Skip to main content

Déclin des paroisses : la théologie entre-t-elle en ligne de compte ?

Par Martin Hoegger

3 août 2022

Des paroisses reliées au « Rassemblement pour un renouveau réformé«  (R3) en Suisse romande, comme celle reliées aux « Attestants » en France, à « Unio Reformata » en Belgique, ainsi qu’au « Landeskirchen Forum » en Suisse allemande, se portent bien et font preuve d’un dynamisme réjouissant.

Comment l’expliquer ? Parmi plusieurs facteurs se pose la question de la théologie. Est-ce grâce aux positions théologiques plus confessantes de ses membres et de ses ministres que ces paroisses maintiennent le nombre de leurs fidèles ou grandissent ?

Lire la suite sur le blog de Martin Hoegger dans Réformés.ch

À propos du choix sur la bénédiction nuptiale par le synode de l’EERV

Par Antoine Schluchter.

Après les analyses et réactions concernant la décision d’une cérémonie de bénédiction nuptiale, sans vouloir les répéter, le soussigné a adressé aux collègues de sa Région (Joux-Orbe) la réflexion ci-dessous:

En Suisse, le mariage pour tous est désormais applicable par les autorités civiles et l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) l’accompagne d’une offre de bénédiction nuptiale ainsi qu’en a décidé son synode.

Ce choix a sa pertinence comme élargissement de la bénédiction des couples partenariés, il prône la valeur évangélique de l’ouverture à tous et permet à l’Eglise d’être en phase avec l’évolution sociétale.

Cela induit cependant un changement d’orientation notoire qui privilégie une expression uniformisante plutôt que d’offrir une pluralité d’expressions faisant place aux différents types d’unions et d’opinions.

Les fidèles attachés à la définition classique du mariage sont désormais marginalisés et le socle de dialogue œcuménique fortement réduit par rapport aux Eglises du pays qui n’ont pas fait ce choix.

Le refus d’une consultation large qui aurait donné une légitimité forte au choix opéré par le synode affaiblit la représentativité de ce dernier par rapport au peuple de l’Eglise et questionne la réalité du système presbytérien-synodal sous sa forme actuelle.

Qu’en est-il de la plurivocité théologique lorsqu’une nouvelle orientation en évince une précédente plutôt que de s’y ajouter ?

Qu’est devenu le trésor du royaume dont le scribe avisé tire des choses anciennes et des choses nouvelles ?

Que va-t-il advenir de celles et ceux d’entre nous n’ayant ni la liberté ni la conviction de prendre en charge ce nouveau type de bénédiction ? La clause de conscience sera-t-elle maintenue ? Marginalisation de la minorité ou choix des forts de supporter les faibles ?

Ces questions sont délicates car elles impliquent des individus dans leur quête et leur désir de servir Dieu et leur prochain.

Allons-nous faire jouer notre diversité de manière constructive dans le respect mutuel, source de tout vivre ensemble authentique ? – Je l’appelle de mes vœux.

Antoine Schluchter

Déclaration du Rassemblement pour un renouveau réformé suite au synode du 18 juin 2022 de l’Église évangélique réformée du Canton de Vaud sur le mariage pour tous

« Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait » (Romains 12,2).

A la suite du Synode de l’Église évangélique réformée du Canton de Vaud (EERV) tenu le 18 juin 2022 à Bavois, le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) :

  • Veut accueillir avec affection et sensibilité, en accompagnant selon l’Évangile – si elles le souhaitent – les personnes homosexuelles ou homosensibles. Il reconnaît leur aspiration à être aimées telles qu’elles sont et à avoir leur place dans la communauté chrétienne. (cf « Le Manifeste Bleu », p. 32)
  • Affirme que l’Église n’est pas tenue d’adapter sa compréhension du mariage aux évolutions morales enregistrées par la législation civile.
  • Reste attaché à la définition de la bénédiction du mariage telle qu’énoncée en 2013 par le Synode de l’EERV comme « l’invocation de la bénédiction divine sur un homme et une femme », telle qu’enseignée dans la Bible et confirmée par Jésus-Christ : « N’avez-vous pas lu qu’au commencement, le Créateur fit l’homme et la femme » ? (Matthieu 19,4)
  • S’interroge sur la rapidité avec laquelle le synode de l’EERV, par sa décision, a renoncé à cette définition pour se conformer à l’évolution sociale, au lieu de chercher un discernement qui respecte la diversité des compréhensions du mariage au sein de l’EERV.
  • Proteste au sujet du caractère unilatéral des documents préparatoires au synode, clairement en faveur d’une bénédiction nuptiale des personnes de même sexe. Il constate aussi  qu’un débat de fond n’a pas eu lieu durant ce synode.  
  • Appelle le prochain Synode du mois de novembre à introduire une « clause de conscience » pour les ministres et les personnes exerçant un service dans l’EERV qui refusent une telle célébration. Cette question ne doit pas non plus devenir un critère d’admission pour un ministère dans l’Église.
  • Invite ceux-ci, dans l’attente du prochain Synode, à signer la « Déclaration sur le mariage pour tous dans l’Église » qui demande en toute humilité et par obéissance à Jésus-Christ, à ne pas se rendre disponibles pour des actes ecclésiastiques qui ne sont pas clairement fondés sur l’Écriture. Laquelle Déclaration a déjà été signée par plus de 200 ministres.
  • Rappelle avec la « Lettre ouverte à la Fédération des Églises protestantes de Suisse » (2019), signée par plus de 8500 personnes, qu’une Église qui se prononce ouvertement contre l’enseignement du Christ perd son autorité spirituelle et précipite son effritement.
  • Constate avec tristesse que l’EERV et d’autres Églises réformées en Suisse se distancient de la plupart des Églises chrétiennes sur cette question, ajoutant ainsi des obstacles à la communion ecclésiale.
  • Exhorte le Conseil synodal et le Synode à exercer leur ministère d’unité en respectant la diversité des points de vue présents dans l’EERV sur ce sujet clivant.

Malgré les déceptions accumulées ces dernières années sur ces questions, nous continuerons à appeler la lumière de Jésus-Christ sur notre Église réformée.

Que Dieu nous donne de veiller sur nos cœurs plus que tout ! 

Que l’Esprit saint nous inspire « à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix, en confessant la vérité dans l’amour pour grandir vers le Christ », en vue d’un témoignage chrétien vivant et cohérent dans notre société (Éphésiens 4,1-16) !

Lausanne, le 21 juin 2022.

Rassemblement pour un renouveau réformé

Et si la bible questionnait notre rapport à la nourriture ?

Ce sujet de la nourriture touche chacun. On mange tous trois fois par jour sans parler des snacks. Notre société très axée sur la santé nous enjoint de manger moins, plus équilibré, moins de sucre, moins gras, plus de légumes sans oublier les fibres … tout cela décliné en autant de régimes que vous voulez.  En plus il faudrait que notre nourriture soit locale et produite de façon durable. Il y a là bien plus que 10 commandements !

Et la bible, elle dit quoi de tout ça ?

Cette prédication de Luc Badoux va nous permettre d’y voir plus clair.

Dans le Lévitique et le Deutéronome, Dieu adresse des interdits alimentaires à son peuple. Dieu ordonne cette discipline de vie pour créer un peuple saint, un peuple à part qui lui soit consacré. Israël va ainsi se distinguer des peuples alentour. La nourriture casher devient un signe distinctif qu’Israël appartient à Dieu, à un Dieu jaloux qui demande la fidélité à son peuple. Manger casher pour les Juifs, c’est une manière d’inviter Dieu à table, de lui faire une place dans cet acte qu’on répète plusieurs fois par jour.  

Dans les interdits alimentaires d’Israël il y a aussi une manière d’humaniser notre rapport à la nourriture. On ne mange pas comme des bêtes. On ne se jette pas sur la nourriture comme des fauves. Dans l’interdiction de cuire le chevreau dans le lait de sa mère, l’idée est de séparer le lait porteur de vie, de la viande qui est liée à la mort d’un animal. 

Mais tous ces interdits ont des implications sociales. Ainsi l’apôtre Pierre, comme tout Juif de son époque, ne peut pas partager la table avec des étrangers. Il ne peut ni entrer chez eux ni manger avec eux, pas même avec ceux qui craignent le Dieu d’Israël, qui le prient et qui lisent la Torah. Les prescriptions alimentaires que Pierre doit respecter l’obligent à se tenir à l’écart des Romains ou des Grecs qui sont devenus croyants. Respecter ces prescriptions, c’est séparer les chrétiens et les humains en général entre les purs et les impurs. 

Par la vision qu’il accorde à Pierre ( Actes 11.1-18), Dieu renverse la table. Il balaie de très anciennes habitudes. Pierre peut dès lors entrer chez Corneille et partager la table avec lui. 

D’un peuple qu’il avait mis à part et qui devait rester séparé, Dieu fait un peuple mis à part pour renouveler toute l’humanité. Il en ressort une leçon essentielle : Pour être le sel de la terre, les croyants doivent se mêler aux autres, se mêler à leurs fêtes et manger avec eux, manger avec les païens. Le bouleversement est majeur.

Qu’en est-il au 21ème siècle ? Une bonne moitié des habitants de notre terre continue de regarder les autres manger en les considérant comme impurs. Les Juifs mangent casher, les musulmans halal et certains boudhistes et hindous sont véganes. Dans ces grandes religions, la nourriture reste un marqueur très important qui permet de distinguer entre les purs et les impurs. 

Ne pas manger de porc, ne pas boire d’alcool, respecter le ramadan, manger végane, c’est contraignant, mais ça constitue des marqueurs très puissants pour dire une appartenance communautaire. Cela donne de la cohésion à une communauté religieuse mais ça exclut de façon forte ceux qui mangent différemment. 

Qu’en est-il pour nous chrétiens ? Y a-t-il des aliments interdits ou obligatoires ? Des nourritures permises ou encouragées ? 

Je vous propose d’y réfléchir à partir de la révélation que reçoit Pierre.

« Tu peux manger de tout. Il n’y a plus pour toi de nourriture impure. Se mettre à table doit devenir pour toi une occasion de rencontrer les autres et pas une barrière entre eux et toi. » Voila le message que Dieu adresse à Pierre. Ce message, Paul l’exprimera en disant : Il n’y a plus ni Juif, ni Grec mais seulement des humains invités les uns et les autres aux noces de l’agneau. 

Cela a des conséquences majeures sur notre manière de nous nourrir : 

  1. Chers frères et sœurs, on peut manger de tout. Sans tabou. On peut partir à la rencontre d’autres cultures et se mettre à table avec eux en toute liberté. Dieu vient décompliquer notre rapport à la nourriture. Notre fidélité à lui ne se joue pas dans le fait de prendre tel ou tel aliment. 
  2. La nourriture était un lieu de séparation entre Juifs et païens. Dieu enlève cette séparation en écartant la notion de pur et d’impur qui était attachée à la nourriture. Notre manière de manger ne doit pas être un lieu de démarcation religieuse avec les autres. Ce ne doit pas être un lieu d’exclusion des autres ou de soi-même. 

Je propose même d’aller un peu plus loin. Je me souviens qu’à 4 ans, un de nos enfants était rentré en pleurs de l’anniversaire d’une copine. Pourquoi ? Il y avait de la pizza. Et elle n’était pas casher. C’est-à-dire qu’elle n’était pas comme maman la faisait. Elle n’était pas comme d’habitude. C’était désécurisant. S’en sont suivies 10 ans de batailles homériques pour sortir de ce rapport compliqué à la nourriture.  Je ne sais pas ce qui se trouve derrière les peurs et les dégoûts que nous pouvons éprouver en relation avec de la nourriture. Moi, j’ai connu ça avec le gras dans la viande chez mes grands-parents paysans. Et je ne serai pas très à l’aise tout à l’heure au repas communautaire si vous me mettez une tête de mouton dans l’assiette ! C’est légitime d’avoir des préférences ou de ne pas aimer les choux de Bruxelles. L’enjeu n’est pas d’aimer le gras ou le céleri. Chacun ses goûts. Mais pour les parents que nous avons été, il était important que notre fils puisse aller à un anniversaire sans craindre ce qu’il aurait à manger. C’était important qu’à l’idée d’un repas, la joie de la rencontre soit plus forte que la peur de la nourriture. Nous ne voulions pas que, pour nos enfants, la nourriture soit une barrière mais qu’elle soit un trait d’union. Et il me semble là qu’on rejoint la vision que l’apôtre Pierre a reçue de Dieu qui est venu enlever des tabous et décompliquer le rapport à la nourriture. Tant qu’à se distinguer des autres, que ce soit pour les choses essentielles. 

Comme à l’époque des premiers chrétiens, beaucoup de choses se jouent aujourd’hui autour de la nourriture. Je l’ai dit : 

  • on veut une nourriture saine
  • on veut une nourriture qui respecte l’environnement
  • on se questionne sur notre rapport au monde animal  

Il est bon de se questionner sur ces différents aspects de notre alimentation. La production industrielle de nourriture échappe à nos regards. Souvent on ne connaît ni la composition de ce que l’on mange, ni l’origine des ingrédients, ni le traitement qui est réservé aux animaux. Cela soulève des vraies questions pour qui veut respecter la création de Dieu. Mais dans tout cela, rappelons-nous le message de Paul à propos de la viande sacrifiée aux idoles : ce n’est pas un aliment qui nous rapprochera de Dieu. Et il ajoute : nous ne perdrons rien si nous n’en mangeons pas, et nous ne gagnerons rien non plus si nous en mangeons. 

Chers amis, veillons à ne pas imposer aux autres notre régime comme le seul légitime. Si devant Dieu il n’y a plus ni Juifs ni Grecs, il n’y a certainement pas non plus de carnivores, de végétariens et de véganes. 

Soyons attentifs à cela à l’heure où la manière de se nourrir prend pour certains les aspects d’une religion, avec l’idée que certains en mangeant font le bien et d’autres le mal ; ça peut vite conduire dans nos têtes à une séparation entre purs et impurs. 

Soyons attentifs aussi à ne pas tomber dans le jugement en regardant les autres manger différemment de nous. Ceux qui font attention de manger sainement risquent de se sentir supérieurs à ceux qui mangent du fast food. Et les bons vivants risquent de juger ceux qui font des régimes. Et ceux qui font des régimes risquent de juger ceux qui ont des kilos en trop. 

Jésus, lui, nous dit : « Il n’y a rien de ce qui est extérieur à une personne qui puisse la rendre impure en entrant en elle. Mais ce qui sort d’une personne, les paroles et les jugements qui naissent dans son cœur, voilà ce qui la rend impure. »

La sainteté ne se joue pas dans notre assiette ou au bout de notre fourchette, mais dans nos coeurs.

Chers amis, que l’on soit végane ou carnivore, puissions-nous en prendre de la graine ou en faire notre beurre ! Et demandons à Jésus, notre Seigneur, un regard sur les autres et leur manière de manger qui soit libre de jugement et de sentiment de supériorité. Que notre rapport à la nourriture ne mette pas de barrière entre les autres et nous mais qu’elle soit un trait d’union. 

                                                                                                  Amen

Textes bibliques de référence pour cette prédication :

Lév 11.1-8

Marc 7.14-19

Actes 11.1-18

Romains 14.1-4

« Le Seigneur travaille avec eux »

Cette prédication de Guy Chautems pour la période de l’Ascension et Pentecôte nous invite – nous réformés en particulier – à entrer résolument dans une transmission de l’Evangile de qualité A+++ en prenant au sérieux les 3 verbes qui devraient orienter toute la vie de l’Eglise : Aller, Annoncer, Aimer.

Marc 16.9-20 : « Allez dans le monde entier, annoncez la Bonne Nouvelle à tous. »

12 hommes pour accomplir cette  tâche ! Quelle folie ?

Et qui plus est, 12 hommes durs à la comprenette ! Jésus ne vient-il pas de le leur dire : « Vous ne croyez pas et vous ne voulez rien comprendre ! Vous n’avez pas cru ceux qui m’ont vu vivant ! »

Comment réussiront-ils ?  Oui, comment réussiront-ils ?

Marc nous le dit en quelques mots : Assis à la droite de Dieu,  le Seigneur travaille avec eux et il leur donne le pouvoir de faire des choses étonnantes. 

Il faut l’Ascension, il faut que Jésus prenne sa place auprès du Père, il faut qu’il nous donne l’Esprit Saint pour  que les disciples réussissent leur mission : amener la vie là où il y a la mort (Ez. 37) . Il faut l’Ascension de Jésus pour que le Règne de Dieu s’étende sur les cinq continents… pas à pas.

Il est monté au ciel, il s’est assis à la droite de Dieu le Père !

Ils réussiront ! OUI !  Marc résume le secret de cette réussite en ces mots :

« Le Seigneur travaille avec eux et il leur donne le pouvoir de faire des choses étonnantes. »

Mais cette réussite est soumise à une triple obéissance :

Aller – Annoncer – Aimer

Avec ces trois verbes je résume l’ordre de mission tel que nous le rapporte Marc : « Allez dans le monde entier, annoncez la Bonne Nouvelle à tous… » voilà pour les deux premiers  A. Et voici pour le dernier, aimer : « en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais, ils parleront des langues nouvelles….Ils poseront les mains sur la tête des malades, et les malades seront guéris. »

Les agences de notation du ciel ne donneront un triple A  qu’à ceux et celles qui prendront au sérieux ces trois impératifs. Et il y aura des A+++ ! Je vous propose d’examiner  ces trois ordres en sachant ceci : le Seigneur, élevé à la droite du Père, travaille avec nous seulement lorsque nous les prenons vraiment  au sérieux, alors il nous donne le pouvoir de faire des choses étonnantes !

Allons

S’il y en a un qui a pris au sérieux cet ordre, c’est bien l’apôtre Paul . On estime qu’il a  parcouru 8000 km. à pied et 10’000 km. en bateau. Et dans quelles conditions ! Sur terre comme sur mer les voyages étaient autrement plus difficiles qu’aujourd’hui (2 Cor.11) . A partir du jour où Paul  a reconnu le Christ comme son Sauveur et Seigneur, il a pris au pied de la lettre l’ordre de Jésus : « Allez dans le monde entier, annoncez la bonne Nouvelle à tous ! » 

Mais cet ordre concerne-t-il vraiment chaque chrétien ?  

Première réponse  qui en soulagera plusieurs ! Le Seigneur n’appelle pas n’importe qui à parcourir le monde ! Ecoutons Paul écrire aux Ephésiens : « C’est le Seigneur qui fait don de certains comme apôtres, ….d’autres comme évangélistes. » (Eph. 4.11) Il y a des ministères, ils sont donnés à l’Eglise. N’importe qui n’est pas appelé  à courir le monde pour annoncer l’Evangile.

Deuxième réponse qui remet la pression ! Au début du livre des Actes Luc nous raconte la violente persécution qui se déchaina contre l’Eglise de Jérusalem et la fuite de nombreux chrétiens dans les territoires voisins et il écrit : « Les croyants qui s’étaient dispersés parcouraient le pays en proclamant le message de la Bonne Nouvelle. » (Actes 8.4)

Je suis persuadé que tous les chrétiens souhaitent prendre au sérieux cet impératif  « allez dans le monde entier ».  Car il est évident que le Seigneur ne travaille et ne travaillera qu’avec les communautés qui obéiront  à cet ordre. Alors comment être sérieux avec cet ordre du Seigneur ?

Frères et Sœurs, tout commence par la prière : « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le propriétaire de la moisson d’envoyer davantage d’ouvriers dans sa moisson. » (Matth.9.37-38).

Commençons donc par prier, non pas du bout des lèvres mais en sachant les exigences attachées à notre prière ! Car nous vivons un temps où les Eglises réformées doivent enterrer définitivement  leurs peurs face – par exemple – aux ministères des évangélistes ! Demander au Seigneur  un ou des évangélistes qui iront à la rencontre de ces couches de la population que nous n’atteignons plus, c’est être prêt à leur donner une place dans nos priorité et peut-être un salaire.

Nous vivons un temps où chaque réformé doit oser cette prière :  » Seigneur, la moisson risque de se perdre, envoie davantage d’ouvriers dans ta moisson ! » Mais celui qui prie doit savoir le risque qu’il court ! Lequel me direz-vous ? Le risque que le Seigneur m’envoie moi, l’intercesseur,  à la rencontre de mes voisins, de mes collègues de travail. Mais soyons sans crainte ! « Ouvre ta bouche, aie de l’audace, dit le Seigneur, si je t’envoie alors tu verras s’ouvrir le cœur de ceux et celles auxquels tu t’adresseras. »

Note : Il nous faut noter les transformations profondes de notre société qui ont modifié de manière profonde la carte de nos champs de mission. D’abord  les flux migratoires ont amené des personnes de toutes les nations à quelques kilomètres de chez nous. Ensuite le développement fulgurant d’internet donne à tout un chacun de pouvoir atteindre les extrémités du monde en un clic de souris. 

Annonçons

En 1975, si je ne me trompe pas,  j’ai été pour de longues années le dernier président de la commission d’Evangélisation de notre Eglise réformée Vaudoise. Nous avons démissionné en bloc ! Le conseil Synodal d’alors ne faisait plus confiance à notre travail ! Nous voulions répandre la bonne Nouvelle de la Croix et de la Résurrection, appeler à la conversion ! Malheur à nous car nous étions classés, étiquetés ! Au nom du pluralisme nous étions de plus en plus mis de côté !

Presque 40 ans plus tard, après trois livres consacrés à la désertification de nos paroisses[1], vous vous souvenez des 40 années de désert, le synode de notre Eglise réformée vaudoise, va proposer à nos paroisses une année de « jachère » ! Les Conseils de paroisse vont être appelés à mettre la pédale douce  sur tout ce qui est secondaire afin de faire apparaître ce qui est prioritaire ! [2] Une année de « jachère » ! Il faudra avoir le courage d’abandonner certaines activités ! Ce ne sera pas facile! Mais je me réjouis de l’objectif proposé à toutes les paroisses : prendre au moins une année de prière, de réflexion pour « entrer en évangélisation ».

Au final, nos paroisses risquent fort d’opérer ce tournant de 180° à partir de 2014 – 2015, 40 ans après la disparition du dernier poste d’aumônier d’évangélisation de notre Eglise en la personne d’Alain Burnand. La peur du prosélytisme nous a fait perdre 40 ans !  Puissent tous les ministres et les conseillers de paroisse qui ont eu peur de faire – comme ils disaient – du prosélytisme, avoir pris leur retraite, ce qui facilitera bien les choses pour entrer dans une annonce respectueuse mais franche de l’Evangile. Vous remarquerez que cette prédication date de 2012… et que, 10 ans plus tard, nous ne constatons pas d’engagement significatif de l’Eglise réformée pour l’évangélisation…

Pourquoi avoir peur de mettre nos compatriotes au courant d’une bonne nouvelle ? Pourquoi avoir peur de les inviter à une conversion ? Jésus est mort sur une Croix  à notre place ! Car devant Dieu nos révoltes, nos doutes, nos abandons, notre autosuffisance, notre mépris de sa parole, notre orgueil ne méritent que  le jugement le plus sévère, à savoir la mort ! Mais il  a été jugé, condamné, mis sur une Croix, lui le Fils de Dieu pour chacun de nous.  Si tu lui fais confiance, si tu t’attaches à lui non seulement tu bénéficieras d’un pardon pour toujours, d’une grâce pour toujours, mais ce pardon, cette grâce travailleront à tel point ton cœur que pas à pas tu vivras des transformations étonnantes ! Attache-toi à celui qui t’aime et qui est mort à ta place, écoute sa parole, prie-le ! Il a commencé une œuvre en toi, une œuvre extraordinaire et il l’achèvera. Ce qu’il a commencé, il l’achève toujours.

Voilà la bonne nouvelle, voilà le message qu’il faut annoncer.

Et si toute une Eglise, si de nombreuses paroisses doivent prendre du temps pour changer de cap, toi, moi, nous pouvons vivre ce virage aujourd’hui. 

Aimons

Prosélytisme, quel vilain mot, ne trouvez-vous pas ! Voici comment le dictionnaire Larousse le définit : « Zèle ardent pour recruter des adeptes, pour tenter d’imposer ses idées. » 

Chers amis, vous ne risquerez jamais de « faire du prosélytisme » si vous mettez en pratique le 3ème A de l’ordre missionnaire de Jésus : « Ils chasseront les esprits mauvais, ils parleront des langues nouvelles… Ils poseront les mains sur la tête des malades, et les malades seront guéris. »

Chassons les mauvais esprits et amenons la lumière là où règnent les ténèbres, l’amour là où il y a la discorde, la joie là où il y a la tristesse, la paix là où il y a la guerre.

Parlons des langues nouvelles, apprenons  la langue de notre interlocuteur, laissons le Saint Esprit  nous introduire dans le monde, dans les problèmes, dans les joies aussi de ceux que nous allons rencontrer. Ecoutons avant de parler, efforçons-nous de comprendre avant de partager nos idées.

N’imposons ni nos idées, ni nos gestes, mais apprenons à poser des actes d’amour… si le Seigneur réclame nos mains pour une œuvre de guérison, offrons-lui nos mains.

Conclusion

Une promesse  magnifique nous est donnée à la fin de l’Evangile de Marc !

« Le Seigneur travaille avec eux et il leur donne le pouvoir de faire des choses étonnantes… ».  Obéissons et  laissons le Seigneur nous étonner !  Rien n’est plus beau que de voir le Seigneur à l’œuvre dans les vies de ceux  pour lesquels nous prions. 

Mais pour terminer il est important de souligner encore un point !

Pour déborder il faut être plein !

Pour proclamer la Bonne Nouvelle il faut qu’elle remplisse notre cœur.

Pour travailler avec nous, pour faire des choses étonnantes, le Seigneur s’attend à ce que nous soyons rempli de l’Esprit Saint ! 

Dans ce temps de l’Ascension soyons donc ouverts, les cœurs grands ouverts à la venue de l’Esprit.

 Questions pour les groupes de partage

L’ordre de mission donné par Jésus aux siens tel que Marc nous le transmet peut se résumer dans ces trois impératifs : 

Allons – Annonçons – Aimons

1.- En quoi le premier impératif me concerne-t-il ? 

D’abord au niveau de la prière lorsque je prends au sérieux la demande de Jésus : « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le propriétaire de la moisson d’envoyer davantage d’ouvriers dans sa moisson. » (Matth.9-37-38)

Ensuite au niveau de l’envoi ! Autrefois ceux qui partaient en mission se rendaient dans des pays lointains. Aujourd’hui toutes les nations  sont venues à nous au travers des flux migratoires. Serais-je appelé à témoigner de ma foi à tel ou tel étranger habitant près de chez moi ?

2.- Le second impératif doit me conduire à affirmer, avec respect, mais aussi avec audace que le Christ est le seul chemin qui  conduit au salut éternel ! Quelles sont les difficultés que j’éprouve à dire clairement cette Bonne Nouvelle ! Demandons à Dieu de les surmonter !

3.- Aimer : c’est amener la lumière là où règnent les ténèbres, l’amour là où il y a la discorde, la joie là où il y a la tristesse, la paix là où il y a la guerre ! Je vous invite, dans la prière, à intercéder pour telle ou telle personne qui se trouve  en difficulté. Vous demanderez au Seigneur de vous inspirer afin de lui venir en aide.

Guy Chautems 


[1] « L’avenir des réformés » de Jörg Stolz et Edmée Baillif – Labor et Fides – (éd.originale  all. 2010) ;

Turbulences  – les Réformés en crise – Editions Ouverture – Le Mont-sur-Lausanne –  2012 ;

Le temps presse –  de Virgile  Rochat – Labor et Fides – 2012.

[2] Je pense que nous avons tous vu ces jachères de nos campagnes parfois étonnantes, tellement elles sont fleuries. Elles sont indispensables pour maintenir dans notre pays  la diversité de la vie.

Issa ou Jésus ? Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine.

Une prédication de Vincent Schmid, Temple de Malagnou, 11/4/2021

Lectures : Daniel 12 :1-4 et 1Co 15 , 12-19

Le weekend de Pâques dernier, un journal romand a cru de bon ton de publier en pleine page un article intitulé : « Jésus, trop bien pour être crucifié ? ».[1] Le papier, émanant d’une agence de presse protestante – (malchance pour nous…) – fait l’éloge d’une figure littéraire du Coran qui se nomme Issa et qui est une construction musulmane tardive à propos de Jésus. Il s’agit d’une construction très problématique puisque selon le Coran cet Issa/Jésus n’est jamais mort sur la croix et n’est jamais ressuscité. Il était trop bien pour ça, selon l’article manifestement admiratif.

Passons sur l’indélicatesse dont témoigne une telle publication à l’égard du lectorat chrétien le jour de Pâques. La provocation fait vendre, vieille ficelle… Ce qui est grave à mes yeux est qu’à aucun endroit de l’article cette construction n’est mise en perspective. La vérité n’est jamais dite, à savoir qu’il s’agit en fait d’une attaque en règle contre l’essence même de la foi chrétienne. En forgeant leur Issa, le ou les rédacteurs du Coran savaient parfaitement qu’ils visaient au cœur de ce qui constitue l’Évangile. Ils ont voulu décrédibiliser Jésus-Christ au profit de leur prophète.

Cet Issa/Jésus n’est pas un possible trait d’union entre les cultes et cultures, comme le prétend un certain irénisme naïf à la mode, mais tout le contraire. Il s’agit d’une fin de non-recevoir et d’un rejet catégorique de ce que Saint Paul affirme : « Si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine… »

Quelques remarques maintenant à propos de ce passage des Corinthiens.

Première remarque

On n’a pas attendu le Coran pour avoir des doutes à propos de la résurrection de Jésus. Il y en a dans l’Église de Corinthe qui disent que… ; il y a Hyménée et Philète; il y a la figure de Thomas dans l’Évangile de Jean et le commentaire qui l’accompagne ; il y a celles qui pensent qu’on a volé le corps ; il y a les philosophes d’Athènes qui éclatent de rire au nez de Paul ; il y a le gouverneur romain Festus qui s’inquiète de sa santé mentale…

On ne peut vraiment pas dire que les textes du Nouveau Testament éludent la difficulté ! En face du doute raisonnable, ils placent le saut de la foi, ce qui est la seule et unique alternative.
Tout le monde comprend que l’enjeu est considérable. En effet quelque chose (la résurrection de Jésus) qui ne peut faire l’objet d’aucune explication naturelle donne son sens à ce que nous chrétiens croyons et disons.

Deuxième remarque

La résurrection n’est pas au départ une idée chrétienne… Ce ne sont pas les chrétiens qui l’ont inventée, on y croyait bien avant eux et en dehors d’eux. On la trouve déjà sous la plume du prophète Daniel. Depuis elle n’a cessé de prendre de l’importance au point de devenir un pilier de la foi juive. Le Talmud expose que chaque passage de la Bible, n’importe lequel, implique la résurrection mais nous n’avons pas suffisamment de finesse d’esprit pour l’apercevoir.

C’est une idée au fond assez simple, étroitement liée au Dieu créateur. Si Dieu est celui qui a créé une fois, au commencement du monde et des choses, pourquoi n’aurait-il pas la capacité de créer à nouveau ? Rien ne l’empêche. Les maîtres anciens recourent à l’image du souffleur de verre. Si un vase de verre créé par le souffle de l’homme vient à se briser, il peut être refondu et recréé. A plus forte raison, le souffle de Dieu peut recréer ce qui est mort, littéralement ressusciter ses créatures.

Seulement cette résurrection est située d’ordinaire à la fin des temps. A Jésus qui lui dit : Ton frère (Lazare) se relèvera de la mort, Marthe répond : Je sais qu’il se relèvera lors de la résurrection des morts, au dernier jour. C’est la conception orthodoxe à l’époque de Jésus.

Mais cette conception orthodoxe reste dans le domaine des idées, elle est abstraite, lointaine, renvoyée à la fin de l’Histoire. J’attire votre attention sur ce point très important.

Troisième remarque

J’en viens à la formule de Paul : Si Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine. Vaine est un adjectif qui n’a pas été choisi au hasard. Une chose vaine est une chose sans réalité, sans contenu, sans efficacité. Une simple illusion. Si Christ n’est pas ressuscité notre foi est une illusion.

Ici Paul nous fait sursauter. Il a l’air de penser que toute notre foi se résume à la seule résurrection de Jésus. Mais est-il impensable d’imaginer une foi sans Jésus-Christ ressuscité ? Que devient tout le reste ? Car enfin on n’a pas attendu le matin de Pâques pour croire en Dieu! Que devient le Dieu créateur de la Genèse? Que devient le Dieu éthique qui inspire à Moïse ses commandements ? Que devient le Dieu intérieur, intime, que Jésus a appelé « mon Père » ? Est-ce que ça, ce n’est rien à croire, vain, illusoire ?

Je me permets de répondre à la place de Paul : Toutes ces croyances orthodoxes sont belles et bonnes mais elles restent dans le domaine des idées abstraites, elles constituent une forme d’idéologie parmi d’autres, pas plus.

Ce que veut dire l’apôtre est ceci. Il est vain de croire que Dieu a agi il y a très longtemps dans le passé et de spéculer qu’il agira à la fin des temps s’il n’agit pas ici et maintenant dans la vie des hommes pour la transformer. La résurrection de Jésus est la manifestation au présent de la créativité divine, ininterrompue depuis le commencement des jours et jusqu’à la fin des jours. Le tombeau vide a donné une réalité, un corps c’est le cas de le dire, à une idée religieuse qui préexistait. Ce qui était abstrait est devenu concret. Comme au Sinaï, au jardin de Gethsémané Dieu a agi, Dieu a parlé. De nouveau.

Du coup effectivement l’Ecriture sainte, de la première ligne à la dernière, ne parle que de cette réalité, celle de l’action de Dieu ici-bas.

Ou bien Dieu a les moyens d’agir ou il ne les a pas. Ou bien il est celui dont le prophète Jérémie dit que lui seul a le pouvoir de créer quelque chose de nouveau en ce monde ou bien il n’a pas ce pouvoir. Ou bien il est une énergie spirituelle qui se déploie ou bien rien du tout. Dans ce dernier cas oui, c’est une illusion, les Écritures sont un recueil d’émouvantes historiettes. Il n’y a rien à prêcher, rien à croire, plutôt que de perdre notre temps dans cette assemblée, nous ferions mieux d’aller boire un café – pour autant que les cafés soient ouverts…

Quatrième remarque

Il y a des conséquences dont la principale est celle-ci : Si le Christ n’est pas ressuscité, vous êtes encore dans le péché.
Qu’est-ce à dire ?
Dans le péché nous demeurons prisonniers la culpabilité, écrasés par le poids de nos fautes, sans jamais pouvoir nous en dégager. Une vie dans le péché est une vie dans laquelle le pardon n’existe pas. Pas de pardon donc pas deuxième chance, pas de recommencement, pas de changement véritable, pas de relance de la vie.

