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Étiquette : Prédication

Elle a tout donné !

Gérard Pella médite cette étonnante page de l’Evangile, où Jésus regarde les gens mettre de l’argent dans le tronc…

Vous imaginez ?

Jésus regarde ce que les gens mettent dans le tronc !

Il voit ceux qui mettent une jolie somme.

Il voit aussi une dame qui met deux petites pièces, toutes petites, quelques centimes.

Vous imaginez la situation aujourd’hui ?

Si Jésus regardait ce que nous donnons pendant l’offrande, ce serait gênant !

Surtout que Jésus constate non seulement ce que nous donnons mais ce que nous gardons pour nous :

« En vérité, je vous le déclare, cette veuve pauvre a mis plus que tous ceux qui mettent dans le tronc. Car tous ont mis en prenant sur leur superflu : mais elle, elle a pris sur sa misère pour mettre tout ce qu’elle possédait, ce qu’elle avait pour vivre » (v.43-44).

On peut se demander si cette veuve s’est sentie obligée de donner tout ce qui lui restait quand on lit, deux versets plus haut, que Jésus reproche aux scribes de « dévorer les biens des veuves » (v.40).

Il faut reconnaître que certaines obligations religieuses pèsent parfois très lourd.  Je pense à la dîme en l’occurrence.

C’est une pratique magnifique qui consiste à consacrer à Dieu le dixième de son revenu pour répondre non seulement aux besoins religieux mais aussi sociaux et communautaires, comme l’indique Deutéronome 14 :

v.22 : Tu prélèveras chaque année la dîme sur tout le produit que tu auras semé et qui aura poussé dans tes champs.

v.23 : Devant le Seigneur, ton Dieu, au lieu qu’il aura choisi pour y faire demeurer son nom, tu mangeras la dîme de ton blé, de ton vin nouveau et de ton huile, et les premiers-nés de ton gros et de ton petit bétail. (…)

v.27 : Quant au lévite qui est dans tes villes, lui qui n’a ni part ni patrimoine avec toi, tu ne le négligeras pas.

v.28 : Au bout de 3 ans, tu prélèveras toute la dîme de tes produits cette année-là, mais tu les déposeras dans ta ville ;

v.29 : alors viendront le lévite (…), l’émigré, l’orphelin et la veuve qui sont dans tes villes, et ils mangeront à satiété, pour que le Seigneur ton Dieu te bénisse dans toutes tes actions. »

C’est magnifique, vous ne trouvez pas ?

C’est magnifique si cela reste un appel, mais ça peut devenir écrasant si cela devient une obligation imposée sans discernement. Prenons un exemple :

Si on impose la dîme à tous, la personne qui a un revenu de 10’000 francs donnera une grosse somme… mais il lui restera 9’000 francs pour vivre, tandis que la personne qui a un revenu de 3’000 francs donnera une plus petite somme… mais cela prendra sur son nécessaire.

Voilà ce que Jésus fait remarquer à ses disciples :

  • Les riches prennent sur leur superflu
  • La veuve prend sur son minimum vital.

Il est donc injuste d’imposer à tous la même chose.

Notez bien ! Nous naviguons toujours entre les deux extrêmes, entre le rigorisme qui impose la dîme et le laxisme qui se contente de donner le minimum.

Vous me permettez de vous poser une question indiscrète ? Dans votre budget, il y a certainement une ligne pour la santé et notamment les assurances maladies qui augmentent si douloureusement. Est-ce qu’il y a aussi une ligne pour les dons ou est-ce que vous donnez simplement un peu de votre superflu e temps en temps ?

L’apôtre Paul encourage clairement ses lecteurs à donner, mais à donner sans contrainte :

2 Corinthiens 9 :

v.6 : « Qui sème chichement

chichement aussi moissonnera

et qui sème largement

largement aussi moissonnera !

v.7 : Que chacun donne selon la décision de son cœur, sans chagrin ni contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie. »

Si je reviens à notre page de l’Évangile de Marc, je constate qu’elle ne se contente pas de parler d’argent. Qu’est-ce que nous y découvrons ?

3 choses :

  1. D’abord que Jésus regarde et valorise les petites gens, comme cette veuve sans argent. Ces personnes que nous aurions tendance à négliger parce qu’elles n’ont rien à offrir, ou trois fois rien…
    Jésus, dans la même page de l’Évangile, met en garde ses disciples contre les scribes « qui tiennent à occuper les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les dîners ».
    Et, juste après, il met en valeur cette femme apparemment insignifiante.
    Aujourd’hui encore, nous avons tendance à donner plus d’importance à ceux qui occupent les premières places, dans le sport, les Jeux Olympiques ou Paralympiques ont mis en valeur celles et ceux qui ont réussi à prendre les premières places. 

Mais c’est le cas également dans l’économie, dans la politique ou dans l’Église : on s’intéresse à celles et ceux qui occupent les premières places plutôt qu’à celles et ceux qui sont relégués dans l’ombre. Ce n’est pas l’Évangile !

  • Jésus regarde et valorise les petits gestes.
    Cette dame donne les deux plus petites pièces de monnaie qui existent à l’époque.  Elle doit se dire : je suis désolée, je n’ai rien de plus à donner.
    Elle doit peut-être même se sentir inutile, minable, comme certaines personnes qui ont beaucoup donné d’elles-mêmes quand elles étaient actives et qui se retrouvent en EMS. Elles se sentent inutiles et se demandent « A quoi est-ce que je sers ? », « Qu’est-ce que je peux encore apporter aux autres ? ».

Jésus regarde et valorise les petites gens et les petits gestes.
Il valorise le peu que tu peux encore donner !

  • Jésus ne culpabilise pas, il motive !
    Effectivement, c’est étonnant : Jésus ne critique pas ceux qui donnent de leur superflu, mais il donne en exemple celle qui donne tout ce qu’elle a.
    L’Évangile est là : non pas avec les scribes qui savent mais avec celles et ceux qui se donnent.

Vous en connaissez ?

Ils incarnent l’Évangile !

Je pense à cette dame qui a accompagné son mari atteint d’Alzheimer de toutes ses forces, jusqu’à ce qu’elle soit hospitalisée pour des problèmes cardiaques. Il a fallu cela pour qu’elle puisse se résoudre à le confier à un EMS.

Je pense à ce couple qui accompagne depuis tant d’années leur fils autiste. Tout leur emploi du temps, toutes leurs vacances sont impactés par cette prise en charge.

Je pense à cette maman qui est au bout du rouleau à force d’espérer et de veiller sur son fils handicapé.

Je pense à ce couple qui a galéré pendant 7 ans avec leur fille anorexique. Quand, enfin, elle s’en est sortie, c’est le père qui a craqué et qui a eu besoin de soins.

Vous me direz peut-être : ce n’est pas raisonnable ; ils en font trop !
Comme cette veuve pauvre qui donne tout ce qui lui reste. Elle en fait trop !

Comme ces Églises qui connaissent la persécution parce qu’elles se donnent au lieu de se cacher. Ce n’est pas raisonnable !

Jésus les regarde et les valorise parce que c’est la façon de vivre qu’il a choisie, lui aussi. Ce n’est pas raisonnable :

« Lui qui est de condition divine

Il s’est dépouillé lui-même

Prenant la condition de serviteur » (Philippiens 2.6-7).

Il a tout donné pour des humains qui le bafouent…

« Mon corps, donné pour vous…

Mon sang, versé pour vous et pour la multitude, pour le pardon des péchés »

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »

Gérard Pella, pasteur.

Prédication du 20 octobre 2024 à Corsier. Marc 12 : 38-44 (TOB)

Jeûne Fédéral : pour quoi prions-nous ?

Ces dernières années, le R3 a prêté avec conviction sa voix aux diverses initiatives qui cherchent à mettre en valeur le Jeûne Fédéral. Cette année, nous étions nombreux à la Cathédrale de Lausanne dimanche 15 septembre pour célébrer le Seigneur. Le message apporté par Gilles Geiser, pasteur à Aigle, nous a interpellés.Il exprime très simplement et très profondément le sens de la metanoia/repentance et de l’intercession qui caractérisent cette journée solennelle.

Le monde dans lequel je vis est un monde qui cherche à gommer les différences. La culture dans laquelle je vis est une culture qui cherche à éluder les différences.

Parce qu’elles nous énervent. Ça m’énerve que ma femme soit si différente de moi ! … et elle pareil !
Elles nous énervent, nos différences, elles nous irritent, elles nous scandalisent parfois.

Parce qu’elles nous rappellent qu’on a été créés différents.
Alors on nivelle, on gomme, on fait du semblable. Entre les sexes, entre les genres, entre les différentes manières de penser.

C’est notre monde, c’est notre culture, et ça m’impacte plus que ce que je crois ; ça teinte nos réflexions, nos pensées, nos conceptions du monde de manière bien plus profonde que ce qu’on pense.

Sauf qu’elle est bonne, la différence. Elle est voulue de Dieu. J’ai aimé ma femme … parce qu’elle est différente de moi !
On est différents, les uns des autres. Même valeur, bien sûr … mais combien de différences !

Et elle est normale, cette différence, elle est riche, elle est belle, elle est voulue de Dieu, elle est fondatrice de l’amour.
En créant ce monde, Dieu a créé la différence ! et quelles multitudes de différence, de diversité de couleurs, de goûts, d’espèces, de paysages, de fleurs, de senteurs.

La différence n’est pas à craindre nous dit la Bible. Elle est à aimer. Parce qu’elle est voulue de Dieu. Elle est même fondatrice de l’amour.

Le danger, dans notre culture, c’est qu’à force de gommer les différences on va finir par gommer l’amour.

Mais je crois que ce désir de gommer les différences entre nous, il vient de plus loin. Il est le pâle reflet conscient d’une envie plus profonde et inconsciente… celle de gommer les différences en nous et Dieu.

Cette envie de croie qu’entre Dieu et nous, la différence n’est pas si grande. On nivelle…

Soit pour se faire nous, l’égal de Dieu … ça reste un des plus grands désirs de l’humanité … mais force est de constater qu’on n’y arrive pas.

Soit alors on essaye de faire de Dieu l’égal de nous.
Un Dieu pas si fidèle que ça « oui, il a promis des choses… mais bon, hein ? on en promet tous, non ? » 

Pas si juste que ça : « oui… Dieu est juste… mais il accepte un peu les pots-de-vin, quand même … on peut s’arranger, hein ? » Pas si saint que ça « oui, il a dit qu’il était saint… intolérant au mal … mais on va tous aller au paradis, non ? … »

Et on gomme les différences entre Dieu et nous, on le crée à notre image, on renverse la logique de la phrase et du sens de nos vies.

Sauf que … c’est Dieu !

« A qui me comparerez-vous ? De qui me rendrez-vous l’égal ? C’est moi qui suis Dieu, et il n’y en a pas d’autre. Oui, moi seul, je suis Dieu, et comparé à moi il n’y a que néant. » Esaïe 46, versets 5 et 9.

C’est Dieu ! Il est devenu homme, en Jésus-Christ. Oui. Pour nous sauver. Oui. Mais il n’a jamais cessé d’être Dieu !

Infinie, sa sagesse. Inatteignable, sa justice. Eternel son amour. Plus haut que les cieux sa gloire.
Plus profond que les mers sa compassion.
Absolue sa présence. Infini son savoir. Sans fond, sa compassion. Sans limite, sa puissance. Translucide, sa sainteté. C’est Dieu !

La repentance, elle a lieu dans un coeur humain quand il est mis en face de l’absolue pureté des qualités infinies de Dieu.

On ne se repent pas parce qu’on a pris conscience du mal qu’on a fait.
On se repent parce qu’on a pris conscience de l’infinie sainteté de ce Dieu qui nous aime et qui nous a créés.

Ensuite, on regarde à nous, et on prend bien conscience qu’il va falloir plus qu’un bricolage pour faire de nous des hommes capables de rencontrer Dieu.

On se repent quand on prend conscience que, face à son infinie justice, notre bricolage de trois « notre Père » et des prières avant les repas, ça ne suffira pas.
Pas plus que le fait de construire une église ou d’y aller.

Ou d’organiser un jour de jeûne pour notre pays.
Il va falloir qu’on reçoive une justice et un pardon qui vient d’ailleurs que de nous.
On se repent quand on prend conscience que, face à qui Il est, Lui, la seule manière de pouvoir entrer en relation avec Lui, c’est de recevoir une justice qu’on n’a pas confectionnée nous-mêmes. Sa justice qu’il a acquise, Lui, par sa vie.

C’est Dieu ! Justice infinie qui ne pourra jamais tolérer l’injustice, même infime, de nos coeurs.
Absolue fidélité, infinie droiture, qui ne peut tolérer ne serait-ce qu’un infime début de coeur tordu.

Et combien de coeurs tordus ? ici ?
Combien d’infidélité, de mensonges, de méchanceté, de violence, de rabaissement, de cruauté, de meurtres, d’occultisme, de marchandage d’êtres humains, d’impureté sensuelle ou virtuelle en Suisse, cette année ? … Il les a toutes vues !
Combien de meurtres dans le canton de Vaud ?
Combien d’insultes dans ma commune ?
Combien d’égoïsme dans ma vie ?

Une journée de jeûne, ça ne va pas suffire pour rattraper tout ça. Sauf qu’on n’organise pas une journée de jeûne pour rattraper quoi que ce soit.
On organise une journée de prière pour revenir à Dieu.

La repentance, ce n’est pas une baguette magique qui nous permet de rapiécer et blanchir un habit complètement sale et déchiré – en une prière !

La repentance, c’est la prise de conscience que, devant l’infinie justice d’un Dieu à qui rien n’échappe … la seule solution, c’est de recevoir de Lui ce qu’on ne peut mériter, un habit de justice, confectionné par sa vie d’obéissance absolue au Père, qu’on se sentira même indigne de porter … mais qu’il nous donne et qui nous recouvre.
Un habit spirituel qu’on n’aurait jamais pu fabriquer.
Cet habit de justice que Jésus, par sa vie sur terre, nous a acquis, et qu’il donne par son Esprit à tous ceux qui mettent leur foi en lui.

Et on peut le recevoir, par la foi ; parce qu’Il s’est donné, par amour.

Le but d’un jour de prière pour la Suisse, ce n’est pas que la Suisse revienne à ses valeurs, à ses principes, à son passé. Comme si la Suisse était elle-même une idole à protéger !
Le but d’un jour de prière pour la Suisse, c’est que la Suisse revienne à Dieu.

Et le seul chemin pour y parvenir, c’est celui de la Repentance.

Pas pour que Dieu nous bénisse… qu’il nous envoie la richesse, la paix et la prospérité … comme si on cherchait ces choses-là plus que lui-même ! Non !

On ne prie pas pour que Dieu bénisse la Suisse.
On prie pour que la Suisse revienne à Dieu. C’est différent. On prie pour que la Suisse revienne aux choix, aux décisions, aux voies que, de toutes façon, Dieu va bénir parce qu’il l’a promis.
À Sa droiture, Sa compassion, Sa générosité, Sa conception du soin de la veuve, de l’orphelin, de l’étranger et du pauvre.
Et ça nous remet tous en question. Moi le premier.

Le but d’un jour de prière pour la Suisse, ce n’est pas que la Suisse revienne à ses valeurs, à ses principes, à son passé.
Le but d’un jour de prière pour la Suisse, c’est que la Suisse revienne à Dieu. Même si ça nécessite qu’on perde certaines richesses, parce qu’elles étaient fondées sur l’injustice.

Oh, je sais … c’est tellement plus défiant que le fait de prier pour que Dieu bénisse notre pays … parce qu’on a tous envie de vivre dans un pays prospère et avec si possible moins de problèmes qu’en France !

Sauf que Dieu ne bénira pas un pays qui désobéit à ses voies. Ne nous méprenons pas ! Il ne l’a pas fait pour son peuple, son propre peuple, dans l’Ancien Testament, n’espérons pas qu’il le fasse pour la Suisse 2000 ans plus tard !

Dieu bénit les peuples, les pays, les cantons, les familles, les églises, les entreprises, les écoles, les clubs, les associations qui obéissent à ses voies.

Cela passe par la crainte de son nom ; cela passe par l’écoute de sa Parole. Cela passe par un retour à Dieu véritable et puissant de toute une communauté et de ses dirigeants.

Alors prions pour que nous, notre pays, nos autorités, nos familles, nos églises revenions à Dieu et à ses voies que, assurément, bénira.

« Si mon peuple, sur qui est invoqué mon nom, s’humilie, prie et me cherche. Je l’exaucerai des cieux, j’effacerai son péché, et son pays je guérirai. »

Gilles Geiser, septembre 2024.

L’Ancien Testament est-il encore nécessaire à la foi chrétienne?

Voici une prédication de Luc Badoux

Textes bibliques : Exode 3.1-10 : Moïse et le buisson ardent; Hébreux 3.1-6

Imaginez que l’on fasse seulement avec le Nouveau Testament (NT).

Au plan pratique : on aurait une bible plus compacte qui tient dans la poche.

Mais surtout au plan du message : on aurait

  • Moins de textes de guerre ;
  • Plus les sacrifices d’animaux qui sont d’un autre temps ;
  • un message universel sans passer par un peuple élu. 

Alors, que faire de l’Ancient Testament (AT), on le garde ou pas ?

Ma question vous paraît peut-être incongrue voire idiote, parce qu’on est nombreux à recevoir depuis tout petit la Bible comme un tout. Mais sachez qu’au 2ème siècle, au temps de l’église primitive, la question s’est posée très sérieusement. Alors que la Bible n’existait encore pas comme un livre constitué, un certain Marcion a proposé de considérer la torah, l’AT comme le livre des juifs et le NT comme le livre des chrétiens. Dans sa compréhension, Marcion opposait le Dieu de justice de l’Ancien Testament au Dieu d’amour du Nouveau Testament. Se voulant très spirituel, il se désintéressait du Dieu créateur au profit du seul Dieu de miséricorde. Mais en l’an 144 à Rome, les anciens de l’Église à Rome ont déclaré que vouloir séparer le Dieu qui se manifeste dans l’AT et le NT était une erreur, une hérésie. Au travers de ces anciens, c’est Dieu par son Esprit-Saint qui veillait sur le message de l’Évangile.

Je vous fais faire maintenant un saut de l’an 144 jusqu’en 1944 dans l’Allemagne nazie. Pendant le nazisme, une partie de l’Eglise s’est perdue. Mais pas l’Église confessante et le pasteur Dietrich Bonhoeffer, emprisonné pour son opposition farouche à Hitler. Il a écrit :

« C’est seulement quand on connaît l’impossibilité de prononcer le nom de Dieu qu’on a le droit de prononcer finalement celui de Jésus-Christ. … Celui qui veut être et sentir trop rapidement selon le Nouveau Testament n’est pas chrétien à mon avis. »

Cette impossibilité de prononcer le nom de Dieu, c’est ce que les Juifs vivaient. Ils avaient développé pour Dieu un respect si profond, mêlé de crainte, qu’ils n’osaient pas prononcer son nom. Ils avaient saisi quelque chose de la sainteté de Dieu. Une sainteté qui risquait de les anéantir, de les consumer s’ils s’en approchaient trop, de façon légère. Ils avaient compris que l’on ne peut pas apprivoiser Dieu, le dompter ou le mettre dans sa poche. Il est Dieu, le Créateur de toutes choses, le Tout-puissant.

Selon Dietrich Bonhoeffer, il faut prendre conscience de tout cela pour prononcer valablement le nom de Jésus-Christ. Il s’agit de comprendre qu’en Jésus, c’est le Dieu saint qui s’approche de nous, lui dont Israël n’osait même pas prononcer le nom.

Ce Dieu saint s’est pourtant révélé petit à petit à Israël. Au fil de l’histoire du peuple, au fil de ses malheurs, de ses guerres, de ses famines, de ses rivalités internes, Dieu leur a parlé et il s’est fait connaître à eux. Tout cet AT nous permet de prendre la mesure de ce que représente la venue de Jésus sur terre : Le Dieu immense, saint et juste, choisit de s’approcher de nous et de devenir un homme.

Les non-croyants, les juifs et les musulmans qui ne veulent pas croire en Jésus-Christ voient souvent mieux que nous ce qu’il y a d’incroyable et d’extraordinaire dans la venue de Jésus.

Alors chers amis, faisons attention de toujours discerner en Jésus, le Dieu saint, celui que l’on ne peut pas apprivoiser, dompter ou amadouer.

Ceux qui aujourd’hui pensent connaître Jésus tout en faisant de lui un grand humaniste ou un sage ou un prophète ont besoin de l’AT.

Tout comme ceux qui pensent pouvoir ramener Dieu à l’état de copain ou de meilleur pote.

Un immense malentendu à propos de Jésus peut surgir si on ne lit du NT que certaines pages et que l’on évacue l’AT. On risque de ne donner à la vie et à la foi chrétienne qu’une dimension horizontale centrée sur les relations humaines. L’AT nous rappelle la transcendance, la présence de Dieu dans le monde, de Dieu qui existe indépendamment de nous.

Pour comprendre qui est Dieu qui se manifeste en Jésus-Christ, il faut prendre l’entier de la révélation, AT et NT.

L’AT va notamment nous permettre de comprendre que si Dieu s’approche de nous, s’il nous aime d’un amour total, il n’est pas pour autant le plus cool de nos copains mais notre Seigneur.

Pour cela je vous invite à reprendre l’histoire de l’Exode et à voir comment Dieu s’est approché de Moïse.

  1. Il se fait connaître par un buisson ardent qui ne se consume pas. Dieu ne se consume pas, il demeure. Ni le feu qui brûle, ni le temps qui nous vieillit, n’ont de prise sur lui. Dieu est Celui qui est, qui était et qui vient.
  2. « Moïse, Moïse !» Il appelle Moïse par son nom. Dieu connaît Moïse alors que Moïse ne sait rien de Dieu. Lorsque, juste après, Moïse lui demandera son nom, Dieu déclarera : Je suis qui je suis. Les Israélites comprendront alors qu’une part de Dieu nous reste inaccessible. On ne peut pas mettre la main sur Dieu.
  3. « Enlève tes sandales » Dieu fait découvrir à Moïse sa sainteté en lui ordonnant de ne pas s’approcher du buisson et d’enlever ses sandales. Dieu n’est pas notre pote à qui on vient taper sur l’épaule. Là où est Dieu, là où Dieu s’incarne, on touche au sacré. Voilà pourquoi, pour nous chrétiens, seul l’être humain, créé à la ressemblance de Dieu est sacré et intouchable.
  4. « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. » Dans sa rencontre avec Moïse, il se révèle comme le Dieu de ses ancêtres, le Dieu qui était avant lui, le Dieu qui nous précède en toutes choses.
  5. « J’ai vu comment on maltraite mon peuple. » Dieu voit. Il voit ce qui se passe sur terre. Il voit comment les hommes se traitent les uns les autres. Et en réponse aux cris qui montent à lui, il intervient. Le Dieu qui vient délivrer Israël de la main des Égyptiens et Jésus qui vient nous délivrer du péché ne sont qu’un. Le Fils ne fait que révéler qui est le Père depuis toujours. Le Dieu de miséricorde ne surgit pas de nulle part avec Jésus.
  6. « Je suis venu délivrer les Israélites du pouvoir des égyptiens et les conduire vers un pays beau et vaste. » En Jésus comme dans l’histoire d’Israël, il est le Dieu fort qui conduit hors de tous les esclavages jusqu’à la terre et la vie promise.
  7. « Je t’envoie maintenant vers le Pharaon » Dieu appelle Moïse à son service et il l’envoie pour faire sortir Israël de l’esclavage. Jésus qui vient à nous ne fait pas autre chose. Il nous appelle à son service et nous envoie dans le monde. La révélation de Dieu en Jésus-Christ ne tombe pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une longue chaîne d’interventions de Dieu qui exprime sa fidélité et qui nous fait comprendre que Dieu ne lâchera pas l’humanité. De Moïse jusqu’à Jésus, Dieu se révèle comme un berger tenace qui ne lâche pas son bâton de berger et qui n’abandonne pas les siens.

Chers amis, l’Ancien Testament, on peut aussi l’appeler le Premier Testament. Le Premier Testament, la première alliance est nécessaire pour recevoir la nouvelle alliance.

