échap­per à une décrédibilisation globale et sommaire de toutes critiques de l’islam, même de celles qui sont nu­an­cées et légitimes face à des problèmes spécifiques bien réels et concrets posés par certaines ma­nières de vivre cette religion.   


En guise de conclusion: peut-on vraiment savoir où va notre Eglise en ce début de 21
e siècle?

Tout ce qui précède tient essentiellement en deux points:

** Ce qui est exprimé, d’une part, c’est une certaine lecture des journaux d’Eglise «reformiert» et «Réformés»;

** D’autre part, il est dit que ces journaux non seulement reflètent, mais influencent – et pas de peu seulement – les décisions et orientations prises par les sphères dirigeantes de notre Eglise, no­tam­ment le Synode et le Conseil synodal.

Face à cela, une contre-argumentation implique assez naturellement les mêmes deux facettes:

** D’un côté, certains vont dire que notre vision de ces périodiques est contestable et ten­dan­ci­eu­se, en tout cas purement subjective et individuelle.

** De l’autre, il va certainement être dit qu’il ne faut quand même pas surestimer le pouvoir et l’influence d’un journal d’Eglise; la « vraie vie » de notre Eglise serait ailleurs et irait dans des di­rections tout autres que ce qui est décrit plus haut.

Peut-être. C’est ce dont il serait intéressant de pouvoir débattre.

Il y a un dernier point à soumettre à cette discussion nécessaire. C’est le jugement – à notre sens hau­tement significatif et lourd d’implications – émis par un représentant d’une des sphè­res di­ri­gean­tes face à ce que l’on pourrait appeler la tendance confessante au sein de notre Eglise: «Vous êtes des intolérants. Et dans notre Eglise tolérante, il n’y pas de place pour les in­to­lé­rants.»

Ce qui rend une telle déclaration si révélatrice et lui donne toute son importance, c’est qu’elle ex­pri­me en un raccourci saisissant où va une Eglise dominée par le politiquement correct et la «mis­sion à l’envers». Ceux qui sont décriés comme des traditionalistes et des fondamentalistes risquent de se bercer d’illusions s’ils croient qu’on leur accordera encore longtemps le pouvoir de contester et de déplorer les directions que prend «leur Eglise». Là où le réveil risque d’être brutal, c’est quand ils verront qu’ils sont encore tout au plus tolérés dans une Eglise post-cro­yante «mis­sion­née à l’envers», et seulement pour autant qu’ils se cantonnent dans leurs pa­rois­ses, elles-mêmes méprisées comme les derniers refuges d’un tra­di­tio­n­nalisme ap­pelé à dis­paraître.

 

En face de telles éventualités, il y a tout ce qu’il est peut-être possible de faire pour mettre cette Eglise au diapason du présent et de l’avenir de Jésus-Christ. En dépit de toutes les apparences con­traires, c’est Lui le Seigneur de notre Eglise. Il est vivant, Il est vraiment ressuscité en ce début de 21e siècle. Et Il viendra et reviendra vers Son Eglise, non pas depuis un quelconque pas­sé, mais dans et depuis ce qui est encore à venir.

C’est toujours problématique de faire pire que ce que l’on critique chez autrui…

Andreas et Friederike Matter-Tanski réagissent à l’article de Réformés (mars 2019) qui critiquait sans appel le livre de Shafique Keshavjee : L’islam conquérant.

« Qu’est-ce qui ne va pas, dans cet ouvrage?  » , demande la journaliste. Pour répondre à cette question, l’article accorde beaucoup de place à un professeur honoraire en théologie. Le peu d’estime qu’il a pour le livre s’achemine vers un jugement péremptoire, une condamnation totale et sans appel: « Tout l’ouvrage manque de distance historique et de connaissances » . Là déjà, on flirte avec les connotations attentatoires à l’honneur de Shafique Keshavjee en tant qu’écrivain érudit, expert reconnu de l’interreligieux depuis des décennies. Et la question de- meure entière: Qui des deux en sait davantage ou moins concernant l’islam, le Coran et les hadiths? Il en va de même des autres   « chercheurs de renom » cités à charge.

Tout au long de l’article, la journaliste accumule ses propres critiques féroces:   « pensée hasardeuse » ,  « (résumé) extrêmement réducteur » , etc. Puis, comme s’il y avait toujours état de pénurie dans le procès à charge, elle croit encore devoir se faire la rapportrice d’un bon nombre d’autres prétendus jugements d’experts à l’encontre du livre, attribués pudiquement à  » différents chercheurs et théologiens » . Et ça y va allègrement:   « caricature » ,  « imposture »,  « démarche bancale » ,  « tissu de fadaises » . Sans la moindre exception, ces délicates amabilités sont sommaires, sans nuance et aggressivement dépréciatives, alors qu’elles naviguent sous le couvert d’un anonymat parcimonieusement courageux. Là, au plus tard, l’affaire cesse d’être anodine. Car en tout cas le dernier des jugements dépréciatifs relatés est clairement injurieux, les deux qui le précèdent peut-être ou probablement aussi. Or, à force de colporter des injures anonymes, on s’aventure dans une zone où l’on commence à risquer de s’attirer des ennuis juridiques.

Beaucoup de ce que l’on lit des dits théologiens et chercheurs dans l’article est si carica- turalement sommaire, si hostilement unilatéral, si  « extrêmement réducteur », comme dirait la journaliste, que deux sortes de questions se posent par rapport à eux. D’une part: si, dans leur activité académique courante, ils traitent les Ecritures comme ils viennent d’approcher le livre de Shafique Keshavjee, il y a des craintes et du scepticisme à avoir concernant la crédibilité scientifique de leur travail d’exégèse et de critique des textes. D’autre part: est-ce que c’est à des auteurs de prises de position pareilles que peuvent faire confiance les décideurs de l’Etat à titre d’ « experts » quand il s’agit de trancher des questions relatives à la religion, que ce soit le christianisme ou l’islam?

Mais l’affaire a aussi révélé plusieurs problèmes liés à  « Réformés » . Peut-être le plus grave est le suivant: En l’occurrence, le journal a pris des libertés avec plusieurs impératifs usuels de déontologie journalistique. Espérons que les responsables de la publication sauront apporter au plus vite les correctifs nécessaires (excuses entre autres pour les injures anonymes colportées, espace adéquat accordé à Shafique Keshavjee pour s’exprimer face à un autre journaliste, moins enclin aux procès unilatéraux à charge).

Andreas et Friederike Matter-Tanski Riex VD et Heiligenschwendi BE

Il faut choisir son regard

Par Hetty Overeem, Evangile en chemin

Pour devenir pasteure j’étais obligée de passer par les études de théologie (j’ai aimé !) et par l’approche historico-critique. Quand celle-ci aide à mieux comprendre les textes bibliques dans leur contexte, elle renvoie à l’identité de Dieu : il va si loin dans son amour qu’il n’hésite pas à révéler Sa Réalité à travers des auteurs très humains, y compris leur culture environnante, leur personnalité, leurs préférences et leurs allergies.

Mais cette approche a dérapé dans une emprise sur Dieu : à force de se focaliser sur l’aspect humain dans les textes, on ne tient plus compte de la Réalité de Dieu, qui se voit soumis à la réalité humaine et adapté à ses critères. Cette lecture qui se prétend « scientifique » se pose en maîtresse absolue, dénigrant toute autre approche. Elle fait de gros dégâts dans ma vie et ma foi comme dans celles des églises réformées. Car elle mène, non pas à une interrogation saine, mais à un climat d’orgueil, de doute et de méfiance envers Dieu. C’est un regard, ou mieux, un esprit d’incrédulité –  et j’ai besoin de m’en délier.