Vous me demanderez: Qu’a à voir cette histoire de pardon ici? Tout, absolument tout. Qu’est ce qui se passe quand on accorde le pardon à quelqu’un qui vous a offensé et qui vous le demande ? On recrée une nouvelle relation. On rétablit quelque chose qui était mort.

Donc si Dieu n’a pas la capacité de ressusciter maintenant, il n’a pas non plus celle de pardonner efficacement. Le pardon est une forme de re-création, de résurrection intérieure, qui apaise ma relation avec les autres et m’allège suffisamment pour que je puisse poursuivre le fil de mon existence ? Tel est le cœur de l’expérience chrétienne.

Si le pardon reste abstrait, rien ne change et la culpabilité s’accumule. Si le pardon est efficace, alors il y a un relèvement et je peux connaître une nouveauté de vie.

Pour le dire autrement, si le Christ n’est pas réellement ressuscité, la grâce est un vain mot ! On retombe dans le système des mérites et de la quête éperdue (ô combien vaine elle aussi !) de l’autojustification et de l’impossible innocence. Exactement ce que nos Réformateurs ont combattu.

Ce n’est pas faire injure à la religion à laquelle se réfère l’article que j’ai cité en commençant de rappeler qu’elle se présente comme un système judiciaire des mérites et des œuvres particulièrement rigoureux. Un code pointilleux, culpabilisant et punitif (en islam l’enfer commence dès la mise en terre du défunt !) qui divise tout en permis / défendu, pur / impur, etc…. C’est le retour à la malédiction de la Loi contre laquelle Paul s’est élevé tout au long de ses écrits.

Voilà pourquoi si Christ n’est pas ressuscité, nous demeurons dans le péché.

Peut-être vous me trouverez ce matin un ton un peu polémique. Je ne le pense pas. Notre époque mondialisée est en train de connaître, par la force de choses, des changements de civilisation. Sans qu’elle l’ait cherché d’aucune façon, la foi chrétienne se trouve questionnée publiquement dans son contenu par des croyances autres, étrangères. Elle ne peut faire autrement, sous peine d’extinction, que d’assumer une part de controverse, de manière certes toujours mesurée, courtoise mais ferme. Belle opportunité pour se redéfinir pour ce XXIème siècle.

Se redéfinir et bien sûr vivre ce qu’on croit.
En luttant contre les puissances et les dominations qui maintiennent les êtres humains sous leur joug. En sachant pardonner quand il le faut, en répondant au mal par le bien, et en pariant sur les victoires toujours provisoires de la vie dans l’espérance qu’elles auront la victoire finale. Amen.

Vincent Schmid, Temple de Malagnou, 11/4/2021


[1] « Jésus, trop bien pour être crucifié ? » sur 24H du 4 avril 2021 par Anne-Sylvie Sprenger , Agence de presse Protestinfo

L’enracinement

Nous publions un stimulant article du pasteur Vincent Schmid qui appelle l’Eglise réformée à retrouver ses racines, par une claire confession de foi et un culte renouvelé.

Quelle que soit la société qui se profile, notre Église réformée y sera forcément minoritaire. Indépendante des pouvoirs politiques, elle ne tiendra que par son centre, par ce qui la constitue de façon spécifique, par la clarté de son message et la vigueur de sa foi.

Elle tirera sa force d’inspiration de la tradition dont elle est dépositaire, vivant et diffusant le message de l’Évangile dans la ligne de la Réforme.

Au sein de la société globale, elle jouera le rôle de témoin de la présence secrète de Dieu (Ellul) dans ce monde ambigu en répercutant une Parole adressée à tous.

Elle sera l’Église Source, un peu à l’image de ce que furent les abbayes au Moyen Age.
La source sera disponible pour quiconque viendra s’y abreuver, durablement ou transitoirement.

A quelqu’un qui lui demandait ce que les protestants devraient faire pour améliorer leur communication, le publicitaire Jacques Séguéla a fait cette réponse étonnante: « Les protestants doivent faire ce qu’ils savent faire, le faire bien et le faire savoir. »

A nous de jouer !

Lire ici cet article en entier

« Le Seigneur conclut une alliance avec Abram» (Gn 15,18). Juifs et chrétiens, héritiers d’une même alliance.

Nous publions le message prononcé par le pasteur Vincent Schmid à l’occasion de la célébration « Dies Judaïcus » (Le jour du Judaïsme), le 13 mars 2022 en l’Église Saint-Antoine de Padoue, Genève

Jusqu’à ce point dans le récit biblique il était question de l’alliance générale que Dieu contracte avec tous les êtres vivants à la suite du déluge, que l’on appelle l’alliance noachique.

Maintenant est mentionnée pour la première fois dans le texte l’alliance spécifique passée avec Abram. Comme vous le savez, dans la Bible une première mention est importante parce qu’elle livre le berceau de sens.

L’alliance dont il s’agit ici a un contenu: la promesse d’un peuple nombreux et la promesse d’une terre pour ce peuple.

Il s’agit d’une initiative de la part de Dieu dans laquelle il engage sa Parole.

Dieu conclut un pacte dont il se porte garant.

Je veux en souligner la dimension juridique. Parce que l’alliance est fondée en Dieu et sa Parole, elle offre une sécurité de droit absolue. La sûreté et la solidité de l’alliance sont sans commune mesure avec ce dont l’homme est capable et ce dernier ne peut en aucune manière la défaire. L’alliance est immuable comme la Parole de Dieu elle-même.

Certes elle sera par la suite rappelée à diverses reprises et complétée au Sinaï par le don de la Loi : un peuple, une terre, une loi…

Mais en aucun cas elle n’est susceptible d’être remise en cause ou remplacée, pour la raison que Dieu ne revient jamais sur sa Parole.[1]

Ces considérations basiques sont de grande conséquence pour les chrétiens que nous sommes, quelle que soit par ailleurs la communion à laquelle nous nous rattachons.  J’en vois trois principales.

Contrairement à une errance théologique que l’on espère définitivement dépassée, il n’y a pas de substitution possible d’une alliance par une autre dans le projet de Dieu. Il est inconcevable qu’un peuple, celui d’Abram, soit remplacé par un autre peuple, celui de Jésus-Christ. Cela est impossible parce que Dieu ne se dédit jamais (ses promesses sont sans repentance écrit l’apôtre) et qu’il ne peut se mettre à maudire un beau matin ce qu’il bénissait la veille. Car alors il ne s’agirait plus du même Dieu.

Donc il appartient aux chrétiens de clarifier leur propre rapport à l’alliance (par exemple qu’appellent-ils « nouvelle alliance », question ouverte ?) et par extension au judaïsme. St Paul encore donne la direction : ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte…

Ensuite s’impose à nous une autre logique de lecture et d’interprétation. Puisque les chrétiens ont tenu à arrimer leurs propres textes à la Bible juive, qu’ils apprennent à lire !

Sachons envisager les Évangiles à partir de la Bible et de la tradition juives et pas l’inverse. C’est la racine qui porte le rameau et pas le contraire. Un peu d’humilité ne nuit pas et surtout ouvre sur de nouveaux champs de compréhension et de nouveaux positionnements.

Enfin le retour des chrétiens à la source juive qui est à l’origine de leur propre élaboration spirituelle est sans doute une condition essentielle de l’avancement de leur dialogue œcuménique interne. Sans cet éclairage décisif, nous risquons fort de tourner en rond.

Prendre conscience de notre relation commune à l’alliance est certainement la clé d’une meilleure compréhension entre nous.

Puisse l’Esprit Saint nous en donner le désir et l’énergie

Amen


[1] Ce point a beaucoup retenu l’attention de Jean Calvin. Dans l’Institution Chrétienne, il affirme que « l’alliance faite avec les Pères anciens en sa substance et vérité est si semblable à la nôtre qu’on peut la dire une même avec icelle ». Il ajoute que « le peuple d’Israël est pareil et égal à nous en la grâce de l’alliance » (II, 10).

Concernant la différence entre les deux Testaments, il écrit « je reçois volontiers toutes les différences que nous trouvons couchées en l’Écriture, mais à telle condition qu’elles ne dérogent rien à l’unité que nous avons déjà mise, comme il sera aisé de voir quand nous les auront traitées par ordre » (II, 11).

Sur la relation entre Jean Calvin et les juifs, lire ci-dessous l’étude de Vincent Schmid.

Le Jeûne fédéral, un appel à la reconnaissance, la repentance et l’intercession

Introduction

Depuis le milieu du XXe siècle, l’Occident se déchristianise à grande vitesse. Des changements sans précédent se sont opérés dans la société, changements qui impliquent notamment une dégradation de la famille, avec ses conséquences tragiques. Jamais, depuis le début de notre ère, nous n’avons connu autant de divorces, et la notion du mariage entre un homme et une femme est remise en question. L’avortement est devenu un droit plutôt qu’une exception. L’individualisme et l’égocentrisme sont devenus pour beaucoup de nos contemporains un style de vie.

Cette évolution touche naturellement la Suisse. Elle interpelle le groupe CH-CH, « Chrétiens pour la Suisse », formé de personnes issues des quatre régions linguistiques du pays, groupe convaincu qu’il faut revenir à Dieu en tant que peuple et, pour ce faire, se réapproprier une journée particulière : le Jeûne fédéral, dont nous rappelons l’histoire dans les lignes qui suivent.

Historique

C’est en 1832 que la Diète fédérale[1] a décrété le Jeûne fédéral comme une « journée d’actions de grâces, de pénitence et de prière » pour tout le pays.

Il s’agissait d’un jour de jeûne national observé, depuis lors, le 3e dimanche de septembre. Cette journée mise à part invite le peuple suisse à se présenter devant Dieu dans la reconnaissance, la confession et la repentance, ainsi que dans l’intercession en faveur du pays, de son peuple et de ses autorités.

Le Jeûne fédéral nous invite solennellement à nous arrêter et à nous consacrer à l’écoute de Dieu, seul, en couple, en famille ou en communauté, dans le lieu où nous sommes appelés à le vivre, devenant ainsi un multiplicateur de l’évènement. 

La célébration de ce Jeûne est construite autour des trois thèmes de la liturgie, comme l’évoque son identification en allemand : « Dank-,Buss- und Bettag ».

En français, ces trois thèmes sont : 

  • la reconnaissance envers Dieu pour les nombreux bienfaits qu’il nous accorde,
  • la confession et la repentance, à l’image de l’engagement du prophète Daniel ou de Néhémie, pour les dérives et les mauvais choix de leur peuple,
  • l’intercession, en faveur du peuple suisse, du pays et de toutes les autorités en place.

Dieu nous promet une réponse ! Il promet d’écouter, de pardonner les iniquités confessées, et de relever le pays en le guérissant de ses maladies et de ses blessures, comme il le stipule dans 2 Chroniques 7.13-14 :  » Quand je fermerai le ciel et qu’il n’y aura point de pluie, quand j’ordonnerai aux sauterelles de consumer le pays, quand j’enverrai la peste parmi mon peuple, si mon peuple sur qui est invoqué mon nom s’humilie, prie et cherche ma face, et s’il se détourne de ses mauvaises voies, je l’exaucerai des cieux, je lui pardonnerai son péché, et je guérirai son pays.

Mes yeux seront ouverts désormais, et mes oreilles seront attentives à la prière faite en ce lieu « .

A noter que cette sainte convocation faite au peuple suisse d’observer un jeûne, pour exprimer sa reconnaissance à Dieu après une victoire, ou sa contrition dans le malheur, avait déjà existé, de manière ponctuelle, au cours des siècles précédents. En cela, l’histoire suisse ne diffère probablement pas de celle de bien d’autres pays. Par contre, la décision de l’inscrire au calendrier et de reconduire cette convocation chaque année est, elle, tout à fait originale. A notre connaissance, seul un pays connaît institution semblable : Israël. En effet, la fête du Yom Kippour – le jour du Grand Pardon – fixée elle aussi au tout début de l’automne, est une convocation solennelle, amenant tout le pays à se souvenir du Seigneur. Dans les faits, aujourd’hui encore, tout le pays s’arrête et le jeûne est observé par une grande partie de la population juive.

Que l’on comprenne bien mon propos : je ne compare pas la Suisse à Israël et je ne présente pas non plus le peuple suisse comme étant une nation exceptionnelle. Mais je fais le constat que la Suisse actuelle est l’héritière d’ancêtres qui ont reconnu que « Si l’Eternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain » (Psaume 127.1), des hommes qui se sont approchés de Dieu, en toute simplicité et humilité, lui demandant conseil et protection. 

Ainsi, je suis convaincu que mes amis lecteurs d’autres pays francophones liront avec profit ce qui suit, pour autant qu’ils le relient avec des éléments de leur propre histoire, y retrouvant l’empreinte de Dieu et discernant de quelle manière l’Eglise pourrait également y faire (re)vivre un temps de jeûne, d’action de grâces, de repentance et d’intercession.

Dieu a fait alliance avec la Suisse

La Suisse, dans toute sa diversité, a été fondée sur un Pacte d’alliance qui a été scellé en 1291 « au nom du Dieu Tout-Puissant ». Les décisions prises par nos pères, dans l’intérêt commun et au profit de tous, l’ont été en comptant sur l’implication de Dieu pour en assurer la pérennité, autant qu’il le jugera bon.

Mentionnons ici quelques signes visibles de cette alliance :

  • Le Pacte de 1291 perdure aujourd’hui par la grâce de Dieu. Ce texte fondateur exprime l’engagement pris par chaque communauté impliquée de s’entre-aider dans l’épreuve ou l’agression, d’exercer la justice en son sein, de refuser toute interférence de juges étrangers, et de faire appliquer les décisions prises concernant les conflits.
  • La formation de ce pays, comprenant quatre langues nationales, et qui n’a connu que peu de guerres de conquête, tient du miracle. Car malgré les séparations dues à un relief tourmenté, à des langues différentes, à des cultures qui s’opposent parfois et à vingt-six entités cantonales relativement indépendantes les unes des autres, la Confédération helvétique s’est efforcée, au cours des siècles, de demeurer unie en cherchant à reconnaître et respecter son étonnante diversité. Ne pouvons-nous pas y discerner la main de Dieu ?
  • La Constitution, révisée en 1999, reprend l’esprit du Pacte et place l’organisation politique de l’Etat et des institutions, sous l’autorité du nom du Dieu Tout-Puissant. Il me paraît utile d’en citer ici le préambule : « Au nom de Dieu Tout-Puissant ! Le peuple et les cantons suisses, conscients de leur responsabilité envers la Création, résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix, dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde, déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité, conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures, sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres, arrêtent la Constitution que voici… »
  • Un drapeau unique, de par sa forme carrée, et de par sa croix qui rappelle l’unité des Confédérés et la valeur identique que chaque membre – issu des quatre régions linguistiques de la Confédération – possède, mais qui rappelle aussi bien l’instrument sur lequel Jésus-Christ a payé le prix ultime qui permet à celui ou celle qui le demande d’être réconcilié(e) avec Dieu et de recevoir sa véritable identité.
  • Une devise, qui exprime la solidarité («Un pour tous, tous pour un»), nous rappelle que la « force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ». J’aime y ajouter, en me référant au Pacte et au préambule de la Constitution: « Tous en Un ». Ainsi, pour nous, cette devise pourrait être : « Un pour tous, tous pour un, tous en UN ».
  • Une vérité quotidienne : « Dominus providebit ». Cette devise est gravée sur la tranche de notre pièce de 5 CHF. Nous proclamons souvent, sans le savoir, cette parole de vérité chaque fois que nous l’utilisons : « Dieu pourvoira » ! C’est aussi un appel à faire confiance à Dieu en tout temps et en toutes choses, et à demeurer généreux.
  • Une Fête de réconciliation nationale, le 1er août : peu de gens le savent, mais cette Fête nationale a eu comme objectif, au départ, de réunir les Suisses divisés par la guerre du Sonderbund, conflit majeur qui avait opposé les cantons catholiques ayant fait sécession au reste de la Confédération. La tradition des feux, témoin aujourd’hui du rassemblement de la population dans chaque commune, remonte au Moyen Age, où ils étaient utilisés comme moyen de communication et d’alarme. En 1891, pour la première fête nationale officielle, les autorités ont demandé à tous les cantons de « respecter un programme commun », où il est notamment demandé « de sonner les cloches des églises à 19 heures et d’organiser des feux de joie sur les hauteurs. »
  • Un hymne national – un cantique à la gloire de Dieu – dont voici, à titre d’exemple, la troisième strophe : « Lorsque dans la sombre nuit, la foudre éclate avec bruit, notre cœur pressent encore le Dieu fort. Dans l’orage et la détresse, il est notre forteresse. Offrons-lui des cœurs pieux…, Dieu nous bénira des cieux… »[2].
  • Des hommes de Dieu d’exception, parmi lesquels nous pouvons citer Frère Nicolas de Flue (qui a vécu au 15e siècle, homme pieux, animé d’un profond amour de sa patrie et qui, par ses conseils de modération a permis à la jeune Confédération d’éviter une guerre civile), le Général Guillaume-Henri Dufour (celui par qui a été neutralisée la révolte du Sonderbund, au milieu du 19e siècle, et dont le principal souci a été de limiter les pertes humaines), Henry Dunant (fondateur de la Croix-Rouge), et enfin le Général Henry Guisan (commandant de l’armée suisse durant la guerre 39-45). 

Une alliance négligée

Force m’est cependant de constater que ce bel héritage est aujourd’hui largement méconnu, voire renié, quand ce n’est pas raillé et méprisé. Depuis bientôt 190 ans toutefois, l’appel de nos autorités perdure. Il invite la population, et en particulier le peuple de Dieu, à mettre à part le troisième dimanche de septembre pour vivre une halte, un jeûne à l’écoute de Dieu, dans tout le pays.

  • À l’heure de l’abondance et de la consommation, que reste-t-il du Jeûne fédéral?

En 1919 déjà, la presse s’étonne qu’il ne reste rien des traditions d’hier. Ainsi peut-on lire dans « Le Conteur vaudois », journal d’archives, que le jour du Jeûne fédéral, en 1843, pour avoir une place assise au temple « il fallait y pénétrer longtemps avant la sonnerie ». A Morges (sur la Côte vaudoise), par exemple, la cérémonie du dimanche commençait dès huit heures avec la lecture de la Bible, suivie du sermon du pasteur (« assez… long » souligne le chroniqueur). Ensuite on chantait des psaumes, puis venaient les discours des magistrats de la ville… jusqu’à la fin des solennités à seize heures sonnées[3] ».

Aujourd’hui, la presse ne s’étonne plus de rien. Le Jeûne fédéral n’intéresse, dans certains cantons, que par le fait que le lundi du Jeûne est férié, ce qui gratifie la population d’un long week-end, propice à la détente et aux voyages ! Mais, malgré le constat d’indifférence et de mépris du plus grand nombre à ce sujet, je crois que Dieu a à cœur que nous vivions à nouveau, dans toute la Suisse, cette journée particulière afin qu’il puisse concrétiser et libérer sur nous ses promesses !

En effet, comme au temps du roi Salomon, nous subissons les aléas climatiques, la maladie ou la pandémie qui touche notre corps, notre âme et nos biens, la pression des maladies et des ravageurs sur nos cultures, etc.

L’Eglise et l’Etat étant maintenant séparés, c’est la responsabilité de l’Ecclésia[4] de Jésus-Christ de faire connaître et d’organiser ce jour solennel, en invitant le plus grand nombre à s’impliquer dans des actions concrètes. Celles-ci peuvent avoir lieu dans les chefs-lieux cantonaux, de districts, de commune, afin d’exprimer toute la diversité et la complémentarité suscitées par le Saint-Esprit.

Voyons quelques domaines dans lesquels nous pouvons exprimer notre reconnaissance, notre repentance et notre intercession :

  1. La famille : couple, enfants, vie (de la conception à la mort), la jeunesse avec ses problèmes d’identité, d’orientation professionnelle…
  2. L’enseignement : par l’école, l’apprentissage, les HES, les universités, la recherche…
  3. Le domaine de la santé, l’influence des entreprises pharmaceutiques…
  4. La sécurité : la police, la protection de la population, l’armée…
  5. L’économie : les entreprises, les métiers de la terre, les industries, les finances…
  6. Les médias: les journaux, TV, spectacles, expositions…, le domaine des arts, celui du sport… 
  7. La politique et ses orientations, le système judiciaire…
  8. L’Ecclésia, soit l’église, qui est représentée dans chacun de ces sept domaines.

Motifs de repentance particuliers, propres à la Suisse[5]

Ces divers motifs de repentance ont été mis en évidence lors d’une rencontre avec le pasteur Baudraz, des Geneveys-sur-Coffrane, qui nous a interpellés sur le caractère unique du Jeûne fédéral et sur le défi que représentait sa réactualisation sur tout le territoire suisse. Lui-même les portait sur son cœur et les confessait régulièrement. Je me devais de les rappeler ici :

  • Le mépris des pères.
  • Le mépris des alliances élaborées par Dieu : en effet, notre société rejette les valeurs qui ont contribué à donner à la Suisse sa stabilité et sa prospérité dans tous les domaines de son développement. Cette attitude se traduit par le mépris et le rejet des valeurs spirituelles et économiques de la société, développées par nos pères durant des décennies, voire des siècles.
  • Un égoïsme et un individualisme, qui produisent le repli sur soi.
  • La puissance de Mammon, qui manipule nos choix.
  • Une compréhension souvent inadéquate de la neutralité, qui nous empêche de nous impliquer, par peur, ou qui nous pousse, comme chrétiens, à nous désintéresser de la sphère politique, où pourtant tout se décide.

Saisir l’occasion de revenir à Dieu

C’est en 1986, sous l’impulsion de Heinz Suter (de Jeunesse en mission), que j’ai eu l’occasion de rencontrer le pasteur Baudraz, mentionné ci-dessus. Celui-ci nous a rappelé, lors de divers entretiens, qu’il était prioritairement du devoir de la communauté de Jésus que de convoquer et de célébrer ce Jeûne, prophétisant qu’un tel retour à Dieu allait lui permettre de réaliser ses promesses en faveur du pays. Et de rappeler notamment cette promesse de guérison du pays, énoncée dans 2 Chroniques 7.13-14, et citée plus haut.

Depuis lors, cet appel habite mon cœur de manière permanente et profonde, et il a motivé plusieurs actions menées avec des personnes partageant la même vision. La plus spectaculaire de celles-ci a été le rassemblement organisé par le groupe CH-CH, «Chrétiens pour la Suisse» qui, sous la présidence de Kurt Bühlmann, directeur du Forum des Hommes, a rassemblé sur la prairie du Grütli[6] plus de 700 personnes, lors du Jeûne fédéral de 1998.

Cet évènement nous a permis de marquer les 150 ans de la Constitution. En ce lieu historique, cher au cœur de tous les patriotes suisses, nous avons lu toute la Bible dans les quatre langues nationales, célébré le Jeûne fédéral par la louange et la reconnaissance, la confession et la repentance, et intercédé en faveur du pays et de ses autorités durant 24 heures.

  • Quelle conscience avons-nous des enjeux liés au Jeûne fédéral ?

Je suis convaincu de l’importance de cette sainte convocation, rappelée par notre calendrier et soutenue par nos autorités. Dans les temps troublés que nous vivons, temps de grande confusion dans lesquels les pouvoirs politiques et économiques cherchent à imposer leur vision du monde, vers qui d’autre que Dieu pouvons-nous nous tourner ?

Cependant Dieu pose ses conditions : celles de nous arrêter, de nous rassembler afin d’invoquer son Nom ensemble, dans l’unité, en nous humiliant et en nous détournant de nos mauvaises voies. Quelles promesses, mais aussi quelles responsabilités pour nous, si nous croyons à l’actualité de cette Parole !

Nous constatons que l’Ecclésia – l’Eglise de Jésus-Christ – est souvent divisée, paralysée et silencieuse face aux grands problèmes que génère une société qui s’éloigne toujours plus des valeurs qui ont inspiré, depuis 730 ans, le développement et la stabilité de la Confédération.
L’Ecclésia n’a-t-elle pas besoin, de toute urgence, d’une révélation inspirée d’En-Haut pour revisiter ses paradigmes, ses fondamentaux, et oser vivre les valeurs du Royaume des cieux car, faut-il le rappeler, «…la Création attend avec un ardent désir, la révélation des fils de Dieu » (Romains 8.20).

Comme lors de la signature du pacte de 1291, les temps que nous vivons sont difficiles. Hier comme aujourd’hui, où que nous nous tournions, nous sommes confrontés à des questions qui touchent au plus profond de notre existence humaine. 

Discuter des réponses adéquates au terrorisme, de la place de la Suisse face à l’Union européenne, de la fragilité de notre approvisionnement en nourriture, du bon usage de nos ressources énergétiques ou encore de la nouvelle définition de la famille, c’est toujours revenir à la question fondamentale de notre influence potentielle sur la communauté du pays.

  • Quel impact ai-je sur la société à travers mes choix ? 
  • Quel impact avons-nous en tant que communauté chrétienne ? 
  • Quel message pouvons-nous apporter concrètement dans ce monde en perte de repères ? 

Le Jeûne fédéral, pour nous disciples de Jésus-Christ, offre à tous les citoyens suisses l’exceptionnelle occasion de s’arrêter, afin d’examiner notre vie personnelle et notre vie communautaire devant Dieu.

C’est la responsabilité du chrétien que je suis – et de tous les chrétiens vivant dans notre pays – d’apporter notre reconnaissance à Dieu pour tous ses bienfaits, de nous repentir de nos péchés et iniquités et d’intercéder dans l’unité et la diversité pour nos autorités, nos concitoyens et notre pays.

  • Comment allons-nous répondre à l’appel lancé par ces lignes ?
  • Qu’allons-nous entreprendre de concret cette année ?
  • Allons-nous arriver à nous arrêter de manière spontanée, seul ou en communauté, pour célébrer ensemble le Jeûne fédéral dans toute la Suisse ?

Conclusion

Je crois que le Jeûne fédéral est appelé à occuper à nouveau une place de choix dans notre cœur, afin que l’esprit qu’il évoque nous habite toute l’année et nous motive à nous impliquer pour ce magnifique pays que Dieu nous a confié et qu’il a protégé et gardé au cours des siècles, malgré nos infidélités.

En regardant une carte de l’Europe, avec cet îlot en son centre, je suis convaincu qu’il est porteur d’une destinée particulière que nous avons ensemble à découvrir jour après jour, afin de la dynamiser.

Avec mes frères et sœur de l’équipe « CH-CH : Paul-Henri Chevalley, Meya Corthay, mon épouse, Marc Früh, Maxime Jaquillard, Milco Margaroli, Christian Meier, Etienne Rochat, Norbert Valley», je vous invite par ces quelques mots à reconsidérer l’importance de ce jour unique, afin d’en porter la vision et de contribuer à le mettre à part, pour le célébrer année après année.

Nous désirons voir les « feux des veilleurs, que nous sommes appelés à être, s’allumer », comme lors du 1eraoût, et pouvoir assister à des actes concrets, visibles, de reconnaissance, de repentance et d’intercession dans nos communes, nos districts et nos cantons.

Philippe Corthay

Echichens


1 Assemblée des députés des cantons suisses (jusqu’en 1848).

[2] Au cours des dernières décennies, les paroles de l’hymne national ont soulevé de plus en plus de critiques, non seulement au sein de la classe politique, mais également dans la population. On leur reproche leur caractère trop engagé, trop « chrétien », en décalage avec une société qui ne partage plus ces convictions. Un concours a été lancé en vue d’en renouveler le texte ; il a débouché sur de nouvelles paroles, pleines de bons sentiments, mais qui ne satisfont à peu près personne. A tel point que l’ancien texte est encore chanté aujourd’hui dans de nombreuses communes.

[3] FUTUR/CH, Plaidoyer pour la restauration du Jeûne fédéral, Ph. Corthay.

[4] Ecclésia était le mot grec que les premiers disciples de Jésus utilisaient pour parler de l’église. Pour eux, l’Ecclésia n’était ni un bâtiment, ni un moment durant la semaine. L’Ecclésia, c’est le rassemblement de ceux qui ont répondu à l’appel de Jésus et qui ont tout quitté pour transformer le monde avec lui.

[5] Certains de ces motifs de repentance seront néanmoins tout à fait pertinents pour des lecteurs « non suisses » !

[6] La Prairie du Grütli se situe en Suisse centrale, au bord du Lac des Quatre-Cantons. C’est sur cette prairie que les premiers confédérés se seraient réunis, à la fin du XIIIe siècle, pour sceller l’alliance qui deviendra la Confédération helvétique.

Menu 3 étoiles pour temps de l’Avent

Antoine Schluchter, pasteur à La Vallée de Joux, commente ici de manière originale Luc 3.10-18, en reprenant des éléments forts du dernier livre de Marek Halter : « Un monde sans prophètes ».

Jeudi 9 décembre 2021 dans la Feuille de La Vallée, on trouvait un courrier des lecteurs intitulé :« Mais où sont passées les étoiles ? » Il ne s’agissait pas d’un cri d’alarme du responsable de l’Observatoire de La Capitaine, mais de l’observation d’un jeune homme concernant les décorations de Noël ; nos nouvelles suspensions lumineuses ne comportent en effet plus d’étoiles et cela lui donne l’impression que La Vallée perd un peu plus son âme. Les étoiles : à la fois des lumières et des points de repère dans la nuit. Des points de repère, on en a besoin, surtout en cette saison sous notre hémisphère mais aussi dans la saison que traverse actuellement notre monde. Une des paroles du texte du prophète Esaïe garde son acuité glaçante : 

« On regarde la terre, et l’on ne voit que détresse, obscurité, sombre oppression, nuit d’égarement. » (Esaïe 8.23)

Ce verset précède la prophétie annonçant cet « enfant qui nous est né » et il faut bien noter qu’ils associent l’obscurité à la détresse et à l’oppression. Le prophète n’évoque pas là une forme de déprime liée au manque de luminosité. C’est d’ailleurs pour cette raison que les Maîtres juifs ont ajouté au calendrier des fêtes instaurées dans la bible celle de Hannoucca, la fête de la lumière au cœur de l’hiver. On ne peut qu’y être sensibles, vu que le Christ est la lumière du monde et qu’à le suivre, on ne marche pas dans l’obscurité. Alors, quelle lumière l’évangile de ce matin projette-t-il sur notre terre ? Quelles étoiles fait-il briller pour nous repérer sous le ciel obscur ? Le projectionniste, comme dimanche passé, c’est Jean-Baptiste et en effet, il éclaire, il dévoile, il avertit, il clarifie. Luc résume son arrivée sur la scène publique en une phrase :

« C’est en leur adressant beaucoup d’autres appels encore que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple. » 

Donc Jean annonce la bonne nouvelle, littéralement en grec il évangélise mais comment ? En   adressant au peuple des appels ou des exhortations ou des encouragements ; le terme a toutes ces nuances. C’est un discours non pas lisse, dans l’air du temps mais rugueux, confrontant pour le temps et pour les gens du temps ; Jean-Baptiste est vraiment un prophète. Le dernier a-t-on beaucoup dit vu que Jésus est venu dans la foulée. Mais alors, y a-t-il encore des voix prophétiques de nos jours ? Que remarque-t-on quand on « regarde la terre », quand on observe ce qui s’y passe ? Il n’y a pas meilleurs observateurs que nos frères juifs dont le penseur Marek Halter. Il observe le cours du monde, il le confronte aux Ecritures et il a une parole percutante. En particulier dans son dernier livre intitulé « Un monde sans prophètes », publié aux éditions Alerte, ça ne s’invente pas. Selon lui, c’est parce qu’on ne se réfère plus à plus grand que soi : Dieu ou un idéal. Les dirigeants n’ont plus vraiment de figures d’opposition fortes (ni même de majorité). Tant que ça va à peu près, on suit sans broncher ce qui est véhiculé par les coutumes, les médias, les réseaux sociaux et personne pour secouer les consciences : un monde sans prophètes !

Nous allons donc nous appuyer sur Jean, le prophète de l’Avent, mais aussi nous référer à Marek Halter qui établit des passerelles avec notre époque pour discerner quelles étoiles-points de repère ils font briller. 

L’étoile du grand retour

La première, c’est l’étoile du grand retour. Jean a proclamé un baptême de repentance, il a engendré un mouvement de repentance dans le sens d’un changement de direction, d’un retournement, d’un retour vers Dieu. Son message est clair, il ne dévie pas, on sait où le trouver… et on vient en foule le trouver dans un état d’esprit à l’inverse de l’orgueil ou de la suffisance. Marek Halter dit que le bon dirigeant n’est pas celui qui ne se trompe pas mais celui qui reconnaît ses erreurs en écoutant le prophète et en corrigeant le tir.

À propos de passerelles, dans quel désert se poster pour avoir un tel impact ? Après la chute de Ceausescu en Roumanie, j’ai rencontré un vieux moine qui vivait dans une cabane perdue. Eh bien, les nouveaux dirigeants venaient le consulter parce qu’il avait résisté au despote et qu’il avait une parole claire, une parole de prophète. Dans la bible, le désert représente un espace de solitude qui permet la rencontre. La solitude du dépouillement, de nos jours c’est une sacrée passerelle.  Comment faire pour que nos communautés offrent une forme de déconnexion à tout ce qui circule en vue d’une reconnexion à l’essentiel ? Avoir un message clair dans un lieu précis pour faire office d’étoile du grand retour : dans nos célébrations, nos groupes de maisons, nos vies individuelles et familiales.

L’étoile du cœur de la cible

La deuxième étoile-point de repère, à propos de message clair, consiste à avoir une parole ciblée. Jean a une parole générale pour les foules et une parole pour des catégories particulières. Les foules, c’est la masse, certains parlaient jadis de masses laborieuses. Plutôt des petites gens mais avec, en fait, un gros pouvoir d’achat. Représentant donc un important marché pour faire tourner la machine. Jean a une parole ciblée. Aux foules dans leur diversité, il parle de partage de la nourriture et du vêtement, soit des besoins de base. Aux collecteurs d’impôts d’équité et aux soldats de respect.

Dans le fond, et là que de passerelles, c’est un message de partage et de refus des abus. Que ce soit en gardant tout pour soi ou en abusant de son pouvoir. C’est assez impressionnant que Jean invite à manifester ainsi la repentance. On a peut-être trop tendance à la réduire à la dimension spirituelle. Mais là, le retour vers Dieu se traduit par une attitude nouvelle envers le prochain. Marek Halter indique qu’être prophète n’était pas de tout repos. La plupart ont été tués ou ont dû s’exiler. Mais, ajoute-t-il, les rois qui les avaient rejetés ne leur ont pas survécu. 