Amen

Luc Badoux

Corsier, dimanche 7 novembre 2021

Habaquq : les cinq malheurs de la Société

Voici une prédication de Philippe Decorvet

Textes bibliques : Habaquq 2. 1-4 ; 2.b-20 ; 3.18-19

Le prophète Habaquq n’est pas le prophète le plus connu de la Bible, du moins chez la plupart des fidèles. Certes il a joué un rôle décisif dans la vie de Luther, puisque c’est la phrase du chapitre 2 verset 4 – le juste vivra par la foi – citée par l’apôtre Paul dans l’épitre aux Romains qui sera à l’origine de la Réforme. Mais il y a aussi d’autres raisons pour lire ce prophète dont l’actualité est proprement bouleversante. Le début du chapitre 2 est en effet une description de notre société du 21e siècle étonnante. En lisant ces versets, on pourrait même croire qu’Habaquq, qui a vécu à la fin du 7e siècle avant Jésus-Christ, soit il y a environ 2500 ans, est quasiment notre contemporain ! Que dit-il en effet ?

Malheur à celui qui augmente le fardeau de ses dettes !

Tes créanciers ne se lèverontils pas soudain ?

N’est-ce pas actuel cela ? ça ne vous rappelle rien ?

Et Habaquq ne s’arrête pas là ! Dans ce seul chapitre 2, il va dénoncer à 5 reprises des pratiques semble-t-il courantes à l’époque, mais qui pourraient tout aussi bien décrire notre société actuelle ! Avec même une précision stupéfiante !

Certes, ces 5 « Malheurs » concernent essentiellement les Chaldéens contemporains du prophète, ennemis d’Israël et envahisseurs de leur territoire, Mais ils décrivent aussi prophétiquement et mettent en garde notre société occidentale actuelle ainsi que nos Eglises, si elles n’écoutent pas la Parole du Seigneur qui est aussi pour elles.

Le mot malheur qui est répété 5 fois dans ces quelques versets n’est peut-être pas la meilleure traduction, car il peut faire penser à une malédiction, ce qui n’est pas le cas du mot hébreu. Dans sa traduction de la Bible, André Chouraqui précise que ce mot hébreu – Hoïe – est en fait un cri de deuil. Il s’agit donc moins d’une malédiction que d’un cri de souffrance face à la mort. N’est-ce pas comme les larmes de Jésus, le jour des Rameaux, qui s’écrie en descendant le mont des Oliviers et voyant en face de lui la ville de Jérusalem : si toi au moins tu connaissais les choses qui appartiennent à ta paix…Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t’environneront de tranchées… ils te détruiront toi et tes enfants… (Luc 19.41-44). Et l’évangéliste Luc ajoute : Jésus pleura. Lui aussi a dû s’écrier Hoïe !

Le 1er Malheur, 1er cri de deuil est particulièrement actuel :

Malheur, Hoïe, à celui qui accumule ce qui n’est pas à lui !

Malheur à celui qui augmente le fardeau de ses dettes !

Tes créanciers ne se lèveront-ils pas soudain ? (v 6).

N’est-ce pas exactement ce qui se passe actuellement et qui est à l’origine de la crise actuelle qui frappe ou a frappé de nombreux pays – et non des moindres ? Tout y est : L’augmentation vertigineuse de la dette accompagnée de la réaction aussi violente que soudaine des créanciers à laquelle personne ne s’attendait.

Le premier « malheur », le premier cri de deuil concerne le pouvoir de l’argent. La Bible n’est pas contre la richesse. Beaucoup de grands hommes de Dieu étaient riches. C’était même pour eux signe de bénédiction (cf. Abraham, Jacob, Boaz, Job). Mais l’Ecriture met en garde contre le pouvoir séducteur et corrupteur de l’argent. Cf. Le jeune homme riche (Mc. 10 17-27). C’est le seul homme, avec Lazare et Jean, dont il est dit expressément que Jésus l’aima. Mais cette rencontre entre Jésus et le jeune homme riche révèle aussi la tentation de la richesse. L’apôtre Paul l’a bien compris quand il écrit à son disciple Timothée : l’amour de l’argent est une racine de tous les maux. (1 Tim.6.10). Jésus aussi a souligné la tentation de la richesse ; il a d’ailleurs parlé de l’argent plus que de n’importe quel autre sujet à part le Royaume de Dieu. Et la Bible parle 2084 fois de l’argent et de la richesse, mais seulement à 215 reprises de la foi et 208 du salut (d’après Earl Pitts de JEM).

De tout temps ce fut un problème pour l’Eglise. Voici ce que dit John Wesley dans un texte souvent cité :… Quel remède apporter pour que notre argent ne nous enfonce pas au plus profond de l’enfer ? Il y a un moyen, et pas d’autre sous le ciel. Si ceux qui gagnent tout ce qu’ils peuvent, et épargnent tout ce qu’ils peuvent, voulaient aussi donner tout ce qu’ils peuvent, alors plus ils gagneraient plus aussi ils croîtraient en grâce et plus ils accumuleraient des trésors dans les cieux. (cité par F. Lovsky : Wesley, p.121).

2e Malheur, 2e cri de deuil :

Malheur, Hoïe, à celui qui amasse pour sa maison des gains iniques.

Afin de placer son nid dans un lieu élevé (v.9)

C’est de nouveau une question d’argent. A quoi cela vous fait-il penser ? Les «  nids élevés » que l’on ne peut atteindre et où l’argent est soi-disant en sécurité, ne sont-ils pas les paradis fiscaux modernes ? Il y a là aussi une actualité extraordinaire.

Le second malheur concerne donc la cupidité, l’égoïsme et l’exploitation du prochain. C’est une conséquence de l’amour de l’argent. Le texte donne aussi des précisions très actuelles : En détruisant des peuples nombreux. On pourrait parler de la cupidité des conquistadores espagnols en Amérique du Sud, ou de la cupidité des trafiquants d’esclaves qui est encore pire. Je me suis laissé dire que la Suisse aussi a profité de ce trafic…

Mais Habaquq ne s’arrête pas là ! Après les deux premiers cris concernant l’amour de l’argent et la cupidité, il parle de violence :

3e Malheur, 3e cri de deuil :

Malheur, hoïe, à celui qui bâtit une ville avec le sang (v.9).

Qui fonde une ville avec l’iniquité.

Le 3e malheur concerne la violence et la malhonnêteté

Là encore, ce 3e malheur concerne d’abord, bien sûr, les Babyloniens qui sont les envahisseurs cruels, mais « à travers eux tous ceux qui en tout temps se comportent de la même manière » (Nouveau commentaire biblique, page 806). Si nous étudions l’histoire de nos sociétés, de nos pays, qu’est-ce qui les caractérise ? Comment nos pays se sont-ils construits ? Et si nous regardons les nouvelles, que constatons-nous, sinon la violence ? Pas seulement en Ukraine, en Syrie ou en Afghanistan, mais dans nos quartiers dits sensibles, dans la violence faite aux femmes (viols, etc). Quant à la malhonnêteté, la tromperie etc. !

N’y a-t-il pas là aussi un portrait de nos sociétés actuelles ?

4e Malheur, 4e cri de deuil :

Malheur, hoïe, à qui fait boire son prochain

A toi qui verses ton outre et qui l’enivres,

Afin de voir sa nudité.

Il s’agit encore de violence et de cruauté (v.17) qu’Habaquq compare à des scènes où des soudards se livrent à toute espèce d’ivrognerie ou de sexualité sans aucune limite. Mais les images choisies sont plus que des images. C’est le déferlement de toutes les passions : alcool, sexe, drogue, c’est le déferlement de l’immoralité sous toutes ses formes.

Le 4e malheur concerne l’immoralité.

Je suis frappé de constater à quel point notre société a perdu le sens de la morale. Ce terme est même devenu obscène ! Plus que l’immoralité, c’est l’amoralisme qui est omniprésent aujourd’hui, ce qui est probablement pire.

5e Malheur, 5e cri de deuil :

Malheur, hoïe, à qui dit au bois : Lève-toi

A une pierre muette : Réveille-toi.

Les prophètes ont constamment attaqué l’idolâtrie. Ils ont même souvent manifesté une ironie féroce à l’encontre de ceux qui fabriquent des idoles, de bois ou de pierre (cf. Es. 44.12-18 ou le Psaume 115).

Il brûle au feu la moitié de son bois,

Avec cette moitié il cuit de la viande…

Et avec le reste il fait un dieu, son idole…(Es.44)

Le 5e malheur concerne l’occultisme

Bien sûr, notre société ne se prosterne pas devant des idoles de bois ! Mais la superstition et l’ésotérisme n’ont pas disparu pour autant ! Ils ont simplement pris d’autres formes. Il n’y a qu’à lire les horoscopes dans la plupart de nos journaux. Et que dire des diseuses de bonne aventure, des voyants, des marabouts, des guérisseurs et des charlatans de toutes sortes ! Sans parler d’un occultisme beaucoup plus fort ou des idéologies inquiétantes et violentes qui radicalisent une certaine jeunesse en mal de vivre et à la recherche d’un sens à son existence ? Certes, là encore, la description d’Habaquq concerne d’abord les Chaldéens et la société de son temps, mais n’est-ce pas aussi la description de notre société contemporaine ?

Face à ce constat assez sombre et triste que va faire Habaquq ?

Il va entreprendre essentiellement deux choses :

1.D’abord il n’a pas peur, ni honte de dire son incompréhension et même sa révolte : il adresse à Dieu toute une série de pourquoi, et lui fait part de ses plaintes et de ses doléances :

Jusques à quand ô Eternel ?… J’ai crié et tu n’écoutes pas.

J’ai crié vers toi à la violence, et tu ne secours pas !

Pourquoi me fais-tu voir l’iniquité

Et contempler l’injustice ?…

Aussi la loi n’a pas de vie (ch.1.2-3).

Là encore Habaquq est très actuel. Ces questions, ces pourquoi, ces doléances ne sont-elles pas aussi celles que de nombreuses personnes adressent au Seigneur. L’immensité de la souffrance est un problème que l’on entend souvent : « Si Dieu existait, il n’y aurait pas toute cette violence, toutes ces injustices et tout ce mal ! »

Il n’est pas interdit de se poser toutes ces questions. Habaquq, tout prophète qu’il était, se les est aussi posées. Il vaut beaucoup mieux les exprimer – et les exprimer à Dieu – que de ruminer intérieurement sa colère, son incompréhension, sa frustration et ses doutes !

2.Mais le prophète ne s’arrête pas là. Il ne reste pas passif, il veille, comme il dit : il se met en situation d’écoute et il attend que Dieu lui réponde :

J’étais à mon poste, et je me tenais sur la tour

Je veillais pour voir ce que l’Eternel me dirait.

L’Eternel m’adressa la parole, et il dit : Ecris la prophétie ;

Grave-la sur des tables afin qu’on la lise couramment

Car c’est une prophétie dont le temps est déjà fixé,

Elle marche vers son terme, et elle ne mentira pas :

Si elle tarde attends-la,

Car elle s’accomplira certainement.

Voici, son âme s’est enflée, elle n’est pas droite en lui

Mais le juste vivra par sa foi. (Hab.2.1-4)

Et Dieu a répondu, une réponse extraordinaire, elle projette Habacuc directement en plein Nouveau Testament.

Cette dernière phrase le juste vivra par la foi est en effet citée 3 fois dans le N.T. (Ro.1.17 ; Gal 3.11 ; Heb.10.38) et chaque fois dans un contexte très important qui parle du salut. C’est par la citation de cette phrase que s’ouvre l’épitre aux Romains dont elle est la clé pour comprendre cet écrit fondamental (Ro.1.17). C’est ce texte qui a transformé Martin Luther et a fait de lui le Réformateur qui a transformé l’Europe…

Habaquq, bien sûr, n’a pas vu la totale réalisation de la prophétie que Dieu lui révèle et qui ne se réalisera que 6 siècles plus tard à Bethlehem et à Golgotha, mais il a compris deux choses fondamentales : D’abord que Dieu a la solution à ce qui le tourmente et le révolte. Il n’est pas pris au dépourvu, il connait la situation et il a une solution. Il a un plan de salut qui s’accomplira sûrement. Habaquq peut même déjà le mettre par écrit, Dieu reste souverain.

Ensuite il comprend une deuxième vérité : non seulement Dieu a un plan, mais il interviendra Lui-même. C’est pourquoi dans le 3e et dernier chapitre Habaquq, apaisé, chante et loue son Sauveur :

Mais moi j’exulterai en l’Eternel

Je veux trouver l’allégresse dans le Dieu de mon salut (3,18).

Quelle différence avec les premiers versets de sa prophétie où il clame sa révolte et ses pourquoi ! Quel cheminement Habaquq n’a-t-il pas fait au cours de ces trois brefs chapitres ! Il n’a peut-être pas reçu de réponse rationnelle à ses questions, mais il sait qu’il a un sauveur et que ce sauveur viendra au moment fixé par Dieu car sa promesse est certaine.

Effectivement cette prophétie s’est accomplie à la lettre : Dieu est venu en Jésus-Christ : lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils. (Gal.4.4)Dieu avait bien dit que la prophétie ne s’accomplirait pas tout de suite, mais qu’elle s’accomplirait certainement. Elle s’est accomplie. Jésus est venu. Le Sauveur est là ! « O Jésus ma joie » chantera plus tard J-S Bach.

Habaquq a eu confiance dans les promesses de Dieu. Il a cru sa Parole. Il a cru que Dieu restait souverain même si beaucoup de choses le dépassaient. Il a cru à sa présence et à son amour inconditionnel.

Ce chemin d’Habaquq est aussi le nôtre :

Dire à Dieu ce qu’il y a au fond de nos cœurs.

Recevoir ses promesses, accueillir et croire sa Parole.

Cultiver une vraie relation personnelle avec le Sauveur.

Découvrir le Père.

N’est-ce pas ce dont nos contemporains ont le plus besoin : Retrouver le Père dans un monde orphelin et sans repères.

C’est pour cela que Dieu a envoyé Jésus. Il est le chemin. N’est-ce pas le moment plus que jamais d’écouter le prophète Esaïe qui a souvent été appelé le cinquième évangéliste : Voici le chemin, dit-il au chapitre 30 verset 21 : marchez-y !

Amen

« Le Seigneur travaille avec eux »

Cette prédication de Guy Chautems pour la période de l’Ascension et Pentecôte nous invite – nous réformés en particulier – à entrer résolument dans une transmission de l’Evangile de qualité A+++ en prenant au sérieux les 3 verbes qui devraient orienter toute la vie de l’Eglise : Aller, Annoncer, Aimer.

Marc 16.9-20 : « Allez dans le monde entier, annoncez la Bonne Nouvelle à tous. »

12 hommes pour accomplir cette  tâche ! Quelle folie ?

Et qui plus est, 12 hommes durs à la comprenette ! Jésus ne vient-il pas de le leur dire : « Vous ne croyez pas et vous ne voulez rien comprendre ! Vous n’avez pas cru ceux qui m’ont vu vivant ! »

Comment réussiront-ils ?  Oui, comment réussiront-ils ?

Marc nous le dit en quelques mots : Assis à la droite de Dieu,  le Seigneur travaille avec eux et il leur donne le pouvoir de faire des choses étonnantes. 

Il faut l’Ascension, il faut que Jésus prenne sa place auprès du Père, il faut qu’il nous donne l’Esprit Saint pour  que les disciples réussissent leur mission : amener la vie là où il y a la mort (Ez. 37) . Il faut l’Ascension de Jésus pour que le Règne de Dieu s’étende sur les cinq continents… pas à pas.

Il est monté au ciel, il s’est assis à la droite de Dieu le Père !

Ils réussiront ! OUI !  Marc résume le secret de cette réussite en ces mots :

« Le Seigneur travaille avec eux et il leur donne le pouvoir de faire des choses étonnantes. »

Mais cette réussite est soumise à une triple obéissance :

Aller – Annoncer – Aimer

Avec ces trois verbes je résume l’ordre de mission tel que nous le rapporte Marc : « Allez dans le monde entier, annoncez la Bonne Nouvelle à tous… » voilà pour les deux premiers  A. Et voici pour le dernier, aimer : « en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais, ils parleront des langues nouvelles….Ils poseront les mains sur la tête des malades, et les malades seront guéris. »

Les agences de notation du ciel ne donneront un triple A  qu’à ceux et celles qui prendront au sérieux ces trois impératifs. Et il y aura des A+++ ! Je vous propose d’examiner  ces trois ordres en sachant ceci : le Seigneur, élevé à la droite du Père, travaille avec nous seulement lorsque nous les prenons vraiment  au sérieux, alors il nous donne le pouvoir de faire des choses étonnantes !

Allons

S’il y en a un qui a pris au sérieux cet ordre, c’est bien l’apôtre Paul . On estime qu’il a  parcouru 8000 km. à pied et 10’000 km. en bateau. Et dans quelles conditions ! Sur terre comme sur mer les voyages étaient autrement plus difficiles qu’aujourd’hui (2 Cor.11) . A partir du jour où Paul  a reconnu le Christ comme son Sauveur et Seigneur, il a pris au pied de la lettre l’ordre de Jésus : « Allez dans le monde entier, annoncez la bonne Nouvelle à tous ! » 

Mais cet ordre concerne-t-il vraiment chaque chrétien ?  

Première réponse  qui en soulagera plusieurs ! Le Seigneur n’appelle pas n’importe qui à parcourir le monde ! Ecoutons Paul écrire aux Ephésiens : « C’est le Seigneur qui fait don de certains comme apôtres, ….d’autres comme évangélistes. » (Eph. 4.11) Il y a des ministères, ils sont donnés à l’Eglise. N’importe qui n’est pas appelé  à courir le monde pour annoncer l’Evangile.

Deuxième réponse qui remet la pression ! Au début du livre des Actes Luc nous raconte la violente persécution qui se déchaina contre l’Eglise de Jérusalem et la fuite de nombreux chrétiens dans les territoires voisins et il écrit : « Les croyants qui s’étaient dispersés parcouraient le pays en proclamant le message de la Bonne Nouvelle. » (Actes 8.4)

Je suis persuadé que tous les chrétiens souhaitent prendre au sérieux cet impératif  « allez dans le monde entier ».  Car il est évident que le Seigneur ne travaille et ne travaillera qu’avec les communautés qui obéiront  à cet ordre. Alors comment être sérieux avec cet ordre du Seigneur ?

Frères et Sœurs, tout commence par la prière : « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le propriétaire de la moisson d’envoyer davantage d’ouvriers dans sa moisson. » (Matth.9.37-38).

Commençons donc par prier, non pas du bout des lèvres mais en sachant les exigences attachées à notre prière ! Car nous vivons un temps où les Eglises réformées doivent enterrer définitivement  leurs peurs face – par exemple – aux ministères des évangélistes ! Demander au Seigneur  un ou des évangélistes qui iront à la rencontre de ces couches de la population que nous n’atteignons plus, c’est être prêt à leur donner une place dans nos priorité et peut-être un salaire.

Nous vivons un temps où chaque réformé doit oser cette prière :  » Seigneur, la moisson risque de se perdre, envoie davantage d’ouvriers dans ta moisson ! » Mais celui qui prie doit savoir le risque qu’il court ! Lequel me direz-vous ? Le risque que le Seigneur m’envoie moi, l’intercesseur,  à la rencontre de mes voisins, de mes collègues de travail. Mais soyons sans crainte ! « Ouvre ta bouche, aie de l’audace, dit le Seigneur, si je t’envoie alors tu verras s’ouvrir le cœur de ceux et celles auxquels tu t’adresseras. »

Note : Il nous faut noter les transformations profondes de notre société qui ont modifié de manière profonde la carte de nos champs de mission. D’abord  les flux migratoires ont amené des personnes de toutes les nations à quelques kilomètres de chez nous. Ensuite le développement fulgurant d’internet donne à tout un chacun de pouvoir atteindre les extrémités du monde en un clic de souris. 

Annonçons

En 1975, si je ne me trompe pas,  j’ai été pour de longues années le dernier président de la commission d’Evangélisation de notre Eglise réformée Vaudoise. Nous avons démissionné en bloc ! Le conseil Synodal d’alors ne faisait plus confiance à notre travail ! Nous voulions répandre la bonne Nouvelle de la Croix et de la Résurrection, appeler à la conversion ! Malheur à nous car nous étions classés, étiquetés ! Au nom du pluralisme nous étions de plus en plus mis de côté !

Presque 40 ans plus tard, après trois livres consacrés à la désertification de nos paroisses[1], vous vous souvenez des 40 années de désert, le synode de notre Eglise réformée vaudoise, va proposer à nos paroisses une année de « jachère » ! Les Conseils de paroisse vont être appelés à mettre la pédale douce  sur tout ce qui est secondaire afin de faire apparaître ce qui est prioritaire ! [2] Une année de « jachère » ! Il faudra avoir le courage d’abandonner certaines activités ! Ce ne sera pas facile! Mais je me réjouis de l’objectif proposé à toutes les paroisses : prendre au moins une année de prière, de réflexion pour « entrer en évangélisation ».

Au final, nos paroisses risquent fort d’opérer ce tournant de 180° à partir de 2014 – 2015, 40 ans après la disparition du dernier poste d’aumônier d’évangélisation de notre Eglise en la personne d’Alain Burnand. La peur du prosélytisme nous a fait perdre 40 ans !  Puissent tous les ministres et les conseillers de paroisse qui ont eu peur de faire – comme ils disaient – du prosélytisme, avoir pris leur retraite, ce qui facilitera bien les choses pour entrer dans une annonce respectueuse mais franche de l’Evangile. Vous remarquerez que cette prédication date de 2012… et que, 10 ans plus tard, nous ne constatons pas d’engagement significatif de l’Eglise réformée pour l’évangélisation…

Pourquoi avoir peur de mettre nos compatriotes au courant d’une bonne nouvelle ? Pourquoi avoir peur de les inviter à une conversion ? Jésus est mort sur une Croix  à notre place ! Car devant Dieu nos révoltes, nos doutes, nos abandons, notre autosuffisance, notre mépris de sa parole, notre orgueil ne méritent que  le jugement le plus sévère, à savoir la mort ! Mais il  a été jugé, condamné, mis sur une Croix, lui le Fils de Dieu pour chacun de nous.  Si tu lui fais confiance, si tu t’attaches à lui non seulement tu bénéficieras d’un pardon pour toujours, d’une grâce pour toujours, mais ce pardon, cette grâce travailleront à tel point ton cœur que pas à pas tu vivras des transformations étonnantes ! Attache-toi à celui qui t’aime et qui est mort à ta place, écoute sa parole, prie-le ! Il a commencé une œuvre en toi, une œuvre extraordinaire et il l’achèvera. Ce qu’il a commencé, il l’achève toujours.

Voilà la bonne nouvelle, voilà le message qu’il faut annoncer.

Et si toute une Eglise, si de nombreuses paroisses doivent prendre du temps pour changer de cap, toi, moi, nous pouvons vivre ce virage aujourd’hui. 

Aimons

Prosélytisme, quel vilain mot, ne trouvez-vous pas ! Voici comment le dictionnaire Larousse le définit : « Zèle ardent pour recruter des adeptes, pour tenter d’imposer ses idées. » 

Chers amis, vous ne risquerez jamais de « faire du prosélytisme » si vous mettez en pratique le 3ème A de l’ordre missionnaire de Jésus : « Ils chasseront les esprits mauvais, ils parleront des langues nouvelles… Ils poseront les mains sur la tête des malades, et les malades seront guéris. »

Chassons les mauvais esprits et amenons la lumière là où règnent les ténèbres, l’amour là où il y a la discorde, la joie là où il y a la tristesse, la paix là où il y a la guerre.

Parlons des langues nouvelles, apprenons  la langue de notre interlocuteur, laissons le Saint Esprit  nous introduire dans le monde, dans les problèmes, dans les joies aussi de ceux que nous allons rencontrer. Ecoutons avant de parler, efforçons-nous de comprendre avant de partager nos idées.

N’imposons ni nos idées, ni nos gestes, mais apprenons à poser des actes d’amour… si le Seigneur réclame nos mains pour une œuvre de guérison, offrons-lui nos mains.

Conclusion

Une promesse  magnifique nous est donnée à la fin de l’Evangile de Marc !

« Le Seigneur travaille avec eux et il leur donne le pouvoir de faire des choses étonnantes… ».  Obéissons et  laissons le Seigneur nous étonner !  Rien n’est plus beau que de voir le Seigneur à l’œuvre dans les vies de ceux  pour lesquels nous prions. 

Mais pour terminer il est important de souligner encore un point !

Pour déborder il faut être plein !

Pour proclamer la Bonne Nouvelle il faut qu’elle remplisse notre cœur.

Pour travailler avec nous, pour faire des choses étonnantes, le Seigneur s’attend à ce que nous soyons rempli de l’Esprit Saint ! 

Dans ce temps de l’Ascension soyons donc ouverts, les cœurs grands ouverts à la venue de l’Esprit.

 Questions pour les groupes de partage

L’ordre de mission donné par Jésus aux siens tel que Marc nous le transmet peut se résumer dans ces trois impératifs : 

Allons – Annonçons – Aimons

1.- En quoi le premier impératif me concerne-t-il ? 