Car dans cet esprit les actions réelles de Dieu dans l’histoire deviennent des expériences subjectives. L’espérance dans le Dieu vivant, qui réalise son plan et ses promesses concrètement dans l’histoire humaine et donc aussi concrètement dans notre histoire, se réduit comme peau de chagrin à un vague espoir que « demain sera meilleur ». Le salut glisse du roc solide dans la mer agitée d’une spiritualité humaine confuse.

SOS ! Il y a deux manières de voir qui s’opposent mais que nous faisons coexister dans une fausse notion de tolérance et d’amour. On peut réduire la Réalité de Dieu à notre réalité humaine : c’est l’illusion garantie. On peut voir la réalité humaine aimée, portée, enveloppée, prise au sérieux mais aussi limitée par la Réalité de Dieu. C’est ce regard que proposent les Ecritures.

Je choisis le deuxième, même si c’est un réel effort de remplacer chaque jour la perspective soi-disant « naturelle » (la « chair ») par celle de l’Esprit de Vérité. Mais c’est vital, sinon nous serons les esclaves du même esprit d’incrédulité qui enferme le monde. C’est vital de sortir de cette prison, cet état de  victime, où nous nous laissons être coupés en deux par deux manières de voir qui s’excluent mutuellement. 

Nous ne pouvons pas glorifier Dieu en le laissant être lui-même    et en même temps le coincer dans une « spiritualité » qui n’est qu’un prolongement de nous, car c’est abuser de Dieu. Nous ne pouvons pas nous réjouir de la Vérité déjà révélée en Jésus-Christ, même si la plénitude est encore à découvrir    et en même temps maintenir la « vérité » comme quoi il y a seulement  « notre » vérité qui n’engage que nous. Nous ne pouvons pas grandir dans l’écoute et le discernement de la volonté de Dieu pour nous    et en même temps rester dans nos idées et habitudes. Nous ne pouvons pas chercher le Royaume de Dieu    et d’abord notre avis à nous. Nous ne pouvons pas nous laisser souffler par l’Esprit où il veut    et nous laisser piéger par des objectifs à formuler, à atteindre, à contrôler selon des critères opposés à cet Esprit. Nous ne pouvons pas joyeusement dire au monde que Jésus-Christ est mort et ressuscité pour nous sauver –  et penser que cela pourrait tout aussi bien ne pas être vrai. Nous ne pouvons pas remplacer l’Evangile par des valeurs, ni remplacer l’Amour pour Dieu (le premier commandement!) par l’amour pour le prochain. Il faut choisir son regard.     Viens, Saint-Esprit ! Donne-nous le tien ! 

« L’islam conquérant ». Un lanceur d’alerte !

Avec beaucoup de finesse et d’érudition, Shafique Keshavjee montre la grande variété de l’islam contemporain. Il montre que seule une minorité de musulmans glisse ou risque de glisser dans la violence. Seule une minorité adhère à ces trois dimensions de l’islam qui sont bien présentes dans les textes musulmans : une spiritualité communautaire, un projet politique et une stratégie militaire. La majorité des musulmans pratique seulement la première de ces dimensions : l’islam comme spiritualité communautaire. Shafique Keshavjee nous permet par là d’éviter aussi bien la diabolisation de tous les musulmans que l’angélisme béat qui nous assure que l’islam est une religion de paix qui n’a rien à voir avec la violence. Une minorité de musulmans se nourrit des textes violents de l’islam et rêve de dominer le monde en conformité avec l’exemple de leur prophète.

J’aimerais souligner ici un paragraphe de cet excellent livre :

«  Que des musulmans cherchent à promouvoir partout la Vérité d’Allah et de son prophète est compréhensible. Ils sont certains que cette Vérité est la meilleure et qu’elle mène au paradis. Mais que des non-musulmans, par ignorance de la complexité de l’islam et de leurs propres racines, leur ouvrent les portes sans discernement et sans exigences éthiques est autrement plus grave. » (p. 196). A mon sens, Shafique Keshavjee ne cherche pas à discréditer l’islam ni à changer les musulmans mais à alerter les responsables politiques et médiatiques. Il n’est pas polémique mais prophétique : ouvrez les yeux ! Pour le bien des musulmans et des non-musulmans, ne laissez pas la minorité violente prendre racine chez nous.

A mon avis, la mollesse et l‘aveuglement des Occidentaux sont nos pires ennemis ! En voici un exemple : Qu’un père de famille musulman dise à l’institutrice de son fils qu’il n’apprécie pas qu’on parle de Noël à l’école est compréhensible. Que l’institutrice renonce pour cela à toute mention de Noël est gravissime. Un autre exemple : qu’un responsable musulman critique le livre de Shafique Keshavjee est compréhensible. Que des théologiens réformés se posent en défenseurs de l’islam relève de l’aveuglement.

Gérard Pella, Attalens

Le nouveau livre de Shafique Keshavjee ne laisse personne indifférent. Il a déjà suscité bon nombre de réactions, plus ou moins lucides. L’article de Camille Andres publié dans Réformés de mars 2019 était particulièrement tendancieux. Il a suscité de nombreuses réactions, dont plusieurs n’ont pas pu être publiées. En voici deux parmi tant d’autres :

C’est toujours problématique de faire pire que ce que l’on critique chez autrui…

 » Qu’est-ce qui ne va pas, dans cet ouvrage? « , demande la journaliste. Pour répondre à cette question, l’article accorde beaucoup de place à un professeur honoraire en théologie. Le peu d’estime qu’il a pour le livre s’achemine vers un jugement péremptoire, une condamnation totale et sans appel: « Tout l’ouvrage manque de distance historique et de connaissances « . Là déjà, on flirte avec les connotations attentatoires à l’honneur de Shafique Keshavjee en tant qu’écrivain érudit, expert reconnu de l’interreligieux depuis des décennies. Et la question de- meure entière: Qui des deux en sait davantage ou moins concernant l’islam, le Coran et les hadiths? Il en va de même des autres  » chercheurs de renom  » cités à charge.

Tout au long de l’article, la journaliste accumule ses propres critiques féroces:  » pensée hasardeuse « ,  » (résumé) extrêmement réducteur « , etc. Puis, comme s’il y avait toujours état de pénurie dans le procès à charge, elle croit encore devoir se faire la rapportrice d’un bon nombre d’autres prétendus jugements d’experts à l’encontre du livre, attribués pudiquement à  » différents chercheurs et théologiens « . Et ça y va allègrement:  » caricature « ,  » imposture « ,  » démarche bancale « ,  » tissu de fadaises « . Sans la moindre exception, ces délicates amabilités sont sommaires, sans nuance et aggressivement dépréciatives, alors qu’elles naviguent sous le couvert d’un anonymat parcimonieusement courageux. Là, au plus tard, l’affaire cesse d’être anodine. Car en tout cas le dernier des jugements dépréciatifs relatés est clairement injurieux, les deux qui le précèdent peut-être ou probablement aussi. Or, à force de colporter des injures anonymes, on s’aventure dans une zone où l’on commence à risquer de s’attirer des ennuis juridiques.