Il me semble que les exhortations de Jean lorgnent vers des thèmes très actuels. Les communautés de partage, le recyclage, les ressources mises en commun, un exercice sans faille de la justice, la dénonciation des abus, le respect de chacun. Cette étoile est l’étoile-point de repère du cœur de la cible : il s’agit de viser juste et d’oser appeler au changement. En nous engageant résolument sur ce chemin aux passerelles multiples.

L’étoile messianique

La troisième étoile est l’étoile messianique qui n’est pas en sucre glacé. C’est un messie qui vient faire le tri et brûler la paille dans un feu qui ne s’éteint point. On représente volontiers Jésus comme semeur, on l’imagine engranger le bon grain mais moins avec une fourche ou une pelle à vanner. Pourtant ne dira-t-il pas qu’il est venu « allumer un feu sur la terre » ? L’étoile messianique est rugueuse, interpellante. Ce qui est intéressant, c’est que Jean donne d’abord des instructions pratiques et qu’ensuite seulement, il parle du Messie. Avec, il faut le reconnaître, un accent très fort sur le jugement. Il ne pouvait pas en aller autrement car pour lui, le Messie allait inaugurer les temps nouveaux en mettant un terme à l’histoire humaine par le jugement. Il fallait donc tout mettre d’aplomb dans sa vie pour l’accueillir.

Comparativement, Jésus ajoutera une bonne dose de miséricorde et surtout de temps en inaugurant le temps de la grâce qui a déjà duré deux millénaires depuis lesquels le message du salut retentit sur toute la face de la terre. C’est véritablement une divine surprise.

Menu 3 étoiles

Notre Menu 3 étoiles nous offre de bons points de repère dans la nuit du monde. 

L’étoile du grand retour nous invite à accueillir le Seigneur de façon renouvelée et à nous poster à la marge des modes et des pensées dominantes pour offrir aux humains en quête un espace de déconnexion du superficiel –ou tout simplement du passager– en vue d’une connexion à l’essentiel, qui est éternel.

L’étoile du cœur de la cible nous invite à accueillir les appels prophétiques jusqu’au cœur de nos existences pour les laisser se déployer dans ce qu’il nous est donné de vivre et de partager. En osant une parole ciblée et des engagements concrets.

L’étoile messianique est celle qui doit briller au firmament et constituer le repère fondamental à ne jamais perdre de vue – pour nous – et à ne jamais occulter – pour autrui.

Nos frères et sœurs juifs l’attendent encore comme bien des humains dans ce monde qui a grandement besoin de la lumière, de l’éclairage des prophètes. L’interview de Marek Halter à laquelle je me réfère a été faite dans le cadre de l’émission juive « À l’origine » (France 2) qui avait pour titre ce dimanche-là « Hannouca, la lumière des prophètes ». Laissons-nous éclairer !

Relevez la tête !

Prédication du premier dimanche de l’Avent, prononcée à Romainmôtier par le Pasteur Antoine Schluchter.

Nous sommes rassemblés à l’invitation du même Seigneur pour nous mettre à l’écoute d’une même parole d’évangile que le reste du monde. Même Seigneur, même parole divine, même monde : l’œcuménisme dans ce qu’il a de meilleur. Ce matin, nous sommes confrontés, chahutés par la force des mots rudes de Jésus. Incontournable étape pour que la Bonne Nouvelle nous atteigne et nous convertisse. Cette prédication tentera de faire écho à la substance du passage d’évangile en particulier : Luc 21.25-38

Au rythme d’une de ses paroles-phare :

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

En cette fin d’année où la nuit étend son emprise et le froid ses morsures.

En cette pandémie où d’innombrables questions lacèrent nos certitudes.

Comme le peuple élu a jadis traversé la solitude de siècles sans parole divine.

Comme tant de peuples promis au bonheur ploient sous le joug de leurs oppresseurs.

Comme tant de femmes depuis la nuit des temps subissent sans mot dire.

Comme trop d’enfants brimés d’insouciance et grevés d’affection dépérissent.

Comme tant d’humains errent sans le moindre repère.

Jusqu’à nos églises en souffrance, en perte de sens, en manque de reconnaissance.

Nos nuques se raidissent, nos dos se voûtent.

Sous les courbatures du doute.

Les crispations de la désespérance.

Le souffle court, le cœur lourd, nous avançons tête basse.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Quand la danse des astres devient folle et angoissante.

Et les signes de dérèglement clignotent au tableau de bord du monde.

Et le grand astre nous darde de ses rayons brûlants.

Et des tonnes d’engins tournoient au-dessus de nos têtes.

Quand la mer s’agite en d’insupportables fracas.

Et les tempêtes se multiplient, grossissent, déferlent.

Et les eaux se réchauffent et les fleuves s’assèchent.

Et les feux et nos activités déstabilisent ce qui a toujours été.

Et se réveillent de leur engourdissement originel des organismes menaçants.

Quand les puissances des cieux et les fondements de la terre seront ébranlés.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Déjà paraît le signe du figuier aux bourgeons prégnants.

Déjà sortent de terre des semences gorgées d’évangile.

Déjà la nuit se dilue.

Déjà l’horreur compte ses heures.

Déjà l’adversaire recule et prend la fuite.

Déjà s’inversent les forces en jeu.

Déjà point l’espérance du fruit mûr.

Déjà retentit le chant des moissonneurs.

Déjà se lève la génération des promesses réalisées.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Encore pourtant subsistent les illusions éphémères.

Encore les appels aux excès dévoreurs de foi et porteurs d’irrespect.

Encore les déséquilibres répétés entre puissants infatués et petits méprisés.

Encore ces nourritures qui nous laissent sur notre faim.

Encore ces ivresses qui donnent à nos cœurs la gueule de bois.

Encore ces lourdeurs qui entravent notre délestage.

Tentant vainement de voiler la proximité du règne.

Et l’imperturbable pérennité des paroles du Maître.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Le grand dénouement aux images implacables.

Les couleurs aux contrastes virulents, les traits forcés à souhait.

Du jour qui prend à l’improviste.

Jetant son filet sur le monde en son entier.

Qui pourrait y échapper ?

Avec quelle dignité ?

De sa bouche sort l’épée de feu.

Dans sa main la pelle à vanner.

Il vient dans son règne.

Qui pourrait lui résister et devant lui subsister ?

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Il vient, le temps des certitudes.

Il prend corps, le temps des promesses égrenées au long du texte.

« Alors on verra le fils de l’homme venant sur une nuée 

dans toute sa puissance et sa gloire. »

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche. »

« Sachez que le règne de Dieu est proche. »

Il est venu le temps de se lever, ceinture aux reins et bâton à la main.

« Tenez-vous sur vos gardes de peur que vos cœurs ne s’alourdissent. »

« Restez éveillés dans une prière de tous les instants. »

Les promesses divines fendent les brumes et traversent les tempêtes.

Elles nous piquent de leur souffle glacial et gonflent nos voiles.

Nous mettant en état de vigilance, d’éveil, de prière.

Invitation à faire grandir entre nous et rayonner autour de nous l’amour du Christ.

Jour après jour dans l’attente de son jour.

Et la nuit tombée, à le rejoindre priant au mont des Oliviers.

Pour mieux, le jour venu, dès l’aube naissante, rejoindre le peuple des humains.

L’accueillir en nos synagogues.

Car c’est tout à fait certain, nous sommes cette génération qui…

« …ne passera pas que ces choses n’arrivent. »

Comme celles qui nous ont précédés et –qui sait ? —celles qui suivront.

Génération de sauvés en espérance et –qui sait ? —en plénitude.

Génération proche de la délivrance.

Génération de prière et de vigilance.

Les enjeux sont fixés.

Les épreuves annoncées.

Le chemin tracé, balisé du tout premier Avent au tout dernier.

Marchons-y ensemble accompagnés, attentifs, rassérénés.

Le regard vers le but fixé.

« Redressez-vous et relevez la tête : votre délivrance est proche ! »

Romainmôtier, célébration œcuménique régionale, dimanche 21 novembre 2021

Pasteur Antoine Schluchter

IQRI : Institut pour les Questions Relatives à l’Islam

L’Institut pour les questions relatives à l’Islam (IQRI) est un groupe de travail du Réseau évangélique suisse.
Il a pour but de mettre à disposition de quiconque s’intéresse à l’islam des ressources susceptibles de favoriser compréhension et respect mutuel entre musulmans et chrétiens, sans cacher leurs différences ou leurs divergences.

Islam et christianisme englobant tous les aspects de la réalité, les documents présentés sur ce site ne traitent pas seulement des convictions théologiques qui les rapprochent ou les distinguent mais aussi de l’impact que ces convictions ont sur la réalité culturelle, sociale, politique et économique.

Tout en reconnaissant que d’autres groupes étudient l’Islam et les questions qui en relèvent à partir de points de vue religieux ou philosophiques différents, l’IQRI fonde son approche sur une perspective chrétienne, protestante évangélique.

Les partisans du mariage civil pour tous auraient-ils leurs ayatollahs ?

Le peuple suisse a accepté la nouvelle loi sur « le mariage pour toutes et tous ». Les Eglises seront-elles obligées de se conformer à cette décision ? Les pasteurs et diacres seront-ils tenus de bénir le mariage des couples de même sexe ? La réflexion de Mme Suzette Sandoz, parue le 31 août 2021 sur son blog du journal Le temps, nous aide à y voir plus clair.

Ce n’est pas sans surprise que j’ai découvert aujourd’hui, grâce au Temps (p. 7 : « Un mariage pour tous… aussi à l’église ? ») que trois juristes affirmeraient que « si la loi sur le mariage pour tous était acceptée par le peuple, les Eglises historiques et leurs ministres qui refuseraient de célébrer de telles unions pourraient se voir sanctionnés pénalement ».

Il me paraît qu’il y a une petite confusion. Depuis 1874, « une cérémonie religieuse ne peut avoir lieu qu’après la célébration légale du mariage par le fonctionnaire civil et sur la présentation du certificat de mariage ». Cette mesure a pour raison d’être de consacrer l’indépendance totale du mariage civil, seul capable de sortir des effets juridiques officiels, par rapport au mariage religieux, afin de le libérer du mariage religieux et d’éviter donc toute confusion entre les deux célébrations. Pour assurer le respect de cette laïcisation du mariage, la loi de 1874 prévoyait même une sanction pénale si le nouvel ordre chronologique n’était pas respecté.

En 1907, le principe chronologique a été maintenu dans le code civil et une sanction pénale était prévue dans l’ordonnance sur l’état civil contre le religieux qui aurait célébré un mariage avant la délivrance du certificat d’état civil. A l’époque, un art. 118 du code civil précisait même : « Les dispositions de la loi civile ne concernent d’ailleurs pas le mariage religieux ». 

Depuis lors, rien n’a changé sur le fond.  L’art. 97 du code civil dit clairement : « le mariage religieux ne peut précéder le mariage civil ». Je n’ai toutefois trouvé nulle part l’indication que les milieux religieux étaient obligés de bénir tout mariage civil et l’art. 15 al. 4 de la constitution fédérale dispose même que « nul ne peut être contraint d’accomplir un acte religieux ». On ne saurait donc brandir une menace pénale si des Eglises refusent de bénir certains mariages civils ou maintiennent, par exemple, la liberté de conscience de leurs ministres qui refuseraient de célébrer un mariage religieux pour un couple marié de même sexe, voire pour un couple « classique », ce qui est déjà arrivé.

Les Eglises vont incontestablement faire face à des problèmes de conscience si le nouveau type de mariage civil est accepté. Celles qui, après avoir déclaré solennellement que le mariage était l’union d’un homme et d’une femme, avaient créé une célébration pour les partenaires enregistrés différente de la bénédiction de mariage et réservé, dans ce cas, la clause de conscience pour leurs ministres – c’est le cas de l’Eglise vaudoise (EERV) – n’ont jamais été accusées judiciairement de quelque discrimination que ce soit. Si la loi sur le nouveau mariage civil passe, ces Eglises pourraient fort bien décider de maintenir deux cérémonies différentes pour les deux catégories de couples mariés civilement et en outre de garder une clause de conscience, sans violer le moins du monde quelque loi laïque, donc civile, que ce soit, même pas l’art. 261 bis du code pénal contre l’homophobie également brandi par les ayatollahs. La différence de cérémonie religieuse n’est pas un appel à la haine des personnes, il s’agit de la reconnaissance ou de la non-reconnaissance théologique et religieuse d’une nouvelle institution civile. La volonté claire du législateur depuis 1874 étant de distinguer nettement le mariage civil du mariage religieux, on ne voit pas en quoi les Eglises pourraient être condamnées si elles procèdent de même. Certaines Eglises ne refusent-elles pas, et depuis longtemps, de bénir le remariage civil de personnes divorcées sans encourir pour autant des sanctions pénales ?

Il est inquiétant de constater que des ayatollahs du mariage pour tous cherchent à intimider les milieux religieux pour assurer la publicité de leurs propres croyances.

Mariage pour tous: Et si on laissait à Dieu de définir l’amour?

Par Hetty Overeem.

Dommage que je n’ai pas le droit de vote, je suis étrangère…

Ce qui me rend perplexe, c’est que, si j’avais le droit de voter, une large partie de la population aurait décidé d’avance que mon vote serait inacceptable, homophobe, intolérant …

Car, oui, je voterais contre le mariage et l’adoption pour tous : je crois que Dieu a un autre projet pour l’humanité.

Oui, il y a beaucoup de questions auxquelles je n’ai pas de réponse.

Mais je crois que, pour un chrétien, le mariage se fonde sur une promesse biblique : « Dieu créa l’humain à son image, homme et femme, « mâle et femelle » il les créa (Genèse1, 27) … « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et ils deviennent un seul être. »(Genèse 2, 24, repris par Jésus en Matthieu 19, 5 et 6, où Jésus conclut :  » Que l’humain donc ne sépare pas ce que Dieu a uni. »   C’est de la bénédiction d’un CHOIX qu’il s’agit ici, non pas de la bénédiction d’une personne.

C’est pour cela que  –  à tort ou à raison, mais c’est ma liberté, non?!  –  j’étais contre le rite de bénédiction des couples homosexuels : simplement parce que je ne découvre aucun fondement pour une telle union dans les textes bibliques, et je ne peux pas l’inventer.

Et à nouveau : il ne s’agit pas de la bénédiction d’une personne – au nom de qui et de quoi refuser cela?  –  mais de la bénédiction d’un CHOIX de ces personnes.

Et de dire dans ce contexte que Dieu, « dans son grand amour », accepterait et validerait tous nos choix, ne correspond pas, mais alors pas du tout à ce que je lis dans les textes bibliques, que ça concerne ce choix particulier  –  ou d’autres.

Donc, non, je ne pourrais pas entrer en matière pour présider un tel rite. Et, contrairement à ce qu’on veut me faire croire, non, ça ne serait pas par manque d’amour. Ça serait par une autre DÉFINITION de l’amour.

Pourquoi, à ce moment-là, on me déclare intolérante? Parce que je choisis ce qui me semble juste? En sachant que je peux me tromper ?

Mais au nom d’une soi-disant tolérance on décide que mon choix est faux, nul. Pire, que ce choix me placerait contre la communauté LGBT+.

Mais depuis quand je serais contre une personne ou un groupe parce que je ne suis pas d’accord avec son/leur choix?! Ça ressemble beaucoup à la manipulation…

Ben non, je ne suis pas contre un groupe. Ben oui, je suis contre leur choix. Surtout quand ce choix concerne aussi l’adoption d’un enfant.

Mais alors (j’ai entendu lors de l’émission Infrarouge traitant de ce sujet) je suis considérée comme homophobe. Ça me fait froid dans le dos. Et qui sait, dans un avenir peut-être pas si lointain que ça, on va déclarer que c’est un choix « haineux », donc punissable.

Au fond, ça veut dire que je n’ai plus le droit de penser, de dire et de voter comme je pense ( sous condition que ça soit dans le respect, bien sûr). Mais que je dois penser, dire et voter comme une large partie de la population m’impose de penser, dire et voter.

Mais on va où là ?!

Et pourquoi, dans une large partie de l’Église, on me dit qu’il faut que je veuille le mariage pour tous parce que Dieu accueille et aime tous, inconditionnellement?

Bien sûr que Dieu accueille et aime tous inconditionnellement! La question n’est pas là !

La question est : Qu’est-ce que mon Dieu pense, lui? Qu’est-ce qu’il dit, lui? Dieu aime tous mais Dieu n’aime pas tout. Et c’est à moi, personnellement, de discerner ce qu’il pense à ce sujet. A nouveau, en ayant le droit de me tromper.

Pourquoi, dans mon église, pour « nourrir et animer le débat » entre deux groupes, on confie ce mandat à  … un des deux groupes?!

Tout en proclamant haut et fort qu’on est multicolore et que chacun doit respecter l’opinion et le choix de l’autre? Drôle de multitudinisme, ça. Bizarre. Ça fait plus pensée unique que volonté de respecter les couleurs multiples.

Je résume :

Avec l’argumentation de la tolérance on essaye de m’imposer une façon de penser.

Avec l’argumentation d’aimer mon prochain on essaye de m’imposer une définition de ce que ça doit être, mon amour pour le prochain.

C’est grave, ça.

Car si je dis ces paroles publiquement, je risque d’être mise de côté, exclue, insultée. Bon, je peux assumer ça. Mais ce n’est pas bon signe pour une démocratie.

Alors il me semble qu’il y a un sacré enjeu ce 26 septembre :

Non pas seulement ce qu’on va voter, quel sera le résultat.

Mais aussi COMMENT, pour quelles raisons, dans quel climat et avec quelle attitude on va voter.

Il y a un sacré enjeu caché que j’ai juste envie de sortir dans la lumière :

Mariage pour tous? Que chacun décide selon ce qu’il/elle pense juste. Que chaque chrétien décide ce qui lui semble, honnêtement, être la volonté de Jésus-Christ.

Mais cela veut dire aussi :

Libre opinion pour tous ( et je répète : dans le respect de l’autre).

Libre choix spirituel pour tous.

Libre choix pour tous de proclamer l’Évangile comme on le comprend.

Libre choix pour tous de dire comment on comprend et définit l’amour.

D’abord l’amour de Dieu pour nous :

je ne peux pas voir cet amour indépendamment de tout Son Être, toute Sa volonté, toutes Ses paroles.

Ensuite l’amour de nous pour Dieu : le premier commandement, la toute première Priorité, AVANT l’amour pour le prochain! L’amour qui doit nourrir, encourager et transformer notre amour pour le prochain. 

Et enfin l’amour pour nous-mêmes.

Que le Seigneur nous vienne en aide, le 26 septembre, pour discerner comment Lui définit l’amour.

Mariage pour tous : débat pluraliste ou pensée unique ?

Par Martin Hoegger

A la suite de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), la plupart des Églises réformées de Suisse romande, se sont engagées dans le débat sur le mariage pour tous. Cet engagement, le plus souvent unilatéral, provoque en moi trois questions après avoir consulté les sites internet de ces Églises.

Sur la page d’accueil de l’EERS, on lit en effet cette annonce : « L’EERS confirme son oui en faveur du mariage pour tous », et à droite une invitation à une soirée de réflexion avec ces deux questions : « L’amour pourrait-il être un péché ? Qui sont celles et ceux qui souhaitent le mariage pour tou·te·x·s (sic), et pour quelles raisons ? »

On trouve sur la page internet de l’Église protestante de Genève cette autre affirmation : « Mariage civil pour toutes et tous : L’Église protestante de Genève réaffirme la pleine intégration des couples de même sexe en son sein ».

La page de l’Église évangélique réformée du Canton de Vaud (EERV) n’est pas en reste. Avec son logo aux couleurs arc-en-ciel, elle affirme: « L’Église réformée vaudoise s’engage dans une campagne d’information sur le mariage pour toutes et tous ».

Elle rappelle également « son devoir d’unité en organisant le débat, sa capacité institutionnelle à susciter et à accepter le débat, l’ouverture d’esprit nécessaire à l’expression des différentes sensibilités et appréciations, la richesse d’expressions cohabitant dans l’EERV ».

Toutefois dans sa communication et durant les neuf soirées organisées par le groupe « Église inclusive » une seule position sera déclinée. Ceux qui pensent autrement n’ont pas été invités à débattre parmi les préopinants, alors qu’ils l’avaient demandé.

L’Église réformée évangélique du canton de Neuchâtel ne s’est pas engagée, mais a placé sur la page d’accueil de son site un article sur une « 🌈 Célébration œcuménique en faveur du mariage pour tou·tes ». Est-ce une prise de position implicite ?    L’Église évangélique réformée du canton de Fribourg mentionne aussi cette célébration en annonçant que le synode empoignera le thème de l’élargissement du mariage le 11 septembre prochain. Les liens internet auxquels elle renvoie sont tous en faveur du mariage pour tous.

Comme l’EERV, l’EERS organise des tables rondes sur ce thème. La première a eu lieu au « Lab », à Genève, le 2 septembre dernier. Le pasteur Pierre-Philippe Blaser, membre du conseil de l’EERS a affirmé à cette occasion le désir de son conseil « d’ouvrir le dialogue le plus largement possible » (Minute 7.10 de la vidéo). Mais on n’a entendu qu’un seul son de cloche dans les diverses interventions durant cette rencontre : un oui retentissant au mariage civil pour « tou·te·x·s » !

Seule l’Église réformée évangélique du Valais reste en retrait : aucune allusion au débat en cours sur son site ! Est-elle la mauvaise élève de l’EERS ou exerce-t-elle simplement la vertu de prudence dans un débat clivant ?

L’Église réformée Berne-Jura-Soleure, quant à elle, tout en présumant un oui dans les urnes du 26 septembre et en prévoyant déjà un synode de réflexion sur la question du « mariage religieux pour tous » en octobre 2021, suivi d’un synode décisionnel une année plus tard, ne s’engage pas au sujet de la votation. Elle reconnaît qu’il « existe au sein de notre Église différentes opinions sur la question…et que dialoguer sur ces différentes positions correspond à la tradition réformée ».

On verra de quelle manière cette diversité s’exprimera : la preuve sera donnée par l’acte ! Mais en regard de l’absence de débat équitable à Genève et à Lausanne, du silence (complice ?) de Neuchâtel et de Fribourg, trois questions légitimes surgissent. Je les ai formulées avec un groupe qui s’est réuni récemment.

Comment les conseils d’Églises conçoivent-ils le débat pluraliste ?

En ne présentant qu’une seule position, celle en faveur du mariage pour tous, la communication actuelle de plusieurs Églises est unilatérale. D’autres arguments que ceux affirmés sur les sites internet (ou dans le magazine « Réformés ») n’ont pas eu de place, et à ce stade, cette communication donne l’impression d’une « pensée unique ».

Comment parler alors de « richesse d’expressions cohabitant dans l’Église », si une partie de celle-ci n’est pas représentée et entendue ? Pourquoi le respect du pluralisme dans l’Église – revendiqué à tel point qu’il est presque devenu une « cinquième note » de l’Église – n’est-il pas pratiqué dans le cas présent ?

Cette communication est à mon sens contraire à l’esprit du « discernement par consensus », auquel la Communion mondiale des Églises réformées invite ses Églises membres. Dans cette démarche, le « Hearing » (l’écoute des divers points de vue) est essentiel, mais en l’occurrence d’autres positions n’ont pas été invitées à se faire entendre.  

Notre ecclésiologie « presbytéro-synodale » : qu’est-elle devenue ?

Cette ecclésiologie se caractérise par un va et vient entre la base et le synode. Est-il légitime de relayer la décision du Synode de l’EERS de soutenir le mariage pour tous, et partant, sa célébration ecclésiale, sans consultation de la base de nos Églises ?

Une commission de l’EERV s’était penchée sur cette question en 2006. 90% des réformés d’alors n’étaient pas favorables à la bénédiction d’un mariage de personnes de même sexe, à la suite d’une consultation des paroisses de l’EERV.

J’ai peine à croire que les mentalités dans l’Église réformée aient évolué à ce point que seule une petite minorité y serait aujourd’hui opposée. Par ailleurs, où est-il écrit que l’évolution sociale serait un critère déterminant pour l’Église ?

Pourquoi l’Église réformée devrait-elle prendre position pour ou contre l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe ?

Les conseils d’Église ne devraient-ils pas plutôt reconnaître qu’il y a des positions divergentes dans leur Église ? Un conseil devrait exercer son « devoir d’unité » en communiquant qu’il est conscient qu’il y a dans l’Église des convictions et des sensibilités différentes sur ce sujet, ce qui conduit à des réponses différenciées en son sein.

Un conseil doit aussi faire œuvre de paix en ne donnant aucune consigne de vote et en encourageant un débat équitable et si possible serein à ce sujet. Le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) avait déjà appelé à cela le Conseil synodal de l’EERV.

De plus, le silence d’un conseil sur cette question pourrait être interprété comme une prise de position implicite en faveur du mariage pour tous, surtout lorsque le magazine « Réformés » ou d’autres moyens d’information ecclésiaux proposent un traitement unilatéral de ce thème.

J’espère qu’à l’avenir les conseils favorisent un débat équitable en reconnaissant qu’il y a une réelle diversité d’opinions au sein des Églises réformées sur cette question…et sur bien d’autres !

A défaut de cela, la perspective « inclusive » devient excluante pour une large partie de l’Église.

martin.hoegger@gmail.com

Note : cet article a aussi été publié sur mon blog du site Réformés

martin.hoegger@gmail.com

La bénédiction de partenaires de même sexe ?

La votation pour ou contre le « mariage pour toutes/tous » nous pousse à réaffirmer les bases bibliques et théologiques qui concernent l’homosexualité. Cette étude de Gérard Pella a été présentée à la Société Vaudoise de Théologie en novembre 2020.

Remarques préliminaires : 

1- Le positionnement que l’on adopte à l’égard de l’homosexualité dépend étroitement du positionnement – plus ou moins libéral ou littéral – que l’on adopte à l’égard de la Bible.
Et réciproquement : si on a un ami, une fille, un prof qui a une orientation homosexuelle, on sera plus ou moins libéral ou littéral dans son approche de la Bible sur ce sujet. 

Personnellement, je suis né dans une famille non pratiquante. J’ai été touché par l’amour de Dieu à l’âge de 16 ans, pendant un camp de ski organisé par les Groupes Bibliques des Ecoles. J’ai donc baigné dans une approche évangélique de la Bible depuis mes premiers pas dans la foi. 

Cette orientation a été renforcée par ma première année de théologie (1970-1971), à Tyndale Hall, (Bristol), un Theological College anglican de couleur évangélique, avec des professeurs comme Colin Brown, Alec Motyer et Jim Packer.
Lors de mes études de théologie à la Faculté de Lausanne (1972-1977), je me suis rendu compte que plusieurs options théologiques s’affrontaient et je me suis habitué aux divergences théologiques. Pendant 40 ans, j’ai participé au comité de rédaction de la revue théologique Hokhma, que nous avons créée en 1976 avec plusieurs étudiants en théologie de différentes facultés francophones. 

Je ne me suis jamais intéressé de manière particulière à l’homosexualité. J’ai prêché une seule fois à ce sujet, lorsque l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) a consulté les paroisses au sujet – entre autres – de l’accueil de ministres homosexuels (Prédication du 26 septembre 2004 : « Poser des repères sans jeter des pierres », publiée dans Hokhma No 87 (2005), pp. 120-125). Ce sujet m’a paru soudain capital parce qu’il ne s’agissait plus seulement de divergences d’interprétation entre théologiens. Pour la première fois de ma vie, je voyais le Synode de « mon » Eglise prendre officiellement une décision qui contredisait frontalement l’éthique biblique (janvier 2008). 

En novembre 2012, le Synode de l’EERV a décidé d’offrir un rite aux couples de même sexe qui sont au bénéfice d’un partenariat enregistré. Cette décision a choqué bon nombre de paroissiens et de ministres qui se sont rassemblés à Cugy, à l’invitation du Forum évangélique réformé (FER), fin novembre 2012. Ils y ont adopté la « Déclaration de Cugy » qui demandait au Synode d’accepter un moratoire sur cette décision et d’adopter pour ce dossier la méthode de décision par consensus telle qu’elle est pratiquée par le Conseil Oecuménique des Eglises. Cette déclaration/pétition a été signée par plus de 2’900 personnes et remise au président du Synode au printemps 2013. Le Synode n’a pas accédé à ces demandes et il a précisé la forme de l’acte liturgique qui sera offert aux partenaires enregistrés (Synode de novembre 2013). 

Les remous autour de ces décisions du Synode de l’EERV ont donné l’occasion à des personnes engagées dans le FER de rencontrer des personnes qui ne se reconnaissaient pas dans l’appellation « évangélique ». C’est ainsi qu’est née l’idée de créer un mouvement plus large que le FER : le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3). 

Les décisions synodales ont donc été le catalyseur qui a permis la création du R3 mais il serait erroné de penser que le R3 s’est constitué pour lutter contre l’homosexualité dans l’Eglise ou la société. Pour plusieurs raisons : 

  • les décisions du Synode étaient déjà entrées en vigueur quand le R3 s’est constitué ; 
  • le Manifeste de 2015 ne contient qu’une page sur 40 au sujet de l’homosexualité et cette page 32 est publiée dans le contexte d’une réflexion plus large sur le couple et le famille; tout le reste concerne le renouveau del’Eglise, qui est la visée essentielle du R3. 

2- En abordant cette question, on touche à une corde sensible pour beaucoup de personnes directement concernées. Il est donc impératif de commencer par rappeler une des déclarations essentielles du Manifeste bleu : « Nous sommes convaincus que chaque personne particulière doit être accueillie avec respect dans sa singularité et accompagnée pastoralement avec la plus grande sensibilité. » (p.32). Ou encore : « Nous accueillons l’aspiration de chacune de ces personnes à être aimée telle qu’elle est et à avoir sa place dans la communauté chrétienne » (p.32). 

Il faut bien entendre cet accueil de chacun-e dans sa singularité avant d’entendre la suite de notre positionnement :
« En même temps, nous ne pouvons pas offrir un rite ecclésial de bénédiction pour un couple de même sexe. Et cela, par respect pour les textes bibliques tels que nous les comprenons, qui mettent en cause les pratiques homosexuelles (Lévitique 18/22 ; 20/13; Romains 1/26-27 ; 1 Corinthiens 6/9-10 ; 1 Timothée 1/9-11) » (p.32). 

La position du R3 repose donc essentiellement sur un fondement biblique. C’est donc sur le plan exégétique et herméneutique que se joue l’essentiel du débat avec les positions plus « inclusives ». 

Voici – en bref – ce que j’ai compris de la Bible à ce sujet :
Dans la Genèse, la différenciation sexuelle apparaît comme une des composantes essentielles de l’image de Dieu dans l’être humain :
« Dieu créa l’homme à son image ; à l’image de Dieu il le créa ; masculin et féminin (littéralement : mâle et femelle) il les créa » (Gn 1,27).
La différence sexuelle n’est donc pas qu’une nécessité biologique ; elle a une dimension symbolique : elle est le signe par excellence de l’altérité, le fait que l’autre est vraiment, irréductiblement et mystérieusement autre. Et en même temps, elle permet une union entre ces deux personnes si différentes.
Elle reflète par là la richesse de relation que vit la Trinité, la communion entre le Père, le Fils et l’Esprit, dans le respect de l’altérité.
La différence sexuelle est également le reflet d’une altérité plus radicale encore : la différence entre Dieu et l’être humain. C’est cette altérité radicale que toutes les formes d’idolâtrie tendent à estomper. On comprend alors pourquoi l’apôtre Paul présente l’homosexualité comme un des symptômes de l’idolâtrie (Ro 1,25-27).
L’homosexualité refuse l’altérité des sexes ; elle se soustrait aux difficultés, aux bonheurs et à la fécondité que génère une relation fidèle entre un homme et une femme. Elle est stérile par définition. 

Face à cette compréhension « classique » des textes bibliques, on pose des arguments qui ne me semblent pas convaincants :

On nous dit :  » Il ne s’agit que de quelques textes de l’Ancien Testament  »  : Lv 18,22 ; Lv 20, 11-13 en particulier.
 » Si on prenait littéralement ces textes, on devrait donc aussi lapider un fils désobéissant !  » L’argument serait imparable s’il ne s’agissait que du Lévitique. Mais cette condamnation des rapports homosexuels est reprise par Paul, l’apôtre de la grâce : Rm 1, 23-27 ; 1 Co 6,9-11. Nous ne pouvons donc pas disqualifier si facilement ces textes. 

On nous dit : « Les relations homosexuelles à l’époque de Paul (dominant-dominé) n’ont rien à voir avec un couple homosexuel d’aujourd’hui»
Peut-être… Mais les auteurs bibliques ne se basent pas sur l’argument de la domination pour exclure les relations entre personnes de même sexe. Markus Zehnder, professeur d’Ancien Testament en Norvège, est catégorique : « Il est exclu qu’en déclarant les actes sexuels « contre nature », Paul ait eu à l’esprit le point de vue gréco-romain soucieux d’attribuer correctement les rôles actif et passif dans le rapport sexuel. En effet, d’une part il se réfère à l’ordre créationnel de Genèse 1 et, d’autre part, en 1 Corinthiens 7, il souligne clairement qu’homme et femme ont les mêmes droits réciproques sur le corps de l’autre.» (Revue théologique Hokhma, No 93/2008, p.98). Dans le livre d’Innocent Himbaza, Adrien Schenker et Jean-Baptiste Edart concernant l’homosexualité dans la Bible, les auteurs interprètent ainsi Romains 1: « Si la condamnation des actes homosexuels repose sur la théologie de la création, il ne peut être question de rapports imposés, qui seraient condamnables, ou choisis qui seraient acceptables… D’ailleurs… rien dans le texte ne permet de soutenir la thèse de la relation sexuelle imposée par force » (Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible, Paris, Le Cerf, 2007, p. 105). 

Trois observations viennent encore fragiliser l’hypothèse qui voudrait que Paul critique les relations homosexuelles uniquement parce qu’elles sont vécues, dans le monde gréco-romain, comme une domination de l’un par l’autre (et non parce qu’elles contrediraient le couple biblique : un homme et une femme) : 

– Paul condamne explicitement les relations « contre nature » des femmes entre elles ; on voit mal comment le schéma « dominant-dominé » peut s’appliquer ici. 

– Paul parle à ce sujet de relations para phusin et non para agapèn, comme on pourrait s’y attendre si Paul prône simplement « une culture de la réciprocité » qui peut s’exprimer autant par des relations homosexuelles qu’hétérosexuelles. 

– Yves Gerhard, professeur émérite de latin, de grec et de culture antique, relativise la conception « dominant-dominé » souvent invoquée pour interpréter Paul : « Durant mes études de lettres et mon enseignement, j’ai lu tous les jours des textes latins et grecs. Je puis vous dire que les pratiques homosexuelles n’étaient pas fondées sur la violence ou l’asservissement – on peut excepter quelques exemples d’utilisation d’esclaves pour assouvir ses passions (chez Pétrone). » (Lettre du 12 sept 2019 à Gottfried Locher ; cité avec l’autorisation de l’auteur). 