D’abord au niveau de la prière lorsque je prends au sérieux la demande de Jésus : « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le propriétaire de la moisson d’envoyer davantage d’ouvriers dans sa moisson. » (Matth.9-37-38)

Ensuite au niveau de l’envoi ! Autrefois ceux qui partaient en mission se rendaient dans des pays lointains. Aujourd’hui toutes les nations  sont venues à nous au travers des flux migratoires. Serais-je appelé à témoigner de ma foi à tel ou tel étranger habitant près de chez moi ?

2.- Le second impératif doit me conduire à affirmer, avec respect, mais aussi avec audace que le Christ est le seul chemin qui  conduit au salut éternel ! Quelles sont les difficultés que j’éprouve à dire clairement cette Bonne Nouvelle ! Demandons à Dieu de les surmonter !

3.- Aimer : c’est amener la lumière là où règnent les ténèbres, l’amour là où il y a la discorde, la joie là où il y a la tristesse, la paix là où il y a la guerre ! Je vous invite, dans la prière, à intercéder pour telle ou telle personne qui se trouve  en difficulté. Vous demanderez au Seigneur de vous inspirer afin de lui venir en aide.

Guy Chautems 


[1] « L’avenir des réformés » de Jörg Stolz et Edmée Baillif – Labor et Fides – (éd.originale  all. 2010) ;

Turbulences  – les Réformés en crise – Editions Ouverture – Le Mont-sur-Lausanne –  2012 ;

Le temps presse –  de Virgile  Rochat – Labor et Fides – 2012.

[2] Je pense que nous avons tous vu ces jachères de nos campagnes parfois étonnantes, tellement elles sont fleuries. Elles sont indispensables pour maintenir dans notre pays  la diversité de la vie.

Menu 3 étoiles pour temps de l’Avent

Antoine Schluchter, pasteur à La Vallée de Joux, commente ici de manière originale Luc 3.10-18, en reprenant des éléments forts du dernier livre de Marek Halter : « Un monde sans prophètes ».

Jeudi 9 décembre 2021 dans la Feuille de La Vallée, on trouvait un courrier des lecteurs intitulé :« Mais où sont passées les étoiles ? » Il ne s’agissait pas d’un cri d’alarme du responsable de l’Observatoire de La Capitaine, mais de l’observation d’un jeune homme concernant les décorations de Noël ; nos nouvelles suspensions lumineuses ne comportent en effet plus d’étoiles et cela lui donne l’impression que La Vallée perd un peu plus son âme. Les étoiles : à la fois des lumières et des points de repère dans la nuit. Des points de repère, on en a besoin, surtout en cette saison sous notre hémisphère mais aussi dans la saison que traverse actuellement notre monde. Une des paroles du texte du prophète Esaïe garde son acuité glaçante : 

« On regarde la terre, et l’on ne voit que détresse, obscurité, sombre oppression, nuit d’égarement. » (Esaïe 8.23)

Ce verset précède la prophétie annonçant cet « enfant qui nous est né » et il faut bien noter qu’ils associent l’obscurité à la détresse et à l’oppression. Le prophète n’évoque pas là une forme de déprime liée au manque de luminosité. C’est d’ailleurs pour cette raison que les Maîtres juifs ont ajouté au calendrier des fêtes instaurées dans la bible celle de Hannoucca, la fête de la lumière au cœur de l’hiver. On ne peut qu’y être sensibles, vu que le Christ est la lumière du monde et qu’à le suivre, on ne marche pas dans l’obscurité. Alors, quelle lumière l’évangile de ce matin projette-t-il sur notre terre ? Quelles étoiles fait-il briller pour nous repérer sous le ciel obscur ? Le projectionniste, comme dimanche passé, c’est Jean-Baptiste et en effet, il éclaire, il dévoile, il avertit, il clarifie. Luc résume son arrivée sur la scène publique en une phrase :

« C’est en leur adressant beaucoup d’autres appels encore que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple. » 

Donc Jean annonce la bonne nouvelle, littéralement en grec il évangélise mais comment ? En   adressant au peuple des appels ou des exhortations ou des encouragements ; le terme a toutes ces nuances. C’est un discours non pas lisse, dans l’air du temps mais rugueux, confrontant pour le temps et pour les gens du temps ; Jean-Baptiste est vraiment un prophète. Le dernier a-t-on beaucoup dit vu que Jésus est venu dans la foulée. Mais alors, y a-t-il encore des voix prophétiques de nos jours ? Que remarque-t-on quand on « regarde la terre », quand on observe ce qui s’y passe ? Il n’y a pas meilleurs observateurs que nos frères juifs dont le penseur Marek Halter. Il observe le cours du monde, il le confronte aux Ecritures et il a une parole percutante. En particulier dans son dernier livre intitulé « Un monde sans prophètes », publié aux éditions Alerte, ça ne s’invente pas. Selon lui, c’est parce qu’on ne se réfère plus à plus grand que soi : Dieu ou un idéal. Les dirigeants n’ont plus vraiment de figures d’opposition fortes (ni même de majorité). Tant que ça va à peu près, on suit sans broncher ce qui est véhiculé par les coutumes, les médias, les réseaux sociaux et personne pour secouer les consciences : un monde sans prophètes !

Nous allons donc nous appuyer sur Jean, le prophète de l’Avent, mais aussi nous référer à Marek Halter qui établit des passerelles avec notre époque pour discerner quelles étoiles-points de repère ils font briller. 

L’étoile du grand retour

La première, c’est l’étoile du grand retour. Jean a proclamé un baptême de repentance, il a engendré un mouvement de repentance dans le sens d’un changement de direction, d’un retournement, d’un retour vers Dieu. Son message est clair, il ne dévie pas, on sait où le trouver… et on vient en foule le trouver dans un état d’esprit à l’inverse de l’orgueil ou de la suffisance. Marek Halter dit que le bon dirigeant n’est pas celui qui ne se trompe pas mais celui qui reconnaît ses erreurs en écoutant le prophète et en corrigeant le tir.

À propos de passerelles, dans quel désert se poster pour avoir un tel impact ? Après la chute de Ceausescu en Roumanie, j’ai rencontré un vieux moine qui vivait dans une cabane perdue. Eh bien, les nouveaux dirigeants venaient le consulter parce qu’il avait résisté au despote et qu’il avait une parole claire, une parole de prophète. Dans la bible, le désert représente un espace de solitude qui permet la rencontre. La solitude du dépouillement, de nos jours c’est une sacrée passerelle.  Comment faire pour que nos communautés offrent une forme de déconnexion à tout ce qui circule en vue d’une reconnexion à l’essentiel ? Avoir un message clair dans un lieu précis pour faire office d’étoile du grand retour : dans nos célébrations, nos groupes de maisons, nos vies individuelles et familiales.

L’étoile du cœur de la cible

La deuxième étoile-point de repère, à propos de message clair, consiste à avoir une parole ciblée. Jean a une parole générale pour les foules et une parole pour des catégories particulières. Les foules, c’est la masse, certains parlaient jadis de masses laborieuses. Plutôt des petites gens mais avec, en fait, un gros pouvoir d’achat. Représentant donc un important marché pour faire tourner la machine. Jean a une parole ciblée. Aux foules dans leur diversité, il parle de partage de la nourriture et du vêtement, soit des besoins de base. Aux collecteurs d’impôts d’équité et aux soldats de respect.

Dans le fond, et là que de passerelles, c’est un message de partage et de refus des abus. Que ce soit en gardant tout pour soi ou en abusant de son pouvoir. C’est assez impressionnant que Jean invite à manifester ainsi la repentance. On a peut-être trop tendance à la réduire à la dimension spirituelle. Mais là, le retour vers Dieu se traduit par une attitude nouvelle envers le prochain. Marek Halter indique qu’être prophète n’était pas de tout repos. La plupart ont été tués ou ont dû s’exiler. Mais, ajoute-t-il, les rois qui les avaient rejetés ne leur ont pas survécu. 

Il me semble que les exhortations de Jean lorgnent vers des thèmes très actuels. Les communautés de partage, le recyclage, les ressources mises en commun, un exercice sans faille de la justice, la dénonciation des abus, le respect de chacun. Cette étoile est l’étoile-point de repère du cœur de la cible : il s’agit de viser juste et d’oser appeler au changement. En nous engageant résolument sur ce chemin aux passerelles multiples.

L’étoile messianique

La troisième étoile est l’étoile messianique qui n’est pas en sucre glacé. C’est un messie qui vient faire le tri et brûler la paille dans un feu qui ne s’éteint point. On représente volontiers Jésus comme semeur, on l’imagine engranger le bon grain mais moins avec une fourche ou une pelle à vanner. Pourtant ne dira-t-il pas qu’il est venu « allumer un feu sur la terre » ? L’étoile messianique est rugueuse, interpellante. Ce qui est intéressant, c’est que Jean donne d’abord des instructions pratiques et qu’ensuite seulement, il parle du Messie. Avec, il faut le reconnaître, un accent très fort sur le jugement. Il ne pouvait pas en aller autrement car pour lui, le Messie allait inaugurer les temps nouveaux en mettant un terme à l’histoire humaine par le jugement. Il fallait donc tout mettre d’aplomb dans sa vie pour l’accueillir.

Comparativement, Jésus ajoutera une bonne dose de miséricorde et surtout de temps en inaugurant le temps de la grâce qui a déjà duré deux millénaires depuis lesquels le message du salut retentit sur toute la face de la terre. C’est véritablement une divine surprise.

Menu 3 étoiles

Notre Menu 3 étoiles nous offre de bons points de repère dans la nuit du monde. 

L’étoile du grand retour nous invite à accueillir le Seigneur de façon renouvelée et à nous poster à la marge des modes et des pensées dominantes pour offrir aux humains en quête un espace de déconnexion du superficiel –ou tout simplement du passager– en vue d’une connexion à l’essentiel, qui est éternel.

L’étoile du cœur de la cible nous invite à accueillir les appels prophétiques jusqu’au cœur de nos existences pour les laisser se déployer dans ce qu’il nous est donné de vivre et de partager. En osant une parole ciblée et des engagements concrets.

L’étoile messianique est celle qui doit briller au firmament et constituer le repère fondamental à ne jamais perdre de vue – pour nous – et à ne jamais occulter – pour autrui.

Nos frères et sœurs juifs l’attendent encore comme bien des humains dans ce monde qui a grandement besoin de la lumière, de l’éclairage des prophètes. L’interview de Marek Halter à laquelle je me réfère a été faite dans le cadre de l’émission juive « À l’origine » (France 2) qui avait pour titre ce dimanche-là « Hannouca, la lumière des prophètes ». Laissons-nous éclairer !

Le goût inimitable de la crêpe évangélique

Cette prédication d’Antoine Schluchter a été donnée pour le dimanche des Réfugiés. Elle se présente comme un menu avec une entrée, un plat principal et un dessert. L’Evangile nous retourne comme une crêpe, dit Antoine ! Alors ouvrons nos yeux, nos coeurs, nos mains…

Durant le confinement, de nombreux établissements ont proposé des plats à l’emporter allant du menu du boucher à la pizza, en passant par le hamburger de fin de semaine, et j’en passe. Pareil, ce matin, avec l’évangile qui nous propose un menu complet : en entrée, deux miracles ; en plat principal, un envoi en mission. Et en dessert, sobre et digestif, un verre d’eau.

Ce matin, l’évangile vient apaiser nos faims et nos soifs, mais pas comme un banquet sur invitation. Ou alors, une invitation à la sauce évangélique. En allant chercher les gens sur les places, les chemins de traverse, vu que les hôtes habituels ne semblent guère intéressés. C’est le risque de trop-plein qui nous guette, on prend juste deux chips, une toute petite portion et un café. Ou alors, on arrive le ventre, le cœur, l’esprit pleins de tellement de choses.

Ce peut être de de nos problèmes à nous, ainsi qu’à d’autres qui viennent occuper tout l’espace tandis que ceux qui stagnent sur les places ou errent dans les chemins de traverse ont le ventre creux, le cœur lourd et l’esprit aux abois. Il y en a même, on pense à eux aujourd’hui, qui boivent la tasse, qui se noient littéralement.

Ce matin, l’évangile nous retourne comme une crêpe. Car, en effet, ce ne sont pas les serviteurs du roi qui partent à la recherche des invités, mais les invités qui frappent à nos portes ; et cela trouve aussi un écho biblique fort : l’hôtellerie de Bethléem, l’image-choc des violents qui s’emparent du royaume ; le royaume est comme forcé, dit Jésus ; c’est exactement cela.

Aveugle et muet : le réfugié

Voilà pourquoi je vous ai invités à vivre le culte en communion avec les migrants, à écouter les textes bibliques en pensant à eux, en leur ouvrant la porte de nos cœurs. Voilà une façon de se désinfecter avant de passer à table, plutôt que de nous en laver les mains. Des tables, c’est riche symboliquement, à nouveau plus ouvertes depuis quelque temps qui ne sont plus limitées à un nombre restreint ; nous avons accueilli deux réfugiés afghans à Pentecôte, quelle fête !

En entrée donc, deux aveugles criant à Jésus, entendus et guéris ; on peut y associer le cri des migrants sur terre, sur mer, à nos frontières. Il y a aussi un muet, une histoire sans paroles comme il s’en déroule tant. Je pense à un migrant qui a traversé la Méditerranée, ils étaient dix, lui seul a survécu. Il n’a pu le dire que bien plus tard, déposer enfin le fardeau qui le rendait muet et moi, j’étais sans voix ; comme bien d’autres fois.

« Il est possédé par un démon », précise le texte, soit une entité néfaste et extérieure à lui-même prenant possession de son être et coupant ou biaisant la communication avec l’extérieur. Là aussi, on peut faire bien des parallèles avec des situations de migration. Dans un sens, on peut comparer les réfugiés à ces deux aveugles ; ils sont rarement seuls, ils essaient de trouver leur chemin, mais peinent à le voir, ils essaient de s’en sortir. La question est d’oser s’arrêter pour les écouter, comme Jésus. On peut aussi les comparer à  cet homme seul et muet sous le poids de ses épreuves. Pas besoin d’en dire plus.

Aveugle et muet : l’installé

Mais, comme souvent dans l’évangile, comme avec la crêpe, eh bien… n’est-ce pas aussi, n’est-ce pas plutôt moi, nous, l’aveugle, le muet ? On en retrouve un écho dans ces paroles d’un cantique contemporain : « Ouvre mes yeux, Seigneur, aux merveilles de ton amour. Je suis l’aveugle sur le chemin, guéris-moi, je veux te voir. » Qu’est-ce que je ne peux pas voir, qu’est-ce que je ne veux plus voir ? Qu’est-ce qui me bloque, qu’est-ce qui m’empêche, qu’est-ce qui me fait peur ? Quels sont mes a priori, les éléments enfermants de mon histoire, mes tissus nécrosés ?

Nous l’avons expérimenté en ayant un centre de migrants dans notre précédente paroisse.

Pour beaucoup de gens, le premier pas était très difficile, voire impossible : un pas de géant, un fossé infranchissable. Alors qu’offrir un verre d’eau… Pour moi, davantage que mon épouse, c’était dur la première fois : y aller, traverser des salles, saluer des gens, s’immiscer dans leur intimité misérable. Voilà donc pour l’entrée : nous sommes l’aveugle, le muet : l’installé autant que le réfugié. Et cela aussi, dans le fond, c’est une forme de communion, dans le manque.

Sur le socle de la compassion

Le plat principal est aussi un plat de résistance, dans les deux sens du terme : il nous permet de résister à l’usure, il est bien nourrissant. Mais on peut être tentés de résister à l’assimiler, il est un peu dur à avaler. Cette idée d’envoi à la suite de celui des disciples, les Douze dans ce passage. Un envoi qui s’appuie sur les gestes guérissants de Jésus. Des gestes qui se déploient dans son immense compassion pour les foules. Il me semble évident que les réfugiés correspondent dramatiquement à la description : « …fatigués et abattus comme des brebis qui n’ont pas de berger. » Avec, en lieu et place, des passeurs qui tiennent davantage du mercenaire que du bon berger.  

Et puis, comment ne pas être interpellés par ce Jésus bouleversé, ému au plus profond de lui-même, littéralement jusque dans ses entrailles ? C’est tripal. Il se laisse atteindre, sans masque, il se prend la misère postillonnante des foules de plein fouet. Et c’est comme débordé par le nombre… ah, le nombre – plus de 38.000 migrants engloutis dans la Mer jusqu’en 2019 ; bien moins depuis, mais cela n’a rien de rassurant. Il ne peut plus faire face tout seul, il délègue, il envoie, il nous envoie, il se déploie en nous. Avec une mission identique à la sienne : guérir et libérer tout homme de ses infirmités ; tout homme, tout humain sans exception ; tout l’homme, pourrait-on extrapoler. Et Jésus a conscience que son travail ne suffit pas, qu’il faut davantage d’ouvriers. Comme nous y avons été rendus sensibles ce printemps, avec les frontières fermées. Qui cueillera nos fruits et nos légumes ?

C’est là qu’intervient la prière, en soutien à la prise de conscience et à l’envoi concret.

Et là encore, la crêpe évangélique, mes sœurs, mes frères : ces gens qui s’invitent à nos portes ne sont-ils pas, eux, des envoyés du Seigneur ? Pour nous guérir et nous libérer de ce qui nous entrave de vivre, de proclamer le règne : nos suffisances, nos acquis, nos aisances, nos scléroses ? Me revient la foi de ce migrant érythréen qui n’a jamais douté de la bonne main de Dieu. Tout au long d’un parcours qu’il a débuté adolescent et terminé adulte. 

Après l’entrée de la guérison et de la délivrance, après le plat de résistance de la compassion à déployer – et à y goûter, il est irrésistible, ce plat ; il a un sacré – je pèse mes mots – goût de reviens-y – voici donc le dessert, léger et aérien.

Un verre d’eau

Et là, on retourne directement la crêpe avec la succulente image du verre d’eau donné qui rejoint cette expérience que nous faisons tous de davantage recevoir que donner. Le caractère irremplaçable du geste, de l’attention, de l’humble offrande. Dans nos expériences avec ces frères et sœurs du monde, il y a toujours eu un verre d’eau… souvent chaude avec un sachet de thé, un mets local, un morceau de leur vie. Les repas organisés par le Groupe d’Accueil des Migrants chez nous en sont la démonstration : que de générosité !

Et puis, sur l’autre face de la crêpe, nous avons la possibilité d’offrir peu ; un verre d’eau. Mais ce qui vient du cœur, c’est toujours beaucoup. Et du coup, on ne se demande plus sur quel côté de la crêpe on est : on l’enroule, on la mange, on communie. On met ensemble la main dans plat, on renonce à la comparaison pour passer au partage.

Jésus a partagé sa mission avec ses disciples, et ses disciples, de génération en génération, avec nous. À nous de la partager avec ces enfants, ces femmes et ces hommes qui s’invitent chez nous. À nous de leur offrir ce verre d’eau qui guérit, ce regard qui libère, ce cœur élargi.

À nous d’accueillir leur espoir, leur simplicité, leur humanité. Certains par des gestes concrets, d’autres par la prière pour les envoyés. Toutes et tous, chacune et chacun dans le bouleversement d’un cœur compatissant qui entend le cri poussé par celui qui ne voit pas le chemin et perçoit le cri étouffé de celui que la peur paralyse. Ces brebis d’autres bergeries que Jésus veut rejoindre à travers nous. Un menu complet à emporter, à assimiler, un menu aux saveurs du Règne : le goût inimitable de la crêpe évangélique.

Cette prédication a été prononcée en 2020. Elle se base sur les textes bibliques suivants : Matthieu 9.27-10.1 + 10.40-42 et Luc 14.12-23

Trinité et pandémie. Des souhaits pour une sortie de crise.

La pandémie de coronavirus a fortement impacté notre monde, y compris la Suisse. Au moment où l’on commence à voir la sortie du tunnel, Antoine Schluchter, pasteur à La Vallée de Joux, se demande ce que nous pouvons [nous] souhaiter.

À l’issue du premier culte célébré après la pandémie, une petite demoiselle revient de l’école du dimanche, perdue dans ses pensées, quand soudain, elle aperçoit son cousin : des semaines qu’ils ne s’étaient pas revus. Son visage s’illumine, elle court vers lui, le soulève du sol et se met à danser : la joie des retrouvailles à l’état pur. On a envie de se dire plein de choses ; et de s’en souhaiter au moment de se quitter. Mais se souhaiter quoi ? – La santé, comme la plupart du temps ? Depuis la pandémie, il me semble qu’on formule d’autres vœux : en gros, qu’on en sorte. D’accord, mais s’en sortir pour entrer dans quoi ? Une reprise là où tout s’est arrêté ? – Pas sûr que ce soit possible, ni même souhaitable. Au Foyer Agapê durement touché par le COVID, ce n’est clairement pas possible. Les résidents qui y sont revenus ont été ravis mais ils ont vite déchanté parce que ce n’est plus comme avant, il y a beaucoup moins de liberté, de spontanéité. En y retournant faire des visites, je les ai sentis passablement déboussolés.

Dans le monde du travail, ce qu’on souhaite, c’est de se remettre à l’ouvrage. Permettre la subsistance des siens, la survie de l’entreprise. Dans les écoles, les enfants interviewés n’évoquent pas leur bonheur de refaire des maths, mais celui de la cour de récréation avec les copines, les copains. Pareil pour les jeunes dans les parcs, au bord du lac ou d’un terrain de foot. Quant aux grands-parents, il suffit de les voir couvrir de baisers leurs petits-enfants.

Besoin viscéral de renouer les liens ; et le sourire béat des petits.

Cela dit, cette crise, et c’est surprenant, voire choquant, a aussi fait des heureux tout en-haut et tout en-bas de l’échelle sociale : les milliardaires et les prisonniers. Certains ont vu leur fortune augmenter tandis que les autres ont recouvré la liberté. Une sorte de grâce imméritée, surtout pour ceux qui croupissaient derrière les barreaux. Et pour vous, et pour nous : quels souhaits de sortie de crise avoir, quels vœux échanger ? Le passage biblique phare de 2 Corinthiens 13, 13 y répond en un mot-clé : bénédiction !

La grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous.

Tel un caillou jeté dans l’eau, il provoque des cercles concentriques au nombre de trois. C’est une bénédiction divine, trinitaire et effective ; autrement dit, une bénédiction dynamique qui nous met en mouvement pour la transmettre plus loin plutôt que la garder jalousement.

1° Une bénédiction divine

Ce matin, nous méditons un verset qui inclut tous ces éléments de la bénédiction. Il est comme caramélisé de tout le suc de l’Histoire du Salut. Proposé non seulement comme parole initiale –c’est le cas dans la messe ou finale comme souvent au culte, mais en qualité de lecture biblique à part entière.   C’est le cœur battant de ce très spécifique dimanche dit de la Trinité.  Pendant 90 jours, nous avons navigué dans les temps du Carême et de Pâques. Au milieu desquels est plantée la Croix, avant de basculer vers le don de l’Esprit et, pour nouer la gerbe, nous accueillons la bénédiction du Dieu Père, Fils et Saint-Esprit.

Rétrospectivement, Dieu s’est révélé comme Créateur, comme Protecteur, comme Père ; Il s’est ensuite présenté comme Fils, être de chair, comme Sauveur dans les évangiles et enfin comme Présence, soutien, inspiration, habitation de l’Esprit en nous. Et avec lui, par lui, du Père et du Fils : « Moi et le Père, nous ferons notre demeure en lui. » On est au bout de la Révélation de Dieu et de son mode d’action dans le monde. Rien ne viendra s’y ajouter – ni message ni prophète – jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous. Comment ne pas se souhaiter la bénédiction divine ? – Sa bénédiction, sinon rien.

2° Une bénédiction trinitaire  

Ce qui est frappant dans ce verset, c’est qu’il s’agit d’une triple bénédiction trinitaire. Avec trois souhaits portés, manifestés, réalisés chacun par une Personne de la Trinité. C’est un peu le tiercé dans le désordre, on commence par le Fils. Mais c’est voulu : « Quiconque m‘a vu a vu le Père », dit Jésus ; il le met en lumière. Pour résumer l’apport du Fils, c’est le mot grâce qui est utilisé : le Fils nous apporte la grâce, la bienveillance, la faveur divine et manifeste ainsi, dans le concret, l’amour de Dieu le Père. La grâce manifestée dans l’œuvre et dans le don du Fils révèle le caractère profond du Père : son amour. « Dieu est amour », écrira saint Jean. On peut le formuler autrement : parce que Dieu est amour, Jésus nous fait don de la grâce. Enfin, comme l’huile dans les rouages ou les antennes dans les transmissions, l’Esprit est communion, relais ; et il n’émet que des ondes positives. Et comme un bon câble, il y a trois brins dont la mise à terre si je puis dire. Par l’incarnation de Jésus, sa mise en terre et son départ vers le Père avec le don de l’Esprit.