Beaucoup de ce que l’on lit des dits théologiens et chercheurs dans l’article est si carica- turalement sommaire, si hostilement unilatéral, si  » extrêmement réducteur « , comme dirait la journaliste, que deux sortes de questions se posent par rapport à eux. D’une part: si, dans leur activité académique courante, ils traitent les Ecritures comme ils viennent d’approcher le livre de Shafique Keshavjee, il y a des craintes et du scepticisme à avoir concernant la crédibilité scientifique de leur travail d’exégèse et de critique des textes. D’autre part: est-ce que c’est à des auteurs de prises de position pareilles que peuvent faire confiance les décideurs de l’Etat à titre d’ « experts  » quand il s’agit de trancher des questions relatives  » à la religion « , que ce soit le christianisme ou l’islam?

Mais l’affaire a aussi révélé plusieurs problèmes liés à  » Réformés « . Peut-être le plus grave est le suivant: En l’occurrence, le journal a pris des libertés avec plusieurs impératifs usuels de déontologie journalistique. Espérons que les responsables de la publication sauront apporter au plus vite les correctifs nécessaires (excuses entre autres pour les injures anonymes colportées, espace adéquat accordé à Shafique Keshavjee pour s’exprimer face à un autre journaliste, moins enclin aux procès unilatéraux à charge).

Andreas et Friederike Matter-Tanski Riex VD et Heiligenschwendi BE

*.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *.    *

Je suis choqué par la lecture de cet article tant sur le fond que sur le ton.

Ce texte subjectif et tendancieux ne se réfère d’ailleurs qu’à l’opinion de personnes ne partageant pas les thèses de Shafique Keshavjee. Ne présenter ce livre que par un trou de la lorgnette paraît fallacieux et certainement pas à la hauteur de ce que l’on attend de Réformés.

On a envie de dire:évidemment…

Tiens, aujourd’hui 4 avril 2019, article de 24 heures sur le livre, Qatar Papers: comment l’émirat finance l’islam en France et en Europe de Christian Chesnot et Georges Malbrunot….

Yves-Richard Demaurex

 

L’islam conquérant et les millions du Qatar

Je trouve intéressant de rapprocher 2 articles récents de 24Heures. L’un consacré au livre éclairé de Shafique Keshavjee « L’islam conquérant », l’autre, intitulé « L’argent du Qatar inonde l’islam suisse… ».  

Jolie coïncidence de voir le livre et les allégations de deux journalistes français venir à la rescousse du théologien vaudois, critiqué pour avoir redit que les visées d’extension étaient dans l’ADN coranique de l’islam! Deux éclairages complémentaires. Car c’est bien la même réalité qui est décryptée, dévoilée et analysée, mais par une approche et sous des angles de vue assez différents. 

Assez rigolo que l’on goûte à l’enquête montrant les liens avérés entre les millions du Qatar et l’avancée des mosquées en Europe, et que, simultanément, on attaque M. Keshavjee qui désigne le même plan conquérant, mais d’un point de vue éthico-théologique! 

Il me paraît que beaucoup font preuve d’une étonnante et navrante naïveté en voyant l’islam s’implanter doucement mais sûrement chez nous. Une avancée en terrain spirituel. Une percée par la haute finance. 

On peut respecter ce phénomène de civilisation, tout en ne refusant pas d’ouvrir les yeux sur une tactique d’infiltration religieuse que les géo-politiciens sérieux ont mis en lumière. L’Angleterre et la France ont déjà largement passé au vert, -le PSG aussi!- et ce mouvement suit son cours.

Shafique Keshavjee nous avertit en homme connaisseur, sincère et respectueux. Mais bien sûr il est plus facile d’attaquer un théologien à la voix prophétique parmi ses contemporains que de descendre en flèche des journalistes révélant la volonté de réislamisation des communautés musulmanes d’Europe…

Ne dit-on pas que l’argent obtient tout? Quand notre pays, la Suisse, se réveillera au milieu d’une Europe pourrie-gâtée par les gros sous du Qatar, il sera peut-être trop tard. Les croissants auront remplacé les croix, les cloches de nos églises se seront tues devant le muezzin, et… la majorité suivra le Coran.

Pierre-Yves Paquier, Aubonne   

Marqueurs d’espérance

Pouvoir donner un sens à sa souffrance est capital ! C’est ce que proposent Alain Décoppet et Marie-Antoinette Norwich dans cette magnifique méditation à deux voix.

C’est une très grande joie pour la MEB (Mission Evangélique Braille) de présenter, ici, dans le chœur de cette cathédrale, les 44 gros volumes composant la Traduction Œcuménique de la Bible en braille. Les aveugles lisant le braille vont pouvoir désormais accéder à l’ensemble de cette Bible. Pour ceux qui ne savent pas le braille, une version audio est en préparation : le Nouveau Testament est disponible, l’Ancien est en cours. Qu’est-ce qui nous pousse à ce grand effort à la fois financier et humain pour que les aveugles puissent accéder à la Bible ? C’est que nous avons la conviction que la Bible permet aux aveugles d’entendre une Parole de Dieu qui donne un sens à leur vie, leur révèle qui est Dieu et par là leur permet de se situer et de trouver leur place par rapport à Dieu et aux autres hommes.

Pouvoir donner un sens à sa souffrance est capital : c’est ce que le prophète Jérémie a fait pour son peuple :

311 En ce temps-là — oracle du SEIGNEUR —, je deviendrai Dieu pour toutes les familles d’Israël, et elles, elles deviendront un peuple pour moi.

2Ainsi parle le SEIGNEUR :
Dans le désert, le peuple qui a échappé au glaive gagne ma faveur.
Israël va vers son rajeunissement.

3 De loin, le SEIGNEUR m’est apparu:
Je t’aime d’un amour d’éternité,
aussi, c’est par amitié que je t’attire à moi.

4 De nouveau, je veux te bâtir,
et tu seras bâtie, vierge Israël.
De nouveau, parée de tes tambourins,
tu mèneras la ronde des gens en fête.
5 De nouveau, tu planteras des vergers
sur les monts de Samarie ;
ceux qui auront planté feront la récolte.

6 Il est fixé, le jour où les gardiens crieront
sur la montagne d’Éphraïm:
Debout ! montons à Sion,
vers le SEIGNEUR notre Dieu.

7 Ainsi parle le SEIGNEUR:
Acclamez Jacob, dans la joie,
réservez un accueil délirant
à celui qui est le chef des nations !
Clamez, jubilez, dites :
Le SEIGNEUR délivre son peuple,
le reste d’Israël.

8 Je vais les amener du pays du nord,
les rassembler du bout du monde.
Parmi eux, des aveugles, des impotents,
des femmes enceintes et des femmes en couches,
ils reviennent ici, foule immense.

9 Ils arrivent tout en pleurs,
ils crient : « Grâce ! » et je les pousse :
je les dirige vers des vallées bien arrosées
par un chemin uni où ils ne trébuchent pas.
Oui, je deviens un père pour Israël,
Éphraïm est mon fils aîné. Jérémie 31. 1-9

 Ces versets font partie de ce qu’on appelle le livre de la Consolation qui comprend les chapitres 30 à 33 de Jérémie. Ils ont été proclamés dans l’une des périodes les plus sombres de l’histoire d’Israël : nous sommes entre les années 588 et 586 avant Jésus-Christ ; le roi de Babylone a envahi le royaume de Juda, Jérusalem est assiégée. Pendant des années, Jérémie avait averti ses concitoyens que s’ils ne revenaient pas à Dieu, cette catastrophe allait arriver. Maintenant il sait que la ville sera prise, ses habitants massacrés ou emmenés en captivité en exil… Mais là, dans ces moments très sombres, lui qui avait tout le temps annoncé la venue du malheur, transmet maintenant de la part de Dieu un message d’encouragement et d’espérance.