Remarquons la cohérence entre la position de Paul et l’éthique de l’AT. A ce sujet, je m’étonne qu’un bon théologien comme Simon Butticaz puisse interpréter la pensée de Paul sans faire référence à l’Ancien Testament, qui est la première source de la théologie de l’apôtre. 

Quand Jésus ou Paul se démarquent de l’interprétation juive de l’AT, ils ne se privent pas de le dire ! Sur ce sujet, ils partagent manifestement l’orientation hétérosexuelle de l’AT, qui considère une relation homosexuelle comme une « abomination » :
Lv 18,22 : Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination.  

Le mot est fort et mérite d’être interprété :
« Abomination » est la traduction de l’hébreu to-ebah, qui peut évoquer le tohu-bohu du début de la Genèse, c.à.d. le chaos qui a précédé l’action créatrice de Dieu, laquelle a consisté à séparer les ténèbres de la lumière, les eaux de la terre, etc. L’homosexualité est alors considérée comme un retour au tohu-bohu, un brouillage des différences ; elle est à la différence sexuelle ce qu’est l’inceste à la différence des générations. L’inceste est l’autre grand interdit de ce chapitre 18 du Lévitique. » (Cf. Xavier Lacroix, L’amour du semblable, Le Cerf, 1995, p. 150, cité par Andrea Ostertag et Jean-Jacques Meylan, L’amour mal aimé, Dossier Vivre, 2005, pp. 18-19).

On nous dit qu’il n’y a plus ni homme ni femme… 

Il est vrai que ce passage de Ga 3,28 célèbre l’avènement d’une humanité nouvelle en Christ, une communauté qui transcende les discriminations habituelles – au Ier comme au XXIème siècle – discriminations justifiées par l’origine ethnique (ni Juif, ni Grec), le statut social (ni esclave, ni libre), et le sexe (ni masculin, ni féminin). Nous sommes « tous un en Jésus-Christ ». 

Cette confession de foi brise les discriminations mais n’abolit pas les distinctions. Paul va continuer à donner des conseils différenciés aux esclaves et aux maîtres, aux hommes et aux femmes. Nous continuons à vivre dans les réalités avant-dernières. Galates 2 ne permet pas de justifier les relations homosexuelles puisque Paul les considère comme un des symptômes d’une société qui adore la créature plutôt que le Créateur (Rm 1, 24-27). 

Galates 2 permet cependant d’affirmer avec Ed Shaw : « Ce qui me définit le plus dans la vie, ce n’est pas ma sexualité mais mon statut d’enfant de Dieu en Christ » (Ed Shaw, L’Eglise et l’attirance homosexuelle : Mythes et Réalité, Editions Ourania, 2019, p.30). 

 On nous dit : « Il ne s’agit que de 4 ou 5 textes de la Bible… » 

Si l’on veut faire intervenir l’arithmétique comme critère théologique, il faudrait comptabiliser aussi tous les textes qui nourrissent la conception biblique du couple ! Et là, il devient clair que la Bible nous appelle très clairement à privilégier le couple hétérosexuel et monogame. Les déclarations de l’apôtre Paul sont particulièrement fortes à cet égard : « Pour éviter tout dérèglement, que chaque homme ait sa femme et chaque femme son mari » (1 Co 7,2). 

L’enseignement de Jésus est sans équivoque lui aussi : « N’avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, les fit mâle et femelle5et qu’il a dit : C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair. 6Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni!» Mt19,4-6 

C’est cet enseignement biblique fondamental qui fonde notre affirmation dans le Manifeste bleu : « A la différence d’un couple hétérosexuel, un couple homosexuel est, selon nous, incomplet car il exclut de la relation l’altérité et l’union entre un homme et une femme et il exclut de la relation sexuelle la possibilité même d’engendrer un enfant » (p.32). 

Le terme d’altérité désigne ici la différence fondamentale – irréductible et en même temps magnifiquement complémentaire – entre un homme et une femme. Par définition, un couple homosexuel exclut cette altérité (et par la même occasion la fécondité qui peut en découler). Et ce déficit d’altérité n’est pas un détail… comme le montre Jean-Baptiste Edart dans l’ouvrage collectif Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible : « Paul considère que la différence sexuelle est voulue par le Créateur, et qu’elle est une structure fondamentale de l’être humain, caractéristique niée dans l’acte homosexuel » (Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible, Paris, Le Cerf, 2007, p. 92). 

Toute la Bible, du début à la fin, témoigne de cette réalité : tout commence par un homme et une femme créés à l’image de Dieu (Gn1) et appelés à devenir une seule chair (Gn 2) et tout s’achève par le mariage du fiancé avec sa fiancée (Apocalypse 21-22).
Les prophètes, quant à eux, n’hésitent pas à se référer au couple humain pour nous faire comprendre l’intensité de l’amour de Dieu pour son peuple ou pour dénoncer notre infidélité (cf. Ez 16 ; Os 1-3). 

« Le mariage entre un homme et une femme, l’union complémentaire de deux sexes différents, est un point central de toute l’architecture du plan de Dieu pour cet univers, depuis son début et jusqu’à la fin des temps. Ainsi, si vous changez ses constituants (un homme et une femme), vous interférez avec la direction vers laquelle le Créateur dit vouloir guider le monde, à savoir l’unité dans la différence dans le mariage céleste du divin et de l’humain. 

C’est pour cela que le mariage a été défini par certains comme un sacrement (à l’instar du baptême et du repas du Seigneur), en tant que représentation terrestre d’une réalité spirituelle. C’est un tableau divinement peint qui montre une réalité plus grande et, par conséquent, ses éléments constituants ne sont pas interchangeables. (…) Le repas du Seigneur ne représenterait pas correctement tout ce qu’il signifie, si le vin était remplacé par du Coca et le pain par des frites. Nous ne pouvons donc pas appeler mariage quoi que ce soit d’autre que l’union sexuelle permanente entre un homme et une femme sans porter atteinte à sa signification centrale, celle d’illustration de la consommation passionnée de l’amour de Dieu pour son peuple.» (Ed Shaw, L’Eglise et l’attirance homosexuelle, éditions Ourania, tr.fr. de The Plausibility Problem : The Church and Same-Sex Attraction, Inter-Varsity Press, 2015, pp. 88-91). 

 On nous dit que l’homosexualité n’est pas un choix 

J’ai répondu à cet argument dans un article déjà publié sur le site du R3 : https://www.ler3.ch/ce-nest-pas-un-choix/

On nous dit que nous réintroduisons par là une « justice au mérite » 

C’est Simon Butticaz qui lance cet argument dans Le NT sans tabous, Genève, Labor et Fides, 2019, pp.110s. 

Je vois là un grave malentendu :
Quand le Manifeste bleu déclare que « nous ne pouvons pas offrir un rite ecclésial de bénédiction pour un couple de même sexe » il ne parle pas d’accès au salut mais de bénédiction d’un couple.
C’est l’apôtre Paul – et non le Manifeste bleu – qui liste un certain nombre de comportements qui ferment l’accès au Royaume :
« Ne savez-vous donc pas que les injustes n’hériteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni les débauchés, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les pédérastes, 10ni les voleurs, ni les accapareurs, ni les ivrognes, ni les calomniateurs, ni les filous n’hériteront du Royaume de Dieu » (1 Co 6, 9-11 TOB). 

Paul semble donc défendre bec et ongles la justification par la foi plutôt que par les oeuvres et – en même temps – mettre en garde contre un certain nombre de comportements qui empêchent d’entrer dans le Royaume. C’est particulièrement clair dans l’épitre aux Galates : Paul pose aussi bien le principe de la justification par la foi (2,16) que la mise en garde contre les oeuvres de la chair qui empêchent d’hériter du Royaume (5,19-21). 

N.B. Le mot « comportement » est probablement trop faible encore pour décrire ce qui ressemble à une façon de vivre qui colle à la peau, plus encore qu’un comportement plus ou moins occasionnel. En effet, Paul ne parle pas de débauche – par exemple – mais de débauchés. L’attitude profonde qui ferme les portes du Royaume est bien décrite par Jean : « Si nous confessons nos péchés, fidèle et juste comme il est, il nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité. Si nous disons : « Nous ne sommes pas pécheurs », nous faisons de lui un menteur et sa parole n’est pas en nous » » (I Jn 1, 9-10). 

Pour ne pas « bafouer la gratuité de l’Evangile », faudrait-il jeter à la poubelle toute « loi » biblique pour ne garder que l’amour inconditionnel que Dieu nous offre en Jésus-Christ ?
La théologie réformée classique a formulé de manière très éclairante le rôle de la loi biblique. Elle n’oppose pas de manière simpliste la loi et l’Evangile, comme si l’Evangile rendait totalement inutile la loi biblique. La loi garde 3 fonctions ou « usages » : 

A) Restreindre le mal dans la société (usus politicus) : « tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas… »
B) Conduire les gens au Christ (usus elenchticus) en révélant à la fois la volonté de Dieu dans toute son ampleur et la condition humaine dans toute sa noirceur. « La loi est spirituelle ; mais moi, je suis charnel, vendu comme esclave au péché (Rm 7,14). « L’Ecriture a tout soumis au péché dans une commune captivité afin que, par la foi en Jésus-Christ, la promesse soit accomplie pour les croyants » (Ga 3,22). La reconnaissance de notre aliénation nous conduit aux pieds du Christ, qui incarne le pardon de Dieu pour nous. 

C) Apprendre aux croyants comment aimer Dieu et leur prochain (usus didacticus). Les commandements bibliques éclairent ce que veut dire le verbe « aimer » comme Dieu le conçoit. 

En rappelant la « loi » biblique concernant la sexualité, nous n’excluons ni ne condamnons personne ; nous n’introduisons pas une nouvelle condition à remplir (être hétéro) pour mériter l’amour de Dieu. 

  1. Nous aidons notre société à poser des repères. En l’occurence, ceci est un mariage ; cela n’en est pas un. Nous ne sommes pas en train de poser un jugement moral sur des personnes mais nous recherchons une certaine cohérence éthique et théologique. Quand une assemblée d’Eglise comme la FEPS – désormais l’Eglise Evangélique Réformée Suisse – prend officiellement une position qui contredit les textes bibliques, elle sape ses fondements. « Cette Eglise, qui remet ainsi (implicitement ou explicitement) en cause l’anthropologie de la Parole qui la constitue, déconstruit, de fait, ses bases symboliques (…) En psychanalyse, comme en psychothérapie, on parle – lorsque ceci se produit – d’atteinte au cadre, voire de « déliaison pathologique du lien institutionnel » (Pierre Glardon, op.cit., p.219). 
  • Nous aidons nos contemporains à prendre conscience de notre condition humaine : tous, d’une façon ou d’une autre, nous transgressons la volonté de Dieu ; tous, hétéros comme homos, nous ratons la cible de mille et une façons, et tous nous ne pouvons compter que sur la grâce de Dieu, incarnée en Jésus-Christ, pour nous tenir en sa présence. C’est ici – et non dans notre comportement plus ou moins choisi et subi – que se trouve le seul choix fondamental : croire ou ne pas croire à l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ (Jn 3,36). 
  • Nous encourageons les chrétiens à ne pas se conformer au monde ambiant mais à se laisser transformer par le renouvellement de leur être profond pour discerner quelle est la volonté de Dieu pour eux, leur couple, leur famille, leur société (Rm 12,2) 

La grande difficulté est de parvenir à tenir ensemble l’accueil respectueux de chacun-e, quelle que soit son orientation sexuelle, et le refus d’un rite pour couples de même sexe
Ce refus sera presque toujours compris comme un jugement voire un rejet… Un détour par la polygamie permettra peut-être de comprendre comment on peut respecter une personne sans pour autant bénir sa forme de conjugalité. 

La polygamie est une « orientation sexuelle » couramment pratiquée, aujourd’hui comme hier, en Suisse comme en Afrique, même si elle prend des formes variables. L’homme semble avoir de la peine à se contenter de la relation sexuelle avec une seule femme. D’où un grand nombre de mises en garde bibliques contre la convoitise, l’adultère ou la prostitution. Remarquons à ce sujet qu’à l’aune de la Bible il ne suffit pas que les partenaires soient consentants pour que leur union soit acceptable… 

La polygamie est pratiquée dans la Bible elle-même et par des personnages aussi respectables et bénis qu’Abraham, Isaac, Jacob, David ou Salomon. Il n’y a cependant aucun rite pour partenaires polygames dans les Églises que je connais. Nous pouvons sincèrement respecter ces personnes sans pour autant approuver leur forme de conjugalité. Ce refus n’implique aucun jugement sur la personne d’Abraham ou David. Il exprime simplement le choix de valider et valoriser le couple monogame préconisé par le Nouveau Testament. C’est ce choix que le Rassemblement pour un renouveau réformé exprime dans son Manifeste bleu

Que se passe-t-il lorsqu’on légitime théologiquement les relations homosexuelles ?
– On crée un décalage, pour ne pas dire un choc frontal, entre les déclarations de la Bible et celles de la théologie. Un exemple :
« Bien qu’ils connaissent le verdict de Dieu déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles actions, ils ne se bornent pas à les accomplir, mais ils approuvent encore ceux qui les commettent » (Ro 1,32)
« L’homosexualité tout comme l’hétérosexualité font partie de la création bonne de Dieu et de sa diversité. »( Michael Wolter, Der Brief an die Römer, vol.1, p. 154 ; cité par Simon Butticaz, op.cit., p. 124). 

 – On creuse l’écart entre l’Eglise réformée et les Eglises qui gardent une éthique plus proche des textes bibliques. 

–  On balaie les convictions d’une minorité de pasteurs et de paroissiens qui ont une interprétation « classique » de la Bible pour répondre à la demande d’une minorité de paroissiens qui se déclarent homosexuels. Qui a vraiment besoin que l’Eglise réformée suisse propose une bénédiction de mariage pour couples de même sexe ? Une infime minorité !

Selon les statistiques officielles de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, il y a eu – pour tout le canton – une demande de bénédiction en 2013, deux en 2014, trois en 2015, une en 2016 et une en 2017. Plutôt que de mettre toute l’Eglise sous pression pour changer sa définition du mariage et ses rites, plutôt que de demander à l’Eglise tout entière d’entrer en choc frontal avec les textes bibliques, n’y a-t-il pas d’autres façons de répondre aux besoins des couples de même sexe ? 

– On brouille les repères pour les adolescents qui sont dans une période de recherche d’identité. L’homosexualité devient alors une option parmi d’autres, à tester sans retenue (selon le témoignage d’une maman de gymnasiens vaudois). 
« Comme d’autres, je ne suis pas convaincu par l’argument que l’on « naît » homo ou hétéro. La conscience sexuelle n’émerge qu’avec l’âge et va normalement de pair avec la double découverte de son propre corps et de l’altérité. A une époque où on ne cesse de dire que les rôles respectifs d’hommes ou de femmes sont des constructions culturelles bien plus que naturelles, il est pour le moins étonnant (ou révélateur d’une certaine volonté d’interpréter les données en fonction de ce qu’on veut démontrer) de constater une insistance forte pour considérer que l’homosexualité échappe à cette règle et soit considérée comme relevant de la nature intrinsèque de la personnalité, en dehors des cadres culturels formateurs » (Jean-Claude Thienpont, « Unio Reformata. Entre loyauté et résistance », Hokhma No 117/2020, p.75). 

Comme l’exprime si bien Jésus en parlant de ses disciples comme du sel de la terre et de la lumière du monde, l’Eglise est à la fois pleinement dans le monde et porteuse d’une saveur différente. Elle est appelée à poser des repères (lumière) pour que tous ceux qui l’entourent puissent orienter leur marche ou se démarquer en connaissance de cause. Poser des repères sans pour autant jeter des pierres me semble être une des missions capitales de l’Église. Je vois l’Église de demain comme une minorité qui donne de la saveur et ose se démarquer plutôt que comme un caméléon qui reflète les opinions de son entourage et contribue ainsi à la « grande confusion » dénoncée par l’apôtre Paul dans l’épître aux Romains (1, 24-32). Voir mon article https://www.reformes.ch/blog/gerard-pella/2019/09/la-future-eglise-suisse-sera-t-elle-un-cameleon

– On participe – volontairement ou non – à la déconstruction de l’éthique chrétienne du mariage.

–  On cautionne – volontairement ou non – l’agenda des minorités sexuelles, qui recherchent infiniment plus qu’une bénédiction de mariage : le droit d’adopter des enfants et l’accès à la procréation assistée, voire à la gestation pour autrui. On ouvre la porte de nos écoles ou de nos bibliothèques à des visions du couple qui sont aux antipodes de la conception biblique. 

Un exemple : la bibliothèque de Vevey propose des ateliers et des tables rondes autour des différentes pratiques sexuelles. C’est ainsi qu’elle invite une drag queen dont le programme est clair : « Je viens juste stimuler l’imagination, favoriser la fluidité des genres, casser les codes, sans vouloir choquer ou faire du prosélytisme » (24Heures du 25-26 janvier 2020, p. 9). 

Conclusion 

• « Nous ne pouvons pas offrir un rite ecclésial de bénédiction pour un couple de même sexe ». 

• « Nous voulons accueillir avec affection, amour et sensibilité, et accompagner selon l’Evangile… » Extraits du Manifeste bleu, p.32 

Gérard Pella, Attalens, novembre 2020. 

Mariage pour tous : pour un débat équitable dans l’EERV !

Nous sommes surpris concernant le choix du Conseil synodal de soutenir publiquement et unilatéralement le « Mariage pour tous » sur le site de l’Église évangélique réformée du Canton de Vaud (EERV).

Nous sommes surpris parce que nous espérions que le nouveau Conseil synodal chercherait à mieux respecter les divers courants théologiques au sein de notre Église. Or nous constatons qu’une seule position est présentée dans les vidéos qui sont diffusées en première page du site de l’EERV, contrairement à ce qui est annoncé :

« Depuis octobre 2020 le Groupe Église Inclusive a un mandat du Conseil Synodal pour diffuser une information impartiale et objective sur le Mariage pour Toutes et Tous. »

Cet engagement militant en faveur du Mariage pour tous nous semble manquer de respect pour la large diversité présente dans notre Église. Cette prise de position choque non seulement le courant évangélique, mais d’autres courants présents dans le Rassemblement pour un Renouveau Réformé (R3).

Nous estimons en effet qu’une grande partie des paroissiens actifs dans notre Église est mal à l’aise avec ce positionnement. Un sentiment diffus les incite à refuser, mais ils n’arrivent pas à le formuler, car ils sont muselés par le « politiquement correct ».

Pour mémoire, nous rappelons le résultat de la consultation des paroisses de l’EERV au sujet de l’homosexualité. Le rapport du CS de l’époque constate : « Un consensus très large (quasi-unanimité) se dessine quant au refus de cérémonies de mariage pour des couples homosexuels. Le langage exprimant le refus est particulièrement vif et tranché. Il n’est pas rare de voir des précisions disant que ce refus vaut pour toute cérémonie quelle qu’elle soit » (Rapport du Conseil synodal sur l’homosexualité, 26 novembre 2007, p.8).

Pour mémoire encore, nous rappelons la décision du Synode du 22 juin 2013, qui a modifié ainsi l’article 274 du Règlement ecclésiastique :

« La bénédiction de mariage est l’invocation de la bénédiction divine sur un homme et une femme mariés à l’état civil ».

Pour mémoire toujours, nous rappelons trois textes qui ont reçu un large soutien :

D’abord, la « Déclaration de Cugy » signée par plus de 3’000 membres de notre Église au lendemain de la décision du synode de novembre 2012 qui avait décidé d’autoriser la bénédiction des couples de même sexe.

Puis la « lettre ouverte » destinée à l’Assemblée des délégués de la Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS) de novembre 2019. Cette lettre a recueilli en deux semaines plus de 6000 signatures de paroissiens réformés.

Enfin la « Déclaration sur le mariage pour tous dans l’Église » qui rappelle l’autorité des Écritures. Elle a été signée par plus de 200 pasteurs et théologiens des diverses Églises réformées de Suisse, suite aux prises de position de la FEPS. Le R3 y a aussi contribué.

Pour un authentique respect de la diversité – exigence fondamentale d’une approche inclusive – nous demandons au Conseil synodal donc d’adopter un positionnement plus nuancé, qui tienne compte de la réalité du terrain.

D’autre part, puisqu’il affirme son « devoir d’unité en organisant le débat », nous demandons instamment d’inclure, de manière équitable, des personnes qui sont d’un autre avis que le groupe « Église inclusive », dans la tournée cantonale d’information qu’il prévoit en septembre.

Cela nous semblerait plus cohérent…

… avec le passé récent de l’EERV et tous les débats qui ont agité notre Église entre 2008 et 2013,

…  avec la pratique de notre Église de respecter la pluralité des interprétations,

… avec les axes stratégiques que le CS a choisis, en particulier l’accent sur l’enfance et les familles.

Nous n’ignorons pas que la nouvelle loi sur le mariage (pour tous !) cherche à corriger une inégalité entre couples hétéro- et homosexuels mais qu’elle en crée deux nouvelles : entre les couples de femmes et les couples d’hommes (ces derniers n’ayant pas accès à la procréation assistée). Puis, surtout, entre les enfants qui auront une maman et un papa et ceux qui ne pourront pas bénéficier de cette altérité voulue dès l’origine par notre Créateur.

A ce sujet nous partageons l’avis de Suzette Sandoz, ancienne conseillère nationale et membre du synode qu’« en donnant l’impression que le seul problème à résoudre est l’égalité entre les goûts sexuels justifiant le mariage pour tous sans y lier immédiatement – comme l’a fait le législateur – la question du droit à l’enfant pour tous, l’Église trompe son monde. Elle fuit la clarté, elle entretient la confusion, cette confusion qui a, autrefois, contribué à « faire de la Maison de Dieu une caverne de voleurs ». (Réformés, 14 juin 2021).

Rassemblement pour un Renouveau réformé

Martin Hoegger Président de l’assembléeGérard Pella Président du comité

« Mariage pour tous » : Nous avons des choses à dire ensemble !

Nous avons donné la parole à Pierre-Alain Blanc qui réagit à l’article « L’EERV lance la campagne sur le mariage pour tous ». Son texte a pour but d’ouvrir le débat en se confrontant avec la culture, ainsi qu’avec la société et la théologie. P.A. Blanc, de confession catholique, est enseignant dans le canton de Neuchâtel. Il a particulièrement à cœur les implications pédagogiques du débat.

Dans le débat pour le mariage pour tous, on aimerait familiariser le public avec deux arguments implacables, partant du principe que NOUS, bons citoyens, bonnes citoyennes sommes forcément « pour l’Égalité » et « contre la discrimination… », et, que cela suffirait à nous donner bonne conscience et à voter, OUI – comme la majorité bien-pensante – à la votation concernant le mariage civil pour tous.

Les réflexions suivantes ont pour but d’élargir le sujet et constater que les répercussions touchent différents domaines de la science, de la culture et de la société contemporaine.

Approche linguistique

Sur le plan linguistique, le néologisme « Église inclusive » utilisé dans le texte mériterait une précision. Comment expliquer un tel concept à un individu lambda ? L’utilisation d’une langue quelconque s’inscrit dans un « savoir-commun », généré par un groupe de locuteurs ou à une communauté langagière. À entendre les réactions que suscitent la prise de position de L’EERV, on a l’impression, vu de l’extérieur, qu’il s’agit d’un groupe peu homogène.

Définir le mariage de façon précise et claire – ne signifie pas implicitement que les protagonistes d’un mariage « traditionnel » veulent discriminer ou exclure, comme veut le suggérer l’article. Ce point de vue est réducteur. De quel mariage parle-t-on ? Il s’agit, toujours au plan du langage, de trouver une formulation adaptée, de procéder à une distinction sémantique, de se mettre d’accord sur le sens des mots afin de décider, en connaissance de cause.

Approche éducationnelle

Bien que cela ne soit pas le propos de l’article, je pense que l’aspect éducationnel ne doit pas être oublié dans ce débat. Le regard, comme insiste le pape François dans « Amoris Laetitia », doit englober aussi « ce qui fait le cœur de la spiritualité chrétienne : la famille ». Au sein de nos Églises et communautés, un soin particulier est porté à la transmission de valeurs chrétiennes aux jeunes. Par exemple, lors de préparation aux sacrements ou de l’éveil à la foi. L’aspect spirituel, éducatif et social contribue à cette démarche.

Le choix de l’approche pédagogique, surtout en lien avec des thèmes liés à l’affectivité ou à la sexualité, n’est pas anodin. Ce souci d’adopter la bonne mesure fait écho à la « mainmise », aujourd’hui, de la théorie du « gender » dans ce contexte, et, bien sûr en lien avec le rôle que joue ici la famille. De l’adhésion ou non à l’ « idéologie du gender » va dépendre notre position sur le sujet proposé en votation. Beaucoup de Chrétiens n’adhèrent pas à cette vision, sans montrer pour autant une attitude discriminatoire envers la communauté LGBTQ+ que l’EERV a choisi de défendre.

Mais, pour ne pas rester seulement au plan de la critique, il faudrait définir ou envisager quelques aspects qui ne doivent pas manquer dans une approche chrétienne :

  • Au Val-de-Travers, j’étais fasciné, lorsque le pasteur de l’Église réformée évangélique de Neuchâtel – dans le cadre du cours de religion que nous animions ensemble – parlait aux jeunes sur le thème de la création. Les termes choisis, tirés des deux textes bibliques sur la création, renvoient à des principes d’harmonie, de mesure ainsi qu’à des notions de distinction et de complémentarité etc. Je n’avais jamais perçu aussi clairement auparavant cette trame si ordonnée, naturelle, harmonieuse et « très bonne ».
  • Récemment, j’ai pris l’initiative de réagir à la position du comité du parti Vert libéral neuchâtelois sur la question du mariage. Liée à cette notion naturelle et harmonieuse de la création dont il est question plus haut, je leur ai demandé, si le mariage, tel que défini entre un homme et une femme, ne s’apparente pas, d’une certaine manière, à l’optique d’un parti fondé sur des principes naturels, écologiques. La réponse d’un membre du comité ne s’est pas fait attendre. Elle fut claire et définitive. Pour lui, toutes celles et tous ceux qui touchent à la « sacrosainte » égalité n’ont pas droit au chapitre. Ma position posait donc une limite inacceptable aux yeux de mon interlocuteur.
  • Formé à la pédagogie « TeenSTAR » qui a pour but de transmettre le sens d’une sexualité globale et responsable à des jeunes, je me pose la question cruciale suivante : comment transmettre aux générations futures une éthique sexuelle responsable, suscitant l’émerveillement pour la création et au centre de laquelle la question du mariage, du bonheur prendrait sens. Les chrétiens, femmes et hommes, doivent s’engager sur ce terrain si important. Une alliance avec le politique est incontournable si on veut avoir une incidence réelle, par rapport simplement au contenu de l’enseignement prodigué.

Bien que tourné vers l’apprentissage des langues et l’éducation, je conclus mon questionnement par des considérations plus en lien avec le domaine de la théologie et de l’Église, auquel se réfère l’article.

Aspects théologiques et œcuméniques : quelques questions…

  • Le terme de « débat démocratique », auquel fait allusion M. Coduri dans le texte, me surprend. Il parle même d’« une seule théologie ». J’ai toujours supposé que les Chrétiens se référaient à un patrimoine commun… 
  • Chrétiens, ne sommes-nous pas garants de cette vision naturelle, ordonnée, harmonieuse décrite dans les deux textes de la Création ? Et, pour rester concret, comment cela devrait-il se traduire dans la pratique ?
  • Dans une optique œcuménique, je constate que l’article parle de « Notre Église qui se bat contre toute forme de discrimination… ». Je me sens interpellé : l’Église catholique ne partage donc pas ce but ?
  • Que reste-t-il de cette « désobéissance chrétienne et civile », de ces positions courageuses, à contre-courant, « anti-mainstream », pas mondaines du tout, auxquelles des icônes de nos Églises nous ont habitués tout au long de l’histoire ?
  • Quelle attitude doivent adopter les Églises et leurs conseils envers leurs membres lors de votations sur des sujets sociétaux si sensibles ? Comment parvenir à un discernement ? Cette perspective d’opinion unique, n’est-elle pas contradictoire à la liberté de conscience ? Cela ne constitue-t-il pas également une source programmée de conflits qu’il serait préférable d’éviter ? Ne dérapons-nous pas dans le domaine politique lorsque nous attribuons à une Églises le droit de donner un préavis sur un tel sujet ?  
  • Je trouve étonnant et courageux que des groupes catholiques ainsi que différentes sections du Parti évangélique – pas forcément sur la même longueur d’onde sur d’autres sujets – unissent leurs forces, à travers le pays, pour défendre leur vision commune du mariage. Quel impact auraient les chrétiens en faisant émerger une ligne commune, en déterminant un dénominateur commun ?

Nous avons des choses à dire ensemble !

Pierre-Alain Blanc

Note : Les cours sur le thème de l’affectivité dispensés à des adolescent sont essentiellement donnés par des femmes. « TeenSTAR » forme aussi des hommes pour animer les cours. Ces derniers, pourront mieux s’adresser à des garçons, ce qui favorise le lien pédagogique et prend en considération les différences d’approche, selon l’âge et selon le sexe.                                                                                                         


Le goût inimitable de la crêpe évangélique

Cette prédication d’Antoine Schluchter a été donnée pour le dimanche des Réfugiés. Elle se présente comme un menu avec une entrée, un plat principal et un dessert. L’Evangile nous retourne comme une crêpe, dit Antoine ! Alors ouvrons nos yeux, nos coeurs, nos mains…

Durant le confinement, de nombreux établissements ont proposé des plats à l’emporter allant du menu du boucher à la pizza, en passant par le hamburger de fin de semaine, et j’en passe. Pareil, ce matin, avec l’évangile qui nous propose un menu complet : en entrée, deux miracles ; en plat principal, un envoi en mission. Et en dessert, sobre et digestif, un verre d’eau.

Ce matin, l’évangile vient apaiser nos faims et nos soifs, mais pas comme un banquet sur invitation. Ou alors, une invitation à la sauce évangélique. En allant chercher les gens sur les places, les chemins de traverse, vu que les hôtes habituels ne semblent guère intéressés. C’est le risque de trop-plein qui nous guette, on prend juste deux chips, une toute petite portion et un café. Ou alors, on arrive le ventre, le cœur, l’esprit pleins de tellement de choses.

Ce peut être de de nos problèmes à nous, ainsi qu’à d’autres qui viennent occuper tout l’espace tandis que ceux qui stagnent sur les places ou errent dans les chemins de traverse ont le ventre creux, le cœur lourd et l’esprit aux abois. Il y en a même, on pense à eux aujourd’hui, qui boivent la tasse, qui se noient littéralement.

Ce matin, l’évangile nous retourne comme une crêpe. Car, en effet, ce ne sont pas les serviteurs du roi qui partent à la recherche des invités, mais les invités qui frappent à nos portes ; et cela trouve aussi un écho biblique fort : l’hôtellerie de Bethléem, l’image-choc des violents qui s’emparent du royaume ; le royaume est comme forcé, dit Jésus ; c’est exactement cela.

Aveugle et muet : le réfugié

Voilà pourquoi je vous ai invités à vivre le culte en communion avec les migrants, à écouter les textes bibliques en pensant à eux, en leur ouvrant la porte de nos cœurs. Voilà une façon de se désinfecter avant de passer à table, plutôt que de nous en laver les mains. Des tables, c’est riche symboliquement, à nouveau plus ouvertes depuis quelque temps qui ne sont plus limitées à un nombre restreint ; nous avons accueilli deux réfugiés afghans à Pentecôte, quelle fête !

En entrée donc, deux aveugles criant à Jésus, entendus et guéris ; on peut y associer le cri des migrants sur terre, sur mer, à nos frontières. Il y a aussi un muet, une histoire sans paroles comme il s’en déroule tant. Je pense à un migrant qui a traversé la Méditerranée, ils étaient dix, lui seul a survécu. Il n’a pu le dire que bien plus tard, déposer enfin le fardeau qui le rendait muet et moi, j’étais sans voix ; comme bien d’autres fois.

« Il est possédé par un démon », précise le texte, soit une entité néfaste et extérieure à lui-même prenant possession de son être et coupant ou biaisant la communication avec l’extérieur. Là aussi, on peut faire bien des parallèles avec des situations de migration. Dans un sens, on peut comparer les réfugiés à ces deux aveugles ; ils sont rarement seuls, ils essaient de trouver leur chemin, mais peinent à le voir, ils essaient de s’en sortir. La question est d’oser s’arrêter pour les écouter, comme Jésus. On peut aussi les comparer à  cet homme seul et muet sous le poids de ses épreuves. Pas besoin d’en dire plus.

Aveugle et muet : l’installé

Mais, comme souvent dans l’évangile, comme avec la crêpe, eh bien… n’est-ce pas aussi, n’est-ce pas plutôt moi, nous, l’aveugle, le muet ? On en retrouve un écho dans ces paroles d’un cantique contemporain : « Ouvre mes yeux, Seigneur, aux merveilles de ton amour. Je suis l’aveugle sur le chemin, guéris-moi, je veux te voir. » Qu’est-ce que je ne peux pas voir, qu’est-ce que je ne veux plus voir ? Qu’est-ce qui me bloque, qu’est-ce qui m’empêche, qu’est-ce qui me fait peur ? Quels sont mes a priori, les éléments enfermants de mon histoire, mes tissus nécrosés ?

Nous l’avons expérimenté en ayant un centre de migrants dans notre précédente paroisse.

Pour beaucoup de gens, le premier pas était très difficile, voire impossible : un pas de géant, un fossé infranchissable. Alors qu’offrir un verre d’eau… Pour moi, davantage que mon épouse, c’était dur la première fois : y aller, traverser des salles, saluer des gens, s’immiscer dans leur intimité misérable. Voilà donc pour l’entrée : nous sommes l’aveugle, le muet : l’installé autant que le réfugié. Et cela aussi, dans le fond, c’est une forme de communion, dans le manque.

Sur le socle de la compassion

Le plat principal est aussi un plat de résistance, dans les deux sens du terme : il nous permet de résister à l’usure, il est bien nourrissant. Mais on peut être tentés de résister à l’assimiler, il est un peu dur à avaler. Cette idée d’envoi à la suite de celui des disciples, les Douze dans ce passage. Un envoi qui s’appuie sur les gestes guérissants de Jésus. Des gestes qui se déploient dans son immense compassion pour les foules. Il me semble évident que les réfugiés correspondent dramatiquement à la description : « …fatigués et abattus comme des brebis qui n’ont pas de berger. » Avec, en lieu et place, des passeurs qui tiennent davantage du mercenaire que du bon berger.  