3° Une bénédiction effective 

Une bénédiction divine, une bénédiction trinitaire, une bénédiction effective. Avec ses trois dimensions qui sont en fait les plus fondamentales de toute existence. La grâce qui répond au besoin d’un regard favorable posé sur soi. C’est ce qui constitue l’enfant, le nourrisson et ce sans quoi il sera toujours inquiet. L’amour, ce mot qu’on galvaude peut-être mais dont on ne peut pas se passer. Aimer et être aimé nous donne notre place et donne sens à nos existences. Et comme on ne peut pas vivre tout cela en se regardant dans le miroir ni non plus à travers un écran, fût-il tactile, il nous faut de la communion, du lien. C’est ce qu’on appelle une bénédiction effective, porteuse d’effets concrets dans nos vies. 

On sent bien que ces trois souhaits sont complémentaires, inséparables, fusionnels. Imbriqués les uns dans les autres avec des frontières poreuses, des apports permanents. La grâce n’est pas pensable si elle n’est pas motivée par l’amour et l’amour sonne creux comme un estagnon vide s’il ne produit pas la grâce. Et toute cette dynamique relie, connecte, met en lien, fait la différence. Voir se poser sur soi un regard favorable plutôt que critique et destructeur. Se sentir aimé plutôt que méprisé ; ou pire, objet d’indifférence. Se retrouver associé, intégré, inclus plutôt que seul, mis de côté ou écrasé. Je crois vraiment que ces trois souhaits répondent à trois des plus grands besoins humains.

Et puis, il ne s’agit pas de vœux tributaires de nos variations d’humeur ou de relations, il s’agit de la grâce de Jésus-Christ, de l’amour de Dieu et de la communion du Saint-Esprit. Une grâce pas ‘’billig’’, à bon marché : Jésus a offert sa vie. Un amour sans retenue : Dieu a donné son Fils. Et une communion qui est le choix fait par Dieu de nous relier à lui par le Saint-Esprit.

En mouvement

Nous pourrions passer encore pas mal de temps à creuser ces trois souhaits, à approfondir la nature des trois personnes de la Trinité, leur échange incessant ; et ce ne serait pas du temps perdu. Mais pour conclure, j’aimerais simplement souligner l’idée de mouvement. Dieu révélé comme Père, Fils et Esprit n’est pas statique. Aristote, le philosophe, disait qu’au-dessus de tout il y a le moteur non mû, pas dépendant d’une source d’énergie extérieure. Un peu à la manière d’une pendule Atmos. C’est terriblement statique comme vision.

Tandis que la révélation biblique nous présente un Dieu en perpétuel mouvement ; ça bouge en permanence, il y a une Histoire du Salut, des relations de Dieu avec nous. La grâce de Jésus est offerte avec dynamisme aux humains que nous sommes. L’amour de Dieu vient jusqu’à nous et nous relève. Et la communion de l’Esprit nous associe à la vie du Dieu trois fois saint.

Eh bien, frères et sœurs, notre vie chrétienne aussi est – et doit être- mouvement. Mais pas en mouvement de soi à soi, c’est la limite de la pendule Atmos. Il s’agit toujours d’un mouvement vers l’extérieur, vers le monde. Vers autrui pour lui manifester cette grâce, cet amour et cette communion. 

Dans le fond, ce que Paul souhaite aux Corinthiens pour les bénir – et vous avez entendu dans la lecture que cela résonne comme une dernière parole de sa part – eh bien, nous sommes invités à le souhaiter et à le manifester au monde, à être bénédiction pour le monde à qui Jésus a manifesté la grâce : le monde que Dieu a tant aimé, le monde mis en lien par l’Esprit.

Que se souhaiter, que souhaiter au monde ? – Une bénédiction sinon rien, une bénédiction qui vient de Dieu et se déploie par le Fils, le Père et l’Esprit. Effective pour les humains en attente de grâce, d’amour et de communion.

Alors, que Dieu vous bénisse :

Le Père dont l’amour est sans limites.

Le Fils dont la grâce est surabondante.

Le Saint-Esprit dont la communion est parfaite, amen.

Un foi dépassée ?

Dans cette méditation, David Bouillon a été inspiré par le chœur médiéval de l’église de Corsier-sur-Vevey. Il est orné d’anges peints sur les murs et éclairé par un vitrail où est représenté l’agneau immolé triomphant du dragon, vitrail surmonté d’un Christ siégeant en gloire.


En entrant pour la première fois dans ce temple de Corsier en septembre 2017, j’ai immédiatement ressenti la force de ce lieu. Encore aujourd’hui je suis souvent ému aux larmes en raison d’un fort sentiment de la présence de Dieu. Comme je suis professeur de théologie pratique, le réflexe est de m’interroger sur les raisons de cet état de fait. Est-ce le style du culte qui en serait la cause ? Est-ce la place donnée à la louange, à la spontanéité, à la participation… Je crois qu’une des explications qui doit être donnée tient au lieu même où nous rendons un culte au Seigneur.

En effet, l’architecture de ce temple n’a rien de très protestant. C’est normal, cette église fut construite bien avant la Réforme et – en dehors de la sono et du beamer (vidéo-projecteur) – n’a rien de vraiment moderne. N’être ni protestant, ni moderne, c’est plutôt frustrant pour une Eglise Réformée qui se veut toujours à l’avant-garde de la foi. Certes nous cultivons aussi une forme de nostalgie du passé qui, bien qu’il ait pu être glorieux, n’en est pas moins passé. Ainsi, ici à Corsier, nous rendons un culte dans un lieu qui n’est ni franchement protestant ni résolument moderne ! Et nous le faisons aussi d’une manière qui n’est pas rigoureusement calviniste. Et pourtant, nous y ressentons la présence agissante du Seigneur !

Essayons d’imaginer à quoi ressemblerait une église – un temple – qui satisferait aux critères d’une foi protestante d’avant-garde. D’abord, en vertu du principe du « sacerdoce universel des croyants », il n’y aurait plus ce chœur. Car, pour le christianisme d’avant la Réforme, le chœur était l’équivalent du lieu très saint dans le temple : un espace interdit au commun des fidèles et réservé au seul clergé. Mais supposons que malgré tout nous décidions de garder le chœur – ce que les protestants de Corsier ont décidé – il faudrait alors apporter un certain nombre de mises en garde. La première porterait sur la vision du monde qu’il représente : les anges, le Christ en gloire, le triomphe de l’Agneau, l’unité des 4 Evangiles… Tout cela, pour le protestant qui se veut de son temps serait à grandement expliciter. Certains utiliseraient même le mot savant de « démythologisation ». En effet, comment peut-on croire en notre époque héritière des Lumières, qu’il existerait cette sorte de monde invisible dont les représentations de ce chœur sont le signe ? La science se limite à l’étude rationnelle des phénomènes ; les anges, Agneau, dragon ne franchiront donc jamais le seuil de nos laboratoires ni ne se plieront à la mise en éprouvette. Le protestant éclairé et qui ne veut pas basculer dans l’agnosticisme dira donc que tout cela n’est que symbole. Et comme le grand philosophe protestant Paul Ricoeur l’a écrit : « le symbole donne à penser ». Mais donne-t-il à croire ? Le résultat est que si nous devions construire un temple à Corsier selon cette logique moderne, nous risquerions de bâtir un lieu sans y inclure un chœur tel que vous l’avez devant vous. On garderait peut-être quelques photos à titre de souvenir d’une époque révolue, ou alors par souci du patrimoine on maintiendrait les lieux en l’état mais comme une sorte de musée des croyances révolues. Les plus iconoclastes (ce qui est assez protestant) raseraient cet espace en le justifiant de nombreux arguments théologico-philosophiques.

Conclusion : le protestant éclairé n’a pas besoin d’espace sacré, n’a pas besoin d’une vision mythique de l’univers, n’a pas besoin d’un Dieu trônant dans le ciel et jugeant la création (même si le juge est aussi doux qu’un agneau); il refuse de réduire l’abyssale question du mal à l’image naïve d’un dragon piétiné par l’Eglise !

Malheureusement le protestant éclairé risque aussi de ne pas prendre la parole de Dieu au sérieux, ce qui pour un adepte du « sola scriptura » est pour le moins étonnant. Au travers de nos trois lectures, je voudrais dire pourquoi le chœur de Corsier est un témoignage puissant en faveur d’une vision des choses qui, si elle n’est pas moderne, n’en demeure pas moins profondément biblique et fidèle à la Bonne Nouvelle.

Le temple (que ce soit celui de la Bible ou celui où nous sommes) est un lieu de victoire. Dire cela c’est aussi en même temps souligner que pour les croyants de tous les temps, la fidélité au Seigneur suppose un combat et une résistance. Il y a des adversaires et il y a surtout UN adversaire, le malin. Ce dragon représenté vaincu sur le vitrail du chœur.

Le lieu du temple, l’édifice en lui-même n’a rien de sacré. Cela évidemment plait au protestant que je suis. Pour la Bible, Dieu ne sacralise pas les pierres et peu importe que le temple d’Esdras soit moins splendide que celui de Salomon. Jésus aussi ne se laissera pas impressionner par le « bling bling » du temple d’Hérode. Ce qui importe, c’est la rencontre avec le Seigneur, c’est d’être édifié sur la « pierre de fondation » qu’est Jésus. Le chœur du temple, même si en français on l’écrit avec un H, nous rappelle que le Seigneur ne veut pas que nous restions sur le seuil, ni même assis dans les bancs de la nef, mais que nous le rencontrions dans le cœur à cœur du chœur ! Et quel message puissant que la table de la Cène soit placée au cœur du chœur.

Ce cœur à cœur n’a rien d’une religion sentimentale. Ce qui est représenté dans ce chœur (anges, évangélistes, Agneau vainqueur) n’est pas uniquement symbolique même si ce ne sont encore que des images. Paul nous proposerait de voir tout cela comme un reflet des réalités éternelles. Mais – nous le savons – un reflet n’est pas une fiction sinon nous renoncerions à nous faire beau devant le miroir. Ce que ce chœur rappelle à notre génération désenchantée, incrédule, soumise au mal et à la mort, c’est qu’il existe un royaume de Dieu, c’est que Dieu est Seigneur, que Jésus est vainqueur, que l’Esprit est le Consolateur. Ceux qui ont construit cette église et décoré ce chœur croyaient réellement à cela. Cette foi enracinée en Dieu et dans sa Parole n’est pas une foi révolue, celle du Moyen Age que la Réforme et la Modernité seraient venues corriger. Au contraire, c’est plutôt notre relativisme protestant, notre agnosticisme intellectuel se prétendant rationnel qu’il s’agit de questionner.

Petite conclusion très pratique : nous allons prendre un chant de louange (JEM 519 A l’Agneau de Dieu soit la gloire). Je vous invite à deux choses…

  1. Pendant le chant, venez déambuler dans le chœur. Approchez de ces réalités éternelles auxquelles nous serons bientôt associés quand le Royaume de Dieu viendra dans toute sa plénitude.
  2. Et si vous restez à votre place, levez les mains en chantant. Ce geste n’est pas réservé à ceux que l’on qualifie de charismatique, mais exprime qu’au-dessus de nous mais aussi tout autour de nous, Dieu est présent et règne. Lever les mains est aussi un geste lourd de sens dans notre monde et dans nos églises qui ne croient plus au ciel.

Pasteur David BOUILLON (UNEPREF), professeur de théologie pratique à la HET-PRO (St-Légier)

Prédication apportée le dimanche 4 mars 2018

Se réincarner ou ressusciter avec Christ ?

Pierre-Yves Paquier se positionne ici très clairement par rapport à la réincarnation à la lumière de l’Evangile. Voyez plutôt !

– Il était mort, il est ressuscité !

Etes-vous conscients, chers paroissiens et auditeurs, qu’une personne sur quatre préfèrerait sans doute m’entendre dire:

– Il était mort, il s’est réincarné !

3 exemples:

Un ami me confiait l’autre jour: – « J’ai de la peine à admettre la résurrection; l’idée de réincarnation me paraît plus abordable ! » 

Des jeunes renchérissaient: – « Au rancart ces vieilles conceptions bibliques, on a certainement plusieurs vies pour s’en sortir !! »

Enfin, un reportage récent affirmait que de plus en plus de gens se font soigner par des thérapies basées sur la réincarnation et sur les vies antérieures. Cela s’appelle la régression.

L’actrice Shirley Mac Laine par exemple prétend qu’elle a vécu 140 fois !

C’est vrai qu’ils sont très nombreux aujourd’hui à être séduits par cette théorie orientale. Beaucoup ont tant de mal à penser que leur vie prendra fin et qu’ils devront mourir un jour, qu’ils préfèrent envisager des «prolongations»…  C’est peut-être un leurre, mais ils ont l’impression que ça leur permet de mieux supporter maladies, drames et injustices de cette terre. 

Ce décor moderniste posé, que faut-il croire, chers amis ? 

Doit-on entrer là-dedans puisque c’est à la mode ? Serait-ce compatible avec l’Evangile, bien que la confession de foi de tout à l’heure parle d’une vie éternelle et non d’un cycle de vies ?  

Pour nous faire une idée, c’est avant tout sur la personne de Jésus-Christ que je voudrais fixer votre attention.

Rejoignons-le en un lieu précis; c’est un endroit où la mort a toujours raison!  Jésus est avec une femme, Marthe, et celle-ci lui fait des reproches à propos d’un certain Lazare. 

– Maître, Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort !

Imaginons maintenant ce qui aurait pu suivre…

Oui, imaginons le Christ posant sa main sur Marthe et disant:

– Allons, calme-toi, tout n’est pas fini, l’âme de ton frère trouvera un autre corps pour une autre vie: tout va continuer ! 

Marthe aurait dû se contenter de cela, et Jésus aurait pris congé.

Ah! et puis j’y pense : il y a cet épisode sur une colline.

2 terroristes d’il y a 2000 ans hèlent ce crucifié épinglé par les Romains. Ca sent la peur, ça sent la fin. Soudain, l’un d’eux, taraudé par ce qui l’attend de l’autre côté, interpelle Jésus. 

Dans le silence du Calvaire, imaginons alors cette réponse:

– Ne t’en fais pas, mon vieux, tu as encore 5 ou 6 existences pour te racheter: ce n’est qu’un mauvais moment à passer !!

Eh! bien le brigand serait mort, désabusé, bien loin du nirvana.

Mes amis, est-ce à cela que près d’un Européen sur 4 veut croire ? Est-ce là votre espérance ?  Est-ce là ce qui a pu transformer les disciples, sidérés qu’un tombeau fût trouvé vide à Jérusalem: un vague sentiment que tout recommence indéfiniment…?  Non.

Ce qui les a changés, c’est d’avoir revu un Vivant !

« Tout le monde se réincarne parce que tout le monde est frustré » ai-je lu. Or cette frustration, seul Jésus-Christ peut la transformer.

Il y a une vie après cette vie, mais ce n’est pas le cycle infernal imaginé par les mystiques orientaux ! 

Vous savez, l’âme survivrait – soi-disant – pour expier les fautes d’une vie précédente: elle pourrait se loger successivement dans une plante, un animal puis dans une catégorie d’être humain…  

Tout cela, pour garder l’illusion qu’on ne disparaît pas et qu’on peut se sauver par paliers, sans jamais savoir ce qui nous attend. 

La foi chrétienne dit tout autre chose :  que le Christ est venu nous rejoindre pour ne pas nous laisser seuls ; qu’il a tout donné et triomphé de la mort, pour que la perspective de ressusciter un jour nous tire en avant et nous fasse aimer la vie !   

Voilà la bonne nouvelle de Pâques, la certitude venue jusqu’à Marthe, au brigand, jusqu’à ce monde triste, jusqu’à nous !

Et Christ a joint les actes à la parole:

– « Marthe, ton frère va se relever de la mort ! » Et il le ressuscite.

Au brigand condamné: – « Tu peux me croire, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ! »  Pensez-vous que le Fils de Dieu aurait dit des balivernes juste avant de mourir ?

Contrairement à Bouddha, notre Seigneur est ressuscité corporellement à son tour. Il s’est fait voir pendant 40 jours…  

C’est quelque chose de fou, de grand, d’authentique. 

Une certitude à côté de laquelle la réincarnation fait pâle figure. Par la résurrection, la porte de la présence divine nous est définitivement ouverte: quelle joie !

Dans un vieux cimetière allemand se trouvait une tombe assez bizarre: c’était celle d’une comtesse qui se vantait qu’il n’y avait plus rien après la mort. Pourtant, dans ses dernières volontés, elle avait demandé qu’on couvre son tombeau d’une épaisse dalle de granit, maintenue à une bordure par des crampons de fer. On y lisait : DEFENSE D’OUVRIR CETTE TOMBE !

Mais voici qu’une graine de printemps, emportée par le vent, vint se loger entre la bordure et la dalle. Personne ne vit rien, personne n’arracha la pousse qui devint arbre. A tel point qu’en grandissant, il fit céder les crampons et brisa la pierre tombale…

Chers amis, que la résurrection heurte ou non votre raison, le fait est qu’une graine peut suffire pour ouvrir le tombeau d’une comtesse. Une parole de Dieu suffira aussi un jour pour tirer de la poussière son être qui ressuscitera. Et le vôtre aussi. 

Tout est là : quelle superbe perspective la résurrection donne au croyant; mais quelle raison de trembler pour l’incroyant ! 

Oui, Jésus rend la vie, mais l’as-tu reçu dans ton jardin secret ?

Un problème bien réel demeure : pour nos contemporains cette résurrection n’est pas évidente à concevoir, elle défie l’entendement : peut-être est-ce votre cas aussi au bout des ondes…

Il y a 19 siècles, à Athènes, cela divisait déjà les esprits. Ecoutez:

«A ces mots de résurrection des morts, les uns se moquèrent, les autres déclarèrent : – Nous t’entendrons là-dessus une autre fois. Certains pourtant crurent…» (Actes 17/32+34).

«Les uns se moquaient de Paul».  Ben voyons ! Comment prendre au sérieux un scoop aussi ahurissant. Logiquement (et les Grecs s’y connaissaient en logique), c’est impensable.

«Pour d’autres,  on verra ça une autre fois». Là, ce n’est pas à proprement parler un refus, mais une façon d’éluder la question. Il faudrait en reparler, mais on a le temps:  – « laissez-nous vivre et nous éclater avant de penser à cela ! »

«Certains pourtant devinrent croyants». J’aime ce pourtant. Il est respectueux des autres positions.  Il signifie que des hommes et des femmes d’il y a 2000 ans ont été convaincus que le Christ était bel et bien revenu à la vie, et que ça les touchait.

Ce matin, je vous demande : Où vous situez-vous ?

Parmi les moqueurs ?  Vous pouvez en rire, ça ne change rien à l’affaire: ce ressuscité nous jugera un jour.

Ou êtes-vous de ceux qui remettent ça à plus tard ? Tu sens bien que ta vie ne peut se limiter à quelques dizaines d’années. Tu réalises qu’une conception purement matérielle de l’existence ne suffit pas. Mais pour l’heure tu as d’autres choses en tête, tu n’as pas envie de parler de ça. Dommage !  

Parce que, tu sais, l’espérance de la résurrection ne se résume pas à une espérance d’accueil après la mort; mais c’est d’abord la joie de savoir Quelqu’un avec toi tous les jours…

Le cadeau de te sentir aimé, rejoint, compris, là où tu en es. Alors, n’attends pas trop longtemps! 

Enfin, 3ème possibilité : tu y crois, toi aussi… Comme à Athènes, Denys, Damaris et d’autres, tu as saisi la vie et l’immense espérance qui viennent du Ressuscité.  

Alors, heureux es-tu, si tu n’as pas besoin de tout savoir sur la vie et sur la mort, de tout comprendre, pour faire confiance à Celui qui s’offre pour être ton chemin, ta vérité et ta vie !   L’important n’est pas de connaître le pays où l’on va, mais d’avoir le bon guide

Mes chers amis, Lazare était mort et enterré: ; Christ lui a rendu la vie. Mais il y a plus : non seulement Dieu ressuscite les morts, mais il peut changer la destinée des vivants, de ceux et celles qui, un jour, l’appellent et lui font confiance !

Ce n’est pas d’un meilleur karma que vous avez besoin, qui que vous soyez, mais d’un Sauveur vivant à vos côtés; car le salut ne s’obtient pas en sautant d’une existence à l’autre, mais en se liant d’amitié ici-bas avec celui qui a dit:

« Quiconque croit en moi vivra, même s’il doit mourir un jour« !

Telle est la Parole de Dieu, bien différente des idées à la mode.

Voilà, ce message n’est sans doute pas plus populaire qu’il y a 2000 ans à Athènes, mais c’est la vérité. Une vérité que l’ancien athée André Frossard faisait miroiter ainsi à Bernard Pivot : 

 » Par hygiène, je pratique le golf (18 trous), 

et par passion, la foi chrétienne qui, elle, 

se joue sur 1 seul trou… 

Avec Jésus-Christ passé par là, je suis sûr de mon affaire ! »

                       Amen

Lectures bibliques :

Luc 23 v39-43

Jean 11 v17-27

Actes 17 v27b-34

Pierre-Yves Paquier, pasteur

Etonnez-vous !

Face au Ressuscité, nous dit Luc Badoux, nous courons deux risques : ne pas croire… ou ne pas nous étonner. A la suite de l’évangile de Luc et de G.F. Handel, il nous invite à redécouvrir l’inouï de la résurrection !

A l’adolescence, j’ai appris une phrase qui m’est restée. Ma maman avait eu la bonne idée de la coller sur une porte, la porte que j’ouvrais le plus souvent : la porte du frigo ! Cette phrase est de St Exupéry : « Tout est dur quand on perd le goût de Dieu. » Oui, j’ai gardé cette phrase. A tous les parents qui cherchent à faire passer un message à leurs adolescents, je ne peux que dire : « Essayez le frigo ! ». 

A force donc d’ouvrir le frigo, je suis devenu pasteur, convaincu que le goût de Dieu, c’est précieux. Ce goût de Dieu, comment le trouver? Comment ne pas le perdre ? Comment ne pas le perdre quand on souffre ou au contraire quand le confort et la facilité nous endorment ? A chacun pour soi-même de répondre à cette question. Mais en ce dimanche après Pâques je vous propose de le faire à la lumière du texte de l’évangile de Luc que nous venons d’entendre : Luc 24.36-48.

Jésus se présente au milieu de ses disciples qui deux jours plus tôt l’ont vu mourir. Il leur dit « La paix soit avec vous. » Mais sa présence produit l’effet inverse. Plutôt que de se retrouver apaisés, ils sont paniqués, saisis de crainte et même de terreur, nous dit Luc. Pour la paix, ça paraît raté. Sauf, sauf, si c’est le point de départ de tout un cheminement. 

On constate en effet, dans nos vies, qu’à l’origine de la foi en Dieu ou d’un approfondissement de notre foi, il y a souvent un moment où on a eu peur, une situation difficile, un manque.
Les situations de manque ou d’épreuve nous rendent réceptifs à Dieu. Elles lui permettent de manifester qui il est. Elles permettent au Christ de nous apporter la paix, la consolation ou une nouvelle manière d’envisager notre vie. C’est précisément ce qui se passe pour les disciples saisis de frayeur et de doutes. 

Mais, pour être gagnés par la paix, il faut qu’ils participent. C’est pourquoi Jésus les interpelle: « Regardez mes mains et mes pieds. Plutôt que de rester dans la peur et dans les doutes, approchez-vous, touchez-moi, éprouvez la réalité de ce que je vous dis. Ne restez pas à distance à ne pas savoir si je suis un fantôme. » 

Jésus a besoin que nous prenions sa résurrection au sérieux et, si nécessaire, que nous vérifiions si ça nous paraît vrai. 

A ses disciples, Jésus propose même de manger quelque chose devant eux. Ils lui donnent alors un morceau de poisson grillé. Il le mange. C’est à ce moment que la frayeur des disciples tourne en joie et en étonnement. Ils n’ont pas encore passé à la foi, mais déjà de la peur à la joie et du doute à l’étonnement. 

C’est un moment décisif. Les moments où l’on peut s’étonner de ce que Dieu a fait sont des moments privilégiés. J’espère que vous en avez connus ou que vous allez en connaître. 