Certes, le peuple d’Israël va subir les conséquences de son refus de revenir à Dieu ; les versets précédant notre passage (Jr 30.23-24), parlent d’une tempête qui va s’abattre sur Juda, mais le prophète voit aussi le jour où « le peuple qui a échappé au glaive » reviendra de Babylone à Sion. Dieu va lui faire grâce, lui pardonner. Ce n’est donc pas qu’un retour physique vers la terre des ancêtres, mais un retour vers Dieu : « Montons à Sion, vers le SEIGNEUR notre Dieu » (Jr 31.6). Dieu ouvre ainsi un accès à sa présence à tous ceux qui reviendront. Et ce qui est extraordinaire, c’est que parmi tous ceux qui reviennent, Jérémie voit des aveugles, des impotents, des femmes enceintes, des femmes en couche. Que viennent faire ces aveugles, tous ces gens handicapés, fragiles ou fragilisés, tous ces laissés pour comptes… dans cette foule immense qui rentre de Babylone à Juda. 

Ce sont des marqueurs d’espérance. En médecine, un marqueur est une caractéristique dont la présence est signe de l’existence, par exemple, d’un gène donné. Ici, la présence de ces aveugles et autres personnes fragiles est la preuve qu’il y a de l’espérance. En effet, pour rentrer de Babylone en Israël, il y avait un long trajet à parcourir, le terrible désert de Syrie à traverser. Pour se lancer sur ce chemin de retour, il fallait la conviction que l’effort en valait la peine et que c’était possible. Les aveugles qui s’y lançaient était des signes d’espérance pour les autres. Je crois que dans la Bible, les aveugles sont des marqueurs d’espérance, car si eux qui ont de la peine, se lancent dans une action, c’est le signe que c’est possible pour les autres. Dans le récit de la prise de Jérusalem par David (2 Sa 5.6-9), alors que le roi assiège la ville, de l’intérieur, les habitants de Jérusalem lui envoient ce message : « Tu n’entreras ici qu’en écartant les aveugles et les boiteux ». Comment comprendre ce texte ? Plusieurs interprétations sont possibles, mais celle de la TOB, citée ici, laisse entendre que toute la population est bien motivée, tout entière mobilisée contre David, y compris les aveugles, et qu’il lui faudra les écarter pour entrer dans la ville. Ici, comme dans notre passage de Jérémie, ils ont compris qu’il y avait un enjeu important et que cela valait la peine de s’y engager. Jérémie annonce en effet une nouvelle alliance, un peu plus loin dans ce chapitre (Jr 31.31-34), mais cela est déjà clairement annoncé dans la formule d’alliance qu’on trouve au début de ce chapitre : « En ce temps-là, je serai le Dieu de toutes les familles d’Israël, et eux seront mon peuple » (Jé 31.1). 

Dans cette nouvelle alliance, les aveugles et autres handicapés auront un accès direct à Dieu. Dans l’ancienne alliance, la Torah protégeait certes les handicapés contre ceux qui auraient voulu profiter de leur handicap pour les berner, mais elle leur interdisait d’être prêtre, donc de s’approcher de Dieu. Dans la nouvelle alliance, l’accès à Dieu leur est ouvert : Jésus est bien dans cette ligne en racontant la parabole des invités aux festins lue tout à l’heure (Lc 14.16-24). Et dans le récit de l’entrée de Jésus à Jérusalem, tel qu’il nous est raconté par Matthieu (21.1-15), les aveugles et les boiteux sont entrés dans le temple, lieu de la présence de Dieu, avec les enfants qui criaient « Hosanna ! »

Dans les siècles passés, l’Église a été souvent un précurseur pour aider les aveugles et leur faire la charité, et il ne faudrait pas oublier cela, car ce fut un progrès pour les personnes handicapées ou fragilisées. Il n’y a qu’à aller dans des pays où l’Évangile n’a pas marqué la culture comme chez nous, pour voir le sort qui leur est réservé… Mais les aveugles ont fréquemment reproché aux chrétiens que cette manière de leur faire la charité était souvent humiliante. Saint Vincent de Paul était très conscient de ce problème, quand, instruisant ses filles de la charité, il leur disait : « Les pauvres à qui vous faites la charité, aimez-les tellement qu’ils vous pardonnent la charité que vous leur faites ».

Mais Jésus va plus loin : en leur ouvrant les portes du temple, il leur donne un accès direct au service de Dieu. Si l’Église sait généralement assez bien prendre soin des aveugles, en revanche, elle a assez de peine à leur faire une place dans le service de Dieu. Bien sûr, les contraintes budgétaires auxquelles elles sont confrontées ne les encouragent pas dans ce sens. Mais je crois qu’elles se privent ainsi de richesses que le Seigneur aimerait leur donner. Un ami m’a raconté avoir connu, dans les années 1950, un responsable provincial de l’ordre des Carmes qui avait eu un AVC et était diminué dans sa capacité de travail. Mais ses frères l’avaient quand même choisi comme provincial parce que c’était un homme de prière et doué d’une grande sagesse et d’un grand discernement spirituel. A leurs yeux, cela valait plus que des compétences techniques. Heureuse l’Église qui sait, comme le Seigneur, regarder au cœur et ne s’arrête pas à ce qui frappe les yeux (1 S 16.7).

La force des handicapés et des fragilisés est qu’ils apprennent à compter sur le Seigneur pour vivre leur vie chrétienne. Ce n’est pas qu’ils soient plus saints que les valides, mais ils y sont en quelque sorte contraints. Leur handicap devient une force, un atout. « Heureux les fêlés, car ils laissent passés la lumière » dit avec humour une béatitude moderne… mais ça fait réfléchir !…

Quand un handicapé frappe à la porte d’une Église, cela n’est pas si simple, cela peut poser des problèmes, demander de l’imagination. De l’imagination, il en a fallu à la Communauté de Saint-Loup, quand, il y a quelques dizaines d’années, Sœur Violette, une diaconesse infirmière, a commencé à perdre la vue. Je l’ai connue au début de mon ministère, il y a bientôt quarante ans. Sa cécité ne lui permettait plus de travailler comme infirmière, alors la communauté lui a confié l’aumônerie des malades. Elle les visitait au chevet de leur lit, les écoutait et leur apportait une parole de réconfort. Je l’entends encore raconter que son handicap visuel était devenu un atout entre les mains de son Seigneur. « En effet, disait-elle en substance, quand je rencontre un malade, je ne peux pas le juger ou le cataloguer d’un regard. Il ne se sent pas enfermé dans mon regard et ose se confier plus librement… »

Je vais maintenant laisser la place à Marie-Antoinette Lorwich, malvoyante, qui est aumônière de rue à Payerne et à Moudon au service de l’Église catholique. Elle vous dira comment son handicap est un atout entre les mains de son Seigneur pour le service des marginaux et des gens de la rue…

Alain Décoppet

Perdre la vue, c’est perdre ses repères. On devient comme les exilés de Jérémie qui sont mis à l’écart, en marge de la société. On se sent fragiles et vulnérables, et on commence à se poser un certain nombre de questions. Que vais-je devenir ? Que vais-je faire à l’avenir ? Mes interrogations étaient surtout professionnelles. Je travaillais dans une banque et ne pouvais plus exercer ma profession. Je me suis donc tournée vers des métiers qui pouvaient être exécutés par des malvoyants ou aveugles, puisque c’est ainsi que mon avenir se dessinait. Mais, pendant que je cherchais un métier, c’est une vocation que j’ai trouvée. Dieu m’a rejointe et m’a appelée à travailler auprès des plus pauvres, des plus fragiles.