Et puis, comment ne pas être interpellés par ce Jésus bouleversé, ému au plus profond de lui-même, littéralement jusque dans ses entrailles ? C’est tripal. Il se laisse atteindre, sans masque, il se prend la misère postillonnante des foules de plein fouet. Et c’est comme débordé par le nombre… ah, le nombre – plus de 38.000 migrants engloutis dans la Mer jusqu’en 2019 ; bien moins depuis, mais cela n’a rien de rassurant. Il ne peut plus faire face tout seul, il délègue, il envoie, il nous envoie, il se déploie en nous. Avec une mission identique à la sienne : guérir et libérer tout homme de ses infirmités ; tout homme, tout humain sans exception ; tout l’homme, pourrait-on extrapoler. Et Jésus a conscience que son travail ne suffit pas, qu’il faut davantage d’ouvriers. Comme nous y avons été rendus sensibles ce printemps, avec les frontières fermées. Qui cueillera nos fruits et nos légumes ?

C’est là qu’intervient la prière, en soutien à la prise de conscience et à l’envoi concret.

Et là encore, la crêpe évangélique, mes sœurs, mes frères : ces gens qui s’invitent à nos portes ne sont-ils pas, eux, des envoyés du Seigneur ? Pour nous guérir et nous libérer de ce qui nous entrave de vivre, de proclamer le règne : nos suffisances, nos acquis, nos aisances, nos scléroses ? Me revient la foi de ce migrant érythréen qui n’a jamais douté de la bonne main de Dieu. Tout au long d’un parcours qu’il a débuté adolescent et terminé adulte. 

Après l’entrée de la guérison et de la délivrance, après le plat de résistance de la compassion à déployer – et à y goûter, il est irrésistible, ce plat ; il a un sacré – je pèse mes mots – goût de reviens-y – voici donc le dessert, léger et aérien.

Un verre d’eau

Et là, on retourne directement la crêpe avec la succulente image du verre d’eau donné qui rejoint cette expérience que nous faisons tous de davantage recevoir que donner. Le caractère irremplaçable du geste, de l’attention, de l’humble offrande. Dans nos expériences avec ces frères et sœurs du monde, il y a toujours eu un verre d’eau… souvent chaude avec un sachet de thé, un mets local, un morceau de leur vie. Les repas organisés par le Groupe d’Accueil des Migrants chez nous en sont la démonstration : que de générosité !

Et puis, sur l’autre face de la crêpe, nous avons la possibilité d’offrir peu ; un verre d’eau. Mais ce qui vient du cœur, c’est toujours beaucoup. Et du coup, on ne se demande plus sur quel côté de la crêpe on est : on l’enroule, on la mange, on communie. On met ensemble la main dans plat, on renonce à la comparaison pour passer au partage.

Jésus a partagé sa mission avec ses disciples, et ses disciples, de génération en génération, avec nous. À nous de la partager avec ces enfants, ces femmes et ces hommes qui s’invitent chez nous. À nous de leur offrir ce verre d’eau qui guérit, ce regard qui libère, ce cœur élargi.

À nous d’accueillir leur espoir, leur simplicité, leur humanité. Certains par des gestes concrets, d’autres par la prière pour les envoyés. Toutes et tous, chacune et chacun dans le bouleversement d’un cœur compatissant qui entend le cri poussé par celui qui ne voit pas le chemin et perçoit le cri étouffé de celui que la peur paralyse. Ces brebis d’autres bergeries que Jésus veut rejoindre à travers nous. Un menu complet à emporter, à assimiler, un menu aux saveurs du Règne : le goût inimitable de la crêpe évangélique.

Cette prédication a été prononcée en 2020. Elle se base sur les textes bibliques suivants : Matthieu 9.27-10.1 + 10.40-42 et Luc 14.12-23

Trinité et pandémie. Des souhaits pour une sortie de crise.

La pandémie de coronavirus a fortement impacté notre monde, y compris la Suisse. Au moment où l’on commence à voir la sortie du tunnel, Antoine Schluchter, pasteur à La Vallée de Joux, se demande ce que nous pouvons [nous] souhaiter.

À l’issue du premier culte célébré après la pandémie, une petite demoiselle revient de l’école du dimanche, perdue dans ses pensées, quand soudain, elle aperçoit son cousin : des semaines qu’ils ne s’étaient pas revus. Son visage s’illumine, elle court vers lui, le soulève du sol et se met à danser : la joie des retrouvailles à l’état pur. On a envie de se dire plein de choses ; et de s’en souhaiter au moment de se quitter. Mais se souhaiter quoi ? – La santé, comme la plupart du temps ? Depuis la pandémie, il me semble qu’on formule d’autres vœux : en gros, qu’on en sorte. D’accord, mais s’en sortir pour entrer dans quoi ? Une reprise là où tout s’est arrêté ? – Pas sûr que ce soit possible, ni même souhaitable. Au Foyer Agapê durement touché par le COVID, ce n’est clairement pas possible. Les résidents qui y sont revenus ont été ravis mais ils ont vite déchanté parce que ce n’est plus comme avant, il y a beaucoup moins de liberté, de spontanéité. En y retournant faire des visites, je les ai sentis passablement déboussolés.

Dans le monde du travail, ce qu’on souhaite, c’est de se remettre à l’ouvrage. Permettre la subsistance des siens, la survie de l’entreprise. Dans les écoles, les enfants interviewés n’évoquent pas leur bonheur de refaire des maths, mais celui de la cour de récréation avec les copines, les copains. Pareil pour les jeunes dans les parcs, au bord du lac ou d’un terrain de foot. Quant aux grands-parents, il suffit de les voir couvrir de baisers leurs petits-enfants.

Besoin viscéral de renouer les liens ; et le sourire béat des petits.

Cela dit, cette crise, et c’est surprenant, voire choquant, a aussi fait des heureux tout en-haut et tout en-bas de l’échelle sociale : les milliardaires et les prisonniers. Certains ont vu leur fortune augmenter tandis que les autres ont recouvré la liberté. Une sorte de grâce imméritée, surtout pour ceux qui croupissaient derrière les barreaux. Et pour vous, et pour nous : quels souhaits de sortie de crise avoir, quels vœux échanger ? Le passage biblique phare de 2 Corinthiens 13, 13 y répond en un mot-clé : bénédiction !

La grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous.

Tel un caillou jeté dans l’eau, il provoque des cercles concentriques au nombre de trois. C’est une bénédiction divine, trinitaire et effective ; autrement dit, une bénédiction dynamique qui nous met en mouvement pour la transmettre plus loin plutôt que la garder jalousement.

1° Une bénédiction divine

Ce matin, nous méditons un verset qui inclut tous ces éléments de la bénédiction. Il est comme caramélisé de tout le suc de l’Histoire du Salut. Proposé non seulement comme parole initiale –c’est le cas dans la messe ou finale comme souvent au culte, mais en qualité de lecture biblique à part entière.   C’est le cœur battant de ce très spécifique dimanche dit de la Trinité.  Pendant 90 jours, nous avons navigué dans les temps du Carême et de Pâques. Au milieu desquels est plantée la Croix, avant de basculer vers le don de l’Esprit et, pour nouer la gerbe, nous accueillons la bénédiction du Dieu Père, Fils et Saint-Esprit.

Rétrospectivement, Dieu s’est révélé comme Créateur, comme Protecteur, comme Père ; Il s’est ensuite présenté comme Fils, être de chair, comme Sauveur dans les évangiles et enfin comme Présence, soutien, inspiration, habitation de l’Esprit en nous. Et avec lui, par lui, du Père et du Fils : « Moi et le Père, nous ferons notre demeure en lui. » On est au bout de la Révélation de Dieu et de son mode d’action dans le monde. Rien ne viendra s’y ajouter – ni message ni prophète – jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous. Comment ne pas se souhaiter la bénédiction divine ? – Sa bénédiction, sinon rien.

2° Une bénédiction trinitaire  

Ce qui est frappant dans ce verset, c’est qu’il s’agit d’une triple bénédiction trinitaire. Avec trois souhaits portés, manifestés, réalisés chacun par une Personne de la Trinité. C’est un peu le tiercé dans le désordre, on commence par le Fils. Mais c’est voulu : « Quiconque m‘a vu a vu le Père », dit Jésus ; il le met en lumière. Pour résumer l’apport du Fils, c’est le mot grâce qui est utilisé : le Fils nous apporte la grâce, la bienveillance, la faveur divine et manifeste ainsi, dans le concret, l’amour de Dieu le Père. La grâce manifestée dans l’œuvre et dans le don du Fils révèle le caractère profond du Père : son amour. « Dieu est amour », écrira saint Jean. On peut le formuler autrement : parce que Dieu est amour, Jésus nous fait don de la grâce. Enfin, comme l’huile dans les rouages ou les antennes dans les transmissions, l’Esprit est communion, relais ; et il n’émet que des ondes positives. Et comme un bon câble, il y a trois brins dont la mise à terre si je puis dire. Par l’incarnation de Jésus, sa mise en terre et son départ vers le Père avec le don de l’Esprit.

3° Une bénédiction effective 

Une bénédiction divine, une bénédiction trinitaire, une bénédiction effective. Avec ses trois dimensions qui sont en fait les plus fondamentales de toute existence. La grâce qui répond au besoin d’un regard favorable posé sur soi. C’est ce qui constitue l’enfant, le nourrisson et ce sans quoi il sera toujours inquiet. L’amour, ce mot qu’on galvaude peut-être mais dont on ne peut pas se passer. Aimer et être aimé nous donne notre place et donne sens à nos existences. Et comme on ne peut pas vivre tout cela en se regardant dans le miroir ni non plus à travers un écran, fût-il tactile, il nous faut de la communion, du lien. C’est ce qu’on appelle une bénédiction effective, porteuse d’effets concrets dans nos vies. 

On sent bien que ces trois souhaits sont complémentaires, inséparables, fusionnels. Imbriqués les uns dans les autres avec des frontières poreuses, des apports permanents. La grâce n’est pas pensable si elle n’est pas motivée par l’amour et l’amour sonne creux comme un estagnon vide s’il ne produit pas la grâce. Et toute cette dynamique relie, connecte, met en lien, fait la différence. Voir se poser sur soi un regard favorable plutôt que critique et destructeur. Se sentir aimé plutôt que méprisé ; ou pire, objet d’indifférence. Se retrouver associé, intégré, inclus plutôt que seul, mis de côté ou écrasé. Je crois vraiment que ces trois souhaits répondent à trois des plus grands besoins humains.

Et puis, il ne s’agit pas de vœux tributaires de nos variations d’humeur ou de relations, il s’agit de la grâce de Jésus-Christ, de l’amour de Dieu et de la communion du Saint-Esprit. Une grâce pas ‘’billig’’, à bon marché : Jésus a offert sa vie. Un amour sans retenue : Dieu a donné son Fils. Et une communion qui est le choix fait par Dieu de nous relier à lui par le Saint-Esprit.

En mouvement

Nous pourrions passer encore pas mal de temps à creuser ces trois souhaits, à approfondir la nature des trois personnes de la Trinité, leur échange incessant ; et ce ne serait pas du temps perdu. Mais pour conclure, j’aimerais simplement souligner l’idée de mouvement. Dieu révélé comme Père, Fils et Esprit n’est pas statique. Aristote, le philosophe, disait qu’au-dessus de tout il y a le moteur non mû, pas dépendant d’une source d’énergie extérieure. Un peu à la manière d’une pendule Atmos. C’est terriblement statique comme vision.

Tandis que la révélation biblique nous présente un Dieu en perpétuel mouvement ; ça bouge en permanence, il y a une Histoire du Salut, des relations de Dieu avec nous. La grâce de Jésus est offerte avec dynamisme aux humains que nous sommes. L’amour de Dieu vient jusqu’à nous et nous relève. Et la communion de l’Esprit nous associe à la vie du Dieu trois fois saint.

Eh bien, frères et sœurs, notre vie chrétienne aussi est – et doit être- mouvement. Mais pas en mouvement de soi à soi, c’est la limite de la pendule Atmos. Il s’agit toujours d’un mouvement vers l’extérieur, vers le monde. Vers autrui pour lui manifester cette grâce, cet amour et cette communion. 

Dans le fond, ce que Paul souhaite aux Corinthiens pour les bénir – et vous avez entendu dans la lecture que cela résonne comme une dernière parole de sa part – eh bien, nous sommes invités à le souhaiter et à le manifester au monde, à être bénédiction pour le monde à qui Jésus a manifesté la grâce : le monde que Dieu a tant aimé, le monde mis en lien par l’Esprit.

Que se souhaiter, que souhaiter au monde ? – Une bénédiction sinon rien, une bénédiction qui vient de Dieu et se déploie par le Fils, le Père et l’Esprit. Effective pour les humains en attente de grâce, d’amour et de communion.

Alors, que Dieu vous bénisse :

Le Père dont l’amour est sans limites.

Le Fils dont la grâce est surabondante.

Le Saint-Esprit dont la communion est parfaite, amen.

Repentance et Résistance

Le 23 mars 2021, le comité du R3 a proposé une rencontre virtuelle autour de ce magnifique binôme « Repentance et Résistance ». Comme le menu était copieux, nous avons estimé judicieux de mettre à votre disposition les contributions écrites de la plupart des intervenants.

Gérard Pella :

Le 9 décembre 2020, dans une rencontre du R3 par zoom, nous avons pris conscience de l’importance de la repentance et cherché à comprendre ce que cet appel signifiait et impliquait pour nous.

Cette soirée a introduit 10 jours de prière pour vivre de manière particulière ce mouvement de retour au Seigneur. Je dis « de manière particulière » parce que ce mouvement de retour vers notre Père est à renouveler constamment.

Nous avons commencé à comprendre que la repentance biblique n’est pas centrée sur nos péchés, nos tiédeurs, nos remords. Elle est centrée sur Dieu.

Elle est réponse à la Parole de Dieu. 

C’est ce que confirme le texte de 1 Pierre 5 qui nous guidera ce soir :

5Dieu résiste aux orgueilleux, Mais il donne sa grâce aux humbles.

6Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu’il vous élève en temps voulu. 

Nous humilier, ce n’est pas nous dévaloriser, nous aplatir.

C’est reconnaître notre juste place de créature, d’humain sous la puissante main de Dieu, qui n’est pas un tyran. Il se présente – dans ce même passage de 1 Pierre 5 –  comme le Dieu de toute grâce, qui prend soin de nous.

Dans notre chemin de repentance du mois de décembre a retenti très clairement l’appel à retourner à Dieu de manière désintéressée,

L’appel à revenir à Dieu pour qui Il est et non pour ce qu’Il fait ou devrait faire.

Je vous propose donc 10 minutes de silence pour nous tourner vers le Dieu de Jésus-Christ, pour LUI seul, par amour pour LUI, et non pour obtenir ses bénédictions ou ses inspirations.

Elles sont bien nécessaires, ses bénédictions, mais elles sont données « en plus » à ceux et celles qui recherchent en priorité son Royaume.

Je suis conscient que ce n’est pas évident de commencer cette soirée par 10 minutes de silence. J’ai longuement hésité à vous le proposer… mais je crois que cela va nous permettre de nous positionner de la juste manière :

centrés sur Dieu, en résistance à l’activisme et à l’autonomie qui caractérisent notre humanité rebelle.

S I L E N C E

Le comité du R3 a pris au sérieux un second appel, complémentaire : l’appel à la résistance !

Notez Bien : la repentance est déjà une forme de résistance à la pensée dominante. C’est une autre façon de voir, de penser, de se positionner…

Repentance et Résistance, deux mots qui résonnent bien ensemble…

Deux réalités qui se retrouvent dans le même chapitre 5 de la première épître de Pierre. Nous avons lu les versets 5 et 6 tout à l’heure. Reprenons maintenant de 5 à 11 :

5Dieu résiste aux orgueilleux, Mais il donne sa grâce aux humbles.

6Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu’il vous élève en temps voulu. 7Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, 

car il prend soin de vous.

8Soyez sobres. Veillez ! Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer ; 9résistez-lui, fermes en la foi, et sachant que les mêmes souffrances sont imposées à vos frères dans le monde.

10Le Dieu de toute grâce, qui, en Christ, vous a appelés à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous formera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. 11A lui la puissance aux siècles des siècles ! Amen !

Retenons juste 3 perles de ce magnifique collier :

  1. Nous sommes appelés, aujourd’hui comme au 1er siècle, à résister…

… non pas aux autorités (sanitaires ou romaines)

… non pas au virus…

… non pas aux réseaux sociaux ou aux faiseurs d’opinion,

mais au diable lui-même, qui peut se servir de toutes ces réalités pour dévorer… c’est-à-dire nous couper de Dieu.

2. La principale façon de résister, c’est de « demeurer fermes dans la foi ».

Comme l’exprimait Cathy Grobéty, membre elle aussi du comité du R3, résister, c’est avant tout « demeurer en Christ » et « revêtir Christ »

3. L’issue de la crise est certaine et pleine d’espérance :

Le Dieu de toute grâce, qui, en Christ, vous a appelés à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous formera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. 11A lui la puissance aux siècles des siècles ! Amen !

Avec le comité du R3, il nous semble discerner que Dieu appelle ses enfants à former des « poches de résistance ».

Cette image de « poches de résistance » nous fait penser à une dimension communautaire : des groupes, des paroisses, des réseaux qui résistent à l’esprit du temps, à ses dérives, à ses illusions comme à ses désespoirs.

Un bel exemple de poche de résistance me semble être la Haute Ecole de Théologie, qui cherche à penser et à vivre autrement qu’une théologie critique et anthropocentrique.

Nos groupes et nos paroisses ne sont pas que des lieux de célébration et de socialisation. Aujourd’hui comme hier mais peut-être encore plus qu’hier –

nous avons à former des poches de résistance à la mentalité dominante.

Nous avons demandé à plusieurs personnes dont nous reconnaissons la valeur de nous aider à clarifier cette notion de résistance à partir de leur point de vue et de leur expérience de vie. 

Voici leurs contributions :

Hetty Overeem :

Repentance et résistance … pour moi les deux vont de pair. Dans le sens que la repentance, c’est revenir à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, pour qui il EST  –  et la résistance, c’est résister à toute illusion sur Dieu qui nous empêche de revenir à Lui pour qui il est.

Donc, avoir ce seul but et vision en tête : Revenir à Jésus. Revenir à Jésus. Revenir à Jésus. Et résister à tout ce qui veut nous freiner, stopper.

Mais comment, concrètement ?

Concrètement : résister à l’illusion de la toute-puissance humaine, des revendications de l’humanisme, d’un Dieu-« bonus » qui viendrait après nos autres priorités, d’un dieu fait à notre image.

Résister à l’illusion que Dieu veut d’abord et surtout des actions, du faire, de l’efficacité, de la productivité et de la visibilité. 

Résister à l’illusion qu’on n’a pas besoin de chercher Dieu, car on aurait déjà tout trouvé sur lui ; il est acquis pour ainsi dire.

Résister à l’illusion qu’on n’a pas besoin d’aimer Dieu pour lui-même, il suffit d’aimer notre prochain et ainsi on aime automatiquement Dieu.

Résister à l’illusion qu’il n’y a pas de Vérité, ni sur Dieu ni sur nous et le monde, que chacun a sa vérité et que, donc, on ne peut pas vraiment parler de l’identité de Dieu, et que ça n’a pas de sens de le chercher.  

Résister à l’illusion que Dieu est flou, pas une réelle réalité.

Et enfin, résister à l’illusion que Jésus est un bon être humain, et que l’Evangile est de le suivre comme modèle, de l’imiter et de s’en laisser inspirer pour notre spiritualité.

Ainsi, la résistance à l’illusion est en elle-même repentance ! Ou bien, la repentance est en elle-même résistance ! Car en renversant les critères de l’illusion de l’adversaire, ça devient la Vérité selon Dieu. Et qu’est-ce que ça donne ?

1) Non, l’humain n’est pas tout-puissant. Il dépend de Dieu, alors il est appelé à vivre la dépendance totale de lui, pour vraiment devenir l’humain selon le désir de Dieu  –  par le Christ habitant en lui et le transformant, j’y reviens. Il EST, et alors veut être connu et reconnu comme Dieu BERGER.

2) Non, l’humanisme n’est pas une option. Il réduit le concept de « bon » à l’humain et ses critères, et cette bonté-là ne correspond pas à la volonté de Dieu. Dieu n’est pas le prolongement de l’être humain et ses critères, et c’est peut-être le moment d’arrêter des prédications qui vont dans ce sens : « Soyez bons, solidaires, empathiques… »  Un collègue m’a confié qu’il avait été dans 37 Églises, avait écouté 37 prédications, et que les messages pouvaient être résumés dans ceci : « Allow me to suggest that you be good. » (Permettez-vous de vous suggérer d’être bon). La théologie, elle aussi, pourrait vivre, si elle arrêtait de se soumettre aux critères humanistes. Dieu EST, et alors il veut être connu et reconnu comme SOUVERAIN.

3) Non, Dieu ne vient pas après quelque chose ou quelqu’un, il n’est pas un bonus sympa. Il est la toute première priorité. A aimer et alors aussi à obéir avant tout. (Attention juste au mot « obéir », qui doit sortir des associations de « il faut, il faudrait, il aurait fallu », et revenir à la libre obéissance de Jésus, par Amour pour son Père, justement parce qu’il le connaissait ! Dieu EST, et alors il veut être connu et reconnu comme LE SEUL, L’UNIQUE.

4) Non, Dieu n’est pas à notre image, il ne correspond pas à nos critères et ça peut faire très mal. Esaïe 55, 8 : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas les  miens. » Il agit selon son plan, dont, nous dit Jésus, on peut avoir confiance qu’il est bon. Il est celui qui prend l’initiative et nous demande d’entrer dans sa dynamique. Il EST, et alors il veut être connu et reconnu comme le DIEU TRES HAUT.

5) Non, Dieu ne veut pas d’abord notre faire, nos actions, notre efficacité, notre productivité et notre visibilité. C’est nous qui voulons ça ! Parce que là, au moins, il y a quelque chose à voir, donc cela nous justifie. Non, Dieu veut qu’on SOIT. Avec lui, ensemble, donc en vérité. Pour lui. Pour lui seul. En ne produisant dans un premier temps rien du tout. Et, dans une même logique, Dieu veut, je pense, qu’on arrête de lui demander dans un premier temps des CHOSES, aussi belles qu’elles soient, même s’il s’agit de très belles perles, pour utiliser cette image dans l’Evangile de Matthieu. Des perles comme la guérison, la libération, mais aussi comme le discernement, la sanctification, et même la foi. Parce que tout ça peut devenir des CHOSES, indépendantes, autonomes, existant et voulues pour elles-mêmes, plus que Dieu lui-même. A ce moment-là elles remplacent Dieu et deviennent des idoles. Dieu veut qu’on cherche LA Perle, la plus grande, la plus belle, qui fait pâlir toutes les autres, à savoir : Lui-Même, dans tout son être, et alors aussi ce qu’il fait, ce qu’il donne, ce qu’il dit. Dieu dans toute sa Réalité  –  le Royaume, donc ! Dieu EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme LA PERLE, pour laquelle on peut joyeusement laisser tomber toutes les autres.

6) Non, on n’a pas encore trouvé toutes les richesses de la Personnalité de Dieu !Il n’est pas acquis, comme si on n’avait plus besoin de le chercher. Non, c’est l’Esprit de Jésus qui, durant toute notre vie, va nous guider vers la pleine vérité (Jean 16, 13) sur ce Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, qui il est et ce qu’il veut. Et vers la pleine vérité sur nous, et le plan de Dieu pour ce monde, qu’il veut réaliser à travers nous, afin que son Règne vienne. Dieu EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme le DIEU QUI SE LAISSE CHERCHER … ET TROUVER ! (Esaïe 65, 1-2 p.ex.)

7) Non, il ne suffit pas d’aimer son prochain, et on n’aime pas automatiquement Dieu en aimant son prochain. Il y a bien DEUX commandements, le premier étant : « Aimez le SEIGNEUR ! », et là-dedans, comme fruit venant de cette vigne, il y aura aussi un amour nouveau pour notre prochain, et pour nous-mêmes. Dieu est, et alors il veut être connu, et reconnu, comme DIEU-AIMANT JALOUX, comme les prophètes, surtout Osée, l’ont décrit. 

8) Non, Jésus n’est pas l’homme bon, le modèle à imiter, qui inspirerait si bien nos expériences spirituelles. Il est le seul chemin, la seule vérité et la seule vie, le seul Sauveur, que Dieu a envoyé et veut envoyer maintenant même dans notre cœur. Pour nous habiter et nous transformer vers l’être nouveau que NOUS serons, avec lui, en lui : cette nouvelle « race » des humains selon l’ordre de Melchisédek (Genèse 17, Hébreux 7). Dieu EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme le DIEU QUI FAIT TOUTE CHOSE NOUVELLE. Jésus, le Fils de Dieu, est l’EPOUX et se réjouit de cette union, enfin, avec nous comme son EPOUSE (Apocalypse 21 et 22).

9) Non, c’est le mensonge qui dit qu’il n’y a pas de vérité, et qui exige, quand il dit ça, d’être justement… la Vérité ! Et non, on ne peut pas dire sur Dieu tout ce qu’on veut et le contraire. Oui, on le peut, bien sûr, mais alors on est dans l’illusion ! Et, non, ce désir bizarre de l’EERV de chercher à tout prix une fausse unité, qui ne rassemble pas autour du Christ tel qu’il est, mais autour de toutes les interprétations, les « couleurs », qui existent sur lui et qui, toutes, se valent. Comme si Dieu était le dénominateur commun de nos couleurs, de nos croyances. C’est l’abus de Dieu, ça !

(Dans ce sens j’ai révoqué et annulé cette partie de la promesse de consécration qui dit qu’il faut chercher ce qui rassemble plus que ce qui divise. Je comprends le but de cette formulation mais elle n’est pas biblique. Jésus n’a pas parlé ni agi dans ce sens. Avec lui, nous sommes appelés ensemble à chercher, et nous rapprocher de, la vérité sur Dieu, en l’implorant de se révéler lui-même, encore et encore. Dieu EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme le DIEU DE VERITE.

10) Non, Dieu n’est pas flou. C’est la soi-disant toute-puissance de l’humain qui le rend flou pour cet humain. (Et les gens que je rencontre au Flon et à la prison me montrent qu’il y a un réel changement : les gens perdent leurs repères, ils perdent leur sens de la réalité, tout devient un peu fictif, eux-mêmes inclus. C’est terrible…) Non, Dieu est LA Réalité absolue lui-même. Et justement, tout ce qui ne vient pas de lui est … illusion ! Vient de l’illusion, marche selon l’illusion et aboutit à l’illusion. Dieu est totalement, librement et joyeusement lui-même. Il EST, et alors il veut être connu, et reconnu, comme le DIEU SAINT.

Ainsi, pour résumer, je pense que des poches de résistance, si elles veulent vraiment résister, ont tout simplement la vocation de revenir, encore et encore, à Jésus-Christ, le seul à pouvoir nous dire par son Esprit, qui est ce Dieu. Le seul à pouvoir l’écrire lui-même dans notre cœur. Le seul à pouvoir et vouloir nous transformer, lentement mais sûrement, concrètement, vers lui-même.

Et, en ce qui me concerne, je pense qu’un moyen fantastique pour apprendre cette repentance/résistance, c’est le dialogue avec Dieu comme on le pratique dans Evangile En Chemin , en 4 parties : 

1)Prendre d’abord un temps pour accueillir Dieu dans le silence : « Sois le bienvenu, installe-toi en nous, prends ta place ! Nous sommes heureux et honorées de ta présence que tu nous as promise. Sois là, sois toi, sois tout-toi  –  à nos risques et périls ! »

2)Prendre ensuite un temps pour écouter Dieu dans le silence : « Seigneur, parle-nous de ce que toi, tu veux, le désir de ton cœur pour cette personne ou pour moi, pour ce projet, pour ce problème, pour cette vie et cette situation concrète ? Parle, Seigneur, tes serviteurs écoutent ! »

3)Partager : est-ce que Dieu a mis quelque chose sur le cœur de quelqu’un ? Osons parler de ce qu’on a peut-être reçu, osons sortir de ce que nous pensons de toute façon déjà, osons sortir du politiquement correct, et osons nous tromper ! C’est ok ! Ce n’est pas parce qu’on est dispo et de bonne volonté qu’on va entendre Dieu à 100 %. Il n’y avait que Jésus, je pense, pour qui c’était constamment le cas. Et même pour lui ce n’était pas facile : après 40 jours de jeûne et de prière, il était super disponible et qui c’est qui se pointe ? Satan avec ses illusions ! – Mais, par la grâce du Seigneur, avec l’aide de son Saint-Esprit, nous pouvons apprendre à écouter, peser, trier, discerner, laisser confirmer ou contredire par les autres. Comme un jeu de ballon, au fond !

4)Et enfin, prier. Prier avec ce qu’on a reçu, partagé, et dire aussi nos désirs, nos faims et soifs, pour l’autre comme pour nous-mêmes.

Donc : Accueillir Dieu « gratuitement », pour ainsi dire  –  l’écouter  –  partager entre nous  –  et prier. Résister à l’illusion qui se répand sur notre terre avec une rapidité effrayante. Se repentir en ne se faisant pas piéger par l’illusion et en revenant fermement, jour après jour, à Dieu tel qu’il s’est fait connaître.

N.B. : Hetty avait préparé le texte ci-dessus mais – pour diverses raisons – elle a improvisé une autre intervention, plus courte.

Shafique Keshavjee :

Shafique nous a parlé de l’importance de deux réalités souvent oubliées : le sabbat et la sainteté de Dieu, qui s’expriment de manière saisissante dans cet appel du Psaume 46 : « Arrêtez ! (Sabbat) et sachez que je suis Dieu ! (Sainteté) v. 11.

Guy Chautems :

Depuis la dernière rencontre du R3, en décembre 2020, notre Equipe de prière et de discernement s’est retrouvée six fois (en petit et en grand  groupe) pour rédiger la Version 1 d’un message. Il s’articule autour de la question suivante : « Devant les développements actuels, mis en évidence par la pandémie universelle qui se prolonge, quel est le message que les Églises sont invitées à transmettre aux chrétiens ? »

Nous avons élaboré nos réflexions autour de la question : « Comment entrer dans le temps nouveau « de la fin ? » Ce texte comporte trois points :

1.- Discerner les signes des temps 

Cette pandémie a mis en évidence nos fragilités : celle de notre condition humaine comme celle de la création (climat et biodiversité) ; celle de nos sociétés (conflits de toutes sortes) comme celle de nos économies.

2.- Rester proches des gens et du Christ

Les media nous ont reproché notre silence, nous nous devons de le rompre car Dieu nous a donné sa Parole et nous avons à la transmettre de manière claire. Cette Parole nous appelle à la repentance !  N’avons-nous pas trop parlé de la grâce en oubliant les exigences de Dieu ?

Nous voulons rester proches des gens et, dans le même temps, centrer toute notre attention sur le Christ « assis à la droite du Père. » La radicalité des enjeux actuels nous place à une croisée de chemin avec une question : « A quel Royaume et à quel Roi voulons-nous appartenir ? »  

A un Royaume qui a le vent en poupe, en termes de nombre d’adhérents, celui du Dragon agissant au travers de la Bête (Ap.13), ou au Royaume de ceux qui ont reçu le sceau de l’Agneau en refusant la marque de la Bête au péril de leur sécurité et de leur liberté. 

3.- Emprunter des chemins nouveaux

Nous appelons chacun à se tourner vers le Christ ressuscité, qui trace les chemins de la repentance et de la confiance sur les trois plans de nos décisions : personnelles, ecclésiales et sociétales.

————————–

Après avoir présenté la version 1 de notre document à notre équipe, Tom Bloomer et Pierre Amey nous ont engagés à apporter un message plus solennel (un message choc !) et à ne pas négliger la prophétie donnée en 2019, lors du rassemblement  Discerner les temps, appelant chacun à se tourner vers Dieu ! Voici l’avertissement que Tom adressait alors aux Eglises :

Notre monde va au-devant d’un jugement, d’un ébranlement profond. Nous allons connaitre une crise économique importante dans les mois à venir. Et cette fois, la Suisse elle-même ne sera pas épargnée. Prions que Sa grâce nous garde et nous soutienne.

Une année plus tard, suite àla demande insistante des organisateurs du même séminaire, voici ce que Tom a ajouté avec humilité :  

Cette crise économique mondiale sera peut-être aussi grave que celle de 1929. Elle va provoquer des faillites, la criminalité va augmenter et des famines pourraient survenir. Cette crise pourrait durer 7 ans (vaches maigres. Cf. Joseph, Exode). Alors soyons sages et faisons des réserves ! Et il a ajouté :  Ce temps pourrait être raccourci par la repentance et l’intercession : 2 Chroniques 7.14 « Si mon peuple, celui qui porte mon nom, s’humilie, prie et me cherche et s’il renonce à ses mauvaises voies, je l’écouterai du haut du ciel, je lui pardonnerai son péché et je guérirai son pays. » 

Lors de notre rencontre du 19 mars 2021, nous avons interrogé Tom sur ces sept années de vaches maigres ! Voici sa réponse : « Cette conviction est venue progressivement. L’été 2020, j’ai fait une expérience similaire à celle décrite par Paul à Athènes, lorsqu’il parle de son irritation charnelle devant l’argumentation des Athéniens. De nombreuses personnes affirmant que tout s’arrangerait bien vite, sans un retour à Dieu, mon irritation a grandi et l’appel à la repentance du Seigneur est devenu de plus en plus clair. Par la suite, les analyses de nombreux spécialistes ont confirmé la justesse de mon écoute. »

Quant au message de Pierre, voici en résumé  ce qu’il a partagé: « Notre situation est semblable à celle du temps de Jérémie le prophète. L’Eternel en avait assez de la religiosité idolâtre. Alors Jérémie a parlé :  Votre monde va changer, je vais déporter la jeunesse à Babylone, mettre fin aux institutions civiles et religieuses corrompues. Je vais anéantir votre temple rempli d’idoles et détruire vos murailles sécuritaires. Ne pouvant croire cela, rois, prêtres, prophètes et peuple ont jeté Jérémie dans une citerne. Persuadés que Dieu ne leur ferait jamais ça, ils ne pouvaient recevoir des paroles encore plus insensées du prophète :  A Babylone, construisez, cultivez et enfantez (Jérémie 29.5,7). Pire encore ! Jérémie a versé de l’huile sur le feu de la révolte populaire en déclarant : Le tyran et envahisseur Nebucadnetsar est le serviteur de Dieu pour amener le peuple à la repentance (Jr 27.6). »

Pierre Amey a résumé son exhortation ainsi : Oui, la Covid déporte notre monde. Alors, peuple de Dieu, repens-toi et lève-toi. Construis, cultive, enfante, proclame et vis l’Évangile.