Ça me rappelle une de ces merveilleuses histoires juives qui rapporte qu’au moment où Dieu créa le monde, quatre anges s’approchèrent de lui.
Le premier demanda : « Comment t’y prends-tu ? »
Le deuxième continua en lui disant : « Pourquoi fais-tu cela ? » 

Le troisième enchaîna : « A quoi ça va servir ? »
Le premier était un scientifique, le deuxième un philosophe, le troisième un agent immobilier.
Le quatrième ange observait la scène de la création du monde avec étonnement ; il se mit, lui, à applaudir. 

Devant la résurrection de Jésus, nous sommes souvent comme les trois premiers anges. Il y a en nous un peu de ces différentes questions qui se bousculent. Beaucoup sont comme le scientifique : pour croire au ressuscité, ils veulent savoir comment Dieu s’y est pris. Ils aimeraient qu’on leur démontre que c’est possible. D’autres tiennent davantage du philosophe : pourquoi Dieu aurait-il fait cela ? Est-ce bien raisonnable ? Et puis il y a l’agent immobilier : à quoi ça va servir ? On va les mettre où tous ces ressuscités ? 

J’ai une prière pour nous tous ce matin, pour tous ceux qui veulent avoir en eux le goût de Dieu. Ma prière, c’est qu’il y ait en nous quelque chose du quatrième ange ; cet ange qui s’étonne avant tout, cet ange qui s’émerveille et applaudit devant la résurrection.
Que ce matin soit un temps pour s’étonner devant le Ressuscité. Pour la plupart d’entre nous, nous avons baigné dans une culture chrétienne, nous avons entendu dès l’enfance qu’après sa mort Jésus était ressuscité. Si bien qu’à l’annonce de la résurrection, nous courons deux risques : celui de ne pas croire, mais aussi celui de ne pas nous étonner. Quelle tristesse si la résurrection n’éveille en nous ni étonnement, ni applaudissement. L’Evangile risque alors fort de ne provoquer en nous ni espérance, ni changement de regard sur la vie. 

Les disciples, après avoir été effrayés et incrédules, après avoir été un peu le scientifique, le philosophe et l’agent immobilier, se sont laissés gagner par la joie et l’étonnement. Ils ont été lents à croire, mais ils se sont étonnés.
Attention, s’étonner n’est pas tout. Pour les conduire à la foi et les amener à annoncer sa résurrection au monde, Jésus leur fait franchir encore une étape. Il leur rappelle tout ce qu’il leur a annoncé. Luc nous dit qu’il leur ouvre l’intelligence. Cela nous est décrit comme étant tout un travail. Cela passe par un plongeon dans les Ecritures. Jésus leur explique que ce qui lui arrivé est annoncé dans les livres des prophètes, Esaïe, Jérémie, Zacharie et dans les psaumes. Il explique que sa passion et sa résurrection, c’est l’aboutissement de l’œuvre de Dieu, c’est comme un fruit qui a longtemps mûri, comme une fleur qui éclôt après des mois de préparation. La résurrection n’est pas un événement isolé mais l’aboutissement de l’action de Dieu qui a toujours voulu que la vie triomphe de la mort et que le bien triomphe du mal. C’est par cette immersion dans les textes bibliques que les disciples passent de l’étonnement à une foi construite et solide. Il a fallu que leur foi soit solide pour se laisser envoyer par Jésus comme témoin de sa résurrection devant toutes les nations. Eux qui se cachaient, qui ont conçu non seulement de la peur mais une véritable frayeur devant le Ressuscité, ils vont aller au devant des nations pour témoigner de sa résurrection. 

Il y a trois semaines j’étais à Dehli en Inde avec des collègues pasteurs. On y a notamment rencontré l’évêque de l’Eglise Mar Thomas. Il fait remonter les débuts de leur communauté à l’an 52 après Jésus et au témoignage de l’apôtre Thomas. Vous savez, Thomas, celui des douze qui ne voulait pas croire en la résurrection de Jésus tant qu’il n’aurait pas vu la marque des clous dans ses mains. Apparemment, lorsque Jésus est venu à sa rencontre, l’étonnement et le bouleversement de Thomas ont été assez profonds et sa foi assez solide pour qu’il aille ensuite jusqu’en Inde annoncer qu’en Jésus la vie était plus forte que la mort. Et cela fait 1960 ans que des Indiens, génération après génération, et de plus en plus aujourd’hui, s’étonnent et applaudissent le Ressuscité avant de s’en faire les témoins. 

J’ai aussi découvert récemment la vie de Haendel, le compositeur de musique classique. Haendel avait un caractère prompt. C’est dit poliment. En français courant, il était insupportable, il s’emportait contre les chanteurs qui ne respectaient pas ses consignes. Il mangeait, buvait beaucoup trop. Il avait sûrement des qualités, mais à Londres où il a vécu la deuxième partie de sa vie, on l’appelait le « gros ours ». Et je ne crois pas que c’était un compliment. 

A l’été 1741, Haendel se sent déprimé, fini. Il s’est relevé d’une attaque cérébrale qui l’avait frappé quatre ans plus tôt, mais il ne parvient plus à composer. Il a perdu sa créativité. En revenant de promenade un soir, il découvre le livret qu’un poète lui a laissé, lui proposant d’en faire un oratorio. Un oratorio, c’est une histoire tirée de la Bible et racontée par un choeur. C’est un opéra sans costumes ni décors. Le livret en question cite le prophète Esaïe qui annonce la naissance, la passion puis le relèvement du Messie. 

La lecture de ces textes opère une œuvre profonde en Haendel. L’abattement qui était le sien fait place à l’étonnement puis à l’émerveillement quand il saisit que ce qu’Esaïe annonce 700 ans à l’avance, c’est ce que Dieu a fait en Jésus. Cet état d’émerveillement dure trois bonnes semaines. Haendel ne mange et ne dort quasiment plus. Il compose. Cela fait quatre ans qu’il ne crée plus rien et là, en 25 jours, porté par les paroles d’Esaïe, il compose le Messie avec ses airs devenus immensément célèbres : « For unto us a child is born » = « Un enfant nous est né » ; autre air connu et toujours en anglais : « He shall feed his flock »  = « Il fera paître son troupeau ». 

L’auditeur est ainsi conduit dans la vie de Jésus jusqu’à sa passion puis à l’exultation du célèbre Alléluia. C’est l’étonnement à son comble. « He shall reign for ever and ever. King of kings and Lord of lords » = « Il règnera pour toujours. Roi des rois, Seigneur des seigneurs ». Cet Alléluia, c’est la manière de Haendel d’applaudir à la résurrection. Ensuite Haendel nous fait redescendre de cet Alléluia sonore avec un air très doux qui porte cette confession de foi : « Je sais que mon Rédempteur est vivant ». Haendel s’est d’abord trouvé étonné, surpris à la lecture des textes bibliques. Puis il a été comme emporté par le message de l’Evangile et de la résurrection. Il a applaudi à sa manière, en composant la musique. Il a cru et il s’est fait le témoin du Christ ressuscité. 

À la première représentation du Messie, à Londres, le roi George II, lointain ancêtre d’un petit George fils de William et Kate, s’est levé pendant le chant de l’Alléluia. Personne n’a su pourquoi il le faisait, mais tout le monde a suivi son exemple. La tradition veut aujourd’hui encore que l’auditoire se lève pour cet Alléluia. Ce peut être vécu comme une manière de saluer ou d’applaudir l’œuvre de Dieu dans la résurrection. 

Déjà de son vivant, Haendel s’est trouvé mondialement connu pour cette œuvre. Mais pour en parler, il a dit « Dieu m’a rendu visite ». Et il lui a paru naturel que les profits considérables de son œuvre soient distribués aux prisonniers, aux orphelins et aux malades. Pour parler de la découverte qu’il avait faite, il a dit : « J’ai été moi-même très malade et je suis maintenant guéri. J’étais prisonnier et j’ai été délivré. » 

Dieu lui a rendu visite. Comme Jésus a rendu visite à Thomas qui, dans sa stupéfaction, s’est exclamé « Mon Seigneur et mon Dieu ». Comme il veut nous rendre visite à nous qui ne sommes sûrement pas plus incrédules que Thomas, nous qui n’avons pas pire caractère que Haendel. 

« Engagez-vous ! » disaient les Romains aux recrues potentielles. 

« Indignez-vous ! » dit le philosophe Stéphane Hessel en regardant le monde. 

Et moi, au nom de l’Evangile, je vous dis : « Etonnez-vous ! L’incroyable s’est produit. Que vous ayez de la facilité ou de la difficulté à croire, étonnez-vous. » C’est l’entrée du chemin de la foi, du chemin de la louange et de l’espérance. C’est souvent en s’étonnant devant la beauté de la création, devant l’œuvre du Dieu Créateur que vient le goût de Dieu. Pour Haendel, c’est en s’étonnant devant le Dieu Sauveur et la résurrection de Jésus que le goût de Dieu est revenu. C’est à partir de son étonnement qu’a grandi en lui l’envie de témoigner du Ressuscité, de la vie plus forte que la mort. C’est ainsi que lui est venue l’envie d’applaudir à la résurrection. 

Chers amis, je vous invite à vous étonner devant la résurrection et à applaudir le Ressuscité. Amen 

Prédication prononcée par Luc Badoux à La Vallée de Joux, dimanche 1er mai 2011.

Les trois lectures bibliques étaient :

Esaïe 52.13 – 53.3 + 53.8-10 ; I Pierre 1.3-5 + 10-11 ; Luc 24.36-48.

Il vit et il crut !

PREDICATION DE PAQUES par Bertrand Amaudruz :

« Il vit et il crut » Jean 20/1-8 

Une foule crie : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » 

Puis la même foule, manipulée : « Crucifie! A mort! »
Des bruits de troupe, bardée de métal, des enfants qui crient, trahison et fuite.

Jésus arrêté, torturé, crucifié. 

Quelques femmes et Jean restent et pleurent. Ils entendent un grand cri : « Pourquoi? » 

Ténèbres, la terre tremble, des morts ramenés à la vie et le silence. 

Le reste des disciples, volatilisés et comme terrés; ils sont paumés ; ils ne comprennent plus ni le sens des paroles de leur Maître ni la fin violente pourtant annoncée. Qui avons- nous suivi? 

Pourquoi lui et pas un autre? 

Avant ces événements, il y en avait eu un autre, essentiel : la réanimation de Lazare, ami de Jésus. Ses soeurs étaient venues en hâte le chercher après le décès de leur frère. Arrivés au tombeau, Jésus avait crié fortement : « Lazare, sors! » 

Lazare arrive à l’entrée du tombeau; Jésus ordonne : « Déliez-le ! ».
A titre d’information les Juifs n’embaumaient pas leurs défunts comme le faisaient les Egyptiens pour leurs célébrités; les Juifs faisaient la toilette du corps. 

Les produits amenés par Joseph d’Arimathée soulignent sa déférence envers le Seigneur: le corps était enveloppé d’un linceul et les linges funéraires étaient enroulés autour de la tête et autour du thorax, avec les bras sur celui-ci ou le long du corps, enfin le dernier sur les chevilles. 

« Il vit et il crut. »
Marie de Magdala arrivant au tombeau est choquée de l’absence du corps de son Seigneur. Des anges lui demandent : « Pourquoi pleures-tu? » Elle voit un homme, un jardinier pense-t-elle, et lui demande : « On a enlevé mon Seigneur, sais-tu où on l’a mis? » « Marie! » lui dit l’homme d’un ton particulier qu’elle devait connaître; sans être remise de ses émotions elle court vers les disciples pour leur annoncer « J’ai vu le Seigneur! »
Les disciples de la première visite du Seigneur dans la maison cadenassée voient une personne se matérialiser devant eux; ils ont un premier mouvement de recul mais Jésus les rassure, leur montre les traces de ses plaies. 

A la seconde visite de leur Maître, toujours dans la maison fermée, il leur donne des signes de sa double réalité et devant la difficulté de Thomas, Jésus lui dit: « Tu veux voir, tu veux toucher? » Humilié et ébloui, celui-ci tombe à genoux. 

Pour les pèlerins d’Emmaüs, il fait route avec eux et lorsqu’il rompt le pain, ils le reconnaissent.
Puis il apparaît à Pierre, à Jacques, à 500 disciples à la fois, à Saul de Tarse de manière foudroyante et à tant de personnes dans toute l’histoire de l’Eglise de toujours. 

Revenons à Pierre et Jean:
Informés par Marie de Magdala, ils accourent au tombeau. Pierre regarde dedans et ne semble rien dire, Jean s’avance ; « il vit…et il crut ». 

Qu’a-t-il donc vu? Et qu’a-t-il donc cru?
Et depuis quand la foi s’éveille-t-elle à ce que l’on voit ?
Si les linges funéraires avaient été bien rangés sur la tablette, qu’aurait-il pu croire?
Et si les linges avaient été jetés à terre, qu’aurait-il pu croire?
Lors de l’épisode de la réanimation de Lazare, Jean était là en témoin direct et il a soigneusement observé comment cela s’est passé:
une fois le tombeau ouvert et Lazare sorti, Jésus a dit : « Déliez-le !». 

Alors quelque temps plus tard, devant le tombeau du Christ, qu’a donc vu Jean?
Il a vu les linges funéraires et le linceul à la place exacte où ils avaient été appliqués au corps de Jésus, donc non défaits ni rangés (comme je l’ai entendu prêcher quelques fois). 

Il est vrai que ce passage est difficile à traduire. Je me réfère sur ce point à une étude très fouillée du professeur André Feuillet dans la revue théologique Hokhma (No 7). Jean a vu des linges et linceuls simplement affaissés, vides. 

Cet homme, très proche du Christ et fidèle lors de la crucifixion, d’une intuition plus sensible, put croire que Jésus était entré dans un autre registre de vie.
Le ressuscité, dès lors, jouera de ce double mode d’être avec ses disciples jusqu’à l’Ascension et au-delà selon son mode d’être toujours très proche. 

Ainsi, l’intention de Jésus a été de faire constater à ses disciples un certain nombre de faits et l’apôtre Jean en parle d’une manière très touchante dans sa première épitre (ch. 1, v. 1-6)
« Ce qui était dès le commencement,
ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du verbe de vie ;

et la vie s’est manifestée et nous avons vu et nous rendons témoignage et nous annonçons la vie éternelle qui était tournée vers le Père
et s’est manifestée à nous ».


Ce qui soutient notre foi est le témoignage de ces témoins de première main. C’est aussi que le Seigneur s’est plié à leurs limites et les a poussés à constater les faits pour passer de la peur à la joie afin de proclamer la Bonne Nouvelle.
Il est de bon ton aujourd’hui de dire, en Suisse romande, que les disciples ont « vu Jésus par la foi » ; j’ajoute : foi qu’ils n’avaient pas! Or les textes sont clairs et disent tout autre chose, à savoir que ces hommes et ces femmes ont été amenés à constater… ( « Touchez-moi, donnez-moi à manger ! » ). 

Et finalement, c’est en faisant coïncider les prophéties de l’Ecriture au sujet de ce qui est arrivé au Christ qu’ils ont reçu la foi pascale.
Quant à nous, qui avons pris au sérieux ces témoignages de première main; nous, témoins de seconde main, sommes illuminés par le même Saint-Esprit. Quel que soit le point où nous en sommes, Il nous rejoint au moment favorable. Cette amitié avec Jésus n’est pas une suite d’efforts mais de désir, de courage et de consentement. 

Belles Pâques et bonne route ! 

“Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur du Christ.”

Cette prédication de Pierre Bader nous permet de prendre conscience que nous rapetissons souvent Jésus à notre mesure. En explorant la notion de « crainte de Dieu », il nous permet d’entrevoir sa grandeur et sa sainteté.

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Quand on parle de la crainte de Dieu, cela peut réveiller de mauvais souvenirs. Son usage dans certaines spiritualités ou Eglises a défiguré le visage de Dieu et a un peu traumatisé certains d’entre nous.

Et pourtant l’absence de crainte de Dieu est une erreur toute aussi fondamentale. A plusieurs reprises, la Bible dit 

La crainte de l’Eternel est le commencement de la sagesse.”  Psaume 111.10 ou Proverbes 9.10

 Commençons par savoir de quoi nous parlons

Nous opposons facilement “la crainte de Dieu” style très Ancien Testament (foudre, tonnerre, guerres et morts, etc..) à l’amour de Jésus dans le Nouveau Testament (« comme il est mignon le petit Jésus dans sa crèche! »).

Mais nous faisons une erreur théologique et historique: le “petit Jésus” trône au ciel aujourd’hui.

Dans l’Apocalypse, Jean décrit sa rencontre avec Jésus: il entend “une puissante voix telle une trompette” puis “une voix comme la voix des océans”. Il voit quelqu’un qui ressemble à un homme mais dont les yeux sont comme une flamme ardente, dont le visage resplendit comme le soleil avec une épée qui sort de sa bouche.

La vue du “petit Jésus” fait tomber Jean dans la sidération, une des réactions psychologiques et physiologiques à un danger mortel! (Apocalypse 1.9-20)

Il est vrai que le Nouveau Testament fait un usage restreint de l’expression « crainte de Dieu ». Cependant, c’est ce sentiment qui habite les disciples lorsque Jésus démontre par un miracle la présence et l’action de Dieu.

Dans cette relation avec Dieu, la crainte est équilibrée par la confiance. À maintes reprises, quand Dieu se manifeste à un individu, il l’invite à ne pas avoir peur. Il y a là une tension: quand Dieu se manifeste, une crainte apparaît; cependant l’appel à ne pas avoir peur est une invitation à s’approcher et plutôt qu’à fuir cette Présence. 

On entre à genoux dans le lieu très saint

Les sacrificateurs savaient que le grand sacrificateur mourrait instantanément s’il se trouvait sans protection en présence de la gloire de Dieu.

Une tradition nous rapporte que, lorsqu’il allait derrière le voile du lieu très saint, il fallait qu’il y ait assez de fumée pour tout cacher: ne pas voir le Seigneur et ne pas être vu de lui était une sécurité supplémentaire.

Quand Pierre expérimente la pêche miraculeuse, au lieu de se réjouir, il n’en mène pas large : « Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus et dit : «Seigneur, éloigne-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur.» En effet, lui et tous ceux qui étaient avec lui étaient remplis de frayeur à cause de la pêche qu’ils avaient faite.  Il en allait de même pour Jacques et Jean, les fils de Zébédée, les associés de Simon.” Luc 5, 8-10

Jésus ne va pas le rassurer pour le débarrasser de sa crainte de Dieu mais pour lui permettre d’entrer dans sa destinée:  Jésus dit à Simon : «N’aie pas peur, désormais tu seras pêcheur d’hommes.»  Alors ils ramenèrent les barques à terre, laissèrent tout et le suivirent.” Luc 5, 10-11

Nous ne pouvons entrer dans la présence de Dieu que grâce à la croix

Jésus est celui qui nous ouvre la chemin vers le Père; son sacrifice seul nous permet de nous tenir dans la présence de Dieu. 

En ce sens, la croix n’est pas l’antidote à la crainte de Dieu, comme si la grâce venait contrecarrer cette crainte. 

Non, la croix permet de se présenter devant notre Seigneur: elle n’est pas la fin de cette révérence de sa Majesté.

Au jour du jugement, nous serons tellement heureux de porter le vêtement de sa grâce qui couvrira ce que nous n’oserons pas montrer devant la gloire de Dieu.

Dans l’Ancien Testament, la notion de “gloire  » correspond à un mot hébreu qui désigne une réalité qui a du poids. Quand le Seigneur apparait, le poids extraordinaire de sa Présence est expérimenté par les humains et c’est bien ainsi!

Pourquoi la crainte de Dieu est-elle si nécessaire aujourd’hui? 

Si il fut une époque où la crainte de Dieu servait surtout à tenir les gens sous la coupe de l’Eglise ou du roi, aujourd’hui, tout a bien changé. Personnellement, la crainte des autorités se rappelle à moi surtout quand je vois un flash sur l’autoroute!

 Pourtant j’aimerais vous dire pourquoi la crainte de Dieu est tellement nécessaire aujourd’hui.

1. La crainte de Dieu parce que Dieu est Dieu

Vous vous rappelez l’image du buisson ardent. Le feu de cet arbuste est évidemment l’image de Dieu lui-même. Dieu est un feu dévorant (cf. Hébreux 12.29) et on ne joue pas avec le feu!

Mais quelle sorte de feu ? Un feu de colère, de punition, de destruction, de vengeance ? 

Non, la colère de Dieu a été “solutionnée” par le sacrifice de Jésus. Il n’y a plus de colère de Dieu pour ceux qui sont en Christ. Dans le feu du buisson ardent, c’est la passion de son Amour qui brûle. Ce qui nous pousse à la crainte de Dieu, ce n’est pas sa colère mais sa bonté et son pardon.

Mais le pardon se trouve auprès de toi afin qu’on te craigne” Psaume 130.4

2. La crainte de Dieu parce qu’elle est l’antidote à la crainte des hommes

Paul écrit aux Galates, qu’il est en train de confronter avec courage:  Car, maintenant, est-ce que je cherche la faveur des hommes ou celle de Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ?” Galates 1.10

C’est une des question constantes dans ma vie: pourquoi est-ce que je choisis cette solution plutôt que celle-là? pourquoi ce choix théologique plutôt que celui-ci? 

Je crois aussi qu’il y a une question d’ambiance spirituelle. Excusez ce vocabulaire, j’essaye de définir ainsi une réalité culturelle en même temps que spirituelle qui affecte nos valeurs et nos comportements. Je devrais d’abord dire “mes valeurs et mes comportements » !

Je me souviens de cette amie qui voyage dans la monde entier. Elle me disait “j’annonce Jésus sans honte et sans peur dans le monde. Quand je reviens en Suisse, il y a une crainte des hommes en moi! Et pourtant je reste la même.”

Je crois que l’Eglise réformée a les défauts de ses qualités: si elle sait être très attentive aux humains, à la culture et à la société, le revers de cette médaille est la crainte des hommes qui l’habite tellement. Ce souci incapacitant d’être accepté influence énormément nos choix notamment éthiques. J’ai souvent l’impression que cette peur des humains est la source de beaucoup de nos décisions, bien plus qu’une lecture attentive de la Bible.

Dans l’Apocalypse, il y a 2 grandes menaces sur le peuple de Dieu: la persécution et la séduction 

Si les chrétiens de nombreux pays subissent la persécution, dans notre société occidentale, c’est bien plutôt la séduction qui est à l’œuvre : notre accès constant aux médias nous rend particulièrement influencés par les courants de pensée actuels. Difficile à partir de là de se démarquer et d’oser une pensée chrétienne différente.

Face à ce choix entre l’approbation des hommes ou celle de Dieu, Paul est radical:

Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur du Christ. 

C’est exclusif et cela nécessite donc de notre part un choix clair.

La radicalité de l’Évangile

L’Évangile ne se laisse pas maîtriser ou dompter. On ne peut pas récupérer Jésus dans nos systèmes. Nous avons tous “choisi” une théologie: pourquoi celle-là plus qu’une autre ? En fait seul Jésus est la “bonne théologie”. L’appel de Jésus est dérangeant; lorsqu’il ne l’est plus, il y a fort à parier qu’il ne s’agit alors plus tellement de l’Évangile mais beaucoup de nos théologies  !

Cette radicalité ne peut cependant jamais être une excuse pour notre manque d’amour ou de sagesse. 

3. La crainte de Dieu pour nous défier d’aller jusqu’au bout.

Nous connaissons tous ces obéissances partielles et ces compromis dont nous nous accommodons.Cela ne signifie pas que notre obéissance sera parfaite, sinon nous n’aurions plus besoin de Jésus; mais il s’agit d’aller jusqu’au bout de nos obéissances.

Il y a ces traits de caractère que nous tolérons en nous et dont nous savons pourtant qu’ils n’honorent pas Dieu et ne servent pas à aimer les humains.

Paul dira ailleurs : Ayant donc de telles promesses, bien-aimés, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, en achevant notre sanctification dans la crainte de Dieu”. 2 Corinthiens 7.1

La crainte de Dieu nous aide à être conséquents.

Nous pouvons renverser ces ambiances et ces forteresses spirituelles en répondant clairement à la question que Paul pose :

“Est-ce que je cherche la faveur des hommes ou celle de Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ?

Parce que la conséquence est radicale: 

Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur du Christ.

Prédication faite à Corsier-sur-Vevey en novembre 2019 par Pierre Bader. D’autres prédications sont disponibles sur le site de la paroisse de Corseaux-Corsier : https://corsiercorseaux.eerv.ch

Nous aspirons à la paix, mais…

Prédication d’Olivier Bader.

Nous aspirons à la paix, mais… Nous aspirons tous à vivre en paix avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu.