Je ne serai jamais assez reconnaissante à l’Église Catholique du Canton de Vaud de m’avoir ouvert les portes et accueillie avec mon handicap. Je ne sais pas si c’est du courage ou de l’audace qu’ils ont eu, car je ne vois qu’à 10 % ; mais ils ont entendu mon appel à travailler dans la rue auprès de personnes souffrant de dépendances, telles que l’alcoolisme ou la toxicomanie, ou de maladies psychiques. On y rencontre aussi un grand nombre de personnes seules à la recherche de liens. Je ne développerai pas ici ce que j’ai mis en place pour aller à la rencontre de ces personnes, car lorsque je me rends à la gare, je ne fais aucune différence entre un passager CFF et une personne en fragilité. Aujourd’hui, ce n’est pas moi qui les cherche, c’est eux qui me trouvent et me reconnaissent.

Je crois profondément que nous, les handicapés de la vue (malvoyants ou aveugles), avons une grande force, si en plus nous sommes croyants : c’est celle de pouvoir voir avec les yeux du cœur, les yeux de Dieu :

  • Les yeux qui ne jugent pas
  • Les yeux qui aiment sans condition
  • Les yeux de Miséricorde qui savent que Dieu a déjà tout pardonné

Pour voir de cette manière, il faut oser se laisser regarder par Dieu et transformer par son Amour. Ainsi, quand on s’approche de ces personnes avec ces yeux-là, une grande confiance s’installe entre nous. La confiance est le moteur de l’espérance, et lorsque celle-ci est présente, tout peut ressusciter ! Comme l’a dit St-Luc, l’envie de se rendre au festin revient. Le désir, le sens de la vie, de nouveaux projets peuvent naître. C’est une grande joie de pouvoir accompagner toutes ces personnes que Dieu met sur ma route et avec lesquelles je noue de vraies relations fraternelles.

Je terminerai en citant St-Exupéry qui avait écrit : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ». Aujourd’hui, j’ai deux essentiels dans ma vie : celui de voir avec les yeux de Dieu et celui d’écouter la voix/voie du Seigneur.

Marie-Antoinette Norwich

CECCV – Célébration de dédicace de la TOB 2010 en braille

Cathédrale de Lausanne – 3 juin 2018

Indifférence, tiédeur ou… ?

Prédication du pasteur Daniel Fatzer

 

Indifférence et tiédeur…

Il existe dans notre beau canton un petit village terrorisé ! Pas terrorisé aujourd’hui… mais il y a trois siècles ! Ce village a subi un orage d’une violence rare qui a bouleversé ses habitants, qui ont décidé, suite à cet événement traumatisant, de célébrer un culte de repentance, chaque année à la date du dit orage…
J’ai eu le privilège d’y être prédicateur invité, 3 siècles après le dit orage !

…3 siècles, vous rendez vous compte ! Et la tradition tient bon…même si l’on peut bien imaginer que l’esprit de repentance n’y a plus tout à fait la même force que 300 ans auparavant ! Il s’agit de Chavannes-le-Veyron, entre Cossonay et L’Isle.

J’ai choisi de parler aux citoyens de ce village à partir de l’Apocalypse, comme je le fais ce matin au milieu de nous.

Savez-vous par quoi l’Eglise en Suisse est persécutée, selon un brillant théologien du 20ème siècle ?

PAR L’INDIFFERENCE

Nous, Eglise du Christ, nous générons de l’indifférence dans la population ! Voire même un rejet franc si l’on en croit ce que nous disait Aude Chollet à ce même lutrin il y a quelques dimanches !

Peut-être bien que nos concitoyens de Chavannes-le-Veyron connais-saient cela à leur manière, il y a trois siècles déjà : une certaine indiffé-rence aux choses essentielles, à savoir nos vies, le sens qu’elles ont, notre mort, plus ou moins imminente, notre relation avec Dieu…

Et si la tradition de Chavannes-le-Veyron dit vrai, l’ « orage épouvantable » qui a détruit les récoltes, a secoué tous les habitants de leur torpeur intérieure… au point qu’ils décident ensemble de remettre les choses essentielles au centre de leur vie, et de s’en souvenir au moins une fois par an (au mois de juin, mois du terrible orage).
Magnifique acte de repentance, càd de retour à celui qui nous dépasse…alors qu’après cet orage ils auraient pu se retourner contre Dieu, au lieu de retourner à lui !

A ce sujet une histoire bien vaudoise:
Un paysan de chez nous sort de sa ferme pour contempler ses champs dévastés après un gros orage…et le visage noir de colère tourné vers le sol, mais les yeux fulminants tournés vers le ciel de dire : « j’accuse personne, mais c’est pas malin ! »

Peut-être bien qu’à Chavannes-le-Veyron quelques-uns ont réagi comme ce paysan fâché, mais pas la majorité. Ils sont retournés au fond d’eux-mêmes et vers leur Dieu qu’ils avaient mis à distance.

Eh bien, le livre de l’Apocalypse est bourré d’histoires de ce genre, aussi terrifiantes, sinon plus, que le terrible orage destructeur de juin à Chavannes-le-Veyron. Avec l’Apocalypse, on peut jouer à se faire peur, si l’on veut, en mettant en valeur tous les événements terrifiants qui y sont décrits.

MAIS LA N’EST PAS L’ENJEU DU LIVRE DE L’APOCALYPSE !

Ecoutons ce qui est dit aux chrétiens de cette petite ville d’Asie mineure, aujourd’hui situées en Turquie, qui s’appelle Laodicée. Il s’agit, ma foi, de gens comme vous et moi…
14« Écris à l’ange de l’Église qui est à Laodicée : « Voici le message de ce-lui qui est vraiment le Oui de Dieu. Il est le témoin fidèle qui dit la vérité, il est à l’origine de tout ce que Dieu a créé.15Je connais tout ce que tu fais : tu n’es ni froid ni brûlant. Si seulement tu pouvais être froid ou brûlant ! 16Mais comme tu es tiède, ni froid ni brûlant, je vais te vomir de ma bouche. 17Tu dis : je suis riche, j’ai gagné beaucoup d’argent, je n’ai besoin de rien. Mais en fait, tu es malheureux, tu mérites la pitié, tu es pauvre, aveugle et nu, et tu ne sais même pas cela. 18C’est pourquoi, voici ce que je te conseille : achète chez moi de l’or que le feu a rendu pur, et tu de-viendras riche. Achète des vêtements blancs pour te couvrir, ainsi tu ne seras pas nu et tu n’auras plus honte. Achète un médicament pour le mettre dans tes yeux, et tu verras clair. 19Tous ceux que j’aime, je les corrige et je les punis. Montre donc plus d’ardeur et change ta vie ! 20Voilà : je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je mangerai avec lui et il mangera avec moi. 21Moi, je suis vainqueur et je suis allé m’asseoir avec mon Père sur son siège royal. Alors, les vainqueurs, je les ferai asseoir aussi sur mon siège royal.

(Apoc 3/ 14-22)

Comme vous pouvez le constater dans ce message de Jésus à l’Eglise de Laodicée, l’enjeu n’est pas la terreur, même si elle est terrible, mais LA TIEDEUR.