Note : Pour visionner les prédications données par Tom et Pierre au CET Tavannes, se rendre sur le site: https://www.cet.ch/messages-youtube/ 

  • la prédication de Tom se trouve sous le 27.09.2020
  • la prédication de Pierre sous le 25.10.2020.

Françoise Perrin :

Françoise nous a parlé de Prière pour la Suisse et – en particulier – de la Muraille de Prière : chaque jour, un canton prend le relais du canton précédent dans une chaîne de prière continuelle. Voir https://www.gebet.ch/fr/priere/muraille-de-prieres/

Philippe Rochat :

Etre une poche de résistance

Par rapport à cette notion de poche de résistance, j’ai à cœur de partager avec vous un témoignage de vie. C’est un témoignage sur une période de 30 ans, vécue en couple et en partie avec nos enfants avant qu’ils ne partent pour être des témoins là où ils se sont établis. L’histoire se déroule dans notre village d’Echichens, là où nous vivons, là où nous rencontrons jour après jour, par la force des choses et naturellement, d’autres personnes du village. Et je peux dire maintenant avec assurance là où Dieu nous veut. Ce témoignage est donc à Sa gloire.

Il y a maintenant plus de 30 ans qu’un couple du village, Philippe et Meya Corthay, ont mis en route quelque chose qui n’était pas clair pour moi à l’époque : nous rencontrer au domicile des uns et des autres pour louer Dieu, pour prier les uns pour les autres, pour prier pour le village, la région et les autorités, tant civiles qu’ecclésiales. Avec également des temps de repentance.  

Leur désir était – et il est toujours ! – d’apprendre à se mettre à l’écoute de Dieu avant de prier, ainsi que de nous encourager à devenir « des anciens aux portes de la ville ». 

Dans le cadre de ce groupe, nous avons aussi beaucoup investi pour approfondir des thèmes, tel que celui de l’argent par exemple. Apprendre à réaliser quelle est la puissance spirituelle qui nous empêche d’entrer dans la liberté par rapport à la dîme, par exemple, puissance qui nous dit et nous redit que nous allons manquer de ce dont nous avons besoin  et qui nous pousse à engranger. 

Durant ces rencontres et au fil des années, nous avons  réalisé combien l’Eglise Réformée,  pour rester populaire, a laissé pénétrer l’esprit du monde en son sein. Nous avons pu constater que peu à peu croissait la confusion entre le péché et le pécheur et, par-dessus tout, que l’Ecriture Sainte était transformée. Cela a amené bien des souffrances, des divisions. Cependant, ceci a aussi eu un côté positif, car cela nous a unis comme chrétiens du village. Et dans une certaine mesure cela nous a conduits à devenir une poche de résistance. Par la prière.

En parallèle de ce groupe de prière « général » (qui réunit des chrétiens de différentes communautés), un groupe d’hommes et un groupe de dames, toute appartenance communautaire confondue, se sont également mis en place. Plus de 30 ans déjà… Et cela continue. Que de moments de joie ! De libérations ! Mais aussi que de patience nécessaire pour voir se réaliser certains projets… ou pour continuer à espérer ! Là aussi, il y a une notion de résistance : contre le doute, le découragement, la division, ou – pire encore – la recherche de victoires pour son propre compte.

Il y a 4 ans environ, nous avons reçu, nous semble-t-il, une nouvelle mission : celle de créer un réseau avec TOUS les chrétiens de la  Commune. A l’image des clubs de foot de notre pays, qui parfois renoncent à leurs maillot local pour revêtir le maillot national, et ont à jouer ensemble, sous le même maillot, pour « marquer des buts » ensemble. Ce réseau, que nous appelons Echichens.Connexion, s’est donné la charte suivante :

ConneXion est un réseau multiconfessionnel de chrétiens souhaitant concrétiser leur amour pour le prochain en créant des opportunités de nouer des contacts avec les habitants du village par le biais d’aides diverses, d’ateliers thématiques et d’évènements conviviaux ; par leur exemple, ils rayonnent la vie chrétienne au quotidien et sont en mesure de proposer des moyens d’information et de formation. 

Ainsi, tout membre de Connexion, environ une cinquantaine de personnes, peut à tout moment au moyen d’un protocole de communication défini :

  • Informer les autres membres d’un événement villageois à faire connaître 
  • Exprimer un besoin pour lui-même ou un voisin
  • Présenter un projet pour le village et exprimer une demande de ressources nécessaires (spirituelles, pratiques, financières,…)

Les autorités communales ont été mises au courant de cette association Connexion et nous avons été encouragés.

Le dernier projet mis en route a été un encouragement exprimé aux résidents et aux collaborateurs du home pour personnes âgées d’Echichens. Ce sont plus de 170 petits cornets de « biscuits faits maison » qui ont été confectionnés à l’intention des pensionnaires du home, chacun accompagné d’un message d’espérance et une offre de contact. Et plus de 130 litres de jus de pomme en provenance d’une ferme locale ont été mis à disposition du personnel pour les temps de pause. Là aussi avec un message de remerciement et d’espérance.

Le défi est grand de nous unir entre chrétiens sans vouloir faire croire que nous souhaitons créer une nouvelle communauté. Il faut apprendre en même temps à réaliser que la moisson est grande en dehors de l’Eglise (puisque l’Eglise n’est pas un but en soi) et savoir toutefois rester engagé dans notre communauté afin d’être nourri, envoyé et béni (pour celles et ceux qui font partie d’une communauté où cela se passe). 

Nous vivons également depuis plus de 5 ans des rencontres mensuelles de témoignages et de louange dans le bâtiment de l’église d’Echichens, rencontres qui se terminent par une agape. 

Maintenant, nous pensons que nous pouvons entrer dans une nouvelle étape afin de rejoindre les personnes qui ne fréquentent aucune communauté chrétienne. Nous croyons que Dieu nous ouvre une porte au travers de liens créés avec le gérant du restaurant du village, ainsi qu’avec son épouse. Nous désirons bien sûr soutenir son entreprise (dès que possible, selon l’évolution des conditions sanitaires) et en même temps offrir un cadre neutre comme lieu de rencontre aux personnes que nous inviterons. Le projet a été bien accueilli par le gérant. Ce n’est donc plus qu’une question de temps pour mettre en route cette prochaine phase.

Nous constatons que la situation actuelle est aussi favorable pour nous approcher de notre prochain et créer de nouveaux contacts. Il y a comme une vulnérabilité apparente, souvent même prononcée par les personnes que nous rencontrons. Ceci nous encourage pour le projet « restaurant ». 

Dans mon quartier, nous avons aussi commencé un groupe d’étude de l’Evangile de Marc (avec le manuel Evangile à la Maison). Toujours dans le quartier, une personne a « tout à coup » demandé le baptême. Il s’agit d’une personne avec laquelle nous étions en relation « éloignée » depuis plusieurs années, mais qui soudain a décidé de rejoindre nos rencontres des dimanches soirs. 

Dernièrement encore, une personne de l’administration communale m’a téléphoné pour que nous apportions de l’aide à une personne dans l’embarras à cause du Covid. 

Ainsi, nous réalisons peu à peu que les prières commencées il y a plus de 30 ans ouvrent des portes, espérées, et souvent de manière inattendue. 

30 ans, pour un être humain, c’est long. Mais c’est une  affaire de patience qui est possible, parce que nous savons que la Victoire est déjà remportée.  Paul aux Romains dit ceci : que par Jésus Christ, nous sommes maintenant établis dans la grâce de Dieu, avec la perspective d’avoir part à la gloire de Dieu. Finalement, je crois que ce n’est pas seulement une affaire de patience. Il s’agit également demander la capacité à résister à toutes formes d’attaques, actives ou passives, évidentes ou sournoises, du monde visible ou invisible.

J’ai essayé de définir, pour moi, les caractéristiques principales du résistant :

  • Je dois résister à l’indépendance vis-à-vis du Père, indépendance qui se crée bien souvent subtilement au travers des événements de vie, ou encore au travers de ce que je considère comme des réussites.
  • Je dois résister au genre de dépendance au Père où je le vois uniquement pour ce qu’il peut m’apporter au lieu de L’aimer pour qui Il est, pour Lui-même.

La Victoire a été remportée. Encourageons-nous à en être les porteurs, surtout dans les courants contraires. Pour Sa gloire. Ainsi soit-il !

* * *

Les contributions spontanées des participants nous ont également beaucoup réjouis. Cette rencontre virtuelle a permis à des participants d’autres cantons et d’autres mouvements (Attestants, Ancre, Unio Reformata) de participer. Nous bénissons le Seigneur !

Mars 2021

La communion – un défi.

La rencontre annuelle des « Attestants », un mouvement confessant dans l’Église protestante unie de France (EPUdF) a eu lieu par vidéo-conférence, le 6 février 2021 et portait sur le thème de « la Communion, un défi ». Elle est partie du constat que la crise du Covid a mis en évidence, non seulement l’importance, mais aussi l’impérieuse nécessité d’une Communion Fraternelle authentique. Quelle est sa nature ? Pourquoi est-elle réellement indispensable ? Quels sont ses fondements ? Comment la créer et la maintenir ? A quoi et vers quoi nous pousse-t-elle ?

Par Martin Hoegger – www.hoegger.org

Dépasser « l’entre-soi »

René Le Negro, président des Attestants, ouvre cette rencontre, à laquelle plusieurs suisses romands ont participé, en remarquant un paradoxe : malgré la mondialisation, notre monde se fragmente de plus en plus par des distanciations de toutes sortes, poussant à un « entre soi » identitaire, amplifié par les réseaux sociaux. On pense, on vit, on agit… de plus en plus avec ceux qui nous ressemblent.

« Or l’Église est le contraire de cet « entre soi », nous qui sommes appelés par le Christ à le dépasser pour vivre la fraternité des enfants de Dieu. La crise actuelle interpelle les chrétiens que nous sommes sur le sens réel de la communion fraternelle », dit-il.  

Vigne et sarments

Emanuelle Seybold, présidente de l’EPUdF, apporte une belle méditation sur l’image de la vigne et des sarments, thème de la récente Semaine de prière pour l’unité des chrétiens (Jean 15). D’une part elle est un symbole de communion : les sarments n’ont pas d’autonomie, ils reçoivent leur sève de la vigne, le Christ.

D’autre part, c’est le Père qui est le vigneron et qui coupe les sarments. Ceux-ci ne se coupent pas mutuellement. Il faut regarder au Christ et non pas au sarment voisin. L’attachement au Christ et les uns aux autres est ce qui nous fait vivre. En nous isolant les uns des autres, la pandémie vient nous le rappeler.

Le matin, trois exposés suivis d’un temps de questions aux trois orateurs et d’un échange en petits groupes (grâce à l’application « Zoom ») ont permis de répondre à la question : pourquoi la communion fraternelle est-elle cruciale ?

Le défi de l’ouverture

Le sociologue Frédéric de Coninck rappelle la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » et remarque qu’il existe des lois pour garantir la liberté et l’égalité, mais pas la fraternité.. Il est courant aussi d’opposer la communauté, où se vivent des relations de fraternité à la société, caractérisée par des relations formelles.

Dans une communauté la difficulté est d’instaurer un tiers en cas de conflit. Dans les évangiles, on voit souvent des conflits et des frères ennemis (la parabole du bon samaritain en est un symbole fort). Cependant malgré ses risques, Jésus met en valeur la fraternité : «Vous êtes tous frères…et un seul est votre Père » (Mat 23,8-9), affirme-t-il.

La grande question est celle des frontières : où s’arrête la communauté et où commencent le communautarisme et l’entre soi qui ne sont pas seulement religieux. En appelant à l’amour de l’ennemi, Jésus nous met au défi de l’ouverture.  

Toutefois F. de Coninck constate que les communautés chrétiennes sont en général ouvertes. Elles sont des ressources pour la société. 

La force d’une conjonction de coordination

David Bouillon, professeur à la Haute École de Théologie de Suisse romande, se demande où commence la communion dans la Bible. En parcourant le livre de la Genèse, il la découvre dans la conjonction de coordination : Dieu créa ciel ET terre (Gen. 1,1) ; homme ET femme (1,27).

Alors que toute la création est bonne, il n’est pas bon pour l’homme d’être isolé. Dieu lui donne alors « une aide semblable à lui » (2,18). Littéralement, « une aide comme contre lui », ce qui indique que la communion se construit aussi dans une confrontation !

Avec Abraham et Isaac, père ET fils sont en communion. « Ton fils unique…celui que tu aimes », lui dit Dieu. C’est la première apparition du verbe aimer dans la Bible. (22,2)

Mais dès le début on constate aussi la compétition entre des frères, qui mène à la déroute : Caïn et Abel, Ésaü et Jacob, Joseph et ses frères.

« La Bible parle de communion au commencement, de rupture au milieu, et revient à la communion à la fin. Avec le Psaume 133, elle chante « Ah qu’il est doux pour des frères de demeurer ensemble », dit D. Bouillon

Chemin d’Emmaüs

Dans la deuxième partie de son intervention, D. Bouillon parle du chemin d’Emmaüs. Il est d’abord un chemin de désespoir pour les deux disciples. Mais Jésus « fit route avec eux » et se met à leur écoute. Le premier pas vers la communion est l’écoute de la souffrance de l’autre.

Puis Jésus les interpelle et ouvre les Écritures. Elles sont l’instance régulatrice dans nos débats. Jésus en montre la cohérence. Elles sont source de communion, non d’une pensée fragmentaire.

Lors du partage du pain, leurs yeux s’ouvrent. La communion ne jaillit pas seulement du débat, mais du mystère de la présence de Jésus.

Emmaüs nous montre que la communion vient d’En-haut. Le Christ la crée en nous rejoignant dans nos En-bas, comme pour ces deux disciples découragés qui sont envoyés vers le haut, vers Jérusalem. C’est le mystère de l’incarnation.

Un regard à l’ère du grand bon numérique

Gilles Boucomont, pasteur dans une paroisse parisienne, se demande comment créer la communauté en passant par le numérique ? Le Covid nous met au défi de créer du lien dans le morcellement. Où est la communauté quand on est sur le numérique depuis un an ?

Une conviction l’habite : la paroisse est peut-être le dernier lieu où nous pouvons être ensemble en étant très différents. Elle est un lieu de brassage : on y rencontre des gens qu’on n’a pas autrement l’occasion de rencontrer.  

Il note aussi une grande diversité chez les Attestants, comme par exemple la place de la mouvance charismatique.

« Il n’y a plus ni juifs, ni grecs » : cette affirmation paulinienne est paradoxale, car la communion n’est pas immédiatement perceptible. En Christ nous sommes un mais nous devons faire face à la réalité des différences. L’enjeu est la volonté d’être en communion les uns avec les autres, sans passer par un lissage formel. L’appel du Christ « Que tous soient un » nous appelle à sortir de nous-mêmes et à aller vers les autres qui sont différents.

Une communion centrée sur le Christ

Comment faire grandir la communion, quels sont les pièges qu’il faut éviter ? Les zones grises et de douleurs. C’est le sujet de l’après-midi.

Anne Faisandier, pasteur dans une paroisse marseillaise, parle de la « révolution culturelle » qui a été de passer d’une Église protestante sociologique, minorité résistante, relativement fermée sur elle-même, à une « Église de témoins » qui grandit par des apports extérieurs, des convertis ou des chrétiens venant d’autres Églises. « Nous n’avons pas une institution à sauver, mais des contemporains à rejoindre », dit-elle.

Pour elle, la crise du Covid 19 nous oblige à nous recentrer sur l’essentiel, le Christ : « L’obstacle principal est de nous définir par des identités particulières au lieu de nous définir par l’identité reçue par Jésus ». Il faut donc se garder des étiquettes théologiques.

La crise nous rappelle aussi l’importance de l’amitié et de la fraternité : « Manger ensemble est ce qui nous manque le plus en ce moment ».

Les défis de la communion

Le pasteur Guillaume de Clermont, ancien président de région et nouveau directeur de la Fondation John Bost, remarque que la première réalité à laquelle un pasteur doit faire face est d’être avec des personnes qui ne sont pas spontanément des frères et des sœurs.

Avons-nous envie d’être en communion les uns avec les autres ? Pour approfondir le défi de la communion fraternelle, il propose trois thèses :

Une communion née du dialogue

La chance et la force de la communion est la diversité rassemblée en Christ. Elle naît de l’écoute de la Parole dans la diversité des théologies et des spiritualités. La parole de Dieu suscite le débat. La communion se construit à travers une « disputatio » bienveillante. La confrontation des points de vue l’enrichit. Ce qui la menace sont les non-dits, la fausse charité, les refus du dialogue. La communion ne peut rester vivante à travers un lissage, mais par une conversation heureuse et un dialogue bienveillant. L’Église doit les soutenir et les alimenter.

Une communion ordonnée à la mission

La communion spirituelle n’est pas une fin en soi, mais elle doit s’incarner dans une mission. Le récit de la transfiguration le montre : « il est bon que nous soyons ici », dit Pierre qui veut rester sur la montagne. Mais la transfiguration fait place très rapidement à la descente de la montagne et à l’engagement dans le monde. La communion doit être un point d’ancrage pour une mission dans le monde. Sinon nous sommes dans le communautarisme et l’entre-soi.

Pas de communion sans conversion

La communion spirituelle se construit sur la parole de Dieu qui est donnée pour convertir le monde. Elle doit garder sa force d’interpellation. Le recul du christianisme se trouve surtout dans le fait que nous avons voulu sauvegarder notre passé, au lieu d’être une force d’interpellation au cœur du monde. Nous courrons derrière le monde au lieu de l’interpeller. Il faut mobiliser nos efforts sur la puissance d’interpellation de l’Évangile et entendre la promesse de Dieu avec l’appel radical à la conversion. En avons-nous le courage ?

Un regard catholique sur les Attestants

Pour Pierre Jova, journaliste à l’hebdomadaire catholique La Vie, le sujet de la communion interpelle aussi l’Église catholique. Il y a certes des éléments forts de communion, comme une unité magistérielle, une liturgie rassembleuse, des Journées mondiales de la Jeunesse, un loyalisme et un attachement au pape malgré des critiques.

Mais il y a aussi plusieurs univers dans l’Église catholique de France. Le livre de Yann Raison du Cleuziou, (Qui sont les cathos aujourd’hui ? Paris, Desclée de Brouwer, 2014. ) propose une enquête sociologique approfondie sur les « catholiques engagés » à l’heure actuelle. Il dégage quatre « nébuleuses catholiques » : « les inspirés » (charismatiques insistant sur la rencontre personnelle avec Jésus), les « observants » (dévotion, fidélité à la messe), les « conciliaires revendiqués » (engagement de foi à la suite du Concile Vatican II), « les émancipés » (altruisme à la suite de Jésus libérateur).   

P. Jova porte aussi un regard sur le Mouvement des Attestants. Alors que la question de la bénédiction des couples homosexuels a provoqué des schismes dans les Églises anglicane et méthodiste unie aux USA, cela n’a pas été le cas dans l’EPUdF, grâce aux Attestants.

Ce mouvement – comme la Fraternité de l’Ancre en Alsace Lorraine et le Rassemblement pour un renouveau réformé en Suisse romande  – a voulu garder l’unité de l’Église. Cela a été une leçon pour le catholicisme. C’est aussi une chance pour l’EPUdF qui a ainsi été gardée de devenir « un club libéral ».

« L’unité nous est déjà donnée entre chrétiens confessants. Ce qui est central est la confession du Christ. La solidité doctrinale est un ferment de communion. Les Attestants sont la preuve que la communion se vit déjà. L’Église est appelée à être inclusive mais jamais au détriment de la vérité chrétienne », affirme-t-il.

Communion et divergences théologiques

Le pasteur Jean Fred Berger pose cette question aux orateurs : « Comment faire Église quand des chrétiens ne croient pas à la résurrection de Jésus ? Ne risque-t-on pas la tiédeur de l’Église de Laodicée ? »

A. Faisandier se demande comment elle discutera avec ces personnes ? Qu’est ce qui va alors bouger ? Elle se méfie des étiquettes. Pour G. de Clermont, l’enjeu est qu’il faut un minimum de personnes confessant la divinité et la résurrection du Christ, pour qu’une communion porte du fruit. Selon P. Jovat il faut distinguer entre ce qui relève du for intérieur et du militantisme.

Deuxième question : les divergences sont-elles bénéfiques ? Pour A. Faisandier elles le sont si nous sommes missionnaires, car nous savons où nous allons. L’ennemi n’est pas la différence, mais le non-dit, quand nous refusons d’aborder des divergences théologiques. La suite du synode de Sète a été pour elle une blessure, mais pas une cassure. Son travail de pasteur est de porter cette difficulté.

Pour le second orateur, il est plus facile de faire un schisme que de rester dans l’Église avec des tensions. Si nous voulons que les Attestants enrichissent la vie de l’Église, il faut quitter la blessure de la bénédiction des couples homosexuels. Les Attestants sont un enrichissement de la foi qui a toujours existé dans l’Église. Ce courant doit être présent et reconnu.

P. Jova pense qu’une grande partie de l’avenir se joue dans la réponse des autorités : vont-elles accepter cette diversité et des candidats se reliant aux Attestant ? Quelle place sera donnée à ceux qui tiennent à l’autorité de la Parole de Dieu et à la prédication du Kérygme ? Ou y aura-t-il un durcissement du côté libéral ?

Conclusion : Bonté et vérité

La conclusion est apportée par le pasteur Michel Block, à partir d’une méditation sur cette phrase du Psaume 85,11 : «La bonté et la vérité se rencontrent, la justice et la paix s’embrassent ». En Jésus ce psaume a été accompli. Bonté et vérité se seront embrassées. C’est le fondement de la communion : Jésus est vrai Dieu et vrai homme. C’est dans ce « ET » qu’est la communion.

Osons le défi de la vivre dans la logique du service !

Face à l’urgence climatique

 Déclaration pour une action chrétienne face à l’urgence climatique

Le climat se réchauffe à cause de l’activité humaine, et cela nous met en danger. Les chrétiens doivent agir. Steve Tanner, membre du R3, a initié la rédaction de la déclaration pour une action chrétienne face à l’urgence climatique, écrite pour les églises de Suisse et leurs membres, et lancée début 2021. Le comité du R3 encourage ses membres à prendre connaissance de cette déclaration, et s’engager dans un chemin de remise en question et de transformation de leurs habitudes vers un style de vie qui protège le climat et honore ainsi notre créateur, ses créatures et nos prochains. 

Présentation

La déclaration pour une action chrétienne face à l’urgence climatique  est une affirmation claire de l’urgence climatique dans laquelle l’humanité entière est entrée, et une affirmation de la responsabilité spirituelle, éthique, civique et environnementale que les églises et communautés chrétiennes et leurs membres ont d’agir face à cette menace. Le texte nous invite à prendre au sérieux non seulement la science, mais aussi la Bible, sur la nécessité d’agir avec détermination.
Lire la déclaration : www.declaration-urgence-climat.ch/declaration 
Signer la déclaration : www.declaration-urgence-climat.ch/signer 
Agir en mettant en pratique son dernier chapitre.
 

Pourquoi une telle déclaration ?

Récemment, la notion d’urgence climatique a fait son apparition pour souligner l’impérieuse nécessité d’agir face au réchauffement climatique d’origine humaine. L’urgence est reconnue par une part grandissante de la population et la quasi-totalité des spécialistes. Or, malgré cette prise de conscience globale, les changements nécessaires se font attendre. Une part de la population, dont des dirigeants politiques et économiques, relativise, minimise ou se déresponsabilise face à la gravité de cette urgence. Et même pour ceux au clair sur ses enjeux, il n’est pas toujours facile d’agir en cohérence. Les changements nécessaires peuvent aller à contresens de la société et de nos propres habitudes.

Dans nos églises, ce n’est pas si différent. On y trouve les mêmes avis divergents, les mêmes hésitations et les mêmes blocages. Or, la vision biblique et chrétienne du monde soutient dans ses fondements même un engagement pour la protection du climat. L’implication des églises et des chrétiens devrait donc aller de soi. Prendre au sérieux l’urgence climatique, c’est en effet, à la suite du Christ, mettre en pratique notre amour pour nos prochains et nos descendants ; c’est honorer notre Dieu Créateur et toutes ses créatures. 

La déclaration a donc pour but de permettre aux églises et chrétiens d’exprimer de manière claire leur engagement pour une action face à l’urgence climatique, en rappelant les fondements de cette action, reposant à la fois sur le monde naturel (bases scientifiques) et sur le monde spirituel (fondements théologiques), et en donnant une série d’actions très concrètes à vivre pour chacun. 

A qui s’adresse-t-elle ?

La déclaration a été écrite pour les chrétiens de Suisse et les églises, dans un esprit œcuménique et d’unité. Signer la déclaration, c’est donc d’abord affirmer devant Dieu et devant nos frères et sœurs dans la foi, que nous prenons au sérieux les connaissances scientifiques tout comme nous prenons au sérieux le message de la Bible, et par conséquent nous agissons pour stopper les causes humaines du réchauffement climatique. De plus, signer la déclaration, c’est aussi affirmer la solidarité des églises avec la société et l’humanité entière.

Qui l’a écrite ?

La déclaration a été écrite par des chrétiens engagés depuis plusieurs années dans la protection du climat. Steve Tanner, initiateur et rédacteur, a été durant 11 ans le directeur d’A Rocha Suisse, une ONG chrétienne de conservation de la nature. Il est aussi membre du R3. Marc Roethlisberger, second rédacteur, est l’initiateur d’une charte climatique dans son église. La rédaction s’est appuyée sur les dernières connaissances scientifiques disponibles, et pour la partie biblique sur des ouvrages de vulgarisation théologique. Elle a bénéficié des conseils et de la relecture de plusieurs scientifiques, de théologiens et de responsables de communautés des diverses confessions chrétiennes de suisse romande : protestants, catholiques, évangéliques, orthodoxes. Les premiers signataires de la déclaration sont des responsables d’églises ou œuvres chrétiennes, et sont également impliqués pour la plupart de longue date dans les questions environnementales et climatiques.

Adhérer à la déclaration

Les personnes désirant s’engager de manière individuelle peuvent signer la déclaration sur le site web : http://www.declaration-urgence-climat.ch. Le but n’est pas simplement de signer, mais de s’engager à agir. 

Soutiens des églises et ONGs partenaires

Les différentes fédérations d’églises (réformées, catholiques, évangéliques) ont été contactées pour soutenir la déclaration. Les ONGs suivantes, partenaires de la déclaration, s’engagent au quotidien dans l’action face à l’urgence climatique. 

Contact : declaration.urgence.climat@gmail.com

Coeur à coeur

Avec clarté et conviction, Hetty Overeem, pasteure d’Evangile en Chemin, démasque les racines qui nourrissent la maltraitance des enfants. Elle montre ensuite que les mêmes racines nous amènent à maltraiter Dieu lui-même. D’où l’appel à une metanoia radicale et urgente.

Dans la semaine de « cœur à cœur », en décembre 2020, j’ai eu le privilège de participer toute la nuit de mercredi à jeudi à l’émission radio soutenant cette initiative. 

On était quatre, une petite famille pour une nuit : les deux journalistes Yves-Alain Cornu et Jérôme Zimmermann, et nous, les deux invités : 

Niels Weber, président de la gamer-federation et psychologue/ psychothérapeute spécialisé dans l’accompagnement de personnes prises au piège par la dépendance des games. 

Et moi, pasteure-nomade, en chemin avec Dieu et les gens. 

C’était une chouette expérience, riche, comme le disait Niels, en découvertes et en mandarines (et biscômes!). 

On parlait de beaucoup de choses, mais aussi du fil rouge de cette semaine : la maltraitance, l’abus des enfants, et les formes et expressions multiples que cette maltraitance peut prendre, et contre lesquelles il s’agit de lutter de toutes nos forces. 

A un moment, Yves-Alain m’a posé la question : « Quand on voit tout ce qui se passe, il y a quand-même une faille dans le système, non?! » 

Je ne sais plus ce que j’ai répondu. Mais je sais que j’ai été maladroite, car je n’ai pas pu dire ce que je pense. A savoir que, oui, il y a effectivement une faille dans le « système humain » – et que, bonne nouvelle, on n’a pas besoin de continuer à la subir. 

Car c’est une dépendance, et il existe une thérapie et un accompagnement pour en sortir. Mais pour ça, il faut bien voir cette dépendance, la reconnaître et la confronter. Et ce n’est pas facile, car il s’agit de notre dépendance d’une illusion. 

Une illusion sur Dieu d’abord. Et ensuite, comme conséquence, des illusions sur nous-mêmes, et le monde. 

Pourquoi ne parle-t-on jamais de notre maltraitance de… Dieu? 

Et les formes et expressions multiples que cette maltraitance peut prendre, et contre lesquelles il s’agit de lutter de toutes nos forces. 

C’est en tout cas ce que Dieu nous demande. Puisque le Désir de Son coeur, c’est d’être AIMÉ par nous de toutes nos forces – 

(« Tu aimeras le SEIGNEUR, ton Dieu… » Deutéronome 6, 5, repris par Jésus en Marc 12, 29-31, où il ajoute Lévitique 19, 18, « et tu aimeras ton prochain comme toi-même »). 

– et puisqu’on ne peut pas aimer en maltraitant. 

Ce qui complique les choses, c’est qu’on ne maltraite pas nécessairement, ni Dieu ni notre prochain (ni soi-même d’ailleurs), par méchanceté pure et dure. Souvent c’est parce qu’on subit ET choisit une illusion. C’est d’autant plus dangereux que c’est caché. 

Il y a longtemps, je me suis formée au Danemark dans l’accompagnement spirituel de personnes abusées : physiquement, émotionnellement, sexuellement, spirituellement aussi. 

Ce qui me frappe toujours et me fait froid dans le dos – car justement, c’est caché – c’est la pensée, l’attitude DERRIÈRE l’abus. Sa source, dont découle sa dynamique, dont découle le résultat. C’est : 

la fausse image/perception/ représentation de l’autre. 

Il ou elle n’est pas perçu comme quelqu’un D’AUTRE, au fond. Avec son identité propre, son vécu propre, ses droits propres. Et surtout : dans la totalité de son être. 

Non, l’autre est perçu comme une sorte de prolongement de nous-mêmes et de nos désirs, dans une fausse continuité de notre être. Notre être, faussement perçu comme le centre du monde. 

Ce qui justifie tout et n’importe quoi. 

Dans cette fausse perspective, dans cette ILLUSION sur nous et sur l’autre, cet autre devient quelqu’un « pour-nous », à notre service. Un objet, pour satisfaire nos désirs, nos impulsions, nos soi-disant besoins. Sexuels, émotionnels, oui, et spirituels aussi. 

Dans cette dynamique, on « fait le tri » de l’autre : on ne VOIT, et alors, on ne PREND que ce qui nous convient, ce qui nous est utile. 

C’est une perception totalement tordue de la réalité – et c’est totalement horrible. D’autant plus qu’une illusion ne reste jamais seule, mais en produit toujours d’autres. 

Et, tant que l’abuseur n’a pas reconnu cette fausse image comme fausse, tant qu’il n’a pas compris d’où elle vient, et travaillé pourquoi elle a pu autant l’emprisonner et l’empoisonner … et ensuite, tant qu’il ne l’a pas confrontée, pour enfin y renoncer définitivement, il risque de reproduire ses actes encore et encore. 

Car ces actes sont le résultat, pas le problème à sa source ; les symptômes, et pas la maladie, qu’il faut traiter pour guérir. 

La maladie de l’illusion. 

Comme je l’ai déjà dit : l’illusion de l’abuseur sur l’autre – mais aussi sur lui-même. Tant qu’il n’a pas vu qu’il est aussi empêtré dans une fausse image de lui-même, il risque de rester sur cette voie destructrice, toute sa vie. 

Car – attention, je ne le dis absolument pas pour justifier ou relativiser quoi que ce soit!, c’est juste une réalité qu’il s’agit de comprendre – un abuseur est très, très souvent quelqu’un qui a été abusé lui-même dans son enfance. 

C’est dramatique, toutes ces fausses images, ces illusions, qui disent sur l’autre, sur nous-mêmes, des mensonges. Des mensonges qui SEMBLENT justes, puisque les émotions les soutiennent, leur donnent raison. 

Pour ne pas devenir trop long, je prends juste quelques exemples d’illusions sur soi-même : 

  • T’es nul, de toute façon.
  • Tu es tout-puissant (c’est étrange, mais les deux vont ensemble!) 
  • Tu ne vas jamais t’en sortir
  • Tu peux tout te permettre.
  • Tu n’es qu’une poubelle. 
  • Tu es grand, immense, génial. 
  • Pauvre con (ne). 

–  Tu es le centre de tout l’univers. 

–  Ta vie ne vaut rien. Donc la vie des autres non plus. 

–  Ta vie est la plus importante, toutes les autres vies y sont subordonnées. 

–  On t’a fait souffrir. Maintenant tu as le droit de faire souffrir les autres. 

–  Tu vas enfin t’occuper de toi et trouver le « bonheur », et tu vas écraser tout ce – et tous ceux – qui pourraient te freiner dans cet élan…  » 

Et ainsi de suite.
Quelle immense tristesse, quelle prison sordide… et quelle violence! 

Mais – bonne nouvelle! – on peut en sortir. On peut devenir libres! 

Pour ça il faut renoncer, définitivement, à l’illusion sur l’autre ET sur nous-mêmes. 

Faire pour ainsi dire demi-tour. Sortir de l’aveuglement. 

Pour entrer dans la bonne perception de l’autre et de nous : reconnaître, accepter, respecter, adhérer à sa réalité, à qui on est réellement. 

Apprendre à voir, au fond!
Comme Dieu nous voit, Lui, LA Réalité absolue, Lui qui nous a créés. 

Oui, Dieu, justement, il est où dans tout ça?! 

Pourquoi je dis qu’on le maltraite, Lui aussi? Et est-ce qu’il y a un lien entre les deux sortes d’abus ? 

J’ai constaté qu’on reproduit exactement le même comportement avec Lui, le TOUT AUTRE, qu’avec l’autre, notre prochain, car on projette sur Lui exactement les mêmes fausses images : 

Dieu n’est pas perçu comme quelqu’un d’autre, au fond. Il n’est pas considéré dans Sa Réalité propre, Son Identité propre. Et surtout : dans la totalité de son Être. 

Non, Il est perçu comme une sorte de prolongement de nous-mêmes et de nos désirs, dans une fausse continuité de notre être. 

Notre être, faussement perçu comme le centre du monde. 

Ce qui justifie tout, et n’importe quoi : pas d’abord dans nos actes, mais dans ce que nous pouvons penser et dire sur Lui. 

Les actes suivront tout seuls. 