Il y a des exceptions pathologiques : des personnes qui sont psychologiquement construites de sorte qu’elles recherchent le conflit et qu’elles vivent du conflit…

Ce matin, en traitant du dialogue, c’est surtout de la relation aux autres que j’aimerais parler. 

Mais on pourrait parler de notre relation à nous-mêmes ou à Dieu… Les choses sont liées. Si je ne suis pas en paix avec moi-même, irritable, blessé, sous tension… je serai plus exposé au conflit. Soit, parce que je suis plus vulnérable, soit parce que je deviens déclencheur de conflits…

Et si je suis en froid avec Dieu, comment recevoir cette paix intérieure qui donne des forces, qui permet le pardon ?

Nous aspirons tous à la paix, mais nous peinons à vivre harmonieusement avec les autres. C’est une donnée élémentaire de notre humanité.

Paul : « 19 En effet, le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le fais. 20 Si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est pas moi qui agis, mais c’est le péché qui habite en moi.» Rm 7,19-20

Dans mon ministère, je suis attristé de voir comment les conflits se développent si facilement dans nos relations familiales, professionnelles, et aussi en Eglise !

Ce matin, je ne ferai pas un cours sur les conflits, leurs causes, leurs mécanismes, et moyens de résolution… Je veux simplement parler brièvement de l’origine des conflits et de nos réactions spontanées.

Mais je développerai surtout les appels au dialogue lancés par Jésus et par l’apôtre Paul.

La naissance des conflits

Nous venons de poser ce constat : les conflits ou les situations tendues font partie de la vie quotidienne. 

Ils sont ordinaires, car ils sont liés à nos personnes, à notre manière de communiquer, à notre capacité d’écouter et de comprendre ; ils sont aussi tout simplement liés aux circonstances…

Au départ, il s’agit souvent d’un quiproquo, d’une mésentente, d’intérêts divergents, d’un incident…

Malheureusement, nous avons l’art de transformer des situations insignifiantes en conflits qui peuvent être destructeurs et pleins d’injustice… 

 Pourquoi cette escalade ? Pourquoi une simple « peccadille » devient un « péché » ? Parce que c’est la même racine, même racine latine, et même racine humaine…

La peccadille vient effectivement de peccare, la racine du mot péché. Un peccadillo en espagnol c’est un petit péché…

De même, un petit problème, une mésentente, peut susciter un gros conflit, une crise… 

 

Comment cela se fait-il ?
L’apôtre Paul nous donne une piste de compréhension. Quand Paul dénonce l’usage des tribunaux par les chrétiens, il dit ceci :

« 7 En tout cas, pour vous, c’est déjà un échec d’avoir des procès entre vous ! Pourquoi est-ce que vous ne préférez pas supporter l’injustice ? Pourquoi est-ce que vous ne laissez pas plutôt les autres vous voler/dépouiller? 8 Au contraire, c’est vous qui êtes injustes, c’est vous qui volez/dépouillez les autres ! Et ces autres sont vos frères et sœurs chrétiens ! » 1Co 6 

– Nous ne supportons pas l’injustice…

– Nous ne supportons pas d’être dépouillés.

– Nous tenons à faire valoir nos droits.

– Nous sommes prompt-e-s à défendre nos biens, notre propriété et nos intérêts… 

Ce sont des réflexes de défense, de survie des plus humains, primaires.

C’est une attitude habillée du vêtement bien noble de la justice… « J’ai droit à…, je suis chez moi…, je suis dans mon bon droit »

Cette attitude défensive est perverse :

  • Elle nous aveugle, elle nous centre sur nous-mêmes et ne nous permet pas de considérer l’autre dans son besoin, ses intérêts, voire sa souffrance… On devient très vite intolérant quand on est concerné.
  • Cette attitude nous pousse à nous donner les moyens de défendre nos droits et nous entraîne à nous référer à la loi, au détriment du dialogue. Si mon vis-à-vis est lui aussi convaincu d’être dans son bon droit, cela peut nous conduire devant les tribunaux…

La loi n’est pas mauvaise en soi. Mais elle est aussi dure et froide qu’une pierre tombale.

Nous, êtres humains, sommes sensibles, avec un cœur et ses émotions…

L’apôtre Paul parle précisément d’une émotion que l’on éprouve dans un conflit :

1)Ephésiens 4,25-26 : A l’écoute de soi

25 Alors ne mentez plus. Chacun doit dire la vérité à son prochain, parce que tous ensemble, nous faisons partie d’un même corps. 26 Quand vous vous mettez en colère, ne commettez pas de péché. Votre colère doit cesser avant le coucher du soleil. 

  • Dire la vérité, car nous formons un corps (l’Eglise, mais l’humanité est aussi un corps). Dire la vérité, c’est vivre dans des rapports transparents, c’est prévenir les conflits.
  • La colère est l’expression d’un mal être, d’une frustration, d’une injustice, d’une blessure… La colère n’est pas dénoncée comme un mal. C’est un sentiment légitime et même sain, comme un signal d’alarme… 
  • Cependant, la colère peut donner naissance à la violence, donc au péché…  D’où cet appel solennel à la maîtrise de soi !
  • Il y a même une limite temporelle. Gérer les conflits sans délai ! Ne les laissons pas dégénérer ou s’éterniser. On se sent tellement mieux, quand les choses sont dites et réglées…

La résolution des conflits commence par une écoute de soi, des sentiments qui révèlent un mal être, donc un problème. Je sens de la colère, de la tristesse, de la peur,… attention, c’est un signal d’alarme !

La question n’est vraiment pas de savoir si je suis la victime ou l’auteur, et quelle est ma part de responsabilité : 100%, 50%, 10%, peu importe ! Ce n’est pas la question ! Il y a un problème qui menace la relation entre toi et moi. C’est cela qui compte ! 

Il faut y être attentif et ne pas laisser les sentiments nous aveugler au point de passer à la violence ou d’aller en justice…

2) Matthieu 5,23-24 : Faire le premier pas

Le second texte nous lance un autre appel, complémentaire.

23 « Supposons ceci : tu viens présenter ton offrande à Dieu sur l’autel. À ce moment-là, tu te souviens que ton frère ou ta sœur a quelque chose contre toi. 24 Alors, laisse ton offrande à cet endroit, devant l’autel. Et va d’abord faire la paix avec ton frère ou ta sœur. Ensuite, reviens et présente ton offrande à Dieu. 

  • Jésus s’adresse à un croyant dans l’exercice de sa foi, qui va rendre un culte. Le lien est clairement posé : un conflit avec un frère est un obstacle à la communion avec Dieu… Il rend le geste de foi hypocrite.
  • Ici, il est question de quelqu’un qui nous en veut. Parfois, nous sentons qu’une relation avec quelqu’un est altérée et nous ne savons pas pourquoi… Nous sommes alors appelés à faire le premier pas du dialogue : Que se passe-t-il ?   Ai-je fait quelque chose qui t’a blessé ?…
  • A nouveau, l’enjeu n’est pas de savoir qui a tort ou a raison. Mais l’enjeu est de prendre l’initiative pour rétablir la relation. Relation à l’autre, mais aussi relation à Dieu ! Faire le premier pas !
  • Rien n’est gagné d’avance. La réconciliation est l’affaire des deux, trois personnes ou groupes concernés:

Paul le dit « S’il est possible, et dans la mesure où cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. … » Rm 12,18

Notre responsabilité est donc de faire le premier pas sans délai : « Tu te souviens… laisse ton offrande… va faire la paix… »

3) Matthieu 5,25-26 : Le dialogue sur le chemin du tribunal

Le 3ème texte biblique nous place dans un autre contexte. Le conflit a eu le temps de dégénérer, il est sur la voie de la justice et il n’est plus question de frère dans la foi, mais d’adversaire.

25 « Quand tu es encore sur la route du tribunal avec ton adversaire, mets-toi vite d’accord avec lui. Sinon, il va te livrer au juge, le juge va te livrer à la police, et on va te jeter en prison. 26 Je te le dis, c’est la vérité :  tu ne sortiras pas de là si tu ne paies pas tout l’argent que tu dois ! »

  • Ici, il y a vraisemblablement un tort reconnu. 
  • Mais l’appel est le même : prendre l’initiative du dialogue sans délai ! Trouve un accord, avant que la justice ne tranche avec des conséquences qui peuvent être lourdes…
  • Remarquons aujourd’hui que la justice elle-même offre une voie médiane qui tend à être toujours plus reconnue et pratiquée : la médiation. Les parties en conflits sont placées dans un face à face, selon des règles précises et avec un arbitrage… C’est une pratique qui a des fondements évangéliques, car elle favorise le dialogue, la recherche d’une solution concertée, où chaque partie en conflit se voit responsabilisée pour reconnaître ses torts et trouver une réparation. Enfin, la médiation permet souvent une désescalade, parce qu’au cours du dialogue, la colère peut laisser place à la compréhension…

Conclusion :

Voilà trois textes, trois appels à intervenir à temps, ou à différents moments : 

  • Etre à l’écoute de soi :  que se passe-t-il en moi,   pourquoi suis-je en colère, triste, inquiet… ?
  • Faire le premier pas quand je me rends compte qu’il y a quelque chose qui coince dans ma relation à l’autre. 
  • Il n’est pas trop tard, même quand la justice est sollicitée : sur la route du tribunal, je peux encore prendre l’initiative du dialogue !

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 Le rôle de la prière dans les conflits 

L’exemple d’Anne, mère de Samuel

 1 Samuel 1, 1-20

1 A Rama, dans la région montagneuse d’Éfraïm, vivait un Éfraïmite, du district de Souf, appelé Elcana ; il était fils de Yeroam, lui-même fils d’Élihou, petit-fils de Tohou et arrière-petit-fils de Souf. 2 Il avait épousé deux femmes, Anne et Peninna ; Peninna avait des enfants, mais Anne n’en avait pas. 

3 Chaque année, Elcana se rendait de Rama au sanctuaire de Silo pour y adorer le Seigneur, le Dieu de l’univers, et lui offrir un sacrifice. Les deux fils d’Héli, Hofni et Pinhas, étaient prêtres du Seigneur à Silo. 4 Elcana avait l’habitude de donner à Peninna et à chacun de ses enfants un morceau de l’animal sacrifié  5 mais à Anne, il donnait une part de choix, car il l’aimait beaucoup, bien que le Seigneur ne lui ait pas accordé d’enfants. 

6 Quant à Peninna, l’autre femme, elle cherchait sans cesse à vexer Anne pour l’humilier de n’avoir pas d’enfant. 7 Et chaque année, lorsqu’Anne se rendait au sanctuaire du Seigneur, la même scène se répétait. 

Une année, comme Anne se mettait à pleurer et ne voulait rien manger,  son mari lui demanda : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ne veux-tu rien manger ? Pourquoi es-tu si triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? » 

9 Après que l’on eut mangé et bu aux abords du sanctuaire de Silo, Anne se leva. Le prêtre Héli était assis près du montant de la porte. 10 Anne était très affligée. Tout en pleurs, elle pria le Seigneur en prononçant cette promesse : 

« Seigneur, Dieu de l’univers, vois combien je suis malheureuse ! Ne m’oublie pas, aie pitié de moi ! Donne-moi un fils, je m’engage à le consacrer pour toujours à ton service ; ses cheveux ne seront jamais coupés. »

12 Anne pria longuement. Héli l’observait,  il voyait ses lèvres remuer, mais n’entendait aucun son, car elle priait intérieurement. Héli pensa qu’elle était ivre et lui dit : « Resteras-tu encore longtemps dans cet état ? Va faire passer ton ivresse ailleurs ! » — 15 « Non, je ne suis pas ivre, répondit Anne. Je suis une femme malheureuse, mais je n’ai pas bu. Je suis ici pour confier ma peine au Seigneur. Ne me considère pas comme une femme de rien. Si j’ai prié aussi longtemps, c’est parce que mon cœur débordait de chagrin et d’humiliation. » 

17    Alors Héli déclara : « Va en paix. Et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. » — 18 « Et toi, répondit-elle, garde-moi ta bienveillance. » 

Anne s’en alla et accepta de manger. La tristesse avait disparu de son visage. 

19 Tôt le lendemain matin, Elcana et sa famille allèrent se prosterner devant le Seigneur, puis ils retournèrent chez eux, à Rama. Elcana s’unit à sa femme Anne, et le Seigneur exauça la prière de celle-ci. 

20 Anne devint enceinte, puis mit au monde un fils. Alors elle déclara : « Puisque je l’ai demandé au Seigneur, je lui donne le nom de Samuel. »

Prédication

J’ai choisi ce récit, car je le trouve particulièrement beau, très détaillé, c’est une présentation sensible du vécu d’une femme…

a) Les multiples conflits d’Anne

Il présente une femme prisonnière d’un conflit aux multiples facettes, il y a plusieurs personnes ou réalités concernées dans ce récit. C’est souvent le cas dans les situations conflictuelles que nous vivons. Les choses sont rarement simples…

En conflit avec la vie

Dimanche passé, je vous invitais à penser à un conflit que vous vivez actuellement… L’un d’entre vous à la sortie du culte m’a dit : « Moi, je ne suis en conflit avec personne, mais avec la vie… »

Anne est aussi en conflit avec la vie, la nature qui lui refuse un enfant, l’attente la plus forte pour une femme mariée… Anne semble être stérile.

En conflit avec Dieu ?

Anne était-elle aussi en conflit avec Dieu ? Dieu est créateur, auteur de la vie, tout-puissant… Le texte dit bien : « Dieu l’ayant rendue stérile / ayant fermé sa matrice. » Nous pouvons supposer une part de révolte, de colère, au minimum de doute envers Dieu, en particulier dans ce cri : « Ne m’oublie pas ! »

En conflit avec son mari

Anne a la chance d’avoir un mari attentif et aimant : «il lui donnait une part de choix de la viande des sacrifices, car il l’aimait beaucoup, bien que le Seigneur ne lui ait pas accordé d’enfants. »

Il lui donne une part de choix, il l’aime malgré sa stérilité… Mais ce brave Elcana ne comprend pas sa femme, il n’arrive pas à se mettre à sa place et à comprendre son manque, cette déchirure profonde… Sa tentative pour consoler sa femme est symptomatique : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ne veux-tu rien manger ? Pourquoi es-tu si triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? »

Anne n’est pas en conflit direct avec son mari, mais elle se sent ni comprise, ni soutenue par lui…

En conflit avec son entourage

Par contre, sa rivale Peninna est en conflit ouvert avec elle. Peninna ne se gêne pas de lui faire sentir son infirmité. Elle n’est pas une femme… Est-ce une manière de se venger, car Elcana a une préférence pour Anne et qu’elle occupe la seconde place ?

En conflit avec la religion

Comme si la situation d’Anne n’était pas assez lourde, elle vit au sanctuaire de Silo une expérience douloureuse. Le prêtre Héli la croit ivre et lui demande de quitter les lieux.

Même lui, le prêtre, l’homme de Dieu, qui devrait la comprendre et la soutenir, même lui vient jeter de l’huile sur le feu… Du moins dans un premier temps.

Dans sa détresse, Anne a le sentiment d’être une femme :

  • Amputée par la nature, elle est en conflit avec la vie ;
  • Oubliée de Dieu, elle est en crise avec Dieu ;
  • Incomprise par son mari, elle est en tension avec lui ;
  • Méprisée par Pennina, elle est en conflit avec son entourage féminin ;
  • Jugée par Heli, elle se sent rejetée par la religion.

On peut vraiment parler d’un conflit d’identité profond et complexe. Anne est mal dans sa peau, en tension avec Dieu et avec son entourage…

b) Le combat d’Anne

Mais quelle ténacité ! J’aimerais vous inviter à observer son attitude…

Anne aurait pu se laisser sombrer dans la résignation et la dépression. Elle reste active, persévérante dans son combat. Et surtout, elle s’adresse à la bonne personne : Dieu !

Elle aurait pu s’en prendre à la vie, faire des reproches à son mari, s’attaquer à Peninna, agresser le prêtre…

Elle s’adresse à Dieu !

Le texte dit littéralement :

« Anne, le cœur amer, prie et pleure, pleure » v.10

Elle dit à Dieu son humiliation, elle demande à Dieu de la considérer et elle fait une promesse à Dieu : si tu me donnes un fils, je le consacrerai à ton service…

Plus loin le texte est encore très précis au sujet de l’état d’âme d’Anne. Elle dit à Héli :

« Je m’épanche devant le SEIGNEUR. … car c’est l’excès de mes soucis et de mon chagrin qui m’a fait parler jusqu’ici. »

C’est l’excès, le trop plein de souffrance, de chagrin et d’irritation qui conduit Anne dans la prière.

Littéralement Anne dit : «  Je répands mon âme devant le Seigneur… » C’est beau ! On comprend qu’Anne se livre totalement, corps et âme dans la prière…
L’expression commune « vider son sac » prend ici tout son sens !

c) L’apaisement d’Anne

Comment tout cela se termine ? A votre avis, à quel moment le conflit est-il résolu ?

Il est important de noter qu’Anne retrouve la paix en quittant le sanctuaire avec la bénédiction du prêtre Héli.

« Va en paix. Et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. »

Il est dit qu’ « Anne s’en alla et accepta de manger. La tristesse avait disparu de son visage. »

Littéralement : « Elle perdit sa face de tristesse »

C’est la promesse de Dieu qui lui apporte la paix et qui marque l’issue de son combat. Ce n’est pas la naissance d’un fils neuf mois plus tard… Ce n’est pas l’exaucement, la résolution du problème ou du conflit… Cela s’est bien passé en elle, parce qu’Anne a vécu devant Dieu une réconciliation profonde et complète !

d) La réconciliation… 

« Réconciliation »… Nous revenons à ce vocabulaire qui nous relie au Christ.

« Oui, c’est Dieu qui a réconcilié le monde avec lui, par le Christ, sans tenir compte de nos fautes d’êtres humains. » (2 Co 5,19)

J’aimerais résumer le mouvement auquel nous sommes appelés dans des situations de crise ou de conflit. Comment la prière permet une résolution des crises et des conflits en nous, devant Dieu… 

Quand je suis en conflit, je porte un gros sac, bien lourd et plein…

…plein d’émotions : amertume, tristesse, colère, peur, jalousie, mépris de soi, indifférence…

…plein de pensées qui peuvent donner naissance à des intentions. Anne devait certainement se dire :

  • « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ! Si c’est ça ce Dieu d’amour, ben zut alors… »
  • « Je ne vaux rien, je ne suis pas digne d’être femme, j’ai certainement mérité ma condition. La vie ne vaut pas la peine d’être vécue… »
  • « Cette Peninna, quelle garce ! Si j’en ai l’occasion, je lui en collerai une bonne ! »
  • « Mon pauvre mari ! Il n’y comprend rien, il se croit suffisant, il ne voit que lui… »
  • « Héli, si lui aussi me juge et me rejette… Alors là c’est le bouquet. Faut plus qu’il espère me voir au sanctuaire ! »

Que faire avec ce gros sac ?
Certaines personnes se promènent avec ce gros sac, elles s’y accrochent. De temps en temps, sans qu’elles le veuillent, sans s’en rendre compte, il y a quelque chose qui en sort et qui fait mal à un innocent qui passait par là… Un coup de griffe, une parole dure, un jugement,… C’est normal. Ce sac est tellement plein, à l’excès, il déborde.

Il y a des personnes qui vont voir spécialiste après spécialiste et qui déballent leur sac devant chacun … mais qui, aussitôt après, le remballent et le reprennent avec elles, accusant les spécialistes d’impuissance…

A force de porter ce sac, beaucoup s’épuisent, désespèrent et se replient sur eux-mêmes ; d’autres se révoltent et deviennent agressifs, d’autres encore deviennent très durs et cyniques…

Et toi ?

Est-ce que tu entends cet appel de Jésus:
« Viens à moi toi qui es fatigué et chargé et je te donnerai du repos.» Matthieu 11,28

Ou cet appel de l’apôtre Paul :

« Nous vous en supplions, au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »                       2 Corinthiens 5,20

Voilà ce qui se passe quand nous allons au Christ avec notre gros sac :

Lumière : 

Jésus dit « Je suis la lumière du monde qui éclaire tout homme… »

A la lumière du Christ, dans le secret de la prière, nous commençons à voir clair, à comprendre ce qu’il y a dans ce gros sac. Nous pouvons alors commencer le tri, « les-à-fonds ».

Poubelle : 

Il y a des pensées et des intentions qu’il faut rejeter en pleine conscience.

« Seigneur, par ta grâce, je jette cette pensée qui est mauvaise et qui n’est pas de toi. Je renonce à ce projet de vengeance. Je refuse d’entretenir cette idée que je ne vaux rien. Je décide d’arrêter de me plaindre… »

Avec les émotions, c’est différent. Il est bon d’en faire quelque chose. Il faut chercher à les décoder, car elles révèlent des blessures, des fragilités. L’amertume, la tristesse, la colère, la peur, la jalousie, le mépris de soi, l’indifférence… sont souvent des révélateurs de blessures. 

L’amertume et la tristesse d’Anne sont la pointe de l’iceberg. Au fond, il y a un cœur en souffrance, le cœur d’une femme qui vit un manque identitaire : l’incapacité à donner la vie, donc à être pleinement femme.

Quand on comprend l’origine de nos émotions, quand on peut « aller au cœur du problème », souvent, on éprouve un premier soulagement.

Parfois, il  arrive que nous ne sachions pas décoder nos émotions. On peut demander à Dieu de nous y aider: « Seigneur, qu’est-ce qui se passe en moi ? D’où vient ma tristesse, ma peur, … ? » A la lumière du Saint-Esprit, Dieu nous éclairera. Il révèle les points sensibles, les nœuds.

Le Saint-Esprit agit un peu comme les mains de l’ostéopathe : elles parcourent les parties douloureuses de notre corps et soudain, elles s’arrêtent et touchent le point sensible, le lieu où les nerfs sont coincés…

Ce processus de réconciliation devant Dieu, à la lumière du Christ, peut prendre du temps. Nos âmes sont parfois tellement embrouillées, en bataille, que cela peut prendre du temps… Et nous pouvons avoir besoin d’une aide extérieure.

Le manteau de paix :

Mais quand les blessures sont révélées, Dieu peut les soigner… Nous pouvons en être certains. Dieu sait prendre soin de nos personnes toutes entières.

Dieu est fidèle et bon, il nous revêtira du manteau de paix, qui est le signe d’un conflit apaisé, intérieurement résolu.

e) La résolution des conflits

 J’ai beaucoup parlé de la réconciliation intérieure, personnelle, du croyant qui se retrouve face à Dieu.

Qu’en est-il de la résolution « extérieure » ou effective d’un conflit qui implique des tierces personnes ?

Je veux souligner 3 choses :

  1. La résolution d’un conflit est incertaine car elle ne dépend pas uniquement de moi. Pour vivre une réconciliation, il faut deux bonnes volontés. 
  2. Mais la bonne nouvelle, c’est que je peux retrouver la paix, même si l’autre ne cherche pas la résolution. Je peux pardonner à quelqu’un et retrouver la paix, même si cette personne refuse  de reconnaître ses torts. Si je suis fautif et que l’autre refuse de me pardonner, je peux recevoir le pardon de Dieu. Enfin, je peux être victime d’une injustice qui demeure non reconnue par la justice et être en paix. En définitive, le pardon, la paix viennent de Dieu et non des hommes.
  3. Enfin, la semaine passée, j’ai valorisé le dialogue avec mon prochain, comme un chemin évangélique pour résoudre les conflits. 

Suite à une discussion avec l’un d’entre vous, j’aimerais bien préciser que Dieu peut utiliser toutes sortes de chemins pour résoudre des conflits. Le dialogue ou la médiation ne sont pas toujours possibles. Parfois, il est bon de  s’en remettre aux tribunaux. Parfois, il est bon de renoncer à la voie judiciaire quitte à perdre, à être « dépouillé » (cf. 1Co 6,7)…
Dans la prière, Dieu nous suggère la voie qui est la sienne.

O. Bader, pasteur, paroisse Yverdon-Temple

Marqueurs d’espérance

Pouvoir donner un sens à sa souffrance est capital ! C’est ce que proposent Alain Décoppet et Marie-Antoinette Norwich dans cette magnifique méditation à deux voix.

C’est une très grande joie pour la MEB (Mission Evangélique Braille) de présenter, ici, dans le chœur de cette cathédrale, les 44 gros volumes composant la Traduction Œcuménique de la Bible en braille. Les aveugles lisant le braille vont pouvoir désormais accéder à l’ensemble de cette Bible. Pour ceux qui ne savent pas le braille, une version audio est en préparation : le Nouveau Testament est disponible, l’Ancien est en cours. Qu’est-ce qui nous pousse à ce grand effort à la fois financier et humain pour que les aveugles puissent accéder à la Bible ? C’est que nous avons la conviction que la Bible permet aux aveugles d’entendre une Parole de Dieu qui donne un sens à leur vie, leur révèle qui est Dieu et par là leur permet de se situer et de trouver leur place par rapport à Dieu et aux autres hommes.