L’Apocalypse n’est pas un livre terrorisant, mais un livre tranchant !
Il tranche entre la tiédeur et la chaleur, entre la tiédeur et la froideur…
Et il nous avertit, nous qui connaissons le Christ : le pire pour nous, ce n’est pas la froideur, mais la tiédeur…
Peut-être donc que tous nos concitoyens qui sont froids par rapport à Dieu sont en meilleure position que nous, si nous sommes tièdes !!! Incroyable, non ?….
Cela voudrait dire que nous qui allons encore dans une église, rarement ou souvent, nous sommes probablement plus éloignés du Royaume de Dieu qui vient que tous ceux qui passent leur dimanche ailleurs que dans une église !!!!

Un livre qui tranche, qui surprend, qui dérange, en tout cas nous, qui le lisons encore !!!!

Si le Royaume de Dieu qui vient compte pour nous, il nous reste 2 options : sortir de cette église et nous refroidir le plus possible spirituellement, ou alors descendre au plus profond de nous-même, en suppliant que l’Esprit nous visite pour nous mettre en « Burn in », différemment du « Burn out » qui touche tant de gens aujourd’hui, moi y compris au début de cette année.

Et, pour un peuple comme le nôtre, le peuple vaudois, dont la devise est « prudence, prudence » ou encore « modération, modération » ou encore « juste milieu-juste milieu »…

…ou alors pour nous comme peuple suisse, fiers de notre neutralité, voilà que l’Apocalypse nous bouscule énergiquement et nous somme de nous geler ou de nous chauffer. Si on est croyant, on ne peut l’être qu’à fond !!!!!

Et si un orage terrifiant ou une autre catastrophe devait nous tomber sur la tête, ce n’est pas pour nous effrayer, mais pour nous réveiller…nous sortir de nos létargies, nous secouer, et nous reconduire à l’ardeur de notre premier amour pour le Christ.

En cette législature où notre EERV se préoccuppe d’évangélisation, il semble bien que ce livre soit une lecture incontournable, non pas pour évangéliser le monde d’abord, mais bien nous, les tiédasses, les « brouillardeux » comme disent les Combiers en parlant des gens de la plaine…afin que nous entrions dans la clarté et la chaleur de notre foi au Christ et de notre service à sa suite !!!!!

Oh là là !
Le Ps 68 nous présente Dieu comme le Père des orphelins et le défenseur des veuves… Serons-nous du côté de ce Dieu qui donne une famille à ceux qui sont abandonnés et qui libère les captifs ? Lui qui fait tomber une pluie bienfaisante sur nos terres desséchées…

SERONS NOUS RESOLUMENT DU CÔTE DE CE DIEU-LA?
OU ALLONS NOUS CROUPIR, PUIS MOURIR, DANS NOTRE TIEDEUR, NOS PRUDENCES ET NOTRE NEUTRALITE ANCESTRALE ?

C’EST LA QUESTION QUE NOUS LAISSE LE LIVRE DE L’APOCALYPSE DANS SON CHAPITRE 3…
A NOUS DE VOIR !!!!!
A MOI DE VOIR, AVEC MOI-MÊME.

AMEN

Daniel Fatzer

Livre de Shafique Keshavjee sur l’Islam

     Le livre de S. Keshavjee sur l’Islam conquérant est désormais disponible:

P67136_DK_ISLAM-COVER-03-FULL-Bleed-NEW-2 

L’islam intrigue, interroge, inquiète. Qu’est-ce que l’islam ? Dans ce brillant livre de synthèse, l’auteur présente la grande diversité des musulmans contemporains. Puis, à partir des textes fondateurs de l’islam, largement méconnus du grand public, l’auteur met en lumière la structure conquérante de l’islam comme système global. Selon ses textes fondateurs et son histoire, l’islam est à la fois une spiritualité communautaire, un projet politique et une stratégie militaire. Finalement, l’auteur compare les fondations de l’islam et du christianisme.

POINTS FORTS

+ un ouvrage pédagogique, facile à lire

+ une mise en lumière des violences cachées de l’islam et de l’Occident

+ un texte respectueux des personnes et critique des Systèmes

+ des questions pointues pour les décideurs politiques, les musulmans et les chrétiens

+ un appel à chercher la vérité qui libère

L’AUTEUR

Après une triple formation en sciences sociales et politiques, en théologie et en sciences des religions, Shafique Keshavjee a été pasteur et professeur de théologie en Suisse romande. Une partie de sa famille est musulmane, une autre est chrétienne. Fondateur d’une maison pour le dialogue et ancien membre de la Constituante vaudoise, il est aussi l’auteur de plusieurs livres publiés notamment aux éditions du Seuil à Paris, dont le best- seller Le roi, le sage et le bouffon. Le grand Tournoi des religions.

 

COMMANDE

L’islam conquérant, 232 pages, au prix de 19.00 CHF en Suisse et 14.90 EUR ailleurs en Europe, peut être commandé dans toutes les librairies.

Il est vendu aussi en format epub au prix de 9.90 CHF / 8.99 EUR sur des sites en ligne tels www.amazon.fr ou www.maisonbible.ch

Enracinez-vous en Lui !

Prédication du pasteur Guy Chautems

Enracinez-vous en lui

Col.2.6-7

Lectures : Colossiens 1.12-20 & Colossiens 2.6-7

 

Ainsi, comme vous avez reçu Jésus-Christ, le Seigneur, vivez en lui ; enracinez-vous et construisez-vous en lui, affermissez-vous dans la foi, conformément à ce qui vous a été enseigné, et abondez en actions de grâces.

(Colossiens 2.6-7)

« Enracinez-vous en lui ! » Paul dans ces quelques lignes aborde la question de notre identité.

A première vue il avait l’air bien dans sa peau, ce jeune homme participant à une retraite paroissiale. Il avait entendu le message du matin où nous abordions la question de notre identité.  Comme tous les autres, il avait été invité – en silence – à faire un retour sur ses racines, sur ses origines en particulier familiales. Tout à coup, dans le silence, il s’est écrié en colère : « Mes racines, de la merde ! J’en ai marre ! Stop ! » Enfant de parents divorcés, d’un père mis en prison. Abandonné, transbahuté d’une famille vers une autre famille, d’un foyer vers un autre foyer, il ne voulait plus réfléchir à son histoire passée !

Frères et sœurs, sommes-nous à l’aise avec notre identité, familiale, conjugale, personnelle ? Sommes-nous fiers de nos parents, de nos grands- parents, de notre conjoint, de nos enfants ? Sommes-nous heureux d’être Suisse, ou Français, ou Allemand, ou encore d’un autre pays de cette planète ? Sommes-nous satisfait de notre scolarité, de nos apprentissages, du terreau de notre vie ? Car nos racines, celles qui nous donnent notre identité, plongent bien dans notre histoire avec ses beautés et ses misères, avec ses réussites et ses échecs !

L’apôtre Paul annonçant l’Evangile aux Colossiens a certainement rencontré de nombreuses personnes travaillées par leur identité, en recherche de leurs racines. Il a entendu l’histoire de ses paroissiens, il a pleuré avec les uns, il s’est réjoui avec les autres, mais à tous il a annoncé une bonne nouvelle, une extraordinaire nouvelle : votre vie est appelée à être transplantée dans un terreau exceptionnel… dans la vie même du Christ ! Son histoire deviendra votre histoire ! Ses racines deviendront vos racines !

 

La transplantation

Jésus est venu, il a pris corps d’homme, pour faire l’œuvre du Père : nous déraciner comme le jardinier déracine l’arbre afin de le transplanter dans une bonne terre. Voici comment Paul annonce cette bonne nouvelle ; il écrit :

 

 13Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour ; 

14en lui nous sommes délivrés, nos péchés sont pardonnés (Col.1)

 

Cette transplantation, disons-le haut et fort, c’est Dieu qui l’opère !