Ainsi, nous »produisons » notre propre spiritualité, qui ne vient pas de Dieu, mais de nous. Une spiritualité qui tourne autour de nous ; qui a l’humain comme source, chemin et objectif final. Tout en gardant l’enveloppe d’une sorte de « spiritualité », qui SEMBLE parler de Dieu. Mais qui, au fond, veut Le faire tourner autour de nous, Le subordonne à nous et nos critères. 

Comme si la terre revendiquait d’être le centre, autour duquel tourne le soleil, ainsi l’humain vit dans l’illusion qu’il est le centre, autour duquel tourne Dieu. L’humain est devenu sa propre idole. 

Devenu? Disons, c’était le piège de l’humanité depuis le début! Mais aujourd’hui on est devenus particulièrement experts … en l’illusion. 

Et ça influence tout, tord tout, abime tout : d’abord la relation avec Dieu, ensuite celle avec les autres. 

Car la première entraîne la deuxième, comme une mauvaise copie, une caricature, de l’Original, qui vient de Dieu : 

Toi, humain, tu M’aimeras d’abord Moi, ton Dieu. Et ça t’aidera à aimer ton prochain et toi-même d’une manière nouvelle, que Moi-même Je veux t’apprendre! 

Dans l’illusion, tout ça se perd et devient une caricature. Dieu – nous – et l’autre. Et la caricature ne peut pas honorer. Car elle ne dit pas la réalité. 

Dieu devient, dans cette illusion, la caricature de quelqu’un « pour-nous ». Non pas à aimer, à chercher, à vouloir pour Lui-même, mais d’abord pour ce qu’Il pourrait nous apporter. Un objet, pour satisfaire nos désirs, nos impulsions, nos soi-disant besoins : 

« Donne-moi ceci, fais-moi cela..
Enlève-moi ceci, guéris ça, change ceci, améliore ça. » 

Pour arriver à cela on prend dans Sa Personnalité uniquement ce qui nous convient, ce qui nous est utile, ce qui confirme ce qu’on pense déjà. 

(D’où aussi les abus « au nom de dieu » …) 

Cette illusion sur Dieu nous emprisonne, nous empoisonne la vie, car elle emprisonne et empoisonne notre regard. Elle influence et tord tout. 

Et, tant qu’on n’a pas reconnu que cette image est fausse, tant qu’on n’a pas compris pourquoi elle est là, en quoi et comment elle a pu autant nous emprisonner et nous empoisonner … et ensuite, tant qu’on ne l’a pas confrontée et, enfin, tant qu’on n’y a pas renoncé définitivement, on va reproduire encore et encore notre humanité malsaine. Même en étant de bonne volonté. Et j’ajoute : même si on arrive parfois à la décorer avec plein de petites « perles », qui sont vraiment belles, comme cet élan de          « Cœur à cœur ». Car là où on a perdu la Grande Perle de la Réalité de Dieu, notre humanité va rester étrangement pâle, notre vie un peu vide de sens. 

Mais comment elle se manifeste, concrètement, cette illusion sur Dieu? On pense et on dit quoi, à ce moment-là ? 

J’essaye de répondre : 

« Toi, Dieu, tu n’existes pas réellement. Tu n’es pas réellement réel, alors on peut te subordonner à nos idées, nos désirs. 

On ne prend de toi QUE ce qui nous convient ( voilà, exactement ce qui se passe dans l’abus des enfants), QUE ce qui nous semble raisonnable, agréable, acceptable, compréhensible, productif 

(de notre bien-être, physique ou psychique ou spirituel ou, en général, les trois à la fois), efficace, amenant une bonne réputation, de bonnes actions
(selon NOS critères!),
de bons chiffres, de bonnes « prestations » … 

Ce dernier exemple, c’est un des pièges, je crois, de l’Eglise, qui s’est mise elle-même dans le moule d’une multitude de « on » : organisation, information, communication, planification, évaluation… mais qui laisse en rade la RelatiON, avec Dieu d’abord.
Comme si l’objectif suprême de l’Eglise était de se faire marcher elle-même. 

Bien sûr, il y a une réalité à accepter, des choses à organiser, planifier etc. Mais ces choses ont souvent pris le dessus sur la simple recherche de Dieu : 

« Seigneur, qui es-Tu?! Nous te connaissons déjà un tout petit peu, mais nous avons soif de Te connaître mieux, nous Te cherchons, de tout notre cœur, pour T’aimer, de tout notre cœur, nos forces, et notre intelligence aussi! Viens Te révéler, c’est essentiel, c’est urgent, car sans Toi nous ne pouvons pas vivre! Sans toi nous sommes et restons dans l’illusion, viens nous montrer la Vérité sur Toi, de plus en plus. Viens nous dire Toi-Même qui Tu es, et pardonne-nous d’avoir fait de Toi un dieu-à-notre-image. Viens nous arrêter, viens casser nos idoles, nos buts-en-soi, pour qu’il y ait de la place pour TOI! » 

Au lieu de cette recherche joyeuse, l’Eglise répand souvent (et elle est connue pour) un message de fausse tolérance, venant du tri que je mentionnais : tout ce qu’on dit sur Dieu se vaut. A chacun sa vérité, on se complète, nos différentes « couleurs » se complètent et forment ensemble la réalité de Dieu. 

Ce qui revient à dire qu’il n’y a pas de Réalité de Dieu, car pas de Vérité sur Lui. Ce qui rend Dieu … superflu.
Et l’Eglise aussi. Car elle a perdu sa spécificité.
Et Jésus-Christ, et son message aussi.

Lui qui ne disait jamais : « Oh, Dieu vous trouve sympas de toute façon, moi je ne suis qu’une couleur, on peut tout aussi bien dire le contraire. » 

Jésus a dit que lui seul était le chemin et la vérité, et que personne ne pouvait venir à Dieu sauf à travers lui (Jean 14). 

Ainsi on « maltraite » Dieu non seulement dans la société, mais aussi dans l’Eglise. 

Ce qui reste, ce sont des « valeurs », avec l’avantage que celles-ci sont en général bien tolérées… car elles sont celles d’un monde « un peu meilleur », qui se fabrique lui-même un peu meilleur… 

Ainsi tu nous sers, Dieu, tu sers encore à quelque chose, t’es encore utile et c’est très bien, merci beaucoup… » 

Ouf, je suis dure! Je me rends compte. Ce n’est pas du tout spirituellement correct. Ou bien, que si!, mais selon les critères de l’Evangile. 

Je le redis : 

Quelle illusion! Et … quelle horreur. Car chacune de ces tentatives de mettre Dieu à NOTRE image, aussi sympathique que le résultat puisse apparaître, est en réalité un abus de Dieu. Qui entraîne – et c’est un drame pas reconnu – l’abus des autres et de nous-mêmes. 

Car c’est l’illusion sur Dieu, qui est à la racine, sur laquelle se greffent toutes les autres (pardon, je suis un peu répétitive, je sais, mais je crois que c’est si important), 

celles sur l’autre et sur moi-même. Triple dépendance donc … 

Mais quelle est la réponse de Dieu alors?!
C’est simple … Trop simple pour beaucoup de gens, mais voilà, c’est la thérapie de Dieu : Revenez à Moi! 

Voyez-Moi juste, c’est-à-dire, comme Je SUIS, et comme Je Me suis fait connaître en Jésus-Christ, à travers la Bible. Par le Saint-Esprit, « eye-opener » par excellence, Je me révèle, Je me donne, pour que vous puissiez … 

… non, pas avoir la Vérité sur Moi dans votre poche, pour la distribuer avec condescendance à d’autres, ou même l’imposer! Non! 

Mais pour que vous la découvriez, de jour en jour, pour qu’elle vous rende LIBRES! (Jean 8, 30-36). 

Car Moi, Dieu, je vous ai créés libres, et ensuite, quand vous avez choisi vos prisons de l’illusion, J’ai envoyé Jésus, pour balayer ces illusions sur Moi et restaurer la Vérité sur Moi, pour l’écrire dans votre coeur! 

J’ai envoyé Jésus, cœur de mon Cœur, lui, la parfaite image de Ma Réalité, pour VIVRE Qui Je Suis. 

Et si vous êtes d’accord de M’écouter et de l’inviter dans votre coeur, votre vie, vos critères, pour qu’il y règne … Je vous promets qu’il va venir! Qu’il va habiter votre être, en vous « contaminant »( c’est le cas de le dire!) depuis l’intérieur, et ainsi Je serai Moi-même en vous : Mon Cœur dans le cœur de Jésus, son coeur dans le vôtre : LE grand coeur à coeur de la création ! 

Alors oui, moi Hetty, j’ai envie d’entrer dans cette invitation de Dieu, j’ai de plus en plus soif de revenir à Lui. 

Mais pour ça je dois d’abord m’arrêter. Arrêter l’abus, arrêter mes maltraitances, souvent inconscientes, de Lui. 

M’arrêter. Faire de la place. Pour apprendre à L’aimer. 

Sortir de mes illusions, me LAISSER sortir par Lui de mes nombreuses illusions-de-Hetty. Pour entrer dans Sa Réalité. 

En Christ. C’est ça ce que Jésus annonce comme le Royaume de Dieu. 

Et c’est ça aussi que j’ai envie de dire autour de moi. Je serai sûrement maladroite, comme à la radio. Peu sûre, parfois confuse, malheureusement encore trop dépendante du regard des autres. Pardon, mon Dieu. 

Et c’est ça que j’ai envie de dire à l’Eglise, à toute l’Eglise : 

Arrêtons-nous! Arrêtons, une semaine au moins, pour nous rendre compte de nos illusions, pour demander au « Professionnel de service », au Saint-Esprit, de nous les démasquer, pour que nous puissions les reconnaître, les confronter, et enfin, y renoncer. 

Arrêtons-nous, une semaine au moins : nos « on », nos organisations, planifications, communications, évaluations. Et même nos bonnes actions!, qui sont comme des petites perles, mais qui nous font croire que tout va bien, qui prennent ainsi la place de la Grande Perle qu’est Dieu Lui-même … et qui deviennent alors des idoles. 

Arrêtons un TOUT petit moment – et je vais choquer mais j’assume – même l’amour du prochain. Non pas parce qu’il ne serait pas important!
Mais parce qu’il risque toujours de remplacer le premier commandement, l’Amour pour Dieu. 

J’exagère? 

Au moment où j’écris ces lignes, je tombe sur un article du Migros-Magazine du 22 décembre 2020 consacré à Rita Famos, élue à la présidence de l’Eglise évangélique réformée de Suisse. Elle dit :  » … Le commandement qui est, selon Jésus, le plus important : tu aimeras ton prochain comme toi-même. 

Et (ah, quand-même, mais ça vient après seulement) tu aimeras Dieu. » 

Oui, mais quel Dieu?! Quel Jésus?! 

Car Jésus a répété que le premier commandement, le désir principal de Dieu, la toute première priorité, c’est d’aimer Dieu (Marc 12, 30). 

Puis, comme conséquence, il a enchaîné :  » Le deuxième, c’est d’aimer ton prochain comme toi-même. » ( Marc 12, 31) 

Mais tant qu’on fait ce raccourci malsain, en « sautant » la Priorité, notre amour du prochain gardera toujours un goût de déjà vu, déjà essayé… et pas si bien pu que ça. 

Il y a une faille dans le système… 

Arrêtons l’illusion qui nous fait croire qu’on aime Dieu assez si on aime son prochain, comme si les deux étaient les mêmes. Non, ils ne le sont pas, Dieu ne s’est pas trompé en parlant d’une Priorité absolue – et d’une conséquence : un amour nouveau. Une charge légère (Matthieu 11, 28-30), différente, car vécue dans un ENSEMBLE merveilleux et plus fort que tout. 

Un amour nouveau! A quel défi, quelle aventure, Dieu nous invite par ce premier commandement! 

Un amour sûrement tâtonnant. Probablement pas souvent extraordinaire. Peut-être pas dans l’événementiel. Peut-être pas relaté dans les journaux – et peut-être que si, mais peu importe. 

Car cet amour sera vrai, et durable, cette fois. Puisqu’il viendra de Dieu-dans-notre-coeur, en Jésus. 

Alors il aura le goût de ce que Jésus appelle le Royaume, cet ENSEMBLE : à chercher et à trouver de toute urgence! 

Car c’est lui, et lui seul, qui réparera « la faille dans le système ». 

L’être humain ne se guérit pas tout seul de sa dépendance de l’illusion, il a besoin que Quelqu’un l’en SAUVE. 

Un avant-dernier mot : 

Pourquoi on essaye toujours d’échapper à l’amour pour Dieu d’abord, la Relation de toutes relations ? 

Peut-être parce que c’est plus contrôlable, vérifiable, et, oui, plus confortable, parce qu’on peut toujours faire des choses, et ça, ça on sait faire. 

Tandis que, se concentrer sur la Réalité de Dieu? Lui demander de se révéler ? Sans voir tout de suite un beau résultat? 

C’est compliqué pour nous, surtout aujourd’hui. Pour au moins deux raisons. 

La première raison est que nous sommes devenus sédentaires. Et que nous avons adopté la logique, la dynamique, la mentalité sédentaires. 

( Oui, je sais, ça devient long! Mais je crois que c’est important pour comprendre le piège). Il y a la dynamique nomade – et la dynamique sédentaire. 

Le nomade vise le chemin et vit le chemin ; il EST en chemin, constamment. L’objectif même n’est pas une chose, mais justement d’être en chemin, et les rencontres qui s’y vivent, y sont données. 

Le sédentaire vise le résultat, vit pour le résultat. Un résultat vérifiable, contrôlable, chiffrable, rentable. Le résultat décide si le chemin est bon ou pas. 

Aujourd’hui nous sommes devenus totalement « sédentaires » : totalement orientés sur le résultat ; la société en général… et l’Eglise. 

Orientés sur le résultat : l’objectif et les moyens pour l’atteindre ; les chiffres pour le mesurer. Le but étant un but en soi : efficacité, rendement, succès… réputation, visibilité… 

Que des esclavages, des dépendances, des prisons intérieures … 

(Entre parenthèses : je suis si triste du nombre de personnes que je rencontre, beaucoup de jeunes aussi, qui souffrent de cette immense pression du résultat : 

Tu dois, tu devrais, tu aurais dû…
Tu dois réussir – et c’est nous qui te dicterons ce que ça implique. 

Tu dois être heureux – et les pubs vont te dire ce que c’est…) 

La vie devient une prestation … au lieu d’être un cadeau de Dieu. Au secours! 

Ce n’est pas anodin que Jésus, lui, ait été nomade. Son plus grand Objectif était la relation avec Dieu et le partage de cette relation. 

Puis ensuite venait tout ce que cette relation portait comme fruit : libérations, guérisons, restaurations… 

Je pense que, si nous osons revenir à Dieu, il y a quelque chose de cette liberté nomade que nous allons re-découvrir. Si nous sommes d’accord de faire de la place, de renoncer, de nous arrêter. 

Ce n’est d’ailleurs pas tout facile, et j’en sais quelque chose puisque c’est cette vie nomade que j’ai choisie, tout en étant préprogrammée par une société et une éducation sédentaires. 

Fallait et faut en sortir! Urgemment! 

Car les lois de ce sédentarisme-là, qui est presque spirituel, nous emprisonnent, nous empoisonnent, car elles abusent de nous et nous apprennent à abuser des autres et de la création. 

Heureusement que Dieu nous aime et alors, nous vise, nous. Pour qui nous sommes. Mais : qui nous sommes en réalité, comme Il nous a façonnés dans Son coeur! 

Donc aussi : comme nous allons devenir !, si nous le voulons. 

Dieu-comme-Il-EST
vise
nous- comme-nous-sommes.
Et Il va tout inventer pour nous rendre notre personnalité perdue. 

Quelle libération de pouvoir être en route, avec Lui vers Lui, en tâtonnant, en se trompant, pas grave! En Le connaissant toujours mieux comme Il est réellement : intimement, joyeusement, allant de découverte en découverte, toujours en chemin. Laissant derrière nous toujours plus ces illusions qui nous empoisonnent la vie – et celle des autres. 

Voilà une première tentative de réponse à la question, pourquoi on s’est fait, et on se fait, constamment piéger ? 

Et voici une deuxième, en très/trop résumé : 

Parce que Satan, l’adversaire de Dieu et de l’humain, qui veut notre destruction, l’expert en fausses images, en illusions, ne loupe aucune occasion pour glisser ces illusions dans notre coeur. 

Des fausses images sur Dieu, car lui, lui sait que c’est la source et la dynamique de tout mal. Et ensuite des fausses images sur nous-mêmes et sur notre prochain. 

Qu’est-ce qui me fait dire ça? C’est la Bible qui me fait dire ça. 

Cette « expertise » de l’adversaire, est décrite dans le langage (symbolique, selon moi) du début du livre de la Genèse : 

« Dieu a sûrement dit…?! »
Au début, l’être humain résiste encore : » Euh, non, il a dit autre chose… » 

Mais l’adversaire persiste :  » C’est qu’il ne veut pas de concurrence, Dieu! Il veut te garder petit et insignifiant. Mais … tu peux lui échapper ! Fais ce que moi, je te propose, et tu verras : tu seras grand et tout-puissant, ça sera toi le centre du monde, et alors tu feras ce que tu veux …  » ( ma libre reformulation des mots!) 

Et « Adam », l’humain, le croit.
Et nous, aujourd’hui, on le croit. C’est ça, le péché. 

Jésus, lui, a résisté. Matthieu 4 raconte comment il a refusé l’illusion, ou mieux, les trois illusions présentées pourtant si habilement : ça aurait pu être vrai … ! 

Mais Jésus connaît trop bien son Père pour tomber dans le piège. Et c’est ça qu’il nous faut apprendre aussi : connaître le Père, pour devenir libres! Apprendre, ré-apprendre la réalité, par le Christ habitant notre coeur. 

Jésus-Christ-en-nous, qui dit à Dieu : « Je T’aime! Sois Tout-Toi en tout-moi! 

Sois Tout-Toi, mon Dieu … 

Pas le bout convenable. Pas mon tri personnel. Pas le spirituellement correct, décidé par l’esprit du temps. 

Non. Toi, réellement. A mes risques et périls! Pour le meilleur et pour le pire! 

… en tout-moi. 

Pas le bout convenable. Pas le tri fait par qui que ce soit – et serait-ce par moi-même! Pas ce que me dictent la société ou mon éducation ou mes blessures ou les abus que j’ai vécus – et/ou commis. 

Non. Moi. A TES risques et périls, mon Dieu! Pour le meilleur et pour le pire! » 

Coeur à coeur…

Hetty Overeem, pasteure d’Evangile en Chemin, janvier 2021.

Les astrologues s’inclinent à Bethléem

Dans ce message incisif, entendu par beaucoup d’auditeurs des cultes radiodiffusés, le pasteur Pierre-Yves Paquier contraste la venue des mages à Bethléem et l’engouement de nos contemporains pour l’astrologie.

Curieuse époque! Lu dans un catalogue: garniture de lit nordique, très belle impression astrologique faite de planète et d’étoiles!  Dans le Matin: Thème astral de Christoph Blocher…! Un autre jour, dans la pub du mois de décembre, c’est une invitation en grosses lettres:

« Si vs êtes né sous le signe de la Balance, ou du Bélier… « 

« Si vs êtes né sous le signe du Sagittaire…  Venez chercher votre cadeau personnel à nos rayons! »   Naturellement, beaucoup profitent de ces offres et se ruent, sans voir l’astuce commerciale qui a l’art de noyer le poisson dans l’eau, laissant nos porte-monnaie à ½ vierges, tout en se taillant la part du lion!!

Joli coup de pub…, mais surtout habile façon de rappeler les signes du Zodiaque qui passionnent tant de gens.

Et j’ai pensé à Jésus-Christ. A sa naissance, essayant d’imaginer la tête de Marie et Joseph si on leur avait posé la question:

-Alors, votre petit, il est de quel signe ? –Ca vous dirait de savoir s’il sera un être rêveur ou un battant plein d’avenir?!   

Enfin… Chers amis, il n’y avait sûrement pas d’horoscope dans  la Gazette de Bethléem! Pas comme de nos jours, où l’on est si friand de cette rubrique, parce qu’on est inquiet, et aussi parce que c’est le seul endroit du journal où l’on parle de NOUS

Hélas, si pour les devins de pacotille c’est un jeu, il n’en va pas de même pour le grand public qui prend souvent ces prédictions pour … parole d’Evangile et y conforme sa vie!

A l’Evangile revenons-y justement!  Vous avez entendu…  Ne nous dit-on pas qu’il y a 2000 ans, des mages/astrologues, spécialistes des étoiles, se sont mis en route pour aller trouver un enfant Roi ?  Mais qu’est-ce que c’est pour une histoire ? L’Astrologie serait-elle donc à l’honneur avec ces personnages d’Orient déboulant à Bethléem ? 

On les a imaginés au nombre de 3 et au VIè s. la tradition latine leur a donné des noms, Melchior/ Gaspard/ Balthasar…   On a même vu en eux les types des 3 grandes races humaines, noire/jaune/blanche.  Mais au fond, qui sont ces mages ?

Ce qu’on peut dire, c’est que ce sont des observateurs du ciel venant de la région qu’on appelle l’IRAK aujourd’hui. A une époque où l’astronomie et l’astrologie se confondent encore passablement.  Et il devait y avoir chez eux à la fois quelque chose du scientifique, du penseur, et du religieux. Et puis, dans ces contrées babyloniennes où Israël fut en exil, il devait traîner encore un vague souvenir de l’attente d’un Libérateur…

– «Nous avons vu son étoile apparaître, et sommes venus!». En fait, ce qu’ils ont vu n’est sûrement pas une étoile au sens premier du mot, mais une sorte de comète ou de météore, dont l’évidence fulgurante les a mis en route. 

Leur mérite est là : s’être laissés déranger et s’être mis en route… Alors que tant de gens blasés, sceptiques, ne font pas un pas en direction de Celui qui vient sauver le monde! Et c’est le grand paradoxe qui traverse tout l’Evangile : ce sont ceux qui viennent ou reviennent de loin, les outsiders, qui sont les plus empressés à rencontrer Christ: eux comprennent qu’il est Celui qui rachète, qui réhabilite, et redonne vie. Tandis que les proches et les bien placés n’en sentent souvent pas le besoin.

Ainsi donc ces mages, le nez dans les étoiles, vont arriver au bon endroit, et ils vont trouver l’enfant-Messie.  Ce qui prouve, me soutenait un ami, que l’astrologie est compatible avec l’Evangile!

  Eh! bien NON, pas d’accord! La déduction est fausse.

Reprenez le récit de Matthieu : pouvez-vous me dire , à quel endroit, les soi-disant «conjonctions astrales» auraient conduit ces Messieurs de l’0rient ?  Non pas à Bethléem, mais à… Jérusalem! A supposer que ce soit des calculs astrologiques qui aient alerté et guidé les mages, vous voyez où ils aboutissent ? A Jérusalem, et tout droit chez HERODE, le tyran, l’ennemi du Christ.  

Hé oui, on fait fausse route en plaçant sa confiance dans les astres et les cartes du ciel: on arrive chez Hérode, le semeur de mort. Il faut le dire, Mes amis, c’est Satan qui est derrière tous ces arts divinatoires, pour nous détourner du vrai Dieu! Son plan est d’abuser les hommes pour qu’ils aillent au mauvais endroit. Mais si c’est la vie que l’on cherche, si l’on a soif d’espoir vrai et d’amour, ce n’est pas au Zodiaque et à sa poudre d’étoile qu’il faut s’arrêter, mais à la Bible!  En voulez-vous la preuve ?

Arrivés dans la capitale, que font les mages ? Ils mettent les pieds dans le plat en demandant à son pire ennemi «où doit naître le Roi des Juifs»…  Dès cet instant, ce sont les prophéties bibliques (Michée 5) qui donnent la direction à suivre. Un peu comme si la Parole de Dieu prenait le relais de l’étoile, vous voyez…

-Cet enfant-Roi ? Vous le trouverez à BETHLEEM, petite cité sans importance! Ce ne sont pas les astres qui disent cela: eux vous conduisent au tyran Hérode et à la dépendance; mais c’est la Bible, qui mène au Libérateur! Et sachez-le bien: votre avenir ne dépend pas de votre ascendant, ni de Vénus ni de Saturne, mais de votre choix de vie et de celui à qui vous la confierez.

Nous sommes des êtres libres qui pouvons choisir. Tenez, les Maîtres de la Loi savent les choses intellectuellement et ne bougent pas. Les mages, eux, quittent Jérusalem sur le champ, parce que leur cœur est ouvert, sincère, en recherche. 

J’aime tout particulièrement la suite du récit.  Ecoutez: « Alors les sages se mettent en route… » Si l’on veut rencontrer le Christ, il faut se lancer… comme eux! Que ceux qui hésitent encore – ici et là où vous êtes- sachent que la joie de Noël est à ce prix!  Dieu vient mais on a un pas à faire. 

« Et ils aperçoivent l’étoile qu’ils ont vue à l’est …» Cette étoile qui revient, c’est comme un clin d’œil de Dieu: pour leur dire qu’ils sont sur le bon chemin, pour les encourager.

« Alors ils sont remplis d’une très grande joie en la voyant! » Mes amis, cette joie c’est assurément celle que donne la foi, la joie qu’allume en nous la certitude de ne pas marcher seul dans la nuit. Quel bien ça fait de se savoir éclairé, accompagné! Paul Tournier disait : -On peut tout affronter, quand on se sent aimé ! 

« Et c’est comme si l’étoile avançait devant eux » Délicieuse façon de raconter! Quand on cherche le Sauveur de tout son cœur, Dieu nous fait des signes. Et vous comprenez bien que je ne parle pas ici des signes du Zodiaque qui nous mettent sous la dépendance des planètes, mais plutôt des signes de l’amour de Dieu…  Un peu comme les bras d’un père qui se tendent pour que l’enfant s’avance… là où il est attendu.

Et voici enfin l’arrivée à Bethléem. Ce qui se passe là est extra-ordinaire bien que sobrement décrit : « les mages entrent dans la maison ». Ils voient l’enfant, se mettent à genoux et adorent.

Mes amis, représentez-vous la scène… C’est un peu comme si, à cette minute-là de l’Histoire, l’astrologie se mettait à genoux devant l’Enfant qui doit sauver le monde! Ni Marie ni Joseph – encore moins Jésus- ne s’inclinent devant ces grands personnages. Ce sont au contraire les mages, représentant les chercheurs, les intellectuels et les gourous de tous les temps, qui abandonnent toutes prétentions devant le Sauveur.

Les prophéties de l’A.T. disent vrai: un jour, science et sagesse humaines devront s’incliner devant le Fils de Dieu. Jésus est la lumière des nations, l’Etoile brillante du matin: ceux qui étudient les planètes comme ceux qui les font parler ne peuvent que s’incliner. Enfin, comment des astres froids, incapables d’amour, pourraient-ils faire le poids face à Jésus venu partager notre sort? 

Sans grand discours, les mages en tout cas semblent émus par ce face-à-face, et ne quittent pas Bethléem sans bourse délier… Ils ouvrent leurs bagages et font des cadeaux à l’enfant. Tablette, Lego, et Harry Potter!!   Non pardon, je me trompe d’époque: c’est plutôt de l’or, de l’encens, de la myrrhe.

Là encore, quelle différence entre ce que voyants et astrologues réclament à leurs adeptes et ce que Jésus attend de nous!  Les uns se font chèrement payer pour «désorienter» l’humanité, tandis que le Christ s’offre gratuitement pour sauver le monde! 

Les uns réclament votre crédulité, Jésus, votre confiance. Dire que nos contemporains préfèrent dépenser des millions avec ce marché de l’avenir qui les tient dans la superstition, plutôt que de goûter à la liberté des enfants de Dieu: c’est fou !

Mais les mages ont quand même donné de l’or, direz-vous! Allons, Mes amis, vous pensez bien que l’or qui plaît au Sauveur n’est autre que la décision solide et franche qu’on lui offre, de se mettre à l’aimer et à le suivre.

L’encens et la myrrhe ? Et si c’était tout bonnement la prière, ce dialogue au parfum d’éternité que Dieu attend de nous. La prière, qui monte vers un Dieu vivant et qui ne reste pas sans effet.

Enfin,   « ils regagnent leur pays par un autre chemin »… Sans doute ont-ils compris qu’il vaut la peine de confier son destin à cet enfant venu pour tous, plutôt qu’à Jupiter ou aux lois du hasard.  Quittant Bethléem l’amour de Jésus au coeur, ces Messieurs d’Orient nous crient:  Lâchez la superstition… Remballez vos horoscopes… «car il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes par lequel nous devions être sauvé» (Ac 4,12). Non, Dieu ne sauve personne par les étoiles, mais bien par son Fils unique!

Quelqu’un, ici ou au bout des ondes, voudrait-il prendre un autre chemin, un nouveau cap?   Qu’il vienne au Sauveur, s’incline, et lui confie toute sa vie…  Alors, vous aurez de l’avenir!

Amen

Lectures : -Esaïe 60 v.1-6 -Matthieu 2 v.1-12

Pierre-Yves Paquier, pasteur

Temps de Coronavirus – temps de retour à Dieu ?

A quoi Dieu nous appelle-t-il dans cette crise sans précédent du Coronavirus ? Pour répondre à cette question, une quarantaine de personnes de divers Églises et mouvements protestants de Suisse romande, convoquées par le Rassemblement pour un Renouveau réformé (R3), se sont réunies pour un temps de vidéoconférence, le soir du 9 décembre 2020.

La réponse était impressionnante par son unanimité : ce temps est avant tout un appel à un retour à Dieu ou à la repentance. Mais qu’est-ce que la repentance ? Comment la vivre ? De quoi faut-il se repentir ? Et comment transmettre cet appel ? 

Une repentance pas seulement écologique

Les médias ont parlé de ce médecin italien qui a retrouvé un chemin vers Dieu alors qu’il était confronté aux ravages de la pandémie. C’est un des symboles de cette période.

En hébreu la racine du mot repentance (Shouv) indique le retour vers Dieu, dit Gérard Pella, président du R3. C’est la même racine pour le mot printemps, le retour de la vie. En grec la metanoia est un changement dans la façon de penser, dans nos attitudes et nos priorités et pas seulement dans notre faire.

Aujourd’hui on insiste sur la nécessité de changer notre rapport à la nature. Mais nous ne pouvons pas nous contenter d’une repentance écologique. La repentance est un retour non seulement vers la création mais avant tout vers le Créateur. « Arrêtez et reconnaissez que je suis Dieu » (Psaume 46,10)

De quoi se repentir ?  Dans les chapitres 9 des livres d’Esdras, de Néhémie et de Daniel se repentir signifie demander pardon à Dieu non seulement pour ses propres péchés mais aussi pour ceux du peuple : « Nous n’avons pas écouté tes paroles, nous n’avons pas suivi tes enseignements que tu nous donnais par tes serviteurs les prophètes » (Dan 9,10 ; Esd. 9,10 ; Neh 9,30).

« Si mon peuple s’humilie… »

Guy Chautems parle au nom du groupe « Prière et discernement » pour qui la prière de Salomon est centrale : « Si mon peuple sur qui est invoqué mon nom s’humilie, prie, et cherche ma face, et s’il se détourne de ses mauvaises voies, – je l’exaucerai des cieux, je lui pardonnerai son péché, et je guérirai son pays » (2 Chroniques 7,14.)

Cette prière a été à la base d’un beau chant de Jeunesse en Mission faisant partie d’un spectacle qui a eu un grand impact dans les années 1980, en particulier en Allemagne.

De quoi faut-il se repentir ? Nous avons besoin que Dieu nous le dise. Les médias nous guettent ; il faut avancer avec prudence.  

Paul Schorer informe que le mouvement « Prière pour la Suisse » s’est aussi basé sur 2 Chroniques 7,14 pour lancer un appel à la repentance suite à des lois contraires aux ordonnances divines décidées en Suisse.

Pascal Veillon rappelle que le premier des quatre sujets de prière de l’Union de prière concerne le réveil de l’Église par la conversion. Cela rejoint la démarche actuelle d’appel à la repentance.

Se centrer sur Jésus-Christ

Pour Hetty Overeem, animatrice d’Evangile en Chemin, la repentance signifie avant tout revenir à Jésus, se centrer sur lui. Le texte qui lui a le plus parlé est la parabole du marchand qui vend tout pour acheter une perle précieuse (Matthieu 13,45-46). « Cette perle est le Christ mort et ressuscité, qui veut habiter en nous, prendre la toute première place, être lui-même notre vie nouvelle, et ainsi nous transformer. Il faut revenir à lui, non pas pour ce qu’il va donner ou faire, mais pour qui il est. Aller vers Jésus pour Jésus ! » dit-elle.

Pour elle, ce qui provoque la repentance n’est pas la crise de la pandémie, mais l’Esprit saint. Le besoin de repentance sera plus fondamental et durable que la crise causée par le Covid-19 : « La repentance continuera à être nécessaire après la production de vaccins. Il y a une vraie urgence dans le cœur de Dieu, car il est grave que nous nous soyons autant éloignés de nous, en réduisant sa réalité. Surtout par nos tentatives de l’adapter à nos critères et nos soi-disant besoins ».

Pierre Bader pense que l’appel à la repentance est un mouvement mondial. Mais de quelle repentance s’agit-il ? Il s’agit de revenir à Jésus. C’est le message urgent pour aujourd’hui; message qu’il faut bien écouter en prenant du temps. Il faut relire les chapitres 16-17 de l’Évangile de Jean qui disent ce que signifie être dans la présence de Jésus.

La repentance, ce n’est pas s’apitoyer sur soi mais dire à Jésus : « tu es le centre de ma vie ». Elle commence dans notre cœur et conduit à un réveil spirituel. « Ou bien la faim de Dieu est le soleil autour duquel j’organise tout ; ou bien Dieu est un objet entre autres qui tourne dans le ciel très encombré de ma vie » (André Sève).

Santé et prospérité, ou sainteté et shabbat ?

L’auteur de cet article a témoigné qu’une clarté s’est faite dans son esprit après la lecture du livre d’Ézéchiel. « Plus je le lisais, plus j’entendais cette parole : revenez à moi » !

Dans ce livre, revenir à Dieu ne signifie pas seulement le chercher comme sauveur, mais le reconnaître dans sa souveraineté et sa sainteté.