Pouvoir donner un sens à sa souffrance est capital : c’est ce que le prophète Jérémie a fait pour son peuple :

311 En ce temps-là — oracle du SEIGNEUR —, je deviendrai Dieu pour toutes les familles d’Israël, et elles, elles deviendront un peuple pour moi.

2Ainsi parle le SEIGNEUR :
Dans le désert, le peuple qui a échappé au glaive gagne ma faveur.
Israël va vers son rajeunissement.

3 De loin, le SEIGNEUR m’est apparu:
Je t’aime d’un amour d’éternité,
aussi, c’est par amitié que je t’attire à moi.

4 De nouveau, je veux te bâtir,
et tu seras bâtie, vierge Israël.
De nouveau, parée de tes tambourins,
tu mèneras la ronde des gens en fête.
5 De nouveau, tu planteras des vergers
sur les monts de Samarie ;
ceux qui auront planté feront la récolte.

6 Il est fixé, le jour où les gardiens crieront
sur la montagne d’Éphraïm:
Debout ! montons à Sion,
vers le SEIGNEUR notre Dieu.

7 Ainsi parle le SEIGNEUR:
Acclamez Jacob, dans la joie,
réservez un accueil délirant
à celui qui est le chef des nations !
Clamez, jubilez, dites :
Le SEIGNEUR délivre son peuple,
le reste d’Israël.

8 Je vais les amener du pays du nord,
les rassembler du bout du monde.
Parmi eux, des aveugles, des impotents,
des femmes enceintes et des femmes en couches,
ils reviennent ici, foule immense.

9 Ils arrivent tout en pleurs,
ils crient : « Grâce ! » et je les pousse :
je les dirige vers des vallées bien arrosées
par un chemin uni où ils ne trébuchent pas.
Oui, je deviens un père pour Israël,
Éphraïm est mon fils aîné. Jérémie 31. 1-9

 Ces versets font partie de ce qu’on appelle le livre de la Consolation qui comprend les chapitres 30 à 33 de Jérémie. Ils ont été proclamés dans l’une des périodes les plus sombres de l’histoire d’Israël : nous sommes entre les années 588 et 586 avant Jésus-Christ ; le roi de Babylone a envahi le royaume de Juda, Jérusalem est assiégée. Pendant des années, Jérémie avait averti ses concitoyens que s’ils ne revenaient pas à Dieu, cette catastrophe allait arriver. Maintenant il sait que la ville sera prise, ses habitants massacrés ou emmenés en captivité en exil… Mais là, dans ces moments très sombres, lui qui avait tout le temps annoncé la venue du malheur, transmet maintenant de la part de Dieu un message d’encouragement et d’espérance.

Certes, le peuple d’Israël va subir les conséquences de son refus de revenir à Dieu ; les versets précédant notre passage (Jr 30.23-24), parlent d’une tempête qui va s’abattre sur Juda, mais le prophète voit aussi le jour où « le peuple qui a échappé au glaive » reviendra de Babylone à Sion. Dieu va lui faire grâce, lui pardonner. Ce n’est donc pas qu’un retour physique vers la terre des ancêtres, mais un retour vers Dieu : « Montons à Sion, vers le SEIGNEUR notre Dieu » (Jr 31.6). Dieu ouvre ainsi un accès à sa présence à tous ceux qui reviendront. Et ce qui est extraordinaire, c’est que parmi tous ceux qui reviennent, Jérémie voit des aveugles, des impotents, des femmes enceintes, des femmes en couche. Que viennent faire ces aveugles, tous ces gens handicapés, fragiles ou fragilisés, tous ces laissés pour comptes… dans cette foule immense qui rentre de Babylone à Juda. 

Ce sont des marqueurs d’espérance. En médecine, un marqueur est une caractéristique dont la présence est signe de l’existence, par exemple, d’un gène donné. Ici, la présence de ces aveugles et autres personnes fragiles est la preuve qu’il y a de l’espérance. En effet, pour rentrer de Babylone en Israël, il y avait un long trajet à parcourir, le terrible désert de Syrie à traverser. Pour se lancer sur ce chemin de retour, il fallait la conviction que l’effort en valait la peine et que c’était possible. Les aveugles qui s’y lançaient était des signes d’espérance pour les autres. Je crois que dans la Bible, les aveugles sont des marqueurs d’espérance, car si eux qui ont de la peine, se lancent dans une action, c’est le signe que c’est possible pour les autres. Dans le récit de la prise de Jérusalem par David (2 Sa 5.6-9), alors que le roi assiège la ville, de l’intérieur, les habitants de Jérusalem lui envoient ce message : « Tu n’entreras ici qu’en écartant les aveugles et les boiteux ». Comment comprendre ce texte ? Plusieurs interprétations sont possibles, mais celle de la TOB, citée ici, laisse entendre que toute la population est bien motivée, tout entière mobilisée contre David, y compris les aveugles, et qu’il lui faudra les écarter pour entrer dans la ville. Ici, comme dans notre passage de Jérémie, ils ont compris qu’il y avait un enjeu important et que cela valait la peine de s’y engager. Jérémie annonce en effet une nouvelle alliance, un peu plus loin dans ce chapitre (Jr 31.31-34), mais cela est déjà clairement annoncé dans la formule d’alliance qu’on trouve au début de ce chapitre : « En ce temps-là, je serai le Dieu de toutes les familles d’Israël, et eux seront mon peuple » (Jé 31.1). 

Dans cette nouvelle alliance, les aveugles et autres handicapés auront un accès direct à Dieu. Dans l’ancienne alliance, la Torah protégeait certes les handicapés contre ceux qui auraient voulu profiter de leur handicap pour les berner, mais elle leur interdisait d’être prêtre, donc de s’approcher de Dieu. Dans la nouvelle alliance, l’accès à Dieu leur est ouvert : Jésus est bien dans cette ligne en racontant la parabole des invités aux festins lue tout à l’heure (Lc 14.16-24). Et dans le récit de l’entrée de Jésus à Jérusalem, tel qu’il nous est raconté par Matthieu (21.1-15), les aveugles et les boiteux sont entrés dans le temple, lieu de la présence de Dieu, avec les enfants qui criaient « Hosanna ! »

Dans les siècles passés, l’Église a été souvent un précurseur pour aider les aveugles et leur faire la charité, et il ne faudrait pas oublier cela, car ce fut un progrès pour les personnes handicapées ou fragilisées. Il n’y a qu’à aller dans des pays où l’Évangile n’a pas marqué la culture comme chez nous, pour voir le sort qui leur est réservé… Mais les aveugles ont fréquemment reproché aux chrétiens que cette manière de leur faire la charité était souvent humiliante. Saint Vincent de Paul était très conscient de ce problème, quand, instruisant ses filles de la charité, il leur disait : « Les pauvres à qui vous faites la charité, aimez-les tellement qu’ils vous pardonnent la charité que vous leur faites ».

Mais Jésus va plus loin : en leur ouvrant les portes du temple, il leur donne un accès direct au service de Dieu. Si l’Église sait généralement assez bien prendre soin des aveugles, en revanche, elle a assez de peine à leur faire une place dans le service de Dieu. Bien sûr, les contraintes budgétaires auxquelles elles sont confrontées ne les encouragent pas dans ce sens. Mais je crois qu’elles se privent ainsi de richesses que le Seigneur aimerait leur donner. Un ami m’a raconté avoir connu, dans les années 1950, un responsable provincial de l’ordre des Carmes qui avait eu un AVC et était diminué dans sa capacité de travail. Mais ses frères l’avaient quand même choisi comme provincial parce que c’était un homme de prière et doué d’une grande sagesse et d’un grand discernement spirituel. A leurs yeux, cela valait plus que des compétences techniques. Heureuse l’Église qui sait, comme le Seigneur, regarder au cœur et ne s’arrête pas à ce qui frappe les yeux (1 S 16.7).

La force des handicapés et des fragilisés est qu’ils apprennent à compter sur le Seigneur pour vivre leur vie chrétienne. Ce n’est pas qu’ils soient plus saints que les valides, mais ils y sont en quelque sorte contraints. Leur handicap devient une force, un atout. « Heureux les fêlés, car ils laissent passés la lumière » dit avec humour une béatitude moderne… mais ça fait réfléchir !…

Quand un handicapé frappe à la porte d’une Église, cela n’est pas si simple, cela peut poser des problèmes, demander de l’imagination. De l’imagination, il en a fallu à la Communauté de Saint-Loup, quand, il y a quelques dizaines d’années, Sœur Violette, une diaconesse infirmière, a commencé à perdre la vue. Je l’ai connue au début de mon ministère, il y a bientôt quarante ans. Sa cécité ne lui permettait plus de travailler comme infirmière, alors la communauté lui a confié l’aumônerie des malades. Elle les visitait au chevet de leur lit, les écoutait et leur apportait une parole de réconfort. Je l’entends encore raconter que son handicap visuel était devenu un atout entre les mains de son Seigneur. « En effet, disait-elle en substance, quand je rencontre un malade, je ne peux pas le juger ou le cataloguer d’un regard. Il ne se sent pas enfermé dans mon regard et ose se confier plus librement… »

Je vais maintenant laisser la place à Marie-Antoinette Lorwich, malvoyante, qui est aumônière de rue à Payerne et à Moudon au service de l’Église catholique. Elle vous dira comment son handicap est un atout entre les mains de son Seigneur pour le service des marginaux et des gens de la rue…

Alain Décoppet

Perdre la vue, c’est perdre ses repères. On devient comme les exilés de Jérémie qui sont mis à l’écart, en marge de la société. On se sent fragiles et vulnérables, et on commence à se poser un certain nombre de questions. Que vais-je devenir ? Que vais-je faire à l’avenir ? Mes interrogations étaient surtout professionnelles. Je travaillais dans une banque et ne pouvais plus exercer ma profession. Je me suis donc tournée vers des métiers qui pouvaient être exécutés par des malvoyants ou aveugles, puisque c’est ainsi que mon avenir se dessinait. Mais, pendant que je cherchais un métier, c’est une vocation que j’ai trouvée. Dieu m’a rejointe et m’a appelée à travailler auprès des plus pauvres, des plus fragiles.

Je ne serai jamais assez reconnaissante à l’Église Catholique du Canton de Vaud de m’avoir ouvert les portes et accueillie avec mon handicap. Je ne sais pas si c’est du courage ou de l’audace qu’ils ont eu, car je ne vois qu’à 10 % ; mais ils ont entendu mon appel à travailler dans la rue auprès de personnes souffrant de dépendances, telles que l’alcoolisme ou la toxicomanie, ou de maladies psychiques. On y rencontre aussi un grand nombre de personnes seules à la recherche de liens. Je ne développerai pas ici ce que j’ai mis en place pour aller à la rencontre de ces personnes, car lorsque je me rends à la gare, je ne fais aucune différence entre un passager CFF et une personne en fragilité. Aujourd’hui, ce n’est pas moi qui les cherche, c’est eux qui me trouvent et me reconnaissent.

Je crois profondément que nous, les handicapés de la vue (malvoyants ou aveugles), avons une grande force, si en plus nous sommes croyants : c’est celle de pouvoir voir avec les yeux du cœur, les yeux de Dieu :

  • Les yeux qui ne jugent pas
  • Les yeux qui aiment sans condition
  • Les yeux de Miséricorde qui savent que Dieu a déjà tout pardonné

Pour voir de cette manière, il faut oser se laisser regarder par Dieu et transformer par son Amour. Ainsi, quand on s’approche de ces personnes avec ces yeux-là, une grande confiance s’installe entre nous. La confiance est le moteur de l’espérance, et lorsque celle-ci est présente, tout peut ressusciter ! Comme l’a dit St-Luc, l’envie de se rendre au festin revient. Le désir, le sens de la vie, de nouveaux projets peuvent naître. C’est une grande joie de pouvoir accompagner toutes ces personnes que Dieu met sur ma route et avec lesquelles je noue de vraies relations fraternelles.

Je terminerai en citant St-Exupéry qui avait écrit : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ». Aujourd’hui, j’ai deux essentiels dans ma vie : celui de voir avec les yeux de Dieu et celui d’écouter la voix/voie du Seigneur.

Marie-Antoinette Norwich

CECCV – Célébration de dédicace de la TOB 2010 en braille

Cathédrale de Lausanne – 3 juin 2018

Enracinez-vous en Lui !

Prédication du pasteur Guy Chautems

Enracinez-vous en lui

Col.2.6-7

Lectures : Colossiens 1.12-20 & Colossiens 2.6-7

 

Ainsi, comme vous avez reçu Jésus-Christ, le Seigneur, vivez en lui ; enracinez-vous et construisez-vous en lui, affermissez-vous dans la foi, conformément à ce qui vous a été enseigné, et abondez en actions de grâces.

(Colossiens 2.6-7)

« Enracinez-vous en lui ! » Paul dans ces quelques lignes aborde la question de notre identité.

A première vue il avait l’air bien dans sa peau, ce jeune homme participant à une retraite paroissiale. Il avait entendu le message du matin où nous abordions la question de notre identité.  Comme tous les autres, il avait été invité – en silence – à faire un retour sur ses racines, sur ses origines en particulier familiales. Tout à coup, dans le silence, il s’est écrié en colère : « Mes racines, de la merde ! J’en ai marre ! Stop ! » Enfant de parents divorcés, d’un père mis en prison. Abandonné, transbahuté d’une famille vers une autre famille, d’un foyer vers un autre foyer, il ne voulait plus réfléchir à son histoire passée !

Frères et sœurs, sommes-nous à l’aise avec notre identité, familiale, conjugale, personnelle ? Sommes-nous fiers de nos parents, de nos grands- parents, de notre conjoint, de nos enfants ? Sommes-nous heureux d’être Suisse, ou Français, ou Allemand, ou encore d’un autre pays de cette planète ? Sommes-nous satisfait de notre scolarité, de nos apprentissages, du terreau de notre vie ? Car nos racines, celles qui nous donnent notre identité, plongent bien dans notre histoire avec ses beautés et ses misères, avec ses réussites et ses échecs !

L’apôtre Paul annonçant l’Evangile aux Colossiens a certainement rencontré de nombreuses personnes travaillées par leur identité, en recherche de leurs racines. Il a entendu l’histoire de ses paroissiens, il a pleuré avec les uns, il s’est réjoui avec les autres, mais à tous il a annoncé une bonne nouvelle, une extraordinaire nouvelle : votre vie est appelée à être transplantée dans un terreau exceptionnel… dans la vie même du Christ ! Son histoire deviendra votre histoire ! Ses racines deviendront vos racines !

 

La transplantation

Jésus est venu, il a pris corps d’homme, pour faire l’œuvre du Père : nous déraciner comme le jardinier déracine l’arbre afin de le transplanter dans une bonne terre. Voici comment Paul annonce cette bonne nouvelle ; il écrit :

 

 13Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour ; 

14en lui nous sommes délivrés, nos péchés sont pardonnés (Col.1)

 

Cette transplantation, disons-le haut et fort, c’est Dieu qui l’opère !

Mais il ne le fera pas sans notre accord ! Notre volonté doit être mise en route. Nos petits-enfants nous ont demandé de raconter notre vie. Voici ce que Denise écrit au sujet de cette mise en route.

En 1956, Billy Graham vient à Genève pour une grande convention. C’est un événement extraordinaire, car à l’époque les évangélistes américains ne viennent que rarement chez nous. En outre il n’y a pas de TV, de DVD ou de cassettes, pas de séminaires et JEM est inconnu. Tout notre groupe de jeunes paroissiens part en bateau pour Genève ; de là direction Plainpalais. La salle est bondée.

Le message de Billy Graham est précis : « Etes-vous prêts à suivre Jésus, à donner votre vie pour lui ? » Puis il fait un appel. Pour moi c’est clair, je me lève d’un bond et je descends les gradins pour aller tout devant. C’est la première fois que j’ai l’occasion de prendre une telle décision. Je suis très émue, mais ce moment va changer ma vie.

 

Mettre notre volonté en action ce n’est pas l’affaire d’un jour ! Notre volonté doit être musclée ! Elle doit se mettre en route chaque jour. Car les tempêtes ne manquent pas. « Enracinez-vous en Christ ! » Dans son message, adressé aux Colossiens, l’apôtre leur fait clairement entendre que cette transplantation doit être maintenue, contre vents et marée. Enracinez-vous ! Quand un ouragan survient, prenez une décision : plantez vos racines, encore plus profond, dans la vie même du Christ !

 

J’aimerais en souligner l’importance !

Après le décès de ma maman en 1968, avec Denise, j’ai continué de visiter régulièrement mon père malgré le fait qu’il était souvent agressif dans ses propos et qu’il ne s’intéressait nullement à ce que nous faisions. Notre foi le dérangeait !  Deux ans avant sa mort, contrarié par je ne sais quoi, mon père s’écria: « De toute manière tu n’es pas mon fils ! » Bousculé, stupéfait, fâché aussi je me suis écrié :

– Alors de qui suis-je le fils ?

– D’un tel, qui a fréquenté ta maman !

– Es-tu sûr de ce que tu dis ?

Il se tait ! Je m’écrie alors :

– Nous allons faire une recherche ADN !

– Cela ne sert à rien, de toute manière c’est trop cher, me répond-il !

 

Pendant quelques jours je suis bouleversé ! Je m’interroge sur mes racines, sur mon identité ! Et petit à petit la paix revient, je n’ai pas besoin de faire des recherches ADN, je n’ai plus besoin de me questionner. J’ai été arraché au pouvoir des ténèbres et j’ai été transplanté dans un nouveau terreau, dans une nouvelle histoire ! Je dois veiller à ne pas mettre mes racines dans une autre terre, chahutée, pleine de ronces et de pierres !

 

Demeurer enraciné

Comment demeurer enraciné ? Car les plus grands arbres ne sont pas à l’abri des ouragans ?

Je suis enraciné, comme Denise, depuis le jour où j’ai accueilli Jésus, mais je continue de m’enraciner en parlant de LUI, en racontant son histoire qui est mon histoire, et quelle belle histoire ! C’est ce que Paul nous invite à faire pour tenir bon face aux tempêtes :

 

Ainsi, comme vous avez reçu Jésus-Christ, le Seigneur, vivez en lui ; enracinez-vous et construisez-vous en lui, affermissez-vous dans la foi, conformément à ce qui vous a été enseigné, et abondez en actions de grâces. (Colossiens 2.6-7)

 

« Abondez en actions de grâces ! »

C’est toujours une belle histoire que celle du jour où nous nous avons reçu le Christ. C’est toujours une belle histoire que celle qui a ouvert notre cœur au Seigneur. L’enseignement entendu au départ, il nous faut le reprendre, le vivre… il nous conduira toujours à rendre grâces.

 

Enracinez-vous en LUI, c’est une invitation à ne pas laisser passer une journée sans évoquer cette transplantation extraordinaire, sans en être fier… C’est une invitation à pousser de nouveaux bourgeons, à mettre de nouvelles fleurs, à porter de nouveaux fruits.

Je suis fier de mon identité, je la préfère à celle des plus grandes familles de France formée des portraits prestigieux de tous les Louis et des Charles, aussi téméraires fussent-ils ! Vous vous rendez compte : Nous avons comme frères et sœurs tous les saints de la Bible : Noé, Abraham, David, Jérémie, Esaïe, Zacharie, Paul, Matthieu, Luc, Jean, Marc et tous les autres… et encore ceux qui suivent : Saint Augustin, Calvin, Luther, mère Térésa… Voilà pourquoi, comme le dit Paul aux Colossiens : « avec joie nous pouvons rendre grâce au Père qui nous donne de partager l’héritage des saints dans la lumière » (Col.1.12). Certains diront peut-être : « C’est quoi cet héritage ? » C’est la certitude que tout ce qui est à Christ nous appartient !

Dans la galerie de nos mémoires, vous saisissez bien : dans la galerie de nos mémoires, là accrochons avec joie les portraits de tous ces saints… en reconnaissant qu’ils étaient des hommes comme nous mais que Dieu a honoré leur foi.  Quel héritage et quelles racines…

 

Voilà ce que Paul nous invite à faire afin de tenir bon dans les difficultés.

 

J’ai entendu un jour quelqu’un faire le plus beau compliment qui soit à une maman qui avait adopté une petite-fille : « Comme elle vous ressemble ! » s’exclamait cette personne qui ne savait rien de l’adoption !

« L’héritage des saints… » :  il y a ceux qui ont longuement fréquenté Paul, ou Luc, ou saint Augustin… et qui pensent comme Paul, qui agissent comme Luc, qui s’expriment comme saint Augustin … à tel point que l’on dira de tel penseur : « Oh ! c’est un Augustinien… » ou encore plus couramment c’est un thomiste, un disciple de saint Thomas … mais quand on dit de toi : C’est un chrétien, une chrétienne – c’est notre nom de famille  ne l’oublions pas –

c’est parce que tu participes à l’héritage extraordinaire que Jésus t’a fait en te transplantant dans  le terreau, dans la famille des saints…dont il est le chef. Tu penses comme le Christ, tu vis comme le Christ.

 

Conclusions
Premièrement : transplanté dans la vie, dans l’histoire, dans la famille de Jésus, le Père et le Fils et le Saint-Esprit, je veux porter toutes mes racines vers sa vie. Je veux dire ma fierté d’appartenir à cette nouvelle famille. Et surtout, avant tout, je veux être fier de Jésus, fier du Père, fier du Saint-Esprit, fier des apôtres et des prophètes de tous les siècles.

 

Deuxièmement : Parce que ce n’est pas nous qui opérons la transplantation de notre terreau d’origine dans celui du Royaume appartenant au Christ, parce que c’est une œuvre que Dieu accomplit à l’heure où nous disons oui à Jésus, oui à sa mort pour le pardon de nos péchés, oui à l’action de son Esprit pour nous faire naître à une vie nouvelle. Parce que c’est une œuvre extraordinaire qui nous assure le salut, si quelqu’un n’avait jamais vécu cette transplantation ici ce matin, qu’il redise après moi cette prière :

 

« Seigneur je reconnais que sur le terrain de mon histoire j’ai souvent porté de mauvais fruits, parfois par ignorance, parfois en toute connaissance de cause. J’accepte que tu m’arraches à ce terreau, j’accepte que tu purifies mes racines, j’accepte que tu me transplantes dans ton histoire et dans ta vie. Et je crois que maintenant c’est toi qui le fais.  Amen. »

 

Questions :

1.- Sommes-nous à l’aise avec notre identité, familiale, conjugale, personnelle ? Sommes-nous fiers de nos parents, de nos grands-parents, de notre conjoint, de nos enfants ? Sommes-nous heureux d’être Suisse, ou Français, ou Allemand, ou encore d’un autre pays de cette planète ? Sommes-nous satisfait de notre scolarité, de nos apprentissages, du terreau de notre vie ?

2.- C’est Dieu qui nous transplante, mais il ne le fait pas sans notre volonté !

Avons-nous vécu cette transplantation ? Comment cela s’est-il passé ?

Avons-nous conscience d’avoir l’ADN du Christ ?

3.- Quelle place la reconnaissance d’appartenir au Christ prend-elle dans nos vies ?  Manifestons-nous cette reconnaissance chaque jour ? Comment le faites-vous ?

4.- « L’héritage des saints… » :  Tout ce qui est à Christ nous appartient !  Avez-vous conscience d’être héritier ? De quelle partie de cet héritage jouissez-vous ? De quelle partie de cet héritage ne jouissez-vous pas encore ? Pourquoi ?

 

Guy Chautems,  Le Mont 13 août 2017

Noël à Bethlehem

Prédication de Gérard Pella

 

Noël à Bethlehem

 

Philippe a reçu un super aquarium pour Noël.

Un aquarium d’eau salée avec de magnifiques poissons de mer.

Il a dû apprendre à les soigner comme un véritable petit chimiste… pour surveiller les niveaux de nitrate et d’ammoniaque.

Il a appris à filtrer l’eau régulièrement à travers des fibres de verre et du charbon de bois.

Il a soigneusement exposé ses poissons à la lumière ultraviolette.

Il leur a donné des vitamines, des antibiotiques, des sulfamides et des enzymes…

Et pourtant, chaque fois que son ombre se penchait sur l’aquarium, les poissons prenaient la fuite pour aller se cacher sous le coquillage le plus proche.

Il avait beau soulever le couvercle à heures régulières, trois fois par jour, pour saupoudrer leur nourriture, ils ont continué à avoir peur de lui comme si son seul désir était de leur faire du mal.