Mais il ne le fera pas sans notre accord ! Notre volonté doit être mise en route. Nos petits-enfants nous ont demandé de raconter notre vie. Voici ce que Denise écrit au sujet de cette mise en route.

En 1956, Billy Graham vient à Genève pour une grande convention. C’est un événement extraordinaire, car à l’époque les évangélistes américains ne viennent que rarement chez nous. En outre il n’y a pas de TV, de DVD ou de cassettes, pas de séminaires et JEM est inconnu. Tout notre groupe de jeunes paroissiens part en bateau pour Genève ; de là direction Plainpalais. La salle est bondée.

Le message de Billy Graham est précis : « Etes-vous prêts à suivre Jésus, à donner votre vie pour lui ? » Puis il fait un appel. Pour moi c’est clair, je me lève d’un bond et je descends les gradins pour aller tout devant. C’est la première fois que j’ai l’occasion de prendre une telle décision. Je suis très émue, mais ce moment va changer ma vie.

 

Mettre notre volonté en action ce n’est pas l’affaire d’un jour ! Notre volonté doit être musclée ! Elle doit se mettre en route chaque jour. Car les tempêtes ne manquent pas. « Enracinez-vous en Christ ! » Dans son message, adressé aux Colossiens, l’apôtre leur fait clairement entendre que cette transplantation doit être maintenue, contre vents et marée. Enracinez-vous ! Quand un ouragan survient, prenez une décision : plantez vos racines, encore plus profond, dans la vie même du Christ !

 

J’aimerais en souligner l’importance !

Après le décès de ma maman en 1968, avec Denise, j’ai continué de visiter régulièrement mon père malgré le fait qu’il était souvent agressif dans ses propos et qu’il ne s’intéressait nullement à ce que nous faisions. Notre foi le dérangeait !  Deux ans avant sa mort, contrarié par je ne sais quoi, mon père s’écria: « De toute manière tu n’es pas mon fils ! » Bousculé, stupéfait, fâché aussi je me suis écrié :

– Alors de qui suis-je le fils ?

– D’un tel, qui a fréquenté ta maman !

– Es-tu sûr de ce que tu dis ?

Il se tait ! Je m’écrie alors :

– Nous allons faire une recherche ADN !

– Cela ne sert à rien, de toute manière c’est trop cher, me répond-il !

 

Pendant quelques jours je suis bouleversé ! Je m’interroge sur mes racines, sur mon identité ! Et petit à petit la paix revient, je n’ai pas besoin de faire des recherches ADN, je n’ai plus besoin de me questionner. J’ai été arraché au pouvoir des ténèbres et j’ai été transplanté dans un nouveau terreau, dans une nouvelle histoire ! Je dois veiller à ne pas mettre mes racines dans une autre terre, chahutée, pleine de ronces et de pierres !

 

Demeurer enraciné

Comment demeurer enraciné ? Car les plus grands arbres ne sont pas à l’abri des ouragans ?

Je suis enraciné, comme Denise, depuis le jour où j’ai accueilli Jésus, mais je continue de m’enraciner en parlant de LUI, en racontant son histoire qui est mon histoire, et quelle belle histoire ! C’est ce que Paul nous invite à faire pour tenir bon face aux tempêtes :

 

Ainsi, comme vous avez reçu Jésus-Christ, le Seigneur, vivez en lui ; enracinez-vous et construisez-vous en lui, affermissez-vous dans la foi, conformément à ce qui vous a été enseigné, et abondez en actions de grâces. (Colossiens 2.6-7)

 

« Abondez en actions de grâces ! »

C’est toujours une belle histoire que celle du jour où nous nous avons reçu le Christ. C’est toujours une belle histoire que celle qui a ouvert notre cœur au Seigneur. L’enseignement entendu au départ, il nous faut le reprendre, le vivre… il nous conduira toujours à rendre grâces.

 

Enracinez-vous en LUI, c’est une invitation à ne pas laisser passer une journée sans évoquer cette transplantation extraordinaire, sans en être fier… C’est une invitation à pousser de nouveaux bourgeons, à mettre de nouvelles fleurs, à porter de nouveaux fruits.

Je suis fier de mon identité, je la préfère à celle des plus grandes familles de France formée des portraits prestigieux de tous les Louis et des Charles, aussi téméraires fussent-ils ! Vous vous rendez compte : Nous avons comme frères et sœurs tous les saints de la Bible : Noé, Abraham, David, Jérémie, Esaïe, Zacharie, Paul, Matthieu, Luc, Jean, Marc et tous les autres… et encore ceux qui suivent : Saint Augustin, Calvin, Luther, mère Térésa… Voilà pourquoi, comme le dit Paul aux Colossiens : « avec joie nous pouvons rendre grâce au Père qui nous donne de partager l’héritage des saints dans la lumière » (Col.1.12). Certains diront peut-être : « C’est quoi cet héritage ? » C’est la certitude que tout ce qui est à Christ nous appartient !

Dans la galerie de nos mémoires, vous saisissez bien : dans la galerie de nos mémoires, là accrochons avec joie les portraits de tous ces saints… en reconnaissant qu’ils étaient des hommes comme nous mais que Dieu a honoré leur foi.  Quel héritage et quelles racines…

 

Voilà ce que Paul nous invite à faire afin de tenir bon dans les difficultés.

 

J’ai entendu un jour quelqu’un faire le plus beau compliment qui soit à une maman qui avait adopté une petite-fille : « Comme elle vous ressemble ! » s’exclamait cette personne qui ne savait rien de l’adoption !

« L’héritage des saints… » :  il y a ceux qui ont longuement fréquenté Paul, ou Luc, ou saint Augustin… et qui pensent comme Paul, qui agissent comme Luc, qui s’expriment comme saint Augustin … à tel point que l’on dira de tel penseur : « Oh ! c’est un Augustinien… » ou encore plus couramment c’est un thomiste, un disciple de saint Thomas … mais quand on dit de toi : C’est un chrétien, une chrétienne – c’est notre nom de famille  ne l’oublions pas –

c’est parce que tu participes à l’héritage extraordinaire que Jésus t’a fait en te transplantant dans  le terreau, dans la famille des saints…dont il est le chef. Tu penses comme le Christ, tu vis comme le Christ.

 

Conclusions
Premièrement : transplanté dans la vie, dans l’histoire, dans la famille de Jésus, le Père et le Fils et le Saint-Esprit, je veux porter toutes mes racines vers sa vie. Je veux dire ma fierté d’appartenir à cette nouvelle famille. Et surtout, avant tout, je veux être fier de Jésus, fier du Père, fier du Saint-Esprit, fier des apôtres et des prophètes de tous les siècles.

 

Deuxièmement : Parce que ce n’est pas nous qui opérons la transplantation de notre terreau d’origine dans celui du Royaume appartenant au Christ, parce que c’est une œuvre que Dieu accomplit à l’heure où nous disons oui à Jésus, oui à sa mort pour le pardon de nos péchés, oui à l’action de son Esprit pour nous faire naître à une vie nouvelle. Parce que c’est une œuvre extraordinaire qui nous assure le salut, si quelqu’un n’avait jamais vécu cette transplantation ici ce matin, qu’il redise après moi cette prière :

 

« Seigneur je reconnais que sur le terrain de mon histoire j’ai souvent porté de mauvais fruits, parfois par ignorance, parfois en toute connaissance de cause. J’accepte que tu m’arraches à ce terreau, j’accepte que tu purifies mes racines, j’accepte que tu me transplantes dans ton histoire et dans ta vie. Et je crois que maintenant c’est toi qui le fais.  Amen. »

 

Questions :

1.- Sommes-nous à l’aise avec notre identité, familiale, conjugale, personnelle ? Sommes-nous fiers de nos parents, de nos grands-parents, de notre conjoint, de nos enfants ? Sommes-nous heureux d’être Suisse, ou Français, ou Allemand, ou encore d’un autre pays de cette planète ? Sommes-nous satisfait de notre scolarité, de nos apprentissages, du terreau de notre vie ?