Jean-Pierre Besse voit dans cette première pandémie mondiale « un traitement de choc ». A travers elle, Dieu nous appelle à retourner à son amour.  Se repentir c’est se recentrer radicalement sur l’unique Médiateur Jésus plus que sur des valeurs idéales qui peuvent devenir des idole: « Nous repentir reviendra à décider à quel Royaume nous voulons appartenir : celui d’un messianisme sans rédempteur crucifié et donc sans résurrection réelle, centré sur l’homme idolâtré, ou au contraire sur le Royaume du Père et sur le retour en gloire de l’Agneau de Dieu, seul pourvoyeur d’Esprit Saint. « 

Shafique Keshavjee entend aujourd’hui deux mots dans la société : santé et prospérité. Or dans un rêve, il a entendu ces deux autres mots, encore plus fondamentaux : sainteté et shabbat. Parce que nous n’avons pas voulu nous arrêter et reconnaître le Dieu saint, la pandémie nous y oblige actuellement. II vient de terminer un livre à ce sujet.

Dix jours d’écoute

« Face à l’ampleur de cette pandémie, un retour à Dieu s’impose, écrit G. Pella. Il saura nous montrer, lui, dans quels domaines de nos vies – personnelles, communautaires ou sociales – il est urgent de vivre un changement d’état d’esprit, de priorités et de comportement ».

La rencontre de ce soir veut être « une sonnerie de trompettes » appelant à ce retour. Le Rassemblement pour un Renouveau réformé invite à dix jours d’écoute de Dieu à ce sujet, jusqu’au 20 décembre.

Les expériences ou impulsions reçues de l’Esprit peuvent être partagées en écrivant un courriel à gerard.pella@gmail.com

Ces partages permettront de discerner s’il y a lieu de donner une suite à cette première démarche.

Martin Hoegger – martin.hoegger@gmail.com

La généalogie de Jésus et le Midrash

A l’approche de Noël, Alain Décoppet nous permet de mieux comprendre la généalogie de Jésus au début de l’évangile de Matthieu. Cette étude a été écrite pour les Amitiés judéo-chrétiennes de Suisse romande.

Les Chrétiens qui n’ont pas renoué avec leurs racines juives sont très souvent complètement inconscients de la manière dont les auteurs du Nouveau Testament étaient pétris de la Tradition orale d’Israël. Par exemple, la généalogie de Jésus qu’on trouve dans les 17 premiers versets de l’Évangile selon Matthieu (donc le texte qui ouvre le Nouveau Testament) est souvent sautée, car considérée comme ennuyeuse. Pour ceux qui la lisent malgré tout, elle est tout au plus une information leur indiquant que Jésus était un descendant de David et d’Abraham. Il ne se rendent pas compte que pour les auteurs bibliques, donner la généalogie d’un personnage qu’on présente, c’est comme en donner la carte d’identité.

Mais il y a plus : dans le Midrash Rabba, j’ai trouvé un texte qui offre des similitudes étonnantes avec le chapitre premier de Matthieu, et lui donne un éclairage intéressant. Le Midrash Rabba est un commentaire systématique des cinq livres de la Torah et des cinq Rouleaux (Ruth, Cantique, Qohéleth, Lamentations et Esther) ; pour cela il rassemble les différentes explications rabbiniques remontant aux premiers siècles de l’ère commune – peut-être même avant. Le chapitre 15 de Chemot (Exode) Rabba a recueilli diverses interprétations d’Exode 12.2 : 

« Cette lunaison est pour vous, tête des lunaisons » (Traduction Chouraqui) ; au §26, on trouve le commentaire suivant :

« Autre interprétation. « Ce mois (= cette lunaison) sera pour vous… » : Voici ce qui est écrit : « En ses jours justice fleurira et grande paix jusqu’à la fin des lunes » (Ps 72.7). Avant même la sortie d’Égypte, le Saint béni soit-il fit savoir à Israël par allusion que la royauté ne durerait pas plus de trente générations, comme il est dit : « Ce mois sera pour vous en tête des autres mois » (12. 2). Un mois compte trente jours et votre royaume ne durera pas plus de trente générations. Le premier jour de Nissan, la lune commence à briller et sa lueur ne cesse de croître jusqu’au quinze du mois, puis elle devient pleine. Mais du quinze au trente, sa lumière diminue et le trentième jour, la lune devient invisible. De même, il y a quinze générations d’Abraham à Salomon. »

Ensuite l’auteur énumère quatorze générations pendant lesquelles la lune croît, représentées par les noms des descendants d’Abraham jusqu’à David. Le lecteur attentif remarquera que cette liste est rigoureusement identique à celle qu’on trouve dans Matthieu 1.1-6. Salomon forme la quinzième génération ; l’auteur note à son propos :

« C’est à l’avènement de Salomon que la lune fut pleine, comme il est dit : « Salomon s’assit sur le trône de Yahvé pour régner » (1Ch 29.23). »

Et le commentateur d’expliquer les similitudes entre YHWH et Salomon en citant des textes bibliques qui utilisent des termes semblables pour décrire leurs deux trônes. Et il continue : « Par la suite, les rois se mirent à décliner ». Pour le démontrer, il énumère les descendants de Salomon, Jusqu’à Sédécias, au moment de l’exil à Babylone, à propos duquel il précise :

« À l’avènement de Sédécias, dont il est dit : « Puis il creva les yeux de Sédécias (Jr 39,7) la lumière de la lune vint à cesser. Pendant toutes ces années, Israël avait beau pécher, les Patriarches priaient pour eux et maintenaient la paix entre Israël et Dieu (ha-maqom), comme il est dit : « Écoutez, montagnes, le procès de Yahvé » (Mi 6.2). Jusqu’à quand les Patriarches prièrent-ils pour Israël ?

Jusqu’à ce que Sédécias perdît ses yeux et que le Temple fût détruit, comme il est dit : « Et une grande paix jusqu’à l’extinction de la lune » (Ps 72,7). Autrement dit, pendant les trente générations qui s’écoulèrent depuis l’instauration de la royauté. »

Exode Rabba arrête ici la généalogie ; il conclut simplement :

« Par la suite, qui assura la paix à Israël ? Dieu lui-même, comme il est dit : « Que Yahvé te découvre sa face et t’apporte la paix ! » (Nb 6,26). »

Les rabbins du Chemot Rabba expriment ici leur confiance en la fidélité de YHWH qui continue à regarder Israël avec amour et à lui donner sa paix.

La généalogie de Jésus, dans l’Évangile de Matthieu reprend la même lunaison d’Abraham à l’Exil, mais au lieu de compter quinze générations, elle en note quatorze, sans doute à cause de David dont la valeur numérique est de 14 (ד D, 4 + ו W 6, + ד D 4 = 14). Pour Matthieu en effet, c’est David et non Salomon qui est le point culminant de la lunaison. Autres différences : la descendance de Salomon est en gros semblable dans les deux textes, même si, pour avoir le nombre voulu, certains maillons sont sautés chez Matthieu. On remarquera aussi qu’à l’Exil, ce n’est pas Sédécias qui est nommé, mais Yekoniah et ses frères. Pour Matthieu, il est le point de départ de quatorze nouvelles générations, qui, en passant par Zorobabel, aboutiront à Jésus présenté comme Messie. En recommençant une lunaison, Matthieu veut nous dire que Jésus est au point culminant d’une nouvelle lunaison. Comme Salomon dans le Midrash Rabba il est fils de David et s’est assis dans le trône de YHWH.

Alain Décoppet

Pour une synapse précise entre le texte de Matthieu 1 et celui du midrash, veuillez cliquer sur ce lien :

https://www.ler3.ch/wp-content/uploads/2020/12/Matthieu-1.1-17-et-ExR-15.26-synopse-2.pdf

Pour ou contre la bénédiction…? Peut-on sortir du piège ?

Dans le débat autour de la bénédiction de partenaires de même sexe, Gérard Pella cherche à dépasser le clivage entre les POUR et les CONTRE. Il apporte ici un éclairage différent, en prenant un peu de recul ou de hauteur grâce à l’Evangile et à un livre très intéressant d’Ed Shaw.

Dans l’Evangile de Jean, au chapitre 8, les scribes et les Pharisiens cherchent à piéger Jésus. Ils lui amènent une femme surprise en flagrant délit d’adultère et ils lui rappellent que Moïse a prescrit de lapider ces femmes-là. « Et toi, qu’en dis-tu ? » demandent-ils (v. 5).

Jésus est mal pris : s’il conteste Moïse, il transgresse ses propres convictions: « Je ne suis pas venu abolir la Tora mais l’accomplir ».

S’il confirme Moïse, il contredit son message de miséricorde… 

Alors, il prend le temps avant de répondre. Il trace des traits sur le sol, puis il pose cette parole libératrice : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » (v.7). C’est cette parole inspirée qui a permis de débloquer la situation… 

Dans notre débat, je perçois que toute l’Eglise est piégée par la question d’une bénédiction pour partenaires de même sexe.

* Contrairement à ce qu’a fait Jésus, certains répondent : « Effectivement, Moïse a dit… mais cela n’a plus de pertinence pour notre époque !  L’homosexualité d’aujourd’hui n’a rien à voir avec ce que Moïse connaissait. » Ou « On doit prendre la Bible au sérieux mais on ne peut pas la prendre à la lettre »(Sabine Braendlin). « La Bible doit être interprétée » (Principes constitutifs de l’eerv). « Pourvu qu’ils s’aiment, tout est permis » (St Augustin revisité !)  Ce message vient relativiser la révélation biblique aux yeux de nos paroissiens et du grand public.

* Et, tout aussi contrairement à ce qu’a fait Jésus, d’autres répondent : « Effectivement, il est écrit que l’homosexualité est un péché. On ne peut donc imaginer bénir une telle union ». Et ce message vient durcir la révélation biblique aux yeux de nos paroissiens et du grand public. Plutôt qu’une Bonne Nouvelle qui libère, on proclame une éthique qui classifie et exclut.

Jésus n’est pas tombé dans le piège qu’on lui tendait. Il a refusé aussi bien la relativisation de Moïse que  l’application littérale de la Loi. Il a choisi de garder le silence… en attendant la parole de sagesse qui allait replacer chacun face à Dieu : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. »

Notre appel au silence n’a pas été entendu… ni en 2012, ni en 2019. Notez bien que nous ne demandions pas de condamner l’homosexualité mais de renoncer à se prononcer en faveur d’un rite ecclésial, comme l’exprimait la « lettre ouverte » d’octobre 2019 aux délégués de la FEPS, qui a recueilli 6200 signatures : « nous vous demandons – humblement et solennellement – de renoncer à vous prononcer en faveur d’une célébration d’un mariage religieux pour un couple de même sexe ».


La défunte FEPS, comme l’EERV ou l’EPG, ont choisi de relativiser Moïse et de se prononcer POUR une bénédiction des couples de même sexe. Le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) est probablement tombé lui aussi dans le piège puisqu’il s’est prononcé CONTRE. Pouvait-il rester silencieux ? Toujours est-il qu’il est maintenant perçu comme un mouvement réactionnaire plutôt qu’un mouvement de renouveau…

Y aurait-il une parole de sagesse qui permette d’échapper à ce piège qui discrédite, polarise et divise l’Eglise tout entière ?

Je crois l’avoir entendue…dans le livre d’Ed Shaw, pasteur anglican. Pour lui, le débat véritable ne se situe pas au niveau exégétique ou théologique : « Ce n’est pas parce qu’on aurait soudain réévalué le contexte culturel du Lévitique, le sens du terme « contre nature » dans Romains 1, la nature des pratiques homosexuelles à Corinthe ou la traduction de la version grecque de la première épître à Timothée, mais parce que ce que ces textes exigent semble ne plus être crédible. Ce sont les gens qui semblent être le moteur du rejet de l’éthique traditionnelle chrétienne, et non la théologie. (…) J’entends régulièrement parler de chrétiens attirés par des personnes de même sexe qui pensent que ce que la Bible nous demande n’est tout simplement pas faisable dans le monde d’aujourd’hui et qui, une fois parvenus à cette conclusion, trouvent sans peine des livres, des sermons et des théologiens qui justifient leur rejet de l’enseignement biblique.(…) C’est dans le domaine de ce qui est réellement concevable que les choses ont changé dans ces dernières années, non dans celui de l’exégèse biblique.» (pp. 16s).

Le positionnement d’Ed Shaw est particulièrement intéressant : il est lui-même attiré par les personnes de même sexe mais il refuse de pratiquer l’homosexualité pour des raisons bibliques.

Il voit bien que cette position est aujourd’hui intenable… à moins de désamorcer un certain nombre de mythes qui conditionnent la pensée et le comportement de nos contemporains. Du coup, son ouvrage interpelle tous les chrétiens et pas seulement les personnes qui ressentent une attirance pour les personnes de même sexe. Voilà pourquoi il me semble offrir une parole de sagesse qui nous permet de sortir du piège des POUR et des CONTRE et qui replace chacun.e face à sa responsabilité devant Dieu.

Parcourons rapidement quelques-uns de ces mythes fallacieux :

Mythe no 1 : « Notre sexualité définit notre identité » 

Ed Shaw reconnaît qu’il est attiré depuis le début de la puberté par des personnes de même sexe mais il refuse de se dire « gay », pour deux raisons:

  • « Si je dis que je suis gay, les gens pensent que j’ai embrassé l’identité et le mode de vie gay, ce qui n’est pas le cas » (p. 29).
  • « Ce qui me définit le plus dans la vie, ce n’est pas ma sexualité mais mon statut d’enfant de Dieu » (p.30). C’est notre union avec le Christ qui ancre notre identité nouvelle : nous sommes « en Christ » (Eph 1).

Mythe no 2 : « Une famille, c’est papa, maman et 2,4 enfants »

« J’ai envie, j’ai besoin d’avoir une famille heureuse, tout comme beaucoup d’autres personnes qui sont célibataires pour tout un tas de raisons différentes. Mais en fait, j’ai une famille ! Les membres de mon Eglise (…)

Jésus appelle ceux qui le suivent sa famille, sans tenir compte des liens effectifs de parenté (Mt 12, 46-50) (…) cela montre que parler de l’Eglise comme d’une famille n’est pas juste du marketing, c’est une réalité. » (p. 40).

Ed Shaw interpelle alors tous les chrétiens pour que cette réalité spirituelle se concrétise dans la vie de nos paroisses, que les familles ne restent pas centrées sur elles-mêmes mais s’ouvrent aux personnes seules; et que l’Eglise (locale, paroissiale) devienne effectivement une famille.

Mythe no 3 : « Si l’on naît homosexuel, cela ne peut pas être mal »

Est-on homosexuel de naissance ? La question reste ouverte. Ed Shaw pense que les raisons de l’attirance pour le même sexe peuvent varier d’une personne à l’autre. Il ne croit pas qu’il puisse changer d’orientation sexuelle ni que son orientation sexuelle résulte de ses frustrations ou de son éducation, qui aurait pu être plus ou moins défaillante voire traumatisante. L’hypothèse qu’il est né ainsi – qu’un gène « gay » existe ou non – est la plus vraisemblable en ce qui le concerne.

Cela ne justifie pas pour autant la pratique de l’homosexualité. « L’une des gloires de l’être humain, créé à l’image de Dieu, est d’être traité par son Créateur comme responsable de ce qu’il pense, dit et fait. (…) Dans le Psaume 51, David aurait pu prétendre : « Ce n’est pas vraiment de ma faute, je suis né avec ces penchants sexuels, et vous ne pouvez pas me reprocher des choses commises à cause des instincts naturels avec lesquels je suis né. » Mais ce n’est pas ce qu’il dit. (…) Il assume pleinement la responsabilité de ce qu’il a fait (v. 5-6 et 9-11). » (p. 53).

Nous sommes tous nés imparfaits dans un monde imparfait, et pourtant nous pouvons et devons être tenus pour responsables de nos imperfections (p.55).

« Aussi avons-nous besoin de dire à l’Eglise de Christ que nous devrions être les personnes les plus accueillantes de la planète envers ceux qui sont nés gays (si tel est vraiment le cas), tout en continuant de penser qu’il n’est pas bon de manifester sexuellement cette tendance. Ne pas formuler cela clairement a été une énorme erreur.

Nous devons arrêter d’avoir peur de l’expérience vécue par beaucoup de personnes attirées par le même sexe, par le fait qu’elles ont toujours ressenti cette attirance. Nous ne les avons pas aidées en refusant d’avoir accepté ce fait dans le passé… » (p. 57).

Mythe no 4 : « Si quelque chose vous rend heureux, c’est une bonne chose »

Ed Shaw reconnaît qu’il traverse parfois des moments de souffrance aigüe parce qu’il ne peut pas avoir de partenaire, de relations sexuelles ni d’enfants. Il a l’impression de devoir aller non seulement à l’encontre de puissants désirs qui l’habitent mais à contre-courant du monde entier qui l’entoure, parce que l’autorité suprême dans le monde d’aujourd’hui est notre bonheur personnel. « Nous voulons juste être heureux, et toutes nos décisions sont orientées vers ce qui nous donnera le plus de bonheur le plus vite possible et, si possible, au meilleur prix. » (p. 60). De ce fait, les chrétiens d’aujourd’hui vivent de la même manière que tous leurs contemporains, que ce soit en matière de divorce ou de prospérité économique. Nous avons fabriqué un dieu qui veut que nous soyons heureux de la façon dont nous avons envie d’être heureux.

Trois réalités aident Ed Shaw a traverser ces moments de tristesse et à tenir bon dans sa résolution :

  • d’abord, il n’est pas convaincu que faire ce qu’il désire le rendrait heureux à long terme ;
  • au contraire, il est convaincu que les règles établies par Dieu nous montrent ce qui est bon. Notre Créateur est le mieux placé pour savoir ce qui est meilleur pour nous, alors que le monde qui nous entoure change sans arrêt de mentalité et de langage au sujet de ce qui est censé nous apporter le bonheur.
  • il est réconforté par le choix d’autres chrétiens qui, eux aussi, sacrifient le bonheur à court terme par obéissance à la Parole de Dieu, par exemple en partant en mission, ou en quittant un job bien rémunéré pour travailler dans l’Eglise.

« Arrêtez de voir votre bonheur personnel comme l’ultime autorité de votre vie, puis faites de la Parole de Dieu votre nouvelle autorité ! » (p. 68).

Mythe no 5 : « C’est dans le sexe qu’on trouve la véritable intimité »

« Nous vivons dans une société où le seul chemin vers la véritable intimité est la joie du sexe. » (p. 72).

Pour sa part, l’Eglise a tendance à promouvoir l’intimité uniquement sous la forme des relations sexuelles dans le cadre du mariage chrétien. Dès qu’une relation amicale devient intime, elle devient suspecte. Cette « idolâtrie chrétienne du mariage » (p. 74) laisse très peu de place à l’amitié profonde.

Mythe no 6 : « Hommes et femmes sont égaux et interchangeables »

OUI, hommes et femmes sont égaux.

NON, ils ne sont pas interchangeables… parce qu’ils sont fondamentalement différents, biologiquement et psychologiquement.

Et cette différence n’a pas seulement pour but de permettre la procréation (que penser des couples stériles ?) ni de combler la solitude (on peut se sentir très seul.e tout en étant marié.e). 

Cette altérité est à l’image de l’altérité entre Dieu et son peuple ; et le mariage humain est à l’image de l’alliance entre le Christ et l’Eglise.

Les prophètes de l’AT décrivent comme un adultère l’infidélité d’Israël à l’égard du Seigneur ; et le Cantique des Cantiques peut être interprété comme un dialogue amoureux entre Dieu et son peuple.

« Tout au long de l’AT, Dieu ne semble pas hésiter à décrire son amour pour son peuple en des termes sexuels. En fait, il semble employer délibérément un tel langage, car il sait que c’est le plus efficace pour communiquer la pleine puissance de son amour envers les êtres sexués que nous sommes » (p. 89).

L’Apocalypse amène à son apogée cette théologie biblique en présentant les noces de l’Agneau avec le peuple de Dieu.

Mythe no 7 : « Piété rime avec hétérosexualité »

Pendant longtemps, Ed Shaw a cru qu’il devait devenir hétérosexuel pour pouvoir avancer dans la vie spirituelle, comme si piété rimait avec hétérosexualité. Alors que « la ressemblance à Jésus, voilà la vraie définition biblique de la piété » (p. 99). « Dieu veut surtout que je devienne davantage semblable à Christ, pas que j’épouse forcément une femme. » (p. 100).

« Dieu ne promet pas la restauration de toutes choses dans ce monde mais dans le monde à venir.(…) J’ai entendu suffisamment d’histoires convaincantes pour savoir que la sexualité peut se transformer (jusqu’à un certain point)  chez certains et ne jamais bouger d’un millimètre pour d’autres. J’encourage donc tous les chrétiens attirés par les personnes de même sexe (ainsi que leur famille-Eglise) à ne pas mesurer leurs progrès dans la ressemblance à Christ à l’aune de leur progrès ou recul en matière de transformation de leur identité sexuelle. » (p. 104).

Ed Shaw nous encourage aussi à « mettre un terme à l’hypocrisie autour de la sexualité : nous devons reconnaître que des relations homosexuelles hors mariage sont souvent perçues dans nos Eglises comme un péché bien plus grand que des relations hétérosexuelles hors mariage. Pourquoi ? La Bible condamne les deux de la même manière (Lévitique 20. 10 et 13). Il s’agit du même péché. La même chose s’applique aux fantasmes sexuels : que leur objet soit quelqu’un du même sexe ou du sexe opposé, les deux relèvent de l’adultère aux yeux de Jésus (Matthieu 5. 27-28). » (p. 105).

« Si je dois vous confesser mes péchés sexuels, n’ayez pas peur de me confesser également les vôtres. Ainsi, nous pourrons nous épauler mutuellement pour imiter Christ, pour aimer et agir de la bonne manière dans nos victoires et dans nos défaites. » (p. 106).

Mythe no 8 : « Il n’est pas bon d’être célibataire »

« Le célibat est bel et bien un mode de vie réaliste. Nous devons nous repentir d’avoir dissimulé cette vérité. Et nous avons besoin d’exemples vécus de plus en plus nombreux pour démontrer que c’est un mode de vie envisageable de façon crédible aujourd’hui, non seulement pour le bien des chrétiens attirés par les personnes de même sexe comme moi, mais aussi pour le bien de toute l’Eglise. » (p. 117).

Mythe no 9 : « La souffrance est à éviter »

« Suivre un Messie souffrant rend la souffrance inévitable. Il est allé à la croix, et ses disciples vont devoir suivre le chemin de la croix également. (…) Nos vies chrétiennes sont surtout centrées sur notre satisfaction personnelle, semblant renier l’existence même des paroles de jésus. Elles ne connaissent presque aucun changement, à part un petit vernis chrétien : être plus gentils envers un peu plus de gens. » (pp. 120s.).

« Dans ma propre Eglise, les personnes auxquelles je veux le plus ressembler sont celles qui ressemblent le plus à Jésus, et elles lui ressemblent parce qu’elles ont traversé de grandes difficultés.

Conclusion

* Il nous faut redécouvrir la radicalité de l’Evangile : « Beaucoup d’Eglises évangéliques aujourd’hui sont faites pour la classe moyenne respectable plutôt que pour une vie radicalement consacrée à Jésus. » (p. 137)

* Il nous faut accepter la controverse actuelle autour de la sexualité. Elle devrait déboucher, comme d’autres controverses du passé, à une plus grande précision théologique (p. 137).

Le lagon paradisiaque

Cette prédication d’Antoine Schluchter nous fera explorer un lagon inspiré par l’Evangile. Elle équivaudra à tailler la noix de coco tombée au sol avant d’en boire le précieux nectar lors de la cène. Elle se réfère à Matthieu 11.25-30, Zacharie 9.9-10, le Psaume 145.1-2, 8-14 et Philippiens 2.3-4 lus en cours de liturgie.

Nous avons entendu l’évangile de Jésus-Christ mis en mots par Matthieu avec ses trois articulations de l’action de grâce, de l’affirmation et de l’appel. Nous voici prêts à embarquer pour le lagon paradisiaque, dans une aventure aussi étonnante que passionnante qui ne peut que se narrer.

Cela faisait d’interminables jours sans soleil et nuits sans lunes que nous naviguions. La carte reçue nous disait proches du but, mais nous désespérions ; quand soudain… une île. Comme tant d’autres, mais avec un point de lumière aveuglant. Sous un arbre aux branches à fleur d’eau, un frêle esquif frappé des armoiries dorées du Roi de toute humilité : notre embarcation pour pénétrer dans l’espace sacré. Il fallut se faire tout petits pour glisser sous l’épaisse frondaison. Nous retenions notre souffle devant tant de mystère et de beauté insoupçonnée. Serpentant lascivement au son régulier des rames, le cours d’eau claire nous mena jusque vers la lagune du Dieu plein de tendresse, et nous nous mîmes à psalmodier, rêveurs. Mais la découverte n’était pas terminée, il fallait remonter dans la barque. Bien plus loin, bien plus tard, un messager nous exhorta à l’indispensable dépouillement jusqu’à considérer, comme allant de soi, l’autre supérieur à nous-mêmes, nécessité absolue pour atteindre enfin le lagon promis. Le temps de débarquer, les yeux écarquillés, il était là : le Roi de toute humilité. Dans un silence recueilli, avec le sentiment de toucher à l’indicible, nous nous sommes assis en cercle autour de lui. Il a posé sur nous un regard bienveillant, puis ses yeux ont embrassé le ciel et sa voix a retenti dans la cathédrale à ciel ouvert : 

« Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. »

Nombreux étaient donc ceux qui, du haut de leur savoir et de leur position, avaient manqué l’entrée du lagon, parcourant depuis l’étendue liquide en vain, naufragés en désespérance. Sans le moindre doute, nous étions de ces tout-petits des Béatitudes : ces pauvres en esprit, ces affligés, ces assoiffés, ces doux, ces cœurs purifiés. Des fruits de la grâce, nullement de quoi se vanter, juste nous associer à l’action de grâce du Roi de toute humilité dans un élan d’adoration accompagnant la suite de ses paroles :

« Oui, Père, c’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance. »

Touchés au plus profond du cœur, nous méditions en silence notre privilège immense ; il se tourna alors vers nous dans une attitude empreinte de douceur et de solennité :

« Tout m’a été remis par mon Père. Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. »

Nous l’avions pressenti, nous l’avions compris, de génération en génération, la chaîne ininterrompue de ses témoins nous l’avait transmis. Et en cet instant, la sublime vérité se déployait devant nous. Il est bien le Fils, l’unique à nul autre pareil, celui à qui le Père a tout remis. C’est bien à travers lui qu’il se dévoile à nos yeux ébahis, nous laissant sans voix. Échange admirable du Père au Fils et du Fils au Père, communion de plénitude.

Nous étions envahis d’une torpeur étrange comme les trois à la transfiguration, à la fois pesante et allégée de tout ce qui pouvait nous entraver, inondés de tant de grandeur et paisiblement conscients de notre petitesse. Subjugués, nous gardions une distance mêlée de stupeur et d’admiration. C’est alors qu’il nous fit franchir le fossé pour nous affranchir de toute peine :

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. »

Comme de vieux lambeaux, nous sentions glisser à nos pieds chacun de nos fardeaux ; nos craintes, nos échecs, nos tensions n’étaient plus qu’un mirage finissant. Chacun de nous se saisit comme d’un trésor inestimable du joug proposé. Joug, perle de grand prix, trésor caché, semence du Royaume tout à la fois. Aucune appréhension de nous placer sous cette pièce de bois aux côtés du Roi. Plus tard, bien plus tard, les humains parleraient de connexion illimitée ; pour nous, jaillissaient en sources fraîches les mots d’harmonie et de communion.

Loin du temps, loin de tout tracas, nous respirions la plénitude du lagon paradisiaque. C’est alors que nous réalisâmes qu’en toute humilité, le Roi nous avait quittés. À l’emplacement où il se trouvait, un évangile ouvert aux paroles qu’il venait de prononcer. C’était donc vrai, nous n’avions pas rêvé. L’un de nous, le berger, le prit dans ses mains, caressa le vieux parchemin ; il suivait du doigt les mots de l’action de grâce, de l’affirmation et de l’appel. Puis, se saisissant du précieux ouvrage, il remonta dans la barque et nous avec. Le retour fut silencieux : qu’aurait-on pu ajouter ?

Une fois la frondaison passée, voici que nous nous retrouvâmes au temple du Sentier, assis à plus ou moins bonne distance les uns des autres, à l’heure où l’on vient célébrer. Le berger n’avait pas quitté l’évangile du lagon : « C’est extraordinaire ce mouvement, c‘est vraiment extraordinaire ! L’action de grâce du Fils qui monte vers le Père et se mue en révélation à nous, les tout-petits : quelle immense bienveillance ! Il nous appelle, fatigués et chargés, à accueillir sa douceur et son humilité et à le laisser marcher à nos côtés. C’est extraordinaire, ce mouvement mû par le seul amour de Dieu. »

Il reprit de plus belle : « Et ce n’est pas tout : cette action de grâce, cette affirmation et cet appel, Jésus les prononce peu après avoir été confronté à des villes entières refusant de croire, dont les habitants n’avaient pas changé après les miracles qu’il avait effectués. Et moi, est-ce que j’ai changé, est-ce que je me suis laissé transformer ? Et notre communauté, cette petite ville de croyantes et de croyants rassemblés ? » 

À nouveau, il s’enflammait : « Et ce n’est pas tout : Jésus est ensuite confronté à la dureté des croyants à propos du sabbat, au mauvais joug du légalisme et des obligations empilées sur les épaules des hommes ; tellement différent de son joug à lui, doux et léger. Vous vous rendez compte ? L’action de grâce, l’affirmation et l’appel de Jésus, le lagon paradisiaque se trouve là, entre un océan d’incroyants et un autre de mal croyants, entre ceux qui refusent son action et ceux qui contraignent les humains. Je crains d’y céder parfois, pris dans cet entre-deux, loin de l’air du lagon. »

Il n’est pas pensable de finir sur cette note sombre si l’on revient au passage. Détail lumineux, il commence par : « En ce temps-là, Jésus… » Un temps tout à fait exceptionnel mais pas unique ; ce temps-là continue à se déployer dans l’aujourd’hui de la grâce. Car oui, nous le savons, nous en vivons : « C’est aujourd’hui, le temps du salut ! »  Nous voici donc invités, sœurs et frères, à venir à Jésus pour recevoir son joug, car c’est aux tout-petits que nous sommes qu’il révèle le Père que Lui seul connaît.

Nous pouvons ainsi quitter le lagon paradisiaque sans craindre l’océan agité du monde. Mais avant cela, maintenant que la noix de coco du lagon est débarrassée de sa gangue, il est temps de se désaltérer au repas de la grâce, en recevant l’invitation du Roi de toute humilité : « venez, car tout est prêt. »

Un professeur réformé dans la Haute École de théologie. Pourquoi ?

Pour l’assemblée du R3, le 23 septembre, nous avons demandé au professeur David Bouillon ce que signifie pour lui, pasteur réformé, d’enseigner à la Haute école HET-PRO. Voici sa réponse.

Je me baserai sur la formule récitée tous les jours par plusieurs communautés de soeurs protestantes (les diaconesses de Reuilly et de Strasbourg, les soeurs de Pomeyrol et de Grandchamp) :

Prie et travaille pour qu’Il règne

Que dans ta journée, labeur et repos

Soient vivifiés par la Parole de Dieu.

Maintiens en tout le silence intérieur

Pour demeurer en Christ.

Pénètre-toi de l’Esprit des béatitudes :

Joie, Simplicité, Miséricorde.[1]

  1. « Prie et travaille pour qu’il règne ».

La Réforme, je la comprends comme une volonté de réinscrire l’Eglise dans le dessein de Dieu (Titre d’un ouvrage de Suzanne de Dietrich). Le cœur de l’Évangile n’est-il pas la manifestation du Royaume ? Si ce n’est pas Dieu qui est Seigneur, nous risquons de laisser la place à d’autres autorités. Ainsi, je ne me reconnais pas dans le titre du livre des professeurs Gagnebin et Picon qui définissent le protestantisme comme « la foi insoumise » (même si cela s’explique par un refus de la Tradition mise en avant par le catholicisme). Débusquer tout ce qui pourrait nous détourner du règne de Dieu, cela passe par la formation, en particulier ici à la HET.

2. « Maintiens en tout le silence intérieur pour demeurer en Christ »

Le monde actuel est empli de bruits, de discours qui veulent s’affirmer au détriment des autres ou simplement détourner notre attention et notre cœur de l’essentiel révélé. Il peut sembler que la voix de l’Eglise soit devenue inaudible, mais n’est-ce pas précisément au silence que Dieu nous invite quand il nous dit : « Écoute ! ». D’où aussi l’accent mis à la HET sur la formation et la pratique spirituelle (retraite, cultes, respirations spirituelles…). Il y a aussi sur ces points un bel héritage réformé qui peut être ravivé.

3. « Pénètre-toi de l’esprit des béatitudes » 

Mes vingt ans de ministère dans des églises réformées en Belgique, en France et maintenant en Suisse m’ont montré un visage du protestantisme qui n’est pas toujours le plus humble. Ne serait-ce que par opposition aux catholiques, nous nous croyons un peu meilleurs chrétiens (ou en tout cas moins mauvais). Certains, qui se réclament de la théologie dite « libérale », voient parfois les réformés confessants (sans parler des évangéliques) comme prêts à basculer sur la pente du fondamentalisme.

Mais il me semble que c’est une mauvaise compréhension de l’histoire de considérer que la Réforme serait le couronnement du christianisme (et telle ou telle école théologique du protestantisme, le nec plus ultra du protestantisme). Pour moi, la Réforme a porté le souci du peuple et donc pris en compte les petits et les humbles (il suffit de penser aux nombreuses œuvres issues du protestantisme et en particulier des mouvements de réveil).

Le défi est de sortir le protestantisme de son isolement croissant, surtout par rapport aux autres chrétiens. La HET est un cadre propice pour vivre cet échange qui nous enrichit. Nous collaborons avec toutes les familles évangéliques présentes en Suisse romande, mais aussi avec l’Université catholique de Fribourg. Nous proposons aussi des cours sur l’orthodoxie et l’œcuménisme.

David Bouillon

[1] Texte inspiré de la règle de Saint Benoît et copié du site: https://fr.wikipedia.org/wiki/Fraternité_spirituelle_des_Veilleurs#Engagements_des_Veilleurs

En 1944, Roger Schutz, plus tard fondateur de la Communauté de Taizé, rédige une Introduction à la vie communautaire pour ce qui s’appelle à l’époque Communauté réformée évangélique de Cluny. L’ouvrage est imprégné de la méditation des Béatitudes, et cite plusieurs fois Wilfred Monod. Ailleurs, Schutz écrit : « Pour nous solidariser avec les Veilleurs, nous avons remanié notre dernière Règle dont l’importance était toute franciscaine et nous sommes allés jusqu’à employer leurs expressions avec l’espoir de nous rattacher sur un point à une tradition très neuve certes, mais qui est une réponse à un des besoins présents de l’Église ». Il rédige le petit texte qui deviendra pour Taizé, Pomeyrol et Grandchamp un condensé de la Règle communautaire.