Ils n’ont pas compris tout ce que Philippe faisait pour eux.

Ils n’ont pas pu le voir autrement que comme un géant qui les menace…

Pour leur faire comprendre ses intentions,

Pour se faire connaître vraiment,

Philippe aurait dû devenir un poisson…

Parce qu’un poisson ne peut pas comprendre un humain[1].

 

Un géant qui nous menace…

N’est-ce pas ainsi que les humains voient Dieu ?

Souvent, trop souvent…

 

« N’ayez pas peur ! »

C’est la première parole de l’ange aux bergers.

N’ayez pas peur de Dieu…

Il n’est pas une menace.

Il est…  comment dire ? Il est une lumière, une présence, une source, un sauveur.

 

« Je viens vous annoncer une bonne nouvelle…

qui sera une grande joie pour tout le peuple, dit l’ange.

Il vous est né aujourd’hui dans la ville de David un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. »

Le Seigneur qui s’est fait tout petit.

Dans cet enfant, c’est Dieu lui-même qui vient nous rejoindre,

Nous consoler,

Nous révéler son vrai visage.

 

« Il est venu sur nos chemins

Illuminer nos lendemains, dit le poète.

Il est venu comme un voisin

Donner l’amour au creux des mains. »[2]

 

Ceci n’est pas un conte de fées pour distraire les enfants ou faire rêver les parents.

Cette présence du Christ Seigneur nous est donnée à nous aussi aujourd’hui.

Pas comme un morceau de chocolat, qu’on n’aurait qu’à déballer et consommer.

C’est plus subtil,

Plus profond,

Plus durable aussi !

Comment recevoir le Christ aujourd’hui ?

 

Je vais tenter de répondre de manière indirecte.

Si je répondais directement, cela ressemblerait à une recette et cela vous ennuierait…

 

Il y a de nombreuses années que je prêche la Bonne Nouvelle de Noël comme pasteur.

Mais cette année, pour la première fois de ma vie, je reviens de Bethlehem !

J’y étais en effet, il y a quelques semaines, avec un groupe de pasteurs et diacres de Suisse romande.

Permettez-moi de vous donner quelques impressions de cette visite.

D’abord j’ai été frappé que Bethlehem se souvienne toujours de cette naissance de Jésus malgré des siècles de domination romaine, puis arabe, puis croisée, puis ottomane, puis britannique, puis israélienne.

 

Nous avons pris le bus de Jérusalem à Bethlehem.

Environ une demi-heure de trajet jusqu’au mur.

Là, terminus, tout le monde descend, pour passer à pied le check-point qui permet de traverser le mur.

Un contrôle serré et impersonnel parce que les soldats sont protégés derrière des vitres teintées et nous parlent par haut-parleur.

Il s’agit d’un passage dans le mur gigantesque qui sépare Bethlehem de Jérusalem,

Le mur qui est censé protéger Israël des Palestiniens.

 

Ce mur me semble être le symbole de notre nature humaine dans ce qu’elle a de plus dur :

La séparation,

la haine,

la violence,

l’humiliation des autres parce que nous avons peur d’eux.

Il faut traverser le mur de la haine et de la peur pour aller à Bethlehem.

C’est peut-être un premier élément de réponse.

 

Parvenus de l’autre côté du mur, nous avons marché une demi-heure environ jusqu’à la basilique de la nativité.

Pendant ce trajet, c’est la nature humaine dans ce qu’elle a de plus fragile et vulnérable que nous avons rencontré.

De nombreux signes de délabrement et de misère :

Les voitures qui dégagent une horrible odeur parce qu’elles sont vétustes et n’ont pas de catalyseur.

Les containers en piteux état.

Les marchands qui nous supplient d’acheter quelque chose parce que les touristes ne viennent plus à cause de la guerre.

Les enfants qui ne vont plus à l’école parce que les maîtres ne reçoivent plus de salaire depuis des mois. Alors ils viennent mendier…

 

Quel rapport tout cela peut-il avoir avec Jésus ?

« Il est venu sur nos chemins, dit le poète,

Porter la croix de nos douleurs.

Il est venu comme un voisin

Manger le pain de nos labeurs.

 

Il est venu dans notre nuit

Lumière qui danse sous nos pas.

Il est venu dans notre nuit

Dresser l’aurore sur nos croix. »

 

A Bethlehem, Il est venu dans notre condition humaine,

avec ses duretés et ses fragilités,

et il a choisi d’être avec nous tous les jours,

jusqu’à la fin des temps.

 

Revenons à notre récit :

Pour entrer dans la basilique de la nativité, j’ai dû me baisser…

Pour la première fois de ma vie, la porte d’une église était plus petite que moi.

On m’a expliqué que cette église avait autrefois une grande porte, comme notre église ici à St-Martin, mais que les occupants la profanaient en y entrant en armes sur leurs chevaux.

N’est-ce pas tout un symbole… ?

 

Pour aller vers le Christ,

Descendre de nos chevaux…

Quitter nos armes…

Et plier le genou devant Celui qui s’est abaissé jusqu’à nous.

 

1 D’après Philip Yancey, Ce Jésus que je ne connaissais pas, Editions Farel, 2001, p. 35.

[2] Y.Gardette, dans Psaumes et cantiques no 439.

« Survivre, vivre, vivifier ! »

Survivre, vivre, vivifier à la suite du Christ

 par Shafique Keshavjee

 

Etre tiraillé(e)… Personne n’aime l’être.

Etre tiraillé entre son idéal de soi, son idéal d’Eglise, son idéal de l’autre et la rugueuse réalité de chacun. Etre tiraillé par son immense besoin d’être aimé, d’être apprécié et par le même besoin tout aussi immense chez l’autre.

Ces tiraillements, l’apôtre Paul, comme tout être humain, les a connus. Et c’est paradoxalement dans un autre tiraillement qu’il a trouvé un chemin de détente, de repos.

« Je suis pris dans ce dilemme, a-t-il écrit, j’ai le désir de m’en aller et d’être avec Christ, et c’est de beaucoup préférable, mais demeurer ici bas est plus nécessaire à cause de vous  » (Philippiens 1/23-24).

Après son expérience du Christ, mort et ressuscité pour lui, Paul était tiraillé. Par le Christ, il avait goûté quelque chose d’une plénitude de bonheur, d’un Amour lumineux qui l’accueillait tel qu’il était. Et cette expérience avait créé en lui un détachement par rapport à ce monde et suscité la soif de voir Dieu, non pas comme dans un miroir, mais enfin face à face.

Paul savait désormais que son identité véritable n’était pas dans tout ce qu’il allait faire, dire ou écrire, mais bien dans cette communion avec la Source de la Tendresse, que l’Esprit Saint lui donnait de savourer déjà.

Dès lors, Paul avait hâte de trouver en abondance cette vie infinie du Christ au-delà de sa propre mort. Et en même temps, et c’est là qu’est tout le dilemme et le tiraillement, Paul savait que Dieu lui-même l’appelait à rester sur terre pour vivifier l’Eglise et le Monde.

Etre chrétien, c’est être tiraillé. Tiraillé entre le désir de s’en aller, de mourir, pour être pleinement avec le Christ et le désir de rester sur terre pour que ceux qui sont autour de nous progressent dans leur qualité de vie.

Vous qui demandez aujourd’hui la consécration ou l’agrégation, comme Paul, vous avez goûté à l’amour du Christ. Vous savez dès lors, comme tout chrétien, que le sens de votre vie est caché dans l’épanouissement de la vie des autres. Vous êtes là pour moi, pour nous, pour notre bonheur. Et nous sommes là, pour vous, pour d’autres, pour le bonheur de tous.

Ainsi, le sens de notre vie sur terre est de vivifier, de transmettre une joie de vive. Or, pour le faire en qualité, il importe que nous-mêmes nous sachions vivre, et parfois, plus fondamentalement, que nous arrivions déjà à survivre. Régulièrement, dans les différents temps de la vie, douloureux ou gratifiants, je me remémore ces trois verbes profondément liés: survivre, vivre, vivifier.

Le plus pénible, mais probablement le plus riche en découvertes, c’est survivre.

Il y a des jours, des semaines, et parfois des mois, où pour nous tout a goût de cendres. Nous expérimentons la vanité des choses, le non goût de ce qui devrait être savoureux. Comme Elie face à Jézabel, les circonstances à affronter paraissent trop rudes. « Je n’en peux plus! » crions-nous avec lui. Pour Elie, l’ennemi n’était pas uniquement hors de lui, mais en lui. Elie était devenu son propre ennemi. « Prends ma vie, Seigneur, car je ne vaux pas mieux que mes pères » et peut-être nous faut-il rajouter « pas mieux que mes collègues… ». Elie expérimentait du dégoût non seulement par rapport à d’autres, mais surtout par rapport à lui-même. Certes, une telle expérience de remise en question peut être salutaire quand elle permet de retrouver sa juste place par rapport à son entourage. Je ne suis ni meilleur, ni pire. Mais parfois le dégoût, au lieu de devenir source de vie, peut devenir source de mort, en s’étendant à tout, à Dieu lui-même. Les Pères de l’Eglise connaissaient bien cette expérience d’une pulsion de mort, de lassitude, qui s’insinue en tout et qui peut conduire au désespoir, à la dépression, parfois même jusqu’au suicide. Dans cette expérience d’enfer, ou ce qui revient au même, dans cette expérience d’enfermement, tout signe d’espoir semble anéanti.

Or, la seule réponse à l’enfermement, c’est la communication du coeur et du corps.

– Communiquer avec Dieu, en lui exposant nos plaies et nos plaintes. Et quand nos propres prières deviennent vides, nous associer aux prières des Psaumes, aux Lamentations d’un Jérémie ou d’un Job.

– Communiquer bien sûr avec d’autres, avec un autre capable d’empathie.

« Heureux le ministre, heureux l’homme ou la femme qui trouve sur sa route une oreille attentive, sans surdité, et qui l’aide à sortir de sa propre absurdité ».

– Communiquer finalement, et ce n’est pas le moins important, avec la nature, avec son propre corps. Très pratiquement, cela peut dire se rendre dans un lieu que l’on aime. Ou tout simplement, manger, boire et dormir. La première réponse de l’ange à la détresse d’Elie fut, de manière touchante, de lui donner à manger et à boire. Puis Elie s’est recouché. Et une deuxième fois, la scène se répète. C’est alors seulement qu’Elie devient capable de disponibilité à ce que Dieu voulait lui dire. Le Saint-Esprit est parfois moins spirituel que nous, ou pour être plus précis, sa spiritualité passe aussi par nos corps.

Survivre, c’est être délié. C’est accueillir une brèche dans son enfermement afin que la Vie puisse à nouveau bourgeonner dans le désert.

La seule espérance qui nous permet de tenir le coup et de continuer, c’est de croire avec tous les autres témoins qui ont vécu cela avant nous, que le désert n’est pas un but mais un passage, qu’au-delà du désert, il y a une Terre promise, et qu’au coeur du désert, il y a des oasis.

Par le Christ qui nous a précédés dans l’agonie, dans l’échec, dans l’absurdité et dans la mort, Dieu nous donne une promesse formidable. Puisque même le désert de la mort a été traversé par une puissance de résurrection, alors tous les déserts, quels qu’ils soient, auront une fin.

Si survivre c’est avoir faim, alors vivre c’est savourer. Dans notre société stressante, voire parfois dans notre Eglise stressante, nous passons constamment de la pression à la dépression. Nous sommes tellement préoccupés par le survivre ou par le fait de vivifier que nous ne prenons tout simplement plus le temps de vivre. Vivre, c’est prendre le temps de jouir, de jubiler. Pour l’apôtre Paul, vivre, c’est Christ, c’est laisser la Vie même du Christ jaillir en nous.

Or Jésus a dit :
« Comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, celui qui me mangera vivra par moi » (Jean 6/57).

C’est parce que Jésus est nourri par la volonté festive de son Père qu’il est par excellence le Pro-Fête, le Communicateur de la Fête de Dieu au coeur des défaites humaines.

« O Eglise de Jésus-Christ, si seulement tu pouvais redevenir festive! »

C’est parce que Jésus est nourri par Dieu lui-même qu’il peut s’offrir en nourriture pour nous. Participer à la Sainte Cène, à l’Eucharistie, c’est entrer dans une longue transformation intérieure de nos vies. A partir de ce Centre où le Christ se donne à goûter, où par le pain et le vin il se laisse savourer, nous découvrons progressivement que tout dans la vie peut devenir comme un sacrement. Vivre, c’est tout savourer comme des signes de la Beauté de Dieu.

Une fleur, un fruit, un paysage, une mélodie, une capacité en soi qui s’épanouit, un enfant, surtout quand il dort, une expression nouvelle sur un visage, une rencontre vraie… autant de lieux où une communion savoureuse est possible si nous prenons le temps d’en jouir.

La bonne heure du bonheur, c’est maintenant !

Si survivre, c’est avoir faim et vivre c’est savourer, alors vivifier, c’est partager son pain, c’est devenir soi-même pain de vie que d’autres peuvent savourer. Comme au temps de Jésus, il y a aujourd’hui beaucoup de personnes harassées et prostrées. Les besoins sont immenses et la moisson est abondante. Dans nos Eglises, dans notre pays, dans tant d’autres pays, les souffrances peuvent être grandes, immensément grandes.

Vivifier, c’est permettre à d’autres de passer de la survie à la Vie et devenir à leur tour des personnes vivifiantes. Cela commence par un sourire chaleureux, une parole d’encouragement, un remerciement. Cela se poursuit par toutes les activités que notre Eglise organise : des cultes aux catéchismes, des activités diaconales à Terre Nouvelle. Tout ce que nous faisons n’a qu’un seul objectif, celui de vivifier. Et cela demande beaucoup d’humilité.

En effet, vivifier, c’est accepter que le pain offert à l’autre ne le transforme pas en un double de moi-même, mais le nourrisse pour qu’il accède à lui-même. Vivifier, c’est laisser le Saint-Esprit libérer des énergies et des dons qui jusqu’alors étaient étouffés ou ignorés. Le plus grand danger qui guette notre Eglise comme toute institution, c’est la rigidité : territoriale, paroissiale, architecturale, musicale, liturgique, ministérielle. Quand nos richesses d’Eglise deviennent des obstacles à l’éclosion de nouvelles richesses, au début certes fragiles, alors nous cessons de vivifier.

Vous savez que lorsque Alexandre le Grand vint visiter Diogène dans son simple tonneau, il lui demanda :

« Que puis-je faire pour toi ?  » Celui-ci lui répondit : « Ecarte-toi de mon soleil ».

Vivifier, c’est arrêter de faire de l’ombre aux autres par nos personnes et par nos réalisations afin que le Soleil de Dieu les réchauffe et les épanouisse. Vivifier, c’est relier en s’écartant soi-même.

Pour terminer, deux mots encore pour vous qui aujourd’hui allez être consacrés ou agrégés. Avec nous, vous avez accepté d’être tiraillés des deux côtés comme l’apôtre Paul. Avec nous, vous vous engagez à participer à cette vivification de l’Eglise et du Monde. Nous nous réjouissons de vos dons spécifiques et sommes heureux d’être collaborateurs avec vous. Notre prière pour vous, c’est que le fait de Vivifier jamais ne vous empêche de vivre et que, dans les temps de Survie par lesquels vous passerez, vous puissiez vous souvenir précisément que ces temps passent.

Et pour que cette prière ne soit pas trop abstraite, sachez comme Elie dans le désert que vous n’êtes pas seuls. Même si nous sommes loin d’être des anges, aujourd’hui, demain, nous serons nombreux à être vos compagnons de route. En tout temps, osons nous solliciter les uns les autres, pour un repas, pour un coeur à coeur, pour un partage de vie, pour une prière commune. Car ensemble, à la suite du Christ, dans l’Eglise et dans le Monde, nous sommes appelés à survivre, à vivre et à vivifier.

Amen

Prédication basée sur Philippiens 1: 21-26

Culte de consécration à la Cathédrale de Lausanne

3 novembre 1995

 

Eviter la tentation ?

Par Gérard Pella

Vous le savez probablement, la formulation du Notre Père est en train de changer. Depuis Pâques 2018, nous sommes invités à dire « Ne ne nous laisse pas entrer en tentation ! » plutôt que « Ne nous soumets pas à la tentation ! »

L’initiative de ce changement est partie de l’Eglise catholique et le Synode de l’EERV (Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud) l’a accepté en novembre 2017. Sans grand enthousiasme – il est vrai – mais avec un authentique désir d’unité entre chrétiens.

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Espérer pour notre Eglise: prédication de Gérard Pella au congrès des Attestants

Espérer pour notre Eglise

 

« Espérer pour notre Eglise », tel est le thème de cette journée. J’en déduis que vous êtes venus à ce deuxième Forum des Attestants pour nourrir votre espérance. Alors quoi de mieux qu’une pêche miraculeuse pour nourrir l’espérance ?

 

1Or, un jour, la foule se serrait contre lui à l’écoute de la parole de Dieu ; il se tenait au bord du lac de Gennésareth. 

2Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs qui en étaient descendus lavaient leurs filets. 

3Il monta dans l’une des barques, qui appartenait à Simon, et demanda à celui-ci de quitter le rivage et d’avancer un peu ; puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules. 

4Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance en eau profonde, et jetez vos filets pour attraper du poisson. » 

5Simon répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. » 

6Ils le firent et capturèrent une grande quantité de poissons ; leurs filets se déchiraient. 

7Ils firent signe à leurs camarades de l’autre barque de venir les aider ; ceux-ci vinrent et ils remplirent les deux barques au point qu’elles enfonçaient. 

8A cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus en disant : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un coupable. » 

9C’est que l’effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pris ; 

10de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient les compagnons de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu auras à capturer. » 

11Ramenant alors les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent.

Luc 5, 1-11, TOB.

 

Commençons par un brin d’imagination : vous parvenez à les imaginer, ces pêcheurs fatigués ? Toute une nuit au boulot sans rien prendre… J’imagine leurs réactions avant l’arrivée de Jésus :

* Certains se posent sérieusement la question d’arrêter la pêche : ils sont désabusés.

« On pourrait organiser des croisières, des thés-dansants ou des mariages sur nos barques… On pourrait créer une amicale des pêcheurs, rester entre nous à papoter plutôt que de s’éreinter pour trois fois rien… »

** D’autres sont plus combattifs : ils veulent continuer à pêcher et ils recherchent d’autres approches.

« Les conditions ont tellement changé qu’il faut s’adapter, changer de bateau, moderniser les filets, sortir de jour comme de nuit… »

*** « Pas du tout ! » disent les troisièmes. « Il faut simplement tenir bon. Cela fait des siècles qu’on pêche ainsi ; il n’y a pas de raison de changer. C’est juste un mauvais moment à traverser. »

 

Désabusés… activistes… ou conservateurs… je ne vois pas beaucoup d’espérance dans ces trois attitudes. Je me tourne alors résolument vers l’Evangile.

 

Verset 3 : Jésus monta dans l’une des barques, qui appartenait à Simon, et demanda à celui-ci de quitter le rivage et d’avancer un peu ; puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules. 

Jésus veut se servir de notre petite barque pour enseigner les foules. C’est génial ! C’est le socle de notre espérance pour l’Eglise : le choix de Jésus.

« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure » (Jean 15,16).

C’est le choix de Jésus qui donne sens à toute notre action : il veut parler aux foules à partir de nos barques.

 

Le choix de Jésus est notre première raison d’espérer.

La deuxième, c’est la présence de Jésus dans la barque.

Là encore, c’est génial !

C’est tellement beau, tellement simple… tellement banal, diront certains :

« Jésus est dans la barque de l’Eglise depuis toujours. Ce n’est pas très original… »

 

Qu’en pensez-vous ?

Est-ce que Jésus est toujours dans la barque ?

Est-ce que Jésus est toujours accueilli – vraiment ?

Vous allez peut-être me trouver trop piétiste : combien vivons-nous de rencontres et de réunions sans qu’on prenne le temps d’accueillir Jésus ?

C’est à une Eglise que Jésus dit : « Je me tiens à la porte et je frappe… » (Ap 3,20). Comment se fait-il que Jésus puisse être derrière la porte d’une Eglise, c’est-à-dire dehors – hors de la barque, dans notre métaphore ?

Frères et sœurs, ne prenons jamais la présence de Jésus pour acquise.

Désirons. Accueillons. Célébrons comme une grâce magnifique la présence de Jésus.

 

Le choix de Jésus.

La présence de Jésus.

La parole de Jésus est notre troisième raison d’espérer.

 

Fin du verset 3 : de la barque, il enseignait les foules. 

Verset 4 : Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance en eau profonde, et jetez vos filets pour attraper du poisson. » 

J’entends là deux types de paroles : Quand il eut fini de parler, sous-entendu : à la foule, il dit à Simon.

Il y a la parole adressée à tous, la Parole de Dieu, nous dit Luc au début de ce récit (v.1) et il y a la parole adressée à Simon, un appel spécifique : Avance en eau profonde !

 

Ces deux types de paroles de Jésus me semblent essentiels pour nourrir notre espérance. Tous, nous pouvons savourer l’Evangile, respecter la Parole de Dieu, transmettre son message avec joie, confiance, espérance. Ce n’est pas à vous, les Attestants, qu’il faut rappeler l’importance du Sola Scriptura et la nécessité d’enraciner notre théologie, notre spiritualité et notre action dans les Ecritures.

Jésus nous parle par la Bible, oui ! Jésus parle aussi, parfois, de manière très spécifique, à l’un ou l’autre de ses serviteurs :

« Avance en eau profonde… » même si l’eau profonde n’est pas rassurante pour un fils d’Israël, même si Pierre a déjà essayé toute la nuit sans rien prendre. La parole de Jésus vient ouvrir un nouveau chemin et permettre une pêche inespérée.

J’insiste aujourd’hui sur cet appel spécifique de Jésus parce qu’il nous libère de deux impasses :

– le mimétisme d’abord : qui de vous n’a pas essayé de reproduire dans sa paroisse ce qui a bien marché en Corée, en Amérique ou en Angleterre ?

En général, ça ne marche pas ! Pas chez moi, en tout cas ! Ce que Jésus a donné à Simon n’est pas forcément transmissible à tous les bateaux de pêche…

– l’appel spécifique de Jésus nous libère aussi du conservatisme : « on a toujours fait comme ça… » Oui ! Mais Jésus peut inspirer une nouvelle façon de faire. Et c’est fantastique de voir les fruits que peut porter un appel de Jésus quand il est mis en œuvre par un-e de ses disciples. Il y a là une espérance fantastique pour l’Eglise ; quand Jésus parle et que quelqu’un s’avance en territoire inconnu.

 

Il y a des exemples célèbres comme Martin Luther King ou Mère Teresa.

D’autres un peu moins célèbres

comme Enzo Bianchi et la communauté de Bose au nord de l’Italie,

comme Jossy Chacko et la création de milliers de petites Eglises au nord de l’Inde.

D’après le livre « Car Dieu a tant aimé les musulmans », on assiste en ce moment à des conversions bouleversantes parmi les musulmans en Afrique et en Asie. Une pêche véritablement miraculeuse !

 

Tout près de nous, je vois des signes d’espérance dans des paroisses comme Le Marais, La Vallée-de-Joux ou Corsier-Corseaux mais il y en a certainement beaucoup d’autres que je ne connais pas.

Je vois également un signe d’espérance dans la création d’une Haute-Ecole de Théologie en Suisse romande.

Oui, la parole de Jésus peut vraiment susciter du neuf aujourd’hui encore.

 

Est-ce que Jésus peut aussi, par son Esprit, faire quelque chose pour nos anciennes Eglises ?

 

Pour exprimer mon espérance, je vous ai apporté ces deux morceaux de bois.

Depuis avril 2016, nous habitons, Damaris et moi, à 800 mètres d’altitude, dans une maison qui se chauffe au bois. Ces dernières semaines, la température est descendue jusqu’à 11 degrés en dessous de zéro. Vous imaginez l’importance du feu !

Le problème avec le feu de bois, c’est qu’il suffit de s’absenter quelques heures pour qu’il s’éteigne. Quand je rentre, je me retrouve devant un tas de cendres. Mais il suffit de quelques braises sous la cendre – et d’un souffle généreux quand j’ouvre tout grand le tirage – pour que le feu se communique aux nouvelles bûches.

Nos paroisses ressemblent parfois à un feu éteint mais, sous la cendre, il suffirait… il suffira… de quelques braises ardentes pour que le Souffle du Seigneur puisse ranimer le feu.

Serez-vous l’une de ces braises ? Ardentes malgré l’attente…

« Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Luc 18,8).

Gérard Pella, Attalens,

pour le Forum des Attestants, à Paris le 28 janvier 2017.