2.- C’est Dieu qui nous transplante, mais il ne le fait pas sans notre volonté !

Avons-nous vécu cette transplantation ? Comment cela s’est-il passé ?

Avons-nous conscience d’avoir l’ADN du Christ ?

3.- Quelle place la reconnaissance d’appartenir au Christ prend-elle dans nos vies ?  Manifestons-nous cette reconnaissance chaque jour ? Comment le faites-vous ?

4.- « L’héritage des saints… » :  Tout ce qui est à Christ nous appartient !  Avez-vous conscience d’être héritier ? De quelle partie de cet héritage jouissez-vous ? De quelle partie de cet héritage ne jouissez-vous pas encore ? Pourquoi ?

 

Guy Chautems,  Le Mont 13 août 2017

Noël à Bethlehem

Prédication de Gérard Pella

 

Noël à Bethlehem

 

Philippe a reçu un super aquarium pour Noël.

Un aquarium d’eau salée avec de magnifiques poissons de mer.

Il a dû apprendre à les soigner comme un véritable petit chimiste… pour surveiller les niveaux de nitrate et d’ammoniaque.

Il a appris à filtrer l’eau régulièrement à travers des fibres de verre et du charbon de bois.

Il a soigneusement exposé ses poissons à la lumière ultraviolette.

Il leur a donné des vitamines, des antibiotiques, des sulfamides et des enzymes…

Et pourtant, chaque fois que son ombre se penchait sur l’aquarium, les poissons prenaient la fuite pour aller se cacher sous le coquillage le plus proche.

Il avait beau soulever le couvercle à heures régulières, trois fois par jour, pour saupoudrer leur nourriture, ils ont continué à avoir peur de lui comme si son seul désir était de leur faire du mal.

Ils n’ont pas compris tout ce que Philippe faisait pour eux.

Ils n’ont pas pu le voir autrement que comme un géant qui les menace…

Pour leur faire comprendre ses intentions,

Pour se faire connaître vraiment,

Philippe aurait dû devenir un poisson…

Parce qu’un poisson ne peut pas comprendre un humain[1].

 

Un géant qui nous menace…

N’est-ce pas ainsi que les humains voient Dieu ?

Souvent, trop souvent…

 

« N’ayez pas peur ! »

C’est la première parole de l’ange aux bergers.

N’ayez pas peur de Dieu…

Il n’est pas une menace.

Il est…  comment dire ? Il est une lumière, une présence, une source, un sauveur.

 

« Je viens vous annoncer une bonne nouvelle…

qui sera une grande joie pour tout le peuple, dit l’ange.

Il vous est né aujourd’hui dans la ville de David un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. »

Le Seigneur qui s’est fait tout petit.

Dans cet enfant, c’est Dieu lui-même qui vient nous rejoindre,

Nous consoler,

Nous révéler son vrai visage.

 

« Il est venu sur nos chemins

Illuminer nos lendemains, dit le poète.

Il est venu comme un voisin

Donner l’amour au creux des mains. »[2]

 

Ceci n’est pas un conte de fées pour distraire les enfants ou faire rêver les parents.

Cette présence du Christ Seigneur nous est donnée à nous aussi aujourd’hui.

Pas comme un morceau de chocolat, qu’on n’aurait qu’à déballer et consommer.

C’est plus subtil,

Plus profond,

Plus durable aussi !

Comment recevoir le Christ aujourd’hui ?

 

Je vais tenter de répondre de manière indirecte.

Si je répondais directement, cela ressemblerait à une recette et cela vous ennuierait…

 

Il y a de nombreuses années que je prêche la Bonne Nouvelle de Noël comme pasteur.

Mais cette année, pour la première fois de ma vie, je reviens de Bethlehem !

J’y étais en effet, il y a quelques semaines, avec un groupe de pasteurs et diacres de Suisse romande.

Permettez-moi de vous donner quelques impressions de cette visite.

D’abord j’ai été frappé que Bethlehem se souvienne toujours de cette naissance de Jésus malgré des siècles de domination romaine, puis arabe, puis croisée, puis ottomane, puis britannique, puis israélienne.

 

Nous avons pris le bus de Jérusalem à Bethlehem.

Environ une demi-heure de trajet jusqu’au mur.

Là, terminus, tout le monde descend, pour passer à pied le check-point qui permet de traverser le mur.

Un contrôle serré et impersonnel parce que les soldats sont protégés derrière des vitres teintées et nous parlent par haut-parleur.

Il s’agit d’un passage dans le mur gigantesque qui sépare Bethlehem de Jérusalem,

Le mur qui est censé protéger Israël des Palestiniens.

 

Ce mur me semble être le symbole de notre nature humaine dans ce qu’elle a de plus dur :

La séparation,

la haine,

la violence,

l’humiliation des autres parce que nous avons peur d’eux.

Il faut traverser le mur de la haine et de la peur pour aller à Bethlehem.

C’est peut-être un premier élément de réponse.

 

Parvenus de l’autre côté du mur, nous avons marché une demi-heure environ jusqu’à la basilique de la nativité.

Pendant ce trajet, c’est la nature humaine dans ce qu’elle a de plus fragile et vulnérable que nous avons rencontré.

De nombreux signes de délabrement et de misère :

Les voitures qui dégagent une horrible odeur parce qu’elles sont vétustes et n’ont pas de catalyseur.

Les containers en piteux état.

Les marchands qui nous supplient d’acheter quelque chose parce que les touristes ne viennent plus à cause de la guerre.

Les enfants qui ne vont plus à l’école parce que les maîtres ne reçoivent plus de salaire depuis des mois. Alors ils viennent mendier…

 

Quel rapport tout cela peut-il avoir avec Jésus ?

« Il est venu sur nos chemins, dit le poète,

Porter la croix de nos douleurs.

Il est venu comme un voisin

Manger le pain de nos labeurs.

 

Il est venu dans notre nuit

Lumière qui danse sous nos pas.

Il est venu dans notre nuit

Dresser l’aurore sur nos croix. »

 

A Bethlehem, Il est venu dans notre condition humaine,

avec ses duretés et ses fragilités,

et il a choisi d’être avec nous tous les jours,

jusqu’à la fin des temps.

 

Revenons à notre récit :

Pour entrer dans la basilique de la nativité, j’ai dû me baisser…

Pour la première fois de ma vie, la porte d’une église était plus petite que moi.

On m’a expliqué que cette église avait autrefois une grande porte, comme notre église ici à St-Martin, mais que les occupants la profanaient en y entrant en armes sur leurs chevaux.

N’est-ce pas tout un symbole… ?

 

Pour aller vers le Christ,

Descendre de nos chevaux…

Quitter nos armes…

Et plier le genou devant Celui qui s’est abaissé jusqu’à nous.

 

1 D’après Philip Yancey, Ce Jésus que je ne connaissais pas, Editions Farel, 2001, p. 35.

[2] Y.Gardette, dans Psaumes et cantiques no 439.